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Full text of "Histoire de l'astronomie ancienne, depuis son origine jusqu'à l'établissement de l'école d'Alexandrie"

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University  of  Ottawa 


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HISTOIRE 

D  E 

L'ASTRONOMIE  ANCIENNE, 

DEPUIS   SON    ORIGINE 
JUSQU'A     L'  É  T  A  B  L  I  S  S  E  M  E  N  T 

DE    L'ECOLE    D'ALEXANDRIE, 

Par    ai.    B  a  i  l  l  y  ,    Garde    des   Tableaux    du    Roi ,    de 
t Académie  Royale  des  Sciences ,  êC  de  riiifdtut  de  Bologne. 


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Ma^ni  animi  res  fait  rerum  Naturx  latebras  dimovere ,  nec  ccritenruni  exteriori 
ejus  confpeclu  ,  introfpicere  ,  &  in  Deorum  fecrera  defcendere.  Seneca  ,  Qu£ji. 
nat.  lib.  f^I  y  c.  .r. 


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A     PARIS. 

Chez  les  Frères  D  E  B  U  R  E  ,  Quai  des  Auguftins ,  près  la  rue  Pavée. 


M.     D  C  C.     L  X  X  V. 
ArEC     APPROBATION    ET    PRIVILÈGE    DU    ROI, 


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H  I  s  T  O  I 


D  E 


L'ASTRONOMIE  ANCIENNE, 


JkXL^^Jti^jL. 


^^^i 


DISCOURS     PRÉLIMINAIRE. 

D  E   l'objet   de   l'Ajlronomie  ,   de    la   nature    de   fes   pro  erres 
&   de  fort  utilité. 

i-i'HISTOIRE  de  rAftronomie  efl:  une  partie  encntielle 
de  l'hiftoire  de  refpric  humain.  Cette  fcience  née  dans  les 
champs  &:  parmi  les  Bergers ,. a  paffe  des  hommes  les  plus 
iîmples  aux  efprits  les  plus  fublimes.  Impofante  par  la  grandeur 
de  fon  objet,  curieufe  par  fes  moyens  de  recherche,  étonnante 
par  le  nombre  &  l'efpece^e  fes  ciécouvertes ,  elle  eft  peut-être 
la  mefure  de  rintelligénce  de  l'homme,  &  la  preuve  de  ce  qu'il 
peut  faire  avec  du  tems  &;  du  génie.  Ce  n'eft  point  qu'il  ait 
trouvé  ici  la  perfection  qui  lui  eft  par-tout  refufée  ;  mais  dans 
aucun  genre  l'efprit  humain  n'a  déployé  plus  de  rejGTources ,  ni 


II  DISCOURS 

montré  plus  de  fagacité.  Il  cft  intéreflant  de  fe  tranfporter  aux 
tems  où  cette  fcience  a  commencé,  de  voir  comment  les  décou- 
vertes fe  font  enchaînées ,  commentles  erreurs  fc  font  mêlées  aux 
vérités ,  en  ont  retardé  la  connoiflancc  &;  les  progrès  ;  &:  après 
avoir  fuivi  tous  les  tems  ,  parcouru  tous  les  climats  ,  de  con- 
templer enfin  l'édifice  fondé  fur  les  travaux  de  tous  les  fiécles 
&;  de  tous  les  peuples. 

L'Aftronomie  dans  le  fcns  le  plus  général  du  mot ,  cft  la 
fcience  des  aftrcs.  Ce  mot  eft  formé  de  deux  mots  grecs,  dont 
l'un  fignifie  Aftre,  &  l'autre  Loi,  Règle  ou  Mcfure.  Cette  éry- 
mologie  pourroit  faire  croire  que  l'Aftronomie  n'a  pour  objet 
que  la  mefure  du  mouvement  des  aftres  ,  &  la  connoilTance  des 
loix ,  des  règles  que  fuit  ce  mouvement  ;  mais  cette  fcience 
embrafTe  réellement  tout  ce  qui  tient  à  la  nature  des  corps. 
céleftes. 
Ohjet  del'Af-  L'objet  de  cette  fcience  eft  donc  de  faire  le  dénombrement 
des  aftres  ,  de  diftinguer  ceux  qui  font  fixes  de  ceux  qui  font 
errans  ;  de  marquer  dans  le  ciel  la  place  dont  les  uns  ne  s'écar- 
tent point,  6c  de  tracer  la  route  des  autres,  en  marquant  les 
limites  &;  les  moindres  irrégularités  de  leur  cours;  de  connoître 
les  phénomènes  qui  réfultcnt  de  la  combinaifon  de  ces  difFé- 
rens  mouvemens  ;  quant  aux  aftres  mêmes  ,  d'obferver  leurs 
apparences,  leur  figure,  leur  grandeur  relative  ou  réelle,  & 
jufqu'à  leur  denfité  ,  c'eft-à-dire  ,  la  quantité  de  matière  qu'ils 
contiennent  fous  un  volume  donné.  Ces  connoiflances  font  le 
fruit  d'une  obfervation  afTidue  &:  conftante.  Il  faut  que  les 
hommes  veillent  fans  relâche  pour  faifir  les  circonftances  de  ces 
mouvemens  inaltérables,  6c  pour  connoître  la  nature  qui  ne  fe 
repofe  jamais.  C'eft  ainfi  que  fe  forment  ces  dépôts  précieux 
pour  l'efprit  humain,  où  les  fiécles,  qui  ne  laiflcnt  aucune  trace 
après  eux ,  femblent  fixés  par  les  obfervations  aftronomiques. 


tronomie 


PRÉLIMINAIRE.  ni 

Le  tems  s'écoule  &:  fa  perte  eft  à  l'avantage  de  la  fcience  qui 
croît  avec  l'âge  du  monde. 

Mais  quand  rAftronomie  a  ainfi  obfervé  les  phénomènes 
céleftcs  ,  elle  n'a  rempli  que  fon  premier  objet;  le  fécond,  6c 
le  plus  philofophique,  eft  de  chercher  l'explication  de  ces  phé- 
nomènes ,  de  réunir  les  diiîerentes  caufes  qui  dépendent  d'une 
cauie  plus  générale.  Se  de  parvenir  ainfi  à  la  loi  fimplc  qui  elt 
la  caufe  univerfelle  :  la  fcience  n'aura  atteint  fon  but  que  lorf- 
qu'elle  aura  tout  connu  6c  tout  expliqué.  Elle  a  fait,  ôc  elle  fait 
encore  des  progrès  rapides  ;  mais  fa  deftinée  eft  de  s'approcher 
fans  cefle  de  ce  terme ,  &  de  n'y  jamais  atteindre. 

Cette  recherche  des  caufes  eft  réfervée  à  l'Aftronome  phi- 
lofophe.  Les  Obfervateurs  recueillent  ,  les  faits  s'accumulent 
comme  les  matériaux  d'un  édifice ,  Se  attendent  l'homme  de 
génie,  qui  feul  peut  être  l'Architecte  du  monde.  C'eft  lui  qui 
combine  ,  qui  lie  les  faits  ;  il  en  faifit  les  rapports.  Une  expli- 
cation généralifée  dans  fa  tête  ,  devient  la  clef  d'un  grand 
nombre  de  phénomènes  ;  il  fuit  la  nature  dans  la  chaîne  qui 
unit  fes  myfteres  ;  il  marche  en  dévoilant  fes  fecrets ,  &  il 
atteint  le  mécanilme  de  l'univers.  C'eft  ainfi  qu'ont  marché 
Kypparoue,  Pcolemée  ,  Copernic,  Ticho  ,  Kepler  ,  Dominique 
Calïïni  &  le  grand  Nevtcti ,  de  qui  les  noms ,  à  jamais  mémo- 
rables ,  mériteront  le  refpect  5c  la  reconnolfl'ance  de  tous  les 

Il  refte  encore  un  grand  nombre  de  queftions  importantes 
à  décider;  ce  fera  l'œuvre  du  tems  &.  la  moifton  de  la  poftérité. 
Mais  dans  cet  ouvrage  ,  qui  doit  être  le  dépôt,  en  même  tems 
que  l'hiftoire  des  connoiCTances,  on  ne  verra  point  fans  admira- 
tion l'efpace  qu'a  parcouru  l'efprit  humain.  Le  premier  Berger , 
qui  élevant  fes  regards  vers  la  voûte  célefte,défira  de  connoître 
le  nombre  6c  le  mouvement  des  aftres,  fut  le  premier  inventeur 

ai; 


IV  DISCOURS 

de  l'Aftronomie.  Mais  quelle  diftance  de  ce  coup  d'oeil  ,  qui 
effleura, pour  ainfi  dire, la  furface  du  Ciel,  à  celui  dontNevton 
pénétra  la  nature  !  Quelle  diftance  de  ces  hommes  grofHers  qui, 
voyant  le  folcil  dilparoître  àrhorifon,penfoicnt  qu'il  s'éteignoic 
le  foir  pour  le  rallumer  le  matin  ,  à  l'homme  immortel  qui 
déduifit  tous  les  phénomènes  d'une  feule  loi  ,  d'un  principe 
unique  ;  qui  montra  qu'une  force  répandue  dans  chaque  par- 
ticule de  matière  ,  jointe  à  la  première  irapulfîon  donnée  par 
l'Etre  fuprême ,  régloit  &;  confervoit  le  mouvement  dans  l'u- 
nivers j  qui  fit  balancer  les  globes  les  uns  vers  les  autres  ,  en. 
accompliflant  la  route  qui  leur  eft  prefcrite;  qui  les  fuivit  dans 
leurs  irrégularités,  &  qui  retrouva  toujours  la  loi  6c  le  principe 
qu'il  avoit  annoncés!  Cette  diftance  eft  immenfe,  les  intervalles 
qui  la  partagent  ne  font  pas  également  remplis.  La  barbarie  ,. 
qui  de  tems  en  tcms  reprend  Terapire  de  la  terre,  a  fait  petdre 
plufieurs  fois  les  traces  de  l'induftrie  humaine  ;  ces  traces  n'ont 
été  reconnues  qu'avec  peine  par  des  générations  éloignées. 
Tantôt  une  obfervation  pénible  &  conftante  a  rempli  l'intervalle 
de  plufieurs  fiecles  :  elle  jetoit  les  fondemens  fur  lefquels  nous 
batiflons  aujourd'hui  ;  tantôt  quelques  hommes  célèbres  ,.  réu- 
nilTiant  les  travaux  de  leurs  prédéceireurs ,  combinant  les  faits 
pour  en  tirer  les  réfulrats  ,  ont  propofé  des  fyftêmes  ,  nés  pour 
périr  un  jour,  fuivant  la  deftinée  des  fyftêmes;  tantôt  des  efprits 
plus  folides  &:  plus  heureux  ont  apperçu  quelques-unes  de  ces 
vérités  primitives  ,  qui  répandent  la  lumière  fur  le  refte  des 
fiecles  ,  &:  dont  les  conféquences  fervent  de  guides  pour  de 
nouvelles  recherches.  L'état  adluel  de  l'Aftronomie  eft  le  fpec- 
tacle  le  plus  fatisfaifant  pour  le  Philofophe  curieux  des  effets 
ôc  des  caufes ,  &  prouve  ce  que  peuvent  les  efforts  joints  aux, 
efforts,  &  l'application  conftante  d'un  grand  nombre  d'hommes 
à  fuivre  le  même  objet,  à  travers  les  générations  qui  le  renaît- 


PRÉLIMINAIRE.  v 

vellent  ,  les  fléaux  qui  affligent  rcfpece  humaine  ;  enfin  ,  à 
travers  l'ignorance  même  qui  renaît  au  bouc  de  certaines  pé- 
riodes, &  vient  tout  cnlcvelir. 

On  peut  diftinguer  dans  l'Aflironomie  trois  parties ,  qui  fc 
réunifTant  à  l'objet  commun  de  la  connoiflance  des  aftrcs  ,  ont 
cependant  un  objet  particulier  ,  une  marche  &  des  progrès 
ditFërens.  L'obfervation,  ou  le  dénombrement  des  phénomènes; 
les  réliiltats  fondés  fur  les  obicrvations ,  ou  la  découverte  de  la 
chaîne  qui  lie  les  phénomènes  ;  la  théorie  ou  l'cxolication  des 
phénomènes  par  les  loix  connues  du  mouvement. 

L'obfervation  confiltc  dans  la  détermination  de  la  place  Dd'Obfervaiion. 
qu'occupe  un  aftre  dans  le  ciel  ,  au  moment  qu'on  l'obferve. 
Dans  le  cas  où  cet  aftre  eft  fixe  ,  la  détermination  eft  faite 
pour  toujours  ,  5c  n'a  befoin  d'être  renouvelée  que  lorfquc  les 
moyens  d'obferver  fe  perfectionnent ,  ou  bien  fi  l'on  découvre 
qu'un  aftre  qu'on  avoitcru  fixe  ne  l'eft  pas.  Dans  le  cas  où  l'aitre 
a  du  mouvement,  l'obfervation  apprend  feulement  que  dans  un 
certain  inftant ,  cet  aftre  occupoit  une  telle  place  dans  le  ciel  ; 
mais  elle  n'enfeigne  rien  de  la  place  qu'il  doit  occuper  le  len- 
demain ;  d'où  naît  la  nécelfité  de  répéter  les  obfervations,  La 
conftance  &  le  travail  fufîîfent  pour  que  les  obfervations  s'ac- 
cumulent ,  ÔL  pour  former  ces  dépôts ,  qui  font  le  fondement 
Aqs  travaux  de  la  poftérité  ,  quand  ils  lui  font  tranfmis.  La 
guerre  a  tant  de  fois  ravagé  la  terre  que  les  anciens  dépôts 
n'exiftent  plus.  Ces  richefles  littéraires  n'ont  point  tenté  des 
conquérans  grolTiers,  ôc  les  bibliothèques  anciennes  ont  péri  ,. 
anéanties  quelquefois  par  la  fuperftition  ,  plus  fouvent  diilipées 
par  l'ignorance  dont  le  caractère  eft  de  tout  laiftcr  perdre, parce 
qu'elle  eft  fans  intérêt,  comme  fans  lumières.  Aufll  ces  dépôts, 
d'obfervations  ont  -  ils  été  plus  d'une  fois  anéantis  &  recom- 
inencés.  Les  annales  des  peuples  font  mention  d'obfervations 


VI  DISCOURS 

fuivies  pendant  de  longues  années  ,  dont  il  ne  relie  qu'un  très- 
petit  nombre.  Nous  en  regrettons  plus  que  nous  n'en  pofledons. 
Des  Réfultats.  Les  réfultats  font  les  connoiflances,  ou  les  vérités  qu'on  peut 
tirer  d'une  ou  de  plufieurs  obfervations.  C'cft,  par  exemple  ,  à 
l'éf^ard  des  aftrcs  qui  ont  du  mouvement ,  la  connoiflance  de 
la  forme  ,  de  la  grandeur  ,  de  la  pofition  de  leur  orbite  dans  le 
ciel ,  la  connoilTance  de  leur  révolution  ,  de  leur  vîtefle  ,  des 
variations  ^de  cette  vîtefTc  qui  n'cft  jamais  uniforme  ,  &;  des 
irrégularités  de  ces  variations  qui  font  fouvent  très-compli- 
quées. Ces  changemens,  que  l'on  appelle  généralement  phéno- 
mènes reviennent  les  mêmes  au  bout  d'une  certaine  période  :  tous 
dépendent  les  uns  des  autres, puifqu'ils  arrivent fucceffivement, 
&;  en  vertu  d'une  même  caufe  ;  ils  font  liés  par  une  efpece  de 
chaîne  ,  qui  n'eft  autre  chofe  que  la  fuite  complettc  des  effets 
de  cette  caufe.  La  fuite  6c  la  liaifon  de  ces  effets  eft  difficile  à 
découvrir.  Ici  le  travail  ne  fuffit  plus.  Le  fuccès  dépend  de 
l'cfprit  d'invention  &.  de  la  connoilTance  exa£te  de  tous  les  faits. 
Selon  que  les  hommes  livrés  à  cette  recherche  ont  été  plus  ou 
moins  doués  de  cette  faculté  ,  plus  ou  moins  inftruits  àcs  faits, 
leurs  fuccès  ont  été  plus  ou  moins  heureux;  ils  ont  inventé  des 
fictions  ou  découvert  des  vérités.  Ainfi  Ptolemée  ou  fes  pré- 
décefTeurs  ont  compliqué  l'explication  du  mouvement  des  pla- 
nètes, de  cercles  multipliés  roulans  les  uns  dans  les  autres;  ainlî 
Kepler  fubftitua  une  cllipfe  à  ces  cercles ,  ôc  cet  homme  vra.iment 
doué  de  l'efprit  d'invention ,  ramena  par  une  idée  lumineufe 
l'Aftronomie  à  la  vraie  forme  des  orbites  céleftes. 

Cette  branche  de  l'Aftronomie  n'a  donc  quelquefois  qu'une 
marche  incertaine  ;  car  tantôt  les  lumières  manquent  aux  faits  , 
&  tantôt  les  faits  aux  lumières.  Les  uns  bc  les  autres  ont  fouvent 
manqué  à  la  fois.  Quand  l'efprit  humain  a  embrafTé  une  mau- 
vaife  hypothcfe  ,  c'eft  uniquement  parce  qu'il  n' avoit  pas  alors 


PRÉLIMINAIRE.  vu 

aCTcz  d'étendue  pour  en  apperccvoir  plufieurs, parce  qu'il  n'avoic 
pas  allez  de  juftelle  pour  en  voir  les  défauts  ,  ou  parce  qu'il 
manquoic  de  connoiflanccs  pour  en  bien  juger.  De  nouveaux 
faits  font  venus,  qui  ne  cadrant  pas  avec  la  première  hypothcfe, 
en  ont  fait  imaginer  une  féconde  ;  &  l'homme  en  tout  genre 
a  toujours  ainfi  parcouru  le  cercle  des  fuppofitions ,  &  le  cercle 
encore  plus  grand  des  erreurs  ,  avant  de  parvenir  à  la  vérité  , 
dont  le  caraclcre  ,  en  Aftronomic  comme  en  Phyfique  ,  eft  de 
confirmer  ,  d'expliquer  les  phénomènes  pafl'és  ,  2c  d'être  con- 
firmée à  fon  tour  par  les  phénomènes  futurs. 

Ce  n'cft  pas  tout.  Les  faits  mêmes ,  ou  les  obfervations  fur 
lefquelles tout eft  fondé, ne  font  pas  fufceptibles d'une  exactitude 
rigoureufe ,  qui  ne  fe  trouve  que  dans  la  Géométrie.  Alais  la 
Géométrie,  confidérée  comme  fciencede  l'étendue  Se  du  mou- 
vement ,  eft  dépouillée  de  toutes  les  autres  circonftances  phy- 
liques;elle  eft  purement  intellectuelle,  &  l'ouvrage  de  l'efprit 
qui  a  établi  cette  exaclitude  fur  les  abftraclions  :  exa6litude  qui 
n'a  plus  lieu  ,  rigoureufemcnt  parlant ,  dès  qu'en  appliquant  la 
Géométrie  à  la  Phvfique ,  on  la  fait  iortir  de  l'imagination  de 
l'homme,  pour  la  rapprocher  de  la  nature. 

En  Phyfique,  toute  connollfance  abfolument  exacte  eft  re- 
fufée  à  l'homme.  Il  ne  peut  atteindre  qu'à  une  certaine  pré- 
cifion  ,  relative  au  développement  de  fon  induftrie  ,  &;  aux 
moyens  mécaniques  qui  font  en  fa  puillance. 

Il  eft  donc  des  erreurs  ou  plutôt  des  incertitudes  inévitables 
êc  dans  les  obfervations  &;  dans  les  réfultats.  Dans  les  obfer- 
-^ations  ,  parce  que  l'homme  a  d'abord  obfervé  avec  fes  yeux 
leuls  ,  qui  font  fes  premiers  inftrumens  ;  enfuite  il  s'eft  aidé  de 
quelques  inftrumens  groiliers  ;  inftrumens  qui  fe  font  perfec- 
tionnés ,  &  fe  perfectionneront  jufqu'à  un  certain  terme  que 
l'induftrie  humaine  ne  peut  pafTer.  Aiiifi  les  obfervations  font 


vni  DISCOURS 

devenues  ,   &  deviendront  plus  précifes.  Maïs  en  même  tems 
chaque  réfultat  fondé  fur  ces  obfcrvaticns  ell:  aftcdlé  de  leur 
inexadbitude ,  les  déterminations  principales  Se  fondamentales  de 
l'Aftronomie  ont  donc  befoin  d'être  renouvelées ,  ôc  la  nature 
des  progrès  de  ce  genre  de  connoiflanccs  a  cela  de  fîngulier  que 
la  fciencc  ne  chemine  qu'en  détruifant.    Les  mefures  actuelles 
font  fondées  furies  débris  des  mcfurcs  plus  anciennes,  6c  celles-là 
en  devenant  anciennes  à  leur  tour,  auront  la  deftinée  de  celles-ci. 
Mais  qu'on  n'en  infère  rien  contre  la  Icicnce  ,  car  c'cft  une  con- 
noiffancc  réelle, ôc  peut-être  la  feule  que  nous  pofledions,  que 
celle  des  limites  entre  lefquelles  l'exadtitude  ou  la  vérité  eft  ren- 
fermée. Le  travail  des  générations  fucceiîives  efl:  de  reflcrrer  ces 
limites.  D'ailleurs  l'incertitude  attachée  néccffairement  à  quelque 
obfervarion  que  ce  foit,  n'influe  pas  toute  entière  fur  les  déter- 
minations ,   elle  peut  fe  partager.   Quand  on  veut  déterminer  , 
par  exemple  ,   la  durée  d'une  période  quelconque  ,  la  détermi- 
nation eft  atTujettie  à  l'erreur  de  l'obfervation  faite  au  commen- 
cement, &  à  l'erreur  de  l'obfervation  faire  à  la  fin  de  la  période. 
Mais  fi  entre  ces  deux  obfervations  il  s'cft  écoulé  cent  ou  mille 
de  ces  périodes ,  l'erreur  partagée  infiura  peu  fur  la  connoif- 
fance  de  la  durée  de  la  période.   On  verra  dans  la  fuite  de  cet 
ouvraee  les  Aftronômes  des  différens  fiecles  fc  fuccéder  les  uns 
aux  autres  dans  les  mêmes  travaux ,  pour  y  ajouter  fans  cefle 
de  nouveaux  degrés  de  perfection.  Notre  induftrie  a  trouvé  le 
moyen  de  diminuer  les  erreurs  qu'elle  ne  peut  éviter,  &  d'ap- 
procher de  cette  exactitude  rigourcufe  dont  nous  avons  l'idée  > 
mais  à  laquelle  nous  ne  pouvons  atteindre. 
De  la  Théorie.        L^  Théorie  cft  l'explication  des  phénomènes  céleftes  par  les 
loix  du  mouvement.  Quelques  Philofophes  anciens  ont  eu  des 
opinions  fur  la  formation  du  monde ,  fur  les  élémens  dont  il 
eft  compofé  ;  ils  ajoutoient  au  nombre  de  ces  élémens  ,  ou  en 

retranchoienr 


PRÉLIMINAIRE.  iï 

trânchoient  prefqu'à  volonté  ;  en  cela  ils  n'étoïent  que  Phy- 
ficiens  &:  mauvais  Phyfîciens.  Les  élëmens  du  monde  font  bien 
plus  impénétrables  que  les  caufes  des  mouvemens  célcftes  ;  ce 
font  les  derniers  retranchemens  de  la  nature ,  &  là  peut  être  eft 
la  caufe  univerfelle.  Ils  avançoient  d'autant  plus  aifëmcnt  leurs 
affertions  ,  que  quand  la  vérité  eft  inaccefliblc  ,  l'erreur  eft  plus 
difficile  à  démontrer.  L'explication  du  monde  fe  bornoit  donc 
à  quelques  idées  phyfiqucs  fur  fa  formation.  Un  filence  profond 
a  régné  dans  l'antiquité  fur  les  caufes  qui  lancent  ou  retiennent 
les  corps  céleftcs  dans  leurs  orbites. 

L'obfervation  en  Aftronomie  ,  les  réfultats  même  ne  nous 
montrent  que  des  effets  dont  il  eft  naturel  que  les  hommes 
ayent  été  tentés  de  pénétrer  la  caufe.  C'eft  une  idée  fublime 
d'avoir  tenté  de  ramener  les  loix  du  mouvement  général  de 
l'univers ,  aux  loix  du  mouvement  des  corps  tcrreftres.  Cette 
entreprife  appartient  exclufivement  à  nos  fvecles  modernes  ;  elle 
eft  due  à  Defcartes.  Ses  tourbillons  font  une  mauvaife  expli- 
cation de  la  pefanteur  ôc  du  fyftême  du  monde  ,  mais  fes  tour- 
billons font  mécaniques.  Il  a  découvert  que  le  même  mëcanifme 
devoit  faire  mouvoir  les  corps  dans  les  efpaces  céleftes ,  &  àla 
furface  de  la  terre  ;  s'il  n'a  pas  faifi  ce  mécanifme  ,  on  ne  doit 
pas  oublier  que  cette  penfee  neuve  6c  grande  ,  eft  le  fruit  de  fon 
génie.  Ce  que  Defcartes  s'étoit  propofé  ,  Nevton  l'exécuta. 
Nous  ne  dérobons  rien  à  la  gloire  de  ce  grand  homme ,  en 
rendant  juftice  à  Defcartes. 

Tel  eft  l'objet  Se  la  nature  des  progrès  de  l'Aftronomie.  On 
verra  dans  cet  ouvrage  combien  il  a  fallu  de  tems  6c  de  travaux 
pour  reconnoître  que  les  mouvemens  des  aftres ,  fi  compliqués 
en  apparence,  font  très-fimples  en  effet ,  ôc  dépendent  d'une 
caufe  plus  fimple  encore. 

Si  les  fondateurs  de  l'Aftronomie ,  fi  les  hommes  de  génie , 

b 


X  .   Discouns 

•qui  en  ont -d'abord  ëteridu  les  connoiffances  ,  qui  ont  fenti  le 
dérefpoir  de  ne  pouvoir  expliquer,  ni  même  connoîcre  tous 
les  phénomènes  ;' fi ,  difons-nous,  ces  hommes  à  qui  nous  avons 
tant  d'obligations  ,  revenoicnt  au  monde  ,  quelle  feroit  leur 
furprife  de  voir  comment  leur  poftérité  a  débrouillé  ce  chaos  , 
&  s'eft ,  pour  ainfi  dire ,  affujetti  le  fyftême  de  l'univers  !  Que 
d'hommes  rares  ont  contribué  à  ces  progrès ,  6c  font  inconnus 
aujourd'hui.  Mais  les  premiers  inventeurs  ne  font  pas  les  plus 
célèbres  ;  l'ignorance  jouit ,  &:  n'apprécie  point.  Les  inventions 
utiles,  ainfi  que  les  femencesdes  végétaux, croifTent  bi.  mûriilcnt 
fans  bruit  ;  les  fruits  en  font  cueillis  lans  peine  ,  Se  le  vulgaire 
jouit  des  unes  &:  des  autres  fans  s'informer  comment ,  ni  d'où 
elles  viennent ,  ôc  fans  imaginer  ce  qu  elles  ont  coûté. 

Nous  avons  placé  les  inventions  de  l'Aftronomie  au  rang  des 
inventions  utiles ,  6:.  les  Philofophes  ne  demanderont  pas  fi  en 
effet  cette  Icience  eil  utile.  Mais  trop  de  gens  font  peut  -  être 
encore  perfuadés  que  les  fciences,  &;  celle-ci  particulièrement, 
ne  font  qu'un  objet  de  curiofité ,  pour  ne  pas  détailler  les 
avantages  que  retire  la  fociété  de  la  pratique  6c  de  l'étude  de 
l'Aftronomie.  Elle  a  d'abord  la  même  utilité  que  les  fciences 
en  général;  elle  éclaire  le  fiecle,  &  perfectionne  l'efprit  humain. 
La  maffe  des  lumières  nationales  eft  compofée  de  toutes  les 
connoifTances  particulières.  Chaque  découverte ,  chaque  idée 
nouvelle  èc  vraie  fe  place  naturellement  à  ce  dépôt  ;  toutes 
enfemble  excitent  un  mouvement  infenfible ,  auquel  tous  les 
efprits  participent  ;  en  peu  de  tems  les  lumières  fe  diftribuent 
6c  fe  partagent  à  la  nation.  Ainfî  les  principes  que  l'évaporation 
enlevé  à  chaque  terrein  particulier,  tranfportés  èc  mêlés  par  les 
vents  ,  donnent  à  l'air  d'une  Province  ,  ou  d'un  Royaume  ,  un 
cara£tere  &:des  propriétés  générales  qu'il  tient  dclacombinaifon 
de  ces  principes. 


PRÈ  LIMINAIRE.  XI 

Le  ffoût  des  fciences  &  des  lettres , en  adouciflant  les  mqpurs , 
rend  les  hommes  meilleurs  &  plus  heureux.  Elles  écartent ,  en 
général ,  l'intrigue  &c  l'ambition  ;  elles  portent  à  la  vertu  par 
l'amour  de  la  vérité.  L'homme  vrai  eft  le  feul  honnête  homme 
qui  exifte  fur  la  terre.  Peut  -  on  fonder  les  profondeurs  de  la 
nature  ,  travailler  à  dévoiler  fcs  fecrets  ,  difcuter  les  faits  ,  les 
phénomènes ,  n'admettre  pour  vrai  que  ce  qui  l'cft  réellement  , 
&  ne  pas  fuivre  èc  profefler  la  vérité  dans  la  conduite  de  fa  vie. 
L'amour  du  vrai  qui  conduit  à  ces  recherches ,  doit  s'étendre  a 
la  morale,  &  devenir  principe,  comme  le  travail  devient  ha- 
bitude. Voilà  ce  qu'on  pourroit  développer,  fi  la  pratique  de  la 
Philofophie  èc  l'étude  des  fciences  avoient  befoin  d'apologie. 
Mais  il  s'agit  ici  de  l'étude  particulière  de  l'Aftronomie. 

Cette  fcience  en  fe  pcrfe(£tionnant  a  ^ueri  des  préjugés  ,    &     Utilité  de  VAf~ 

irr  A  r^i    n_   tronomu  contrcld 

dilîipédes  craintes,  nés  peut  -  être  de  Ion  cntance  même.  \^  elt  fuperfiiùon, 
un  fervice  elTentiel  qu'elle  a  rendu  à  l'humanité.  L'homme  naît 
timide,  il  craint  fur  -  tout  les  dangers  qu'il  ne  connoît  pas  ,  les 
dangers  contre  lefquels  il  n'a  pas  mefuré  fa  prudence  6c  fes 
forces.  Avant  de  s'être  familiarifé  avec  la  nature, il  a  commencé 
par  la  craindre,  &  tout  devoit  lui  caufer  de  l'effroi.  Il  fut  bientôt 
accoutumé  à  l'ordre  invariable  du  ciel,  à  la  fucceifion  confiante 
de  fes  phénomènes;  mais  les  phénomènes  plus  rares  lui  parurent 
un  bouleverfemcnt  de  l'ordre  naturel.  La  première  éclipfe  totale 
de  foleil  donna  l'idée  de  l'anéantiffcment  de  l'univers.  L'éclipfe 
de  Lune  fit  craindre  la  perte  de  cet  aftre  ;  on  imagina  qu'un 
dragon  vouloir  la  dévorer.  Les  come^tes  remarquables ,  effrayantes 
par  leur  queue  &;  par  leur  chevelure ,  annonçoient  la  mort  des 
Princes  ^  la  deftrudion  des  Empires  ,  la  pefte  ,  la  famine  ,  Uc 
L'Aftronomie  en  dévoilant  les  caufes  de  ces  phéiiomèuçs  ,  a 
raffuré  les  efprits.  Le  Peuple  même  aujourd'hui  n'eft  pas  effraie 
iles  éclipfes.    La  terreur  de  l'apparition  des  comètes  a  fubfflé 

è  ij 


XII  DISCOURS 

plus  longtems.  Les  penfies  diverfes  du  célèbre  Bayle  ,  font  un 
monument  de  la  fuperftition.  Elles  font  foi  qu'en  i  <Î8  o  ,  dans 
le  tcms  où  Newton  calculoit  l'orbite  des  comètes  ,  oii  Halley 
étoit  prêt  d'annoncer  leur  retour,  l'Europe  prcfqu'entiere  étoit 
encore  dans  une  ignorance  profonde  fur  la  nature  de  ces  aftres. 
On  les  regardoit  comme  les  avant  -  coureurs  des  vengeances 
divines,  &  les  allarmcs  étoient  afTez  fortes,  afTez  générales  pour 
que  Bayle  les  combattît  avec  toutes  les  reflburces  de  l'érudition, 
&  toutes  les  armes  de  la  dialedlique.  Mais  l'Aftronomie  ,  quï 
enfeigne  que  les  comètes  ont  un  retour  certain  ,  &  une  marche 
invariable  ,  a  plus  fait  contre  le  préjugé,  que  le  favant  ouvrage 
de  Bayle. 
Contre  l'Ajiro-  L'Aftroîogie  judiciaire  eft  une  maladie  non  moins  déplorable 
de  l'cfprit  humain.  Elle  efl:  née  fans  doute  de  l'abus  de  l'Aftro- 
nomie. Tous  les  hommes  ,  impatiens  de  toucher  à  l'avenir  , 
voudroient  au  moins  connoître  celui  qui  ks  attend;  le  fage  feul 
fait  que  cette  connoifTance  feroit  funefte.  Malheureux  du  paffé, 
mécontent  du  préfent,  l'homme  ne  vit  que  par  l'efpérance.  L'in- 
certitude de  fa  deftinée  le  foutient  dans  une  courfe  qu'il  s'efforce 
de  précipiter.  Si  l'avenir  s'ouvroit  devant  lui ,  tourmenté  par  les 
maux  futurs ,  rendus  préfens  ,  peu  fenfible  à  des  biens  ufés 
avant  la  jouiffance ,  fon  exiftence  ne  feroit  plus  qu'un  fardeau^. 
La  fageffe  divine  nous  a  épargné  ces  maux  que  l'Aftrologie  a 
voulu  répandre  fur  la  terre.  Ils  régnent  encore  dans  certaines 
contrées  où  la  lumière  des  fcienccs  n'a  point  pénétré.  En  Europe 
même  ,  il  n'y  a  pas  longtems  que  les  Peuples  avoient  leurs 
Devins,  &  les  Princes  leurs  Aftrologues.  Catherine  de  Medicis 
livrée  à  cette  erreur  ,  avoir  fait  bâtir  la  colonne  de  l'Hôtel  de 
SoifTons  ,  pour  y  confulter  les  aftres  ;  car  les  méchans  fur -tout 
défirent  de  connoître  l'avenir  ,6c  les  reproches  de  leur  confcience 
ibnt  une  certaine  Aftrologie  contre  laquelle  ils  ont  befoin  d'êtrç 


PRÉLIMINAIRE.  xiii 

raflurés.  La  mort  de  Henri  IV  fut  prédite  de  toutes  parts ,  foit 
avant ,  foit  après  ce  malheureux  événement.  Dirons  -  nous  que 
le  célèbre  Jean-Dominique  Calîini  {a)  fut  donné  à  rAfcronomie 
par  le  goût  même  de  l'Aftrologie.  Il  fut  bientôt  détrompé  ,  ^ 
Tes  travaux  ,  en  répandant  la  lumière  ,  ont  détrompé  fon  {îecle.  ^ 

La  connoiffance  approfondie  du  mouvement  des  corps  célcftes , 
a  ouvert  tous  les  yeux.  La  diftance  connue  des  aftres  a  montré 
qu'ils  étoient  trop  éloignés  pour  vcrfer  leurs  influences  fur  notre 
globe.  De  plus ,  ces  corps ,  qui ,  par  le  mouvement  diurne  de 
la  terre,  femblent  tourner  tous  les  jours  autour  de  nous, doivent 
agir  tous  les  jours  de  la  même  manière.  Ils  feroient  donc  in- 
fuffifans  pour  expliquer  ou  pour  annoncer  la  diverfité  des  ca- 
ractères, des  pafîions  &  des  dcftinées.  On  a  vu  que  leurs  afpcéls, 
leurs  rencontres,  déterminés  de  toute  éternité  par  des  mouvcmens 
invariables  ,  n'annonçoient  rien  à  l'homme  ;  que  leurs  fphercs 
féparées  de  la  nôtre  par  des  intervalles  immcnfes  ,  interdifoicnt 
toute  communication  ,  toute  émanation  ;  fi  ce  n  cft  celle  de  la 
lumière,  qui  eft  fans  doute  la  même  pour  tous  les  aftres ,  ôc  qui 
d'ailleurs  tombe  également  pour  tous  les  hommes. 

Un  des  premiers  lèrvices  que  l'Aftronomie  ait  rendus  à  la    Utilité  de  tAf- 
fociété  ,  c'cft  de  régler  les  travaux  de  l'agriculture.  Les  labours  ,  '^■'"°'^"^p°^''^  ^- 

'  &  o  '  gnc'uunre  6'  pour 

les  moiflons  ,  tous  les  travaux  de  la  campagne  doivent  fe  faire  ''«  Calendrier, 
dans  certaines  faifons  ,  &  dépendent  par  conféquent  du  mou- 
vement du  Soleil.  Il  y  a  dans  chaque  climat  des  intervalles  né- 
ceflaires  entre  ces  difFérentes  opérations  de  la  culture  ;  ces  in- 
tervalles une  fois  connus  par  expérience,  ont  indiqué  les  faifons 
propres  <à  ces  opérations.  Mais  comment  connoître  exactement, 
&  même  d'avance, comme  cela  eft  fouvent  néceftaire,  le  retour 
des  faifons.  Il  a  fallu  chercher  dans  le  ciel ,  toujours  invariable, 

{a)  Fb^ff  Son  ÉJoge par  M.  de  Fontenclle  ,  année  lyn* 


XIV  DISCOURS 

des  fi^^nes  qui  étant  liés  à  certaines  faifons,  en  annonçaient  le 
retour.  Ces  fignes  furent,  par  exemple,  une  étoile  aifée  à  dif- 
tino-uer  des  autres  par  Ton  éclat ,  qui ,  dégagée  des  rayons  du 
Soleil ,  commençoit  à  fe  faire  voir  le  matin  ;  c'eft  ce  qu'on  appelle 
le  lever  héliaque d'une  étoile.  Ainfi  chez  les  Egyptiens,  le  lever 
héliaque  de  Sirius  annonçoit  le  prochain  débordement  du  Nil , 
5c  les  labours  fuivoient  immédiatement  la  retraite  de  ce  fleuve. 
Voilà  comment  l'Aftronomie  fut  néceflfaire  à  l'agriculture.  Ces 
connoiflances  n'étoient  que  de  funples  remarques  ,  mais  elles 
fuffifoient  aux  befoins  de  la  fociété  naiflfante.  Bien  des  Peuples 
puillans  &:  poUccs  ,  n'ont  eu  longtems  d'autre  calendrier  que  la 
fuite  de  ces  remarques. 

L'ufage  ordinaire  de  la  vie  civile  exigeoit  la  mefure  du  tems. 
Nous  n'avons  l'idée  de  la  fuccellion  des  inilans  que  par  le  mou- 
vement. Les  divifions  du  tems  ne  peuvent  ccre  marquées  que 
par  les  efpaces  parcourus.  Mais  pour  que  la  mefure  ioit  exacte , 
il  faut  que  le  mouvement  foit  confiant  &  uniforme.  Il  n'en  eft 
point  de  tel  fur  la  terre; le  cours  des  fleuves  ne  l'eftpas.  L'homme 
a  bien  dans  lui-même  un  principe  de  niouvementjfesfenfations 
6c  fes  idées  fe  fuccedent ,  mais  avec  tant  d'inégaUté ,  qu'il  ne  pour- 
roit  mefurcr  avec  juftefl"c  le  plus  petit  intervalle  de  tems.  L'ame 
qui  foufFre,  &:  l'ame  qui  youit,  ne  comptent  pas  de  même;  &;  le 
tems  qui  fe  traîne  en  vieillard  dans  les  jours  de  la  douleur,  a  la 
courfe  rapide  d'un  jeune  homme  pendant  les  courts  inftans  d'une 
jouifl^ance  agréable  &  vive.  Le  feul  mouvement  confiant  &: 
uniforme  efl:  celui  des  corps  céleftes.  Ces  corps  marchent  d'un 
pas  égal  &;  tranquille  dans  l'efpace  de  l'univers ,  avec  unecont- 
tance  qui  a  été  refufée  à  l'homme,  avec  une  durée  peut-être 
fans  limites ,  qui  n'eft  pas  dans  fa  nature.  Si  les  aflres  n'avoient 
point  de  mouvement ,  fi  ce  mouvement  n  avoit  pas  été  obfervé 
dans  l'état  de  fociété ,  nous  n'aurions  donc  aucune  idée  ni  de 


PRÉLIMINAIRE.  xv 

l'âge  ,  ni  de  la  durée.  AulTi  ces  connoiirances  feroient-elles  peu 
néceflaires  à  l'homme  dans  récacfolitaire  &rauvagc.  C'cftle  fruit 
de  fon  induftric ,  mais  la  preuve  de  fa  dépendance.  L'homme 
focial  a  befoin  de  la  nature  entière.  Il  emprunta  de  rAftronomie 
1.1  mefure  du  tems.  L'intervalle  d'un  lever  du  Soleil  à  l'autre,  eft 
une  mefure  qui  fut  appelée  jour ,  bc  que  la  nature  indiquoic 
elle-même.  Mais  la  fociété  a  befoin  de  mefurer  de  plus  longs 
efpaces  ;  on  fît  donc  ufagc  des  mouvemens  du  Soleil  èc  de  la 
Lune.  En  efî-et ,  le  retour  des  mêmes  phafcs  de  la  Lune,  ou  des 
mêmes  faifons,  donnoient  des  intervalles  fenliblcmcnt  éeaux. 
Tous  les  Peuples  s'y  réunirent  :  les  uns  comptèrent  par  Lunes  , 
ou  par  mois ,  les  autres  par  les  révolutions  du  Soleil ,  ou  par 
années  ;  d'autres  comptèrent  par  mois  £c  par  années.  Mais  tout 
cela  exigeoit  la  connoifTance  exa(5be  de  ces  mouvemens;  &  pour 
ceux  qui  employoient  les  deux  révolutions  enfemble  ,  il  falloir 
encore  l'art  de  les  concilier.  C'eil  alors  que  naquit  le  calendrier , 
longtems  imparfait ,  fouvent  réformé  ,  notamment  par  Jules 
Céfar  ,  &  par  Grégoire  XIII ,  mais  toujours  fî  difficile  qu'il  fut 
le  chef  d'œuvre  des  mains  les  plus  habiles  &:  des  plus  célèbres 
Aftronômes. 

Quand  les  années  bi  les  fiecles  fe  font  accumulés,  l'art  de  les     UtL'ué de  l'jf- 

A  ,1  I  o       i>  1         '      '  tronomie  dans  la 

connoitre  ,  de  les  nombrer  ,  ce  cl  y  rapporter  les  evenemens  que  Chronologie, 
l'hiftoire a confervés, s'appelle  Chronologie.  Mais  c'eft feulement 
depuis  certaines  époques  que  cet  arc  a  des  fondemens  folides. 
Au  delà,  dans  des  tems  plus  reculés,  tout  eft  ohfcurité  &  nuit 
profonde.  La  tradition  ,  qui  avant  l'invention  de  l'écriture  étoit 
dépofitaire  de  l'hiftoire  des  Peuples  ,  a  tout  confondu  ôc  tout 
défiguré.  On  ne  trouve  dans  les  annales  anciennes  que  peu  de 
faits  fixés  par  des  dates  précifes  ,  &:  encore  ces  dates  font-elles 
quelquefois  différentes  dans  les  auteurs  qui  fe  contreJifent.  Si 
l'on  ajoute  à  ces  incertitudes  celle  de  la  longueur  des  années  > 


XVI  DISCOURS 

dont  chaque  Peuple  s'eft  fervi ,  tantôt  d'un  jour,  tantôt  d'un  ou 
de  plufieurs  mois,  on  retrouvera  dans  la  Chronologie  le  chaos 
décrit  par  Ovide, r«d^à  indigejlaque  moles.  M.  de  Fontenelle ,  (  a  ) 
compare  l'hiftoire  des  premiers  tems  à  un  palais  ruiné ,  dont 
les  débris  font  confufément  femés  dans  un  vaftc  terrain.  «*  Si 
>3  l'on  étoit  fur  qu'il  n'en  manquât  aucun  ,  ce  feroit  un  pro- 
"  digieux  travail  de  les  raflcmblcr  tous.  ;  mais  fi  quelques-uns 
M  de  ces  débris  étoient  perdus ,  le  travail  de  fe  faire  une  idée 
«  jufte  de  la  ftrufture  de  ce  Palais ,  feroit  plus  grand  ,  &  il 
»  feroit  poifible  que  l'on  fît  de  cet  édifice  difFérens  plans  qui 
»  n'auroient  rien  de  commun  entr'eux.  Il  ajoute  ,  en  parlant 
des  faits  connus  qui  nous  relient  :  »  ce  qu'il  y  a  de  pis ,  &  ce 
'>  qui  n'arriveroit  pas  à  des  débris  matériels  ,  ceux  de  l'hiftoire 
'»  ancienne  fe  contredifent  fouvent ,  6c  il  faut ,  ou  trouver  le 
»  fecret  de  les  concilier,  ou  fe  réfoudre  à  faire  un  choix  qu'on 
5>    peut  toujours  foupçonner  d'être  un  peu  arbitraire,  m 

Il  n'eft  dans  cette  nuit  obfcure  d'autre  flambeau  que  l'Af- 
tronomic.  La  certitude  renaît  où  fe  rencontrent  les  obfervations 
aftronomiques.  Les  faits  qui  y  font  liés  font  des  points  fixes  ,  ou 
comme  des  afiles  où  fc  rcpofe  le  voyageur  égaré  dans  les  té- 
nèbres de  l'antiquité.  Mais  les  obfervations  font  rares.  C'cft  ici 
que  la  fuperfbition  vient  au  fecours  de  la  raifon  qui  cherche  à 
établir  des  calculs.  Il  eft  aifez  fmgulier  que  cette  nuit  de  l'i- 
gnorance ne  foit  éclairée  que  par  quelques  traits  de  lumière  que 
l'ignorance  y  a  femés  fans  s'en  douter.  Ces  traits  font  les  phé- 
nomènes des  éclipfes  que  les  terreurs  des  Peuples  ont  confacrés. 
Si  les  écrits  d'un  hiftorien  font  perdus,  &  qu'il  ne  nous  en  foit 
parvenu  que  quelques  lambeaux ,  avec  des  faits  fans  date,  mais 
accompagnés  du   récit  d'une  éclipfe  ,    l'Aftronomie  auffi  -  tôt 


{a)   Éloge  de  M.  Biajicliini. 

calcule  i 


P  RÊ  LI M  TNAIR  £.  kvii 

calcule  ;  appuyée  fur  la  connoifTance  des  mouvemens  du  Soleil 
5c  de  la  Lune ,  elle  remonte  dans  l'antiquité  ,  en  parcourant , 
d'année  en  année,  toutes  les  éclipfes,  jufqu  à  ce  qu'elle  en  trouve 
une  qui,  dans  le  lieu  déligné  ,  tombe  au  jour  marqué.  Alors  la 
date  de  l'événement  eft  fixée.  C'eft  pour  épargner  les  calculs  & 
les  recherches  aux  hiftoricns  que  deux  jfavans  Bénédiclins  (a) 
ont  compofé  le  livre  de  l'art  de  vérifier  les  dates,  c'eft- à -dire, 
de  les  vérifier  par  l'AftronomiejOuparl'obrervation  des  éclipfes, 
que  les  anciens  n'ont  gueres  négligé  de  rapporter.  Souvent  la 
vérité  l'exigcoit  ;  les  prodiges  entroient  dans  le  récit  des  évé- 
nemens  ,  ou  comme  circonllance ,  ou  comme  caufc.  Mais  de 
quelque  façon  que  ce  fat,  ils  excitoient  de  l'intérêt  dans  l'efprir 
des  lecteurs.  Chez  les  Chinois,  où  la  fuperftition  fut  liée  à  l'ad- 
miniftration  ,  toute  la  Chronologie  eft  ainfi  fondée  fur  des  ob- 
fervations  d'éclipfes.  C'eft  ce  qui  dépofe  de  l'cxiftence  de  cet 
Empire  pendant  plus  de  quatre  mille  fept  cens  ans. 

Un  avantage  plus  grand  ,  plus  intérefTant  pour  nous ,  eft 
Celui  qui  réfulte  de  l'Aftronomie  pour  la  Géographie,  &L  pour  la 
navigation. 

Ce  n'eft  pas  un  objet  de  pure  curiofité  que  la  connoiflance    Vùnu  de/'Jf 
de  la  pofition  des  différens  pays  fur  la  furfacede  la  terre.  Cette  ';:°r'"'\rf  (" 
connoilTance  eft  devenue  indilpenfable  ,  depuis  que  des  commu-  Navigation. 
nications  ont  été  ouvertes  entre  les  Peuples  ,   par  la  politique 
qui  réunit  les  uns  pour  les  oppofer  aux  autres  ;  par  le  commerce 
qui  lie  entr'elles  les  contrées  les  plus  éloignées  :"  enfin  par  la 
Philofophie  dont  le  but  eft  d'unir  tous  les  hommes.  Il  faut  con- 
noître  le  pays  où  l'on  voyage  ;  ce  pays  aujourd'hui  eft  la  terre 
entière.  Jadis  on  ne  négocioit,  on  n'étoit  en  guerre  qu'avec  les 
voifins,    La  Géographie  de  fon  pays  &C  de  {es  frontières  eft 

(  a  )  Dom  Ckmeacet ,  Dom  Dorand. 


xvni  DISCOURS 

toujours  facile  à  approfondir.  Si  l'on  raconte  des  expéditions 
très  -  anciennes  ,  telles  que  celles  de  Bacclius  ,  de  Séfoftris  èc 
d'Alexandre,  6cc.  la  plupart,  &  certainement  les  deux  premières 
étoient  moins  des  guerres  ,  que  des  efpeces  de  chafTcs ,  où  l'on- 
poufîoit  Se  l'on  écartoit  les  hommes  devant  foi ,  comme  des 
animaux  fauvages  à  travers  les  deferts.  Il  ne  falloit  pas  beaucoup 
de  Géographie  pour  aller  ainfi  ,  de  peuplade  en  peuplade  ,  re- 
connoître  &;  afFujcttir  l'humanité  julqu'aux  bornes  du  continent. 
C'cft  ainfi  que  Cortez,  Pifarrc  ,  ont  dompté  une  partie  de  l'A- 
mérique ,  fans  connoître  la  carte  du  pays.  Aujourd'hui  que  la 
politique  eft  devenue  une  fcience  ,  6c  le  réfultat  des  intérêts  de 
toutes  les  nations;  deux  puiflances  féparées  par  l'Europe  entière,, 
s'allient  ou  fe  liguent ,  la  guerre  s'allume  d'une  extrémité  à 
l'autre ,  des  flottes  font  le  tour  de  cette  partie  du  monde.  La 
Géographie  de  l'Europe  eft  devenue  néceflaire  à  tous  les  Peu- 
ples qui  l'habitent.  Le  commerce  a  rendu  également  néceilaire 
la  Géographie  des  trois  autres  parties  du  monde. 

Cette  fcience  n'avoit  été  d'abord  fondée  que  fur  le  récit 
toujours  incertain  &  fouventinfîdclle  des  voyageurs.  D'un  autre 
eôté  ,  la  navigation  écoic  bornée  à  fuivre  les  côtes  :  quand  elle 
fe  hafardoit  en  pleine  mer  ,  c'étoit  à  l'aide  de  l'Aftronomie  6C 
des  étoiles  circonpolaires,dontla  connoillance  eft  très-ancienne. 
La  bouflble  fournit  le  moyeii  de  ie  livrer  tout -à -fait  à  l'inf- 
conftance  des  flots. 

Lorfqu'on  çut  retrouvé  le  chemin  des  Indes  par  le  Cap  de 
Bonne-Efpérance,6c  que  le  nouveau  monde  fut  découvert,  l'ac- 
croiflement  de  puifîance  qui  en  réfulta  pour  certains  Peuples  , 
éveilla  de  toutes  parts  l'ambition.  La  découverte  des  climats 
nouveaux  étoit.  lé  titre  de  la  propriété.  On  fut  jaloux  même  du 
chemin  qui  y  conduifoit ,  on  l'interdit  aux  autres  nations.  De 
là  l'émulation  de  découvrir  ou  de  nouvelles  terres ,  ou  de  nou- 


PRÉLIMINAIRE.  xrx 

Telles  routes  à  ces  contrées  commerçantes ,  d'où  l'on  rapportok 
tant  de  fuperfluités  devenues  néceiïaires.  On  fencit  la  néceflké 
de  connoître  le  globe  entier.  L'Aftronomie  enfeignoit  que  l'on 
compte  au  même  inftant  différentes  heures  dans  les  différens 
pays  ;  que  les  heures  que  l'on  compte  dans  chaque  pays  font 
relatives  aux  degrés  de  l'équateur,  auxquels  ces  pays  répondent  ; 
de  manière  qu'en  y  faiflint  des  obfervations  d'un  même  phé- 
nomène ,  CCS  obfervations  indiqueront  la  pofition  relative  de 
ces  pays.  Il  n'y  a  qu'à  multiplier  les  obfervations  ,  fie  le  globe 
fera  connu.  Chaque  phénomène  eft  un  fignal;s'il  étoit  poffible 
que  tous  les  hommes  y  fuffent  attentifs  ,  s'ils  étoient  pourvus 
des  inftrumens  néceflaires  ,  deux  ou  trois  phénomènes  fuffiroienc 
pour  décrire  la  terre ,  &  drefler  la  carre  de  fa  furface.  Mais 
comme  cette  attention  univerfelle  eft  impolTible,  il  faut  que  les 
Peuples  s'inftruifent  fucccllivement;que  les  arts  6c  l'Aftronomie 
s'y  établiffent ,  ou  plutôt  que  le  tcms  &  le  hafard  y  conduifent 
des  obfervateurs ,  qui  apprennent  à  ces  Peuples  le  point  qu'ils 
occupent  dans  l'univers.  La  fondation  des  obfervatoircs  ,  ôc  les 
voyages  des  Aftronomcs  perfectionnent  la  connoiffince  du 
globe  :  c'eft  fur  le  dépôt  de  leurs  obfervations  que  fera  dreffee  un 
jour  la  véritable  mappe  -  monde. 

A  l'égard  de  la  navigation  ,  fes  plus  grands  dangers  font  à 
l'approche  des  terres,  le  plus  fouvent  environnées  de  bas-fonds 
ou  d'écueils.  La  navigation  a  donc  befoin  que  la  Géographie 
foit  perfectionnée  ,  puifqu'il  faut  que  le  gifement  des  cotes,  ^ 
la  fituation  des  Ides  au  milieu  de  la  mer ,  foient  exactement 
connus  ;  ôc  en  cela  la  navigation  dépend  de  l'Aftronomie , 
puifque  la  Géographie  en  dépend  elle-même. 

Mais  quand  les  Marins  auroient  les  cartes  les  plus  fùres,  il  ne 
fuffit  pas  de  trouver  la  pofition  du  port  ou  ils  font  voile,  il  faut 
encore  qu'ils  fâchent  à  chaque  inftant ,   à  quelle  diftance  ils  en 


XX  DISCOURS 

font ,  fans  quoi  ils  ne  peuvent  diriger  avec  fureté  leur  route,  ni  la 
fuivre  la  nuit  fans  rifquer  de  fe  brifer  contre  les  écueils,  près  des 
côtes  dont  ils  fe  croiroient  éloignés.  Cet  art  de  connoîrre  la  route, 
d'aflîgner  à  chaque  inftant  le  point  du  globe  où  on  fe  trouve  , 
cft  dû  aux  obfervations  aftronomiques.  Elles  donnent  l'heure 
vraie ,  la  latitude  ou  la  diftance  où  l'on  eft  de  l'équateur.  Par 
la  connoifflince  du  mouvement  de  la  Lune  ,  &:  par  les  obfer- 
vations de  cette  planète ,  on  apprend  le  degré  du  parallèle  où 
l'on  fe  trouve.  Tout  ceci  fera  expliqué  plus  au  long,  quand  nous 
en  ferons  au  détail  de  ces  méthodes.  Elles  exigent  quelques 
calculs  pénibles  ;  mais  les  Officiers  de  la  Marine ,  quelquefois 
même  les  Pilotes  y  font  exercés.  Il  y  a  dans  chaque  port  â.cs 
ProfelFcurs  d'Hydrographie,  c'eft-à-dire ,  de  la  fcience  de  toutes 
les  méthodes  dont  on  fait  ufage  fur  mer ,  &  fpécialement  des 
méthodes  aftronomiques.  Cet  art  eft  difficile,  mais  important; 
la  vie  des  hommes,  le  fuccès  des  entreprifes  en  dépend.  Combien 
de  vaiffeaux  fe  font  brifés  !  Combien  de  citoyens  ont  péri  par 
l'incapacité  de  ceux  qui  les  conduiioicnt  !  Comment  la  pré- 
vention peut -elle  aveugler  au  point  de  ne  pas  voir  les  dangers 
qu'entraîne  l'ignorance,  quand  on  a  ofé  choifir  ce  genre  de  vie  , 
auquel  la  nature  ne  nous  avoir  point  deftinéslElle  nous  a  munis, 
défendus  contre  les  dangers  dont  elle  nous  a  entourés;  elle  n'a 
rien  fait  contre  ceux  que  nous  allons  chercher.  Il  a  fallu  que 
l'homme  tirât  tout  de  fon  induftrie. 

Auffi  le  gouvernement  chez  la  plupart  des  nations  ,  a  -  t  -  il 
porté  la  plus  grande  attention  à  la  fcience  du  pilotage  &  de  la 
navigation.  La  Marine  étant  devenue  aujourd'hui  la  force  pré- 
pondérante, l'Aftronomie  eft  de  la  plus  grande  utilité  aux  puif- 
fance  livrées  à  la  navigation  6c  au  commerce.  De  là  les  foins  de 
Louis  XIV  &:  de  Louis  XV  pour  faire  fleurir  cette  fcience;  les 
prix  fameux  de  la  longitude  que  l'Angleterre  a  propofés  ;  les 


PRÉLIMINAIRE.  xxt 

voyages  entrepris  avec  tant  de  dépenfe  pour  l'obfervation  du 
palTage  de  Venus,  fie  pour  l'épreuve  des  montres  marines. 

Tels  font  les  avantages  que  la  fociété  retire  de  l'Artronomio. 
Il  en  efl:  un  autre  moins  fcnfiblc  à  tous  les  hommes  ,  mais  inef- 
timable  aux  yeux  du  Philofophe  :  c'cft  la  connoilKince  de  la 
nature  ,  du  vrai  fyftême  du  monde,  6c  des  loix  confiantes  par 
lefquelles  le  mouvement  fc  confervc  Se  fe  perpétue.  L'Aftro- 
nomie  a  montré  à  l'homme  des  efpaces  fi  énormes ,  qu'ils  f  emblent 
approcher  de  cet  infini,  où  les  penfées  aiment  à  fe  plonger  &  à 
fe  perdre.  En  aggrandillant  l'univers ,  elle  a  aggrandi  l'idée  de 
l'intelligence  fuprémc;  elle  a  donné  de  l'étendue  à  l'elprit  humain, 
qui ,  comme  Alexandre  ,  fe  trouvant  trop  ferré  dans  le  globe 
qu'il  habite ,  aime  à  s'égarer  de  fphere  en  fphere,  &  à  mcfurer 
du  moins  par  l'imagination  cette  étendue  immenfe ,  dans  laquelle 
l'homme  occupe  un  fi  petit  efpace  !  Quelle  idée  avoit-il  du  monde 
avant  les  connoiflancesde  l'Aftronomie perfectionnée?  Il  croioit 
que  la  terre  en  ctoit  le  centre,  fie  la  partie  la  plus  confidcrable  : 
les  étoiles  n'étoient  que  des  points  brillons  ,  attachés  à  la  voûte 
célefte  ,  pour  éclairer  fcs  pas  dans  la  nuit  ;  le  Soleil  fie  la  Lune 
des  flambeaux.  Mais  quelle  idée  avoit-il  de  ces  globes  mcfarés 
par  fes  yeux  feuls  ?  Il  en  jugeoit  par  leur  grandeur  apparente, 
fie  il  les  plaçoit  à  la  diftance  de  quelques  lieues.  L'Aftronomie 
a  fucceffivement  reculé  ces  bornes.  Elle  a  fait  voir  que  le  Soleil 
cft  douze  cens  mille  fois  plus  gros  que  la  terre  :  elle  a  placé  cet 
aftre  à  trente -quatre  millions  de  lieues;  Saturne,  la  plus  éloignée 
des  planètes  ,  à  trois  cens  vingr  millions.  Elle  a  dit:  la  didance 
des  étoiles  fe  refufe  à  mes  mefurcs  ,  fie  tout  ce  que  je  puis  ré- 
pondre à  la  curiofité  humaine ,  c'cft  que  l'orbite  de  la  terre , 
dont  le  circuit  a  deux  cens  dix  millions  de  lieues  ,  cet  efpace  fi 
grand  ,  vu  des  étoiles  les  plus  proches  ,  ne  peut  paroître  que 
comme  un  point!  Que  l'imagination  juge  de  la  diftance  de  ces 


xxii        DISCOURS  PRÉLIMINAIRE. 

étoiles,  ê<;  de  celles  qui  étant  plus  petites  femblcnt  plus  éloignées. 
Que  la  raifon  penfe ,  comme  il  eft  naturel  de  le  penfer ,  que  ces 
étoiles  font  autant  de  Soleils, qui,  ainfî  que  le  nôtre,  ont  des 
planètes  qui  circulent  autour  d'eux,  une  infinité  de  comètes  qui 
nagent  dans  l'efpace ,  &  qui  rempliflant  ce  vide ,  établifTent 
une  efpece  de  communication  &  de  chaîne  entre  ces  fyftêmcs 
fi  éloignés.  Qu'elle  ajoute  à  ce  fpectacle  magnifique  la  connoif- 
fancc  de  la  fimplicité  des  loix  prefcrites  à  cet  univers  fi  im- 
pofant  Se  fi  vafte;  ôc  elle  aura  l'idée  de  l'étendue, de  la  puifiTance 
de  la  nature.  Se  de  la  grandeur  de  l'Etre  fuprême.  {a) 


(  «2  )  AufTi   Derham  ,  dans   fon  Ouvrage  intitulé  :    Théologie  Àftronomique ,  établit-il 
les  découvertes  dç  l'Aftcouoniis  comme  autant  de  preuves  de  l'esiltcnce  de  Dieu. 


HISTOIRE 

DE     L'ASTRONOMIE     ANCIENNE. 


.^i^^i.iiLjU 


LIVRE      PREMIER. 


-TTT^Îi^TTr 


Des   Inventeurs  de  l'Ajironomie  &  de /on  Antiquité. 

§.        PREMIER. 

Xu  A  plupart  des  fciences  font  nées  des  befoins  de  l'homme  , 
l'Afti-onomie  n'eft  duc  qu'à  fa  curiofité.  Le  partage  des  terres 
a  produit  la  géométrie  ;  les  richefTes  &  le  commerce  ont  rendu 
l'arithmétique  néceflaire;  le  tranfport  des  fardeaux,  l'archi- 
reclure  ont  demandé  la  mécanique;  les  bleffures  &  les  maladies 
ont  exigé  la  connoillance  des  fimples  ,  celle  de  la  ftruélure  du 
corps  humain  ,  &,  l'on  a  vu  naître  la.  botanique  ,  l'anatomie  ôc 
la  médecine.  Partout  l'homme  a  appelé  fan  induftrie  au  fecours 
de  fa  foiblefTe  ;  partout  le  befoin  l'a  tiçé  de  fa  parefle  naturelle. 
Ici  le  fpectacle  fcul  du  ciel  a  frappé  fes  regards  ,  il  n'a  point  été 
prefle  par  l'aiguillon  de  la  nécelfité.  Saili  d'admiration  ,  il  eft 
tombé  dans  une  profonde  rêverie  ,  il  a  fuivi^, tranquillement  6c 
fans  effort,  le  cours  des  idées  qui  fe  font  préfentées  à  fon  efprit. 
Tandis  qu'autour  de  lui  toutfe  meut  avec  bruit  fur  la  terre  , 
le  mouvement  accompagné  du  illencc  lui  a  imprimé  du  refpedl:  j 

k   


1  HISTOIRE 

l'uniformité  des mouvemens  qui  fans  ceffe  renailTcnt  les  mêmes» 
lui  a  donné  l'idée  d'un  ordre  immuable  &;  écerncl  ;  les  mou- 
vemens particuliers  des  corps  célcftes  qui  s'accompliiTent  en 
même  tems  fans  fe  nuire ,  &  qui  ne  font  point  détruits ,  quoi- 
qu'oppofés  au  mouvement  général,  lui  annonçoient  une  fàgeiïe 
profonde,  qui  a  tout  réglé  par  des  loix  toujours  exécutées;  il  a 
fenri  la  préfence  de  l'être  fuprême  ,  £c  il  a  voulu  connoître  pour 
admirer  davantage.  Auiii  quand  les  autres  fciences  ont  pris 
naiffance  au  milieu  du  tumulte  des  villes  ,  celle-ci  eft  née  au 
fein  des  ca-mpagnes.  C'eft  la  Icience  du  repos,  de  la  folitude  6c 
de  la  jouiilance  de  ioi-même.  Des  hommes  troublés,  agités  par 
les  pallions,  ne  i'auroient  pas  devinée  ,  ou  l'auroient  dédaignée 
comme  inutile.  Il  lui  falloit  des  hommes  fimples  ,  dont  l'ame 
libre  ,  fans  defirs ,  fans  deflcin  pour  l'avenir  ,  n'ayant  point 
befoin  de  fe  concentrer  en  elle-même,  pût  fe  répandre  au 
dehors  ;  &  ces  hommes  fimples,  en  veillant  fur  leurs  troupeaux  , 
ont  fondé  celle  de  toutes  les  fciences  que  l'efprit  humain  devoir 
un  jour  étendre  davantage, 

§.      I   I. 

On  peur  dire  que  dès  que  le  ciel  a  eu  des  témoins, il  a  eu  des 
adrriiràtéiirs.  Si  Ton  "accordoit  le  titre  d'inventeurs  à  ceux  des 
hommes  qui  les  premiers  ont  été  frappés  de  ce  fpectacle,  ils  au- 
roient  tous  le  même  droit ,  èc  l'Aftronomieferoit  aufli  ancienne 
que  l'homme  lui-même.  Le  véritable  inventeur  de  la  fcienceeft 
celui  qui,  en  découvrant  la  première  vérité  ,  a  pofé  la  bafe  de 
nos  connoiiFances  aftronomiques.  Cet  inventeur  eft;  -  il  unique? 
La  fcience,  également  antique  chez  différens  peuples  ,  à-t-elle 
plufîeurs,  inventeurs  ?  La  queftioji  fèroît  décidée  fi  l'on  pouvoir 
s'en  rapporter  aux  traditions; chaque  nation  riommefcs premiers 
guides  :  Uranus  &C  Atlas  chez  les  Atlantes  ;  Fohi  à  la  Chine  5 


DE     L' ASTRONOMIE.  3 

Thaur  ou  Mercure  ca  Egypte;  Zoroaftre  6c  Belus  dans  la  Perfe 
5c  dans  la  Babylonie.  Ceci  peut  fuffire  à  ceux  qui  ne  cherchent 
que  des  noms  ,  èc  qui,  dans  ces  récits  de  la  tradition  nationale  , 
veulent  bien  en  croire  la  vanité  fur  fa  parole. 

Mais  la  fcicnce  cultivée  chez  les  Indiens  ,  les  Chinois  ,  les 
Chaldéens  6c  les  Egvpticns ,  peut  n'être  pas  primitivement  leur 
ouvrage.  Les  connoilTances  ont  été  fouvent  communiquées,  le 
Iccptre  des  fciences  a  dii  palTer  d'un  peuple  à  un  autre.  Sans  avoir 
approfondi  l'hiftoire  des  fciences ,  on  voit  que  leur  lumière  née 
dans  l'Orient,  comme  celle  du  foleil,  s'avance  ainfi  que  cetaftre 
vers  l'Occident,  &C  dans  une  révolution  très -lente,  femble, 
comme  lui,  devoir  faire  le  tour  du  monde.  Il  eft  fans  doute  des 
connoiflances  premières  6c  fimpks  ,  qui  ont  pu  s'offrir  d'elles- 
mêmes,  6c  qu'on  doit  s'attendre  à  retrouver  partout.  Mais  celles 
qui  font  le  fruit  de  la  méditation,  d'une  obfervation  longue, 
&  des  moyens  combinés  des  arts  appliqués  à  la  fcience  ,  ne 
peuvent  être  établies  que  chez  des  nations  anciennement  po- 
licées ,  lefquelles  ayant  exifté  longtems  fur  la  terre ,  ont  eu  le 
tems  néceffaire  au  développement  de  l'induftrie  humaine.  Parmi 
les  peuples  anciens.  Chinois,  Chaldéens,  Indiens  6c  Egyptiens, 
l'examen  de  ceux  qui  ne  doivent  rien  qu'à  eux-mêmes ,  ou  de 
la  nation  unique  qui  feroit  la  fource  de  la  lumière  ,  appartient 
à  une  critique  délicate.  Il  faut  rafTembler  des  traditions  obfcures, 
les  éclairer  l'une  par  l'autre ,  S<.  pefer  les  probabilités  ;  en  re- 
montant aux  premières  traces  de  l'Aftronomie,  il  faut  fixer  la 
date  des  faits ,  6c  comparer  ces  faits  avec  le  degré  de  la  civi- 
lifation ,  avec  le  génie  du  peuple ,  avant  de  prononcer  qu'il  a 
pu  s'élever  au  mérite  de  l'invention. 

C'eft  ainiî  qu'on  détruit  les  prétentions  fauffes  &C  les  droits 
ufurpés.  Différentes  caufes  ont  contribué  à  les  introduire.  L'or- 
gueil des  peuples,  l'ignorance  même  des  premiers  commencti- 

A  y 


t^  HISTOIRE 

mens, a  placé  dans  ces  tcms  toujours  obfcurs, l'origine  inconnue 
des  connoilTanccs  acquiles.  D'ailleurs  dès  qu'un  honnnc  aura 
voyagé, il  fe  fera  donné  pour  l'inventeur  des  connoiflances  qu'il 
avoit  recueillies  ;  l'étranger  devenu  l'inflituteur  d'un  peuple , 
fe  fera  fait  palier  pour  l'auteur  des  vérités  qu'il  enfeignoit  ;  &C 
quand  ces  menfonges  de  la  vanité  ne  feroient  pas  fi  communs , 
le  peuple  lui-même  s'y  fcroit  trompé.  Il  ne  remonte  point  à  la 
fource  de  la  lumière:  il  n'examine  point  fi  celle  qu'on  lui  préfente 
eft  empruntée  ;  celui  qui  parlç  en  eft  la  fource,  voilà  l'inventeur. 
C'eft  ainfi  que  les  philofophcs  grecs  ont  été  célèbres  par  les 
connoiflances  qu'ils  avoient  puifécs  dans  l'Egypte,  dans  l'Inde, 
èc  que  quelques-uns  d'cntr'eux  paflToient  dans  certains  cantons 
de  la  Grèce  ,  pour  les  autçuis  de  vérités  déjà  établies  Se  fami- 
lières dans  un  autre.-  .  / 

Mais  les  Grecs  iont ,  pour  alnlî  dire ,  des  enfans  dans  la 
carrière  de  l'Aftronomie.  Nous  avons  nommé  les  peuples  qui 
peuvent  prétendre  à  la  rivalité,  &:  fe  difpurer  l'honneur  de  foa 
origine.  Nous  ne  décidons  point  qu'Uranus ,  Atlas,  Fohi, 
Thaut,  Zoroaftre,Belus  ,  foient  les  premiers  aftronomes,  mais 
nous  pouvons  dire  que  ce  font  les  plus  anciens  ,  dont  les  noms 
nous  foient  parvenus,  Se  à  notre  égard  les  véritables  inftituteurs 
de  la  fcience. 

§.     III. 

Nous  ne  favons  que  peu  de  chofe  fur  ces  hommes  célèbres, 
leurs  allions  &  leurs  ouvrages  font  enveloppés  de  l'obfcurité 
des  premiers  tems.  La  rcconnoiflance  a  confacré  leurs  noms 
dans  le  fouvenir  des  hommes.  Mais  comme  tout  eft  mêlé  de 
fables  dans  la  tradition,  des  critiques  habiles  ont  attaqué  l'exif- 
tencemêmede  quelques-uns  de  ces  inventeurs.  Uranus  6c  Atlas, 
par  exemple,  n'ont,  dit-on  ,  jamais  exifté  :  ces  perfonnages  , 


DE     L' ASTRONOMIE.  5 

trind  que  le  plus  grand  nombre  de  ceux  donc  il  cft  ciueftion  dans 
la  mythologie  grecque ,  ne  iont  que  des  emblèmes. 

Les  Grecs  qui  les  premiers  dans  l'occident  ont  écrit  l'hiftoire, 
n'ont  commencé  que  tort  tard  à  écrire  en  profe.  On  doit  donc 
s'attendre  à  trouver  l'ancienne  hiftoire  chargée  de  figures.  Les 
embcllilîemens  dont  elle  ell  ornée  ,  lui  ont  fait  donner  le  nom 
de  fable;  mais  s'enfuit-il  que  les  récits  des  premiers  poètes  ne 
contiennent  que  des  fictions?  Le  poëme  d'Homerc  en  cil:  rempli: 
doute -t- on  de  la  réalité  de  la  guerre  de  Troye  ?  La  vérité  de 
l'hiftoire  n'y  eft-t-elle  pas  difcinguée  des  fictions  poétiques  ? 
Peut  -  on    croire  que  dans   des  tems  encore  grollîcrs  ,   où  les 
hommes  ne  connoiiroient  que  les  chofes  fenfiblcs  ,  on  ait  eu 
l'idée  d'entretenir  le  peuple  de  la  Grèce  d'êtres  imaginaires  5c 
de  perfonnages  métaphyfiques  ?  Telle  eft  la  conféquencc  des 
divers  fyftêmes  de  Pluche  ,  de  \J'arburton  ,  &  de  quelques  mo- 
dernes, dont  les  ouvrages  font  remplis  d'ailleurs  de  recherches 
profondes  5c  de  vues  ingénieufes.  IVLais  devons -nous  au  bouc 
de  trois  à  quatre  mille  ans  contredire  les  peuples  les  plus  anciens, 
vouloir  être  plus  éclairés  qu'eux  fur  ce  qu'ils  dévoient  connoître; 
&  quand  on  n'a  que  leurs  propres  écrits  à  citer,  elîaycr  de  dé- 
montrer qu'ils  ne  s'entendoient  pas  eux-mêmes?  L'origine  des 
peuples ,  le  tems  où  l'hiftoire  n'étoit  que  la  tradition,  font  une 
efpece  de  nuit.   L'imagination  y  voit  tout,  l'efpric  rend  tout 
vraifemblable ,  mais  la  raifon  fe  défie  des  produits  de  l'un  &:  de 
l'autre.   Les  explications  de  M"^  Pluche  font  même  fi  générales, 
que  par  cette  leule  raifon  elles  en  deviendroient  fufpcctes.  On 
eft  étonné  de  le  voir  marcher  fi  librement  dans  les  ténèbres  des 
antiquités  égyptiennes.  Un  ancien  prêtre  d'Héliopolis,  revenu 
exprès  fur  la  terre  ,  ne  nous  guideroit  pas  plus  facilement  dans 
ce  labyrinthe.    On  croit  voir  un  homme  qui  du  haut  d'une 
montagne  dçiline  pendant  la  nuit  le  payfage  dont  il  eft  environné^ 


C  HISTOIRE 

&;  qui  y  pLicc  au  hiifard  des  plaines  ,  des  champs  cultivés,  des 
ruifleaux  ,  des  arbres  &  des  maifons  ,  parce  qu'il  fait  que  ces 
difFérens  objets  fe  rencontrent  dans  un  payfage. 

Les  noms  propres  font  en  partie  la  fource  de  l'équivoque  :  ils 
ont  tous  été  primitivement  fignificatits ,  d'où  eft  née  l'idée  de 
les  croire  allégoriques.  Les  contes  de  vieilles  mêlés  aux  récits 
des  perfonnages  les  plus  graves  ,  paflant  de  bouche  en  bouche  , 
de  générations  en  générations,  exagérés  encore  par  le  goût  du 
merveilleux  ,  ont  achevé  de  défigurer  les  fiiits  :  s'enfuit- il  que 
tout  foit  menfonge  dans  ces  récits  ?  On  doit  refpe£ter  la  tra- 
dition fans  l'adopter  toute  entière  :  elle  grolîît  en  roulant  à 
travers  les  fiecles  ,  elle  fe  charge  &  s'enveloppe  de  fables  ,  mais 
toute  enveloppe  a  un  noyau  qui  lui  fcrt  d'attache  ,  &  ce  noyau 
c'eft  la  vérité  hiftorique. 

§.    I  V. 

Nous  croirons  donc  qu'Uranus,  Atlas  &;  Saturne  fes  enfans, 
font  des  perfonnages  réels,  parce  que  leur  exifbence  n'a  rien  que 
de  vraifemblable,  &:  qu'elle  eft  attellée  par  une  foule  d'écrivains. 
L'âge  de  ces  princes,  ou  de  ces  chefs  de  famille,  qui  furent  en 
même  tems  les  premiers  aftroncimes  connus,  pourra  nous  donner 
quelque  notion  de  l'antiquité  de  l'Aftronomie.  Si  l'on  s'en  rap- 
portoit  à  Suidas ,  on  pourroit  établir  qu'Atlas  a  vécu  vers  1600 
ans  avant  J.  Q.{a)  Mais  il  eft  clair  que  Suidas  s'eft  trompé. 
La  chronologie  fuivie  des  rois  d'Egypte ,  oîi  il  n'eft  nullement 
queftion  d'Atlas ,  ni  d'Uranus ,  certaines  connoiflances  aftro- 
nomiques ,  qui  doivent  être  bien  poftérieures  à  l'invention  de 
la  fcience ,  remontent  au-delà  de  cette  époque,  &  doivent  placer 
ces  deux  hommes  dans  des  tems  plus  reculés. 

(<j)  Infra.  Éclaire.  Liv.   I,   §.  9. 


DE     L' ASTRONOMIE.  7 

En  examinant  les  difFërcntcs  fouchcs  du  genre  humain  ,  on 
voit  que  les  Atlantes  font  la  principale  6c  la  plus  ancienne;  on 
voit  du  moins  clairement  cjue  ces  peuples  font  antérieurs  aux 
Egyptiens.  La  théogonie  des  Atlantes,  rapportée  par  Diodore 
de  Sicile,  cft  la  même  que  celle  des  Egyptiens,  des  Phéniciens 
&;  des  Grecs;  les  mêmes  noms  ,  les  mêmes  faits  s'y  retrouvent, 
£c  il  y  a  apparence  que  ces  dilîerens  pays  ont  été  habités  ou 
civilifés  par  un  peuple  qui  a  étendu  très -loin  fcs  conquêtes  & 
fcs  lumières.  Cette  théogonie  le  fera  peut-être  introduite  en 
Egypte,  en  Ethiopie,  en  Phénicic,  dans  le  tems  de  cette  grande 
irruption, dont  il  eft  parlé  dans  le  Timée  de  Platon,  d'un  peuple 
innombrable  qui  fortit  de  l'itle  Atlantide,  fe  jeta  fur  une  grande 
partie  de  l'Europe,  de  l'Afic,  de  l'Afrique,  &  envahit  la  terre 
entière ,  fuivant  la  manière  dont  on  s'exprimoit  alors.  Remar- 
quons que  Diodore  {a)  de  Sicile  dit  cxprefTément  que  les  dcf- 
ccndans  d'Atlas  furent  les  chefs  de  bien  des  peuples  ,  6c  que 
plufieurs  Grecs  iont  defccndre  leurs  anciens  héros  des  Atlantides. 

§.     V. 

Personne  n'ignore  que  les  Grecs  ont  tiré  letu-s  arts,  leurs 
fciences,  leurs  dieux  mêmes  de  l'Egypte  &:  de  la  Phénicic.  Mais 
la  mémoire  de  cette  irruption  que  Platon  a  confervée ,  cette 
méthode  de  confacrer  l'origine  des  héros ,  en  la  faifant  remonter 
aux  Atlantides  ,  les  mêmes  générations  ,  les  mêmes  noms  dans 
les  familles  des  dieux  &  des  héros  ,  chez  les  Atlantes  &z  chez 
les  Egyptiens ,  l'abfencc  de  ces  noms  d(^nt  la  chronologie  des 
rois  d'Egypte  ,  fournirent  des  inductions  très  -  fortes ,  que 
quellequefoit  l'antiquité  des  Egyptiens, les  Atlantes  font  encore 
d'une  date  plus  reculée. 

{a)  Hift.  Univ,  T.  I.  Liv.  UI,  pag.  454  de  la  Tr-iduclion  de  M.  TcrrafToa. 


s  HISTOIRE. 

C'cft  donc  dans  les  tems  obfcurs  qui  ont  précédé  les  tems 
hiftoriqucs  de  l'Egypte ,  dans  les  tems  où  régnèrent  les  dieux , 
ou  plutôt  les  Atlantes  ,  que  nous  devons  chercher  l'époque 
d'Atlas.  Si  on  n'a  pu  parvenir  julqu'ici  à  fixer  cette  époque , 
c'cft  qu'on  a  été  efl-rayé  des  fables  &  des  contradictions  que 
préfente  d'abord  l'ancienne  chronologie  égyptienne.  Manethon, 
par  exemple  ,  comptoit  i  i  3  règnes  fucceffifs  qui  avoient  duré 
3555  ans,  depuis  le  commencement  du  règne  des  hommes  en 
Egypte,  jufqu'à  la  i  5^  année  avant  l'empire  d'Alexandre  (û). 
Ce  calcul  remonte  donc  à  l'an  35)01.  Dicearque  comptoit 
2936^  ans  depuis  le  règne  de  Selonchofis  qui  fuccéda  à  Orus  , 
fils  d'Ofirisjôc  arrière  petit-fils d'Uranus,  jufqu'à  l'établiflement 
des  jeux  olympiques  en  77  6  ,  ce  qui  remonte  à  l'an  3  7  i  1.  Le 
témoignage  de  ces  deux  hiftoriens  placcroit  le  règne  d'Atlas  , 
fils  d'Uranus  ,  &  frère  de  Saturne ,  aïeul  d'Orus,  plus  de  3  S  00 
ans  avant  l'Ere  chrétienne.  Mais  on  voit  en  même  tems  que 
d'autres  auteurs, tels  que  Diogene-Laerce, Hérodote,  Diodore 
de  Sicile,  Pomponius-Mela,  l'auteur  de  l'ancienne  chronique 
égyptienne,  parlant  à -peu -près  des  mêmes  intervalles,  leur 
donnent  les  uns  48  8  6^3  ans,  les  autres  23000  ans, Sec.  Il  étoit 
naturel  d'en  conclure  d'abord  que  toute  cette  chronologie  étoit 
un  tiflu  de  fauflcté.  Mais  l'Aftronomie  nous  fournit  un  fil  pour 
nous  guider  dans  ce  labyrinthe  ,  Se  des  fuppofitions  vrailcm- 
blables  pour  concilier  les  contradictions  apparentes.  Notre  ex- 
plication eft  fondée  fur  un  principe  fort  hmple ,  &C  fourni  par 
l'hiftoire  même,  c'eft'la  diverfité  des  révolutions  par  lelquelles 
les  hommes  ,  les  mêmes  peuples  ,  ont  a  différentes  époques 
tnefuré  le  tems  :  employant  tantôt  la  révolution  diurne  du  foleil 
en  vingt-quatre  heures,  tantôt  celle  de  la  lune  en  un  mois. 


(a)   5  ji   ans  avant  J.  C. 

tantôt 


DE     L' A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  5 

tantôt  la  durée  d'une  faifon,ou  l'intervalle  d'un  folfticeà  l'autre 
&  donnant  à  ces  différentes  révolutions  le  même  nom  d'année, 
parce  que  ce  mot  fignitioit  primitivement  révolution.  (  *  )  Les 
hiftoriens ,  ou  mal  inllruits,  ou  peu  foigneux  de  nous  inftruire, 
adoptant  différentes  manières  de  compter  fans  les  fpécifier,  ont 
jeté  la  confulion  dans  la  chronologie  ,  &  les  modernes  ont 
accufé  tous  les  anciens  peuples  de  vanité  &  de  menlonge.  Le 
principe  que  nous  avons  établi,  réduit  les  chronologies  desfept 
hiftoriens  cités  ci-defîus,  à  ne  différer  que  de  6  5  ans,  oc  à 
donner  par  un  milieu  pour  l'âge  d'Uranus  ,  environ  l'an  3890 
iivant  l'ère  chrétienne,  {a) 

§.  VI. 

Pendant  que  nous  fommes  arrêtés  à  établir  ce  point  da 
chronologie,  il  nous  fera  peut-être  permis  de  faire  remarquer 
des  fynchronifmesaffez  finguliers.  Chez  tous  les  anciens  peuples, 
du  moins  chez  tous  ceux  qui  ont  été  jaloux  de  confcrver  les 
traditions ,  on  retrouve  l'intervalle  de  la  création  au  déluge 
exprimé  d'une  manière  affez  exacte  6c  affez  uniforme,  la  durée 
du  monde  jufqu'à  notre  ère  s'y  trouve  également  à -peu -près  la 
même.  Nous  avons  cru  devoir  en  préfcnter  ici  le  tableau  ,  en 
réfervant  les  détails  juftificatifs  pour  les  éclairciffemens  qui 
fuivront  cette  hiftoire.  Nous  fuppofons  que  les  tems  dont  les 
peuples  n'ont  confervé  qu'une  mémoire  confufe  ,  les  tcms  ap' 
pelés  fabuleux ,  font  ceux  qui  ont  précédé  le  déluge.  La  durée 
du  monde ,  au  moment  du  déluge,  étoit  de  1656  ans,  félon 
le  texte  hébreu  de  l'écriture,  &:  de  2142  ou  125^  ans,fuivant 


(  *)  Annus  (îgnifîefi  évidemment  cycle,       ont  le  même  rapport  entre  eux  que  Circus 
révolution  ,  cercle  ,  c^n  Annulus ,  fon  dimi-       &  CimUus. 
nutif,  vi;ut  dire  fetit  cercle.  Ces  deux  mots  i^)  Infrk  ,  Éclaire.  Liv.  I.  $.   i8,  15. 

B 


to  HISTOIRE 

celui  des  feptaiite.  Ce  dernier  calcul  cft  confirmé ,  au  moyeir 
de  fuppofitions  fort  fimplcs ,  i  °.  par  les  antiquités  babylonienes 
qui  donnent  ù  cet  intervalle  une  durée  de  2232  années  lu- 
naires (a);  2°.  par  le  règne  du  loleil  de  30000  ans  en  Egypte, 
qui  fc  réduit  à  2  24  j  ans  ;  3°.  enfin,  par  les  tems  fabuleux  de 
l'hiftoire  de  la  Chine,  &c  parle  premier  des  quatre  âges  Indiens 
qui  peuvent  peut  -  être  fe  réduire  les  uns  à  2306,  6c  l'autre  à 
a  3  <3  5  ans  {è). 

Quant  à  la  durée  du  monde  jufqu'à  notre  ère,  on  trouve,  par 
les  mêmes  fuppofitions,  que  l'ancienne  chronique  égyptienne 
donne  <î  1  2  8  ans;  Diogenes  Laerce  ^138,  Diodore  de  Sicile, 
6081  :  la  chronologie  babyloniene ,  <î  i  5  8  ;  la  chronologie 
indienne,  6  2  04,  fuivant  un  calcul  établi  fur  les  nombres  d'années 
donnés  par  M""  le  Gentil ,  &  6174,  fuivant  d'autres  nombres 
d'années  tirés  des  livres  arabes  ,  les  traditions  chinoifes  pour- 
roient  donner  également  (î  i  00 ,  ou  même  <j  i  5 7  ans  (c}. 

Ce  tableau  eft  fmgulier  &  frappant:  on  y  voit  le  fouvenir  des 
deux  époques  mémorables  de  la  création  &c  du  déluge,  exprimé 
finon  clairement,  du  moins  d'une  manière  qui  annonce  d'abord 
une  époque  univcrfelle  ,  un  commencement  commun  ;  enfuite 
une  féconde  époque  qui  forme  une  efpece  de  lacune  dans  la 
tradition,  &:  qui  indique  des  tems  très- anciens, féparés  de  ceux 
qui  les  ont  fuivis  par  quelque  grande  révolution.  Les  antiquités 
de  tous  ces  peuples.  Egyptiens  ,  Chaldéens  ,  Indiens  &  Chinois 
ne  femblent  donc  que  la  mémoire  des  tems  écoulés  dans  cet 
intervalle;  mémoire  que  chaque  peuplade  tranfplantéc  a  con- 
fcrvéc  par  la  tradition ,  !k.  qu'elle  a  toujours  placée  à  la  tête  de 
fon  hiftoire. 


(  a  )  En  fuppofant  des  années  lunaires  <3e  (i)  Éclaire.  Liv.  1.  i.   11,11,13, 

3J4  jours  en  nombre  rond.  (  c  }  liid.  §.  14,16,  17. 


DE     L  ASTRONOMIE-  i  i 

§.  VII. 

L'âge  d'Uranus,  d'Atlas  remontant  au  moins  à  l'an  3890 
avant  l'ère  chrétienne ,  donne  par  conféquent  cette  antiquité 
à  l'Aftronomic  &  à  l'invention  de  la  fphcre  attribuée  à  Atlas. 
Mais  les  preuves  que  nous  en  avons  données  ne  font  que  con- 
jeclurales.  Nous  cillons  rapporter  d'autres  preuves,  qui  ne  portent 
pas  iur  des  tems  fi  reculés  ,  mais  qui  lont  plus  démonftratives. 
Ces  preuves  font  les  obfcrvations  &:  les  faits  pofitifs  confignés 
dans  l'hiftoire.  Nous  en  trouverons  peu  chez  les  Egyptiens,  leurs 
obfcrvations  font  perdues.  On  en  trouve  feulement  une  dans  le 
calendrier  de  Ptolcméc,  {a)  qui  doit  avoir  été  taite^  en  Egypte  : 
c'eft  celle  du  lever  héliaque  de  Sirius.  Ptolemée  le  marque  à 
fept  jours  difFérens,  favoir,le  4^ ,  6*",  2  2^,  15'',  ^.y*^,  3i°& 
3  z"  jour  après  le  folfticc  d'été.  Il  eft  évident  que  ces  différens 
levers  appartiennent  à  difl-erens  fiecles.  Le  lever  de  Sirius  étoit 
très -important  pour  l'Egypte,  parce  qu'il  annonçoit  le  débor- 
dement de  Nil.  Il  eft  donc  naturel  de  fuppofer  que  ces  obfcr- 
vations appartiennent  aux  Egyptiens;  &  la  plus  ancienne,  celle 
qui  détermine  ce  lever  le  4^  jour  après  le  folfticc,  fera  une  dats 
de  leur  Aftronomie.  On  trouve  par  le  calcul  que  pour  le  climat 
de  la  haute  Egypte ,  ce  lever  répond  environ  à  l'an  1550  avant 
J.  C.  Mancthon  {è)  donne  lieu  de  croire  que  leur  période  fo- 
thique,  leur  grande  année  de  14^0  ans,  remontoit  jufqu'à 
l'an  2781.  Nous  expliquerons  ailleurs  qu'elle  étpit  cette  période. 
Il  fuffira  de  dire  ici  qu'elle  fuppofe  la  connoiflance  de  la  révo- 
lution du  foleil  de  3  6  5  jours  un  quart,  maison  ne mefure point lî 
exactement  cette  révolution  en  commençant  l'Aftronomie  ,  6Ç 
il  faut  néceflaircment  fuppofer  qu'elle  étoit  cultivée  depuis  plu- 


( <J )  Petau ,  Uranologion  ,  pag.  58.  (i)  Infra ,  Éclair.  X-iv.  V.  %.  lo, 

Bij 


IX  HISTOIRE 

iieurs  iîcclcs,  Se  établie  en  Egypte  plus  de  3000  ans  avant  J.  C, 

§.  VIII. 

Les  obfervations  des  Chaldéens,  confervécs  par"  Ptoleméc 
dans  fon  Almagcfte  ,  (a)  ne  remontent  c^u'à  l'an  711  avant 
J.  C.  Mais  Callifthenes  envoya  à  Ariftote  des  obfervations 
fuivies  à  Babylone  pendant  i  903  années  avant  l'arrivée  d'A- 
lexandre ,  Icrquelles  par  conféqucnt  remontent  jufqu'à  Tatl 
1234.  Cette  longue  fuite  d'obfervations,  qui  n'a  pour  garant 
que  Porphyre,  cité  par  Simplicius  ,  a  paru  fufpetle  à  quelques 
iavans  par  des  raifons  qui  feront  rapportées  Se  combattues 
ailleurs.  (6)  Mais  nous  ajouterons  tant  de  probabilités  au  té- 
moignage de  Simplicius,  qu'il  ne  reliera  plus  de  doute  lur  ce 
fait  ,  qui  par  lui-même  n'a  rien  contre  la  vraifemblance.  De 
plus  on  conclut  des  extraits  qui  nous  reftent  de  Berofe,  que  les 
Chaldéens  ont  commencé  à  compter  par  àes  années  folaires 
vers  Tan  247  3.  (c)  Nous  ne  parlons  point  des  473000  années 
dont  ils  fe  vantoient ,  nous  montrerons  à  quoi  elles  doivent  fe 
réduire.  Il  y  a  eu  fans  doute  de  l'injuftice  de  les  taxer  d'orgueil 
à  cet  égard;  tout  dépend  de  la  manière  de  compter  le  tems  qui 
a  changé  bien  des  fois  fur  la  terre  ;  il  a  plu  même  à  certains 
peuples  d'appeller  année  les  plus  petits  intervalles  qui  fervent  à 
le  mefurer.  Ainfi  le  même  mot  a  lignifié  des  chofes  très-diiFé- 
rentes.  On  ne  blâme  le  plus  fouvent  les  anciens  ou  les  étrangers, 
^ue  parce  qu'on  ne  les  entend  pas. 

Les  Chaldéens  paroilTent  donc  plus  nouveaux  dans  la  carriers 
agronomique  que  les  Egyptiens.  Mais  puifqu'ils  connoifToient 
le  mouvement  du  foleil  2-473  ans  avant  notre  ère,  l'Aftro- 


(  a  )  Lib.  IV,  c.  6.  (  c  J   jn/rà  ,  Éclaircillemens ,  Livre  YI  >. 

(^)  /«//-àj  Éçlakt,  Liv.  lY.  $.  j».  J. /. 


DE     L' ASTRONOMIE.  13 

nomie  y  doit  avoir  une  date  pins  ancienne.  On  trouve  même 
chez  les  Phrygiens,  leurs  voilîns,  un  temple  dédié  à  Hercule, 
qui  paroît  avoir  été  fondé  vers  l'an  1700  (a).  Or  Hercule  a  été 
dans  l'antiquité  l'emblème  dufolcil.  Les  circonftances  fabuleufes 
dont  on  a  chanj;é  la  vie  de  ce  héros,  renferment  d'une  manière 
allégorique  la  connoilT^Tncc  du  mouvement  du  ioleil.  Ainfl 
dans  cette  partie  de  l'Aile ,  l'Ailronomie  peut  bien  y  dater  de 
3000  ans. 

§.   IX, 

Les  anciens  Perfes  ,  qui,  félon  nous,  font  les  ancêtres  des 
Chaldéens ,  avoient  une  forme  d'intercalation  qui  fuppofe  une 
période  de  1  440  ans.  Nous  démontrons  que  cette  période  doit 
avoir  été  établie  6c  avoir  commencé  vers  l'an  3109  (é).  On 
lit  dans  leurs  livres  qu'il  y  avoit  anciennement  quatre  étoiles 
qui  indiquoient  les  quatre  points  cardinaux  ,  èc  l'on  trouve 
efFc6livement  que  3000  ans  avant  J.  C.  les  étoiles  nommées 
l'œil  du  Taureau, ôc  le  cœur  du  Scorpion  ,  étoient  précifément 
dans  les  deux  équinoxes  ,  tandis  que  le  cœur  du  Lion  &  le 
Poiflon  auftral  étoient  très -près  des  deux  folfticesfc).  Le  hafard 
ne  produit  point  de  pareils  rapports.  Nous  fommes  fondés  k 
croire  que  la  remarque  appartient  réellement  au  tems  que  nous 
avons  marqué ,  &C  confirme  ce  que  nous  apprend  la  période  de 
l'intercalation  ,  que  l'Aftronomie  étoit  établie  dans  la  Perfe 
l'an  3109. 

Les  Indiens  ont  la  même  antiquité.  Ils  difent  que  le  monde 
a  eu  quatre  âges.  Le  premier  a  duré  i  7  z  8  o  o  o  années,  le  fécond 
119(^000,  le  troifîeme  8(^4000,  Se  le  quatrième,  qui  eft 

.     ^    Ç  Hérodote  ,  Liv.  II.  {b)  Ir.fra  ,  Éclaiicif.  Liv.  IV.  §.  t, 

^    ^   i.  Éclaire,  Liy.  I.  §.  i>^  {c)  Éclaire,  liv,  IX.  J,  la. 


j^  HISTOIRE 

lié  eu  aiemc  tcnis  li  leur  époque  aPa-ouoiïiiqnCjdm-ok en  i  7  (<  i  , 
depuis  48  <j3  ans.  Le  petit  nombre  d'années  de  ce  dernier  âge» 
en  comparaifon  de  la  durée  prodigieufe  des  trois  premiers, 
prouve  évidemment  que  ceux-ci  font  fabuleux,  ou  plutôt  ren- 
ferment des  années  d'une  efpece  très  -  différente  des  nôtres. 
Mais  en  même  tems  on  voit  clairement  que  les  années  du  dernier 
^<Te  font  des  années  folaires,  &:  qu'il  eft  fondé  fur  une  véritable 
époque  hiftorique  qui  remonte  à  l'an  3  i  o  i .  Comme  c'eft  de 
cette  époque  qu'ils  partent  pour  calculer  les  mouvemens  du 
foleil ,  de  la  lune  &  des  étoiles  en  longitude ,  il  s'enfuit  que 
ç  eft  aufli  la.  date  de  leur  Aftronomie. 

Nous  trouvons  encore  dans  Ptolemée  une  obfervation  des 
Pléiades ,  qui  nous  paroît  devoir  appartenir  aux  Indiens.  On 
fait  par  le  livre  de  Job  qae  cette  couftcUation  a  été  très  -  an- 
ciennement connue  dans  l'Alie ,  (<î)  ,&  qu'il  y  avoit  des  peuples 
qui  fe  fcrvoicnt  de  fon  lever  héliaque  pour  régler  le  commence- 
ment de  leur  année  (/^).  Ptolemée  marque  le  lever  des  Pléiades 
le  foir  ,  fcpt  jours  avant  i'équinoxe  d'automne,  (c)  Il  falloir  que 
cette  conftellation  précédât  I'équinoxe  du  printems  d'environ 
10  degrés  ,  èc  l'obfervation  de  ce  lever  n'a  pu  être  faite  que 
vers  3000  ans  avant  J.  C. 

§.   X. 

Les  Chinois  ont  confervé  la  mémoire  d'une  éclipfe  de  foleil 
arrivée  fous  l'empereur  Tchoug-kang,  dans  le  tems  de  I'é- 
quinoxe d'automne  ,  l'an  2155  avant  J.  C.  Le  père  Gaubil , 
favant  millionnaire  à  la  Cliine,  a  compofé  une  diflertation  pour, 
en  prouver  la  réalité,  (i^)  Ils  rapportent  encore  dans  leurs  annales. 


(  fl)   ÉclaircilTemcns  ,    Livre  IX.    §.    7  (c)  Uranol.  pag.  99. 

&  8.  (  <f)  Soucict,  Recueil  d'obferv.  faites  au? 

(i)  CenCoiin.  dédie  natali ,  c.  11,  Indes  &;  à  la  Chine,  T.  II,  pag.  140, 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  t  ^ 

que  vers  1500  ans  avant  J.  C.  on  vit  à  la  Chine  cinq  planètes 
réunies  dans  une  même  conftcllation ,  &  le  même  jour  qu'on 
obfcrva  la  nouvelle  lune.  On  a  douté  li  cette  conjonclion  étoit 
réellement  arrivée.  Dominique  Cafîini  l'a  cru  fauflc  [a]  ^  mais 
on  a  reconnu  que  Dominique  Calîini  s'étoit  trompé.  Les  calculs 
de  M'  Kirch ,  célèbre  aftronôme  de  Berlin  ,  ont  mis  la  chofe 
hors  de  doute,  8c  ont  placé  cette  conjonction  l'an  2449. 

On  trouve  que  fous  le  règne  d'Hoang-ti,  c'eft-à-dirc,  l'an 
2^97  avant  notre  ère,  un  miniftre  de  ce  prince,  nommé 
Yu-chi,  découvrit  l'étoile  polaire,  £c  compofa  une  certaine 
machine  en  forme  de  fphere  ,  qui  reprélentoit  les  orbes  cé- 
leftes(/5}.  On  trouve  encore  que  Fohi,  qui  eft  le  premier  em- 
pereur ,  6c  dont  le  règne  commence  une  tradition  certaine  & 
non  interrompue,  étoit  un  prince  confommé  dans  l'Aflironomie. 
L'hiftoire  dit  qu'il  donna  la  figure  des  corps  célefles ,  qu'il  eue 
la  connoiffance  de  leur  mouvement  ,  &  qu'il  en  drefla  des 
tables  (c).  Fohi  vivoit,  félon  cette  hiftoire  ,  2952  ans  avant 
J.  C.  Nous  ne  croyons  point  que  ces  faits  puifTent  être  faux.  Le 
peuple  chinois  a  toujours  été  très- jaloux  de  fes  annales  ,  les 
événemens  de  l'hiffcoire  lont  liés  à  un  cycle  de  60  ans  ^  dont 
l'époque  remonte  au  tems  d'Hoang-ti,  c'eft-à-dire,  affez  près 
du  règne  de  Fohi.  La  certitude  de  cette  chronologie  eft  atteftée, 
dans  un  grand  nombre  de  points,  par  l'Aftronomie  qui  a  reconnu 
vraies  £c  exactes  les  obfervations  qui  y  font  rapportées  ;  &  les 
faits  vérifiés  dépofentpour  ceux  qui  n'ont  pu  l'être.  Nous  croyons 
bien  que  ces  tables  aflronomiques  étoient  plus  qu'imparfaites  , 
que  la  repréfentation  de  la  fphere  étoit  très-groifierc ,  mais  cela 
prouve  au  moins  que  3000  ans  avant  notre  ère,  les  Chinois 


(  a)  Mémoires  de  l'Académie  des  Scien-  {b  )  Martin.  Hift.  delà  Chinc^T.  I.  p.  3  ! 

ces,  TomeVIil,  page  54°.  (c)  Ibid.  pag.  28. 


i(S  HISTOIRE 

avoient  quelqu'idée  des  mouvemens  céleftes,  que  la  fphere  étoit 
inventée  chez  eux,  6c  que  par  conféquenc  l'Aftronomie  y  étoit 
déjà  cultivée. 

Les  Tartarcs  confirment  l'antiquité  du  tcms  de  Fohi,  ou  du 
moins  remontent  jufqu'à  cette  époque.  Ils  comptent  par  des 
cycles  de  ^o,de  i8o  &:de  loooo  ans  ,  dont  le  nombre  em- 
braffe  une  fuite pvodigieufe  d'années.  Ce  nombre,  réduit  par  nos 
fuppofitions  ordinaires,  ne  remonte  qu'à  l'an  1914  avant  J.  C. 
à  z  8  ans  près  de  l'époque  (a)  de  Fohi.  Il  eft  naturel  que  voifins 
des  Chinois,  ils  aient  à -peu -près  la  même  époque;  mais  ils 
n'avoient  poinc  des  cycles  de  6  o  ans ,  fans  avoir  quelqu'Aftro-. 
iiomie. 

§.  XI. 

ï  L  y  a  donc ,  pour  ainfi  dire ,  une  efpece  de  niveau  entre 
CCS  peuples, Egyptiens,  Chaldéens  ou  Perfcs,  Indiens,  Chinois, 
Scythes  ou  Tartares,  ils  ne  s'élèvent?  pas  plus  les  uns  que  les  autres 
dans  l'antiquité,  &  cette  époque  remarquable  de  3000  ans  eft 
à-peu-près  la  même  pour  tous.  Elle  eft  la  date  des  connoiftanccs 
qui  font  parvenues  jufqu'à  nous.  Mais  il  faut  bien  obferver  que 
c'eft  l'époque  de  la  renaiftance  de  l'Aftronomie ,  èc  non  pas  de 
fon  origine. 

Lorfque  Fohi  chez  les  Chinois  encore  barbares,  3000  ans 
avant  notre  ère,  avoit  la  connoiffance  de  la  fij^ure  àc  du  mou- 
vement des  corps  céleftes  :  lorfque  Uranus ,  plus  ancien  que 
Fohi,  civilifa  les  Atlantes  :  leur  enfeigna  à  mefurer  l'année  par 
le  cours  du  foleil,  &C  les  mois  par  celui  de  la  lune:  leur  montra 
le  partage  des  faifons:  lorfque  Atlas  conftruifit  une  fphere  {6); 
Fohi ,  Uranus ,  Atlas  ,  n'étoicnt  point   les  inventeurs  de   ces 


{  a  )  Éclaitciircmeas ,  Liv.  III ,  §.  14,  C  ^  )  W'"'^  '  tclairc.  Liv.  I ,  §.  î  &  4- , 

connoiftancci 


DE     L' ASTRONOMIE.  17 

connoiflanccs.  Si  parmi  des  peuples  errans  ôc  fauvages ,  un 
homme  s'élève  par  le  génie,  s'il  conçoit  les  avantages  de  la  fo- 
ciétë,  il  rafTcmblcra  ces  peuples  dans  des  villes;  mais  cet  homme 
ne  peut  atteindre  toutes  les  inventions  utiles  qui  ne  le  déve- 
loppent que  fucceflîvemcnt.  Cet  homme  lur-tout  n'inventera 
point  rAftronomierou,  Ci  la  première  idée  de  cette  fcicnce  naît 
dans  fa  tête  ,  il  ne  mel'urera  point  l'année  par  le  cours  du  ioleil, 
les  mois  par  les  révolutions  de  la  lune.  Ce  ne  peut  être  que  l'ou- 
vrage de  plufieurs  ficelés.  Et  avant  que  l'on  fonge  à  ces  inftiru- 
tions,  combien  de  liccles  ne  faut-il  pas  pour  que  dans  l'état  de 
lociété  de  nouveaux  befoins  fe  faflent  Icntir,  pour  que  le  beloin 
commande  à  l'induftrie,  pour  quel'induftries'étende,  queles  arts 
de  première  néceflité  s'établiflentj&l  qu'après  avoir  fatistait  tous 
les  befoins ,  cette  induftrie  ,  libre  de  prendre  un  nouvel  elTor, 
puilTe  s'appliquer  à  des  chofes  de  pure  curiofité!  Si  l'état  de  fo- 
ciéré  a  toujours  exigé  quelque  mefurc  du  tems  ,  la  première 
chronologie  ne  fut  que  le  calcul  des  jours ,  &C  enfuite  des  nou- 
velles lunes  accumulées.  Ces  calculs  des  jours  &C  des  lunes  , 
l'attention  même  ad  rerour  des  phafcs ,  pour  acquérir  quelque 
notion  des  tems  écoulés  ,  ne  font  point  encore  l'Aftronomie, 
Mais  la  connoiflance  du  mouvement  du  foleil,  qui  n'a  pu  être 
acquife  que  par  une  étude  réfléchie  &  de  longues  obfervations  , 
l'invention  de  la  fphere  ,  qui  eft  le  réfultat  de  plufieurs  inven- 
tions, appartiennent  à  une  fcicnce  déjà  fondée,  6c  depuis  long- 
tems  cultivée.  Nous  avons  vu  que  chez  tous  les  peuples  ,  les 
tems  anciens  ,  marqués  par  des  fables  èc  par  des  nombres  pro- 
digieux d'années,  peuvent  fe  réduire  à  l'intervalle  qui  fépare  deux 
époques  mémorables,  celle  de  la  création  &  celle  du  déluge  (a). 
On  eft  endroit  d'en  conclure  que  des  hommes,  ifTus  de  la  même 

(a)  Suprà  §.  6. 


,8  HISTOIRE 

fouche,  partis  d'un  centre  commun  placé  dansTAfic,  ont  em- 
porté avec  eux  la  mémoire  de  ces  premiers  tems ,  celle  du 
nombre  des  différentes  révolutions  par  lefquclles  une  Aftro- 
iiomie  perfe£lionnée  régloit  la  chronologie,  6c  qu'cnfuite établis 
dans  différentes  contrées  de  la  terre ,  ils  ont  tous  commencé 
leur  hiftoire  par  celle  de  leurs  ancêtres  communs. 

§.      X  I  I. 

Les  inftituteurs  des  connoiffances  aftronomiqucs ,  chez 
les  différcns  peuples ,  ont  donc  des  ancêtres  communs  qui  pa- 
roiffent  être  les  vrais  auteurs  de  ces  connoiflances.  Si  vers 
3000  ans  avant  notre  ère  on  trouve  par  -  tout  des  veftiges 
de  l'Aftronomie  ,  c'eft  l'époque  du  tems  oii  fon  règne  a  re- 
commencé. Nous  avons  les  plus  fortes  raifons  de  croire  qu'elle 
a  été  cultivée  très  -  longtems  auparavant ,  enfuite  oubliée  &C 
perdue  fur  la  terre. 

Quand  on  confidere  avec  attention  l'état  de  l'Aftronomie 
dans  la  Chaldée,  dans  l'Inde  &  à  la  Chine,  on  y  trouve  plutôt 
LES  DÉBRIS  QUE  LES  ÉlÉmens  d'une  SCIENCE  ;  ccfontdcs  métho- 
des afféz  exactes  pour  le  calcul  des  éclipfes  qui  ne  font  que  des 
pratiques  aveugles  ,  fans  nulle  idée  des  principes  de  ces  mé- 
thodes ,  ni  des  caufes  des  phénomènes  ;  certains  élémens  affea 
bien  connus  ,  tandis  que  d'autres  aulîi  effentiels  ,  aulTi  fimples  , 
font ,  ou  inconnus ,  ou  groffiereme'nt  déterminés  ;  une  foule  d'ob- 
fervations  qui  reftent,  pendant  des  fiecles,  fans  ufage  &  fans 
réfultats.  Comment  concevoir  que  des  peuples,  inventeurs  de 
l'Aftronomie  ,  n'ayent  pas  iu  la  perfectionner  dans  la  durée 
d'une  longue  exiftence.  S'il  eft  des  peuples  auffi  incapables  de 
marcher  que  d'entrer  dans  la  carrière  des  fciences  ,  celui  qui  y 
cfl  entré  une  fois  par  le  mouvement  qu'il  s'eft  imprimé  à  lui- 
même  ,  perdra  - 1  -  il  ce  mouvement ,  &:  peut  -  il  s'arrêter  à  j  amais  ? 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  19 

L'invention  &  les  progrès  des  fciences  font  de  la  même  nature. 
Ces  progrès  ne  font  que  l'invention  renouvelée ,  une  fuite  de 
vues  femblables  ,  &  peut  -  être  d'efforts  à  -  peu  -  près  égaux. 
Pourquoi  donc  les  Indiens,  mais  fur- tout  les  Chinois  6c  les 
Chaldéens  ont-ils  fait  faire  fi  peu  de  pasàl'Aftronomie,  pendant 
un  fl  grand  nombre  de  fiecles  ?  C'efl:  que  ces  peuples  ont  été 
fans  génie ,   c'eft  qu'ils  ont  eu  la  même  indolence  pour  les  dé- 
couvertes que  pour  les  conquêtes, c'eft  qu'ils  n'ont  point  inventé 
la  fcience.  Elle  eft  l'ouvrage  d'un  peuple  antérieur ,  qui  avoir 
fait  fans  doute  en  ce  genre  des  progrès,  dont  nous  ignorons  la 
plus  grande  partie.  Ce  peuple  a  été  détruit  par  une  grande  ré- 
volution. Quelques-unes  de  fes  découvertes,  de  fes  méthodes, 
des  périodes  qu'il  avoit  inventées  ,  fe  font  confervées  dans  la 
mémoire  des  individus  dilpcrfés.   Mais  elles  fe  lont  conlervées 
par  des  notions  vagues  6c  confufes  ,  par  une  connoiflance  des 
ufages  ,  plutôt  que  des  principes.  On  a  porté  ces   reftes  d'une 
fcience  démembrée  à  la  Cliine ,  aux  Indes  ,    dans   la  Chal- 
dée  ;  on  les  a  livrés  à  l'ignorance  qui  n'en  a  pas  fu  profiter. 
On  a  dit  qu'il  falloit  obferver  les  aftres ,  &  des  Chinois  &  des 
Chaldéens  les  ont  obfervés  pendant  des  milliers  d'années!  Leur 
confbince ,  leur  affiduité  a  été  encouragée  par  l'aftrologie  qui 
leur  fut  en  même  tems  communiquée ,  &  qui  convient  bien 
mieux  à  l'ignorance.  Mais  ils  ont  pratiqué  des  méthodes  qu'ils 
n'entendoient  pas.    Ils  ont  fuivi  les  obfervations  fans  prefquç 
chercher  l'ufage  qu'on  en  pouvoit  faire. 

%.     X  l  l  L 

Cette  conjecture  fe  changera  en  certitude ,  fi  l'on  confidere 
qu'il  nous  rcfte  des  connoiffances  aftronomiques  très -exactes  , 
qui  ne  peuvent  avoir  appartenu  qu'aux  tems  les  plus  anciens,  Sc 
qui  fuppofent  une  Aftronomie  perfectionnée.  La  première  de 


20  HISTOIRE 

ces  connoiflances  eft  le  Sare  chaldéeii  de  2  1 5  mois  lunaires , 
qui  ramené  les  conjondions  dvi  foleil  èc  de  la  lune  ,  à  la  même 
diftance  du  nœud  &  de  l'apogée  (*)  de  cette  planète,  6c  prcfque 
au  même  point  du  ciel.  La  féconde  eft.la  période  de  600  ans, 
période  luni-folaire,  que  Dominique  Caflini  a  trouvé  li  cxacle, 
&:  dont  Jofeph  attribue  la  découverte  aux  Patriarches.  On  peut 
y  ajouter  la  divifion  du  zodiaque,  qui  eft  fi  ancienne  qu'elle  doit 
avoir  précédé  le  déluge. 

Si  l'on  nous  demande  comment  ces  connoiflances  fe  Ibnc 
eonfervées  &:  ont  été  tranfmifes  à  la  poftérité,  nous  répondrons 
que  les  colonnes  chargées  de  caractères  hiérogliphiqucs ,  font 
les  dépots  qui  ont  furvécu  au  déluge.  Ces  monumens  des 
antiques  habitans  de  la  terre  ,  étoient  fans  doute  très-nombreux 
dans  l'Alie.  C'cft  dans  cette  partie  du  monde  ,  la  plus  ancien- 
nement peuplée ,  que  durent  fe  trouver  les  originaux.  Les  co- 
lonnes d'Egypte,  où  Thoth  grava  les  principes  des  fciences,  ne 
font  que  des  copies  qui  font  devenues  des  originaux,  quand  les 
véritables  ont  été  oubliés. 

Abydene  ,  Alexandre  Polyhiftor  racontent  d'après  Berofe , 
que  leXifutkrus  des  orientaux,  qui  eft  évidemment  le  même  que 
Noé,  duquel  ils  ont  altéré  l'hiftoire,  enterra  dans  la  ville  du  So- 
leil ,  appelée  aufll  Si/paris  ,  tout  ce  qui  étoit  écrit  :  c'eft-à- 
dire  ,  les  faits  de  l'hiftoire  &;  les  principes  desYciences.  Ces  mé- 
moires furent  enfuite  retrouvés  lorfque  le  déluge  eut  cefTé.  Les 
premiers  hommes  n'écrivoient  que  fur  la  pierre,  &i  cette  cfpece 
de  manufcrits  a  dû  réfifter  aux  eaux  du  déluge. 


(*)  Les  nœuJç  de  l'orbire  d'une  planète  où  elle  eft  le  plus  éloignée  de  Fa  terre: 
font  les  points  où  cette  orbite  ccupe  l'éclip-  le  périgée  eft  le  point  d'elle  en  eft  b  plus 
tiijue  5  l'apogée  eft  le  point  de  cette  orbite,      près. 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  AI  I  E.  21 

Ç.     X  I  V. 

C  E  n'crt:  pas  trop  de  fuppofcr  1500  ans  pour  rétablincmcne 
des  deux  périodes,  dont  nous  venons  de  parler.  Il  a  fallu  voir 
s'écouler  au  moins  deux  périodes  de  600  ans.  Avant  les  obfcr- 
vacions  allîdues,il  faut  des  connoiiTances  aftronomiques  établies 
&  cultivées.  Il  eft  nécefl'aire  d'avoir  réfléchi  fur  le  fpeclacle  du 
ciel ,  longtems  fuivi  les  phénomèncsdu  mouvement  diurne , 
diftingué  les  planetres  ,  6c:  reconnu  le  mouvement  qui  leur  eft 
propre.  Quoique  ces  remarques  femblent  fe  fuivre  allez  natu- 
rellement dans  l'ordre  des  idées ,  la  nature  des  progrès  de 
l'efprit  humain  féparc  ces  remarques  par  de  longs  intervalles. 
Nos  laboureurs  ,  nos  bergers  font  aujourd'hui  ce  qu'ont  été 
les  premiers  hommes  ;  que  de  rems  ne  faudroir  -  il  pas 
pour  qu'il  fe  formât  parmi  eux  un  aftronôme  qui  tentât 
des  obfervations,  &c  des  afbronomes  qui  fuccédaffent  à  celui-ci. 
Il  eft  vrai  qu'il  leur  manque  un  aiguillon  ,  celui  de  la  néceiïîté. 
Le  calendrier  les  difpenfe  de  l'Aftronomie;  ils  favcnt  les  travaux 
propres  à  chaque  faifon  ,  &  prefqu'à  chaque  jour  de  l'année. 
Quand  il  n'y  avoit  pas  d'autre  almanach, d'autre  règle  que  l'ob- 
fervation  du  cours  du  foleil,  il  falloir  reconnoître  les  étoiles  qui 
fe  dégagent  de  fes  rayons,  ou  qui  veut  s'y  plonger;  phénomènes 
qui  dépendent  du  mouvement  du  foleil.  Mais  combien  n'a-t-il 
pas  fallu  de  f  ecles  pour  foupçonncr  feulement  que  cet  aftre  fe 
mouvoit  d'occident  en  orient  ?  Quand  ce  mouvement  a  été  dé- 
couvert, combien  de  fiecles  pour  le  mefurer?  Que  de  difficultés, 
quand  on  penfe  que  cespremiers  hommes n'étoient aidés d'aucua 
inftrumenc  ;  ou  bien  ce  font  de  nouveaux  fieclcs  qu'il  faut  ad- 
mettre pour  l'invention  de  ces  inftrumens  ,  èc  pour  leur  appli- 
cation à  l'ufage  de  la  fcience!  Quand  on  penfe  que  ces  peuples 
étoient  nomades .  les  familles  ifolées,  qu'il  y  avoit  peu  de  com- 


Il  HISTOIRE  DE  L'ASTRONOMIE. 

mercc  pour  les  befoins ,  Se  par  conféquenc  pour  les  idées  ;  que 
les  dépôts,  les  regiftres  étoient  des  pierres  ,  livres  aiïez  durables 
fans  doute ,  mais  qui  ne  fe  tranfportoient  pas  dans  les  courfes 
d'une  vie  errante  £c  paftorale  !  Il  falloir  que  chaque  homme 
fe  fulfît  à  lui  -  même  ,  que  de  longues  années  fuppléaflent 
au  retardement  des  progrès  fufpendus  à  chaque  génération  ,  5c 
que  le  génie  luttant  contre  toutes  ces  difficultés ,  fît  à  chaque 
pas  autant  d'efl'orts  qu'il  en  fait  de  nos  jours  pour  les  plus  fublimcs 
découvertes.  Nous  fommes  donc  bien  fondés  à  penlerque  l'Aftro- 
nomie  a  été  cultivée  plus  de  i  500  ans  avant  le  déluge ,  &,  qu'elle 
a  aujourd'hui  plus  de  7000  ans  d'exiftence.  Nous  nous  fommes 
attachés  à  difcuter  cette  antiquité  ,  parce  que  la  queftion  en  eft 
intércflante.  C'cft  le  premier  objet  de  curiofité  de  celui  qui  lit 
l'hiftoire  de  l'Aftronomie ,  &  cette  difcuffion  fait  partie  de 
l'hiftoire  même.  La  fcicnce  femble  devenir  plus  refpecStable  , 
quand  on  la  voit  cultivée  3000  ans  avant  notre  ère,  chez  les 
cinq  plus  anciens  peuples  de  la  terre;  quand  on  en  fuit  les  traces 
au-delà  du  déluge,  Se  qu'on  la  trouve  prefque  dans  le  berceau 
du  monde. 

Voilà  le  long  efpace  que  nous  avons  à  parcourir  pour  def^ 
cendre  au  tems  où  nous  vivons  ,  pour  atteindre  au  degré  de 
perfection  où  nous  avons  porté  l'Aftronomie.  Mais  avant  d'entrer 
dans  cette  carrière ,  nous  croyons  utile  de  chercher  le  fil  des 
idées  des  inventeurs  ,  quels  qu'ils  foient ,  de  montrer  comment 
elles  ont  pu  s'enchaîner  ,  &  de  mettre  fous  les  yeux  du  le(fleur 
le  tableau  de  la  marche  &  du  développement  de  l'efprit  humain 
«dans  les  premières  découvertes  aftronomiques. 


HISTOIRE 

DE     r  ASTRONOMIE     ANCIENNE. 


LIVRE       SECOND. 


Du  développement  des  premières  découvertes  Ajironomiques. 

§.        PREMIER. 

•a" 

il  L  n'y  a  perfonne  qui  n'ait  été  frappé  de  la  beauté  du  fpec- 

tacle  de  la  nuit.  La  vue,  encore  fatiguée  delà  lumière  du  jour, 
erre  fur  la  voûte  célefte ,  6c  s'y  repofe  avec  complaifance  ;  un 
azur  fombre  fert  à  faire  briller  davantage  les  diamans  qui  y  font 
attachés  ;  ces  étoiles  différentes  par  leur  éclat  :  les  unes  étince- 
lantes  ,  les  autres  femblables  à  des  points  brillans  ,  mais  com- 
penfant  par  leur  multitude  ce  qu'elles  fcmblent  perdre  en  o-ran- 
deur  ;  cette  zone  un  peu  lumineufe  qui  embrafTe  le  ciel  6c  le 
partage;  cet  aftre  de  la  nuit  qui ,  variant  (es  apparences  ,  oiFre 
tantôt  un  croiffant,  tantôt  un  globe  radieux  &  plein,  dont  la  lu- 
mière douce  &  argentée  éclaire  les  yeux  fans  les  fatiguer;  globe 
qui,  pour  la  grandeur  6c  pour  l'éclat,  peut  feul  être  comparé  au 
folcil ,  qui  s'avance  comme  lui  avec  majcfté ,  6c  fait  difparoître  la 
multitude  des  aftres,en  permettant, feulement  aux  plus  confidé- 


24  HISTOIRE 

rablcs.  Je  briller  à  coté  de  lui.  Tel  cfb  le  fpe(£laclc  qne  préfcntc 
la  iiuic ,  jufqu'à  ce  que  rorlcnt  venant  à  le  colorer  ,  le  folcil , 
déjà  annoncé  par  l'éclat  du  jour  ,  fe  montre  à  l'horifon.  Tout 
les  aftres  difparoiflent  à  fon  afpecl:,  il  emplit  feul  le  ciel  entier; 
il  le  traverfe  en  éclairant,  en  échauffant  la  terre,  &c  il  defccnd 
vers  l'horiibn  oli  il  termine  fa  courfe  ,  en  rendant  à  l'homme  le 
fpecftaclc  de  la  nuit.  Tant  de  régularité  ,  tant  de  maç^nificcncc 
unie  à  tant  de  fimplicité,  excite  l'admiration  des  cfprits  les  plus 
froids  ôc  les  moins  leniîbles. 

§.      I   I. 

€  E  phénomène  du  mouvement  duloleil  d'oricnten occident, 
fut  le  premier  connu.  On  ne  tarda  pas  à  y  joindre  la  connoiffancc 
du  mouvement  général  des  aftres  dans  le  même  fcns.  Tous  fe 
montrent  à  l'orient ,  aux  points  de  l'horilon  oii  la  nuit  fe  levé. 
Ils  s'accompagnent,  marchent  d'un  mouvement  égal ,  s'élèvent 
comme  le  foleil  en  traverfant  le  ciel ,  Se  vont  comme  lui  fe 
plonger  ious  l'horilon.  La  première  idée  tut  de  regarder  le  ciel 
comme  un  vafte  pavillon  tendu  fur  une  Tuperticie  plate;  (*)  enfuite 
comme  une  calotte  hémifphérique  ,  roulant  fur  elle  -  même  , 
emportant  avec  foi  tous  les  aftres  qui  y  font  femés,  Se  le  foleil 
lui-même  aflujetti  à  ce  mouvement.  Mais  une  grande  queftion 
fut  de  deviner  ce  que  le  foleil  devenoit  pendant  la  nuit ,  Se  les 
étoiles  pendant  le  jour.  Il  fallut  certainement  beaucoup  de  tems 
pour  la  réfoudre;  ôc  comme  tout  eft  proportionné  aux  circonf- 
tances  Se  aux  moyens ,  ce  fut  un  eiFort  de  génie.  La  chofe  ne 


(*)  Selon  M.  Pluclie  ,  les  Orientaux  tome  IV ,  féconde  j>an'ie  ,  entr.  5.  Cette 
donnoient  à  la  terre  le  nom  de  Tebcl ,  d'où  ctymologie  eft  vraifemblabie  &  curieufc  ; 
nous  eft  venu  celui  de  Table  ,  parce  que  en  mais  M.  Pluche  n'a  point  dit  dans  quelles 
effet  c'ctoit  jadis  un  préju2;é  univetfel ,  que  langues  ce  mot  fe  trouve  ;  il  fcroit  à  fou- 
la terre  étoit  une  furface  plane,  terminée  haitcr  qu'il  citât  moins  vaguement ,  &  qu'il 
par  un  abimc  d'eau.  SpcilccU  de  la  Nature  j  fît  connoître  mieux  fcs  autorités. 

fut 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  tj 

fut  même  pleinement  éclaircie  que  quand  on  eut  reconnu  la 
rondeur  de  la  terre,  de  toutes  parts  enveloppée  par  le  ciel.  On  fait 
que  de  grands  philofophes  penferent  &:  débitèrent  féricufement 
que  le  foleil  pafToit  la  nuit  dans  la  mer,  &;  que  les  étoiles  s'étei- 
gnoient  le  matin  pour  fe  rallumer  le  foir.  On  difoit  même  qu'au 
moment  du  foleil  couchant  on  cntendoit  un  certain  bruit  j  comme 
lî  la  mer  pécilloit,  pendans  que  le  foleil  s'éceignoit  en  defccndant 
fous  les  eaux,  {a)  C'eft  aux  Grecs  iî  célèbres,  c'cft  à  leurs  aca- 
démies que  font  dues  toutes  ces  inepties  ,  dont  nous  ne  nous 
occuperons  point  ici,  iSc  qui  feront  rapportées  ailleurs. 

§.      III. 

On  s'apperçut  bientôt  que  la  lune  avoir  un  mouvement 
particulier.  Une  nuit  elle  avoit  paru  près  d'une  étoile ,  la  nuit 
fuivante  elle  s'en  écoit  éloignée.  Il  n'avoit  pas  été  difficile  de 
s'aflurer  que  les  étoiles  confcrvoient  entre  elles  toujours  la  même 
diftance,  &  il  fallut  attribuer  ce  mouvement  à  la  lune  même. 
Ainfi  la  connoiflance  d'un  mouvement  particulier  d'occident  en 
orient ,  fut  ajoutée  à  celle  du  mouvement  général  d'orient  en 
occident,  &  ce  fut  la  première  découverte  en  Agronomie. 

Les  phafes  de  la  lune  font  un  phénomène  qui  attira  en  même 
tems  l'attention  des  premiers  aftronômes;  mais  qui  exerça  bien 
davantage  leur  fagacité.  On  s'attacha  d'abord  à  fuivre  &:  à 
étudier  fes  apparences,  voilà  les  premières  obfervations.  Quand 
la  lune  commence  à  fe  montrer  ,  c'eft  le  foir ,  au  coucher  du 
foleil.  Elle  préfente  la  forme  d'un  croiflant,  ou  filet  de  lumière 
aflez  délié  &c  courbé  en  cercle ,  dont  la  convexité  regarde  le 
foleil,  tandis  que  les  cornes  font  tournées  vers  l'orient.  Bientôt 
ce  croillant  s'élargit ,  Se  la  lune  plus  éloignée  du  foleil ,  rcfte 

(û)  Strabon,  Géogr.  Lib.  III.  pag.  138. 


i^  HISTOIRE 

plus  tard  fur  l'horifon.  La  partie  éclairée  s'augmentant  infenfi- 
blement ,  elle  préfente  l'apparence  d'un  demi-difque.  Alors  elle 
occupe  le  milieu  du  ciel  quand  la  nuit  vient.  Au  bout  de  quatorze 
jours  environ  de  fa  première  apparition  ,  on  la  voit,  à  roppofite 
du  foleil,  fe  lever  lorfqu'il  fe  couche;  mais  pleine,  comme  un 
difque  entièrement  éclairé,  qui  ne  peut  plus  ajouter  à  fon  éclat; 
aufli  va-t-il  bientôt  le  perdre.  Sa  lumière  s'efface  du  côté  ou  elle 
s'étoit  d'abord  montrée,  èc  diminue  graduellement  comme  elle  s'é- 
toit  augmentée.  La  lune  redevient  fuccefrivcmcnt  fembhible  à  un 
demi-difque, puis  à  un  croiffant,  toujours  de  plus  en  plus  étroit, 
mais  dont  les  cornes  font  tournées  vers  l'occident.  La  convexité 
de  ce  croiffant  regarde  encore  le  foleil  que  la  lune  précède  alors, 
ne  fe  levant  plus  que  peu  de  tems  avant  lui.  Bientôt  elle  ne  fe 
levé  plus  ;  elle  eft  deux  ou  trois  jours  invifible,  6c  elle  ne  reparoîç 
que  pour  reprendre  les  mêmes  apparences. 

On  combina  ces  différens  phénomènes,  èc  Ton  remarqua  que 
quand  la  lune  avoit  fa  plus  grande  lumière,  elle  étoit  oppofée 
au  foleil;  quand  elle  étoit  près  du  foleil,  fa  partie  éclairée  étoit 
toujours  tournée  du  côté  de  cet  aftre.  Il  étoit  naturel  d'en  con- 
clure que  fon  illumination  dépcndoit  du  foleil,  èc  que  fa  lumière 
en  étoit  empruntée.  Quant  au  corps  même  de  la  lune ,  fa 
rondeur  n'étoit  pas  équivoque.  Il  falloit  que  ce  corps  fût  un 
difque  plat,  ou  un  corps  fphérique  qui,  vu  de  loin  ,  a  la  même 
apparence.  Mais  un  difque  plat  ne  s'éclaireroit  pas  comme  fait 
la  lune;  il  s'éclaireroit  d'abord  tout  entier,  &:  feulement  d'une 
lumière  plus  foible  par  des  rayons  obliques ,  que  par  des  rayons 
perpendiculaires.  Tous  les  corps  fphériques  ont  une  de  leurs  moi- 
tiés éclairée,  6c  en  les  regardant  de  face  de  de  côté,  on  vit  qu'on 
rendoit  raifon  de  toutes  les  phafes  de  la  lune.  Il  fut  donc  prouvé 
c[ue  la  lune  étoit  un  corps  rond  &  fphérique. 


DE     r  ASTRONOMIE.  ^7 

§.     I  V.  *" 

Dss  obfcrvateurs  attentifs  Se  aflidus  ne  furent  pas  longtems 
à  s'apperccvoir  que  le  fpe^^acle  du  ciel  n'étoit  pas  toujours  le 
même.  Au  bout  de  fîx  mois  il  eft  prefque  abfolument  changé  ; 
les  étoiles  qui  fe  levoient  à  une  certaine  heure ,  font  alors  près 
de  le  coucher ,  èc  de  nouvelles  étoiles  paroiiïcnt  à  l'orient.  En 
y  faifant  journellement  attention ,  on  vit  que  toutes  les  étoiles 
fe  levoient  chaque  jour  plutôt  que  la  veille,  &  qu'au  bout  d'un 
mois  il  y  avoir  deux  heures  de  différence.  Cette  anticipation  du 
lever  des  étoiles  étoit  l'efFet  de  quelque  mouvement  inconnu. 
On  imagina  d'abord  fans  doute  que  le  firmament,  le  ciel  étoile  , 
outre  le  mouvement  journalier  autour  de  la  terre  d'orient  en 
occident,  avoit  encore  un  mouvement  plus  lent  6c  dans  le  même 
fens  ,  par  lequel  les  étoiles  accéléroient  leurs  levers  &  leurs 
couchers.  Mais  que  dcvenoient  les  étoiles  invifibles  pendant 
plufieurs  mois ,  &  d'où  venoicnt  les  étoiles  qui  commençoient 
à  fe  montrer  fur  l'horifon.  Quelques  remarques  accumulées  par 
le  tems  applanirent  ces  difficultés.  On  voyoit  que  parmi  les 
étoiles  ,  il  y  en  avoit  quelques-unes  ,  telles ,  par  exemple  ,  que 
celles  de  la  grande  ourfe  ,  qui  paroifToient  tantôt  à  l'orient  ôc  à 
l'occident ,  tantôt  au  nord  ôc  au  midi  :  d'autres  étoiles  ne  pa- 
roifToient jamais  au  nord.  On  en  inféra  que  les  premières  fai- 
foient  une  révolution  entière.  Mais  pourquoi  celles-ci  auroicnt- 
elles  eu  une  marche  difFérente,  &,  pour  ainfi  dire,  un  privilège 
particulier? On  s'appcrçutmême  qu'il  y  avoit  une  certaine  étoile 
qui  ne  changeoit  pas  fenilblement  de  place  pendant  tout  le 
cours  de  la  nuit.  Elle  étoit  comme  le  centre  du  mouvement,  &C 
les  autres  fembloient  tourner  autour  d'elle;  en  conféquencc  oa 
appela  pôle  le  point  qu'elle  occupoit  dans  le  ciel ,  &  cette  étoile 
prit  le  nom  d'étoile  polaire.  Voilà  donc  une  étoile  immobile  , 

Dij 


f^at  HISTOIRE 

quelqiî^  unes  qui  font  autour  d'elle  une  révolution  entière  , 
tandis  que  la  plupart  n'en  achèvent  qu'une  partie.  Des  Ipécu- 
lateurs  plus  profonds  ofcrent  fuivre  ces  étoiles  au-delà  même 
de  leur  apparition  ,  Se  fuppléer  par  l'imagination  à  la  portion 
de  leurs  cours  que  la  vue  ne  pouvoir  atteindre.  Le  ciel  devint 
une  fphere  entière,  &  comme  pour  le  mouvoir,  il  falloir  deux 
points  fixes, on  fuppofa  ,  à  l'exemple  du  pôle  qu'on  voyoit  dans 
le  ciel ,  un  autre  point  fixe  diamétralement  oppofé ,  qui  étoic 
fous  la  terre  dans  l'autre  partie  du  ciel;  &;  la  ligne  qu'on  imagina 
joindre  ces  deux  points  ,  autour  de  laquelle  fe  faifoit  tout  le 
mouvement  diurne  ,  fut  appelée  l'axe  du  monde. 

On  avoit  encore  remarqué  que  lorfqu'une  nouvelle  étoile  Ce 
montroit,  c'étoit  toujours  le  matin:elle  précédoit  le  jour,  &  il 
fembloit  qu'elle  quittât  le  foleil  pour  le  devancer.  Au  contraire  , 
quand  elle  cefloit  de  fe  montrer  ,  quand  on  la  perdoit  de  vue  , 
c'étoit  toujours  au  coucher  du  foleil,  ôc  on  pouvoir penfer qu'elle 
alloit  le  rejoindre.  C'étoit  donc  la  compagnie  du  foleil  qui  la 
faifoit  difparoître  ,  ôi  c'étoit  leur  féparation  qui  lui  permettoit 
de  fe  remontrer.  Alors  tout  fut  expliqué.  Le  foleil  6c  les  étoiles  en 
difparoiirant  à  l'occident,  paffbicnt  par  deflousla  terre  pour  aller 
fe  remontrer  à  l'orient.  En  outre,  les  étoiles  &C  le  foleil  avoient 
un  mouvement  par  lequel  ils  lembloient  d'abord  fe  fuir  &  s'é- 
loigner, enfuite  le  chercher  &:  fe  rapprocher.  On  fe  demanda  Ci 
c'étoit  au  foleil  ou  aux  étoiles  qu'il  devoit  appartenir  ?  Il  étoic 
plus  fimple  de  faire  mouvoir  le  foleil  qu'une  multitude  d'étoiles, 
auxquelles  il  falloit  fuppofer  un  mouvement  égal.  L'analogie 
vint  encore  éclairer  fur  ce  point,  &;  le  mouvement  de  la  lune 
fit  connoîti-e  que  celui-ci ,  qui  lui  étoit  en  tout  femblable  ,  ap- 
partenoit  au  foleil. 


DE     U  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  29 

§•     V. 

Celui  qui  découvrit  la  fphéricicé  du  ciel,  èc  le  mou- 
vement du  foleil  ,  fît  faire  deux  grands  pas  à  l'Aftro- 
nomie.  Ces  connoiflanccs  font  la  bafe  de  la  fphere  ;  elles  dc- 
barrafTerent  l'Aftronomie  d'une  infinité  d'erreurs  6c  d'idées 
abfurdes.  Relativement  aux  tems  &:  aux  c^conftances  , 
Copernic  èc  Kepler ,  en  changeant  le  lyllêmc  du  monde  6c  la 
forme  des  orbites  planétaires,  n'ont  pas  rendu  un  plus  grand 
fervice  à  la  fcience. 

Toutes  CCS  confidérations  fur  les  étoiles  fervirent  à  conflatcr 
que  le  plus  grand  nombre  étoit  fixe  dans  le  ciel,  c'eft-à-dire  , 
que  malgré  le  mouvement  général  qui  les  entraînoit,  elles  con- 
lervoicnt  les  mêmes  diftanccs  &  les  mêmes  configurations.  Ce- 
pendant parmi  celles  qui ,  parleur  éclat ,  attirent  particulièrement 
les  regards  ,  6c  qu'on  nomme  de  la  première  grandeur ,  on  en 
diftingua  trois  qui  changeoicnt  de  diftance  à  l'égard  des  autres. 
Elles  avoient  donc  un  mouvement  propre  ainfi  que  la  lune  ; 
chacune  avoit  fon  mouvement  dans  la  même  direclion  d'oc- 
cident en  orient;  mais  toutes  trois  des  vîtefles  difii^érentes.  Alors 
on  établit  une  diftinclion  de  deux  fortes  d'étoiles;  on  nomma  les 
unes  étoiles  fixes,  parce  qu'on  les  voyoit  immobiles  ,  5c  comme 
attachées  au  firmament;  le^  autres  étoiles  errantes, ce  lont  celles 
que  nous  nommons  planètes.  Les  trois  premières  connues  font 
fans  doute  Mars ,  Jupiter  &  Saturne.  Une  étoile  très- brillante 
qui  paroiiToit  quelquefois  le  foir ,  fut  rangée  aulii  au  nombre 
des  planètes ,  parce  qu'elle  avoit  un  mouvement  à  l'égard  des 
fixes.  Mais  l'étoile  qui  paroifloit  le  matin  avant  le  lever  du 
foleil ,  qui  lui  étoit  femblable  par  l'éclat ,  6c  qui  avoit  comme 
elle  un  mouvement  propre  ,  dut  être  regardée  d'abord  comme 
une  planète  différente.  On  diftingua  l'étoile  du  foir  de  l'étoile 


30  HISTOIRE 

du  matin ,  Hefper  de  Lucifer;  cependant  elles  étoient  fî  fem- 
blables  par  l'éclat,  il  étoit  fi  vifibleque  l'étoile  du  matin  achevoit 
la  route  qu'avoit  commencée  l'étoile  du  foir ,  que  le  tems  & 
l'attention  qu'on  y  apporta,  firent  rcconnoîtrc  ces  deux  étoiles 
pour  la  même  planète  que  nous  nommons  aujourd'hui  Vénus. 
Une  autre  étoile,  beaucoup  plus  petite,  qui  paroifToit  également 
le  matin  6c  le  foir,  fut  encore  rangée  au  nombre  des  planètes. 
Ainfi  les  anciens  furent  en  poflcffion  de  la  connoifiance  de  fept 
planètes  ;  le  Soleil ,  Mars  ,  la  Lune  ,  Jupiter ,  Saturne ,  Venus 
&  Mercure.  Elles  n'ont  été  reconnues  que  lucceffivement,  peut- 
être  après  des  ficelés  :  fur-tout  Mercure  qui  eft  prefque  toujours 
plongé  dans  les  rayons  du  foleil.  Nous  en  réunifions  ici  les  dé- 
couvertes, parce  que  les  unes  ont  été  la  fource  des  autres,  quoi- 
qu'elles aient  été  léparées  par  de  grands  intervalles  de  tems. 

§.     V  I. 

La  fphéricité  de  la  voûte  célcfi:e  étant  connue  ,  il  fut  afiez 
naturel  de  penfer  que  la  terre  étoit  ronde  bc  Iphérique.  Il  étoit 
clair  qu'elle  étoit  fufpendue  au  milieu  de  l'efpacc ,  puifque  les 
aflres  pafioient  par  dcilous.  Le  ciel  que  l'on  croyoit  folide  , 
fembloit  une  enveloppe  faite  pour  elle ,  &  par  conféqucnt  ils 
dévoient  avoir  l'un  cC  l'autre  la  même  forme.  D'ailleurs  les 
anciens  toujours  préoccupés  de  la  prééminence  des  formes  cir- 
culaires &:  Iphériqucs  (ur  toutes  les  autres,  durent  les  appliquer 
aux  afl:res  qu'ils  croyoient  formés  d'une  fubfi:ance  divine,  ou  au 
moins  deftinés  au  léjour  des  dieux  &  des  génies.  Ils  y  furent 
encore  conduits  par  l'analogie.  La  lune  en  étoit  un  exemple  ,  & 
devenoit  une  autorité  pour  ceux  qui  enfeignoient  la  fphéricité 
de  la  terre. 

On  croit  communément  que  cette  connoiflancc  a  pu  naître 
dans  les  pays  maritimes  ou  l'on  voit  diiparoître  luccelfivemenc 


DE     L'ASTRONOMIE.  yi 

ïes  difFérentes  parties  d'un  vaiiîcau  qui  s'éloigne  fur  la  mer.  Mais 
la  découverte  de  la  rondeur  de  la  terre  cft  fans  doute  bien  an- 
térieure à  l'invention  des  navires  ,  du  moins  des  navires  aflez 
grands  pour  être  apperçus  de  trèsdoin.  D'ailleurs  pour  un  pareil 
effet ,  &  pour  des  tems  groiliers,  la  conclufion  nous  paroît  bien 
fubtile.  L'oblervation,  dont  il  s'agit ,  peut  fervir  aujourd'hui  de 
preuve  à  la  rondeur  de  la  terre,  fans  avoir  fervi  à  la  faire  con- 
noître.  Au  refte,  la  marche  de  l'cfprit  humain  cft  fouvent  tor- 
tueufc;  il  laiflc  longtems  une  idée  limplc  qui  eft  fur  fon  chemin, 
pour  en  aller  lailir  d'autres  plus  lubtilcs  &  plus  éloignées. 

Une  autre  remarque  démontra  la  rondeur  de  la  terre;  ce  fut 
celle  des  nouvelles  étoiles  qui  devenoient  vifiblcs  à  ceux  qui 
changeoient  de  latitude  en  allant  du  nord  au  midi,  ou  du  rnidi 
au  nord.  Nous  foupçonnons  que  les  voyages  n'ont  fait  que 
confirmer  cette  opinion,  parce  que  les  hommes  attachés  à  leurs 
foyers  ,  à  leurs  troupeaux  ,  à  la  culture  de  leurs  champs  ,  ont 
exifté  longtems  avant  de  s'en  écarter.  On  ne  fortoit  eueres  de 
chez  foi  que  pour  fc  battre  ;  encore  ne  fe  battoit  -  on  qu'avec  ' 
fcs  voilins.  Il  a  fallu  que  le  commerce  ouvrît  quelques  commu- 
nications ,  que  la  guerre  fe  portât  plus  loin  ,  &  fur-tout  que  les 
philofophes  6c  les  obfervateurs  voyageaflent,  car  les  marchands 
&  les  gens  de  guerre  s'arrêtent  peu  à  confidérer  les  étoiles.  Les 
philofophes  remarquèrent  qu'en  allant  vers  le  midi,  des  étoiles 
qu'ils  ne  connoiiroient  pas  s'élevoient  fur  l'horifon  ;  retournés 
chez  eux,  ils  ne  les  voyoient  plus.  La  vue  de  ces  étoiles  tenoic 
donc  à  une  certaine  pofition  fur  le  globe.  Il  n'y  avoir  que  la 
convexité  &  la  rondeur  de  la  terre  qui  pût  produire  cet  effet. 

§.     VIL 

L' Astronomie  commençoit  à  devenir  une  fcience ,  elle 
pofTcdoit  quelques  notions  juftes  du  fyftêrae  du  monde.  On  y 


3  1  HISTOIRE 

voie  une  idée  des  mouvemens  des  corps  céleftes.  Elle  n'avoic  été 
jufques-là  qu'un  fujct  de  curiofité  ;  clic  parut  bientôt  applicable 
à  des  objets  utiles  ,  &:  Tes  progrès  devinrent  plus  rapides  ,  en 
raifon  de  ce  que  l'intérêt  cft  plus  adlif  que  la  curiofité.  Un  des 
premiers  befoins  de  la  fociété  naiflante  eft  la  mcfure  du  tems. 
Les  hommes  ont  d'abord  compté  par  des  jours,  quelques  peuples 
fauvages  de  l'Amérique  comptent  encore  par  des  loleils.  Nous 
avons  des  preuves  que  les  Chaldéens  ont  compté  ainfi ,  &c  qu'ils 
ont  confervé  cet  ufage  même  après  la  conquête  d'Alexandre  , 
c'eft-à-dire,  bien  après  l'établifTement  des  années  de  trois  cens 
foixante-cinq  jours.  Les  obfervations  qu'ils  faifoicnt ,  étoicnt 
gravées  fur  des  briques.  On  peut  croire  qu'il  y  en  avoit  une 
pour  chaque  jour ,  èc  que  l'on  calculoit  le  tems  écoulé  par  le 
nombre  de  ces  briques.  Cette  manière  de  compter  ne  parut  pas 
commode  dans  l'ufage  civil,  parce  que  les  jours  en  peu  de  tems 
devenoient  trop  nombreux.  On  voulut  une  révolution  plus 
longue  ,  Se  le  mouvement  de  la  lune,  à  l'égard  des  étoiles,  en 
offrit. une  d'environ  vingt-huit  jours,  (a)  Les  phîifes  de  cette 
plaiiéte  indiquèrent  une  fubdivifion  en  quatre  parties  qui  furent 
les  fdmaines  de  fept  jours.  ("*^)  M.  Goguet  (è)  penfe  qu'elles 
furent  la  première  mefure  du  tems.  Mais  il  eft  évident  qu'elles 
ne  font  que  des  iubdivifions ,  &  d'une  invention  poftérieure  à 
l'ufage  des  révolutions  de  la  lune.  Cependant  comme  le  mou- 
vement de  la  lune,  à  l'égard  des  étoiles,  demandoit  des  obfer- 
-vatîons,  on  préféra  bientôt  dans  l'ufage  civil  le  retour  des  phafes; 
on  fe  régla  fur  le  mouvement  de  cette  planète  à  l'égard  du  foleil, 
ôc  l'on  eut  des  mois  de  trente  jours. 

(  *  )  C'cft  parce  qu'on  n'a  pas  fait  attijii-  maiucs  de  fcpt  jours  ne  divilent  pas  exac- 
tion que  1.1  révolution  de  la  lune  à  l'cgai'd  renient  un  mois  de  vin^r  neuf  ou  de  rren:e 
des  éroilcs,  a  été   jadis  en    ufage  pour  la  jours.  Mais  la  divifion  eft  exacte  à  l'égard  de 
mefure  du  tems,  qu'on  a  liéflté  fi  l'on  de-,  la  révolution  lîdérale  de  lalune  de  18  jours. 
voit  regarder  les  femaines  comme  une  fub-  (a)  Éclaire.  Liv.  I,  §.  11. 
divifion  du  mois  lunaire.  En  cftec.  d;s  fe-           (A)  Goguet,  T.  I,  page  117. 

u 


DE     L' ASTRONOMIE.  55 

La  iicoménic  ,  ou  la  fête  qui  fc  célébroic  chez  prefque  tous 
les  peuples  au  tcms  de  la  nouvelle  lune  ,  cft  une  preuve  qu'ils 
étoienc  atcencits  à  fliifir  fon  retour.  Ils  y  ont  ajouté  des  fêtes  pat 
différens  motifs.  Ces  fêtes  n'ont  peut-être  été  établies  que  pour 
que  l'obfervation  n'en  fût  pas  négligée.  Mais  quand  le  mou- 
vement du  foleil  fut  connu ,  on  vit  qu'il  s'écouloit  un  intervalle 
bien  plus  long  entre  le  moment  où  une  étoile  fe  dégageoit  le 
matin  des  rayons  du  lolcil ,  jufqu'au  moment  où  après  s'y  être 
replongée,  elle  s'en  dégageoit  de  nouveau.  (*)  On  appela  cet 
intervalle  la  révolution  folaire,  &C  Ton  compta  par  des  années. 

Plufîeurs  peuples  ont  confervé  longtems  l'ufage  de  com- 
mencer leur  année  au  lever  ou  au  coucher  de  quelqu'étoilc 
brillance  ,  comme  Sirius  ou  les  Pléiades,  (a)  Cependant  comme 
le  mouvement  du  foleil  ne  fut  pas  mefuré  aulli-rot  qu'apperçu  , 
on  chercha  feulement  à  en  approcher.  C'eft  ce  qu'on  fie  en  réu- 
nilTanc  douze  lunaifons  qui  s'écouloient  dans  une  révolution  du 
foleil,  pour  en  compolcr  une  année  lunaire.  Quoique  les  mois 
eulTent  été  primitivement  de  trente  jours  ,  cette  annéenefutquc 
de  trois  cens  cinquante-quatre  jours  ,  parce  qu'on  ne  tarda  pas 
à  rectifier,  par  l'obfervation  de  la  néoménie,  ce  que  la  longueur 
des  mois  avoit  de  trop ,  (  **  )  ôc  on  les  établit  alternativement  de 
vingt-neuf  &  de  trente  jours ,  pour  fatisfaire  à  la  révolution  de  la 
lune  qui  eft  de  vingt -neuf  jours  6c  demi  environ.  Cette  année 
fubfifta  longtems  chez  les  peuples  dont  le  genre  de  vie  ne  per- 
mettoit  pas  d'acquérir  des  connoiffances  plus  exactes.  Elle  fuffit 


(  *  )  Lorlqu'uneétoileparoîtle  matin  vers  nomcncs  t)ue  nous  aurons  en  vue  ,  lorfcjuc 

rorient,  un  mitant  avant  le  lever  du  foleil,  dans  la   fuite  nous  parlerons  des  levers  Se 

ou  le  foir  vers  l'occident,  un  inftant  après  des  couchers  des  évoiles. 

fon  coucher,   on  dit  qu'elle  fe  levé  ou  fe  (**)  Dans  les  premiers  tems  on  ne  comp- 

couche  héliacjucment.  Ces  levers  &  ces  cou-  toit  le  commencement  du  mois  que  du  jour 

chers  héliaqucs  régloient  les  travaux  de  la  cii  la  lune  paroilî^it.    Cicer.   in  Verrem, 

campagne.  Les  anciens   étoient  attentifs   à  L;/'.  II.  Quinte-Cur.ce.  Lié.  yill ,%.  g, 

ks  obfcrver  5  &  c'eft  cette  cfrecc  de  phé-  {a)  Ccnforin.  i^c  die  r.atali  ,   en. 

E 


34  HISTOIRE. 

avix  befoins  de  ceux  qui ,  comme  les  anciens  Arabes  Se  les  Tar  • 
tares  ,  ne  vivent  que  de  la  chair  &  du  lait  des  animaux.  Les 
Arabes  nomades  &C  les  Tartares  s'en  fervent  encore  aujourd'hui. 
En  eflet,  cette  forme  d'année  eft  très-commode  pour  les  peuples 
qui  vivent  ainfi.  L'obfervation  de  la  pleine  lune,  qui  eft  un  figne 
vifîble  &C  facile  à  iiiifir ,  les  difpenfe  de  tout  foin  du  calendrier. 

§.     VIII. 

Dans  les  premiers  commencemens  de  la  fociété ,  tous  les 
hommes  n'avoient  été  que  chaflcurs  ou  pafteurs.  Quand  leur 
nombre  fut  augmenté  ,  ils  furent  forcés  d'avoir  recours  à  l'agri- 
culture. Les  animaux  n'auroient  pas  fuffi  à  les  nourrir.  Alors  il 
fallut  connoître  &  prévoir  le  retour  des  faifons.  L'agriculture 
exigea  des  obfervations.  On  avoit  remarqué  que  la  végétation 
des  plantes  &  des  arbres  ,  la  maturité  des  fruits  6c  des  grains 
déoendoient  de  l'aclion  ou  de  la  préfence  plus  ou  moins  longue 
du  foleil  fur  l'horifon.  Vers  le  tems  oii  les  jours  deviennent 
égaux  aux  nuits  ,  la  verdure  rcparoît;  par  conféquentla  culture 
de  la  terre  doit  précéder  cette  époque.  Quand  les  jours  font  les 
plus  longs,  c'eft  le  tems  des  récoltes;  elles  fefont  fucceflivement 
jufqu'à  ce  que  les  nuits  redeviennent  égales  aux  jours.  Cette 
iaifon  eft  celle  des  labours  èc  des  iemailles  ,  jufqu'aux  nuits  les 
plus  longues  qui  amènent  le  tems  de  l'inailion  Se  du  repos  pour 
l'homme  Se  pour  la  nature. 

Ces  intervalles  furent  diftingués  Se  nommés  faifons.  Ce  fut 
alors  fans  doute  que  l'année  de  trois  cens  foixante  jours  s'éta- 
blit; &  comme  on  avoit  remarqué  que,  pendant  le  cours  de 
l'année  Se  des  faifons ,  tous  les  jours  de  nouvelles  étoiles  fe  dé- 
gageoient  le  matin  des  rayons  du  foleil  ;  on  choifit  les  plus 
brillantes  comme  celles  qui  feroicnt  vues  le  plus  facilement  dans 
le  crépufcule ,  Se  on  les  regarda  comme  des  fignaux  qui  aver- 


DE     L'ASTRONOMIE.  35 

tlfloicnt  des  tems  &  de  la  faifon  propre  à  chacun  des  travawtx 
de  la  campagne.  Il  ne  s'agiffbit  plus  que  de  lier  les  obfcrvations 
agronomiques  aux  obfcrvations  du  ciel  :  c'cft  ainfi  que  les  pre- 
miers agriculteurs  furent  nëceflairement  aftronômes.  Quand  on 
eut  déterminé  les  étoiles  propres  aux  différentes  indications  , 
chacun  veilla  de  fon  coté  pour  faifir  le  moment  de  leur  appa- 
rition. Ce  ne  fut  que  longtems  après,  lorfque  les  hommes  dans 
une  fociété  plus  nombreufe,  fc  furent  partagés  les  travaux,  qu'il 
y  eut  des  hommes  chargés  particulièrement  de  ce  foin ,  Icfquels 
du  haut  d'une  tour,  comme  en  Chaldée,  obfervoient  les  étoiles 
qui  paroilîoient  à  l'horifon,  èc  comme  en  Egypte,  les  annon- 
çoient  au  peuple  par  des  fignes  hiérogliphiques. 

§.      I  X. 

L'année  de  trois  cens  foixante  jours  ne  fut  fans  doute  pas 
longtems  en  ufage  ;  en  moins  de  trente-cinq  ans  l'ordre  des 
fiiilons  eût  été  abfolument  renverfé,  &;  l'hiver  feroit  tombé  dans 
les  mois  oia  tomboit  l'été  auparavant.  On  y  aura  remédié  d'abord 
par  des  mois  intercalaires.  On  aura  enfuite  cherché  à  connoître 
plus  exactement  la  révolution  du  foleil.  On  y  fera  parvenu  par 
différens  moyens,  ou  par  le  retour  du  lever  héliaque  de  la  même 
étoile,  ou  par  le  tems  où  la  hauteur  méridienne  du  foleil  revient 
la  même  ;  ce  qui  eft  marqué  par  le  gnomon:  ou  plutôt,  comme 
M.  Goguet  le  conjecture  avec  beaucoup  de  vrailemblance ,  par 
les  points  de  l'horifon  où  le  foleil  fe  levé  &  fe  couche.  «  Il  me 
»'  paroît  aifez  probable,  dit-il,  que  la  longueur  de  l'année  aura 
»  pu  être  déterminée  originairement  par  l'obfervation  du  lever 
«  èc  du  coucher  du  folei! ,  à  certains  points  de  l'horifon  fenfible. 
»  Les  premiers  hommes  pafloient  une  grande  partie  de  leur 
»  vie  dans  les  champs.  Vers  le  tems  des  équinoxcs  ils  auront 
»    pu  remarquer  un  arbre  ,  un  rocher ,  un  monticule  ,  derrière 


'3^  HISTOIRE 

»3  lequel  ils  voyoient  pointer  le  foleil ,  un  tel  jour  d'un  tel  moiV 
»  Le  lendemain  ils  auront  vu  cet  aftre  fe  coucher  ou  ic  lever 
»  afTez  loin  de  cet  endroit,  attendu  qu'au  tems  des  équinoxes 
«  la  déclinaifon  du  foleil  change  fenfîblement  d'un  jour  à 
3>  l'autre.  Six  mois  après ,  ils  auront  vu  le  foleil  revenir  à  ce 
»  même  point ,  &l  au  bout  de  douze  mois  il  y  fera  encore  re- 
»  venu.  Cette  manière  de  fixer  l'année  eft  aflez  cxacfle,  6c  en 
«  même  tems  eft  fort  (impie.  .  .  .  Chacun  eft  en  état  de  faire  une 
M  pareille  obfervation;  mais  j'avoue  qu'on  n'en  trouve  aucune 
"  trace  dans  l'hiftoire  [a).  Olaus  Rudbcck  nous  apprend  que 
les  anciens  Suédois  régloient  par  ces  obfervations  la  longueur 
de  leur  année  (é).  D'ailleurs  M''  Goguet  ne  connoifloit  pas  fans 
doute  un  paflage  de  Simplicius  {c)  qui  dit  exprefTément  que  ce 
font  les  différens  points  de  l'horifon  où  le  foleil  fe  couche  l'été 
&  l'hiver ,  qui  ont  fait  appercevoir  fon  mouvement.  Mais  M. 
Goguet  n'a  pas  fenti  toute  la  fécondité  de  cette  idée.  Elle  ex- 
plique comment  les  hommes  ont  pu  partager  l'année  en  auatre 
parties  égales  ,  fans  avoir  recours  à  l'obfervation  des  folftices  & 
des  équinoxes, par  les  hauteurs  méridiennes  du  foleil;  m.éthode 
qui  a  dû  pafler  longrems  la  portée  de  leurs  connoiflanccs.  Elle 
explique  encore  très-bien  comment  quelques  Peuples  ont  eu  des 
années  de  trois  &  de  fix  mois(^) ,  dont  il  auroit  été  difficile  de 
fixer  autrement  le  terme  &;  la  durée.  On  voit  même  par  ce  que 
dit  Cenforin  ,  que  les  Cariens  &c  les  Acarnanicns  comptoient 
leur  année  d'un  équinoxe  à  l'autre;  caralternativcmentles  jours 
croifToient  pendant  une  année,  &  décroifloient  pendant  la  fui- 
vantc. 


(a)   Goguet ,  Tom.  I ,  p    ni.  (t)  Simplicius ,  de  calo,  Lib.  Il,  Com.  46. 

{i>)  Atlandca,  Tom.  I ,  c.  j.  (d)  Cenforin.  c.  i^. 


DE     L'ASTRONOMIE.  ^7 

§.     X. 

En  adoptant  la  révolution  du  io\cï\  pour  la  mcfure  du  tcms  , 
lanéceiritë  des  iubdiviiîons  fît  confei-vcr  les  dcnx  autres  mefurcs, 
favoir,  les  mois  Ôc  les  jours;  mais  ces  fubdivifions  n'étoient 
point  exactes.  La  véritable  longueur  de  l'année  iolaireeft  environ 
de  trois  cens  foixante-cinq  jours  un  quart.  Elle  renferme  plus  de 
douze  âc  moins  de  treize  révolutions  de  la  lune.  Quelqu'un  ima- 
gina de  trouver  un  intervalle  de  tems  qui  renfermât  un  nombre 
de  révolutions  complètes  de  l'un  &C  de  l'autre  de  ces  aftres.  Cet 
intervalle  de  tems  écoulé,  il  arrivoit  nécelliiirement  que  les  ré- 
volutions recommençoient  enfemble  ,  les  afpe£ts  revenoient  les 
mêmes,  &  fuccellivemcnt  dans  le  même  ordre.  On  s'y  prit  ou 
par  l'obfervation  ,  &:  la  voie  en  étoit  fort  longue  ;  ou  par  la 
connoiflTance  du  mouvement  de  ces  aftres;  mais  cette  manière 
étoit  Tufceptible  d'erreurs.  De  là  naquirent  différentes  périodes 
tantôt  défe(£lueufes  ,  tantôt  meilleures,  fuivant  la  connoiiïance 
plus  ou  moins  exacte  de  ces  mouvemens.  Nous  parlerons  des 
tentatives  qui  furent  faites  à  cet  égard ,  en  rendant  compte  de 
l'hiftoire  de  l'Aftronomie  chez  les  difFérens  peuples:  mais  chez 
tous ,  ce  fut  l'ouvrage  de  la  patience  èc  des  fiecles. 

§.      X  I. 

Des  qu'il  y  eut  dans  une  nation  des  hommes  qui  fe  dévouèrent 
à  l'Aftronomie,  foit  par  le  motif  d'être  utiles  à  leurs  concitoyens, 
en  annonçant  l'apparition  des  étoiles, foitpar  une curiofité  digne 
d'éloges  ;  alors  l'Aftronomie  où  la  pratique  s'introduilît ,  com- 
mença à  devenir  un  art ,  ôc  les  méditations  purent  produire 
quelques  fruits  ,  parce  qu'elles  furent  fondées  fur  des  faits.  En 
examinant  avec  plus  d'attention  le  mouvement  journalier  de  tous 
Içs  aftres ,  on  remarqua  q^ue  le  point  de  leur  plus  grande  élé~ 


38  H  I  S  T  O  I  RE 

vation  partageoic  en  deux  parties  égales  l'intervalle  du  lever  au 
coucher.  On  découvrit  que  les  points  de  la  plus  grande  élévation 
de  chacun  de  ces  aftres  ,  fe  trouvoicntdans  un  cercle  perpendicu- 
laire à  l'horifon,  paflant  par  le  zenit  &  par  le  pblc  du  monde.  Le 
foleil  lui-même  s'y.trouvoit  également  au  tems  de  fa  plus 
grande  hauteur  ;  c'étoit  le  milieu  de  fa  courfe  ôc  du  jour.  On 
nomma  ce  cercle ,  qui  étoit  purement  fictif,  le  méridien. 

§.      XII. 

L  A  plus  grande  hauteur  des  étoiles  fur  l'horilon  cft  toujours 
la  même,  mais  il  n'en  eil:  pas  ainfi  des  planètes  ,  &:  lur-tout  du 
foleil ,  dont  l'élévation  plus  grande  en  été  ,  fie  plus  petite  en 
hiver ,  dut  être  bientôt  remarquée.  Il  s'agillbit  d'étudier  les  va- 
riations de  CCS  hauteurs  du  ioleil  ,  &  d'en  connoitre  les  difFé- 
renccs ,  mais  le  moyen  d'y  parvenir  manquoit  à  i'Aftronomie. 
Un  homme  de  génie  le  trouva  par  la  remarque  fimple  de  l'ombre 
que  le  "foleil  projette  derrière  les  corps  qu'il  éclaire.  Il  obferva 
que  cette  ombre,  s'acourciflant  à  melure  que  le  foleil  s'élevoit, 
étoit  propre  à  montrer  les  progrès  de  la  hauteur,  &  il  produifit 
une  révolution  dans  la  fcience  par  l'invention  du  plus  fimple. 6C 
du  premier  de  tous  les  infi:rumens  ,  le  gnomon.  Cet  homme 
inconnu, qui  n'en  a  pas  moins  de  droit  iur  notre reconnoilîance, 
rendit  deux  grands  fcrvices  à  I'Aftronomie;  le  premier  par  l'in- 
vention d'un  inftrument  qui  donna  lieu  à  des  obfervations  plus 
exactes  ;  le  fécond  par  une  méthode  qui  exigea  des  obfervations 
fuivies  6c  qui-  en  établit  l'ufage.  Il  fit  conftruire  fans  doute  une 
colonne  ,  un  pilier  aflcz  élevé, pour  que  l'ombre  pût  être  grande 
Se  les  variations  plus  fenfibles.  Il  enfeigna  qu'il  falloit  chaque 
jour  marquer  &  mefurer  la  plus  courte  des  ombres ,  &  que  la 
fuite  de  ces  obfervations  feroit  connoître  le  mouvement  du 
foleil  de  l'horifon  vers  le  pôle.  Ce  mouvement  de  bas  en  haut , 


DE     L' ASTRONOMIE.  39 

&  de  haut  en  bas ,  s'arrêtoic  éc  cliangcoit  deux  fois  l'année.  On 
appela  CCS  changemcns  converfwns  ,  tropiques  ,  &:  les  points  ou 
le  Iblcil  s'arrêtoit  avant  de  rebrouîTcr  chemin  ,  foljiices.  Ils  de- 
vinrent l'ctadc  de  bien  des  iiecles. 

§.     X  I  I  I. 

La  première  idée  qui  fc  préfenta  pour  expliquer  cette  di- 
verllté  des  hauteurs  du  Iblcil ,  fut  que  cet  aftre ,  outre  le  mou- 
vement particulier  d'occident  en  orient ,  en  avoit  un  qui  le 
portoit  de  bas  en  haut.  Se  de  haut  en  bas ,  tantôt  l'approchant , 
tantôt  l'éloignant  du  pôle.  On  avoit  reconnu  une  variation  pa- 
reille &  encore  plus  fenfible  dans  les  hauteurs  de  la  lune.  Ce- 
pendant l'admiliion  de  ces  deux  mouvemens  faifoit  quelque 
peine  aux  anciens  philofophesqui  avoient  leurs  préjugés,  comme 
nous  avons  les  nôtres,  6c  qui,  par  hafard,  comme  cela  nous  eft 
arrivé  plus  d'une  fois,  tiroient  des  conclulions  aflez  juftcs  d'une 
fuppoiiricn  faullc.  Le  mouvement  journalier  d'orient  en  occident 
eft  uniforme,  &  a  lieu  viflblcmcn^dans  des  cercles;  ils  en  avoient 
conclu  que  le  mouvement  dans  une  ligne  circulaire  ,  &c  l'uni- 
formité étoient  les  loix  fondamentales  de  la  nature.  Ce  n'eit 
pas  qu'ils  n'eufTent  fous  les  yeux  une  infinité  de  mouvemens  qui 
s'accomplillent  en  ligne  droite,  mais  ils  étoient  bien  loin  de 
l'idée  fublime  de  ramener  les  uns  &  les  autres  aux  mêmes  prin- 
cipes.. Les  mouvemens  céleftcs  faifoient  une  clafle  à  part.  Ils 
avoient  quelque  chofe  de  d;vin  dont  la  marche  circulaire  6c 
uniforme  étoit  un  attribut.  Cette  marche  paroiiToit  aux  anciens 
dip^ne  de  la  limplicité  de  la  caule  première.  Car  cous  les  peuples 
ftudieux,&  par  conféquent  éclairés, quelles  que fuilent d'ailleurs 
leurs  idées  religieufes  &  méihaphyliqaes  ,  leurs  opinions  fur  la 
caufe  productrice, intelligente  ouieulcmenc  active,  ont  coujouxs 


4i  HISTOIRE 

été  portes  a  croire  que  cette  caiiie  infiniment  lage,ouinfinimertt 
puifTImte,  n'agilToit  que  par  les  voies  les  plus  uniformes  £c  les 
moins  compliquées ,  joignant  à  la  magnificence  de  l'ouvrage  la 
{Implicite  de  l'exécution. 

Or  le  mouvement  à  l'égard  des  pôles  dérangeoit  toutes  ces 
idées.  Premièrement,  la  fuppofition  d'un  corps  qui  obéit  à  deux 
mouvemens  à  la  fois,  n'étoit  pas  fimple;  èc  comment  concevoir 
que  ces  deux  mouvemens  ne  fe  nuifilîent  pas  ?  Secondement,  le 
mouvement  à  l'égard  des  pôles  n'étoit  pas  circulaire ,  ou  du 
moins  le  foleil  s'arrêtoit  à  une  certaine  diftance  du  pôle  pour 
revenir  fur  Ces  pas.  Cette  marche  n'eft  point  uniforme.  Les  an- 
ciens ,  fans  connoître  les  loix  du  mouvement  ,  entrevoyoient 
bien  que  le  mouvement  ne  pouvoit  s'arrêter  Se  fe  changer  en  un 
mouvement  contraire  fans  quelque  caule  qui  l'y  forçât.  Aulli  les 
philofophcs  grecs,  fyftématiques  à  l'excès,  gens  toujours  avides 
de  raifonner,  &  d'expliquer  ce  qu'ils  ne  connoiflbient  pas  exac- 
tement ,  imagincrent-ils  que  l'air  étoit  plus  épais  èc  plus  con- 
denfé  autour  des  pôles,  &c  que  le  foleil  n'y  pouvant  pénétrer  , 
étoit  obligé  de  rebroufler  chemin  ?  Dans  la  Chaldée  &  dans  l'E- 
gypte on  n'étoit  pas  fi  prefl'é  de  découvrir  les  caufes  ,  &;  il  y  a 
apparence  que  l'on  y  étudioit  mieux  les  effets.  Enfin  ,  le  génie 
ou  le  halard  ,  &  peut-être  tous  les  deux  enfcmble  amenèrent 
l'explication  qui  avoir  été  longtems  defirée.  On  vit  qu'en  incli- 
nant la  route  du  foleil  à  l'égard  des  pôles,  on  expîiqueroit  toutes 
les  apparences  ,  6c  que  le  foleil  n'auroit  qu'un  mouvement  cir- 
culaire &:  uniforme.  On  nomma  depuis  écliptique  le  cercle  qu'il 
décrit  ainfi  dans  fa  courfe  oblique.  Cette  fimplification  fatisfit 
les  anciens  que  genoient  les  deux  mouvemens, à  la  fois  imprimés 
au  foleil  &;  à  la  lune.  La  découverte  en  fut  célébrée  comme 
elle  dcvoit  l'être.  En  parlant  d'Anaximandre  à  qui  les  Grecs  lî 
nouveaux  dans  cette  fcicnce,ofoient  attribuer  cette  découverte, 

Pline 


DE     L'ASTRONOMIE.  41 

Pline  (a)  dit  qu'il  avoit  ouveic  la  carrière  de  l'AftrOnomic.  En 
effet  cette  connoiffance  eft  le  fondement  de  toutes  les  autres , 
&  le  pr<*iier  pas  néceflaire  dans  l'Aftronomie. 

Alors  plufieurs  objets  de  recherches  fe  préfenterent^  l'efprit. 
On  remarqua  le  cercle  diurne  que  le  foleil  décrit,  dans  les  deux 
failons  de  l'année,  où  les  jours  lont  égaux  aux  nuits.  Ce  cercle 
fut  nommé  Véquateur ,  loit  par  cette  égalité  des  jours  6c  des 
nuits ,  Toit  par  la  connoilïance  que  tous  les  aftres  ,  étoiles  ou 
planètes  qui  s'y  trouvent  placés,  demeurent  fur  l'horifon  pré- 
cilément  la  moitié  d'une  révolution  diurne,  c'cft-à-dire  ,  douze 
heures  ;  les  points  oi.i  Téquateur  coupe  la  route  du  foleil ,  re- 
tinrent le  nom  à'équinoxes. 

L'équateur  fut  donc  le  fécond  cercle  de  la  Iphere.  Les  anciens 
fc  tamiliariloient  ainiî  à  imaginer  des  cercles  ficbif-s  dans  le 
ciel ,  mais  il  éroit  difficile  que  les  yeux  fuivUrent  l'imagination 
pour  en  fixer  la  trace.  On  y  parvint  par  une  invention  heureufe, 
ce  fut  celle  des  grands  cercles  de  cuivre  exactement  dirigés  dans 
le  plan  des  cercles  céleftes.  On  Icntit  que ,  lorfque  ces  cercles 
feroient  ainfi  exactement  dirigés  &  fixement  placés  ,  il  feroit 
aifé  de  reconnoître  les  aftres  qui  fe  trouvoient  dans  l'équateur , 
ou  au-deffus,  ou  au-dcflous,  6c  à  chaque  inftant  ceux  qui 
pafloient  par  le  méridien.  Il  ne  s'agifloit  que  de  diriger  le  rayon 
vifuel  dans  le  fens  de  la  lurface  d'un  de  ces  cercles  ,  &  de  le 
prolonger  jufqu'à  là  voûte  du  ciel.  On  drella  donc  perpendicu- 
lairement à  l'horifon,  du  midi  au  nord,  un  cercle  qu'on  appela 
le  méridien ,  parce  qu'il  étoit  dans  le  plan  du  méridien  céleftc. 
On  y  appliqua ,  Se  à  angles  droits, un  autre  cercle  qui  tar  nommé 
l'équateur.  Le  plus  difficile  fut  d'orienter  ce  nouvel  inftrument, 
c'eft-à-dire  ,  de  bien  placer  le  cercle  de  cuivre  vertical ,  dans  le 

(d>  Pline,  Lib.  IL  c.  ï. 


44  HISTOIRE 

clan  du  méridien  célefte.  Mais  puifque  les  anciens  avoient  re- 
connu que  ce  plan  étoic  celui  où  les  aftres  parvcnoicnt  à  leur  plus 
grande  hauteur ,  il  leur  étoic  aifé  de  bornoyer  à  quelt]ue  belle 
étoile ,  fe  de  fixer  l'inftrument  au  lieu  &  au  moment  où  elle 
cefTeroit  de  l'élever.  Cette  méthode  n'cft  pas  bien  exa£te  ;  ce- 
pendant telle  qu'elle  eft  ,  nous  croyons  qu'elle  auroit  pu  fuffirc  à 
i'Aftronomie  nailTante, 6c  produire  encore  bien  des  découvertes.  ' 
Mais  nous  avons  lieu  de  penfer  qu'ils  ont  pu  faire  ufage  d'une 
méthode  meilleure  èc  plus  sûre  ,  c'cft  celle  des  hauteurs  égales 
ayant  &;  après  midi.  Les  anciens  ont  certainement  connu  qu'à 
diftances  égales  de  part  &  d'autre  du  méridien  ,  les  hauteurs 
d'un  même  aftrc  font  égales.  Ayant  fixé  quelque  tems  avanc 
midi  la  longueur  cC  la  direiflion  de  l'ombre  ;  on  attend  que  le 
Soleil  ait  paffe  le  méridien  ,  &  que  l'ombre  foit  revenue  à  la 
même  longueur  ;  alors  on  tire  la  ligne  de  direction  de  cette 
ombre  qui  forme  un  angle  avec  la  direction  de  la  première ,  èc 
la  ligne  qui  partage  cet  angle  en  deux  parties  égales,  eft  dans  le 
plan  du  méridien.  Il  eft  d'autant  plus  vraifemblable  que  les 
anciens  ont  pu  ufer  de  cette  méthode,  que  fuivant  le  témoignage 
de  M.  le  Gentil  (a),  de  l'Académie  des  Icienccs,  qui  a  fait  un 
long  féjour  dans  l'Inde  ,  les  Indiens  l'ont  confervée  ,  &C  s'en 
fervent  encore  pour  orienter  leurs  temples  &L  leurs  pyramides. 

§.     X  I  V. 

Cet  inftrumcnt  mit  dans  le  cas  de  faire  une  infinité  d'ob-^ 
fervations.  On  marqua  fur  le  méridien  le  point  où  le  Soleil  s'é- 
Icve  au  folftice  d'été  ;  on  marqua  également  celui  où  il  def- 
cend  au  folftice  d'hiver  ;  l'intervalle  de  ces  deux  points  me- 
furoit  le  mouvement  du  Soleil  à  l'égard  des  pôles.  Cet  intervalle 

(a)  Mémoires  de  l'Académie  des  Sciences  pour  177J, 


DE     r  ASTRONOMIE.  43 

ù  trouva  de  huit  parties  du  cercle  ,  divifé  en  foixante  parties 
fuivaiit  l'ulage   de    ce   tems  ;   &   comme   l'ëquateur   partage 
ëgalemenc  cet  intervalle  ,  l'obliquité  de   la  route   du  i'oleil  à 
l'égard  de  ce  cercle,  étoit  de  quatre  parties,  ou  d'un  quinzième 
de  cercle, ou  enfin  de  vingt-quatre  de  nos  degrés.  Cetinftrument 
par  Ion  équatcur  divifoit  le   ciel   en  deux  hëmirphcrcs,  6c  il 
fervit  à  reconnoître  les  étoiles  qui  étoient  boréales  ou  auftrales, 
à  l'égard  de  ce  cercle  fixe  auquel  on  pouvoir  les  rapporter.  On 
avoir  déjà  donné  des  noms  aux  plus  belles  étoiles.  Mais  quand 
on  voulue  déterminer  les  lieux  du  ciel,  6c  les  étoiles  par  lelquelles 
-pafloitla  route  du  folcil,  on  y  fut  auili  embarrafle  que  pour  le 
méridien  ôc  l'équateur.  On  eut  recours  au  même  expédient,  ce 
fut  d'ajouter  à  l'inftrument  un  nouveau  cercle  placé  dans  le  plan 
de  l'écliptiquc.  Mais  ce  cercle  ne  pouvoir  pas  être  fixe  ,  parce 
que  le  mouvement  diurne  fe  faifant  autour  des  pôles  de  l'é- 
quateur ,  l'écliptiquc   change   à   chaque  inftant  de  pofition  à 
l'égard  de  l'horifon  &  du  méridien.  Il  fallut  donc  faire  quelque 
changement  à  l'inftrument.  On  laiffa  toujours  le  méridien  fixe , 
mais  on  ajouta  à  l'équateur  un  nouveau  cercle  qui  faifoit  avec 
lui  le  même  angle  que  l'écliptique;  par  les  pôles  &:  par  les  points 
des  équinoxes  &.  des  folftices  ,  on  fit  pafler  deux  autres  grands 
cercles  qu'on  appela  les  colurcs  des  équinoxes  &  des  folftices. 
Ces  quatre  cercles  réunis  &.  enclavés  dans  le  méridien  furent 
rendus  mobiles  autour  d'un  axe  dirigé  aux  deux  pôles  du  monde, 
&.  voilà  le  modèle  de  la  fphere  armillaire,  &  des  armilles  d'A- 
lexandrie.   Soit  que  cette  fphere ,  exécutée  en  grand  ,  ait  été 
faite  à  l'imitation  d'une  fphere  plus  petite  Se  portative ,  telle 
que  celle  d'Atlas  &;  de  Chiron  ;  foit  qu'au  contraire  cette  fphere 
portative  ait  été  conftruite  d'après  celle-ci  qui  ne  fortoit  point 
des  obfervatoires,il  cft  certain  que  l'une  ou  l'autre  de  ces  fpheres 
eft  de  la  plus  haute  antiquité. 

Fij 


44  HISTOIRE 

Voilà,  fi  l'on  en  croit  l'hiftoire  de  la  Chine,  le  point  ou  VAC- 
tronomie  étoit  parvenue  zyoo  ans  avant  l'ère  chrétienne;  & 
en  Egypte  ,  bien  plus  de  -^  o  o  o  ans  avant  la  même  époque ,  fi 
l'on  en  croit  les  conjectures  &  les  calculs  que  nous  avons  pro- 
pofés  dans  le  livre  précédent. 

§.     X  V. 

A  mefure  que  les  inftrumens  fe  perfectionnent ,  leurs  ufages 
s'étendent.  Cette  nouvelle  fphere  en  ofFroit  un  grand  nombre  ; 
mais  il  falloit  établir  une  correfpondance  entre  la  fphere  d'airain, 
&  la  fphere  célefte,  &  alligner  à  quels  points  de  celle-ci  répon- 
doicnt  les  différens  points  de  celle-là. 

On  chercha  à  fixer  d'abord  les  points  équinoxiaux  &  folfl:i- 
ciaux.  Voici  comment  nous  imaginons  que  l'on  s'y  prit.  Dans  le 
tems  des  nuits  les  plus  longues,  le  jour  du  folfticc  d'hiver, 
&  au  moment  du  coucher  du  foleil,  on  conduifit  le  point  du 
folftice  d'hiver  de  l'inftrument  au  point  de  l'horifon  où  le 
foleil  fe  couchoit;  &  l'on  reconnut  les  étoiles  qui  étoient  à  cent 
quatre -vingt  degrés  de  diftance  ,  èc  qui  par  conféquent  répon- 
doient  au  folftice  d'été.  De  plus  ,  comme  les  étoiles  ne  font 
vifibles  à  la  vue  fniiple  que  quelque  tems  après  le  coucher  du 
foleil ,  &;  qu'il  n'étoit  pas  poOîblc  de  diriger  alors  l'infirumcnt 
à  cet  aftre  qu'on  ne  voit  plus,  on  s'aviia  d'un  autre  expédient; 
on  employa  fins  doute  la  lune  pour  faire  une  obfcrvation  in- 
termédiaire. Ayant  dirigé  .ce  point  du  folftice  d'hiver  ,  au  lieu 
de  l'horifon  où  le  foleil  fe  couchoit ,  on  aura  marqué  a  quel 
point  de  l'écliptique  répondoit  alors  la  lune  :  au!îi-tôt  après  le 
foleil  couché ,  dès  que  les  étoiles  auront  commencé  à  paroître  , 
ce  point  ainfi  marqué  aura  été  dirigé  de  nouveau  .à  la  lune;  &c 
dans  le  même  inftant  on  aura  obfervé  à  quelles  étoiles  répon- 
doicnt  6c  le  folftice  d'été ,  èc  l'équinoxe  du  printems  qui  étoit 


DE     L'ASTRONOMIE.  45 

alors  fur  l'horifon.  On  détermina  en  même  tems  à  quels  points 
de  l'équatcur  répondoient  les  plus  belles  étoiles ,  pour  iervir  de 
renlei2;nemens-,  quand  on  voudroit  connoître  la  pofition  des 
autres  étoiles.  Se  des  deux  points  du  folftice d'hiver  ôc  del'équinoxe 
d'automne.  Ces  points  donnèrent  un  partage  naturel  de  l'année , 
en  quatre  parties  ou  laifons.  On  y  joignit  les  différens  termes 
de  l'année,  indiques  par  le  lever  ou  le  coucher  des  étoiles;  ou , 
pour  mieux  dire ,  on  lia  ces  différens  termes  aux  points  des 
équinoxes  ou  des  folftices  que  l'on  regardoit  comme  fixes.  On 
difoit  ;  Sirius  le  levé  quatre  jours  après'  le  lolftice  d'été ,  les 
Pléiades  fe  lèvent  le  jour  même  de  l'équinoxe  ,  6cc.  On  mul- 
tiplia les  obfervations  du  lever  Se  du  coucher  des  étoiles  ,  èc 
on  compoia  des  calendriers  qui  fervoient  de  règle  aux  travaux 
de  la  campagne, 

§.      X  V  L 

Quand  l'écliprique  ou  la  route  du  foleil  tut  connue,  on 
s'apperçut  que  la  lune  6c  les  autres  planètes  fuivoient  à-pcu- 
près  cette  route  ,  &  ne  s'en  écartoicnt  que  de  quelques  degrés 
au  delTus  ou  au  dcflous.  En  coniéquence  on  forma  une  zone 
de  icize  degrés  ,  dont  l'écliptique  occupoit  le  milieu  ,  &  qui 
fut  nommée  le  ■{odiaqut.  Le  mouvement  de  la  lune  offrit  un 
moyen  facile  de  le  diviler.  Cette  divifion  a  dû  être  la  première, 
fuivant  M.  le  Gentil  (û),  &  cela  paroît  hors  de  doute,  parce 
qu'on  luit  facilem.ent  la  marche  de  la  lune,  &:  qu'en  marquant 
chaque  nuit  les  étoiles  auxquelles  cette  planète  répond,  le  zo- 
diaque fe  trouve  divifé  en  vingt-iept  parties  &;  un  tiers  ,  d'où 
les  uns  ont  fait  vingt-fept  conffellations  ,  les  autres  vingt-huit. 
On  ne  peut  pas  luivre  de  même  le  iolcil  dans  fa  route  à  travers 

(  a )  Mcmoites  de  l'Académie  des  Sciences ,  1773* 


4-tf.  HISTOIRE 

les  ccoilcs.  On  ne  s'apperçoit  qu'il  a  changé  de  place,  que  par 
les  étoiles  qui  fc  dégagent  le  matin  de  Tes  rayons  ,  ou  par  celles 
qui  le  foir  vont  s'y  plonger.  Ces  phénomènes  dont  on  a  déduit 
les  circonftanccs  du  cours  du  foleil ,  ont  exigé  des  combinai- 
fons  Se  des  méditations  ;  l'oeil  nu  ,  lans  le  fecours  d'aucun 
inftrumcnt ,  fuffii'oit  à  l'obrcrvation  du  mouvement  de  la  lune 
6c  à  la  divilion  du  zodiaque  qui  nait  de  ce  mouvement.  Quand 
la  révolution  du  foleil  ôc  la  longueur  de  l'année  furent  connues  , 
les  douze  mois  offrirent  une  nouvelle  divifion  du  zodiaque  en 
douze  parties. 

Il  étoit  déjà  partagé  en  quatre  par  les  folftices  ^  les  équi- 

noxcs.  Il  ne  s'agilfoit  plus  que  de  divifer,  au  moyen  de  l'inftru- 

ment,  les  intervalles  en  trois  parties  qui  furent  appelées  yT^/z^j-. 

Cette  méthode  de  divifer  le  zodiaque  nous  paroît  bien. plus 

naturelle,  &  elle  eft  (iirement  plus  précife  que  celle  que  Sextus 

Empiricus  6c  Macrobe  ont  décrite  (  a  ).  Mais  au  rcftc  il  eft  pof- 

fible  que  leur  méthode,  par  la  chute  de  l'eau ,  appartienne  à  une 

Aftronomie  plus  ancienne,  qui  n'avoit  pas  des  moyens  fi  exacls. 

On  delTma  une  figure  qui  renfermoit  toutes  les  étoiles  com- 

prifes  dans  chacun  de  ces  fignes.  Cette  figure  &,  les  étoiles  ainli 

réunies  s'appelèrent  une  conjicllation.    Ces  figures   ne   furent 

d'abord  que  des  lignes  tirées  d'une  étoile  à  l'autre  {b).  Quand  on 

voulut  leur  impofcr  des  noms  ,  ce  furent  des  noms  d'animaux  , 

d'oîi  la  zone  qui  les  renferme  a  tiré  fon  nom  de  zodiaque  (c).  On 

peut  conclure  de  cette  étymologie  que  les  fignes  ,  qui  font  dé- 

fignés  aujourd'hui  par  des  figures  d'hommes ,  ou  d'une  autre 

efpece,font  des  changemens  ou  des  inventions  poftérieures.  Les 

douze  fignes  ont  dû  être  tous  marqués  par  des  animaux  (  d).  Ce 


(<j)  Macrobe,  Comment.  Somn.  Scip.  c.  1 1 .  (i)  Eclaire.  Liv.  IX.  ^    5. 

Sexe.  Empir.  adv.  Math.  Lib.  V.  n.   j.  (c)  Dc  l-siii-  y  petit  animal. 

Éclairciilemcns ,  Liv.  IX,  §.   14.  \d)  Éclaire.  Liv.  IX.  §    34. 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  47 

font  fans  doute  les  mêmes  qui  défignent  encore  dans  l'Afie  les 
années  de  la  période  de  douze  ans  ;  période  qui  cic  dans  toute 
cette  partie  du  monde  de  la  plus  haute  antiquité. 

L'idée  de  dediner  des  figures  pour  clalTer  les  étoiles  ,  fut 
étendue  au  rcfke  du  ciel.  On  le  peupla  d'animaux  &  de  diffé- 
rentes figures;  Mais  nous  croyons  que  l'on  n'y  a  placé  des 
hommes  que  lorfque  l'aftrologie  a  prétendu  que  leur  dcllinée 
étoit  écrite  dans  le  ciel.  Il  parut  naturel  de  placer  l'homme  dans 
la  plupart  des  régions  céleftes  qui  avoienr  tant  d'empire  fur  lui. 
D'ailleurs  l'aftrologie  voulut  déligner  parles  attributs,  par  l'at- 
titude des  hommes  qu'elle  y  deilinoit ,  les  inHuenccs  que  telle 
ou  telle  conftellationpouvoit répandre, &c  les  inclinations  qu'elle 
devoit  inlpirer  aux  individus  naiffans.  Ces  figures  d'hommes 
furent  d'abord  fans  nom  (a);  c'cfl  dans  des  tems  plus  modernes 
que  la  vanité  des  Grecs  a  fongé  à  faire  dans  le  ciel  l'apothéofe 
de  fes  héros ,  £c  à  conlacrer  dans  ce  livre  éternel  leurs  noms  1 
■la  poftérité. 

§.      XVII. 

La  méthode  de  défigner  le  tems  des  équinoxes  ôc  des  folC- 
tices,  par  le  lever  ou  le  coucher  de  quelque  belle  étoile,  conduifîc 
à  une  découverte  importante.  Les  tem.s  des  folftices  6c  des 
équinoxes  étoient  encore  obfervés  ,  foit  par  certains  points 
connus  de  l'horifon  où  le  foleil  devoit  alors  fc  lever  &  fe  cou- 
cher ,  foit  par  la  longueur  de  l'ombre  à  midi.  Les  anciens 
avoient  lié  ces  différentes  remarques  ;  ils  avoienr  reconnu  , 
par  exemple  ,  que  le  lever  de  quelque  belle  étoile  annonçant 
le  folflice  d'été,  le  foleil  devoit  le  lever  à  tel  point  de  l'horifon, 
£c.  que  l'ombre  à  midi  devoit  avoir  une  certaine  longueur  dé- 


(û)  ÉciaiiçiJrçmçus  ,   Livre  IX.  §.   i£,i 


4S  HISTOIRE 

terminée.  En  répétant  avec  aiïîduité  chaque  année  ces  diverfes 
obfervations ,  on  s'apperçut  après  des  fieclcs  qu'elles  ne  coin- 
cidoicnt  plus.  Lorfque  l'étoile  parolfloit,  le  foleil  ne  fe  levoit 
plus  au  même  point  ,  èc  l'ombre  plus  longue  n'avoit  plus  la 
mefure  prefcrite.  Ce  dernier  caractère  appartient  (1  vifiblemenc 
au  folftice  que  l'on  fut  forcé  d'en  conclure  que  l'étoile  avoit 
changé  de  place  dans  le  ciel.  Le  cercle  écliptique  de  cuivre  di- 
vifé,  &C  la  fphere  que  nous  avons  décrite,  fournirent  les  moyens 
de  conftater  cette  découverte.  On  s'en  étoit  fcrvi  pour  fixer 
dans  le  ciel  étoile  le  lieu  des  points  équinoxiaux  ôc  folfticiaux. 
On  s'apperçut  que  les  étoiles  ne  répoiidoient  plus  aux  mêmes 
points  de  ce  cercle,  ôc  qu'elles  fembloient  s'avancer  lentement  le 
long  de  l'écliptique.  Les.  étoiles, que  l'on  avoit  cru  fixes,  avoienc 
donc  un  mouvement.  Mais  comme  ce  mouvement  étoit  gé- 
néral ,  qu'il  étoit  le  même  pour  toutes  les  étoiles,  &  qu'elles 
gar-doient  le  même  ordre  6c  les  mêmes  configurations  entre 
elles ,  tant  d'uniformité  ne  pouvoir  être  l'effet  de  mouVemens 
particuliers  ;  &  ce  mouvement  général  6c  uniforme  parut 
appartenir  à  la  voûte  même  où  les  étoilesi  étoicnt  attachées. 
Les  anciens  en  firent  une  fphere  fous  le  nom  de  premier  moéi/e  ^ 
laquelle ,  outre  le  mouvement  journalier  qui  entraîne  tous  les 
aftres  de  l'orient  vers  l'occident ,  en  avoit  un  autre  contraire  6c 
très-lent  de  l'occident  vers  l'orient,  &r  les  étoiles  conferverent 
le  privilège  d'être  les  feuls  aftres  fixes  (*)  fous  la  voûte  du  ciel. 

§.     X  V  I  I  L 

La  connoiiïance  des  quatre  points   des   équinoxes  &c  des 

(*)  Il  eft  encore  d'ufage  d'appeler  mo^-  foleil,   cjuoicju'on    fâche   très-bien   aujour- 

vement  des  étoiles  en  longitude ,  progrejfion  d'hiii  c|ue  c'eft  la  tcne  qui    fc    meut.   Ces 

des  fixes,    le    niouv.;mcnt   par    lequel    les  cxprelTions  qui  n'induifcnt  point  en  enei^r , 

étoiles  femblent  s'éloigner  des  points  équi-  quand  on  eft  prévenu  ,  font  plus  abrégées 

noxiaux,  comme  ou  dit  le  mouvement  du.  &  plus  commode?, 

folftices , 


DE     L' ASTRONOMIE.  4^ 

folftices,  donna  lieu  de  remarquer  que  le  foleil  n'en  parcouroit. 

pas  également  les  quatre  intervalles.  L'aftrc  qui  règle  les  fai- 
fons  ,  le  père  de  la  nature  de  le  feigneur  du  ciel ,  avoit  donc 
une  marche  inégale  !  Cette  circonftance  ne  le  fit  point  déchoir 
de  fa  divinité  ,  il  n'en  garda  pas  moins  l'intelligence  qui  pré- 
fîdoit  à  fa  courfe.  Les  anciens  ,  plus  curieux  des  faits  que  des 
explications,  ne  femblcnt  pas  avoir  cherché  la  caufe  de  cette 
inégalité  ,  ni  la  manière  de  la  concilier  avec  l'uniformité  des 
mouvcmens  circulaires  ,  qu'ils  regardoient  comme  un  principe 
général  &  conll:ant.  Soumis  à  l'évidence  autant  qu'attachés 
aux  idées  de  leurs  ancêtres  ,  ils  conferverent  le  préjugé  parce 
qu'il  étoit  antique  ,  &  ils  admirent  la  vérité  parce  qu'elle 
étoit  démontrée.  Cette  découverte  fut  confirmée  par  une  iné- 
galité pareille  dans  le  retour  des  phafes  de  la  lune.  On  avoit  été 
de  tout  tcms  attentif  à  ces  phafes  ,  tant  pour  la  mcfure  du 
tems  &:  la  célébration  des  fêtes ,  qu'on  y  avoit  attachées ,  que  dans 
la  crainte  fuperftiticufc  des  éclipfes  ,  qui  avoient  depuis  long- 
tems  fixé  l'attention  des  hommes.  Nous  fommes  ici  forcés  de 
remonter  pour  reprendre  le  fil  des  idées. 

Les  éclipfes  ,  lur  -  tout  les  éclipfes  de  foleil  ont  d'abord 
répandu  la  terreur.  La  perte  de  la  lumière  fembloit  annoncer 
l'extinction  de  la  nature,  &  fi  nous  fommes  en  droit  de  taxer 
d'ignorance  Se  de  ftupidité  les  peuples  de  la  terre  que  ces 
frayeurs  tourmentent  encore,  il  y  auroit  de  l'injufticsà  ne  pas 
convenir  que  les  premières  éclipfes  ont  dû  faire  cette  impref- 
fion  terrible.  Il  a  fallu  qu'elles  fe  foient  affez  répétées  pour 
convaincre  par  le  fait  qu'elles  n'avoient  aucunes  fuites  fu- 
neftes ,  &c  pour  taire  remarquer  dans  leurs  retours  un  ordre , 
une  fucceffion  qui  les  rangeât  au  nombre  des  phénomènes  na- 
turels. Les  Chaldéens  ,  qui  veilloicnt  fans  relâche  à  l'étude  du 
«iel ,  ôl  dont  les  aftronômes  fe  relevoient  fucceflîvement  comme 

G 


yo  HISTOIRE 

des  fentinelles  ,  durent  laifTer  cchaper  bien  peu  d'ècWipCçs.  Oti 
en  chercha  d'abord  la  caufc.  Celle  des  ëclipfcs  de  folcil  fut  lans 
doute  trouvée  la  première.  Dès  que  ce  phénomène  avoit  une 
caufe  naturelle  ,  il  étoit  aifé  de  comprendre  qu'il  n'y  avoit 
qu'un  corps  opaque  qui  pt't  intercepter  ainfi  les  rayons  du 
foleil.  Comme  on  avoit  reconnu  que  la  lune  étoit  un  corps 
opaque  ,  n'ayant  d'autre  lumière  que  celle  qu'il  reçoit  du  folcil; 
comme  on  avoit  vu  la  lune  s'approcher  de  cet  aftre,fe  perdre 
dans  fes  rayons  peu  de  tems  avant  l'éclipfe  ,  &:  s'en  dégager 
peu  de  tems  après,  on  dut  en  conclure  naturellement  que  la 
lune  étoit  l'obftacle  qui  nous  déroboit  la  lumière  du  folcil,  en  tout 
ou  en  partie.  Maisquel  étoit  le  corps  qui  ôtoit  à  la  lune  même 
fa  lumière  ,  qui  l'écliploit  ,  lorfqu'oppofée  au  foleil  elle  étoit 
dans  fon  plus  grand  éclat  ?  On  reconnoifloit  bien  l'effet  d'une 
même  cauic ,  le  paflage  d'un  corps  opaque  qui  lui  enlevoit  par 
degrés  fa  lumière ,  &  qui  la  lui  rendoit  après  un  intervalle  de 
tems  plus  ou  moins  long.  Il  y  a  des  peuples  qui  ont  créé  des 
globes  exprès  pour  leur  donner  la  fonction  d'éclipfcr  le  foleil  Se 
la  lune  (a).  Une  réFiCxion  fur  un  effet  qu'on  a  tous  les  jours 
fous  les  yeux ,  en  fit  trouver  la  caufc.  Tout  corps  éclairé  jette 
une  ombre  derrière  lui  ;  l'ombre  de  la  terre  devoit  en  confé- 
quencc  être  dirigée  à  l'oppofîte  du  foleil,  &;  la  lune,  qui  tourne 
autour  de  la  terre,  devoit  s'éclipfer  en  fe  plongeant  dans  cette 
ombre,  qui  la  privoit  de  la  lumière  du  folcil.  On  fut  donc  en 
pofTefîion  de  la  caufe  des  éclipfes  de  foleil  £c  de  lune.  L'obfer- 
vation  des  éclipfes  de  lune  Se  la  connoiffance  de  leurs  caufes 
confirmèrent  une  découverte  déjà  faite.  On  remarqua  que 
l'ombre  de  la  terre,  vifible  fur  le  difque  éclairé  de  la  lune,  étoit 
ronde;  cette  obfervation  affura  qu'on  ne  s'étoit  point  trompé, 
en  pcnfant  que  la  terre  étoit  fphérique.  Mais  pourquoi  la  lune, 

(  û)    Infrà,  Livie  IV  ,§.  17. 


DE     L'ASTRONOMIE.  y» 

qui  tous  les  mois  paffe  encre  le  folcil  &  la  terre ,  qui  tous  les 
mois  fe  trouve  éga IcmcriC  à  roppofite  dufolcil.  Se  dans  le  voi- 
fmage  de  l'ombre  de  la  terre ,  ne  fait-elle  pas  chaque  mois  une 
éclipfe  de  foleil ,  èc  ne  loufFre-t-clle  pas  elle-même  une  éclipfe? 
Cette  queftion  étoit  naturelle  ,  elle  dut  fe  préfenter  d'abord  , 
èc  ce  fut  une  difficulté  qui  fit  peut-être  balancer  fur  l'expli- 
cation que  l'on  venoit  d'imaginer.  On  n'en  obtint  la  lolution 
que  lorlqu'on  eut  reconnu  la  latitude  de  la  lune ,  ou  la  dif- 
tance  à  l'ëcliptique. 

§.     XIX. 

Cette  planète  décrit  un  cercle  incliné  à  l'ëcliptique.  Se  elle 
s'écarte  quelquefois  un  peu  plus  de  5  degrés  foit  au  nord  ,  foit 
au  midi  de  ce  cercle.  Puifque  fa  route  eft  inclinée  ,  il  s'enfuit 
qu'elle  coupe  l'écliptique  en  deux  points.  Ces  deux  points  de 
l'orbite  de  la  lune  furent  appelés  les  nœuds  ;  &  l'on  reconnut 
que  les  éclipfes  n'avoicnt  lieu  que  lorfque  la  lune  fe  trouvoic 
dans  ces  interfections  ,  ou  du  moins  lorfqu'elle  n'en  étoit  pas 
éloignée.  La  route  du  foleil  reçut  en  conféquence  le  nom  d'é- 
cliptrque.  C'eft  ici  que  paroit  démontrée  la  néceilité  de  là- 
fphere  fixe  &i  armillaire  que  nous  avons  fuppofée  plus  haut. 
Car  nous  le  demandons  ,  comment  les  anciens  auroient  -  ils 
connu  que  la  lune  s'écartoit  de  l'écliptique ,  s'ils  n'avoient  pas 
eu  un  cercle  de  cuivre  toujours  placé  dans  le  plan  de  ce  cercle 
célefte ,  &;  auquel  ils  pulTent  comparer  la  pofition  de  la  lune 
dans  le  ciel?  Comment  auroicnt-ils  découvert  que  les  éclipies 
n'arrivoicnc  jamais  que  près  des  interfecl;ions  de  l'orbite  de  la 
lune  de  de  l'écliptique  ,  ou  dans  ces  interfeclions  mêmes? 

§.      X   X. 

QuAN.D  on  eut  reconnu  que  les  éclipfes  étoient  des  phé' 

Gij 


5»  HISTOIRE 

nomènes  naturels  qui  revenoicnt  plufieurs  fois  dans  une  année,' 
on  fut  cuiieuK  de  les  obferver  ,  &  d'en  conferver  la  mémoire  , 
pour  parvenir  à  connoître  la  règle  de  leurs  retours.  On  apporta 
mêrne  qi  elqu'  ittention  dans  cette  efpece  d'obfervations.  On 
marqua  k  tems  de  la  nuit  ou  du  jour  où  elles  arrivoienr,  la 
partie,  foit  boriale  ou  auftrale,  de  la  lune  éclipfée.  On  cftima 
quelquefois  le  rapport  de  cette  partie  éclipfée  au  difque  de  la 
lune ,  quand  l'éclipfe  n'étoit  pas  totale. 

On  s'attacha  à  obferver  affidiiment  la  lune  toutes  les  fois 
qu'elle  étoit  nouvelle  ou  pleine,  afin  de  ne  laifler  échapper 
aucune  éclipfe.  C'eft  par  l'obfervation  de  ces  phafcs  qu'on  avoit 
eu  la  première  connoilTance  de  la  révolution  de  la  lune  à  l'égard 
du  foleil. 

§.     XXL 

Les  anciens  parvinrent  à  connoître  plus  exactement  cette  ré- 
volution, en  mefurant  chaque  jour  fur  leur  écliptique  la  diftance 
du  foleil  à  la  lune.  Ces  premières  déterminations  furent  afFedlées 
fans  doute  de  grandes  erreurs; mais  à  mcfure  que  les  révolutions 
s'accumuloient ,  les  erreurs  fe  partageoient  fur  un  plus  grand 
nombre ,  &  la  détermination  devenoit  plus  exa(iïe.  En  conti- 
nuant ces  obfervations ,  avec  une  conftance  qui  n'a  jamais  ap- 
partenu qu'aux  orientaux,  ils  s'apperçurent  que  les  révolutions 
de  la  lune  étoient  tantôt  plus  longues  èc  tantôt  plus  courtes  ; 
que  l'intervalle  même  de  la  conjonClion  à  l'oppofition  ,  n'étoit 
prefque  jamais  égal  à  une  demi  -  révolution. 

Ils  déterminèrent  la  période  de  cette  inégalité.  Quelle  que 
fut  leur  méthode  ,  elle  leur  donnoit  fins  doute  plus  facilement 
le  tems  où  cette  inégalité  étoit  la  plus  grande.  Ainfi  le  tems  où 
cette  inégalité  revenoit  une  féconde  fois  la  pins  grande,  leur 
indiqua  la  durée  de  cette  période  Ilç  remarquèrent  encore  que 


DE     L'ASTRONOMIE.  53 

les  éclipfcs  n'arrivoicnt  pas  aux  mêmes  points  de  l'écliptique; 
il   s'cnfuivoit   néccOairemcnc    que    ces    points    ou    les    nœuds 
avoient  changé  de  place.  Ces   nœuds  avoient  donc  un  mou- 
vement ,  &  par  conféquent  la  période  du   retour  de  la   lune 
•à  un  de  ces  nœuds  n'ëtoit  pas  la  même  que  celle  du  retour  de 
la  lune  à  un  même   point  du  zodiaque.    Les  anciens  connu- 
rent cette  période,  qu'ils  appelèrent   la  révolution   de   la  lati- 
tude, comme   ils    avoient  connu  celle  de  l'inégalité  ,  par  leur 
conftance  dans  l'étude  du  ciel.  Une  longue  iuite  d'oblcrvations 
ieur  fit  trouver  de  grandes  périodes  dans  {a)  lerquclles  la  lune 
faifoit  un  nombre  de  révolutions  entières,  relativement  à  ioa 
inégalité  ,  à  Ton  nœud  &   au  foleil.  Ils  allèrent  même  julqu'à 
ramener  la  lune  au  même  point  du  zodiaque  ,   ou   du  moins 
jufqu'à  déterminer  le  nombre  de  fes  révolutions  complettes  -, 
&:  combien  il  s'en  talloit  de  degrés  qu'elle  n'atteignît  à  la  fin  de 
la  période  le  point  du  zodiaque  d'où  elle  étoit  partie  au  com- 
mencement de   la  période  :  ce  que   ces   anciens   aftronômes 
n'auroient  pu  faire,  s'ils  n'avoient  eu  le  cercle  écliptique  divifé 
que  nous  leur  avons  fuppolé,  &  auquel  ils  pouvoient  rapporter 
chaque  jour  le  mouvement  de  la  lune.  Le  grand  intervalle  de 
ces  obfervations,  &;  la  longueur  de  ces  périodes,  leur  donnoienc 
avec  beaucoup  d'exa£litude  la  durée  de  chacune  de  ces  révolu- 
tions. Il  en  réfulte  que  la  lune  étoit  de  toutes  les  planètes  celle 
dont  ils  connoifloient  mieux  le  mouvement.  Elle  a  été  long- 
tems  dans  nos  fiecles  modernes  cellei  dont  le  mouvement  étoic 
le  moins  connu.  Sa  théorie  étoit  plus  aifée  à  ébaucher ,  parce 
que  fes  mouvemens  font  plus  rapides;  elle  eft  plus  difficile  à 
approfondir  ,  parce  que  les  variations  &:  les  inégalités  font  plus 
confidérables    ôc  plus  multipliées. 

(d)  Ir.frh,  Liv.  m.  £claiiciirera;ns ,  Llv,  IV.  §.  ^i. 


54  HISTOIRE 

§.     XXI  ï. 

Entre  ces  périodes,  on  en  trouva  qui  ramenoicnt  les  éclipfes 
de  lune  ,  de  la  même  grandeur,  aux  mêmes  points  du  ciel ,  6c 
aux  mêmes  jours  de  l'année.  On  fc  fervit  de  ces  périodes  pour 
prédire  ces  éclipfes.  Quant  aux  éclipfes  de  foleil ,  on  y  re- 
marqua des  bifarrerics  qui  firent  déiclpérer  de  les  alTujettir  à 
aucune  règle  conftante.  On  ne  trouva  point  de  période  qui  les 
ramenât  aux  mêmes  jours.  C'étoit  l'effet  de  la  parallaxe  qui 
ne  fut  connue  que  longtems  après.  Il  y  a  apparence  qu'on  aban- 
donna l'obfervation  de  cette  efpece  d'éclipfes  ,  car  dans  les 
éclipfes  obfervées  par  les  Chaldéens  ,  que  Ptolemée  nous  a 
tranfmifes  ,  il  n'y  en  a  pas  une  feule  de  foleil.  C'eft  une  perte 
que  nous  regretterions  davantage,  fi  un  plus  grand  nombre  des 
unes  &  des  autres  nous  étoit  parvenu.  La  caulc  de  cette  perte 
eft  le  préjugé  que  ces  phénomènes  ne  fuivoient  aucune  rçglc 
conftante  ;  on  conclut  que  l'obfervation  en  étoit  inutile.  Ce 
qui  prouve  que  dans  l'étude  du  ciel ,  &  de  la  nature  en  général , 
nous  ne  devons  rejeter  aucune  obfervation ,  ni  aucune  expé- 
rience. Le  tems  viendra  où  elles  feront  utiles  ,  6c  nous  aurons 
femé  pour  la  poftérité. 

§.      X  X  I  I  L 

Quant  aux  autres  planètes  ,  leur  apparence  moins  re- 
marquable ,  leur  mouvement  moins  fenfible  ,  durent  y  porter 
plus  tard  l'attention  des  oblervateurs.  Les  plus  brillantes,  Ju- 
piter ,  mars ,  fuPtnt  fans  doute  obfervées  les  premières.  On 
fuivit  leur  cours  ,  èc  l'on  s'apperçut  bientôt  qu'il  y  avoit  un 
tems  de  l'année  où  leur  mouvement  fe  rallentifloit,  s'arrêroic 
entièrement,  èc  devenoit  enfin  rétrograde,  jufqu'à  ce  que  fc 
rallen'ciUant  &  s'arrêtant  une  féconde  fois ,  il  redevînt  dircd. 


DE     L' A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  55 

On  appelle  ici  direct  le  mouvement  qui  le  fait  crcccidcnt  en 
orient,  dans  le  même  fens  que  celui  du  folcil  £c  de  la  lune. 
Le  mouvement  rétrograde  cft  celui  qui  a  lieu  en  fcns  con- 
traire. Les  anciens  voyant  que  ces  apparences  hilares  ëtoicnc  pé- 
riodiques &:  annuelles,  s'occupèrent  à  les  obferver,  en  attendant 
qu'on  eut  allez  de  lumières  pour  les  expliquer.  Ils  marquèrent 
donc  avec  foin  l'inftant  où  chaque  année  elles  étoient  ftatio- 
naires ,  6c  les  tems  où  leur  mouvement  étoit  direct  &:  rétro- 
grade. Ces  obiervarions,  quoique  mal  circonftanciécs  ,  ont  été 
utiles  par  la  luite.  Les  apparitions  des  planètes  parurent  aux 
anciens  également  dignes  de  remarque.  Ils  entendoient  par  le 
tems  des  apparitions  ,  celui  où  ces  planètes  le  dégagent  des 
rayons  du  foleil  ,  &  font  vifibles  le  matin  un  peu  avant  le 
jour.  C'eft  ce  qu'on  appelle  pour  les  étoiles  le  lever  héliaque. 
L'oblervation  alîidue  du  lever  des  étoiles  devoit  conduire 
naturellement  à  celle  de  l'apparition  des  planètes.  Ils  remar- 
quèrent que  ces  apparitions  n'arrivoient  point ,  ainfî  que  les 
levers  des  étoiles  ,  aux  mêmes  tems  de  l'année  ,  de  que  le  phé- 
nomène des  ftations  Se  des  rétrogradations  n'avoit  pas  toujours 
lieu  dans  le  même  ligne  ;  mais  qu'il  arrivoit  fucceirivcmcnt 
dans  les  difterens  lignes  du  zodiaque.  Il  ne  falloit  en  eflet  que 
quelques  mois  pour  s'appercevoir  que  mars  changeoit  de  place 
dans  le  ciel ,  &:  ne  répondoit  plus  au  même  ligne  du  zodiaque. 
Jupiter  également  eft  chaque  année  dans  un  nouveau  figne. 
faturne  ,  dont  le  mouvement  eft  le  plus  lent,  parcourt  le  même 
cfpace  en  deux  ou  trois  ans.  On  reconnut  donc  deux  mouve- 
mens  ,  ou  deux  révolutions  dans  chacune  des  planètes  ,  l'une  à 
l'égard  du  foleil  ,  l'autre  à  l'égard  du  zodiaque.  La  planète  de 
Jupiter  ,  par  exemple,  fait  fa  révolution,  à  l'égard  du  folcil ,  en 
treize  mois  environ  ;  c'elt  -  à  -  dire ,  qu'il  s'écoule  treize  mois 
d'une  apparition  à  l'autre.  La  révolution  de  Jupiter,  à  l'égard 


5é  HISTOIRE 

du  zodiaque  ,  ne  s'achève  qu'en  onze  ans  ôc  dix  mois.  Ils  re- 
connurent de  même  que  mars  employoic  un  peu  moins  de 
deux  ans ,  &  faturne  un  peu  plus  de  vingt-neuf  ans  à  par- 
cowrir  le  zodiaque  entier. 

§.     XXIV. 

Satukne  eft  la  moins  brillante  de  toutes  les  planètes. 
Elle  fe  meut  le  plus  lentement ,  èc  paroît  par  conféquent  avoir 
le  plus  grand  cercle  à  parcourir.  On  la  jugea  plus  éloignée  que 
toutes  les  autres.  On  plaça  enfuite  Jupiter,  mars,  le  folcil  fie  la 
lune ,  chacun  fuivant  le  degré  de  leurs  vîtefTcs  :  toutes  ces  pla- 
nètes décrivant  des  cercles  autour  de  la  terre.  Voilà  ce  qu'on 
appelé  le  fyftême  des  anciens ,  plus  connu  fous  le  nom  de  Pto- 
lemée.  Mais  les  deux  autres  planètes  ,  venus  èc  mercure ,  vin- 
rent jeter  de  l'embarras  &  de  l'incertitude  dans  cet  arrange- 
ment. On  les  voyoit  tantôt  précéder  le  foleil  ,  fie  fe  montrer 
le  matin  avant  qu'il  fe  levât ,  ou  le  fuivre  fie  briller  le  foir  après 
fon  coucher.  On  les  voyoit  cependant  répondre  fucceffivemenc 
à  ditFérens  fîgnes  ,  à  différens  degrés  du  zodiaque  ,  fic  ne  re- 
venir aux  mêmes  points  qu'au  bout  d'une  année  environ.  Ces 
planètes  étoient  donc  femblables  aux  trois  autres ,  6c  avoient 
comme  elles  deux  mouvcmens ,  l'un  ,  à  l'égard  du  zodiaque  , 
qui  s'accomplilîoit  précifément  dans  le  tems  d'une  révolution 
du  foleil ,  ou  d'une  année  ,  l'autre  à  l'égard  du  foleil  même, 
Elles  avoient  leurs  ftations  ,  leurs  rétrogradations.  Mais  il  s'a- 
giffoit  d'affigner  à  ces  -planètes  une  place  dans  le  fyftême  du 
monde ,  &c  de  favoir  fi  elles  étoient  plus  près  ou  plus  loin  de 
nous  que  le  foleil.  La  règle  qu'on  avoit  luivie  pour  les  trois 
autres  manquoit  ici ,  parce  que  ces  deux  planètes  fembioicnt 
avoir  dans  le  zodiaque  la  même  vîtcfte  que  le  foleil.  La  règle 
décidoit  feulement  qu'elles  étoient  plus  éloignées  que  la  lune. 

Cette 


DE     L'  A  S.T  R  O  N  O  M  I  E.  -7 

Cette  queftion  fut  fi  difficile  à  réfoudre  que  l'on  fe  partagea. 
Les  uns  les  placèrent  au  defllis  du  folcil ,  les  autres  au  defTous. 
Cependant  on  remarqua  que  l'éclat  de  venus ,  vue  tantôt  à 
droite,  tantôt  à  gauche  du  foleil ,  ëcoit  lujet  à  quelques  va- 
riations. Il  y  avoir  des  tems  où ,  quoique  vifible  ,  quoiqu'éga- 
lement  éloignée  de  cet  aftre  ,  Se  égalemenr  dégagée  de  Ces 
rayons  ,  elle  étoit  beaucoup  moins  brillante.  L'exemple  de 
iaturne ,  dont  la  lumière  eft  plus  foible  &;  plus  terne ,  parce 
que  fa  dillancc  eil  plus  grande  ,  fit  penler  que  venus  n'étoit 
peut-être  pas  toujours  à  la  même  dift:ance  de  la  terre. 

On  imagina  qu'elle  pouvoir  être  tantôt  plus  loin,  tantôt  plus 
près  que  le  fi^leil.  De  ces  quatre  circonftances  réunies ,  où  on  voyoit 
venus  5c  mercure  à  gauche,  à  droite,  au  deiî'us  ou  au  delTous  du 
foleil,  dont  les  deux  premières  étoient  des  faits ,  6c  les  deux  autres 
des  conjectures  très-vraifcmblables,  on  ofa  conclure  que  l'orbite 
de  ces  deux  planètes  enveloppoit  le  foleil,  &  qu'elles  tournoient 
autour  de  lui.  Nous  difons  qu'on  ofa  conclure  ainfi  ,  parce  que 
cette  allertion  étoit  très-nouvelle ,  très-hardie  alors.  Il  n'y  eut 
qu'un  homme  de  génie  qui  put  la  concevoir,  6c  qui,  après  l'avoir 
profondément  méditée ,  fe  crut  affez  fondé  pour  la  propofer. 
Mais  cette  idée  ne  fut  point  générale  j  elle  fut  particulière  à  un 
certain  peuple ,  les  anciens  Egyptiens.  Cette  idée  vraie  dut  ce 
pendant  paroître  au  moins  heureufe  ;  car  elle  expliquoit  très- 
fimplement  les  ft:ations  6c  les  rétrogradations.  Quand  le  rayon 
vifuel  eft  tangent  au  cercle  que  ces  planètes  décrivent  autour 
du  foleil,  leur  mouvement  n'eft  plus  fenfible,  6c  elles  doivent 
paroître  ftationaires  :  cela  arrive  deux  fois  dans  chaque  révo- 
lation.  Dans  la  partie  fupérieure  de  leur  orbite ,  elles  vont  du 
même  fens  que  le  foleil,  6c  paroificnt  directes;  au  lieu  que  dans 
la  partie  inférieure ,  elles  vont  en  fens  contraire ,  6c  doivent 
paroître  rétrogrades. 

H 


f,  HISTOIRE 

§.     XXV. 

Quelques  philofophes  allèrent  plus  loin; en  rcconnoiilanr 
nue  CCS  deux  planètes  tournoient  raitour  du  foleil ,  ils  pcnfcrcnc 
qu'il  dcvoit  être  aulli  le  centre  du  monde.  Ils  mirent  donc  en 
mouvement  autour  de  lui  toutes  les  planètes ,  ôc  la  terre  elle- 
même.  D'autres  imaginèrent  encore  que  le  mouvement  diurne 
des  étoiles  de  des  planètes  n'étoit  qu'une  apparence,  caufëe  par 
une  rotation  de  la  terre  autour  de  fon  axe.  Mais  ces  penfëes 
-hardies,  &  purement  philofophiques  ,  ne  furent  point  appuyées 
par  les  faits  chez  les  anciens  peuples  qui  nous  font  connus. 
Peut-être  iiiontrerons-nous  qu'elles  font  les  veftiges  d'une  anti- 
quité plus  haute  ,  &  d'une  fcience  perfectionnée.  Mais  dans 
les  fiecles  poftérieurs ,  fi  quelques  traits  d'analogie  les  firent 
adopter  un  moment ,  fi  quelques  philofophes  les  faifirent  par 
une  efpcce  d'inftincb  pour  la  vérité,  elles  étoient  trop  contraires 
aux  apparences  pour  n'être  pas  bientôt  rejetées. 

§.     XXVI. 

Il  eft  donc  naturel  de  penfer  que  les  mêmes  découvertes 
ont  été  faites  plufieurs  fois ,  6c  qu'il  eft  difficile  d'en  fuivre  la 
chaîne  interrompue  èc  recommencée.  Nous  n'aurions  pris  l'iiif- 
toire  de  l'Aftronomie  qu'à  l'époque  où  des  monumens  con- 
fcrvés ,  une  chronologie  fuivie  établifient  d'une  manière  cer- 
taine la  marche  de  l'cfprit  humain  ,  Ci  nous  n'avions  penfé  que 
les  premiers  pas  de  la  fcience  j  renfermés  dans  l'obfcurité  des 
tems  les  plus  anciens  ,  font  une  partie  intérefTante  de  cette 
hiftoire ,  de  qu'on  peut  fouvent  retrouver  le  fil  des  idées  phi- 
lofophiques ,  en  liant  les  faits  par  des  probabilités  &  par  des 
vraifemblances. 


\ 


DE     L'ASTRONOMIE.  ,.^ 

On  conçoit  que  la  plupart  des  premières  découvertes  ont 
été  faites  chez  difFércns  peuples  ,  parce  que  dans  la  haute 
antiquité ,  les  peuples  vivoient  ifolés  ,  &  ne  fe  communiquant 
rien ,  ont  été  dans  le  cas  d'inventer  tout.  Les  connoiflanccs 
/impies  ,  &C  qui  naiffent  du  fpe<fiacle  du  ciel ,  appartiennent  à 
tous  les  hommes.  Tout  ce  qui  réfulte  de  la  combinaifon  de 
ces  connoiflanccs  premières  &c  fimples  ,  n'a  pu  être  le  partage 
que  des  peuples  qui  ont  cultivé  l'Aftronomie.  En  réfléchiflant 
fur  le  tableau  que  nous  venons  de  préfenter,on  peut  juger  qu'un 
très-petit  nombre  de  peuples,  un  fcul  peut-être,  a  eu  aflez  de 
fuite  dans  les  idées  &c  dans  les  travaux  pour  atteindre  à  l'en- 
iemble  des  connoiflances  qu'il  renferme.  Ce  peuple  n'exiftc 
point  parmi  les  peuples  conntîs  de  l'antiquité.  Il  n'eft  aucun 
pays  du  monde  ancien ,  où  l'on  rexrouvc  cet  enfemblc  de  con- 
noiflanccs ,  qui  toutes  fe  fuppofenç  néceflairement.  L'ignorance 
la  plus  groiîiere  eft  toujours  mêlée  aux  idées  les  plus  philofo- 
phiques  ,  aux  découvertes  les  plus  ingénieufe^  .  faudroit  fup- 
pofer  qu'une  partie  de  ces  cojonoiflaiîccs  a  péri  ,  tandis  que 
l'autre  a  été  confervée  :  c'eft  ce-  qitî"  n'eft  nullement  vraifem- 
blable.  Certaines  opinions  peut-être,  telles  que  celles  du  mou- 
vement de  la  terre  autour  du  foleil,  èc  de  la  terre  autour  de  fon 
axe,  peuvent  tomber  dans  l'oubli,  parce  qu'elles  s'élèvent  hors  de 
la  portée  des  vues  ordinaires,  parce  qu'elles  paroiflent  ifolées  &C 
fans  appui  ;  mais  ce  qui  conftituc  le  corps  de  la  fcience  ,  les 
idées  qui  font  fuite  s'enchaînent  ôc  fe  confervent  mutuellement. 

Elles  ne  peuvent  fe  perdre  que  par  quelque  grande  ré- 
volution qui  détruit  les  hommes  ,  les  villes  ,  les  connoif- 
lanccs ,  Se  ne  laifle  que  des  débris.  Tout  concourt  à  prouver 
que  cette  révolution  a  eu  lieu  fur  la  terre.  Il  a  exifté  une  Af 
tronomie  perfeclionnée  à  un  degré  que  l'on  ne  peut  pas  fixer  , 
mais  dont  quelques  traditions  font  concevoir  une  grande  idée  1 

Hij 


e  HISTOIRE  DE  L'ASTRONOMIE. 

Depuis  les  Chaldéens  on  peut  fuivre  le  fil  des  progrès  de  l'Af- 
tronomie;  au-delà  on  ne  trouve, pour  ainfi  dire, que  des  défères, 
des  fieeles  de  ténèbres  &  de  barbarie.  Mais  les  traditions  que 
ces  fiecles  ont  laifTé  fubfifter  dans  la  mémoire  des  hommes  , 
font  les  reftes  précieux  de  cette  ancienne  Aftronomie  détruite 
que  nous  allons  recueillir  dans  le  livre  fuivant. 


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I  R  E 


B  E     r  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E     A  N  C  ï  E  î:  N  E- 


LIVRE       TROISIEME. 


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De  l'Afironomie  Antédiluvienne. 

§.      premier/ 

I^Ous  entendons  par  l'Afti-onomic  antédiluvienne,  la  plus 
ancienne  dont  nous  ayons  connoiflancc.  Ce  n'eft  pas  que  les 
faits  où  l'hiftoire  en  établiffent  l'époque  précife  ,  ôc  puiflcnt 
faire  juger  d'une  manière  inconteftable  ,  fi  elle  doit  être  placée 
au  tems  des  premiers  hommes  ,  c'eft-à-dire ,  des  patriarches 
qui  vivoient  fur  la  terre  avant  la  deftru£tion  terrible  du  genre 
humain  ;  mais  inftruits  de  la  date  de  cet  événement  mémo- 
rable ,  renfermée  par  les  chronologiftes  facrés  dans  des  bornes 
dont  nous  avons  choifi  la  plus  reculée ,  nous  devons  regarder 
les  faits  d'une  antiquité  plus  haute  ,  les  connoiffances  qui  n'ont 
pu  être  acquifes  depuis,  &  dans  la  durée  d'un  monde  en  quelque 
façon  fi  jeune  encore ,  cofiuiie  des  faits  qui  ont  précédé  le 
déluge. 


<îi  HISTOIRE 

§.     I  I. 

Nous  avons  die  que  rAftronomie  ancienne  &C  orientale 
n'offroit  que  les  débris  des  découvertes  d'un  peuple  antérieur 
aux  peuples  connus  les  plus  anciens.  On  pourroit  revendiquer 
en  fa  faveur  les  méthodes  fans  principes  que  pratiquent  à 
l'aveugle  aujourd'hui  les  Indiens,  les  inventions  aftronomiques 
des  Chaldéens  &  des  Chinois ,  &  prefque  généralement  toutes 
les  idées  philofophiqucs  qui  ont  illuftré  les  nations  favantes  de 
l'Afic.  Si  nous  voulions  rendre  à  ce  peuple  tout  ce  qui  peut  lui 
appartenir ,  il  faudroit  peut  -  être  dépouiller  tous  les  anciens 
peuples ,  &;  les  réduire  prefqu'abfolument  au  mérite  de  l'adop- 
tion. Le  détail  des  preuves  &  des  probabilités,  qui  nous  portent 
à  le  penfer,  feroit  d'une  trop  longue  difcuilion.  Nous  nous 
contenterons  de  les  indiquer  dans  la  fuite  de  cet  ouvrage  ,  en 
faifant  l'hiftoire  des  nations,  à  qui  l'on  a  fait  honneur  de  ces 
inventions  ;  &  nous  nous  bornerons  ici  à  rapporter  les  prin- 
cipaux faits  qui  peuvent  donner  une  idée  de  cette  Aftronomie 
fi  ancienne  Se  fi  pcrfe£lionnéc. 

§.      III. 

Cette  Aftronomie  avoir  la  connoifi^ance  des  fept  planètes , 
puifqu'clle  a  impofé  leurs  noms  aux  jours  de  la  femaine.  C'eft 
peut-être  la  preuve  la  plus  fingulierc  &  de  l'antiquité  de  l'Af- 
tronomie  ,  &  de  l'exiftence  de  ce  peuple  antérieur  à  tous  les 
autres.  Ces  planètes,  qui  préfidoient  aux  jours  de  la  femaine, 
étoient  rangées  fuivant  un  ordre  qui  fubfifte  encore  parijii  nous. 
C'efi:.  d'abord  le  folcil ,  enfuite  la  lune,  mars,  mercure,  Ju- 
piter,  venus  ôc  faturne  (*).  Il  fe  retrouve  le  même  chez  les 

(*)   La    femaine  comnienijoit  chvZ  les  ce    premier   jour    cft    arbitr.iirc  :    mai?  ce 

Égyptiejis   le  jour  de  fatarne ,  le  famedi ,  c]ui  doit  étonner,  c'eft  que  l'ordre  des  pla- 

cne?,   les   Indiens    le  vendredi,  chez  nous  iictes  ijui  piclîdent  à  cesjouts  foit  invariable 

elle  commence  le  dimanche  ,  le  choix  de  6:  par-tout  le  même. 


DE     L'ASTRONOMIE,  (^3 

anciens  Egyptiens ,  chez  les  Indiens  &c  chez  les  Chinois  {a).  Cet 
ordre  n'cft  point  celui  de  la  dift.incc  ,  de  la  grandeur  ,  ni  de 
l'éclat  des  plancres.  C'cft  un  ordre  qui  paroit  arbitraire  ,  ou  du 
moins  qui  cil  fondé  fur  des  raifons  que  nous  ignorons.  On 
peut  dire  qu'il  cft  impollîblc  que  le  hafard  ait  conduit  féparé- 
nent  ces  trois  nations,  d'abord  à  la  même  idée  de  donner  aux 
jours  de  la  femaine  le  nom  des  planètes  ,  enfuite  à  donner  ces 
• 'Oms  fuivant  un  certain  arrangement,  unique  entre  une  infinité 
d'autres.  Le  hafard  ne  produit  point  de  pareilles  rcflcmblances. 
Quelques  favans  voudront  trouver  ici  une  preuve  de  la  pré 
rendue  communication  entre  les  Egyptiens  6>.  les  Chinois: pour 
rious  qui  lommes  pcrfuadés  que  cette  communication  n'a  point 
cxifté  ,  nous  n'y  verrons  qu'une  démonftration  de  l'cxiftence  de 
cet  ancien  peunlc  détruit ,  dont  quelques  infbitutions  ont  pafîe 
à  Tes  lucccfreurs.  Ces  inftitutions  fe  retrouvent  chez  des  peuples 
placés  à  de  grandes  diftances  fur  le  globe  ,  on  en  doit  conclure 
qu'ils  ont  la  même  origine.  Alais  cette  origine  où  ils  ont  éga- 
lement puifé  l'idée  de  donner  les  noms  des  planètes  aux  jours 
de  la  femaine;  l'Aftronomie,  qui  a  fourni  cette  idée,  font  d'une 
grande  antiquité,  puilque  ces  peuples  eux-mêmes  font  très- 
anciens  fur  la  terre. 

§.     I  V. 

Les  traces  de  l'Aftronomie  Ce  retrouvent  principalement 
dans  la  melure  du  tems.  Ce  fut  le  premier  befoin  de  la  fociété 
civile.  Se  le  premier  ufage  de  l'Aftronomie.  On  compta  d'a- 
bord par  des  jours  ou  par  des  foleils ,  enfuite  par  des  mois  ou 
des  lunes,  lorfquc  la  révolution  de  cette  planète  fut  découverte. 


(a)  Hérodote,  Lia.  II.  M.  le  Gentil,  Mcrnoiies  de  l'Acadénuc 

Martini.  Hift.  de  la  Chine ,  tome  I ,  p.  54.       des  Sciences  pour  1775, 


,'-4  HISTOIRE 

Aialî  Ton  peut  iitrc  lur  que  ces  deux  mcfures  du  tems  ont 
été  connues  avant  le  déluge  ,  puifqu'elles  font  d'ufage  nécef- 
laire ,  les  fondcmcns  Se  les  fubdiviGons  de  toutes  les  autres. 
On  voit  même  par  un  pafKige  de  Suidas  qu'il  y  avoit  alors 
uy\c  année  lunaire  de  trois  cens  cinquante-quatre  jours  ,  huit 
heures  (a) ,  &  Moïle  nous  apprend  dans  la  genèfe  que  l'année 
étoit  partagée  en  douze  mois  de  trente  jours.  En  parcourant 
l'hiftoire  des  différentes  nations  ,  nous  en  trouverons  plufieurs 
qui  ont  eu  ainlî  à  la  fois  deux  années  de  forme  différente. 
L'année  lunaire  a  été  en  ufage  chez  prefque  tous  les  peuples  ; 
il  efi:  naturel  qu'elle  ait  fon  origine  chez  les  premiers  hommes 
qui  ont  cultivé  l'Aftronomie.  Elle  étoit  fins  doute  civile  6c 
chronologique  ;  l'année  folairc  étoit  rurale. 

§.     V. 

De  l'obfcrvation  des  mouvemens  de  la  lune,  2c  peut-être 
de  celle  des  éclipfes  ,  ces  anciens  aftronomes  déduilirent  la 
période  qui  a  été  nommée  chaldaïque  ,  parce  qu'on  en  aitri- 
buoit  l'invention  aux  Chaldéens  :  cette  période  de  deux  cens 
vingt-trois  mois  lunaires  ,  qui  ramené  les  conjonclions  du  foleil 
&  de  la  lune  ,  à  la  même  diflance  de  l'apogée ,  èc  du  nœud 
de  cette  dernière  planète,  &:  prefqu'au  même  point  du  ciel  (/5).  Si, 
comme  nous  n'en  doutons  point ,  cette  période  a  fervi  de  me- 
fure  pour  le  tems ,  avant  le  déluge  ,  on  n'en  ignoroit  pas  les 
avantages.  Ceux  qui  l'ont  inventée  connoiffoient  donc  allez 
bien  alors  le  mouvement  de  la  lune ,  même  fon  mouvement  à 
l'égard  de  l'apogée  &.  du  nœud  ,  &.  dans  cette  fuppofition  on 
ue  peut  leur  refufer  toutes  les  connoillances  détaillées  dans  le 
livre  précédent  :  connoifîanccs  qui  forment  une  Aftronomie 


(a)   Infrà,  Éclaire.  Liv.  I.  i.    li.  (i)  Infra ,  Éclaire.  Liv.   I.  §.  ij. 

déjà 


DE     L'ASTRONOMIE.  (fy 

déjà  fort  avancée  pour  ces  premiers  tems.  Cependant  pour  ne 
rien  ôcer  injuftemenc  aux  Chaldéens  ,  à  qui  cette  période  efl: 
atn-ibuéc  par  plufieurs  auteurs  ,  nous  penfons  que  les  anciens, 
dont  il  eft  queftion  ici ,  ne  connurent  point  l'inégalité  du  mou- 
vement de  la  lune  ,  ni  par  conféquent  ion  apogée ,  de  que , 
conduits  à  la  découverte  de  cette  période  par  robicrvation  des 
écliples  de  lune,  ils  ne  lui  connurent  que  la  propriété  de  ra- 
mener les  mêmes  éclipfes  ,  c'eft-à-dire,  des  éclipfes  de  la  même 
grandeur  ,  &L  à-peu-près  aux  mêmes  points  du  ciel. 

Il  manque  à  cette  période  un  avantage, c'eft  celui  d'accorder 
les  mouvemcns  du  foleil  èc  de  la  lune  ,  &  de  ramener  les  nou- 
velles 6c  les  pleines  lunes  au  même  jour  de  l'année  folairc  de 
365  jours.  Si  la  nouvelle  lune  eft  arrivée  le  premier  du  mois  , 
après  213  mois  lunaires  ,  elle  arrivera  l'onzième  jour  du  même 
mois.  Dans  ces  tems  anciens  oli  les  néoménies  étoient  l'époque 
des  fêtes  &:  des  facrifîces  ,  une  période,  qui  les  ramenoit  à  un 
jour  fixe  de  l'année  folairc ,  étoit  utile.  Il  ne  fut  pas  difficile  de 
s'appercevoir  que  puifquc  les  nouvelles  lunes  rctardoicnt  d'en- 
viron î  I  jours,  en  ajoutant  i  2  mois  ou  une  année  lunaire 
de  3  5 4  jours  ,  elles  retarderoient  d'une  année  folaire  entière, 
&.  qu'au  bout  de  i  9  de  ces  années  les  nouvelles  lunes  revien- 
droient  à  très-peu  près  aux  mêmes  jours.  Ils  eurent  donc  deux 
périodes,  l'une  de  18  ans  Se  i  i  jours,  qui  fervoit  pour  les 
éclipfes ,  l'autre  de  i  9  ans  pour  indiquer  les  fêtes  &c  les  facri- 
fices.  Cette  dernière  période  eft  celle  qui  rendit  Meton  fi 
célèbre  dans  la  Grèce.  Nous  reculons  ici  fon  origine  ,  nous 
l'attribuons  aux  premiers  hommes  ,  parce  qu'elle  ie  trouve  chez 
une  infinité  dépeuples,  Coptes,  Chaldéens,  Arabes,  Indiens, 
Chinois  &  Tartares.  L'idée  de  cette  période  n'eft  point  au 
nombre  de  ces  idées  fimples  &.  premières  qui  appartiennent  à 
tous  les  hommes  ;  &  un  ufage  fi  général  annonce  une  fourçe 

I 


66  HISTOIRE 

commune,  qui  ne' peut  être  que  l'Aftronomie  antédiluvienne. 

§.     V  I. 

i  -Ces  connoiflances  accordées  ici  aux  premiers  hommes  n'ont 
rien*^d'étonnant ,  quand  On  confidere  celles  qui  réfultcnt  de  la 
grande  année  ou  de  la  période  aftronomique  de  fix  cens  ans  , 
que  Jofeph  attribue  aux  patriarches  ,  &c  qui  eft  indubitablement 
leur  ouvraî^e  (a).  Une  période  aftronomique,  quand  il  s'agit 
d'un  aftre  feul ,  eft  le  tems  qu'il  employé  à  parcourir  le  cercle 
qu'il  décrit.  Quand  il  s'agit  de  plufieurs  aftres  ,  la  période  de 
leurs  mouvemcns  combinés  eft  le  tems, qui  s'écoule  depuis  qu'ils 
font  tous  partis  du  même  point, ou  de  certains  afpecfts,  jufqu'à 
ce  qu'ils  reviennent  au  même  point,  ou  aux  mêmes  arpe£ls. 
On  voit  que  cette  efpece  de  période  doit  comprendre  exacte- 
ment un  nombre  de  révolutions  complettes  de  chacun  de  ces 
aftres.  La  grande  année  de  fix  cens  ans  doit  être  une  période 
de  ce  genre.  Car  les  anciens  appeloient  année  une  révolution 
quelconque,  foit  d'une  ou  de  plufieurs  plg^netes  {S).  Ils  appe- 
loient grande  année  celle  qui  embraftbit  un  plus  long  inter- 
valle. Le  célèbre  Dominique  Caifini  eft  le  premier  qui ,  ayant 
fait  attention  au  récit  de  Jofeph ,  fut  frappé  de  la  juftefte  de 
cette  période,  &  des  conclufions  qu'on  en  pouvoir  tirer  fur  la 
longueur  de  l'année  au  tems  des  patriarches.  Il  trouva  que 
7411  révolutions  lunaires  de  29M  1''  44'  3  (c),  faifoient 
2  I  9  I  4<j  jours  èc  demi ,  &:  ce  même  nombre  de  a  i  9  i  46  & 
demi  donnent  600  années  folaires  de  365^  5  51'  3  6''  ;  durée 
qui   ne  diffère  pas  de   trois  minutes  de   celle  qu'on   obferve 

(<j)/n/rà, Éclaire.  Liv.  II ,  §.   5  &  Aiiv.  les   fécondes  par  "  ,  les  tierces  par  '"  ,  6v. 

(.i)  Infra  ,  Liv.  IX.  §.   ly.  Édaircifle-  ainfi    19'   ii''  44'  3''   iîgnificnt  vins^c-neuf 

mens  ,  Lib.  VIII.  jours  douze  heures  cjuavantc-cjuatre  niinuies 

(c)  On  marque  les  minutes  par  un  ',  trois  fécondes. 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  è'i 

aujourd'hui.  C'ccoic  beaucoup  pour  ces  cems  anciens.  On 
verra  qu'Hipparque  ôc  Ptolcmée,  aftronômes  bien  poftérieurs , 
ont  commis  des  erreurs  plus  grandes.  Alais  ce  n'eft  pas  tout  ; 
il  cft  plus  qu'incertain  fi  cette  différence  de  moins  de  trois 
minutes  efl:  l'effet  de  l'erreur  des  obfcrvations.  On  foupconne 
que  l'année  étoit  alors  plus  longue  qu'elle  ne  l'eft  aujour- 
d'hui (a),  ôc  fi  cette  différence  eft  due  à  quelque  dimi- 
nution dans  la  durée  de  la  révolution  folaire  ;  il  faut  avouer 
que  cette  détermination  ,  fî  exacle  &  iî  précife  de  la  durée 
qu'elle  avoit  alors  ,  fait  intiniment  d'honneur  à  l'Aftronomie 
antédiluvienne. 

§.     VII. 

O  N   deiTianiera  comment  cette  période  a  été  découverte  ; 
on  ne  peut  y  parvenir  que  de  dcu:<  manières.  Par  des  obfcrva- 
tions iuivies,  ou  par  les  connoillances  d'une  Aftronomie  long- 
tems  cultivée  6c  fuffifamment  perfectionnée.  Les  hommes  de 
ces  tems  anciens  ont  commencé  certainement  par  le  premiet 
de  ces  moyens.  Nous  ne  pouvons  douter  que  l'on  n'eût  alors  des 
divifions  du  jour  quelles  qu'elles  fuffent.  Comme  on  étoit  fort 
attentif  à  l'obfervation  des  nouvelles  8c  des  pleines  lunes  ,  on 
marquoit  le  jour  &  le   moment  du  jour  où  elles  arrivoicnt. 
En  luppoiant  de  la  fuite  dans  ces  oblervations ,  on  remarqua 
que  ces  phénomènes  ne  rcvenoient  au  même  jour  de  l'année 
qu'au  bout  d'un  certain  intervalle  de  tems ,  qui  étoit  de    i  9 
ans  ;  enfin ,  lorfque  600   ans  ou  deux  fois    600   ans  furent 
écoulés ,    on  put  reconnoîtrc  que  les  nouvelles  ou  les  pleines 
lunes  après  fix  fiecles  revenoient  non-feulement  au  même  jour, 
mais  à  la  même  heure.  C'eft-à-dire,   que  fi  la  nouvelle  lune 


(  a  )  Infra  ,  ÉdairciiTcmcns ,  Livre  II ,  §,  1  e. 


é%  HISTOIRE 

ëtoit  arrivée  le  premier  Janvier  à  midi ,  elle  ne  fe  retrouvoit  le 
premier  Janvier  à  midi ,  qu'au  bout  de  600  ans.  Cette  voie 
femble  la  première  qui  a  dû  fe  préfenter ,  &  la  plus  conforme 
a  la  fimplicité  de  ces  premiers  tems.  Les  hommes  ont  mené 
longtcms  une  vie  errante  &;  paftoralc.  C'eft  dans  leurs  courfes  , 
dans  leurs  veilles  fouvcnt  néceflaircs ,  que  l'Aftronomie  a  été 
fondée  par  des  obfervations  peut-être  grolTiercs ,  mais  qui  furent 
la  bafe  des  premières  déterminations.  Avant  l'écriture  alpha- 
bétique ,  ils  avoient  des  figncs  hiérogliphiques  ,  de  quelqu'ef- 
pece  qu'ils  fuflent ,  pour  défigner  les  faits  dont  ils  vouloient 
confcrver  la  mémoire.  Ils  s'en  fervoient  pour  écrire  leurs  ob- 
fervations. Leurs  regiftres  étoient  des  pierres  fur  Icfquelles  ces 
obfervations  étoient  gravées  ,  &  qu'ils  laiflbient  dans  le  lieu 
même  où  ils  avoient  obfervé.  Enfuite,  après  de  longues  années, 
lorfque  le  hafard ,  ou  le  befoin  les  ramenoit ,  eux  ou  leurs  def- 
cendans,  au  même  lieu,  les  nouvelles  obfervations  étoient  com- 
parées aux  anciennes.  C'eft  ainfi  que  des  peuples  nomades 
purent  arriver  à  des  conclufions  aftronomiques ,  indépendantes 
de  la  connoiflance  des  méridiens ,  &;  telles  qu'elles  auroient  eu 
lieu  dans  un  obfervatoire  fixe.  Cependant  la  civilifation  s'é- 
tablit ,  on  fonda  des  villes,  l'art  de  fabriquer  le  fer  bL  le  cuivre 
fut  découvert,  on  inventa  quelques  inftrumens  de  mufique  {a).  La 
même  induftrie  fut  appliquée  aux  fciences  ,  &  on  peut  fuppofer 
que  l'Aftronomie  eut  auffi  des  inftrumens,  tels  que  le  gnomon, 6c 
la  fphere  compofée  de  cercles  de  cuivre, que  nous  avons  décrite 
dans  le  livre  précédent.  Alors  de  meilleures  obfervations  pu- 
rent donner  des  réfultats  plus  exacts.  L'enfemble  des  faits  que 
nous  avons  fous  les  yeux ,  &:  les  plus  grandes  probabilités  nous 
forcent  d'attribuer  au  peuple ,  qui  nous  occupe  maintenant , 

|^«)  Ccnefc,  «.  4j  V.  J7,  il,  n. 


DE      L'ASTRONOMIE.  6j 

une  infinité  d'idées  philofophiques  &  de  découvertes  fingu- 
liercs.  En  conféquence  nous  jugeons  qu'il  a  pu  parvenir  à  con- 
noître  aflcz  bien  les  révolutions  du  folcil  &:  de  la  lune  pour  dé- 
couvrir même  par  le  calcul  la  belle  période  de  600  ans. On  peut 
donc  expliquer  la  découverte  de  cette  période  attribuée  aux 
plus  anciens  habitans  de  la  terre ,  ou  par  la  confiance  de  leurs 
obfervations ,  ou  par  une  Aftronomie  perfectionnée  qu'on  ne 
peut  guère  leur  refufcr. 

§.     V  I  I  I. 

Cette  période ,  cette  longueur  exacle  de  l'année  de  3  <j  5-' , 
5  ,  51  ,  36'',  exigeoit  des  intcrcalations.  L'année  étoit  fans 
doute  de  douze  mois  de  trente  jours,  avec  cinq  jours  ajourés  à 
la  fin  du  dernier  moisjfuivant  l'ufage  de  plufieurs  nations , ufage 
qui  paroît  avoir  été  général  dans  l'orient.  Mais  600  ans  de 
365  jours  ne  font  que  219000  jours,  la  période  en  con- 
tient 219146  ,  il  y  en  a  voit  donc  146  intercalés  d'une 
manière  quelconque.  L'intercalation  la  plus  naturelle  ,  &  celle 
qui  fut  certainement  pratiquée  ,  eft  l'intercalation  d'un  jour 
tous  les  quatre  ans ,  celle  qui  fublille  encore  dans  notre  année 
biiTextile.  Elle  eft  de  la  plus  haute  antiquité  à  la  Chine  ,  elle 
cft  connue  des  Indiens, on  en  trouve  des  traces  jufqu'cn  Egypte. 
Nous  ne  nous  laûTons  point  de  répéter  que  les  mêmes  méthodes 
pratiquées  chez  difFérens  peuples  ,  doivent  avoir  une  fource 
commune  ;  &  comme  nous  avons  ici  befoin  d'une  intercala- 
tion  ,  il  eft  naturel  de  fuppofer  celle  que  l'on  retrouve  chez  ces 
difFérens  peuples.  En  lifant  la  fuite  de  cet  ouvrage  ,  on  fe  con- 
vaincra que  l'Aftronomie  de  ces  premiers  tems  eft  la  fource 
commune  oii  les  anciens  peuples  ont  puifé  ,  ou  plutôt  d'oii 
étoient  forties  la  plupart  de  leurs  connoifTances.  L'intercalation 
d'un  jour  tous  les  quatre  ans,  au  bout  de  600  années  auroit 


7.0,  H  I  S  T   O  IRE 

fait,  4  5  o  jouis  jccijî me  il  i\çn  iVJioit  ijUtj.^  40,'  ily  a  appaa  ace 
qu.e  fous  les  i  50  ans  on  fupprlmojc  un  jour  iaccrcalaire,  ou 
s'il  eil;  permis  d'ulcr  de  ce  mot  une  année  bilîcxtile  ,  comme 
nous  faKons  aujourd'hui  tous  les  100  ans.  Ces  i  50  ans  deve- 
noienc  une  elpece  de  période  .dont  nous  pourrons  retrouver 
quelques  tracer  ailleurs. 

§.      I  X. 

Nous   foupçonnons  que  la  propriété   connue  du  nombre 
fexagélîmal,  qui  a  beaucoup  xle  divileurs,  &  qui  par  conféquenc 
cft  très -commode  pour  le  calcul  ,   fut  la  fourcc  d'une  infinité 
d'ufages  &  de  périodes.   L'univerlalité  de  ces  ufages  porte  à 
croire   qu'ils  ont  une   fourcc  unique.   Les  anciens  étendirent 
cette  diviûon  à  tout ,  au  rayon  du  cercle,  au  cercle  même  qui 
eut  d'abord  60,  eniuitc  360  degrés.    On    partagea  le  jour, 
&C  fucceilivcment   toutes  les   lubdivilions   en    60  parties.    On 
établit  en  montant  la  même  progreiïion  qu'on  avoit  fuivie  en 
delcendant  ;  &:  de  même   qu'un  jour   pouvoit    être  conlidéré 
comme  une  période  de  60  heures,  une  heure  comme  une  pé- 
riode de  60  minutes,  on  compofa  la   période   de   60   jours 
dont  fe  font  fervis  les  Tartares  6c  les  Chinois,  &c  la  période 
de  60   ans  dont  l'ufacrc  fut  p-énéral  dans  l'Afie.  Le  luftre  des 
Romains  pourroit  bien  avoir  la  même  origine.  Ccnforin  (a)  le 
range  au  nombre  des  périodes  ^.ri^clécs gran(Jes  années.  Ce  feroit 
une  période  de  60  mois,  intermédiaire  entre  celle  de  60  jours 
de  celle  de  60  ans.  Quand  on  rétléchit  fur  l'ufage  prefqu'uni- 
vçriel  du  nombre  fexagéfimal  ;  quand  on  voit  la  période  de  60 
ans  connue  à  Babylone ,   employée  de  tout  tems  dans  la  chro- 
nologie ,  aux  Lides  ,  à  la  Chine  ;  la  période  de  3  (j  00  ans  éga- 

.    (a)  De  die  natali ,  c.  18.  Mémoires  de  l'Académie  des  Infc.   T.  XXIII,  pag.  Si. 


DE      L'ASTRONOMIE.  71 

lement  connue  à  Babylonc  ,  de  Ion  ulagc  aftronomiquc  établi 
chez  les  Indiens,  la  période  de  fix  cens  ans  célébrée  par  Jofeph , 
dont  nous  montrons  que  l'établiflement  a  précédé  le  déluge , 
'&C  dont  un  fouvcnir  fans  uGge  s'étoit  également  confcrvé  dans 
la  Chaldée  ;  quand  on  confidere  que  ces  peuples,  &:  fur- tout 
les  Indiens  ,  n'ont  rien  ou  prelque  rien  inventé ,  on  ne  peut 
s'empêcher  de  penfer  que  toutes  ces  connoiflances  ,  où  la  pro- 
priété du  nombre  fexàgéfirnal  irriprime  un  caractère  d'unifor- 
mité ,  font  l'ouvrage  d'un  feul&  même  peuple  ;  connoiflances 
dépofées  dans  diïFérens  monumens  durables,  &  que  les  hommes 
fe  font  depuis  partagées.  Ici  l'ignorance  n'en  a  gardé  que  la 
mémoire;  là  une  intelligence  acllve  a  fu  en  retrouver  l'utilité. 
Mais  de  ces  uiages  commims  à  tous  les  peuples  de  l'Afie, 
faudroit-il  conclure  qu'il  y  a  eu  dans  les  tem's  les  plus  recules, 
entre  tous  ces  peuples  ,  une  communication  libre  êc  facile  ; 
communication  qui  feroit  contraire  aux  idées  que  Ton  puife 
dans  les  anciens  hiftoriens ,  aux  myfteres  dont  ces  peuples  en- 
veloppoient  leurs  connoiflances  ,&  fùr-tout  à  la  mnniere  dont 
ils  vivoicnt  ifolés  ;  ignorant  toute  hiftoire.,qviî"n'''éfô;,t  pas  la 
leur,  &  ne  connoiiFant  leurs  voifnis  que  par  la' guerre.  Les 
Grecs  font  peut-être  les  premiers  dont  l'avide  curiofité  ûit  par- 
couru l'univers  pour  s'enrichir  des  idées  étrangères.  Nous  pen- 
fons  que  cette  communication  libre  6ç  très -ancien  ne  cïl  plus 
difficile  à  admettre  que  le  peuple  antérieur  &  éclairé  que  nous 
fuppolons  ici.  Mais  il  l'on  n'admet  pas  cette  communication, il 
faut  néceflairement  conclure  que  les  périodes  femblablcs  que 
nous  retrouvons  dans  difl^érens  pavs',  &  fur-tout  Tufatre  uni- 
verfel  du  nombre  fexagéfimal ,  dépofe  de  l'exiflence  de  ce  peuple 
éclairé  ,  antérieur  au  déluge  ,  &  l'inflrituteur  de  tous  les  peuples 
de  l'orient;  peuples  qui  n'ont  été  que  dépofitaires,  jufqu'à  ce  que 
le  génie  de  l'Europe  vînt  reprendre  le  fil  des  idées  aftronomiques. 


71  HISTOIRE 

§.      X. 

On  juge  bien  qu'une  Aftronomie  qui  étoic  en  pofTefîlon  de 
la  connoillance  cxadle  du  mouvcmcnc  du  foleil  &  de  la  lune, 
a  dû  faire  quelque  diftnbution  des  étoiles.  Ainfi  les  premières 
coaftellacions  ont  cette  antiquité.  On  comparoic  la  lune  à  ces 
points  fixes  ,  &:  fa  révolution  fidérale  bien  connue  de  1 7^ 
8*^  environ,  a  été  même  une  des  mefures  du  tems(a).  On 
ne  peut  douter  que  la  divilion  du  zodiaque  en  vingt  -  fept 
ou  vingt-huit  conftellations  n'ait  été  connue  alors  ;  d'abord 
parce  qu'elle  fe  retrouve  chez  tous  les  peuples  ,  enfuite 
parce  que  la  divifion  du  zodiaque  en  douze  fignes  ,  qui  ne  peut 
être  que  poflérieure  (^) ,  nous  paroît  devoir  remonter  au  delà 
du  déluge..  Qu'on  nous  permette  ici  quelques  réflexions  fur  ces 
deux  différentes  divilions  du  zodiaque  ,  l'une  relative  au  mou- 
vement de  la  lune ,  l'autre  au  mouvement  du  loleil.  On  ne 
peut  pas  dire  que  l'idée  de  partager  le  zodiaque,  comme  l'année 
en  douze  parties,  foit  une  de  ces  idées  fimples  &C  naturelles, 
qui ,  dans  tous  les  tems  6c  dans  tous  les  lieux ,  ont  du  fe  pré- 
fenter  d'abord  à  l'efprit  humain-  La  divifîon  du  zodiaque  en 
vingt-fept  ou  vingt-huit  parties  cil  du  même  genre  ,  &  ce  feroic 
déjà  une  conformité  très-  finguliere  que  celle  de  deux  peuples 
placés  à  de  grandes  diftances  fur  le  globe  qui  auroient  égale- 
ment l'une  de  ces  diviiions.  Combien  n'eft-il  donc  pas  plus 
extraordinaire  de  retrouver  ces  deux  divifions  enfemble ,  chez 
les  Arabes  ,  les  Indiens,  les  Siamois  ,  &  fur-tout  chez  les  Egyp- 
tiens &  les  Chinois  qui  ont  exifté  longtems  fans  fe  connojtre 
aux  deux  extrémités  d'un  grand  continent,  èc  qui  ne  peuvent 
avoir  rien  de  commun  que  leur  origine.  En  plaidant  l'invention 


-  (  û  )  Infrà  ,  ÉdairL-ilTcmcns ,  Liv.  I.  §.  i  J.        (  i  )  Suprà  ,  Liv.  II.  §.   i6. 

de 


DE     L'ASTRONOMIE.  73 

de  ces  deux  divillons  à  cette  origine  ,  en  la  donnant  à  un  feul 
peuple  antérieur  aux  plus  anciens  de  ces  peuples  ,  ce  qu'il  y  a 
de  merveilleux ,  de  furnaturel  même  dans  cette  conformité  , 
difparoît  ;  l'identité  des  idées  èc  des  iî\ftitutions  s'explique  na- 
turellement par  une  fource  unique  ,  &:  ces  peuples ,  fans  s'être 
connus  ni  communiqués  ,  fe  reiremblent  par  ce  qu'ils  ont  em- 
prunté à  cette  fource. 

L'ancienneté  même  de  ces  deux  divifions  les  donne  au 
peuple  antique  qui  a  précédé  tous  les  autres ,  &  nous  conduit 
à  penfer  que  ce  peuple  fut  en  eflet  la  première  fource  de  la 
lumière.  On  attribue  à  Hermès  que  Manethon  place  avant 
le  déluge  (a)  le  partage  du  zodiaque  en  deux,  quatre,  douze 
Se  trente-fix  parties.  De  ces  divifions  la  première  eft  celle  d'un 
équinoxe  ou  d'un  folftice  à  l'autre  :  la  féconde  eft  celle  qui 
a  lieu  par  ces  quatre  points:  la  troifieme  celle  des  douze  lignes: 
enfin  ,  la  quatrième  oifre  des  fubdivifions  de  ces  fignes  en  trois 
parties.  Mais  comme  l'âge  d'Hermès  &  le  témoignage  même 
de  Manethon  peuvent  lailTer  quelqu'incertitudè ,  voici  fur  quoi 
nous  nous  fondons  pour  donner  cette  antiquité  aux  fignes  du 
zodiaque. 

Eudoxe ,  aftronôme  grec ,  rapporte  que  les  folftices  &  les 
équinoxes  étoient  fixés  au  quinzième  degré  ,  c'eft-à-dire,  au 
milieu  du  bélier ,  de  l'écrevilTe  ,  de  la  balance  Se  du  capricorne. 
On  verra  que  cette  détermination  ,  rapportée  par  Eudoxe ,  eft 
antérieure  à  Ion  tems,  &  qu'elle  remonte  au  fiecle  de  Chiron  , 
vers  1353  ans  avant  J.  C  (è)  Mais  il  n'eft  nullement  vrai- 
femblable  que  ceux  qui  ont  établi  cette  divifion ,  ne  l'ayeilt 
pas  fait  commencer  aux  points  des  équinoxes  &  des  folftices 
qui   en    font  l'origine   naturelle.    Ces    quatre  points   ont   fait 


(a)  Synccle,  page  40.  (  4)  Jn/ri,  Éclaire.  Liv.  IX,  j.  3é&faiv. 

K 


74  HISTOIRE 

certainement  la  première  divifion  du  zodiaque  à  l'égard  du 
foleil  (  a  ).  Celle  des  douze  fignes  ne  font  que  les  quatre  pre- 
mières ,  divifées  chacune  en  trois.  Il  eft  évident  que  chacun 
des  équinoxes  &  des  folftices  a  dû  fe  trouver  au  commencement 
d'une  conftellacion  £i  non  au  milieu.  Ainfi  cette  diviiïon  doit 
être  antérieure  au  tems,  où  les  équinoxes  &:  les  folftices  fe  font 
trouvés  au  milieu  des  conftellations  ,  au  moins  de  1080  ans 
que  ces  points  ont  employés  pour  rétrograder  de  i  5  degrés. 
On  pourroit  donc  croire  ,  en  conféquence  de  cette  confidé- 
ration ,  que  l'équinoxe  du  printems  concouroit  alors  avec  le 
premier  degré  de  la  conftellation  du  taureau ,  &  cela  vers 
2400  ans  avant  J.  C.  Mais  fl  d'un  côté  une  foule  de  témoi- 
gnages &  quelques  obfervations  prouvent  que  3000  ans  avant 
J.  C,  les  conftellations  des  pléiades  &;  du  taureau  étoient 
obfervées,  les  fignes  du  zodiaque  connus  {  b  )  ^  èc  que  de 
l'autre  des  traditions  donnent  lieu  de  penfer  que  le  foleil  dans 
le  taureau  commençoit  l'année ,  il  en  faudra  conclure  néceflai- 
rement  que  l'équinoxe  avoit  été  placé  plus  avant  dans  l'éclip- 
tique,  ôc  cela  de  l'efpace  d'un  figne  entier,  enforte  qu'il  répon- 
doit  primitivement  au  premier  degré  des  gémeaux,  ou  du 
moins  étoit  placé  dans  les  dernières  étoiles  remarquables  du 
taureau,  telles  que  celles  qui  font  aux  extrémités  des  cornes. 
Cette  fuppofition  eft  appuyée  par  un  vers  de  Virgile  qui  femble 
le  dire  expreflement. 

Candidus  auratis  aper'u  cum  cornibus  annum 
T auras  (  c  ). 

L'équinoxe  n'a  pu  répondre  au  dernier  degré  du  taureau  que 
vers  4600  ans   avant  J.   C. ,  d'où  il  réfulte  que    la  divifion 

{  a)  Jn/rà  ,  Éclaire.  Liv.  II,  §.  ii.  (  c)  Virgil,  Géorgie,  libro  primo,  -verf. 

ib)  Jnfrà  ,  Ecl,  Li\.IX,§,  7,  8 ,  5  &  jc,       117. 


DE     L'ASTRONOMIE.  75 

du  zodiaque  a  dû  précéder  le  déluge  de  plufieursfiecles.  Quoique 
nous  ne  donnions  tout  ceci  que  comme  une  conjecture ,  elle 
paroîcra  tout-à-faic  vraifemblable  &  admiffible,  fi  l'on  fait  at- 
tention que  les  hommes  d'avant  le  déluge  n'ont  pu  connoître 
fi  exactement  les  révolutions  du  foleil  ôc  de  la  lune ,  &  la  pé- 
riode des  éclipfes ,  fans  avoir  fait  bien  d'autres  travaux  aftro- 
nomiqucs  qui  font  tout-à-fait  perdus  pour  nous.  La  divifion 
du  zodiaque  a  dû  être  un  de  ces  travaux ,  èc  la  tradition  que 
le  taureau  ouvroit  l'année,  s'étant  confervée  julqu'à  Virgile,  ce 
poète  l'a  confacrée  dans  les  vers ,  fans  doute  fans  fonger  que 
ces  apparences  n'avoient  plus  lieu  au  tems  où  il  écrivoit. 

§.      X  L 

D'ailleurs  cette  conjecture  reçoit  un  nouveau  degré  de 
probabilité  de  deux  traditions  que  nous  devons  indiquer  ici. 
L'une  eft  une  tradition  obfcure  des  Scithes  par  laquelle  il  paroît 
que  lorfque  le  ioleil  s'avançoit  vers  la  Scithie ,  lorlqu'il  arrivoit 
au  folftice ,  il  écoit  dans  le  figne  du  lion  (a).  L'autre  claire 
&:  décifive  fe  trouve  chez  les  Chinois  qui  commencent  leur 
année  au  folftice  d'hiver.  Elle  porte  que  Chueni ,  un  des  pre- 
miers empereurs  de  la  Chine ,  fixa  le  commencement  de  l'an- 
née ,  lorlque  le  ioleil  fe  trouvoit  dans  un  point  du  zodiaque 
qui  répond  au  quinzième  degré  du  verfcau  {6).  Or,  confor- 
mément à  notre  principe  inconteftable  que  les  équinoxes  Sc 
les  lolftices  ont  dû  être  primitivement  placés  au  commence- 
ment des  conftellations  ,  il  s'enfuit  que ,  lors  de  la  première 
divifion  du  zodiaque ,  le  folftice  d'été  répondoit  au  premier 
degré  du  hgne  de  la  vierge ,  &  le  folftice  d'hiver  au  premier 


(a)  Infrày  ÉcIaircilTemens ,   Livre  II,  (  i)  Martini.  Kift.  de  la  Chine,  tom.  I^ 

§.  II.  pageji. 

Ki; 


7^  HISTOIRE 

degré  des  poifTons.  Conclufion  abfolument  analogue  à  celle  que 
nous  venons  de  propofer.  Quand  nous  difons  que  les  ëquinoxes 
&  les  folftices  ont  été  placés  ainfi,  lors  de  la  première  divifion  du 
zodiaque,  c'eft  pour  ne  nous  pas  trop  étendre  dans  l'antiquité; 
car  les  faits  précédens  établifTent  feulement  que  l'équinoxe  du 
printems  ne  pouvoit  pas  être  moins  avancé  dans  l'écliptique 
que  le  dernier  degré  du  taureau  ,  mais  ils  ne  décident  point 
que  cet  équinoxe  n'ait  pu  être  placé  &  obfervé  plus  loin. 

§.      X  I  I. 

Il  n'eft  pas  poffible  que,   dans   cette  application  à  l'étude 
du  ciel ,   les   anciens  ayent  partagé  le  zodiaque ,  fans  recon- 
noître  le  mouvement  par  lequel  les  étoiles  s'avancent  le  long  de 
l'écliptique.  Indépendamment  de  ce  que  cette  connoiflance  eft 
répandue  dans  toute  l'Afie  t,  fe  retrouve  chez  les  Chinois ,  les 
Indiens  ,  les  Chaldéens  6l  les  Perfes  ,  &  que  cet  ufage  général, 
fuivant  notre  principe  ,  doit  remonter  à  une  fource  commune  ; 
nous  fommcs  fondés  à  le  penfer  par  une  tradition  des  Indiens 
que  nous  avons  recueillie.  Ils  difent  que  l'on  voit  au  ciel  deux 
étoiles  diamétralement  oppofées  ,  qui  parcourent  le  zodiaque 
en  144  ans  (a).   Ces  étoiles  oppofées   paroifTent   être   celles 
que  l'on  nomme  l'œil  du   taureau  &z   le  cœur   du  fcorpion , 
&    montrent  quelqu'analogie  entre   cette    tradition    &    celle 
des  Perfes  de  quatre  étoiles  placées  primitivement  aux  quatre 
points  cardinaux  (â).  Mais  que  fignifient  ces    144  ans  attri- 
bués à  la  durée  de  leur  révolution  ?  La  vie  d'un  homme  fuffit 
pour  démontrer  la  faulFeté  de  cette  tradition.  Les  Indiens  con- 
noiflent  la  révolution  de  ce  mouvement  des  fixes  èc  l'établiflent 


(a)  Abraham  Zachut  dans  Riccius,  tr^iciatus  de  motu  oci.fphera  ,c,  IX  ,  p.  jx, 
(i)  Supra  ^  Livre  1 ,  §.  j. 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  ï  E.  77 

de  2 4c 00  ans.  La  véritable  révolution,  déduite  de  nos  obfer- 
vations  les  plus  exactes, cft  de  25920  ans.  Il  faut  donc  croire 
que  CCS  144  années  n'étoient  point  folaires,  &  que  par  ce  mot 
il  faut  entendre  quelque  période  plus  longue.  Or,  on  trouve 
chez  les  Tartares  une  période  de  1  S  o  ans  qu'ils  appellent 
Van{a)^  144  fois  180  ans  font  précifémcnt  25920  ans. 
Nous  répéterons  toujours  que  le  hafard  ne  produit  point  de 
pareilles  reflemblances.  Les  Lidiens  ont  conlcrvc  cette  tradi- 
tion fans  doute  fort  ancienne  à  leur  égard ,  &  fans  connoître 
l'efpece  de  période  désignée  par  ces  années.  Ils  ont  mêine  de- 
puis renouvelé  ,  mais  avec  moins  d'exactitude,  la  connoifiance 
du  mouvement  des  fixes  ;  &  la  tradition,  qui  nous  a  été  tranf- 
mife  par  eux,  nous  indique  qu'ils  avoicnt  fuccédé  à  un  peuple  , 
aulîi  avancé  que  nous  fur  ce  point  important  de  l'Aftronomie. 

§.      X  I  I  L 

Nous  allons  plus  loin,  &  nous  penfons  qu'il  n'efl:  pas  im- 
poffiblc  que  l'une  des  opérations  les  plus  célèbres  de  nos  fiecles 
modernes ,  celle  de  la  mefure  de  la  terre  ,  ait  été  exécutée  dans 
ces  fiecles  reculés.  Une  probabilité  très-forte  nous  conduit  à 
cette  opinion.  Ariftote  [b]  rapporte  que  de  fon  tcms  les  ma- 
thématiciens eftimoient  le  degré  de  i  i  i  i  ftadcs  ,  &;  la  circon- 
férence de  la  terre  de  400000.  \^zs  favans  conviennent  au- 
jourd'hui que  par  ces  ftades  on  ne  peut  entendre  ni  le  ftade 
grec, ni  le  ftade  alexandrin. Le  moindre  de  ces  ftades  donneroic 
une  mefure  prefque  double  de  la  véritable  ;  les  mefures  \cs 
plus  grolîieres  ne  comportent  point  de  pareilles  erreurs. 

Par  une  évalution  du  ftade  ,  qui  nous  eft  particulière  ,  & 
que  nous  croyons  exacte, nous  trouvons  que  cette  mefure  donne 

{^a)  Infra  j  Éclaire,  Liv,  III,  j.  14.  i^b)  Dt  cxlo,  Lib.  II. 


jZ  HISTOIRE 

le  degré  de  ^7066  toifcs  ;  à  6  toifes  près  de  celui  qui 
eft  déccrminé  par  nos  mcfurcs  modernes  {^).  Précifion  bien 
finguliere  fiins  doute  ,  fi  elle  appartient  à  ces  premiers  tems. 
Savons-nous  jurqu'oii  on  y  avoit  porté  la  perfection  de  l'Af- 
tronomie  ?  Nous  n'en  pouvons  prendre  une  idée  ,  que  par 
des  connoiflances  détachées  ;  mais  l'enfemble  nous  échappe, 
&  c'eft  cet  enfemble  qui  conftitue  l'état  de  la  fcience. 
L'avantage  que  nous  avons ,  en  écrivant  l'hiftoire  de  l'Af- 
tronomie ,  eft  de  rapprocher  tous  les  faits  que  nous  avons 
préfens  devant  nous ,  &c  de  pouvoir  mieux  pefer  les  vraifem- 
blanccs  ,  lorfque  les  preuves  nous  manquent.  Cette  mefure , 
précifement  parce  qu'elle  eft  très-exacte  ,  n'eft  point  l'ouvrage 
des  Grecs  qui  ont  précédé  Ariftotc.  Nous  ne  voyons  dans 
r  Afie  aucune  des  anciennes  nations  à  qui  elle  puiiïe  appartenir. 
Ce  qu'ont  fait  les  Chinois  &  les  Chaldéens  dans  ce  genre  n'eft 
auprès  de  cette  mefure  qu'une  approximation  grolhere.  Cette  dé- 
termination, les  progrès  des  fciences  àc  des  arts  qu'elle  fuppofe, 
ne  peuvent  être  attribués  qu'à  un  peuple  inconnu  dans  l'anti- 
quité. Mais  comment  ce  peuple  feroit-il  refté  inconnu ,  s'il  avoit 
été  contemporain  des  Indiens  &  des  Chaldéens ,  lorfque  leur 
réputation  dans  la  philofophie  &  les  fciences  nous  eft  par- 
venue ?  H  faut  donc  croire  que  ce  peuple  eft  antérieur:  on  peut 
même  foupconner  que  cette  mefure  de  la  terre  fut  envoyée  de 


(  *  )  Nous  établiffcns  ce  ftade  de  j  i  toi-  de  5 1  toifcs  (  xMef.  itin.  pag.  84  ).  Ces  deux 

fes  I  pied  1  pouce  -^.  Nous  croyons  cette  évaluations  donneroient  au  degré  jyijStoi- 

évâluation  exaa.  &  Vraie  ;  mais  quand  on  f«.  Çu  y^66i  toifes;  ce  qu.  diffère  tout  au 

ne   I'adm=nro^t  pas  ,   notre   opinion   n'en  plus  de  400  toi  es  de  notre  mefure  du  degré, 

fcroit  point  ébranlée.  Ce  Ibde   étoit  déjà  Cette  cxaduude  eft  trcs-graude  &  fuffirou 

connu   avant  nous  :  M.  de  Tlfle    l'a  foup-  po^r  fonder  toutes  les  conclufions  que  nous 

çonné  {  Mêw.  AcaJ.desSc.  17^  ,  P-  éo).  e"  "tons  ici  ;  "la-s  nous  elp.rons  fa.re  voit 

M.   Freret  l'âahut  de  n  toifes  2.   pieds  t  dans  1  H.fto.re   de  1  Aftronom.e  moderne  , 

pouces  II    iioncs   (  Mém    Ac^d  des  Inf.  que  notte  valeut   du  ftade,  qui  donne  une 

tome  XXlv;pae.   504  ).  M.  DaravlUe   le  exactitude  encore  plus  «onnantc  ,  eft  pte- 

déduit  de  quelques  mefures  géographiques  terabk  à  toute  autre  evaluauou. 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  1  E.  79 

l'orient  à  Ariftote  par  Callifthenes  ,  avec  les  obfervations  de 
Babylone  ,  où  elle  avoit  été  confervée  par  la  tradition  chal- 
déenne  ,  6c  que  cette  nation  qui  n'en  connoilToit  pas  elle-même 
la  préci{ion,la  tenoit  de  ce  peuple  antéiicur  qui  a  éclairé  tous 
les  autres. 

§.     X  I  V. 

C'est  alors,  c'cll  chez  ce  peuple  que  vivoit  le  fameux 
Mercure  Trilmegjfte  des  Grecs,  le  Thaut  ou  Thoth  des  Egyp- 
tiens ,  le  Butta  des  Indiens  qui  n'efl  qu'un  feul  èc  même  per- 
fonnage  placé  à  la  fource  commune  de  ces  peuples  ,  &  que 
ces  peuples  (e  font  également  approprié.  Manethon,  qui  con- 
noifToit  parfaitement  les  antiquités  égyptiennes,  le  place  avant 
le  déluge.  Il  n'y  a  point  de  doute  que  Mercure  &  Thoth  ne 
loient  les  noms  d'un  ieul  homme.  Un  uiage  des  Indiens  nous 
fait  croire  qu'il  eft  le  même  que  Butta.  Le  quatrième  jour  de 
leurfemainc  eft  dédié  à  ce  fondateur  de  leur  philofophie,  comme 
il  l'eft  chez  les  Egyptiens  à  Thoth ,  fondateur  des  arts  les  plu: 
anciens  :  &  ce  jour  eft  également  marqué,  chez  l'un  &  chc; 
l'autre  peuple,  par  la  planète  que  nous  nommons  aujourd'luu 
Alercure  (a). 

L'inventeur  du  zodiaque  5c  de  l'année  folairc  ,  dont  le  non- 
fut  peut-être  Hercule  ,  comme  nous  le  dirons  dans  la  fuite  d( 
cet  ouvrage  ,  nous  fournit  quelques  fynchronifmes  qui  méritent 
d'être  remarqués.  Nous  avons  dit  que  la  première  divifion  du 
zodiaque  ,  qui  place  l'équinoxc  au  premier  degré  des  gémeaux, 
a  dû  être  taite  vers  l'an  4.600  ;  quelques  conjeclures  que 
nous  avons  établies  fur  la  diminution  apparente  de  l'année 
folaire  ,   femblent  placer  la  détermination  de  cette  année  de 

(û)  Mémoires  de  l'Académie  d«s  Infctip.  tom,  XXXI,  page  117. 


8o  HISTOIRE 

3  (35',  5'%  51',  3  <J  »  déduice  de  la  période  de  600  ans,  vers 
l'an  4300  ou  4400  (a).  D'autres  conjecliircs  fur  le  lieu  de 
l'apo'J-ée  du  foleil  dans  cçrtains  calculs  indiens  nous  condui- 
roient  également  à  l'an  4200  (^}. 

Diodore  de  Sicile  nous  apprend  que  l'Hercule  oriental ,  qui 
fut  le  modèle  de  l'Hercule  Grec  ,  précéda  ce  héros  de  i  o  o  o  o 
ans(<:).  Ces  loooo  ans  ne  peuvent  être  folaires  ;  nous  ne 
connoillons  point  de  traditions  confervées  pendant  un  û  long 
intervalle  de  tcms  ;  nous  foupconnons  que  ces  années  font  de 
quatre  mois.  Elles  font  d'une  cfpece  finguliere ,  il  eft  vrai; 
mais  elles  font  atteftées  par  toute  l'antiquité  ,  &  notre  fuppo- 
fition  eft  légitime.  En  conféquence  les  i  o  o  o  o  ans  Ce  réduifent  à 
3333  ans,  qui ,  étant  ajoutés  à  l'année  i  3  8  3  (i/)  où  l'on  place 
la  naiftance  d'Alcée,  fils  d'Alcmene,  furnommé  Hercule,  don- 
nent pour  époque  de  l'Hercule  oriental  l'an  47  i  6  avant  notre  ère. 
On  fent  que  ces  époques  de  la  détermination  de  l'année  folaire,  de 
la  première  divifion  du  zodiaque,  6c  du  tems  où  vivoit  l'Her- 
cule oriental,  ne  peuvent  être  eftimées  qu'à  quelques  fîecles 
près  ;  &;  la  différence  de  deux  ou  trois  fieclcs  n'empêche  pas 
qu'il  n'y  ait  une  forte  de  coïncidence  dans  ces  époques.  De 
forte  qu'on  pourroit  regarder  celle  de  l'an  4700  &:  les  fiecles 
voifins  comme  le  tems  où  l'Aftronomie  étoit  floriffante  ,  où 
ces  différentes  inventions  ont  été  faites  ^  &  les  arts  fublidiaires 
cultivés, 

§.      X  V. 

On  ne  peut  douter  que  le  peuple  qui  avoit  porté  l'Aftro- 
nomie à  ce  déféré  de  perfection  ,  n'eut  inventé  bien  des  arts 


(a)  Bailly  ,  Mém.  Acad.  Scien.   1773.  {  c  )  Hift.  U.niv.  Liv.  I  ,  feft.  l  ,  § .   13. 

{t)   Infra  ,  Éclaire.  Liv.  III.  J.  16,  (i)  M  freret ,  Def.  de  la  Chron.  'i-  (■]. 

qui 


DE     L'ASTRONOMIE.  Si 

qui  ont  été  perdus  pour  longtems ,  Se  cnfuite  renouvelés  fur 
la  terne;  tel  eft  l'ufage  de  la  bouflble  qui  cft  très-ancien  dans 
l'Alic  (cz),  ainfi  que  celui  des  clcpfidrcs  ,  &  peut-être  celui  du 
pendule  dont  les  Arabes  ont  eu  connoiflancc  [b).  Ce  peuple 
avoit  certainement  des  inftrumens  aftronomiques  qui ,  comme 
nous  l'avons  démontré  dans  le  livre  précédent ,  étoient  nécef- 
faires  pour  certaines  découvertes.  L'ufage  du  gnomon,  égale- 
ment néceflaire,  paroît  devoir  remonter  à  cette  antiquité-  Les 
anciens  obélifques  ont  été  des  gnomons.  Pline  [c)  dit  que  le 
premier  qui  lit  confbruire  des  obélifques  s'appelloit  Miftrès  ou 
Mitres  ,  qu'il  regnoit  dans  la  ville  du  foleil ,  6c  que  les  obé- 
lifques furent  appelés  ainfi  parce  qu'ils  imitoient  la  forme  des 
rayons  folaires.  Ne  pourroit-on  pas  en  conclure  que  les  pre- 
miers obélifques  ont  été  élevés  en  Ade  ,  oii  ces  monumcns  font 
très-anciens  (^),  où  il  y  avoit  des  villes  du  foleil  comme  en 
Egypte  {e)  y  èc  oii  étoit  établi  le  culte  de  Mitra  ou  du  foleil  ? 
l^cs  Lidiens  appellent  également  Mitraha  le  génie  qu'ils  font 
préfider  à  cet  aftre  (/").  Ces  conformités,  ainfi  que  l'ufige  d'o- 
rienter les  bâtimens  ,  commun  à  tous  les  anciens  peuples,  &z 
qui  n'a  pu  être  fondé  que  fur  la  connoiirancc  du  gnomon  , 
rappelle  ces  peuples  &  cet  ufage ,  à  une  fource  commune  qui 
ne  peut  être  placée  qu'au  tems  dont  nous  parlons.  Dans  la  tra- 
duction du  Shaftah  par  M.  Holwel  ,  Se  dans  une  traduction 
manufcrite  trouvée  dans  les  papiers  àc  M.  Commerfon  ,  que 
poflede  AL  de  Buffon  ,  on  voit  que  les  Indiens  reconnoiflbicnt 


(  a  )    Infrà  ,  Livre  IV  ,  §.  u.  Li;  P.  Pezton  place  le  règne  de  cette  Reine 

(i)    Voye^  l'Hiftoirc    de  rAftronomie  vers  l'an  1139  avant  J.  C.  Ant.  rétabl.  p. 

moderne.  147. 

(c)  Lib.  XXXVI,  c.  8.  (e)  Palmyre  étoit  appelée  Balbeck  ,   ou 

X  "i  )  Diodore  parle  d'une  aiguille  pyrami-  ville  du  Soleil ,  Herbelot ,  Bib.  or.  y,  181. 

dale  drelTée  par  les  ordres  de  Scmiramis,  fur  (/")   Mémoires  de  l'Académie  des  Inf- 

le  chemin  de  Babylone  ,  Lib,  II,  $.  11.  cripùons,  tom,  XXXI,  p.  1^8  ,  411 ,  4}S, 


8t  HISTOIRE 

quinze  mondes  ou  quinze  planètes.  M.  de  Buffbn  a  été  frappe 
de  cette  fingularité  ,  comme  nous  l'avons  été  nous-mêmes. 
L'antiquité  n'a  jamais  connu  que  fept  planètes.  Depuis  la  dé- 
couverte du  télefcope ,  notre  Aftronomie  moderne  en  compte 
feize ,  une  de  plus  que  les  Indiens.  On  n'en  peut  donc  conclure 
aucune  conformité  entre  leurs  opinions  &  les  nôtres.  Quelle 
feroit  la  planète  qu'ils  auroient  rejetée  de  ce  nombre  ?  D'ail- 
leurs la  connoiflfance  des  fatellitcs  de  Jupiter  de  de  faturne  fup- 
poferoit  celle  du  télefcope  ;  &:  quelqu'avancée  qu'eût  été  l'Af- 
tronomie  à  cette  époque  ,  nous  n'olons  pas  lui  attribuer  une 
découverte  qui  auroit  dilparu  de  defTus  la  terre  ians  laifler  au- 
cune trace;  à  moins  que  l'on  ne  fuppofe  que  ces  longs  tubes, 
dont  Hipparque  a  dû  faire  ufage ,  6c  que  l'on  retrouve  à  la 
Chine  (û),  ne  foit  un  refte  de  cette  ancienne  invention;  de 
que,  l'arc  de  tailler  les  verres  &  de  les  polir  s'étant  perdu  ,  la 
tradition  n'ait  confcrvé  que  l'ufage  des  longs  tubes  ,  qui  fer- 
voient  alors  dans  les  obfervations  à  écarter  les  rayons  la- 
téraux (*). 

§.     X  V  L 

Il  eft  peut-être  encore  quelques  opinions  des  anciens  qui  bien 
pefées  pourroient  faire  foupçonner  l'ufage  ansérieur  du  télef- 
cope.   La  première  eft  celle  de  quelques  philofophes  qui  re- 


(  *  )   M.  le  Comte  de  Cailus ,   dans  les  Si  les  télefcopes  avoicnt  été  connus  du  tems 

Mémoires  de  l'Académie  des  lafcriptions  ,  de  Strabon  ,  comment  les  autres  Ecrivains 

foupçonne  que  l'ufage  des  lunettes  ou  des  n'en  auroient-ils  rien  dit  ;   Il  faudroic   un 

télclcopesa  pu  être  connu  des  anciens.  C'eft  partage  bien  clair  Se  bien  pofitif  pour  éta- 

un  partage  de  Stiabon ,  qui  lui  a  fait  naître  blir  ce  fait,  malgré    le    filence   abfolu  & 

ce  foupçon.  I!  s'agit  d'expliquer  la  grandeur  général  des  anciens  ;  ou  bien   il  faudroit 

des  aftres  à  l'horifon.  Voici  le  palfage  tel  luppofer  que  Strabon   rapportoit  une    an- 

qu'il  l'a  traduit.  Les  vapeurs  font   le  même  cicnne  explication  qu'il  n'entendoit  pas  lai- 

«ffet  que    les    tubes  ;  elles   augmentent   les  même 
apparences   des    objets.  Strabon.   Lib.  III ,  (  a  )    Voye^  l'Hiftoire    de   l'Altronomit 


Hift.  Acad.  Infcrip.  tom.  XXVII ,  p.  €i.      moderne. 


DE     L"  ASTRONOMIE.  Sj 

gardoient  la  lune  comme  un  monde  femblablc  au  notre.  Cer- 
tains peuples  alloient  même  jufqu'à  dire  qu'on  y  voyoic  dif- 
tinclcment  des  montagnes.  Comment  a-t-on  vu  ces  montagnes  ? 
Comment  ces  peuples  ont-ils  pu  adopter  cette  idée,  fans  qu'elle 
fût  démontrée  par  le  télefcope  ?  La  féconde  opinion  eft  celle 
de  la  lumière  blancheatre  de  la  voie  la6tée,  que  les  anciens  ont 
expliquée  par  la  lumière  réunie  de  plufieurs  petites  étoiles  in- 
fenliblcs  à  la  vue.  La  philolophie  pour  s'élever  à  cette  expli- 
cation a  du  s'appuyer  fur  quelques  faits;  l'analogie  n'eft  d'aucun 
fecours,  fi  le  télefcope  n'a  pas  fait  appercevoir  ces  petites  étoiles 
dans  quelques-uns  de  ces  nuages  lumineux,  femés  fur  l'azur  du 
ciel ,  &:  lemblables  à  la  voie  lacléc. 

Une  autre  opinion  bien  plus  étonnante  eft  celle  du  retour 
des  comètes.  Une  comète  en  reparoiffant  à  nos  yeux,  après  de 
longs  intervalles ,  n'a  pas  toujours  les  mêmes  cara£tercs.  Elle 
ne  prend  fa  longue  queue  qu'en  paflant  près  du  foleil.  Avant 
Se  après  ce  paffage  une  feule  peut  paroître  comme  deux  co- 
mètes différentes.  Suivant  fa  diftance  à  la  terre  ,  luivant  la  po- 
fition  de  nôtre  globe  ,  elle  peut  briller  dans  une  première  ap- 
parition ,  6c  dans  une  féconde  n'être  prefque  pas  vifiblc  à  la 
vue  limple.  Combien  de  comètes  ont  dû  reparoître  fans  être 
reconnues ,  remarquées ,  ni  même  apperçues.  L'alternative  eft 
néceflaire  ;  ou  il  a  fallu  des  lîecles  infinis  d'obfcrvations  pour 
fonder  cette  opinion  liiiguliere  fans  le  fecours  du  télefcope,  ou 
bien  ,  tl  l'on  veut  refferrer  ces  obfervations  dans  la  durée  limitée 
des  peuples  èc  des  empires ,  il  faut  admettre  l'ulage  de  cet  inf- 
trumentqui,  multipliant  la  lumière,  amplifiant  les  objets  ,  étend 
lafpherc  de  l'organe,  2c  donne  à  l'œil  attentif  la  faculté  de  tout 
voir  ôc  de  ne  rien  laiffer  échapper.  Cet  uf  âge  ne  pourroit  avoir 
appartenu  qu'aux  tems  qui  nous  occupent  maintenant ,  puifquc 
la  tradition  écrite,  ou  l'hiftoire,  n'en  conferve  aucun  fouvenir. 


84  HISTOIRE 

Mais  cette  conje£lure  ,  fans  appui  dans  l'antiquité  ,  fcioit  trop 
hardie  :  nous  nous  contentons  d'avoir  expofé  les  faits  qui  peu- 
vent la  faire  naître  &  non  l'autorifer. 

Nous  devons  remarquer  que  les  conjectures,  fur  lefquelles 
nous  fondons  les  connoifTances  attribuées  ici  à  la  plus  ancienne 
Aftronomie  ,  ne  font  point  de  la  même  nature.  Elles  ont  cha- 
cune un  grand  degré  de  probabilité  ,  &  comme  ces  différentes 
connoiflanccs  rentrent  les  unes  dans  les  autres  ,  fe  luppolcnt 
même  mutuellement ,  tous  ces  degrés  de  probabilité  s'accu- 
mulent, fe  prêtent  de  l'évidence  &  deviennent  par  leur  réunion 
la  preuve  completcc  de  l'cxiftcnce  d'un  grand  peuple,  poflcflcur 
de  cette  fcience  approfondie  ,  dont  nous  recueiilons  l'hiftoire 
dans  les  faits  épars  de  l'antiquité  fie  dans  l'obfcurité  des  tra- 
ditions. 

§.      X  V  I  I. 

Une  foule  d'ufages  anciens  réclament  également  un  peuple 
antérieur  &  une  lource  commune.  Les  fêtes  de  l'efFufion  des 
eaux ,  ou  les  hydrophories,  celle  des  faturnales  ,  la  célébration 
des  néoménies  ,  le  culte  des  hommes  &  leurs  pèlerinages  fur 
les  montagnes  ,  les  terreurs  qu'infpiroient  les  grandes  conjonc- 
tions des  planètes  ;  ces  idées  de  périodes  qui  afTujettiflbient 
la  terre  au  mouvement  des  aftres ,  &  qui  annonçoient  la  fin 
ou  le  renouvellement  de  toutes  chofes;  les  fêtes  &c  les  ufages  des 
Chinois  femblables  à  ceux  des  Egyptiens  ;  ces  prétendus  géans  que 
les  Indiens  6c  les  peuples  du  nord  font  ainfi  que  les  Grecs  com- 
battre contre  les  dieux  ;  les  myfteres  dont  les  prêtres  envelop- 
poient  les  principes  des  fciences  èi.  la  vraie  philofophie  ;  toutes 
ces  idées  ,  que  l'on  retrouve  depuis  le  nord  de  l'Afie ,  jufqu'au 
midi  de  l'Inde,  &c  depuis  les  bords  du  Gange,  jufqu'aux  bords 
du  Nil ,  femblent  démontrer  que  les  peuples  effrayés  par  les 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  85 

mêmes  craintes  ,  imbus  des  mêmes  piéjiigés  i^  des  mêmes  er- 
reurs ,  rortoient  de  la  même  tige,  &:  defcendoient  d'un  peuple 
auteur  de  ces  préjugés  &:  de  ces  erreurs.  Car  l'homme  tou-. 
jours  femblablc  à  lui-même  par  ies  goûts  èc  l'es  fenfations,  diffère 
par  Tes  conceptions  &C  Tes  idées  ;  il  n'a  de  point  commun  que 
la  vérité.  Les  chemins  de  l'erreur  font  infinis  ;  ils  font  infini- 
ment divcrgcns.  Les  hommes  ne  peuvent  s'y  rencontrer  que 
quand  ils  font  partis  enfemble  du  même  point  ;  &  ce  même 
point ,  où  naquirent  tant  de  préjugés  6c  d'erreurs,  eft  le  peuple 
antérieur  qui  les  a  répandus  lur  la  terre.    La  réputation  qu'il 
s'étoit  acquife  par  la  philolophie  de  par  les  fciences ,  conferva 
ics  erreurs  comme  les  connoiffances,  &i  les  débris  des  unes  £c 
des  autres  furent  l'héritage  des  peuples  qui  lui  fuccédcrcnr. 

D'autres  inftitutions  ,  d'autres  ufages  portent  encore  l'em- 
preinte ineffable  de  ce  peuple  inventeur.  Les  mefures  longues 
que  l'on  retrouve  chez  les  Grecs  &c  chez  les  Romains  ont  la 
plupart  la  même  origine.  Elles  tiennent  à  un  fyftéme  de  mefures 
combinées  ,  liées  à  un  rapport  exaâ;  qui  dérive  d'une  me- 
fure  unique  &  univerfclle.  Ces  meiures,  qui  fe  retrouvent  en 
tout  ou  en  partie  chez  tous  les  peuples  orientaux  ,  forment 
une  preuve  évidente  que  le  fyftême  général  eft  Touvrao-e  d'un 
peuple  antérieur ,  enfeveli  dans  l'oblcurité  des  premiers  tems 
duquel  tous  les  autres  ont  partagé  la  fucccllion  {a).  La  mufique 
nous  fournit  une  nouvelle  preuve.  «  Le  fyftême  mufical  des 
«  Chinois,  pris  dans  fes  termes  originaux,  commence  préci- 
"  fément  oii  finit  celui  des  Grecs.  Si  le  fyftême  des  Grecs  &c 
«  celui  des  Chinois  ne  font  enfemble  qu'un  feul  èc  même 
3>    fyftême ,  un  tout  parfaitement  complet  ;  il  eft  évident  que 


(  a  )  Ce  qui   concerne  les  mefures  Ion-      jointe  à  notre  Hiftoire  de  l'AIbonomic  mo- 
gues  fera  ciaité  à  part  dans  une  dilTercation      dernc. 


t6  HISTOIRE 

jj  ce  touc  a  été  le  ryftême  de  quelque  peuple  plus  ancien  que 
n  les  Grecs  6c  les  Chinois  ,  ôc  que  ce  font  les  démembremens 
«  de  ce  fyftême  primitif,  qui  ont  formé  difFérens  fyftêmes 
M  chez  diverfes  nations  {a)  ".  Nous  avons  rencontré  avec  fa- 
tisfadlion  ce  pafTage,  fi  conforme  à  l'idée  que  nous  développons 
ici.  M.  l'Abbé  Rouiller  y  a  été  conduit  par  la  mufique  des 
anciens  ,  comme  nous  par  leur  Aftronomie.  Il  fcmblc  que  la 
vérité  feule  puiffe  faire  rencontrer  ainfî  deux  hommes  qui  ne 
fe  font  point  communiqués  ,  &  qui  font  arrivés  à  la  même 
conclufion  par  des  recherches  particulières  fur  des  fciences 
différentes. 

§.      XVIII. 

Nous  appuirons  cette  opinion  par  une  dernière  conjecture 
de  la  même  force.  Nous  la  tirons  du  véritable  fyftême  du 
monde,  qui  place  le  foleil  au  centre  des  mouvemens  céleftes  ; 
fyftême  renouvelé  par  Copernic,  &c  dont  ont  fait  honneur  à 
Pliilolaiis  &  à  l'école  pltliagoricienne.  Jamais  un  pareil  fyftême 
n'a  pu  être  conçu  dans  la  Grèce,  ni  dans  l'Italie.  Croira-t-on 
qu'il  étoit  appuyé  par  des  faits  chez  les  Grecs  qui  n'ont  fait 
aucunes  obfervations  ?  Oferoit-on  dire  que  l'efprit  humain 
puiffe  s'élever  feul  à  ce  fyftême  fans  des  faits  qui  l'y  condui- 
fent,  6c  qui  donnent  de  la  vraifemblance  à  une  vérité  con- 
traire au  témoignage  des  fens  ?  L'homme  voit  le  foleil , 
chaque  jour  &c  chaque  année,  embraffer  la  terre  par  fes  deux 
mouvemens  ;  il  voit  les  étoiles,  entraînées  en  apparence  parle 
ciel ,  paffer  fur  (a  tête  ,  èc  parcourir  l'efpace  qui  fépare  l'orient 
de  l'occident  ;  il  ne  tranfportcra  point  ces  mouvemens  à  la 
terre ,  dont  il  croit  fentir  l'immobilité  ,  qu'il  n'ait  approfondi 

(a)  M,  l'Abbc  Rouffier  ,  Mim.Jur  lu  Muf  que  des  Anciens ,  pag.  i8,  31. 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  87 

tous  les  faits ,  épuité  toutes  les  hypothefes  pour  expliquer  ces 
faits,  &  que,  prefTé  par  la  nëcellité  de  concilier  les  uns  avec 
les  autres  ,  fatigué  des  abfurdités  qui  naiflent  du  mouvement 
du  foleil  6c  des  étoiles  ,  il  ne  fe  fente  forcé  à  les  condamner  au 
repos  ,  à  contredire  tout  ce  qu'il  voit ,  &  à  fe  fier  davantage 
à  fa  raifon  de  à  fes  calculs  qu'au  témoignage  de  les  yeux.  Mais 
ce  parti  eft  extrême ,  c'effc  le  dernier  auquel  on  a  du  avoir  re- 
cours. Si  en  phyliquc  la  vérité  ,  conlidérée  d'abord  comme 
hvporhefe  ,  eft  fouvcnt  la  dernière  qui  fe  préfente  à  l'efpric 
humain ,  c'eft  fur-tout  dans  le  cas  préfent.  Les  Egyptiens  & 
les  Chaldécns  s'étant  contentés  d'obfervcr  les  aftres,  fans  tenter 
d'expliquer  les  apparences  de  leurs  mouvemens ,  n'ayant  fait 
aucune  hypothefe  ,  n'ont  pas  dû  feulement  foupçonner  que  le 
mouvement  de  la  terre  fût  poiTible.  Les  Grecs ,  à  l'époque  de 
Pithagore,  ne  faifoient  qu'entrer  dans  la  carrière  aftronomiquc; 
ils  ont  été  encore  moins  dans  le  cas  de  le  foupçonner.  Ce 
fyftême  fi  philolophique  s'eft  conlcrvé  dans  rLide,oi.x  nos  mif- 
fionnaires  l'ont  trouvé.  Il  n'cft  pas  douteux  que  Pythagore  ne 
l'eût  puifé  à  cette  fource.  Mais  fi  les  Indiens  l'ont  tranfmis  à 
Pythagore ,  ce  fyftême  n'étoit  point  leur  ouvrage  ,  il  venoit  de 
l'héritage  du  peuple  qui  a  tenu  le  fceptre  des  fciences  dans 
i'Afîe.  Ce  fyftême  ,  ainfi  que  les  périodes  inventées  ,  les  mé- 
thodes qu'elles  exigent  ne  font  point  les  feuls  reftcs  de  fon  génie., 
On  lui  doit  peut-être  toutes  les  idées  philofophiques  qui  ont 
éclairé  le  monde.  Ces  méthodes  favantes ,  pratiquées  par  des 
ignoranSjCes  fyftêmes, ces  idées  philolophiques,  dans  des  têtes 
qui  ne  font  point  philofophes  ,  tout  indique  un  peuple  anté- 
rieur aux  Indiens  &  aux  Chaldéens:  peuple  qui  eut  des  fciences 
perfectionnées  ,  une  philofophie  fublime  &;  fage ,  &  qui ,  en 
difparoiffant  de  deflus  la  terre  a  laiiïe,  aux  peuples  qui  lui  ont 
fuccédé ,  quelques  vérités  ifolées ,  échappées  à  la  deftruûion  , 


88  HISTOIRE  DE  L'ASTRONOMIE. 

5c  que  le  hafard  nous  a  confervées.  Ainfî  l'antiquité  ,  Ci  célèbre 
par  plufieurs  nations  favantes ,  n'offre  depuis  les  Chaldéens  Se 
les  Indiens ,  jufqu'à  Hipparque ,  que  les  débris  des  connoif- 
fances  de  ce  peuple  dont  le  nom  même  eft  inconnu  aujourd'hui. 


^-^  J.  ^  J^^'* 


HISTOIRE 


HISTOIRE 


DE     L' ASTRONOMIE     ANCIENNE. 


LIVRE       QUATRIEME. 


î^î^ 


^rr:si,v^i\\- 


Des  premiers  tems   après   le    déluge  j    ù    de  V Aflronomic 
des  Indiens   ù  des    Chinois. 


PREMIER. 


ji"3LU  s  s  i-T  oT  après  le  déluge  le  genre  humain,  renouvelé,  fc 
difperfa  ,  2c  la  terre  s'écant  repeuplée,  quatre  grandes  nations 
s'élevèrent,  favoir,  les  Indiens,  les  Chinois  6c  les  AiTyriens  dans 
l'Alie  ,  les  Atlantes  dans  l'Afrique ,  ou  plutôt  les  Ethiopiens 
&  les  Egyptiens  qui  leur  fuccéderent.  Chacune  des  colonies  , 
qui  furent  l'origine  de  ces  nations ,  emporta  quelque  notion 
des  connoilTances  échappées  au  déluge.  Mais  les  nations  les 
plus  richement  partagées  dans  cette  Tucceffion ,  furent  celles 
de  i'Ade  qui  refterent  dans  le  pays  même  où  avaient  habité 
les  premiers  hommes.  Les  unes  n'avoient  que  la  tradition ,  les 
autres  avoient  de  plus  les  monumens.  Car  nous  penfons  que 
les  obfervations ,  les  réfulrats ,  les  préceptes  aftronomiques  , 
tout  écoit  gravé  fur  des  pierres  ^  6i  la  tradition  qui  fublifta  après 

M 


5©  HISTOIRE 

le  déluge ,  fut  tirée  des  inftruftions  écrites  fur  ceux  de  ces  mo- 
numens  qui  réfifterent  à  l'inondation  générale.  Ces  faits ,  ces 
préceptes  tracés  en  caraéleres  hiérogliphiques  ,  fort  abrégés 
fans  doute ,  n'étoient  accompagnés  d'aucune  explication  ;  la 
mémoire  s'en  conferva ,  mais  l'utilité  &  l'ufage  s'en  perdirent. 
Voilà  pourquoi  l'on  retrouve  chez  les  Indiens  tant  de  préceptes 
fans  explication  ,  chez  les  Chaldéens  tant  de  périodes  dont  on 
ignoroit  les  avantages  ;  en  un  mot ,  comme  nous  l'avons  dit , 
les  débris  plutôt  que  les  élémcns  d'une  fciencc. 

§.      I   I. 

Il  y  a  apparence  que  les  hommes  qui  ont  précédé  le  déluge, 
à  mefurc  qu'ils  découvroient  de  nouvelles  périodes  ou  de  nou- 
yelles  révolutions ,  tenoicnt  compte  du  nombre  de  ces  révo- 
lutions écoulées  depuis  l'époque  de  leur  exiftence  ;  enforte  qu'a- 
près un  tems  quelconque  ils  pouvoient  toujours  dire  :  il  s'eft 
écoulé  tant  de  jours  ,  tant  de  lunes  ,  tant  de  révolutions  du 
foleJl,tant  de  périodes  des  éclipfes  ,  &:c.  Ces  dilFérens  nombres 
étoient  peut-être  écrits  fur  différens  monumens.  Chaque  peu- 
plade, qui  s'eil:  éloignée  de  la  fource  après  le  déluge ,  a  compté 
les  anciens  tems  qui  l'ont  précédé  par  différentes  révolutions, 
fuivant  les  monumens  qu'elle  avoit  confultés.  De  là  cft  née  la 
diverflté  des  nombres  d'années  ,  quelquefois  prodigieux  ,  qui 
forment  les  antiquités  de  chaque  peuple  ;  &.  en  même  tems 
l'accord  de  ces  nombres  fi  différens  ,  lorlqu'on  les  ramené  à 
ces  diverfes  manières  de  compter  le  tems.  Ces  réducl:ions  ont 
fondé  le  tableau  que  nous  avons  préfenté  dans  le  premier  livre; 
tableau  d'où  il  réfulte  que  tous  les  peuples  anciens  femblcnt 
s'accorder  à  donner  à  ces  tems  reculés,  dont  la  tradition  a  furvécu 
aux  malheurs  de  la  terre  ,  l'intervalle  de  22  à  24.  fiecles.  Les 
différences  d'un  ou  de  deux  iîecles  ne  font  ici  aucun  effet ,  parce 


DE     L'ASTRONOMIE.  9^ 

qu'il  eft  plus  que  vraifcmbliiblc  que  la  numération  fuppoféc 
de  CCS  différentes  révolutions  ne  pouvoic  commencer ,  ni  finir 
précifément  à  la  même  époque. 

§.      I   I   I. 

C  E  s  T  à  la  difperfion  des  hommes  qu'il  faut  rapporter  la 
naiflfiince  des  flibles.  Les  hiérogliphes  mal  entendus,  les  récits 
exagérés,   &c  le  goût  naturel  de  l'homme  pour  le  mervedlcux 
en  font  les  fources  naturelles.  On  peut  rappeler  à  l'Aftronomie, 
comme  a  fait  M.  Court  de  Gebelain ,  l'origine  de  pîufieurs  de 
ces  fables.  Mais  fuivant  notre  principe  ,  que  toute  fable  eft  l'en- 
veloppe de  la  vérité  ,  nous  diftinguerons  ce  qui  eft  fimple  6c 
naturel,  de  ce  qui  eft  contre  la  vraifemblance  èc  l'ordre  de  la 
nature.  L'un  eft  la  vérité  hiftorique ,  le  refte  eft  allégorique  & 
fabuleux  ;  ce  font  les  ornemens  dont  l'exagération  te  le  ftile 
figuré  des  orientaux  embelliiïbient  les  récits.   Telle  eft  la  fable 
d'Hercule ,   où  l'on  reconnoît  vifiblement  l'allégorie.  Il  eft  le 
f/mbole  du  foleil  en  général ,  &  en  particulier  du  foleil  du 
printems  ;  Heb^,  qu'on  lui  donne  pour  femme  ,  eft  le  fymbole 
de  la  jeunefle  de  la  nature  qu'il  ramené  tous  les  ans.   Ses   i  i 
travaux  font  les  i  i  fignes  du  zodiaque.   Il  n'y  a  pas  jufqu'au 
combat  des  Amazones  ,    qui  ,   félon   M.    de    Gebelain  ,    ne 
falTe  allufion  au  cours  du  foleil.  Son  explication  eft  vraifcm- 
blable  Se  ingénieufe  {a).  Jufqu'au  mois  de  mars  les  nuits  ont 
difputé  au  foleil ,  c'eft  à-dire ,  à  Hercule  ,  la  ceinture  célcfte  ou 
le  zodiaque.  Le  mot  ama:^ones  eft  formé  de  deux  mots  ,  dont 
l'un  fignifie  réunion  ,    &  l'autre  zones.   Ce  font  les  nuits  qui 
toutes  cnfemble  i-egnent  fur  la  même  zone.  Jufqu' alors ,  plus 

(  a  )  En  général  rien  n'eft  plus  ingénieux  par  M.  Court  de  Gebelain.  Elles  font  dc- 
que  les  éthymologies  &  les  fources  des  firct  de  poiléder  le  diûionnaire  qu'il  pro- 
mocs  Je  nos  langues  modernes ,  indiquées      inec. 

Mij 


92  HISTOIRE 

longues  que  les  jours,  elles  ont  eu  l'empire  du  ciel  :  enfin.  Hercule 
devient  le  maître,  il  leur  arrache  la  ceinture.  La  reine  qui  livre 
cette  ceinture  s'appelle  Ménalippe  ,  c'eft-à-dire,  reine  aux  che- 
vaux noirs  ,  emblème  de  la  nuit.  La  vicloire  d'Hercule ,  ou  du 
foleil  de  l'équinoxe  du  printems,  arrive,  félon  la  fable  ,  fur  les 
bords  du  Thermodon,  dans  un  lieu  appelé  Thémifcire;  mais  le 
Thermodon  lignifie  fleuve  de  chaleur  ,  parce  que  la  chaleur 
commence  au  mois  de  mars  dans  les  contrées  orientales  :  &  le 
mot  Thémifcire  ,  qui  littéralement  fignifie  égalité  des  nuits  , 
équinoxe ,  donne  en  effet  le  plus  heureufement  du  monde  la 
clef  de  l'énigme.  De  même  les  neuf  mufes  font  les  neut  mois  de 
l'année  ,  pendant  lefquels  l'homme  travaille  à  la  terre  ;  les  trois 
grâces  font  les  trois  autres  mois  ,  les  mois  du  repos,  de  l'amour 
&  du  plaifir.  Les  cinq  dacLiles  qui  accompagnent  Hercule,  l'ont 
les  cinq  planètes  qui  accompagnent  le  foleil.  Les  5  o  fils  de  ce 
héros  font  les  5  o  femaines  de  l'année  ,  dans  le  tems  qu'elle 
n'avoit  que  350  jours,  avec  cinq  jours  épagomenes  pour  com- 
pletter  l'année  lunaire.  On  peut  y  ramener  encore  les  5  o  da- 
naïdes  ;  Hercule  feul  leur  fufiit  à  toutes  ,  parce  qu'en  effet  une 
révolution  du  foleil  embrafTe  5  o  femaines  &;  plus.  Aux  enfers 
elles  rempliiTent  des  tonneaux  percés,  parce  que  les  50  fe- 
maines s'écoulent  fans  cefîe ,  Se  ne  finiffent  que  pour  recom- 
mencer. Les  fept  fils  que  Saturne  a  de  Rhéa  font,  dit-on  encore, 
les  fept  jours  de  la  lemaine  ,  les  fept  filles  qu'il  a  d'Aftarté  iontles 
fept  nuits  (a).  On  ne  peut  fe  refufer  à  quelques-unes  de  ces  ex- 
plications,  6c  fur-tout  à  celle  de  la  vie  fabuleufe  d'Hercule; mais 
nous  ne  penfons  pas  que  les  anciens  ayent  jamais  pu  porter  le  goût 
des  figures  jufqu'à  rcpréfenter ,  par  l'hiftoire  d'un  homme  ima- 
o;inaire ,  la  courfe  du  foleil  Sc  les  effets  de  fon  influence  fur 

(  <j  )  Jablonski ,  Panthcpn  Egyptionim.  Foyei  aufli  M,  de  Gcbelain, 


DE     L"  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  93 

Ta  nature.  Nous  croyons  y  reconnoître  ce  qui  doit  caracléiifer 
l'inventeur  de  l'année  folaire  &C  des  i  2  lignes  du  zodiaque  , 
nommé  fans  doute  Hercule.  On  ne  pouvoit  le  mieux  défigner 
que  par  Tes  ouvrages,  par  les  inventions.  On  ajoutoit  à  fon  nom 
6c  à  Ton  éloge  les  divcrfes  influences  du  foleil  qu'il  a  voit  fait 
connoître,  les  circonftanccs  qui  accompagnent  fon  cours,  les 
animaux  placés  dans  le  zodiaque.  Il  n'efl:  pas  difficile  d'ima- 
giner comment  toutes  ces  chofes,  exprimées  d'une  manière  mé- 
taphorique, ont  donné  lieu  aux  fables.  Les  figures  ont  été  prifes 
pour  des  faits  ;  èc  l'Aftronome ,  devenu  dans  l'orient  le  fym- 
bole  du  foleil  dont  il  avoit  décrit  la  couriè,afubi  une  nouvelle 
métamorphofe  dans  la  Grèce,  qui  appliqua  à  fes  anciens  héros 
toutes  les  fables  orientales  ,  &:  celle-ci  en  particulier  à  Hercule 
l'argonaute  [a).  Alors  ce  ne  fut  plus  ni  un  aftronome ,  ni  un 
fymbole ,  mais  un  héros  dcftructeur  des  jnonftres  qui  défoloient 
fa  patrie. 

§.     I  V. 

Le  premier  culte,  quand  les  hommes  eurent  abandonné  le 
vrai  dieu ,  fut  le  culte  des  affcrcs.  Il  eft  de  la  plus  haute  anti- 
quité chez  les  Arabes.  Les  hommes  ,  pcrfuadés  que  le  mou- 
vement n'appartient  qu'aux  êtres  vivans  ,  penferent  que  les 
aftres  qui  fe  meuvent  eux-mêmes  dans  l'efpace  éthéré,  étoient 
animés  par  des  intelligences  lupérieures.  C'eft  du  nombre  des 
fept  planètes,  qui  furent  les  fept  premiers  dieux  ,  que  naquirent 
le  refpect,  la  fuperftition  de  toutes  les  nations,  £c  particulière- 
ment des  nations  orientales  pour  le  nombre  feptenaire.  De  là  font 
encore  dérivés  les  fept  anges  lupérieurs  qu'enfeignoit  la  théologie 
des  Chaldéens  ,  des  Perfes  èi.  des  Arabes  ,  les  fept  portes  de  la 

(a)  M.  Court  de  G«belain  ,  aJlégoiies oriencaks. 


94  HISTOIRE 

théologie  de  Mlchra,  pnr  où  les  âmes  paflbient  pour  aller  aa 
ciel,  tk:  les  fept  mondes  de  purification  des  Indiens.  La  tradition 
i'uccéda  peut-être  à  l'hiftoire  écrite ,  &;  il  eft  facile  d'imaginer 
comment  l'ignorance  ,    abufant  du  langage  aftronomique ,    a 
dénaturé  les  idées.  On  avoir  donné  aux  planètes  le  nom  des 
premiers  hommes  célèbres.  On  confondit  le  génie,  moteur  de 
la  planète,  avec  le  perfonnage  dont  elle  portoit  le  nom,  6c  ce 
furent  les  premières  apothéofes.  Comme  les  planètes  ne  fortenc 
point  du  zodiaque  ,  on  imagina  qu'elles  dévoient  préfîder  aux 
conftellations  qui  partagent  cette  zone.  Les  Chinois  qui  ont 
2  8  conftellationsles  dénommèrent  par  les  fept  planètes  répétées 
quatre  toisft?).  Les  Egyptiens  les  firent  préfider  également  aux  i  i 
lignes  du  zodiaque;  mais  leur  nombre  ne  fuffifant  pas,  ils  ajou- 
tèrent aux  fept  planètes  la  nature  prile  en  général  [b)  pour  pré- 
fider à  un  S^  figne,  &  quatre  dieux  nouveaux  pour  les  fignes  des 
équinoxcs  &  des  folfticcs  ;  dieux  qui  ne  furent  que  les  fymboles 
des  changcmens  du  foleil  dans  les  quatre  faifons  de  l'année  [c]. 
Hercule  ou  Jupiter  Ammon  fut  pour  l'équinoxe  du  printems. 
Horus  pour  le  folftice  d'été.  Serapis  pour  l'équinoxe  d'automne. 
Harpocrate  pour  le  folftice  d'hiver  [d).   Ce  furent  les  hiéro- 
gliphcs  qui  produifirent  ces  fymboles  &  donnèrent  naiffancc 
à  ces  nouvelles  divinités.    On  trouve  des  traces  de  la  marche 
que  les  anciens  ont  fuivie ,  car  on  lait  qu'ils  peignoient  le  foleil 
au  folftice  d'hiver  fous  la  forme  d'un  enfant  ;  au  printems  ious 
la  figure  d'un  jeune  homme  adolelcent  ;  l'été  c'étoit  un  homme 
avec  la  barbe  pleine  ;  l'automne  ce  n'étoit  plus  qu'un  vieillard. 
Le  foleil  chanf^eoit  de  forme  &:  de  vifage  à  chaque  figne  du 


{a)  Martin.  Hlil.  de  la  Chine  ,  tom.  I ,  {b)  Cléinent  Aleï. 

pag.  94-  Jablonski,  prokg.  pag.  tfi. 

Mcmoire  de    l'Acadcraic    des   Sciences,  {c)  Ibiacm  pag,  84. 

tora.  VIU  ,  pag.  ;j5.  (a)  Jablonski,  Liv.  II,  c.  i,  J  ,  4,  J,  tf. 


DE     L' ASTRONOMIE.  95 

zodiaque  (a).  On  voit  évidemment  que  ces  peintures  font  la 
iburce  des  dieux  des  équinoxes  6c  des  lolftices. 

§.     V. 

Une  chofe  très-remarquable ,  c'efl:  qu'il  fcmble  que  les  lumières 
foient  venues  du  nord,  contre  le  préjugé  reçu  que  la  terre  s'cft 
éclairée  comme  elle  s'eft  peuplée  du  midi  au  nord.  Les  Scythes 
font  une  des  plus  anciennes  nations  ;  les  Chinois  (è)  en  def- 
cendent  ;  les  Atlantes  ,  plus  anciens  que  les  Egyptiens ,  en  def- 
cendcnt  eux-mêmes  ;  Acmon  ,  chef  d'une  horde  de  Scythes, 
fondateur  d'une  ville  de  fon  nom  dans  la  Phrygie  ,  étoic  père 
d'Uranus  qui  civilifa  les  Atlantes  (c).  Les  Getes ,  établis  près 
du  Danube,  félon  Al.  Damville  {d),  étoient  Scythes  d'origine. 
Ils  avoient  un  pontife  ,  prétendu  immortel ,  comme  le  Dalay- 
Lama  des  Tartares.  Dans  la  Sibérie  ,  &  en  général  fous  le 
parallèle  de  50°,  on  trouve  depuis  le  80°  de  longitude,  juf- 
qu'au  130°,  les  veftiges  de  l'habitation  d'un  peuple  civilifé  ; 
les  ruines  de  plufieurs  villes  qui  paroilTent  avoir  été  floriffantes; 
des  manufcrits  dont  le  papier  étoit  de  foie,  les  caractères  tracés 
avec  de  l'encre  de  la  Chine ,  de  l'or  &  de  l'argent  ;  des  py- 
ramides qui  fervoient  de  tombeaux  ,  &  des  infcriptions  dans 
une  langue  inconnue  ;  enfin  ,  des  figures  d'hommes  ou  d'ani- 
maux en  or ,  en  argent, en  bronze.  Les  figures  humaines  étoient 
des  repréfentations  des  divinités  indiennes  (e).  AI.  Damville 
remarque  que  dans  la  Sérique ,  la  ville  appellée  Sera  metropclis 


{a)  Macrobe  ,  Satur.  Lib.  I.  c.  i8.  {d)  Mém.  Acad.  Infcript.  tom.  XXV  , 

Prodas  in  Timaro.  Lib.  I.  pag.  45. 

Jablonski ,  Lib.  II,  c.  i.  (e  )   Gazette   de  France,  ij   Septembre 

{b)  M.  de  P.  Réflex.  crit.  fur  les  Chinois  1721. 
&  les  Egyptitns ,  tom.  III,   pag.   17.  Hift.  Gén.  des  Voy.  //i-ii  tom.  XXV, 

(c)    Myth.  èi   les  Fab.   eïpliquées  par  pag.  57  &  fj- 
M.  l'Abbé  Bannier ,  tom.  II,  pag,  zi.  hii.ia.hz.  Inl".  tom.  XXXII ,  pag.  jcr4. 


^6  HISTOIRE 

ëtoir  la.  réfidcnce  des  princes  d'une  nation  puiflante  où  les  fcien- 
ces  écoicnt  culcivccs,&:  dont  il  cfl:  fait  mention  dans  l'hilloire 
chinoife ,  fous  le  nom  d'Hoei-lié  [a).  La  Sérique  cft  préfentc- 
ment  une  partie  de  la  Tartarie  oii  fc  trouve  Selinginskoi.  Nous 
venons  de  dire  que  l'on  retrouve  dans  la  Tartarie  des  idoles 
indiennes  ;  nous  avons  fait  voir  que  les  Indiens  ont  confervé 
une  tradition  dont  ils  ignorent  eux-mêmes  le  véritable  fens. 
Cette  tradition,  qui  renferme  la  connoifTance  exa(fle  du  mou- 
vement des  étoiles,  &  celle  d'une  période  de  i  8  o  ans  qui  n'a 
jamais  été  en  ufage  que  chez  les  Tartares ,  femble  démontrer 
que  les  Indiens,  fortis  du  nord  de  l'Afie  ,  en  ont  emporté  des 
traditions  qu'ils  confervent  lans  les  entendre. 

§.     V  I. 

M.  de  P.  avoir  déjà  penfé  que  la  religion  de  l'Indoftan  étoit 
dérivée  de  la  religion  des  Lamas.  Il  dit ,  en  parlant  des  In- 
diens ,  "  La  plus  eflTayante  de  toutes  leurs  pénitences  eft  celle 
"  qui  les  fait  aller  en  pèlerinage  à  la  pagode  du  grand  Lama. 
»  Ils  vont  même  julqu'en  Sibérie  ;  de  forte  qu'on  rencontre  de 
»  ces  Indiens  qui  font  venus  à  pied  ,  portant  de  l'eau  &  des 
«  provilions  depuis  Calccut  jufqb'à  Selinginskoi  "  [b).  Les  In- 
diens difent  eux-mêmes  que  les  brames  font  venus  du  nord  (c).  Ne 
peut-on  pas  croire  en  efî-ct  que  ces  pèlerinages  lont  un  hom- 
mage que  la  religion  des  Indiens  rend  au  pays  où  elle  eft  née  ? 
La  religion  des  Lamas  s'eft  répandue  partout  dans  l'Afie  orien- 
tale ,  chez  les  Mongols  ,  à  la  Chine ,  au  Thibet ,  dans  les 
Indes.  Nous  apprenons  par  une  relation  des  pays  orientaux , 


(a  )  Géographie  ancienne//:- II.  tom.  II,  Hiftoire  générale  des  Voyages ,  T.  XXV, 

pag.  31"'.       ^  _  _  pag.   370.  _ 

(é)  Réflexions  critiques  fur  les  Chinois  (i.)  M.  le  Gentil,  Mémoires  de  l'Académie 

&  les  Egyptiens,  tom.  II,  pag.  316.  des  Sciences  pour  1773. 

écrite 


DE     L'ASTRONOMIE.  97 

écrite  dans  le  quatrième  ficcIe,  qu'une  contrée  intermédiaire  de 
la  Sérique  èc  del'Inde  étoit  habitée  par  des  Bramancs.  M.  Dam- 
ville  remarque  qu'une  rivière ,  qui  y  prend  fa  fource  ,  porte  le 
nom  de  Brama  (a).  Cette  contrée  eft  le  Thibet  oii  règne  le 
Dalay-Lama.  Il  y  a  donc  une  identité  d'origine  entre  les 
Lamas  Se  les  Brames.  Outre  l'hommage  que  les  Indiens  rendent 
par  leurs  pèlerinages  au  pays  oii  fe  trouve  Selinginskoi  ,  on 
voit  une  chaîne  continuée  depuis  les  Lamas  de  cette  ville ,  les 
Lamas  du  Thibet,  julqu'aux  Brames  de  l'Inde  ;  &:  Ci  l'on  fe  rap- 
pelle que  l'Ethiopie  portoit  anciennement  le  nom  d'Inde  (^),  que 
l'on  y  trouvoit,  comme  aux  bords  du  Gange,dcs  Gimnolophill:es 
qui  font  une  efpece  de  Brames ,  on  verra  que  cette  chaîne  peut 
s'étendre  jufqu'en  Afrique.  L'origine  des  Atlantes  eft  ici  d'ac- 
cord avec  celle  de  ces  Gimnolbphiftes.  Remarquons  encore 
que  le  mot  mages  ,  qui  eft  le  nom  des  Lamas  Se  des  Brames 
des  Perfcs  ,  dérive  de  la  racine  mag  ^  qui ,  dans  les  langues 
orientales  fignifie  fage.  Dans  Ezechiel  {c) ,  Gog  &:  Alagog  dé- 
llgnent  les  peuples  du  nord.  C'eft  encore  chez  les  Arabes  & 
chez  les  Perfans  le  nom  des  Scythes  ,  des  Tartares  ,  &  en  gé- 
néral des  peuples  leptentrionaux  [d).  Il  femble  qu'on  en  doit 
conclure  qu'ils  ont  porté  primitivement  ce  nom  ,  parce  qu'ils 
étoient  les  plus  lages  ou  les  plus  éclairés. 

§.      V  I  I. 

L'opinion  qae  les  peuples  du  nord  ont  pu  éclairer  les 
peuples  méridionaux  ,  reçoit  un  nouveau  degré  de  probabilité 
de  la  fable  du  Phénix.    Cet  oifeau  ,  fameux  dans  l'antiquité  ,. 


{a)  Expofuio  torius  niundi  &  gentium.  {c)  Chap.  38,  v.  i  &  S. 

Géogr.  anc.  Tom.  II,  pag.  35-0;  -       Mythologie  de  Bannier,  Tom.  Il,  p.  Idf 

(  i  )  M.  Damvilk  ,  Gcog.  anc.  Tom.  III ,  &  z  i . 

pag.  47.  {d)   Hiftoire  de  l'Académie  des  Infciip* 

Herbelor,  Bibl.  orient,  art.  Hend.  p.  447.  lions,  Tom.  XXXI,  page  110. 

N 


9$  HISTOIRE 

fur-tout  dans  l'Egypte  ,  eft  unique  &  fans  compagne.  Son  plu- 
mage eft  or  &C  cramoid.  Après  avoir  vécu  500  ans,  il  vient  de 
V Arabie  en  Egypte  pour  mourir  &  renaître  de  fcs  cendres  dans 
la  ville  du  foleil  fur  l'autel  de  cette  divinité  [a).  On  a  donné 
différentes  explications  de  cette  fable,  &  la  plus  vraifemblable 
eft  celle  où  le  Phénix  eft  l'emblème  d'une  révolution  folaire , 
qui  renaît  au  moment  qu'elle  expire.  En  effet,  le  Phénix, 
unique  comme  le  foleil ,  brille  des  couleurs  de  la  lumière.  Les 
anciens  Suédois  ont  dans  leur  Edda  une  fable  pareille.  Ils 
parlent  d'un  oifeau  dont  la  tête  2c  la  poitrine  iont  couleur  de 
feu,  la  queue  6c  les  aîles  bleu  célefte.  Il  vit  300  jours,  après 
lefquels  ,  fuivi  de  tous  les  oileaux  de  paffage ,  ils  s'envole  en 
Ethiopie ,  y  fait  fon  nid  ,  s'y  brûle  avec  fon  œuf,  des  cendres 
duquel  il  fort  un  ver  rouge,  qui ,  après  avoir  recouvré  fcs  aîles  £c 
la  forme  d'oifeau,  reprend  fon  vol  avec  les  mêmes  oifeaux  vers 
le  feptentrion  (b).  La  conformité  de  ces  deux  récits  eft  par- 
faite ;  on  voit  que  l'une  des  fables  eft  le  fupplément  de  l'autre, 
fur-tout  en  rapprochant  la  remarque  de  M.  de  Gebelain  (c),que 
le  mot  traduit  par  celui  à' Arabie  _,  fignifie  ,  dans  les  langues 
orientales ,  couchant ,  nuit  j  ténèbres.  Il  eft  vifible  que  les  peuples 
du  nord  &:  les  Egyptiens  ont  eu  les  mêmes  idées,  ont  peint  le 
même  objet ,  foit  en  faifant  voyager  leur  oifeau  vers  le  midi , 
foit  en  le  recevant  du  nord,  où  de  longues  ténèbres  femblent 
placer  l'empire  de  la  nuit.  Delà  il  eft  poifible  de  diftinguer  la- 
quelle des  deux  fables  eft  originale.  Le  Phénix  prenant  Ion  vol 
vers  le  midi ,  &  s'y  brûlant  pour  fe  renouveler ,  eft  un  em- 
blème de  l'année  &,  de  la  marche  du  loleil  qui  n'a  pu  «tre 
inventé  que-  par  les  nations  fepEeHtFionales.    Les  peuples  du 


(a)  Hérodote,  in  Euterpe.  Tome   fécond,  page  14J. 

\b)    Olaus   Rudbcck  ,    de    Atlamica ,  (c)  Allégories  orientales. 


DE     L'ASTRONOMIE.  95 

midi  joaiflcnt  tous  les  jours  de  la  préfence  du  foleil  ;  mais  ceux 

du  nord  le  voyant  s'éloigner ,  fc  perdre  pendant  quelque  tcms 
fous  l'horifon  ,  renaître ,  pour  ainfi  dire  ,  en  s'y  montrant  de 
nouveau,  ont  dû  imaginer,  dans  des  tems  d'ignorance  ,  l'hii- 
toire  du  nid,  du  bûcher  Se  du  renouveJemenc  du  Phénix.  La 
circonftance  de  vivre  500  jours  en  eft  une  nouvelle  preuve. 
(  Hérodote  a  fans  doute  mis  500  ans  par  erreur.)  Vers  le  nord, 
fous  le  parallèle  de  71°,  le  foleil  eft  6  5  jours  fans  reparoître. 
Il  vit  ainfi  ^00  jours  pour  les  habitans  de  ce  climat.  On  cft 
donc  porté  à  croire  que  la  fable  du  Phénix  cft  venue  du  nord. 
Rudbcck  penfe  même  qu'on  y  doit  rapporter  l'origine  de  tous 
les  dieux,  de  toutes  les  fables  des  anciens,  de,  fans  le  fuivre 
dans  les  détails  de  fa  profonde  érudition ,  nous  citerons  ici  un 
fait  très-fmgulier  qui  concerne  Janus.  Macrobc  dit  que  l'on 
peic^noit  ce  dieu  avec  le  nombre  300  dans  la  main  droite ,  &; 
le  nombre  6  5  dans  la  gauche  (a).  On  voit  que  ces  deux  nom- 
bres repréfentent  néceftaircmcnt  les  jours  de  l'année.  Mais 
l'Aftronomie  ,  ni  les  ufages  anciens  ne  fourniflcnt  rien  pour 
expliquer  ce  partage  bizare ,  à  moins  que  l'on  ne  fuppofe  que 
Janus  étant  le  dieu  du  tems  &C  de  Tannée ,  les  300  jours  de  la 
main  droite  délîgnoient  les  jours  de  lumière  ,  ÔC  les  6  5  de  la 
main  gauche  ceux  de  l'abfence  du  foleil  pour  les  peuples  du 
nord.  Nous  cherchons  à  nous  défendre  de  l'cfprit  defyftême; 
cependant  on  ne  peut  s'empêcher  de  penfer  que  Janus  eft  un 
dieu  feptentrional ,  apporté  dans  le  midi  par  les  émigrations 
des  peuples.  Mais  alors  il  ne  fera  pas  plus  difficile  de  croire 
que  la  plupart  des  dieux  &;  des  fables  en  font  également  fortis. 
Remarquons  que  ce  partage  des  jours  de  l'année  a  une  analogie 
trop  fînguliere  avec  les  300  jours  de  la  vie  du  Phénix, ^our 

(  ij  )  Macro'û;,  Sar.  Lib.  I,  c.   5.  Olaiis  Rudbcck  ,  Torn.  II ,  fag.  435. 


loo  HISTOIRE 

ne  pas  conclure  que  cec  oifcau  &  le  dieu  font  du  même  pays. 

§.     VII  I. 

Voila  bien  des  préfomptions  ,  mais  ce  n'eft  pas  tout. 
L'Aftronomie  vient  appuyer  la  tradition  par  des  faits.  Pto- 
lemée  (a)  rapporte  dans  fes  calendriers  des  obfervations  du 
lever  Se  du  coucher  des  étoiles  faites  fous  le  climat  de  i  6 
heures ,  c'eft-à-dire ,  fous  le  parallèle  de  49°.  Le  nord  de  l'Eu- 
rope étoit  au  moins  barbare  ,  peut-être  inhabité,  certainement 
inconnu.  Ces  obfervations  appartiennent  donc  à  l'Afe  feptcn- 
trionalc.  Enfin  ,  nous  finirons  par  un  fait  pofitif  qui  fcmble 
ajouter  une  preuve  complette  aux  probabilités  que  nous  avons 
rafTcmblées  jufqu'ici.  Le  livre  de  Zoroaftre  eft  la  loi  de  l'Afe 
occidentale,  le  livre  favant  de  la  Perfe  &;  d'une  partie  de  l'Inde. 
Nous  en  avons  extrait  la  plupart  des  connoifl'ances  aftrono- 
miques  des  Perfes  qui  font  dans  cet  ouvrage.  On  y  lit  que  le 
plus  long  jour  d'été  eft  double  du  plus  court  jour  d'hiver  (/^j.  Ceci 
détermine  le  climat  où  le  livre  de  Zoroaftre  a  été  compofé  , 
oii  cet  ancien  philolophe  a  recueilli  les  connoifTances  qu'il  nous 
a  tranfmifes.  Il  n'y  a  queTe  climat  de  i  6  heures,  c'cft-à-dire, 
où  le  plus  long  jour  eft  de  ï  6  heures ,  &c  le  plus  court  de  8  , 
qui  puifte  fatisfaire  à  cette  condition.  Ce  climat  répond  à  la 
latitude  de  49°  qui  eft  celle  de  Sclinginskoi.  On  trouve  vers 
ce  parallèle  une  ville  fous  le  nom  de  Locman  (c),  qui  pour- 
roit  être  la  patrie  du  célèbre  fabulifte  des  Perfes  ;  le  même  fans 
doute  que  l'Efope  des  Grecs  ;  ce  qui  ramené  aux  climats  fcp- 
tentrionaux  l'origine  de  l'apologue  Se  de  la  morale ,  comme 
celle  de  la  philofophie  Se  de  l'Aftronomic.   D'où  réfulte  ce  pa- 


(c2)  De  apparcntiis  in  Uranologion,  p.  71.  (c)   Voyc^  la  Carte   de  M.  Damvilic  , 

{b)  Zend-Avefta,  traduit   par  M.   An-       Hiftoire   de    l'Académie  des   Infcripticns  , 
jQueùl,  Toni.  II ,  pag.  400.  Toni.  XXXI,  pag.  110. 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  LI  I  E.  i  o  i 

fadoxe  fîngulier  que  ce  n'eft  pas  dans  l'Egypte  ,  dans  la  Pcrfe , 
dans  la  Chaldéc ,  dans  les  Indes  ,  à  la  Chine  ,  mais  fous  ce 
parallèle  &;  vers  le  nord  que  Ton  doit  chercher  l'origine  de  ces 
anciennes  connoiffances. 

§.      I  X. 

Si  nous  nous  tranfportons  à  la  Chine  ,   nous  y  retrouverons 
quelques  traces  de  cette  origine.    Les  Chinois  ont  un  temple 
dédié  aux  étoiles  du  nord.    C'eft   même  un  des  plus  confidé- 
rables  de  Pékin  :  on  le  nomme  palais  (Je  la  grande  lumière.  Par 
les  étoiles  du  nord  nous  penlons  qu'il  faut  entendre  celles  de  la 
grande  ourle.  Les  Chinois  regardent  cette  conftellation  comme 
une  divinité,  à  laquelle  ils  attribuent  le  pouvoir  de  rendre  la 
vie  longue  &  heureufe.  Les  empereurs  ,  les  reines  &:  les  princes 
font  leurs  offrandes  dans  ce  temple  ;  il  eft  même  en  dedans 
du  palais  impérial.  On  n'y  voit  point  de  ftatues  ,  ni  d'images; 
mais  feulement  un  cartouche ,  ou  un  carré  de  toile  ,   entouré 
d'une  bordure  fomptueufe  ,  avec  cette  infcription  ,  a  l'cfprit  & 
au  dieu  Petou  (  a  ).  Les  Petous  font ,  dit  on  ,1e  nom  qu'on  donne 
aux  étoiles  du  nord  [b].  Mais  ce  temple  ne  fcroit-il  pas  plutôt 
dédié  à  l'aurore  boréale  ?  Il  iemble  que  le  nom  de  palais  de  la 
grande  lumieie  doit  faire   naître  cette  conjcclure.  Par  quelle 
raifon  auroient-ils  fait  une  divinité  des  étoiles  du  nord  plutôt 
que  des  autres  ?  Elles  n'ont  rien  de  plus  remarquable  ,   au  lieu 
que  le  phénomène  de  l'aurore  boréale,  ces  couronnes,  ces  rayons 
Se  ces  jets  de  lumière,  femblent  avoir  quelque  chofc  de  divin. 
Les  Chinois  ignorans  en  auront  fait  le  trône  de  la  divinité  , 
comme  les  Grecs ,  fuivant  la  conjecbure  ingénieufe  de  M.  de 
Jflairan  ,  ont  placé  lur  le  mont  Olympe  la  demeure  des  dieux  , 

(a)  P«  fignifie  no:d,fo«  ou ftfOi  étoiles.  (  i  )  Relation  de  Magalhaens,  pag.  546, 


lOi  HISTOIRE 

parce  que  cette  montagne  paroifToit  ceinte  de  la  lumière  bo- 
l'éalc.  Comme  îa  grande  oiirfe  eft  fouvent  plongée  dans  cette 
lumière ,  ils  auront  donné  au  phénomène  le  même  nom  de  Pc- 
tous  qu'ils  donnoient  à  la  conftcllation.  Dans  leurs  planifphercs 
ils  ont  placé,  dit-on,  du  côté  du  nord,  ce  qui  a  plus  de 
rapport  à  la  cour  Se  à  la  pcrfonne  de  l'empereur,  l'impératrice, 
l'héritier  préfomptif  de  la  couronne  ,  ficc.  ;  ce  qui  pourroit  être 
regardé  comme  une  apothéofe.  Mais  fi  l'on  nous  permet  de 
pouller  la  conjecture  plus  loin  ,  nous  dirons  qu'à  la  Chine  les 
aurores  boréales  fontfoibles  ,  rares,  &  telles  à-peu-près  qu'elles 
paroifient  dans  les  parties  méridionales  de  l'Europe.  En  3  z  ans 
de  réjour  le  père  Parennin  avouoit  n'avoir  vu  aucun  phéno- 
mène qui  méritât  ce  nom  (a).  Le  fpc£lacle  du  nord  n'a  donc 
rien  de  frappant  pour  les  Chinois  ;  ôc  nous  voyons  dans  cette 
efpccc  de  religion,  dans  ce  culte  rendu  à  la  lumière  boréale  ,  &C 
aux  étoiles  du  nord  ,  un  indice  afiez  fort  des  fuperftitions  d'un 
peuple  antérieur,  èc  de  l'habitation  primitive  des  Chinois  dans 
un  climat  plus  feptentrional ,  où  le  phénomène  de  l'aurore  bo- 
réale plus  étendu  6c  plus  fréquent  dut  faire  une  impreffion 
plus  vive. 

§.      X. 

On  pourroit  dire  que  la  phyfîque  fe  joint  à  l'hiftoire  &C  k 
TAflronomie  pour  dépofer  de  cette  origine.  Un  philofophe, 
qui  a  interrogé  toute  la  nature  pour  faire  l'hiftoire  de  la 
formation  de  notre  globe  ,  de  fon  exiftencc  &  de  fa  durée, 
a  trouvé  que  la  terre  ,  jadis  brûlante  &.  liquide ,  en  prenant 
une  forme  confiante  &  déterminée ,  s'étoit  refroidie  d'abord 
par  les  pôles.  Les  contrées  voiiîncs  furent  les  premières  habi- 

(û)  M.  de  Mairan,  Trai:c  de   l'aurore  borcak  ,  page  4<^4. 


DE     L'ASTRONOMIE.  103 

tables.  La  chaleur  intérieure,  eu  fe  recirant  vers  le  centre  ,  avoir 
encore  aflez  d'activité  pour  rendre  les  zones  glaciales  tem- 
pérées ,  &C  la  zone  torridc  inhabitable  (û).  Voilà  ce  que  le 
génie  nous  apprend  (*);  &  quoiqu'en  plaçant  l'origine  des 
i'cienccs  au  nord  de  l'Afie ,  nous  n'ayons  pas  eu  l'intention 
de  la  tranfporter  au  pôle  même ,  il  y  a  peut-être  plulieurs 
fables,  £c  même  des  faits  aftronomiqucs  qui  en  recevroicnt  une 
explication  naturelle.  Telle  cft  la  fable  de  Proferpine  qui  pafle 
tour-à-tour  fix  mois  fur  la  terre ,  6c  fix  mois  dans  le  royaume 
des  ombres;  la  fable  d'Hercule  &c  des  Amazones,  oii  l'on  voie 
que  la  nuit  avoit  fur  les  zones  céleftes  un  empire  qui  lui  eft 
arraché  par  Hercule,  fymbole  du  foleil  du  printems.  Cette  fable 
recevroit  une  explication  fimple  Se  vraifemblable,  en  admettant 
qu'on  a  voulu  peindre  les  phénomènes  qui  ont  lieu  vers  le  pôle, 
où  la  nuit  règne  pendant  fix  mois ,  où  le  foleil  remporte  en 
effet  fur  elle  une  viiloire  complette  ,  puifqu'au  jour  de  l'é- 
quinoxe,  au  moment  où  il  monte  lur  l'horilon  ,  il  ne  s'y  montre 
que  pour  y  régner  à  fon  tour  pendant  fix  mois.  Le  préjugé  des 
mouvemens  circulaires ,  qui  dans  l'antiquité  avoit  des  racines 
fi  anciennes  &  fi  profondes  ,  feroit  né  fous  le  pôle  où  les 
mouvemens  céleftes  fe  bornent  prefque  aux  phénomènes  du 
mouvement  diurne  qui  s'accomplit  dans  des  cercles.  Ce  feroit 
peut-être  auffi  l'origine  des  années  de  6  mois  ,  qui  alors  ne 
feroient  compofées  que  d'un  jour  ou  d'une  nuit  du  pôle.  Les 
habitans  du  Kamchatka  ont  encore  ces  années  de  6  mois  {6).  En 
defcendant  à  des  latitudes  moins  boréales  ,  vers  le  79°  où  la 


(  *  )  Ces  idées  d'un   peuple  antérieur  &  les  conjcélures  tirées  des  fables,  &  fes  pro- 

de  fon  habitation  primitive  vers  le  nord  ,  près  vues  fur  le  réfroidifVcmcnt  de  la  terre. 

ont  paru  neuves  a  M.  de  BufFon  ,  qui  a  bien  (  d  )  M.  de  Buffon ,  Hiftoire  naturelle  des 

voulu  lire  l'ouvrage  entier.  lia  vu  avec  fa-  minéraux,  Tom.  II. 

tisfaélion   une  analogie  marquée  entre  les  (_  b  )  Voyas^e    de  M.  l'Abbé  Chappe  ea 

faits  fournis  pai  l'Hiiloire  &  l'Aftronomie ,  Sibérie  j  Toni,  III ,  page  i  j. 


I04  HISTOIRE 

nuit  n'cft  plus  que  de  4  mois ,  on  trouveroit  peut-être  roriginc 
de  ces  années  fingulicrcs  ,  &  de  la  révolution  folaire  partagée 
en  trois  Tairons.  Dans  nos  climats  l'Aftronomie  n'offre  aucun 
moyen  de  faire  ce  partage  de  l'année  ,  il  devient  naturel  fous 
Je  parallèle  de  79°  où  le  foleil ,  invifible  pendant  4  mois  ,  s'é- 
levant  fur  l'horilon  vers  le  pôle  dans  un  pareil  intervalle ,  &c 
employant  le  même  tems  à  redefcendre  ,  divife  l'année  en  trois 
faifons.  La  fable  de  Janus  &C  du  Phénix  nous  conduit  à  des 
climats  plus  méridionaux,  où  l'abfence  du  foleil  n'efl:  plus  que 
de  (î  5  jours.  Les  fêtes  d'Oiîris  5c  d'Adonis  abfents ,  morts ,  pleures 
pendant  40  jours  ,  comparées  aux  ulages  analogues  des  peuples 
du  nord  qui  pleuroient  le  foleil  pendant  40  jours  ,  êc  qui  , 
lorfque  cet  aftre  fe  remontroit  fur  l'horifon  ,  avoicnt  une  fête 
de  réjouiffance  pareille  à  celle  d'Ofîris  &  d'Adonis  retrouvés , 
femblent  placer  vers  le  6  8°  de  latitude  ,  l'origine  du  culte  d'A- 
donis apporté  dans  la  Syrie  par  le  Scythe  Dcucalion  (a).  Ces 
£ibîes  ain(i  réunies  paroiffent  indiquer  difîérentes  habitations 
des  hommes  ;  on  croit  voir  le  genre  humain  fuivre  le  foleil  dc 
marcher  vers  l'équateur.  Alors  l'invention  de  l'Aftronomie 
feroit  due  à  une  caufe  finguliere.  Les  hommes  en  fuivant  le 
foleil ,  en  cherchant  à  abréger  des  nuits  il  longues  &:  fi  triftes, 
auroient  découvert  la  rondeur  de  la  terre ,  les  phénomènes  de 
la  fphere  inclinée  ,  l'obliquité  du  zodiaque  fur  l'équateur  ôc 
les  révolutions  des  planètes  dont  auparavant  ils  ne  pouvoicnc 
pas  avoir  l'idée.  Dans  cette  marche  purement  hypothétique  , 
l'Aftronomie  n'auroit  été  fondée ,  ou  n'eût  pris  des  accroiffe- 
mens  que  lorfque  les  hommes  ,  s'avançant  vers  le- -midi  entre 
le  60  &;  le  50°  de  latitude,  découvrant  un  ciel  nouveau,  au- 
roient joui  tous  les  jours  de  la  vue  du  (olcil ,  connu  le  zodiaque 


(il)  L:fru  ,  Éclalrcillcp.icnSj  Liv.  III.  §.  4. 

entier, 


0 
DE     L' ASTRONOMIE.  105 

entier ,  &  partagé  cette  zone  en  quatre  parties.  Ce  climat 
parole  ccrc  en  elFct  l'habitation  de  ce  peuple  antérieur  &:  favant , 
£v;  le  théâtre  de  l'Aftronomie  perfectionnée  dont  il  ne  refte 
plus  que  des  veftiges.  On  cxpliqueroit  par  cette  hypothefe  , 
pourquoi  les  Chaldécns  ,  les  Indiens  &  les  Chinois,  premiers 
pollclfeurs  de  ces  précieux  relies ,  ont  été  des  dénofitaires  fans 
génie.  Un  climat  tempéré  donnoit  .à  la  conftitution  humauie 
cet  heureux  mélange  de  force  ôc  d'activité ,  néceffaire  au  pro- 
grès des  connoilfances.  Lorfque  la  fcience  a  été  tranfplantéc 
dans  les  pays  chauds  ,  elle  cft  reliée  ftationnaire.  Les  hommes 
forcés  de  s'étendre  par  une  population  nombreufe  ,  peut-être 
attirés  par  la  douceur  de  l'air  ,  ont  trouvé  dans  ces  climats 
l'indolence  Se  la  molleire  :  ils  ont  perdu  le  génie  avec  le  reiïbrt 
de  leurs  organes  ;  fiers  du  mérite  de  leurs  ancêtres  ,  jaloux  des 
débris  de  leurs  richelles,  en  m.cmc  tems  qu'ils  étoicnt  endormis 
&  fixés  par  la  parelTejils  ont  tout  confervé  fans  rien  connoître 
&  fans  rien  produire.  Mais  le  tems  manque  à  cette  progreffion; 
le  monde  n'cft  pas  aflez  vieux  pour  cette  marche  du  genre 
humain  qui,  parti  du  pôle,  toujours  chalfé  par  le  réfroidiflemcnt 
de  la  terre,  iroit  attendre  la  deftruclion  de  l'efpece  à  l'équateur  : 
tout  ceci  n'eft  qu'une  fiction  dont  nous  avons  examiné  aftro- 
nomiquement  les  conféqucnces  ;  il  eft  tems  de  revenir  à  la 
vérité.  Les  faits  de  l'hiftoire  indiquent  une  autre  marche  au 
genre  humain;  mais  ce  que  nous  croyons  avoir  établi  iur  des 
préfomptions  &  des  probabilités  très-fortes  ,  c'eft  l'exiftence 
de  ce  peuple  très-puiffant ,  très-éclairé  ,  qui  a  été  la  fouche 
de  tous  les  peuples  de  l'Afie  ,  ou  du  moins  la  fource  de  leurs 
lumières  ;  c'eft  fon  habitation  au  nord  de  l'Afie ,  fous  le  pa- 
rallèle de  5  o  ou  Go°. 


O 


io6  HISTOIRE 

§.     X  I. 

Lorsque  les  grands  empires  fe  fondèrent,  il  n'étoit  pas 
néceffaire  que  la  terre  fût  déjà  fort  peuplée.  Les  premiers  rois 
de  chaque  nation  n'étoient  fans  doute  que  les  chefs  de  quelques 
familles,  établies  dans  un  pays  nouveau.  li  eft  remarquable  que, 
fuivant  la  chronologie  des  différens  peuples ,  ces  empires  ont 
été  fondés  fur  la  terre  prefqu'en  même  tems.  La  chronologie 
des  Indiens ,  ou  le  règne  de  leurs  rois  ,  commence  par  nos 
calculs  l'an  3553  (û)  avant  J.  C.  Celle  des  Chinois  paroît 
devoir  remonter  au  moins  à  l'an  3357,  ou  même  à  l'an 
385i(/^),&ce  qui  eft  très-fmgulier,  c'eft  que  la  chronologie 
des  Perfes  ,  afTez  fuivie  ôc  alTez  détaillée  ,  remonte  à  l'an 
3  507  (c),  tandis  que  celle  des  Egyptiens,  fournie  par  Hé- 
rodote ,  &  réformée  fuivant  les  différentes  révolutions  em- 
ployées à  la  mefure  du  tems ,  donne  pour  l'époque  de  Menés  , 
premier  roi  d'Egypte  ,  l'an  3  545  (d).  Nous  nous  étendrons  da- 
vantage dans  les  éclairciflemens  qui  fuivront  cette  hiftoire. 
Mais  après  la  deftruclion  de  ce  peuple  ,  fondateur  de  toutes 
les  connoiflances ,  au  milieu  de  la  barbarie  qui  fuccéde  aux 
grandes  révolutions ,  il  eft  intéreftant  de  voir  le  genre  humain, 
foible  ôc  difperfé  ,  travailler  dans  toute  l'Afie  à  réparer  (es 
pertes  :  les  progrès  de  la  civilifation  ,  l'état  de  fociété  fe  rcnon- 
veler  ;  6c  les  empires  puiflans  &  fameux  fortir  à  la  fois  de 
l'obfcurité  pour  fe  partager  la  terre. 

§.      X  I  L 

Qu  AN  D  on  confîdere l'état  de  l'Aftronomie  chez  les  Indiens 


(.a)   Infrà,  Éclaire.  Liv.  III.  J.   8.  (O  Infrà ,  Éclaire.  Liv.   IV.  §.   i. 

{i>)  Ibidem  ,  §,  ii,  i  j,  {à)  ÉcUiicifleraens ,  Liv.  I ,  §.  1 8. 


DE     L'ASTRONOMIE.  107 

2c  les  Chinois ,  on  y  voit  une  ignorance  profonde  des  caufes. 
Ici  la  pratique  des  obfervations  fans  réfultats  ;  là  des  réful- 
tats  fans  obfervations ,  des  méthodes  dont  les  plus  favans  font 
ulage  fans  les  comprendre  ,  fcmblables  à  des  étrangers  qui  ont 
retenu  quelques  phrafes  d'une  langue  qu'ils  n'entendent  pas. 
L'ufage  des  méthodes,  joint  à  l'ignorance  des  principes  ,  prouve 
que  ces  méthodes  ne  font  point  l'ouvrage  du  peuple  qui  les 
pratique.  Il  ne  faut  pas  croire  même  que  ces  principes  ayent 
pu  s'oublier.  Ce  peuple  peut  perdre  le  fouvenir  de  certains  faits 
hiiloriques ,  de  certaines  connoillances  particulières  ôc  ifolées  , 
mais  une  fcience  forme  un  corps  d'idées  qui  mutuellement  fe 
confervent  6c  fe  défendent.  Il  s'enfuit  donc  que  ces  connoif- 
fances  font  chez  les  Indiens  de  tcms  immémorial.  Nous  venons 
d'être  inftruits  tout  récemment  des  calculs  aftronomiques  des 
Brames  par  un  excellent  mémoire  de  M.  le  Gentil ,  de  l'aca- 
démie des  fciences  (a).  On  y  verra  des  méthodes  curieulcs,  des 
recherches  intérelTantes.  M.  le  Gentil  a  fait  un  aflez  long  léjour 
dans  l'Inde  ;  il  n'a  épargné  ni  foin  ,  ni  travail  pour  s'emparer 
de  leurs  connoilfances ,  de  fe  mettre  en  état  de  les  comparer 
aux  nôtres.  Il  a  eu  la  patience  de  fe  faire  le  difciple  d'un  Brame, 
qui ,  en  inltruifant  cet  aftronôme  très-digne  du  corps  dont  il 
cil:  mcmbi-e ,  lui  faifoit  l'honneur  de  lui  trouver  aflez  de  dif- 
pohtion. 

§.     XIII. 

Nous  penfons  que  les  Indiens  forment  un  corps  de  peuple 
depuis  l'an  3553  avant  J.  C.  C'eft  la  date  réduire  du  règne 
de  leurs  rois  ;  mais  félon  leurs  calculs  leur  antiquité  eft  hors 
de  toute  vrailemblance.   Ils  difent  que   le  monde  doit  durer 


(a)  Mémoires  de  l'Acadcmie  des  Sciences  pour  177J. 

Oij 


loS  HISTOIRE 

43  2  oooo  ans  ,  divifés  en  quatre  âges.  Le  premier  ,  l'âge  d'in- 
nocence a  duré  1728000  ans  ;  le  fécond ,  1196000;  le  troi- 
licmc,  8  64000  ;  enfin,  le  quatrième,  l'âge  d'infortune,  celui 
où  ils  font  prëfentemcnt, qu'ils  appellent  caliyougan^  doit  durer 
432000  ans.  Remarquons  que  les  Perfes  partagent  auiîî  la 
durée  du  monde  en  quatre  âges.  Il  eft  évident  que  ces  âges 
des  Indiens  ou  des  Perfes.  font  l'origine  des  quatre  fiecles  des 
poètes.  Ces  fables  font  abfurdes  ,  mais  ce  qui  eft  remarquable  , 
c'eft  qu'en  1762,  tems  auquel  M.  le  Gentil  étoit  dans  l'Inde, 
ils  comptoient  la  48  63'  année  du  quatrième  âge.  Jamais  la 
vérité  n'a  été  mêlée  au  menfonge,ou  du  moins  à  la  fable, avec 
un  cara£l;cre  plus  propre  à  la  faire  diftinguer.  Le  petit  nombre 
des  années  du  dernier  âge  prouve  qu'il  renferme  une  véritable 
époque  chronologique ,  qui  remonte  à  l'an  3  i  o  i  avant  J.  C. 
Il  ne  leur  en  auroit  pas  plus  coûté  de  donner  à  ce  dernier  âge, 
comme  aux  premiers  ,  plufieurs  milliers  de  fiecles  ,  s'ils  n'avoient 
pas  quelques  monumens  hiilroriques,  quelques  traditions  fui  vies, 
ou  plutôt  quelqu'obfervation  qui  leur  fert  d'époque ,  &  qui 
établit  fa  durée  d'une  manière  précife.  C'eft  en  effet  l'époque 
de  leurs  calculs  aftronomiques;la  date  de  leur  empire,  de  leurs 
premiers  rois  remonte  à  l'an  3553.  Cependant  malgré  cette 
antiquité  de  leur  Aftronomie  ,  les  procédés,  dont  ils  fe  fervent 
actuellement  pour  le  calcul  des  éclipfes  ,  ont  un  nom  qui  dans 
leur  langue  fignifie  nouveaux.  A  Bénarès  dans  le  Bengale ,  ils 
en  ont  d'autres  que  l'on  qualifie  à'anciens  ;  il  auroit  été  bien 
curieux  de  les  avoir  &  de  les  comparer.  M.  le  Gentil  n'a  pu 
fe  les  procurer.  Quelle  fera  donc  la  date  de  ces  anciens  pro- 
cédés ,  fi  ,  comme  il  nous  paroît  qu'on  n'en  peut  douter ,  les 
nouveaux  remontent  à  l'antiquité  de  leur  époque  aftronomique, 
c'eft-à-dire  ,3101  ans  avant  J.  C. 


DE     L'ASTRONOMIE.  105? 

§.     XIV. 

Leur,  zodiaque  a  deux  divifions  difFérenres ,  l'une  en  z  8  , 
l'autre  en  i  1  conftcllations ,  ou  i  i  fignes,  prefquc  leniblables 
aux  nôtres.  Nous  en  donnerons  ailleurs  les  détails  (a).  Mais 
ce  que  nous  devons  dire  ,  c'eft  qu'ils  ont  deux  zodiaques ,  l'un 
fixe  &  l'autre  mobile  ;  ce  qui  démontre  qu'ils  n'ont  pas  connu 
d'abord  le  mouvement  des  fixes.  En  conféquence ,  nous  ferions 
aflez  portés  à  croire  que  la  remarque  renouvelée  leur  en  ap- 
partient.   Nous  avons  cru  pouvoir  déterminer,  par  quelques 
conjectures  ,  que  cette  découverte  a  été  faite  vers  l'an  1250 
avant  {è)  J.  C.  Ils  font  ce  mouvement  de   54''  par  an,  &  la 
révolution  entière  de   24000   ans.  M.  le  Gentil  a  remarqué 
que   ce   nombre  divife   exactement  le  nombre  des  années  de 
chacun  des  quatre  iiges  indiens ,   de  forte  que  ces  peuples  ont 
eu  apparemment  l'intention  de  chercher  ,  pour  compofer  leur 
chronologie  des  nombres  qui  continllent  un  nombre  complet 
de  révolutions  des  fixes.  Nous  ne  croyons  pas  cependant  que 
ces  nombres  foient  imaginaires  ;  il  y   a  apparence  qu'ils  ont 
réduitlcs  années  en  jours, &même  en  plus  petits  intervallcs(c},& 
qu'ils  y  ont  ajouté  fans  fcrupule  le  nombre  de  ces  petits  inter- 
valles nécelTaires  pour  remplir  les  vues  que  nous  leur  fuppofons. 
Nous  montrerons  {d)  qu'il  n'en  réfulte  pas  une  grande  erreur 
fur  leur  chronologie ,    &  que  notre  conjecture  eft  appuyée  fur 
beaucoup  de  probabilités. 

Cette  connoiirance  du  mouvement  des  fixes  en  longitude , 
dont  nous  parlerons  plus  au  long  au  tems  où  la  découverte  en 
fut  renouvelée  par  Hipparque ,  fuppofe  l'obfervation  du  lieu 


(  a  )  Infra  ,  Éclaire.  Liv.  IX,  (  c  )    Infra  ,  Éclaire.  Liv.  I.  §.  1 3  &  1 7. 

(i)  Ibidem^  §.  il.  {d)  Ibidem ,  5.17. 


HZ  HISTOIRE 

des  étoiles.  Mais  iis  n'onc  plus  aucune  connoilTimce  de  ces  ob- 
fervacions.  Un  profond  oubli  les  a  enfeveliesjainfi  que  celles  qui 
ont  fondé  la  détermination  de  leur  année;  détermination  dont 
l'exacbirude  eft  à-peu-près  la  même  que  celle  qui  réfulte  de  la 
période  de  600  ans.  L'année  des  Indiens  eft ,  félon  M.  le 
Gentil,  de  3  (^5^,  1  5'',  3  ^  »  i  5"-  Ces  heures  font  indiennes. 
Le  jour  qui  le  compte  d'un  lever  du  foleil  à  l'autre  en  contient 
60  ;  chaque  heure  60';  chaque  minute  60  .  Leur  année  eft 
donc  fidéralc  &  de  365',  6  ,  11  ,30,  fuivant  notre  manière 
de  compter.  En  retranchant  21  ,35,.!.  caufe  du  mouvement 
des  étoiles  en  longitude  de  ^4  ,  leur  année  tropique  (*),  ou 
la  révolution  du  iolcil  à  l'égard  du  même  point  de  l'écliptique, 
fera  de  365-',  5'',  50',  54'  ,  qui  ne  difl-ere  que  de  41",  de 
celle  qui  étoit  en  ufage  avant  le  déluge.  Les  Indiens  d'ailleurs 
partagent  le  jour  en  huit  intervalles  ,  comme  ont  fait  depuis  les 
Romains.  Ces  intervalles  qui  font  pour  eux  de  fept  heures  &c 
demie  ,  font  fans  doute  pour  l'ulage  civil  ;  au  lieu  que  la  di- 
vifîon  en  6  o  heures  eft  un  ulage  aftronomique.  Or  ,  cette  ma- 
nière de  compter,  propre  &  particulière  à  la  fcience  ,  prouve 
qu'elle  a  été  cultivée  6c  perfectionnée.  Et  comme  les  Indiens 
pratiquent  fans  inventer  ,  ni  perfectionner  rien,  il  s'enfuit  qu'ils 
ont  reçu  cette  manière  de  compter  ,  avec  les  méthodes  dont  ils 
font  ufage,  d'un  peuple  plus  ancien  qui  en  étoit  l'inventeur. 
La  généralité  même  de  cet  ulage  eft  une  preuve  de  fon  antiquité. 
Le  jour  eft  également  divilé  en  60  heures  chez  les  Siamois, 


(  *)  L'année  donc    nous  faifons   ufage,  au  même  point  Je  l'ccliptiquc.  Mais  comme 

l'année  civile  elt  !e  tems  du  retour  du  foleil  le   (oleil    lorù]u'il    revient  au  lieu   oïl  étoit  ' 

au  même  y.nwt  de  l'éclipcique,  au  même  fol-  l'éroile  ,  la  trouve  un  p:;uplu<;  avan:cc,  il  faut 

ftice ,  aumême  équinoxe.  On  l'appelle  l'an-  que  le  (oleil  parcoure  ce  petit  efpace  pour 

niztnrpijTrr.- L';t".rté^^érare~èÛ  le  tcvns  iA-injoinèrcr,- 'et- V armée  (t<+cralc  eft   plti?' 

du  retour  du   foleil  a  la  même  é.oile ,   qui  longue     que    l'année    tropiqae     du     rems 

fcroit  le  même  que  le  tems  de  l'année  tro-  que  le   loleil   emploie  A  parcourir   cet  ef- 

pique  ,   fi  les  étoiles  répondoicnt  toujours  pace. 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  m 

les  Tartares ,  les  Perfcs ,   les  Chaldéens,  les  Egyptiens,  enfin 
chez  tous  les  peuples  connus  de  l'ancien  monde. 

§.      X  V. 

Les  Indiens  règlent  leur  chronologie  par  des  périodes 
de  60  ans.  Cette  période,  ainii  que  la  diviGcn  du  jour  nous 
paroît  ,  comme  nous  l'avons  dit  (û)  ,  fondée  uniquement 
fur  la  propriété  du  nombre  lexagéfimal  {b).  Les  Lidiens  ne 
connoiirent  point  la  période  antédiluvienne  de  600  ans; 
mais  ,  comme  le  remarque  M.  le  Gentil  ,  ils  s'en  fervent 
fans  la  connoitre  ;  ils  employent  dans  leurs  calculs  aftrono- 
miques  une  période  de  3600  ans,  qui  eft  Iuni-1'olaire ,  com- 
pofée  de  fix  périodes  de  600  ans,  &:  feulement  un  peu  moins 
exacle  ,  parce  que  l'erreur  y  eft  fix  fois  plus  grande.  Nous 
croyons  celle-ci  d'une  invention  plus  moderne  que  les  autres: 
&  le  fruit  de  la  remarque  que  le  moyen  mouvement  du  folcil, 
après  un  intervalle  de  3600  ans,  avoit  befoin  d'une  cor- 
rection (c). 

§.      X  V  L 

Les  Brames  connoifTent  le  gnomon  ,  &  s'en  fervent  à  plu- 
sieurs ulages.  C'eft  au  moyen  de  cet  inftrument  qu'ils  orientent 
leurs  pagodes.  Ils  décrivent  un  cercle  au  pied  de  l'inftrument , 
&  ayant  marqué  deux  points  d'ombre  ,  pris  dans  ce  cercle 
avant  &  après  midi  ,  ils  partagent  l'intervalle  de  ces  deux 
points ,  &  tirent  la  méridienne.  Ainfi  ils  n'i[;norent  pas  l'é- 
galité de  la  longueur  des  ombres  à  égales  diftances  du  méridien. 
Ils  font  cette  opération  avec  juftelle.    M.  le  Gentil  a  trouvé 


(  a )  Supra  ,  Livre  III  ,  §.  j.  Mém.  de  l'Ac.  desinfc.  T.  XXIII ,  p.  Si. 

(i)  Cenforin,   ch.  i8.  (e)  Infra  ,  Éda/rc.  Liv.  III,  j.  ii. 


ii2  HISTOIRE 

que  les  faces  de  leurs  pagodes  regardoient  fort  cxadlenient  les 
quatre  points  cardinaux.  L'ufage  d'orienter  les  batimens,  com- 
mun aux  Indiens ,  aux  Chinois ,  aux  Chaldéens  àc  aux  Egyptiens  , 
eft  im  rcfte  bien  marqué  de  l'ancienne  Aftronomie ,  &:  une 
pratique  établie  par  quelque  fuperftition  ,  mais  qui  chez  ces 
peuples  divers  a  une  origine  commune. 

Le  gnomon  leur  fert  encore  à  diftinguer  la  latitude  des  dif- 
férentes villes  ,  par  la  proportion  de  la  longueur  de  l'ombre  à 
la  hauteur  du  gnomon  ,  le  jour  de  l'équinoxe.  En  efFet ,  cette 
obfervacion  leur  donne  la  hauteur  de  l'équateur  fur  l'horifon. 
Enfuite,  par  la  connoiffhnce  qu'ils  ont  de  l'obliquité  de  l'éclip- 
tique  ,  ils  calculent  des  tables  de  la  longueur  des  jours,  relative 
à  la  diftance  du  foleil  à  l'équateur ,  &  pour  un  lieu  déterminé. 
Ces  tables  fuppofent  une  obliquité  de  Técliptiquc.  M.  le  Gentil 
nous  apprend  que  pour  retrouver  par  le  calcul  les  nombres  de 
leurs  tables  ,  il  faut  employer  une  obliquité  un  peu  plus  grande 
que  25°.  Ainfi  voilà  un  élém.ent  pour  ceux  qui  admettent  la 
diminution  de  l'obliquité  de  l'écliptique  ,  &:  il  eft  d'autant  plus 
iîngulier  que  ce  n'ell  pas  le  feul  indice  que  l'on  trouve  dans 
les' tems  anciens  d'une  obliquité  iî  grande  (a). 

Les  I  2  mois  font  réglés  fur  le  cours  du  foleil ,  &  font 
précifément  le  tems  que  le  foleil  relie  dans  chacun  des  i  2 
fjgnes  du  zodiaque.  Ces  mois  font  inégaux  ,  d'oii  il  réiulte 
que  les  Brames  connoifTent  l'inégalité  du  foleil.  Cette  forme 
de  mois ,  où  il  entre  des  fradtions  de  jours  ,  eft  purement 
aftronomiqtfe  ;  ils  en  ont  fans  doute  une  autre  plus  com- 
mode dans  l'ufage  civile.  Nous  croyons  qu'ils  doivent  fuivrc 
l'ufage  ancien  &  général  de  l'orient ,  de  faire  i  2  mois  de  3  o 
jours  ,   avec  cinq  jours  ajoutés  à  la  fin.  de  l'année.    On  peut 


(a)  Infru^  Éclairciflemens ,  Liv.  III.  §.  14. 

même 


DE     L"  ASTRONOMIE.  113 

même  tîonclurc  qu'ils  ont  un  jour  intcrcaLiire  tous  les  quatre 
ans,  puifque  des  millionnaires  {a)  ont  trouvé  que  la  forme  de 
leur  année  reffembloit  à  l'anné*^  julienne. 

§.      XVII. 

C  E  qui  fiiit  le  plus  d'honneur  à  l'Aftronomie  des  Indiens  , 
ce  font  les  méthodes  pour  les  éclipfes.  Ils  calculent  avec  une 
grande  célérité,  avec  aflez  de  précifion.Les  brames  femblentdes 
machines  montées  pour  calculer  des  éclipfes.  Leurs  règles  font 
en  vers  qu'ils  récitent  en  opérant.  Ils  fe  fervent  de  cauri^^eCpecc 
de  coquilles ,  qui  fert  de  monnoie  dans  l'Inde.  Cette  manière 
de  calculer  a  l'avantage  d'être  prompte  &c  expéditive  ;  mais 
aulîî  on  ne  peut  pas  revenir  fur  fes  pas  ;  on  efface  à  mefure 
qu'on  avance  ,  &:  fi  l'on  s'cft  trompé ,  il  faut  recommencer. 

Leurs  procédés  paroiffcnt  d'une  {implicite  finguliere.  La 
théorie  de  la  lune,  la  plus  compliquée  de  nos  théories  mo- 
dernes ,  n'a  point  chez  eux  de  cilcul  cmbarralîant ,  ni  pénible. 
Ils  ont  huit  périodes  des  mouverne.is  de  la  lune  ,  &  au  moyen 
de  quatre  divilions  Se  de  quatre  multiplications  faciles  ,  ils 
trouvent  quatre  quantités  qui  étant  additionnées  ,  donnent  la 
longitude  vraie  de  la  lune ,  à  laquelle  cependant  ils  appliquent 
encore  deux  petites  corrections.  Ils  trouvent  les  diamètres  du 
foleil  6c  de  la  lune  par  une  opération  fort  (impie  ,  que  nous 
rapporterons  ici  comme  une  exemple  curieux  de  ces  renfles  fin- 
gulieres.  Ils  prennent  le  mouvement  diurne  vrai  de  la  lune  ,  le 
divifent  par  1  5  ;  le  refte  de  la  divifîon  ,  multiplié  par  60^  8c 
divifé  par  i  5  donne  le  diamètre  actuel  de  la  lune.  Ils  calculent 
le  diamètre  du  foleil ,  en  multipliant  fon  mouvement  diurne 
vrai  par  5  ,  6c  le  divifant  par  9  ,  le  quotient  eft  le  diamètre 

(a)  Jnfrà,  ÉclairciiTemeos j  Livre  III,  §.  17. 


ï  1 4  HISTOIRE 

du  foieil.  Nous  avons  trouvé  dans  les  papiers  de  feO*M.  de 
Liflc  ,  qui  font  au  dépôt  de  la  marine  ,  deux  efpeces  différentes 
de  règles  ou  de  tables  indiennes  ,  envoyées  en  Europe  par  les 
miflionnaircs.  Ces  règles  font  toutes  différentes  de  celles  que 
AI.  le  Gentil  a  rapportées  des  Indes.  Les  nombres  employés , 
par  exemple  ,  pour  calculer  les  diamètres  du  foieil  èc  de  la  lune 
ne  font  pas  les  mêmes.  Nous  avons  foupçonné  que  ces  règles 
pourroient  bien  être  les  anciennes  qui  font  à  Bénarès  ,  6c 
que  M.  le  Gentil-  {a)  n'a  pu  fe  procurer.  Il  a  promis  de  les  exa- 
miner. Son  intention  efl:  de  pénétrer  dans  les  myfteresdeces  cal- 
culsindiens,  ôc  d'en  ramener  les  principes  à  ceux  de  notre  Aftro- 
nomie  européenne  ,  comme  a  fait  Dominique  Calfini  pour  l'A(- 
tronomie  des  Siamois.  On  ne  peut  s'empêcher  de  penler  que 
ces  tables  ou  ces  règles  des  brames  appartiennent  à  une  théorie 
favantc.  Les  principes  en  font  cachés  aujourd'hui  fous  une 
routine  aveugle  ,  que  beaucoup  d'art  a  jadis  rendu  fimple  Se 
liire.  M.  le  Gentil  n'a  pas  trouvé  plus  de  2  i  à  24  minutes  de 
diflérence  entre  leur  calcul  Se  l'obfervation  de  deux  éclipfes 
de  lune.  Il  eft  remarquable  même  que  dans  ces  deux  éclipfes  , 
les  brames  ont  donné  plus  exactement  le  tems  de  la  durée  que 
les  tables  de  Maïcr ,  les  plus  exades  que  nous  ayons. 

§.     X  V  I  I  I. 

C  E  qui  doit  étonner ,  c'efl:  que  ces  tables  des  brames  ont 
peut-être  j  à  6000  ans  d'antiquité.  AulFi  M.  le  Gentil  croit 
que  les  Indiens  eux-mêmes  fe  font  appercus  qu'elles  avoient 
befoin  d'être  corrigées.  Lorfqu'en  partant  de  leur  époque ,  ils 
ont  calculé  la  longitude  moyenne  du  foieil  &C  de  la  lune  ;  ils 
en  ôtent  une  quantité  confiante.  M.  le  Gentil  conjefture  que 
s'étant  appercus  à  la  longue  que  leurs  calculs  ne  cadroient  plus 

(a)   Mcraoires  de  l'Acadcmie  des  Sciences  ,   ar.née  1775. 


DE     L' ASTRONOMIE.  iiç 

Avec  roblcrvatioii ,  ils  n'onc  trouvé  d'autre  moyen  d'y  re- 
médier ,  que  de  retrancher  cette  quantité  ,  pour  rendre  leurs 
tables  plus  conformes  à  l'état  du  ciel ,  dans  les  tcms  des  oppo- 
fitions  (Se  des  conjon(9:ions  de  la  lune.  Comme  ils  n'obrcrvcnc 
cette  planète  que  dans  ces  deux  points  ,  peu  leur  importe  que 
leurs  tables  foient  en  défaut ,  ou  non  ,  hors  le  tems  des  fl- 
zigies  [a).  Nous  penfons  que  cette  corrcclion  a  pu  être  faite 
l'an  7  S  de  notre  ère  ,  du  tcms  de  Salivaganam  ,  l'un  de  leurs 
princes ,  fous  le  règne  duquel  les  Brames  difcnt  qu'il  y  eut  une 
cfpece  de  réforme  de  leur  Aflronomie. 

Quoique  ceux  qui  fe  mêlent  d'Aftronomie  ,  c'eft-à-dire  les 
Brames  ,  puiflent  avoir  une  notion  aflez  jufte  de  la  nouvelle  de 
de  la  pleine  lune,  le  peuple  plongé  dans  la  plus  profonde  igno- 
rance explique  les  phafes  à  la  manière.  Il  prétend  que  la  lune 
eft  remplie d'ambroifîe,&;  que  les  dieux  v  viennent  prendre  leurs 
repas ,  c'cfl  ce  qui  fait  diminuer  fa  lumière.  La  régularité  du 
retour  des  phales  annonce  que  la  provifion  cft  loigneufement 
renouvelée  ,  &;  que  les  dieux  ont  un  appétit  fort  réglé  (^). 

Les  Brames  placent  la  t°rre  au  centre  de  l'univers.  Ils  ima- 
ginent fcpt  mondes;  ce  font  les  planètes , entre  iefquelles  la  terre 
pofée  fur  une  montagne  d'or  occupe  le  lieu  princip'al.  Il  ne 
paroît  pas  qu'ils  connoiflent  le  mouvement  diurne  de  la  terre. 
Ils  pcnlent  que  les  étoiles  fe  meuvent.  Ils  difent  que  ce  font 
des  poifTons  ,  parce  qu'elles  fe  meuvent  dans  l'échcr  ,  comme 
le6  poiflons  dans  les  eaux.  Cette  idée  ,  qui  lans  doute  n'eft 
qu'une  figure  ,  eft  plus  jufte  6c  plus  philofophique  que  celle  des 
anciens  Grecs  qui  s'imaginoicnt  que  les  étoiles  étoicnt  atta- 
chées comme  des  doux  à  la  calotte  fphérique   ôc  folide   du 


(a)  M.  le  Gentil,  Mémoires  de  l'Académie  (i)  Recueil  d'Obfervations  du  P.  Soucier  j 

des  Sciences  j  1773.  T.  I.p.  J*' 


1 1  6  HISTOIRE 

ciel.  Les  millionnaires  Danois  afTurcnt  que  les  Brames  font  par- 
tagés ,  &;  que  les  uns  fouticnnent  que  la  terre  fe  meut ,  tandis 
que  les  autres  penfcnt  que  c'eft  le  folcil  {a).  Voilà  des  traces 
bien  marquées  de  l'Aftronomic  antérieure  ,  dont  nous  avons 
parlé.  Un  peuple,  qui  pofe  la  terre  fur  une  montagne  d'or,  ne 
Ja  met  point  en  mouvement  autour  du  foleil ,  &:  ne  s'élève 
point  de  lui-même  au  vrai  fyftêmc  du  monde.  Audi  nous  pou- 
vons croire  que  ce  n'cft  qu'une  opinion  particulière  ,  fondée 
lur  la  tradition  ,  &  regardée  fans  doute  par  le  grand  nombre 
comme  une  erreur.  Pour  oppofer  l'ineptie  de  leurs  raifonne- 
mens  fur  les  caufes  à  la  beauté  &  à  la  fimplicité  de  leurs  mé- 
thodes ,  ajoutons  qu'ils  comptent  neuf  planètes  ,  favoir  ,  les  fcpc 
que  nous  connoillons,  Scdcux  dragons  invifibles  qui  font  la  caufe 
des  éclip(cs.  Comme  ces  phénomènes  arrivent  dans  diflérens 
points  de  l'écliptique  ,  il  a  fallu  que  ces  dragons  fulfent  errans  , 
Se  ils  en  ont  fait  des  planètes.  Il  cft  aifé  de  fentir  qu'un  peuple 
qui  ,  à  des  méthodes  favantes,  joint  des  caufes  abfurdes  des 
phénomènes,  a  reçu  d'ailleurs  ces'méthodes  ,  &  n'a  de  part 
qu'à  l'invention  des  abfurdités. 

Quant  à  l'ordre  des  planètes  ,  tout  ce  que  nous  en  favons , 
c'eft  qu'ils  placent  la  lune  plus  loin  que  le  foleil.  Cette  incon- 
féquence  ell:  extraordinaire  de  unique  dans  l'hiftoire  de  l'Af- 
tronomie.  Peut-être  eft-ce  parce  que  la  lumière  de  cette  pla- 
nète n'échauffe  point ,  qu'ils  la  jugent  plus  éloignée  que  le 
foleil  qui  les  brûle.  Ce  n'cft  feulement  pas  le  peuple  qui  eft 
dans  cette  opinion  ,  ce  iont  les  Brames  mêmes.  Un  Brame  de 
Tanjaor,  fe  trouvant  en  prifon  avec  un  de  nos  millionnaires, 
eut  de  longues  conférences  av&c  lui.  Il  fouffroit  aflez  patiem- 
ment que  le  millionnaire  réfutât  l'idolâtrie  ,   qu'il  dît  tout  ce 


(  a  )  In  contimiaiione  XLFJ  &  LXVII ,  Rclat.  Miffion,  Dani(K 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  117 

qu'il  vouloic  contre  les  idoles  6c  les  dieux  ;  mais  quand  il  vie 
que  le  millionnaire  prétendoit  que  le  foleil  étoic  plus  éloigné  de 
nous  que  la  lune  ,  il  fc  fâcha  tout  de  bon  ,  &;  ne  voulue  plus 
lui  parler.  Les  opinions  religieufes  font  communément  celles 
auxquelles  où  tient  le  plus ,  mais  fans  doute  que  ce  minîftre 
des  dieux  étoit  aftrologue  ,  5c  que  l'aftrologie  lui  étoit  plus 
utile  que  leur  culte  {a). 

§.     XIX. 

Les  Brames  abufcnt  de  leurs  connoifTances  aftronomiques 
en  faveur  de  l'affcrologie.  Ne  communiquant  point  leur  favoir  , 
n'enviant  celui  de  perlonnc ,  ils  ont  gardé  leurs  fables ,  leurs 
fuperftitions  6c  toute  la  rouille  de  l'antiquité.  Chaque  jour  de 
Lt  lemaine,  de  chaque  heure  du  jour  &:  de  la  nuit,  eft  propre 
à  faire  certaines  chofes  déterminées  dans  un  livre,  ou  efpece 
d'almanach  qu'ils  nomment  Panjangam  {è).  Il  paroît  qu'ils  fe 
font- adonnés  aulh  à  l'aftrologie  naturelle  ,  &  qu'ils  ont  fait  des 
prédictions  relatives  à  l'agriculture.  Il  étoit  ordonné  jadis  chez 
eux  par  une  loi  de  porter  tous  les  ans  au  roi  les  prédiiftions 
qui  concernoient  les  fruits  delà  terre, les  animaux, les  hommes 
en  général  Se  la  patrie.  Celui  qui  fe  trompoit  trois  fois  étoir 
condamné  au  filence  ;  les  autres  jouifîoient  d'une  grande  con- 
fidération  (c).  Les  Brames  lont  d'ailleurs  fort  attentifs  aux 
aftres,  quife  trouvent  au  méridien,  dans  l'inftant  de  la  nailîance 
d'un  enfant.  Mais  ils  ont  foin  de  cacher  les  fecrets  d'un  arc 
qui  les  enrichit  ou  du  moins  les  fait  vivre.  Malgré  toutes  ces 
abfurdités  ,  qui  font-  une  contradiction  fmguliere  avec  leurs 
méthodes  favantes  ,   leur  orgueil  n'en  cfb  pas   moins   cxceiîif. 


(  û  )    Souciet  ,    Recueil    d  Cbfcrvations  (/■)  Abraham  Roger  ,  Ihcâr.  de  l'IdoL 

faites  aui  Indes  &  à  la   Chine,   tome  I,       page   84. 
page  S.  (  c)  Diodore  de  Sicile  ,  Liv.  II ,  j.  ij. 


iiS  HISTOIRE 

Ils  nous  mépriieiic  nous  autres  Européens  ,  dit  M.  le  Gentil , 
ôc  nous  regardent  à-peu-près  comme  des  fauvages  qui  n'ont 
point  ou  prefque  point  de  connoiirances.  Fiers  de  leur  cafte  , 
de  leur  antiquité  ôc  de  leur  Tavoir  ,  ils  ont  peine  à  fe  figurer 
que  nous  cultivions  les  fcienccs ,  que  nous  ayions  des  univcr- 
iités  5  des  académies,  comme  ils  en  ont  dans  plufieurs  villes, 
fur-tout  à  Bénarès  dans  le  Bengale  ,  la  plus  célèbre  académie 
de  tout  rindoftan.  L'orgueil  des  Indiens  eft  la  fuite  nécef- 
fairc  de  leur  ancienne  fupériorité.  Héritiers  des  connoiflances 
du  peuple  antérieur  qui  fut  la  fource  de  la  lumière  ,  ils  ont 
joui  long-tems  du  privilège  d'être  les  feuls  éclairés.  Leurs 
fages  attiroient  des  contrées  les  plus  éloignées  ceux  qui  afpi- 
roient  à  le  devenir.  La  vanité  s'accoutume  aifément  à  donner 
fans  recevoir.  Mais  à  la  fin  les  autres  peuples  s'éclairent ,  &c 
ceux  qui  étoient  féparés  jadis  par  leur  lupériorité ,  ne  le  font 
plus  que  par  leur  orgueil. 

§.      X   X. 

Nous  paflons  à  une  nation  non  moins  fage  ,  non  moins 
antique ,  mais  plus  longtems  inconnue  à  notre  Europe.  Nous 
parlons  des  Chinois  ,  du  peuple  le  plus  ancien  de  la  terre  ,  fi 
l'on  s'en  rapporte  uniquement  aux  monumens  authentiques;  le 
plus  jaloux  de  fon  antiquité  Se  le  plus  foigneux  d'en  conferver 
le  fouvenir.  S'il  y  a  un  peuple  dont  la  chronologie  &  l'hiftoirc 
méritent  quelque  croyance  ,  c'eft  celui  chez  qui  le  foin  de 
conferver  les  faits  hiftoriques  ,  a  été  une  affaire  d'état ,  fou- 
mife  à  un  tribunal  où  tout  eft  pefé ,  épuré  avec  l'équité  &i  le 
refpecl  qui  font  dûs  à  la  poftérité.  C'eft  le  feul  exemple  qu'il 
y  ait  fur  la  terre  d'une  pareille  inftitution, 


DE     L'ASTRONOMIE.  119 

§.      XXI. 

Si  l'empire  chinois  nous  a  paru  par  quelques  conjetlures 
remonter  jufques  vers  l'an  3  3  5  7 ,  ou  même  3851  {a)  avant 
J.  C. ,  le  règne  de  Fohi  ^  le  premier  empereur  de  la  Chine  en 
2  9  5  z  ,  cft  la  date  d'une  tradition  certaine  &  non  interrompue. 
Il  fut  le  premier,  dit-on  ,  qui  drelTii  des  tables  aftronomiques, 
qui  donna  la  figure  des  corps  célcftes ,  &:  la  connoiffance  de  - 
leur  mouvement  {/}].  On  ne  peut  dire  ce  qu'étoient  ces  tables  , 
ni  cette  connoifTance  des  mouvcmens  céleftes.  Mais  on  avoic 
donc  déjà  fur  l'Aftronomie  des  idées  fuivies  èc  rangées  fuivant 
un  certain  ordre.  Ce  qui  annonceroit  une  fcience  depuis  long- 
tems  cultivée  ,  &  un  peuple  beaucoup  plus  ancien  que  l'époque 
de  Fùhi  ,  i\  par  les  faits  que  nous  avons  établis  ,  &  dont  la 
Chine  fournit  une  nouvelle  preuve,  nous  n'avions  pas  droit  de 
regarder  cette  Agronomie  déjà  fondée,  comme  les  refces  d'une 
Aftronomic  plus  ancienne. 

Il  paroît  que  les  folftices  étoicnt  connus  alors  à  la  Chine , 
puifque  l'empereur  Fohi  faifoit  chaque  année  des  faa-ifices  d'a- 
nimaux à  ces  deux  termes  du  mouvement  du  foleik  Son  fuc- 
cefleur  y  ajouta  deux  fêtes  aux  tcms  des  équinoxes  (c).  Les 
Chinois  ont  confervé  un  ouvrage  du  règne  de  cet  empereur  , 
c'eftl'Y-King,  le  premier  des  cinq  King.  Là  fe  trouve  l'expli- 
cation des  fameux  Koua ,  ou  caractères  de  Fohi.  Ce  font  des 
lignes  entières ,  ou  rompues,  qui  forment  6  4  combinaifons  [d .  Les 
Chinois  font  perfuadés  que  les  principes  de  la  morale  ,  des 
fciences  de  de  l'aftrologie  y  font  cachés  ;  ils  fe  fatiguent  pour 
les  V  retrouver.  Dans  tous  les  tems ,  le  premier  foin  de  tout 


# 


(  a)  Infra  ,  i.c'ia\ic.Liv.  III,§.  13.  (a)   Martin,   tome  I ,  page  11. 

(  i  )  Martin,  tom.  I  ,  pag.  i8.  Hift.  Gén.  des  Voy.  irt-12. ,  :om.  XXII, 

(i)  Hift.  des  Yoy./n-ii,T.  XXIII  p.  6,        page  103. 


lio  HISTOIRE 

Chinois,  qui  a  inventé  une  théorie  aftronomique,  a  été  de 
prouver  qu'elle  étoit  renfermée  dans  les  Koua  de  Fohi.  Con- 
fucius  n'y  a  pas  manqué  pour  fa  morale  ,  qu'il  a  étayée  du 
refpedt  que  la  nation  porte  <à  cet  empereur.  Mais  il  n'eft  point 
fur  que  ces  caractères  ayent  jamais  fignifié  quelque  chofe ,  ôc 
il  ell  très-pollible  que  ce  ne  foit  qu'un  clFai,  fait  au  hafard,  pour 
ranger  ces  deux  fortes  de  lignes ,  félon  toutes  les  combinaifons 
^  qu'elles  peuvent  admettre. 

§.      X  X  I  I. 

Sous  le  règne  d'Hoang-ti ,  2(397  ^^'^^  avant  J.  C.  Yu-chi 
remarqua  l'étoile  polaire  6c  les  conftellations  qui  l'environ- 
nent (û).  Le  pôle  de  la  terre  dans  fa  révolution  rencontre  fuc- 
çeirivemcnt  différentes  étoiles.  Celle  qu'aujourd'hui  nous  nom- 
mons polaire  écoit  alors  fort  loin  du  pgle.  Ce  fait  de  l'hiftoirc 
çhinoifc  cft  pleinement  confirmé  par  l'Aftronomie.  L'an  2850 
avant  J.  C.  il  y  avoitprécifément  au  pôle  une  étoile  de  la  féconde 
grandeur,  très-propre  à  fe  faire  remarquer;  c'elt  celle  qui  eft 
dçfignée  dans  nos  catalogues  fous  le  nom  de  du  «  dragon.  En 
1697  elle.n'étoit  éloignée  du  pôle  que  de  2°  ;  on  devoit  donc 
la  regarder  comme  immobile, 

Yu-chi  compofa  une  machine  en  forme  de  fphere  dont  on  a 
perdu  la  figure.  Elles  repréfentoit  les  orbes  célcftes.  Cette  fphere 
fut  perfectionnée,  300  ans  après,  au  tcms  d'Yao.  On  en  conf- 
fruifit  une  compofée  de  pluficurs  cercles,  les  uns  fixes,  les  autres 
jTiobiles,  abfolumcnt  iemblablc  à  celle  que  nous  avons  décrite  dans 
le  deuxième  livre,  Les  Chinois  eurent  donc  cet  inftrumcnt  Z400, 
pu  même  2700  ans  avant  J.  C.  Ils  n'avoiçnt  pas  fait  les  mêmes 
progrès  dans  les  autres  arts.   Les  caractères  de  l'écriture  étoient 

(<î)  Martin,  tome  I ,  page  38, 

peu 


DE     L' ASTRONOMIE.  m 

peu  connus,  ou  du  moins  n'étoient  pas  perfecftionnés  (a).  Il  eft 
naturel  que  les  dilFérens  arts  de  les  icienccs  marchent  d'un  pas 
à-pcu-près  égal  chez  une  nation  éclairée.  On  eft  étonné  qu'un 
peuple  qui ,  à  cette  époque  avoit  des  connoitrances  afbrono- 
miques  Ci  avancées  ,  eût  i\  peu  perfectionné  l'art  d'écrire  fcs 
idées.  C'eft  une  preuve  évidence  que  ces  connoilTances  luiécoient 
étrangères  ,  èc  qu'elles  venoient  du  peuple  inventeur  qui  l'avoit 
précédé.  Yu-chi  fît  auilî  plulieurs  expériences  pour  prévoir  les 
changemens  du  tems  &:  de  l'air.  Ainfi  voilà  une  date  très-an- 
cienne de  raftrolo2:ie  naturelle.  D'ailleurs  ,  en  lifant  l'hiftoire 
delà  Chine,  on  trouve  que  cette  aftrologie ,  &c  l'aftrologie 
judiciaire  font  auili  anciennes  que  l'hiftoire  même.  Dans  le 
Tschun-tHcou ,  de  même  qne  dans  le  Chi-king ,  on  voit 
qu'on  avoit  attention  aux  apparitions  des  étoiles  èc  des  pla- 
nètes à  certaines  heures  ,  à  certains  lieux  du  ciel  ,  &  fur- tout 
au  pafTage  par  le  méridien.  Il  eft  inutile  de  rapporter  ce  qu'on 
en  concluoit  pour  le  gouvernement  de  l'état  &  des  familles. 
Cela  ne  tient  point  à  l'Aftronomie. 

§.      XXIII. 

C'est  alors  que  fut  établi  le  cycle  de  60  ans,  dont  ces 
peuples  fe  fervent  encore.  On  lui  donna  pour  époque  la  pre- 
mière année  du  règne  de  Hoang-ti;  &  depuis  ce  tems  jufqu'au- 
jourd'hui  tous  les  faits  hiftoriques  ont  été  liés  aux  années  de 
ce  cycle  (è).  Cette  période  de  60  ans  eft  évidemment  la  même 
que  celle  des  Indiens.  Chacune  des  années  de  ce  cycle  a  un 
nom  compofé  de  deux  mots.  L'un  appartient  à  une  fuite  de 
dix  mots  comme  Kia  ,  Y  ,  Ping  ,  Sec.  ;  l'autre  à  une  féconde 
fuite  de  douze  mots  comme  Tfu  ,  Theou  ,  Yn  ,  &c.'  qui  font 


( a)  Infr'^ ,  Éclaire,  Liy.  III ,  ^.  17.  (  à )  Infrl ,  Éclaire.  Liv.  III  ,%.x6, 

Q 


izi  HISTOIRE 

des  noms  d'animaux.  Le  premier  de  l'une  fe  combine  avec  le 
premier  de  l'autre,  le  fécond  avec  le  fécond,  Sec.  La  première 
fuite  eft  finie  au  dixième  de  la  féconde ,  de  forte  que  le  pre- 
mier de  la  période  de  i  o  ,  fe  recombine  avec  l'onzième  de  la 
période  de  12,  &  les  deux  premiers  ne  fe  retrouvent  en- 
femble  que  la  6  i  année.  On  ne  dit  point  la  première ,  la  fé- 
conde année  du  cycle,  mais  l'année  Hia-Tsu,  Y-Theou,  6:c, 
Cette  période  dé  i  i  années,  renfermée  dans  celle  de  60, 
eft  très -répandue  dans  l'A  fie  ;  nous  la  retrouverons  chez  les 
Chaldéens.  On  prétend  qu'elle  a  une  origine  aftrologique,  mais 
ce  n'eft  pas  autre  chofe  que  la  période  qui  ramené  Jupiter  vu 
de  la  terre  au  même  point  du  ciel  (a).  Les  Chinois  ont  auflî 
la  période  de  i  9  ans  ,  qui,  ainfi  que  celle  de  60  ,  èc  peut- 
être  celle  de  I  z  ,  font  le  Iruit  des  connoilîances  antérieures  à 
tous  les  peuples  dont  nous  faifons  l'hiftoire. 

§.     XXIV. 

HoANG-Ti  eft  l'auteur  de  plufieurs  inftrumens  pour  ob- 
ferver  les  aftres ,  £c  entr'autres  d'un  inftrument  qui  ,  fans 
confidérer  le  ciel,  fervoit  à  connoître  les  quatre  points  cardi- 
naux. Cet  inftrument  ne  peut  être  que  la  bouflole  qui  par 
conféquent  chez  les  Chinois  a  plus  de  4400  ans  d'antiquité. 
C'eft  ce  prince  qui  établit  aufii  le  tribunal  des  mathématiques 
£c  celui  de  l'hiftoire  ;  deux  inftitutions  qui  feront  à  jamais 
honneur  à  ce  peuple  célèbre  (^). 

On  retrouve  encore  des  traces  de  la  bouflole  ,  1400  ans 
après  fous  le  règne  de  Chingu.  Ce  prince  reçut  des  ambaffa- 
deurs  de  la  Cochinchine  (*),   6c  lorfqu'ils  prirent  con2;é  ,  il 

(li)  I.frj  ,  Éclii  c.  Liv.  III  ,  §.  lo.  {""  )  On  croi:  c]ue  le  P.    Mai-.i.^  ,    mal 

(b  )  Kucucil  d'Obrervations  du  P.  Sou-       inftnaic ,  le  troni[)e,  en  dilaiu  t]je  ces  Ain- 

ciec,  lov^  l\X ,  pag.  .^4.  bailadcuxs  étokac  ceux  de  la  QockiachioB) 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  113 

leur  fit  pi-éfcnt  d'une  machine  trcs  - ingénicufement  compofée  , 
qui  par  un  mouvement  continuel  fe  tournoit  toujours  vers  le 
midi.  Elle  s'appeloit  Chinan  ;  nom  que  les  Chinois  donnent 
encore  à  la  boulTolc  [a]. 

Nous  remarquerons  que  la  connoifTance  de  la  bouflole  a 
peut-être  été  plus  répandue  dans  l'antiquité  &;  dans  l'Afie  , 
qu'on  ne  l'a  cru  jufqu'ici.  Voilà  deux  faits  de  l'hiftoire  chinoife 
qui  dépofent  de  cette  connoiilance.  M.  Vheler  ,  dans  Ton 
voyage  du  levant,  a  entendu  dire  à  Conftantinople  que  parmi 
les  manufcrits  arabes ,  ou  perfans  ,  qui  y  étoient  alors  dans  la 
bibliothèque  du  Térail ,  on  avoir  vu  un  ancien  Hvre  d'Aftro- 
nomie  qui  luppoloit  l'ufage  de  l'aiguille  aimantée.  Cette  con- 
noilTance  enfouie  en  Perfe ,  ou  en  Arabie,  feroit  donc  encore 
au  nombre  de  celles  dont  les  anciens  auroient  hérité  fans  en 
connoître  prefque  î'ufage. 

L'empereur  Chueni  l'an  1513  compofa  des  éphéméridcs 
du  mouvement  des  cinq  planètes.  Il  eft  remarquable  que  , 
/uivant  le  perc Martini,  11  fut  élevé  à  l'empire  pour  Ion  profond 
lavoir  dans  l'Aftronomic.  C'effc  ce  prince  qui  appcrçut  les  cinq 
planètes  en  conjonclion  ;  phénomène  que  le  calcul  place  l'an 
2449  [b).  Il  voulut  que  l'année  commençât  le  premier  jour 
du  mois  ou  la  conjonclion  du  foleil  &  de  la  lune  arriveroit  le 
plus  proche  du  i  5°  du  verfeau.  Cet  ufage ,  qui  a  quelquefois 
varié, fubfiîte  encore,  6c  c'eft  pourquoi  cet  empereur  eft  nommé 
par  les  Chinois  le  père  du  calendrier  (c).  Les  Chinois  com- 
mencent leur  année  au  folftice  d'hiver  ;  &  il  y  î^  une  confé- 
quence  très  -  importante  à  tirer  de  cette  inftitution  de  l'em- 


Ih    venoient    fans    doute    d'un    pays  plus  qu'un    an    à    s'en    retourner    chez    eux, 
éloigné.  Cela  eft  d'autan:  plus  vraifembla-  (û)  Martini,   tome  I,   page  ijy. 

ble  que  le  P.    Martini   ajoute,  qu'avec   le  (  i)  Infra  ,  Éclaire.   Liv,  III ,  §.  18. 

fecours  Ai   ce;  inltrument  ,   ils  ne  furent  {c)  Martini ,  tottie  I ,  page  jz. 


Q-^] 


114  HISTOIRE 

pereur  Chucni ,  c'eft  que  le  folftice  fe  trouvoit  alors,  on  plutôt 
s'écoit  trouvé  antérieurement  à  Chueni,  au  i  5°  du  verfeau  ;  ôc 
conformément  à  la  tradition  ,  on  l'y  croyoit  encore.  Mais  de 
ce  qu'il  avoit  été  obfervé  jadis  au  15°  du  verfeau  ,  il  s'enfuit 
que  lors  de  la  première  divifion  du  zodiaque  le  folftice  d'h'ver 
répondoit  au  1°  des  poifTons.  C'eft  ce  que  nous  avens  déjà 
remarqué. 

§.     XXV. 

L'empereur.  Yao ,  qui  régna  ver^i3  57  ,  p'-of^gca  fpé- 
cialement  l'Aftronomie.  ï!  ordonna  aux  mathématiciens  d'ob- 
ferver  le  cours  de  la  lune  &:  des  autres  aft'-es  ,  pour  apprendre 
au  peuple  ce  qui  regarde  les  fa.fons.  On  apprend  par  un  paf- 
fage  du  Chou-king,  livre  compofé  du  tems  même  d'Yao  , 
que  les  Chinois  avoienc  alors  une  année  de  j,  6  6  jours.  Ainfi 
not  c  année  julienne  a  chez  eux  cette  date.  Le  même  livre  fait 
mention  d'une  lune  intercalaire  pour  ramener  leur  année  lu- 
naire au  mouvement  du  foleil  (a).  Au  refte  la  connoifTance 
qu'ils  avoient  que  la  quatrième  année  folaire  doit  être  de  }  6  6 
jours  ne  paroît  pas  avoir  été  appliquée  au  calendrier.  Leur 
année  eft  de  354  jours,  6c  l'année  embolifmique  de  384. 

§.     X  X  V  L 

Sous  le  règne  de  Chou-kang,  1169  ans  avant  J.  C, arriva 
une  éclipfe  fameufe  ,  parce  qu'elle  eft  la  plus  ancienne  dont 
les  hommes  ayent  confervé  le  fou  venir,  &  qu'elle  fert  à  prouver 
l'authenticité  de  la  chronologie  chinoile.  Cette  éclipfe  qui 
n'avoit  pas  été  annoncée  ,  ou  qui  ne  l'avoit  pas  été  précifé- 
ment  pour  le  tems  oii  elle  fut  obfervée  ,  coûta  la  vie  à  plufieurs 

{a)  Infra  ,  ÉdaitciiTçjnenJ ,  LiTre  III ,  §.  15  &  3 1 , 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  i  z  j 

agronomes.   Ces  loix   pénales  étoient  très  -  anciennes.  Le  P. 
Gaubil   {a)  penfe  qu'on    avoit  dès- lors  des  règles  fures  pour 
prédire  les  écliplcs ,   puilqu'on  punilfoit  de  more  ceux  qui  en 
avoient  marqué  le  moment  t  op  tvt  ou  trop  tard.  Nous  croyons 
que  ces  peines   inhigées  aux  .Tft-cnrmcs,  ne  prouvent  que  l'i- 
gno:ance  de  la  nation  &;  r!m|-o:tance   qu'elle  attachoic  à  une 
fcience  qui,  comme  Ailronom'e,  régloit  l'agriculture,  fie  comme 
aftiologie  avoit  une  grande  influence  tant  fur  le  gouvernement 
que  furie  peuple.  On  lélicitoit  les  princes,  loifque  les  éclipfes 
avoient  été   plus  petites  qu'on   ne   les  avoit  annoncées  ;  c'é- 
tait leur  préfager  un  règne  heureux  que  de  déclarer  qu'il  n'y 
auroit  point  d'éclipre  totale  de  foleil.  Les  expofer  au  danger 
des  éclipfes,  fans  les  prévenir,  devenoit  un  crime  de  leze-ma- 
jcfté.  D'ailleurs  le  P.  Gaubil  convient  lui    même  (^)  que  les 
anciens    aftronomes   chinois  étoient   établis,   non- feulement 
pour  obferver  les  aftres ,  mais  pour  régler  le  tems  des  têres  ôc 
des  cérémonies  de  la  religion.   Il  y  avoit  des  cérémonies  mar- 
quées particulièrement  pour  les  jours  d'éclipfe  de  foleil.   Ne 
point  prévenir  de  ces  éclipfes  ,  expofer  l'état  au   danger   de 
manquer  la  célébration  de  ces  cérémonies  ,  devoit  paroître  un 
crime  aux  yeux  de  ce  peuple  luperftitieux  &  jaloux  de  l'ordre  Se 
de  la  règle.  Mais  les  aftronomes  chinois,    au;îi  ignorans  que 
ces   peines  font  barbares  ,  étoient   bien  hardis  d'acheter  du 
crédit  ôc  des  honneurs  par  le  rifque  continuel  de  leur  vie. 

§.     X  X  V  I  L 

Les  Chinois  ont  fort  anciennement  l'ufage  des  clepfidres 
6c  d.i  gnomon.  Les  ufages  des  gnomons  font  détaillés  dans  un 


(a)  Recueil  d'Oofcrvations  du  P.  Sou-  {i)  Mamifc.  d;  M.  de  J'iUe ,  n°,  ijo, 

ciet ,  tome  UI ,  page  i  %.  I  ,  7  j. 


iz6  HISTOIRE 

ouvrage  écrit  106  ans  avant  J.  C.  ,  où  l'on  recueillit  les  an- 
ciennes connoifTanccs,  après  la  guerre  qu'un  empereur  barbare 
fie  à  la  lumière  èc  aux  livres  des  fciences.  On  y  voit  la  con- 
noiflance  des  latitudes  par  le  moyen  du  gnomon  ,  celle  des 
longitudes  même ,  la  méthode  de  tracer  la  ligne  méridienne 
par  les  ombres  égales  avant  &;  après  midi ,  ainfî  que  par  l'é- 
toile polaire  (û).  Il  falloit  bien  qu'ils  eullcnt  ces  méthodes  , 
puifque  la  plupart  de  leurs  bâtimens  font  exa£t:ement  orientés, 
comme  les  pagodes  des  Indiens  &:  les  pvramides  d'Egypte. 

Nous  avons  peu  de  connoifTance  des  planifpheres  oC  du 
zodiaque  chinois.  Ce  zodiaque  a  les  deux  diviiîons  qui  fe 
retrouvent  partout,  en  2  8  &;  en  i  z  conftellacions.  Nous  fa- 
vons  qu'il  y  avoit  chez  eux  des  catalogues  alFez  étendus ,  Se 
d'environ  2500  étoiles;  mais  ils  ne  nous  font  point  par- 
venus. M.  Freret  (é)  en  cite  deux  ,  dont  l'un  remontoit  à  l'an 
2000  ,  &  l'autre  à  l'an   1550  avant  J.  C. 

§.     XXVIII. 

Depuis  l'éclipfe  qui  arriva  fous  le  règne  de  Chou-kang , 
l'an  2155,  jufqu'à  l'an  77 <j  avant  J.  C. ,  l'hiftoire  ne  fait 
mention  d'aucune  éclipfe,  ce  qui  eft  fingulier.  Depuis  cette 
époque ,  jufqu'à  l'arrivée  des  Jéfuites  ,  il  y  en  a  une  longue 
fuite  qui  ont  été  moins  obfervées  que  vues  à  la  Chine.  Aufîi 
ne  font-elles  propres  qu'à  régler  la  chronologie.  On  le  con- 
tente de  marquer  le  jour  où  elles  font  arrivées.  Ces  obfer- 
vations  kiivies  né  remontent  gucrcs  qu'à  l'époque  des  obferva- 
tions  chaldéennes  que  Ptolemée  nous  a  confervées  ;  avec  cette 
difierence  que  les  Chaldéens  plus  exacts  marquoient  à-peu-près 
l'heure  de  i'obfervation.  Mais  ce   qui  eft  remarquable  ,   c'eft 

(u-)  Z,;//-à  ,  Écrire,  Liv.  III,  §.  JJ.  {i)  Mtm.  Acad  Infc.  T.  XVIII,  p.  171. 


DE      L'  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  127 

que  dans  la  Chaldée  les  éclipfes  de  foleil  étoient  négligées  ,  au 
point  que  la  mémoire  d'aucune  ne  s'cil  confervée.  A  la  Chine, 
au  contraire ,  on  a  tenu  très-peu  de  compte  des  éclipfes  de 
lune  ,  celles  qui  y  font  oblervées  font  en  petit  nombre  ;  c'eft 
que  les  éclipfes  de  foleil  y  étoient  plus  liées  à  la  fuperftition. 
Il  efc  certain  qu'ciks  ont  dû  paroitrc  plus  cfÎTayantes.  L'homme 
fent  même  par  inftin£b  combien  le  lolcil  ell  nécell'aire.  La 
langueur  apparente  de  cet  aftre ,  la  diminution  &  quelquefois 
la  perce  totale  de  fa  lumière,  ont  dû  infpirer  d'abord  une  plus 
grande  terreur  que  la  difparition  de  la  lune ,  dont  on  conçoit 
qu'on  pourroit  fe  pafTcr. 

§.      XXIX. 

L'Astronomie  qui  avoit  été  en  honneur  à  la  Chine, 
depuis  Fohi  jufques  vers  la  480*^  année  avant  J.  C.  ,  c'eft  à- 
dire  pendant  ijoo  ans,  lans  qu'elle  eût  fait  cependant  de 
grands  progrès  ,  fut  tout-à  fait  négligée  ,  &  fe  perdit  enfin. 
L'empire  fut  divife.  Il  fe  forma  une  infinité  de  petits  érars  , 
dont  les  princes,  occupés  à  fe  faire  la  guerre  ,  à  envahir  mu- 
tuellement leurs  poirelrons  ,  s'inquiétoicnt  peu  de  la  culciire 
des  lettres  &.  des  fcienccs.  Depuis  Confucius  ,  qui  mou;  ut  V:u\ 
479  ,  Se  qui  rapporte  les  denieres  éclipfes  qu'il  avoit  vues  lui- 
même,  jufques  vers  l'an  \o^  avant  J.  C. ,  il  y  eut  dans  les 
obfervations  une  interruption  totale.  Il  n'y  avoit  plus  de  cal- 
culs ,  ni  d'aftronomes  pour  veiller  fur  ce  qui  fe  palToit  dans  le 
ciel.  Le  tribunal  des  mathématiques  étoit  détruit.  L'empereur 
Tiln - chi  -  boang  ,  qui  réunit  tous  ces  petits  états  di viles  ,  ôc 
reconftruifit  le  grand  empire  delà  Chine  ,  croyant  que  l'ëpéefuffi- 
loir  pour  conf  erver  ce  qui  étoit  acquis  par  répée,nt  bri  1er  l'an  1 4  <j 
tous  les  livres hiftoriques,  aftronomiques  &:  particulièrement  les 
livres  appelles  Y-King.  On  ne  conferva  que  ceux  qui  traitoicnt 


128        HISTOIRE  DE  L'ASTRONOMIE. 

de  l'agriculture,  de  la  médecine  &  de  l'aftrologie  j  trois  fciences 
qu'il  regardoit  apparemment  comme  également  néceflaires  aux 
hommes.  Quelques  particuliers  confcrverent  des  exemplaires 
des  livres  hifboriques.  C'eft  par  ces  exemplaires  qu'on  a  re- 
trouvé en  grande  partie  l'hiftoire  des  Chinois  &  leur  chrono- 
logie. Mais  s'il  y  avoit  des  méthodes  &  des  obicrvations  aftro- 
nomiques ,  elles  étoient  dépofées  dans  les  regiftres  du  tribunal 
des  mathématiques  ;  elles  dilparurent  avec  lui.  Lieou-Pang  qui 
commença  à  régner  l'an  io6  avant  J.  C,  rétablit  le  tribunal  ôc 
favorifa  l'Aftronomie.  Il  fit  rechercher  &;  mettre  en  ordre  les 
livres  qui  avoient  été  cachés  6c  confervés.  Nous  reprendrons 
TAftronomie  chinoifc  à  cette  époque  ,  quand  nous  jeterons  un 
nouveau  coup  d'œil  fur  l'Afie,  dans  des  tems  plus  modernes, 


Eo] 


HISTOIRE 


HISTOIRE 


DE     L' ASTRONOMIE     ANCIENNE- 


,  \!t.i.£^-iiji^ 


LIVRE       CINQUIEME. 


De  l'Ajlronomie  des  anciens  Perfes  ô  des  Chaldéens. 


PREMIER. 


v>N  donne  le  nom  d'AfTyriens  ,  de  Chaldéens  &:  de  Pcrfcs,  à 
tous  les  peuples  qui  habitoient  l'Afie  ,  depuis  le  fleuve  Indus 
jufques  vers  la  Méditerranée.  On  ne  compte  ordinairement  dans 
cette  partie  de  l'Afie  que  deux  grands  empires;  ceux  de  Ninive 
ôc  de  Babylone.  Mais  il  femble  qu'on  peut  en  ajouter  un  troi- 
sième ,  celui  des  Perfes  dont  le  fiege  fut  établi  à  Perfepolis , 
qui  même  doit  être  plus  ancien ,  il  l'on  s'en  rapporte  à  une 
chronologie  affez  bien  liée,  &  fuivie  pendant  un  long  intervalle 
de  4049  ans  (^z),  qui  commence  l'an  3507  avant  J.  C. 
Diemfchid ,  un  des  premiers  rois  de  Perfe,  bâtit  ou  cmbeUit 
beaucoup  Perfepolis.  Il  y  a  une  tradition  orientale  que  fept  ou- 


C^)  Zend-Avella,  traduit  par  M,  An<jaetil,  Tom,  II,  pag.  41J 


R 


,3»  HISTOIRE 

rrages  merveilleux ,  renfermés  dans  le  palais  ac  Diemschicî , 
furent  détruits  par  Alexandre;  on  fait  que  ce  conquérant  brûla 
le  palais  des  rois  de  Perfe  à  Perfepolis. 

Lorfque  cette  grande  ville  fut  achevée ,  Diemschid  y  fit 
fon  entrée,  &:  y  établit  le  fiege  de  Ton  empire.  Ce  jour  remar- 
quable, oii  le  foleil  entroit  en  même  tems  dans  le  bélier,  fut 
choifi  pour  époque  ,  6c  devint  le  commencement  de  l'année  qui 
étoit  purement  folairc.  Ce  jour  fut  nommé  Neuru-^,  nouveau 
jour  ;  c'eft  encore  la  plus  grande  fête  des  Pcrfes  {a). 

Cette  année  étoit  de  365  jours.  On  n'ignoroit  pas  que  la 
révolution  folaire  étoit  plus  longue  d'un  quart  de  jour.  Alais 
Diemschid  régla  qu'on  n'y  auroit  point  d'égard  pendant  i  i  o 
ans  ,  au  bout  defquels  on  intercaleroit  un  mois  ,  d'abord  à  la 
fin  du  premier  mois,  qui  de  cette  manière  étoit  double.  Au  bout 
de  I  10  autres  années  ,  c'étoit  à  la  fin  du  fécond  mois,  &:  ainfi 
de  fuite;' de  forte  que  le  mois  intercalaire  tomboit  après  i  440 
ans  révolus  à  la  fin  du  douzième  mois.  Ces  1440  ans  s'appeloient 
la  période  de  l'intercalation  [b).  Nous  montrerons  que  le  calcul 
place  l'inftitution  de  cette  période  l'an  3  109  (c).  L'i^ftrono- 
jnie  des  Perfes  fe  bornoit  à-peu-près  alors  à  la  connoiflance 
de  l'année  folaire  ,  &  à  celle  de  quelques  étoiles.  Nous  avons  dit 
que  5000  ans  avant  J.  C.  ils  avoient  remarqué  que  les  points 
cardinaux  étoient  défignés  par  quatre  belles  étoiles  (a').  Leur 
zodiaque  avoit  comme  celui  des  Indiens  les  deux  divifions.  Ce 
qu'il  y  a  de  fingulier,  c'eft  qu'ils  penfoient  que  les  étoiles  étoient 
plus  près  de  nous  que  la  lune  {e).  Les  Chaldéens  n'ont  point 
adopté  cette  erreur,  ils  plaçoient  les  étoiles  au  deflus  de  toutes 
les  planètes.  Il  n'en  faut  peut-être  pas  davantage  pour  prouver 


(u)  Herbelot,  Bibl.  orient,  p.  395.  (  c  ) /n/rJ  ,  Éclaircilkmens ,  Liv.  iV.§i, 

(b)  Hide  de  tclig.  vet.   Perf.  ch.   17  ,  {d)  Infra  ,  Éclaire.  Liv.  IX,  §.   10. 

pag.  ioj,  \e)  Infra  j Édaiic,  Liv.  lY  ,  §.  3> 


DE     L' ASTRONOMIE.  iji 

que  les  Perfes  font  les  plus  anciens  ;  car  de  deux  peuples',  dont 
l'un  a  fuccéd.é  à  l'autre  ,  celui  qui  a  l'opinion  la  plus  faine  ,  fur 
quelque  matière  que  ce  ioit ,  cil  le  plus  moderne. 

§.      I    I. 

Babylone  fut  fondée  par  Nemrod.  Les  Arabes  difent  qu'elle 
fut  ruinée  âc  enluice  rétablie  par  Hermès,  qui  naquit  plufieurs 
ficelés  après  le  déluge,  à  Calovaz,  ville  de  la  Chaldée.  On  croit 
communément  que  Mercure,  Hermès  ou  Thaut,  étoitEgyptien, 
parce  que  les  premières  traditions  qui  le  concernent,  nous  font 
venues  d'Egvpte.  On  compte  même  trois  Hermès.  N»us  croyons 
que  le  dernier  feul  eft  Egyptien.  Peut-être  pourrons-nous  fixer 
l'âge  de  ces  trois  Hermès ,  autant  que  les  ténèbres  de  l'anti- 
quité peuvent  le  permettre.  Le  premier  vécut  avant  le  déluge, 
fuivant  le  témoignage  de  Manethon.  Or  ,  nous  trouvons  une 
obfervation  de  l'étoile,  appelée  l'œil  du  taureau,  qui  place  cette 
étoile  dans  le  z  6°  des  poifFons.  Le  mouvement  des  fixes  en 
longitude  nous  apprend  que  cette  obfervation  ,  attribuée  à 
Hermès  ,  n'a  pu  être  faite  que  vers  l'an  }  }  6  z  avant  J.  C.  On 
trouve  encore  d'autres  obfervations  ,  également  attribuées  a 
Hermès,  qui  ont  été  faites  1985  ans  avant  Ptolemée,  ou 
I  846  ans  avant  notre  ère  (a).  Voilà  donc  les  trois  Hermès. 
Le  premier ,  qui  vécut  avant  le  déluge  ,  grava  les  principes 
des  (cienccs  en  caractères  hiérogliphiqucs  ,  qu'on  appeloit 
alors  la  langue  facrée  ,  fur  des  colomnes  ,  ou  fteles  _,  qui. 
ont  exifté  longtems  dans  la  Syrie.  Le  fécond  vécut  3562 
ans  avant  J.  C.  C'eft  fans  doute  celui  qui  fut  l'inventeur  àz% 
lettres  ou  caractères  alphabétiques.  Car  on  nous  apprend  que 
fon  fils   Agathodemon  traduifit  en  langue  vulgaire  ces  prin- 


(  fl  )  Infra  ,  ÉdaircUïémins ,  Livre  lY  ,  î .  4. 

Rij 


if  5*  HISTOIRE 

cipes  dés  fciences  infcrits  fur  \qs  Jieles  ,  en  cara^tcrcs  facrés  & 
faccrdotaux.  S'il  y  a  eu  réellement  un  troifieme  Hermès,  ce  fera 
l'auteur  des  obfervacions  faites  i  846  ans  avant  notre  ère, 

§,      I   I   I. 

On  commença  à  compter  par  des  années  folaircs  à  Baby- 
lone  l'an  2473  [a]  avant  J.  C.  Cette  date  eft  celle  du  règne 
d'Evechous,  le  premier  roi  de  Babylone  qui  porta  le  nom  de 
Chaldéen.  Les  Chaldéens  étoient  étrangers  ;  ce  fut  l'époque 
de  leur  arrivée  dans  la  Babylonie.  Evechous  y  apporta  la  con- 
noiflance  de  l'année  folaire.  Il  amena  fans  doute  avec  lui 
Zoroaftre,  qui  chez  ces  peuples  pafTfe  pour  l'inventeur  de  l'Af- 
tronomie.  Une  foule  de  traditions  concourent  à  placer  ce 
légiflateur,  célèbre  dans  l'orient,  vers  l'an  2459  [h).  On  ne 
doit  pas  le  confondre  avec  le  fécond  Zoroaftre,  qui  fut  le  ref- 
taurateur  de  la  religion  des  Mages  ,  ôc  qui  parut  589  ans 
avant  J.  C. 

Belus  palfe  aufîî  pour  l'inventeur  de  l'Aftronomie  dans  la 
Chaldée.-Là  fubfîfte  encore  ,  dit  Pline  (c)  ,  en  parlant  de  Ba- 
bylone ,  le  temple  de  Jupiter  Belus  ,  inventeur  de  la  fcience  des 
aflres.  Mais  cette  tradition  ne  paroît  ni  fi  bien  établie  ,  ni  lî 
générale  que  celle  qui  en  fait  honneur  à  Zoroaftre.  Cette 
dernière  feule  s'eft  confervée  chez  les  Perfans  modernes.  Le  P. 
Pezron  place  Belus  l'an  2346  (*).  Ce  temple  de  Belus  fervit 
en  effet  d'obfervatoire.  C'eft  là  que  furent  faites  ces  obferva- 
tions  chaldéennes  fî  longtems  fuivies.  Qui  fait  même  fi  l'idée 
que  Belus  fut  l'inventeur  de  l'Aftronomie,  ne  feroit  pas  venue 

(*)  Synceleplace  Belus  ii8y  ans  avant  beaucoup  ds    la   date  que  nous  affignons 

J.  C.  M.  le  Préfident  dt  Broffe  (  Mémoires  ici. 

de  t  Académie  des  Infcriptions ,  T.  XXVn,  (a)   Infra  ,  Éclaire.  Liv.  IV.  §.   j. 

P^g-,  7*  ,  77  )  ,  le   place   dans    le  vingt-  {h)  Ibidem  ,^.  y. 

iioilieme  liéclc ,  ce  «jui  ne  s'éloigne  pas  (cj  Pline,  Lib.V,  c.  i«. 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  133 

de  ce  que  Ton  rcmple  écoit  un  oblervatoirc  ?  On  pcuc  avoir 
confondu  tout  cela  ;  6c  du  dieu  qui  donnoit  afilc  à  la  fcience , 
qui  icmWoit  la  protéger,  on  aura  fait  un  inventeur  élevé  jadis 
au  ranî^  des  dieux. 

Malgré  l'incertitude  des  anciennes  chronologies  ,  les  conjec- 
tures que  nous  avons  formées  nous  conduifcnt  à  des  faits  aflez 
bien  fuivis  ,  &:  qui  paroilFent  liés  les  uns  aux  autres.  Evechous  , 
qui  inftitua  l'année  folaire ,  régna  l'an  147  ^  avant  notre  crc  ; 
Zoroaftre  ,  regardé  comme  l'inventeur  de  l'Aftronomie  chez 
les  Chaldéens  ,  fut  Ton  contemporain,  &:  parut  vers  2459  ; 
Belus  cxifta  en  1  346  ,  6c  dans  (on  temple  qui  fervit  d'obfer- 
vatoire  ,  les  obfervations  chaldécnnes  commencèrent  vers  l'an 
2234. 

§.     I  V. 

Voila  toutes  les  dates  qu'on  peut  fixer  ou  conjedlurer 
dans  l'hiftoire  des  Chaldéens.  Nous  ne  trouvons  point  chez  ce 
peuple  une  chronologie  fuivie  comme  chez  les  Chinois.  Les 
anciens  auteurs  ne  nous  offrent  que  quelques-unes  de  leurs 
opinions  recueillies  fans  choix,  6c  conlervées  (ans  date; de  forte 
que  nous  avons  les  connoiirances  réunies  de  plufieuis  fiecles  , 
fans  pouvoir  difcerner  celles  qui  étoient  plus  nouvelles  &  per- 
fectionnées ,  fans  pouvoir  juger  fi  les  idées  abfurdes  qui  y  font 
mêlées  ,  font  un  effet  de  l'inconféquence  de  l'efprit  humain  , 
ou  fi  elles  étoient  la  fuite  des  premiers  eiTais  dont  on  avoic 
gardé  la  mémoire. 

Mais  les  Chaldéens,  déjà  intérciïans  par  leur  antiquité,  le 
font  encore  davantage ,  parce  qu'à  notre  égard  ils  font  les 
reftaurateurs  de  l'Aftronomie.  Le  fil  n'efl  plus  interrompu. 
Nous  retrouvons  les  pas  de  cette  fcience  depuis  eux  jufqu'à 
nous.  C'eft  des  mains  des  Chaldéens  que  les  Grecs  d'Alexandrie 


134  HISTOIRE 

l'ont  iccue  :  ils  l'ont  tranfmifc  aux  Arabes  ,  d'où  elle  a  pafle  es 
Europe. 

§.     V. 

Les  Chaldécns  étoicnt  originairement  un  collège  de  prêtres, 
inftitués  par  Bclus  ,  dit-on  ,  lur  le  modèle  de  ceux  d'Egypte. 
La  nation  entière  en  a  tiré  Ion  nom.  Il  eft  aiïez  rare  que  des 
prêtres,  ou  des  philofoplies  ,  ayent  donné  leur  nom  à  un  pays. 
C'efl:  le  fruit  du  favoir  &  de  la  réputation  de  quelques  parti- 
culiers, qui  a  rejailli  fur  toute  la  nation. 

Ces  prêtres  ,  inftitués  fur  le  modèle  de  ceux  d'Egypte,  pour- 
roient  faire  croire  que  les  Chaldéens  ont  tiré  de  l' Egypte  leurs 
r>rcmicres  connoiflances  ,  que  les  Egyptiens  font  plus  ancien- 
nement éclairés.  Mais  l'Aftronomic  de  ces  peuples  eft  alfez 
difi-ercnre  pour  faire  évanouir  ce  foupçon.  Ils  n'ont  point  la 
même  fphcre ,  c'eft-àdire  ,  que  les  conftellations  du  ciel  chez 
les  Egyptiens  Se  chez  les  Chaldéens  ,  différemment  deffinées  , 
ne  portent  point  le  même  nom.  Cette  connoiffance  fonda- 
mentale de  l'Aftronomie  décide  etitierement  la  queftion.  Il  eft 
llmple  qu'étant  aflez  voifins  pour  être  fouvent  en  guerre  , 
quelques  connoiffances  ayent  pu  paffcr  d'un  peuple  chez  l'autre: 
mais  les  occafions  en  ont  été  rares.  Les  anciens  ne  paroiffent 
pas  avoir  connu  les  avantages  du  commerce  des  lumières. 
Ignorans  èc  vains ,  ils  croyoient  n'avoir  befoin  de  perfonne  ;  jaloux 
de  leur  fupériorité,ils  étoient  myftérieux  cc  peu  communicatifs. 
Les  prêtres  ne  contribuèrent  pas  peu  à  cette  réferve  &:  à  ces 
myftcres.  Dans  l'antiquité  les  claies  du  peuple  étoient  ifolées  , 
comme  les  peuples  eux-mêmes  l'étoieat  alors  fur  la  terre.  Ce 
fut  un  ufige  prefque  général  que  celui  de  l'hérédité  des  pro- 
feiTions  dans   les  mêmes  familles  (a).  Les  unes   étoient  def- 

(f)  Infra ,  Éclairciflemens  ,  Liv.  IV.  §.  j. 


DE     L' ASTRONOMIE.  135 

tinées  à  la  guerre  ,  d'aurres  à  l'agricultuce  ,  quelques  clafles 
étoienc  réfervées  pour  les  arts.  Les  prêtres  s'attribuèrent  par- 
tout exciufivement  l'étude  des  fciences,  &  la  langue  facrce  qui 
en  renfermoic  les  principes.  Soigneux  de  conferver  la  confi- 
dération  attachée  au  favoir  ,  ils  inventèrent  les  myftercs  &:  des 
préparations  effrayantes  pour  écarter  ceux  qui  defiroicntd'y  être 
admis.  Au  reftc  ,  cet  obiervatoire  fixe  &  durable,  ces  corps  , 
CCS  collèges  toujours  Tubfiftans  de  prêtres  favans  &C  philofophcs, 
furent  tres-utilcs  aux  progrès  des  fciences.  Chacun  d'eux  tranf- 
mettoit  le  même  efprit  à  fes  fuccefleurs.  Les  hommes  chan- 
geoient,la  confiance  &  le  zèle  étoient  les  mêmes.  Ces  hommes 
qui  defTervoient  les  temples  ,  qui  étoient  aftronômes  ,  culti- 
voicnt  en  même  tems  la  divination  èc  la  magie.  Ne  nous  plai- 
gnons point  de  ce  mélange  d'erreurs  èc  de  vérités  dont  la  re- 
ligion étoit  le  lien  :  la  religion  a  rendu  l'Aflronomic  plus  ref- 
peclable ,  en  la  rendant  facrée.  Celle-ci  étoit  moins  une  pra- 
tique qu'un  culte.  II  n'y  a  point  de  doute  que  ce  ne  foit  une 
des  caufes  auxquelles  on  doit  attribuer  cette  longue  fuite  d'ob- 
fervations ,  qui  n'auroit  pas  embraffé  tant  de  fiecles ,  fî  la  re  •  , 
ligion  n'en  eût  pas  fait  un  devoir ,  &  fî  la  divination  &c  la 
magie,  ces  branches  de  l'art  de  tromper  les  hommes  ,  n'eufl'ent 
fondé  la  confiance  fur  des  motifs  d'intérêt  &  d'utilité. 

§.     V  L 

Dans  ce  long  efpace,  où  les  aftres  furent  obfcrvés  avec 
tant  d'afîîduité  ,  on  ne  cite  que  peu  d'aflronômes  dont  la  cé- 
lébrité foit  pafîee  jufqu'à  nous.  Le  corps  entier  abforboit  toute 
la  réputation;  les  membres  étoient  peu  connus  ,  èc  le  myftere, 
dont  les  fciences  étoient  enveloppées  ,  renfermoit  la  gloire  des 
inventions  particulières  dans  l'intérieur  des  temples.  Pline  nous 
parle  d'Oftanès  que  l'on  regarde  comme  le  fuccelleur  de  Zo- 


i3(î  HISTOIRE 

roaftre ,  mais  du  dernier  qui  porta  ce  nom.  Car  cet  Oftanès 
accompagna  Xercès  lors  de  fon  invallon  dans  la  Grèce  ;  il  y 
répandit  la  connoidlmce  de  la  magie,  dont,  liiivant  l'cxpreffion 
de  Pline,  //  infecloit  le  monde  en  le  parcourant.  Berofe  (a),  qu'il 
ne  f<iut  pas  confondre  avec  Berofe  l'hiftorien  ,  fut  le  plus  cé- 
lèbre de  leurs  aftronômes;  mais  il  fut  fans  doute  le  plus  ancien. 
Nous  le  croyons  antérieur  à  la  guerre  de  Troye. 

Ce  Berofe  eft  connu  par  une  explication  abfurde  des  phafes 
de  la  lune  8c  de  Ces  éclipfes.  Selon  lui,  cette  planète,  femblable  à 
une  balle  à  jouer,  avoir  une  moitié  lumineufe,&  l'autre  d'un 
bleu  célefte  qui  fe  confondoit  avec  la  couleur  du  ciel.  Cette 
explication  ne  peut  appartenir  qu'à  l'enfance  de  l'Aftronomie. 
Nous  croyons  appercevoir  qu'il  y  eut  chez  les  Chaldéens, quinze 
ou  fcize  fîeclcs  avant  J.  C.  ,  une  réforme  dans  l'Allrronomie, 
où  l'on  introduilit  l'ufage  de  nouvelles  obfervations  ,  peut- 
être  plus  exacles  ,  &  des  opinions  plus  faines  :  loit  que  cette 
réforme  ait  été  due  à  une  perfeftion  acquile  par  les  travaux 
de  la  nation  ,  ou  à  quelque  lumière  étrangère.  C'eft  pourquoi 
nous  penfons  que  dans  les  opinions  chaldéennes  on  doit  re- 
léguer, au  delà  de  cette  époque,  tout  ce  qui  eft  mêlé  d'abfur- 
dités",  &  incompatible  avec  les  autres  connoiffances  de  ce 
peuple  favant.  On  dit  que  Berole  eut  une  fille  appelée  Démo  ^ 
qui  fut  la  Sibylle  babylonienne,  &:  la  même  que  la  Sibylle  de 
Cumes.  Elle  (uivit  fon  père  dans  (es  voyages  ,  êc  vint  à  Cumes 
eii  elle  prophétifa  {b).  Cette  tradition,  qui  n'a  rien  d'invrai- 
femblable,  placeroit  à  -  peu  -  près  Berofe  à  l'époque  que  nous 
venons  de  lui  afligner;car  fans  en  croire  tout-à-fait  Ovide  [c)  qui 
la  fait  vivre  jufqu'au  tems  d'Enée  ,  en  lui  donnant  alors  700 


(d)  I".fra  ,  Éclaire.  Liv.  IV.  §.38.  (.c)  Ovide  ,  Métamoiphorc  j  Lib.  XIV, 

(À)Saumaitc,  Pliiiian.  Excrc.  pag.  456.       vcrf.  144. 

'  ans  5 


DE     L'ASTRONOMIE.  137 

ans,  tous  les  auteurs  s'accordent  à  faire  la  Sibylle  fort  attciendei 
Il  paroît  coudant  du  moins  qu'elle  exiftoit  avant  la  guerre  de 
Troyo.  Ainfi  c'eft  dans  rAlIe  qu'on  doit  chercher  l'origine  des 
Sibylles.  Elles  ont  pris  le  nom  de  la  conftellation  de  la  vierge,  ap- 
pelée en  Perlan  de  en  Ava.he,Sumi>ul &c  Sumbula,  d'où  les  Phé- 
niciens &  les  Chaldéens  ont  î:iit  S ibulla{a). On  ne  s'étonnera  point 
que  les  orientaux  ayent  donné  aux  vierges ,  qui  fe  mêloient  de 
prédire  l'avenir,  le  nom  d'une  conftellation  ,  puifqu'aujourd'hui 
les  Perlans  appellent  les  aftrologucs  Munegiim  ^  ce  qui  lignifie 
globe  céleftc  parlant.  (  è  ) 

§.     VII. 

s  EN  E  QUE  nous  apprend  que  Berofe  fut  l'interprète  de 
Bclus.  Cet  ancien  roi  avoit  donc  laifle  des  ouvrages  ?  Peut-être 
eii-cc  d'après  eux  que  Berofe  annonçoit  à  la  terre  plufîeurs 
fléaux.  Il  pcnfoit  qu'elle  fcroit  foumife  à  un  déluge  ,  &  à  un 
embralement  univerlel.  Le  tems  en  étoit  marqué  par  les  aftres; 
l'incendie  général  devoir  arriver,  quand  toutes  les  planètes  fe 
réuniroient  en  conjonction,  au  même  point  dans  le  ligne  de  l'é- 
creviflc  ;  6c  le  déluge,  quand  les  mêmes  aftres  fc  trouveroient 
aulîi  en  conjonction  dans  le  capricorne.  Cette  prédiction  de 
Berofe  a  été  renouvelée  bien  des  fois  depuis  lui.  Stofler,  aftro- 
logue  allemand  du  15^  fieclc ,  prédit  que  la  conjonction  de 
Jupiter,  faturne  &c  mars,  dans  le  fignc  des  poifTons  ,  en  i  5  14 
cauferoit  un  déluge  univerfel;&:  cette  prédiction  jeta  la  terreur 
dans  toute  l'Europe.  Il  y  en  avoit  eu  une  pareille  pour  l'année 
1186.  Les  orientaux  ,  qui  ont  cultivé  l'Aftronomie ,  ont  eu 
les  mêmes  idées  ,  &  ont  attaché  les  mêmes  craintes  aux  con- 
jonctions des  planètes.  Reftemblance  remarquable  des  hommes 


(û)  Hidcde  Rclig.  vecPerf.  c.  51,  p.  jjS,  (è)  Chardin,  tomelll.c.j. 

S 


13  8  HISTOIRE 

dé* tous  les  climats,  qui  tombent  dans  les  mêmes  erreurs  aux 
extrémités  du  monde.  C'eft  fans  doute  le  fouvenir  des  révolu- 
tions que  la  terre  a  éprouvées.  Les  conjondlions  de  plufieurs 
ou  de  toutes  les  planètes  font  rares.  Ces  phénomènes,  qui  ne  Ce 
laiflent  voir  que  par  des  générations  très-éloignées,  qui  fe  pré- 
parent pendant  des  fîecles,  font  efFrayans  pour  les  efprits  foibles 
de  tous  les  pays.  La  génération  préfente  ne  les  connoît  point. 
L'expérience  feule  peut  rafTurer  l'homme,  jeté  fur  la  terre  par 
la  nature ,  &  inquiet  de  tout  ce  qu'elle  opère  autour  de  lui. 
Ce  qui  cft  très  -  remarquable ,  c'eft  que  cette  fuperftition  de 
Berofe,  qui  exiftoit  peut-être  chez  les  Chaldéeens  looo  ou 
I  500  ans  avant  J.  C. ,  fe  retrouve  encore  en  Europe  i  500 
ans  après  lui.  Le  cercle  des  erreurs  renaît  en  finiffant ,  comme 
celui  des  orbites  céleftes. 

§.     V  I  I  L 

Les  Chaldécns  connoifToient  les  fcpt  planètes  Se  leurs  ré- 
volutions. Il  paroît  que  leur  zodiaque  n'étoit  divifé  qu'en  i  2 
conftellations,  auxquelles  prélidoient  les  i  2  dieux  fupérieurs. 
Du  moins  on  ne  fait  pas  mention  qu'ils  ayent  connu  cette  di- 
vifion  fi  ancienne  en  2  S  parties.  Le  refte  du  ciel  étoit  partagé 
en  24  conftellations.  On  nous  a  confervé  une  fphere,  fous  le 
nom  de  fphere  perfienne,  qui  peut  bien  avoir  appartenu  auflî 
aux  Chaldéens ,  &  qui  eft  l'origine  de  la  notre  {a).  On  dit 
qu'ils  faifoient  la  terre  creufe  &  femblable  à  un  bateau.  Cette 
opinion  femble  extraordinaire  dans  un  pays  où  l'Aftronomie 
étoit  Cl  anciennement  cultivée.  Les  hiftoires  font  pleines  de 
ces  chofes  incohérentes ,  parce  qu'elles  nous  font  rendues 
par  des  ignorans.  On  a  pris  à  la  lettre  quelqu'expreflion  figurée 

(a)  in/rà  ,  ÉdairciiTemcns ,  Liv.  IV,  §.  14,  &  Liv,  IX,  J,  17  ,  i8  ,  15. 


DE     L- ASTRONOMIE.  135 

du  ftyle  oriental.  Les  Chaldéens  fe  fervoient  peut  -  être  de 
l'image  d'un  bateau,  foutenu  fur  l'eau,  pour  donner  une  idée 
de  la  manière  dont  ils  imaginoicn*-.  que  la  terre  étoit  portée 
fur  l'ether.  Cela  eft  d'autant  plus  vraifemblable  que  les  anciens 
donnoient  au  lolcil  iSc  à  la  lune  un  vaifTeau  pour  faire  leur 
cours.  Ils  lavoicnt  bien  cependant  que  ni  la  lune  ,  ni  le  foleil 
n'avoient  la  figure  d'un  bateau.  Ccft  ainfi  que  les  opinions  les 
plus  philofophiques  deviennent  des  iottilcs  dans  la  bouche  de 
l'ignorance.  C'eft  une  opinion  très-ancienne  que  celle  d'un  fluide 
immenle  qui  rempliiroit  tout  l'univers.  On  conjecture  que  c'efl: 
de  ce  fluide,  nommé  Ethcr ,  qu'cft  né  le  nom  de  l'océan.  Ce  mot 
flgnifioit  primitivement  le  principe  aqueux  de  l'univers.  Les 
anciens  philofophes  diloient  que  cet  éther  immenfe  embrafloit 
tous  les  êtres  dans  Ion  fcin  humide  (a)  ,  &  l'océan  n'étoit 
autre  chofc  que  l'éther  terreftre.  Les  la  vans  ayant  reconnu  que 
les  aftres  nagcoient  dans  le  fluide  célefte  ,  le  vulgaire  les  fit 
voyager  dans  des  bateaux.  Il  ne  faut  donc  pas  fe  prefler  de 
condamner  des  opinions  qui  ,  priles  à  la  lettre ,  paroifl^ent  ab- 
furdes,  &  qui,  prifes  figurément ,  pouvoient  être  afl^ez  philo- 
fophiques. Les  Chaldéens  enfeignoient  que  la  lumière  de  la  lune 
cft  empruntée,  Se  qu'elle  s'écliplc  en  entrant  dans  l'ombre  de  la 
terre.  L'opinion  de  Berolc,  que  nous  avons  rapportée,  ne  peut 
fubfifter  avec  celle-ci  chez  un  même  peuple,  qu'en  la  fuppofant 
beaucoup  plus  ancienne. 

§.      I  X. 

Les  Chaldéens ,  étant  en  poflclîion  de  la  période  de  2  2  5 
mois  lunaires  ,  ou  de  (î  5  8  5'  |-  ,  pouvoient  prédire  les  éclipfes 
de  lune;  mais  ils  n'avoient  qu'une  théorie  imparfaite  des  éclipfes 


(û)  M.  l'Abbé  le  Batteux,  Mém.  de  l'Acad.dcs  Infc,  T,  XXVII,  pag.  137. 


14.0  HISTOIRE 

de  foleil ,  &  ils  n'ofoient  les  annoncer,  parce  que  cette  période 
qui  ramené  les  éclipfes  de  lune  ,  ne  ramené  pas  longtems  les 
mêmes  éclipfes  de  foleil  (a).  Les  Chaldéens  triplèrent  cette  pé- 
riode pour  éviter  la  fracflion  de  jour ,  6c  en  formèrent  une  nou- 
velle de  669  mois  ou  de  19756'  entiers.  Ils  connurent  très- 
bien  l'avantage  qu'elle  a  de  ramener  le  foleil  de  la  lune  à  la 
même  diftance  du  nœud  6c  de  l'apogée.    Nous  croyons  que 
cette  remarque  de  l'apogée  appartient  aux  Chaldéens.  Ce  fut 
un   nouvel   avantage  qu'ils   découvrirent  dans   la   période   des 
éclipfes  depuis  longtems  connue.  Ils  s'appercurent  que  le  mou- 
vement de  la  lune  dans  fon  orbite  n'étoit  pas  toujours  égal  , 
que  la  plus  grande  inégalité  qui   en  réfulte  n'arrivoit  pas  tou- 
jours aux  mêmes  points  de  cette  orbite  :  mais  que  ces  points 
fcmbloient  s'avancer  fuivant  l'ordre  des  fignes  du  zodiaque  ; 
enforte  que  la  période  de  cette  inégalité  étoit  plus  longue  que 
la  révolution  de  la  lune  à  l'égard  de  l'écliptique  ou  des  étoiles. 
Ils  firent  ces  remarques ,  6c  déterminèrent  avec  exactitude  les 
révolutions  moyennes  de  la  lune  ,  tant  à  l'égard  de  fon  nœud 
&  de  fon  inégalité, qu'à  l'égard  du  folcJ  &L  des  étoiles  (è).  Mais 
s'ils  ont  déterminé  la  quantité  de  cette  inégalité  ,  c'ell  ce  que 
nous  n'ofcrions  dire ,  &;  ce  qui  ne  nous  paroît  nullement  vrai- 
femblable.   Ce  fut  l'ouvraç-e  de  l'école  d'Alexandrie. 

Héritiers  ,  comm.e  les  autres  peuples  ,  de  ce  peuple  antérieur 
qui  les  a  tous  éclairés  ,  les  Chaldéens  eurent  aulîi  les  périodes 
de  60  èc  de  600  ans.  Ils  eurent,  comme  les  Indiens,  la  pé- 
riode lunifolaire  de  3<joo  an^.  Cenforin  (c)  fait  encore  men- 
tion d'une  période,  qui  étoit  nommée  chaldaïque  ,  &  qui  ccn'- 
prcnoit   un  intervalle  de    i  1  années.    II  avertit  qu'elle  n'étoic 


(a)  Infra  ,  ÉcIakcilTemens  ,  Livre  lY,  (  ^)  Infra  ,  Éclaire.  Liv    IV,  j.  ^0, 

J.  I j .  {i)  De  die  nutali.  c.  1 8. 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  141 

rëglëe  fur  le  mouvement  d'aucun  aftre  ;  elle  écoit  purement 
aftrolof;ique  ,  p.irce  que  fa  révolution  ramenoit  dans  le  même 
ordre  les  années  d'abondance  ,  de  difccte  &  d'épidémie.  Cen- 
forin  fe  trompe.  Il  n'y  a  point  de  période  qui  n'ait  fz  fource 
dans  l'Aftronomie.  Jupiter  vu  de  la  terre  revient  au  même 
point  du  ciel  au  bout  de  i  2  ans  oc  5  jours.  Il  y  a  lieu  de  croire 
que  c'étoit  la  période  des  inouvcmens  de  cette  planète.  Mais 
elle  n'appartient  pas  plus  au  peuple  de  Babylone  qu'à  tous  les 
peuples  de  l'Afie  chez  qui  on  la  retrouve  {a).  Ces  i  x  années 
portent  chacune  le  nom  d'un  animal  ;  &i  comme  Jupiter  par- 
court à-peu -près  un  figne  du  zodiaque  dans  une  année  ,  il  y 
a  grande  apparence  que  les  noms  de  ces  i  z  années  font  les 
anciens  noms  des  lignes  du  zodiaque,  qui ,  comme  nous  l'avons 
remarqué  (S),  durent  être  primitivement  ôc  uniquement  des 
noms  d'animaux. 

§.      X. 

Il  n'eft  pas  douteux  que  les  Chaldéens  ne  connuiïent  la 
diviiîon  du  jour  en  60  parties,  comme  tous  les  autres  peuples 
de  l'Afie.  Ils  eurent  également  la  divifion  en  i  1  heures, puifque 
leur  aftronôme  Berofe  la  porta  dans  la  Grèce.  Les  heures 
ëtoient  fubdivifécs  en  minutes  &c  en  fécondes.  Les  Indiens 
même  ont  de  ces  fubdivifions  plus  petites  que  nos  tierces.  Quant 
aux  inftrumens  pour  mefurer  le  tcms,  les  peuples  de  Babylone 
ont  du  avoir  des  clepfidres  &C  des  cadrans.  Les  clepfidrcs  font 
en  ufage  aux  Indes  ,  elles  font  très-anciennes  en  Egypte  &;  à 
la  Chine.  Suivant  Macrobe  6c  Sextus  Empiricus  ,  la  première 
fois  qu'on  divifa  le  zodiaque  ,  ce  fut  par  le  moyen  de  l'eau 

(  a  )  Scaliger  ,  de  Emend.  temp.  Lib.  II ,  Infra  ,    Éclairciflemens  ,    Livre  III ,   §. 

pag.  106.  1*. 

Zend-Avefta,  T,  I,  part.  I,  pag.  i6o.  ^h)  Supra,  Livre  II,  J.  i6. 


141  HISTOIRE 

écoulée  d'un  vafe.  Nous  montrerons  (a)  que  cette  méthode 
n'eft  pas  Ci  défectueufe  qu'on  l'a  pcnfé  jufqu'ici.  Mais  quoi  qu'il 
en  foit ,  on  en  peut  toujours  conclure  que  l'ufage  des  clepfidrcs 
a  la  même  antiquité  que  la  divifîon  du  zodiaque  en  i  i  fîgncs. 
Les  Clialdéens  ont  adopté  cet  ufage  comme  les  autres  peuples.  Les 
cadrans  font  peut-être  moins  anciens ,  quoique  leur  invention 
ait  dii  fuivre  allez  naturellement  celle  du  gnomon.  Dès  que 
l'on  a  remarqué  que  la  longueur  de  l'ombre  étoit  propre  à 
connoîtrc  la  hauteur  du  folcil ,  que  cette  ombre  en  tournant 
autour  des  corps  ,  fuivoit  le  mouvement  diurne  de  cet  aftrc  , 
&  pouvoit  fcrvir  à  en  diftinguer  les  intervalles  ,  il  a  été  ailé  de 
conftruire  des  cadrans.  Berofe  paflc  pour  en  être  l'inventeur. 
Ce  font  les  Grecs  qui  le  difent  :  mais  les  Grecs  appeloient  m- 
vcnteurs  tous  ceux  qui  leur  apportoient  des  connoiflances  étran- 
gères &  nouvelles  pour  eux.  Il  paroît  difficile  que  l'auteur  de 
l'explication  abfurde  des  phafcs  de  la  lune  ait  pu  s'élever  à 
cette  invention.  Nous  fommes  portés  à  croire  qu'elle  appar- 
tenoit  aux  Chaldécns ,  parce  qu'elle  ne  fe  retrouve  point  chez 
les  Indiens  ,  ni  chez  les  Chinois.  Quant  à  l'antiquité  de  cet 
ufage  ,  nous  manquons  de  faits  pour  la  fixer.  On  connoît  le 
miracle  que  dieu  fit  7  3  o  ans  avant  J.  C. ,  en  faveur  d'Ezé- 
chias  ;  les  cadrans  étoient  connus  alors.  Berofe  les  porta  dans 
la  Grèce  ,  &:  s'il  a  vécu  vers  1500  ans  avant  J.  C.  ,  l'inven- 
tion des  cadrans  leroit  encore  antérieure. 

§.     X  L 

Nous  avons  peu  de  détails  fur  la  nature  des  obfer  'ations 
chaldécnncs.  Le  P.  Gaubil  rapporte  que  les  Lamas  ont  beau- 
couD  d'anciens  livres  de  religion  ou  de  fcicnces,  dont  qudques- 

(û)  Jnfrù-,  tclairciflemciis.  Livre  IX,  §.  14. 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  143 

uns  font  mention  de  ce  qui  fe  pafloit  à  la  tour  de  Babylonc. 
Ces  livres  tcroient  curieux  :  mais  les  auteurs  arabes  ,  plus  près 
que  nous  de  la  fource  j  d'environ  i  o  fiecles ,  les  Arabes  qui 
habicoient  le  pays  même ,  ont  eu  bien  des  lumières  qui  nous 
manquent.  Ces  tréfors  font  peut  -  être  dans  leurs  manufcrits 
que  nous  poflTédons,  &  qui  refirent  inutiles  faute  de  traduction. 
Il  feroit  bien  à  fouhaiter  que  quelque  jeune  aitronôme  eût  allez 
de  zelc  pour  fe  dévouer  à  l'étude  de  la  langue  arabe  ,  ôc  pour 
tirer  ces  tréfors  de  leur  tombeau. 

Cette  tour  de  Babylone  étoit  dans  le  temple  de  Belus  ;  elle 
avoit  un  ftade  de  hauteur.  Pietro-Dclla-Valle  qui  dans  les 
champs  deferts,où  fut  Babylone, croit  avoir  retrouvé  les  ruines 
de  ce  temple  ,  dit  que  les  murs  regardent  les  quatre  parties  du 
monde  (a).  Ainfi  cet  ufage  des  Indiens  &  des  Chinois  d'o- 
rienter les  Bàtimens  ,  cet  ufage  que  nous  retrouverons  chez  les 
Egvptiens,  appartient  auiii  auxChaldéens.  Ce  fut  l'ufage  général 
de  l'Afie  £c  de  l'antiquité.  Babylone  avoit  donc  des  batimens 
égaux  par  leur  maffe  aux  pyramides  fameufes  de  l'Egypte.  Les 
pyramides  font  encore  debout  ,  &  la  tour  de  Belus  n'cxifte 
plus.  Si  ces  divers  édifices  étoient  également  folides  ,  égale- 
ment propres  à  réfifter  aux  outrages  des  fiecles  ,  ceux  que  le 
tems  n'a  pas  achevé  de  détruire ,  doivent  paroître  plus  mo- 
dernes. Quelques  favans  (  b  )  ont  penlé  que  cette  tour  de 
Belus  étoit  la  même  que  la  tour  de  Babel  ,  qui  fut  bâtie 
comme  Babylone  dans  les  plaines  de  Sennaar.  Ain(i  Xas  Chal- 
déens  ,  tranfportés  dans  cette  ville  ,  y  auroient  trouvé  un  ob- 
fervatoire  qui  attendoit  leurs  obfervations,&  auroient  appliqué 
à  l'ufage  d^"  l'Aftronomie  le  plus  ancien  édifice  de  la  terre. 

Une   partie   des  obfervations  des    Chaldéens   étoient   des 

.  ' ■•*" 

(/•)Mém.Acad,Inrc.T.XXYIII,p.iîj,  (i)  Ycidkr    Hift.  Mron.  pag.  46. 


144  HISTOIRE 

éclipfes.  Une  auti-e  avoir  pour  objet  vraifemblablcment  les  ap- 
paritions des  planètes,  c'eft-à-dire,  le  moment  où  commençant 
à  fe  dégager  des  rayons  du  foleil  ,  elles  le  lalflcnt  appercevoir 
le  matin  ,  immédiatement  avant  le  lever  de  cet  aftre.  On  ob- 
fervoit  encore  leurs  dations  ,  leurs  rétrogradations  ,  de  quel- 
quefois leurs  conjon£tions  avec  les  étoiles.  Mais  le  plus  grand 
nombre  de  ces  obfervations  étoient  des  levers  6c  des  couchers 
des  étoiles.  C'eft  de  la  Chaldée  fans  doute  que  cet  ufage  pafTa 
dans  la  Grèce  ,  &C  peut-être  dans  l'Egypte.  Ces  obfervations 
du  lever  5c  du  coucher  des  étoiles  étoient  le  fondement  de 
l'aftrologie  naturelle.  Les  habitans  de  la  Cilicie  2c  du  mont 
Taurus  obfervoient  foigneufement  le  lever  de  la  canicule  ,  ôc 
s'en  fervoient  pour  prévoir  la  récolte  Se  les  maladies  de  l'année. 
En  général  toutes  les  intempéries  des  laifons  étoient  liées  aux 
levers  &c  aux  couchers  des  étoiles ,  autant  que  des  oblervations 
vraies  ou  faufles  avoient  pu  l'indiquer.  Elles  fervoient  encore 
à  l'aftrologie  judiciaire  ,  &  Diodore  de  Sicile  {a)  nous  apprend 
qu'il  y  avoit  fans  celTe,  au  haut  de  la  tour  deBabylone,  un 
aftronôme  en  f?xtion  qui  obfervoit  les  levers  &  les  afpecls  des 
aftres  ,  au  moment  de  la  naiflance  d'un  enfant. 

§.     X  I  L 

Les  Chaidéens  donnoient  à  ces  obfervations  une  antiquité 
très-haute.  Elles  étoient  fuivies ,  dit-on  à  Babylone ,  depuis 
473000  ans ,  lorfqu' Alexandre  palTii  en  Afic.  Beroie ,  l'hiftorien, 
les  fait  monter  à  490000,  &  Epigenes  à  720000  années. 
On  n'a  pas  manqué  de  taxer  les  Chaidéens  d'impofture  èc 
d'orgueil  ;  mais  nous  feuls  avions  tort  de  les  juger  fans  les 
comprendre.   Ces  années  ne  font  que  des  jours.  Epigenes  Idi- 


(a)  Diodore,  Hiftoirc  Univcrfclle ,  Tome  I ,  Livre  II,   page  133, 

même 


DE     L'ASTRONOMIE.  145 

même  nous  apprend  que  ces  obfervations  écoient  gravées  fur 
des  briques.  Il  y  en  eut  peut-être  d'abord  une  pour  chaque 
jour.  On  compta  le  tcms  écoulé  par  le  nombre  de  ces  bri- 
ques. Les  720000  années  d'Epigencs  ,  étant  fuppofécs  des 
jours  ,  ne  font  plus  qu'environ  i  97  i  années  folaires  ;  ce  qui 
eft  d'accord  avec  le  rapport  de  Simplicius,  qui  dit  que  Callif- 
thenes  envoya  à  Ariftotc  une  fuite  d'obfervations  qui  embraf- 
foient  190^  années.  Ces  obfervations  furent  continuées  fans 
doute, &  EpigencSjplus  moderne  qu'Alexandre  ScCallifthenes, 
a  dû  compter  quelques  années  de  plus.  Ainfi  d'après  Epigenes 
&  Callifthenes  (a)  ces  obfervations  ont  commencé  2234  ans 
avant  J.  C.  Berofe,  l'hiftorien,  donne  une  date  moins  ancienne, 
il  ne  les  fait  remonter  que  vers  l'an  i  6 16  avant  la  même 
époque.  Quelques  modernes  ont  penfé  qu'il  défîgnoit  la  date 
des  obfervations  aftrologiques.  Il  nous  paroît  plus  vraifemblable 
qu'il  y  eut  alors  un  changement  dans  l'Aftronomie  ;  peut-être 
de  nouvelles  méthodes  d'obfervcr ,  peut-être  des  inftrumens 
inventés  &:  établis;  enfin  une  perfection  plus  grande  qui  donna 
lieu  à  une  nouvelle  époque  ,  telle  que  nous  en  pourrions  in- 
diquer plufieurs  dans  les  progrès  de  notre  Aftronomie  moderne. 
Deux  fiecles  auparavant ,  vers  l'an  i  846,  le  troificme  Hermès 
fit  des  obfervations  des  étoiles;  trois  fiecles  après  ,  vers  1353, 
fur  faite  la  dcfcription  de  la  fphere  qu'Eudoxe  nous  a  laifTée. 
C'étoit  indubitablement  l'ouvrage  des  Chaldéens.  Tout  nous 
indique  que,  dans  cet  intervalle  de  l'an  i  84(5  à  l'an  i  3  5  3  ,  la 
fcience  fe  perfectionna  chez  les  Chaldéens  ;  les  eflorts  6c  les 
recherches  le  multiplièrent.  Il  en  réfulta,  ou  une  plus  grande 
précilîon  dans  les  obfervations  ,  ou  peut-être  des  obfervations 
d'une  efpece  nouvelle  &;  fur  des  objets  plus  importans.  Nous 

(<j)  Infra ,  £ciairciii"cm;ns ,  Liv.  IV.  §.  17  &  luivans. 


t4<?  HISTOIRE 

ferons  (a)  voir  que  les  obfervations  des  éclipfes,  par  exemple, 
ne  paroiflent  remonter  à  Babylone  qu'environ  1600  ans  avant 
J.  C.  C'eft  précifémcnc  l'époque  dont  il  eft  queftion  ici  ,  êC 
fans  doute  celle  que  Berofe  a  voulu  défigner.  Il  eft  encore  une 
autre  époque  fameufe ,  dans  l'hiftoire  des  Chaldéens  ou  Affy- 
riens, c'eft  l'époque  de  Nabonaflar  qui  commença  le  z  6  Février 
de  l'an  74.7  avant  J.  C.  ;  mais  elle  eft  purement  chronologique. 
Ce»  prince  barbare  détruifit  tous  les  monumens  de  l'hiftoire  , 
dans  l'intention  que  fon  avènement  au  trône  fût  à  jamais  mé- 
morable, de  devînt  une  époque  pour  les  tems  à  venir.  Epoque 
bien  différente  par  conféqucnt  de  celle  de  Diemschid  ,  des 
Indiens ,  &  de  quelques  autres  plus  modernes ,  lefquelles,  fondées- 
fur  des  obfervations,  font  des  monumens  de  l'état  du  ciel ,  & 
des  connoiflances  utilesàl'cfprithumain. Nabonaflar,  en  voulant 
éteindre  le  fouvenir  des  tems  qui  l'avoient  précédé ,  a  mérité 
la  haine  des  tems  qui  l'ont  fuivi ,  &;  une  place  dans  le  nombre 
des  dcftru£tcurs  des  lettres  6c  des  connoiffanees. 

§.     XII  L 

On  peut  foupçonner  que  les 'Chaldéens  avoicnt  tenté  quei- 
qu'opération  pour  mefurer  la  circonférence  de  la  terre.  Ils 
difoient  qu'un  homme,  marchant  d'un  bon  pas, .6c  fans  s'ar- 
rêter, feroit ,  comme  le  foleil,  le  tour  de  la  terre  dans  l'efpace 
d'une  année  {6).  A  raifon  d'une  lieue  par  heure,  il  feroit 
effedlivement ,  s'il  pouvQit  foutcnir  une  Ci  longue  marche  , 
%j66  lieues  dans  une  année  de  3  (>  5  jours  un  quart.  On  fait 
que  la  terre  a  9000  lieues  de  tour.  M.  Caiîini  {c)  eftime  qu'un 


(a)  Infrài   Édairciflcmens  ,  Livre  Y,  (  i)  AchilksTatius ,  in  Vranol.  c.,)i^. 

i»  *8.  (  c)  Mém.  Acad,  des  Scien.  i70i  ,  p.  16. 


DE     L'ASTRONOMIE.  147 

homme  à  pied  ,  m<archaiit  par  un  beau  chemin  ,  &  du 
même  pas ,  i  z  heures  par  jour ,  feroit  le  tour  de  la  terre  en 
deux  ans.  S'il  marchoic  toujours  ,  il  le  feroit  donc  dans  une 
année.  C'eft  précifément  ce  que  difoient  les  Chaldéens.  M. 
Caflîni  ne  parôît  pas  avoir  fongé  à  eux ,  puifqu'il  ne  les  a  point 
cités  ,  &c  le  plus  habile  aftronôme  moderne  eft  ici  d'accord  , 
fans  y  pen(er,avec  les- plus  anciens.  Cette  mefure  des  Chaldéens 
n'étoit  pas  cependant  fi  exacte  qu'elle  le  paroît ,  parce  qu'ils 
cftimoicnt  de  3  o  Itades  le  chemin  qu'un  homme  fait  à  pied  dans 
une  heure-  Il  en  réfulte  que  la  circonférence  contient  1  <>  i  9  80 
ftades  :  &  par  une  évaluation  du  ftade  dont  nous  rendrons 
compte  ailleurs,  (a)  le  degré  fe  trouve  de  ^1458  toifes , 
plus  grand  de  5  à  (jooo  toifes  qu'il  ne  l'eft  réellement.  Auffi 
cette  mchire  eft-elle  bien  inférieure  pour  l'exaûitude  à  celle 
que  nous  fuppofons  avoir  été  faite  avant  le  déluge. 

§.     XIV. 

Les  opinions  des  Chaldéens  fur  les  comètes  font  celles  qui 
leur  font  le  plus  d'honneur.  Ils  étoient  fur  ce  point  d'Aftro- 
nomie,  c'eft-à-dire,  fur  la  nature  de  ces  aftres,  auffi  avancés  que 
nous  le  fommes  depuis  Newton.  Il  y  avoit  chez  eux  deux 
opinions  oppofées.  Les  uns  difoient  que  les  comètes  étoient 
produites  par  un  certain  mouvement  de  l'air,  agité  &  prefle 
en  tourbillon.  Les  autres  rangeoient  les  comètes  au  nombre 
des  étoiles  errantes,  ou  des  planètes.  On  ajoute  même  qu'ils 
étoient  parvenus  à  connoître  leurs  cours  (^).  Ne  font -ce  pas 
en  effet  les  deux  opinions  qui  ont  régné  en  EiM"ope  au  com- 
mencement de  ce  fiecle.  C'eft  là  que  Séneque  avoit  puifé  cette 


(  a  )  Hiftoire  de  l'Aftronomie  moderne,  {à)  Infra  ,  Éclaire.  Liv. IV ,  §.  47. 

Tij 


148  HISTOIRE 

philofophie,  &  cette  famcufb  prédi£tion  de  la  connoiflance 
future  des  retours  des  comètes,  dont  on  a  fait  tant  de  bruit 
depuis  I  5  ans  ,  &C  qui  ne  lui  appartient  pas.  Il  n'a  que  le 
mérite  d'avoir  jugé  &  adopté  cette  opinion  très-philofophique. 
Sans  doute  les  1900  années  d'obfervations  fuivics  des  Chal- 
déens  ,  le  ciel  pUr  de  leur  pays  ,  la  confiance  des  obfervateurs , 
qui  fe  relcvoient  &c  ne  laifToient  jamais  le  ciel  fans  témoins , 
ont  donné  à  ce  peuple  de  grandes  facilités  pour  appercevoir 
les  comètes.  Mais  comment  a-t-il  connu  leur  retour  ?  Indé- 
pendamment de  ce  que  Séneque  le  dit  exprcflernent ,  cette 
condition  eft  néceflaire  pour  enfeigner  qu'elles  ont  un  cours 
réglé  comme  les  planètes.  Cependant  cette  découverte  dépend 
d'obfervations  que  les  Chaldéens  n'ont  jamais  pu  faire,  êc 
d'élémens  qui  leur  manquoient  ablolument.  Si  cette  opinion 
n'eft  pas  ,  comme  nous  l'avons  penfé  (û),  un  refte  d'une  Aftro- 
nomie  plus  ancienne  ,  il  faut  croire  que  le  hafard  les  a  bien 
fervis.  La  longue  apparition  de  certaines  comètes  a  pu  leur 
perfuader  que  ces  allres  étoient  durables.  Ils  auront  vu  enfuite 
dans  le  même  lieu  une  comète,  femblable  à  une  autre  qu'ils 
avoient  déjà  vue  ;  &:  foit  que  ce  fût  en  efl'ct  la  même  comète 
ou  non, ces  apparences  incertaines  ou  faufles  les  ont  également 
conduits  à  une  opinion  vraie.  C'eft  ainfi  que  quelquefois  les 
vérités  ont  été  découvertes  !  Le  partage  des  fentimens  des 
Chaldéens  iur  la  nature  des  comètes  ne  rient  point  à  l'igno- 
rance. Nous  nous  condamnerions  nous-mêmes  en  les  jugeant 
ainfi.  Où  en  ferions-nous ,  fi  on  regardoit  comme  ignorant  & 
barbare  un  peuple  chez  qui  aucune  vérité  utile  n'a  pu  s'établir 
fans  contcftation  ? 

■ia)  Supra  i  Livre  III,  §.  16. 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  14.^ 

§.      X  V. 

Une  autre  connoiflance  des  Chaldcens  ,  dont  nous  devons 
la  remarque  à  rhilloriea  des  machémaciqucs,  cft  celle  du  mou- 
vement des  fixes.  Albategnius  rapporte  que  les  Chaldécns  fai- 
foient  l'année  aflrale  de  365'  6^  i  i'  {a).  Que  reroit-ce  en 
efFet  que  cette  année  aftrale ,  H  la  progrelFion  des  fixes  ne  leur 
avoit  pas  été  connue  ?  Nous  favons  que  leurs  années  civiles 
étoient  de  365'  ;j  en  nombres  ronds,  &  nous  ignorons  s'ils 
s'étoient  apperçus  que  cette  durée  étoit  trop  longue  de  quel- 
ques minutes  ;  mais  en  retranchant  z  o  17  pour  le  mouve- 
ment des  étoiles  en  longitude  ,  on  aura  une  année  tropique  de 
365'  5  53'  43,  qui  ne  diffère  que  de  i  i''  de  celle  des 
Indiens  (/^}.  Toutes  les  années  anciennes  font  donc  plus  longues. 
On  trouve  encore  chez  les  anciens  Perfcs  ,  qui  félon  nous  ont 
précédé  les  Chaldéens  ,  quelques  indices  de  la  connoiflance  du 
mouvement  des  fixes  (c).  D'ailleurs  il  eft  clair  que  les  Chal- 
déens ont  pu  y  parvenir  comme  les  Indiens.  Occupés,  pendant 
plus  de  dix-neuf  ficelés, de l'oblervation  des  étoiles,  de  marquer 
le  jour  de  l'année  auquel  répondoit  leur  lever  héliaque  ,  il  eft 
impolîible  qu'ils  ne  fe  foient  pas  apperçus  que  ces  levers  retar- 
doient  de  19a  20  jours.  Ils  ont  deifiné  les  conftellations ,  & 
comparé  leur  pofition  dans  le  ciel  aux  colures  des  folftices  & 
des  équinoxes.  Ces  pofitions  changent  trop  fenfiblement  dans 
l'efpacc  de  15  ou  2  o  fiecles  ,  pour  qu'ils  n'y  ayent  pas  fait 
attention.  Le  fruit  de  ces  remarques  fimples  devoir  être  la  con- 
noiflance du  mouvement  des  étoiles.  Ainfi  les  preuves  èc  les 


(  <j  )  De  Sdentia  Stellar ,  c.  17.  cadémie  des  Sciences  ,  pour  l'année  1773. 

Hift.  des  Math.  Tome  I ,  page  Ci.  (c)  Infrà,  Éclairciflemens  j   Livre  IVj 

(  À  )  M.   le  Gentil  ,  Mémoires  de  l'A»      $.  44. 


ijo  HISTOIRE 

probabilités  fc  réuniflcnt  pour  attribuer  cette  découverte   aux 
Chaldéens  comme  aux  Indiens. 

§.     XV  i. 

Les  Chaldéens  ont  donc  fait  beaucoup  d'obfervations.  On 
pourra  demander,  s'ils  avoient  des  inftrumensPLcs  probabilités 
démontrent  que  les  cercles  de  cuivre  divifés  6c  les  armilles  , 
font  très-anciens  dans  l'Afie  ,  même  antérieurement  aux  Chal- 
déens. Mais  un  ufase  de  ces  derniers  ,  non-feulement  fait  con- 
noître  qu'ils  fe  fervoient  d'inftrumens  ,  mais  encore  peut  nous 
apprendre  quelle  étoit  l'exaclitude  de  ces  inllrumens.  Ils  par- 
tageoientle  degré  en  24  doigts,  ou  parties  (a).  On  n'a  point  de 
pareilles  fubdivillons,  on  n'en  fait  point  ufage  dans  les  oblerva- 
tions  céleftes  fans  inftrumens.  lien  réfuke  encore,  que  la  24*^ 
partie  d'un  degré,  qui  vaut  1'  3  o',  étoit  fenfible  fur  ces  inllru- 
mens. On  ne  peut  donc  pas  fuppofer  que  cette  2  4^  partie  eut 
moins  d'une  ligne  ,  le  degré  deux  pouces,  6c  le  rayon  neuf  à  dix 
pieds.  Nous  verrons  dans  l'hiftoire  des  Egyptiens ,  que  les  an- 
ciens ont  pu  avoir  des  inftrumens  énormes  ;  mais  ceux  dont  ils 
faifoient  un  ufage  ordinaire,  ne  pafloient  pas  fans  doute  les 
dimenfions  que  nous  leur  aflignons  ici. 

§.     X  V  I  I. 

Si  nous  voulons  apprécier  le  mérite  aftronomique  des  Chal- 
déens ,  nous  n'établirons  point  notre  jugement  lur  la  reffem- 
blance  prétendue  de  la  terre  avec  un  bateau,  ni  furie  globe 
de  la  lune,  moitié  obfcur  &c  moitié  lumineux ,  tournant  fur  fon 
axe  pour  produire  les  phafes  6c  les  éclipfes.  C'eft  l'explication 
de  Berofe;  nous  réléguons  cet  aftronôme  ôc  fes  abfurdités  aux 

(  a  )   lafrà  ,  ÉclaircilTcmcns  ,  Livre  IV  ,   §.  40. 


DE     L' ASTRONOMIE.  151 

premiers  ficclcs  des  Chaldécns  &c  à  l'enfance  de  leur  Aftro- 
nomie.Nousnc  nierons  point  les  découvertes  qu'ils  ont  faites,  les 
opinions  faines  qu'ils  ont  eues,  parce  qu'ils  en  eurent  de  ridicules. 
Doit-on  mêler  &  confondre  ces  différentes  opinions ,  leur  affigner 
la  même  date  ,  &;  en  jugeant  les  unes  incohérentes  ,  regarder 
les  autres  comme  fixbulcufes  ,  tandis  que  c'eft:  nous  qui  les 
dénaturons  en  les  réunifiant  ?  Que  devicndroit  notre  philofo- 
phie  6c  notre  méthaphyfique,li  les  dépôts  de  nos  connoiffances 
étant  péris,  on  comparoit  quelques  pcnlées  de  M.  l'abbé  de 
Condillac  à  des  morceaux  des  auteurs  fcolaftiqucs  ;  notre  phy- 
fîque  Se  notre  géométrie  ,  fi  l'horreur  du  vide  Se  les  quadra- 
tures du  cercle, qui  renaiffent  tous  les  jours, étoient  rapprochées 
de  la  réputation  que  laiflcront  après  eux  les  Buffon,les  Clairaut 
&;  les  d'Alcmbert  ?  Enfin  ,  que  deviendroit  notre  Ailronomie 
fi  l'on  nous  conteftoit  la  mémoire  lubfifirante  de  nos  décou- 
vertes ,  en  citant  l'opinion  renouvelée  Se  détendue  de  nos  jours 
que  les  comètes  foat  des  météores  fublunaires?  Il  n'y  a  qu'Un 
moyen  de  juger  un  peuple  dont  l'hifiroire  eft:  peu  connue  ,  Se 
d'apprécier  fes  progrès  dans  les  fciences  ,  c'efl:  de  faifir  dans 
les  opinions  qu'il  a  eues  ,  dans  les  découvertes  qu'on  lui  at- 
tribue, l'opinion  la  plus  faine,  la  découverte  la  plus  profonde  , 
Se  de  dire  :  voilà  le  terme  de  les  connoiiTances ,  voilà  la  mefure 
de  fes  lumières.  Cent  opinions  fauffes  Se  abfurdes  ne  peuvent 
prévaloir  contre  une  Iculejudicieufe  Se  vraie.  Comment  marquer 
le  terme  où  l'elprit  humain  s'ell  élevé  dans  un  fiecle  ?  eft-ce 
par  le  génie  qui  l'honore  ,  ou  par  la  médiocrité  qui  rend  ce 
fiecle  femblable  à  tous  les  autres  ?  Un  peuple  le  juge  comme 
un  fiecle.  Si  donc  nous  voulons  établir  le  degré  d'eftime  qui 
efi:  du  aux  Chaldéens  aftronômes,  nous  le  fonderons  fur  la 
confi:ance  de  leurs  obfervations  ,  fur  les  périodes  du  mouve- 
ment de   la  lune ,   iur  la  connoiilance   du    mouvement    des 


1 5  z  HISTOIRE 

fixes  ,  fur  l'opinion  du  retour  des  comètes  ;  Se  nous  oublie- 
rons toutes  les  abfurdités  dont  les  hiftoriens  ont  chargé 
leur  mémoire.  Il  y  a  encore  une  autre  manière  de  juger  un 
peuple ,  c'eft  de  comparer  fes  découvertes  au  tems  qu'il  a  mis 
à  les  faire.  Il  eft  fins  doute  une  certaine  relation  encre  la  durée 
d'une  fcience  &  fes  progrès.  Ce  nouveau  point  de  vue  ne  fera 
point  fi  favorable  aux  Chaldéens.  Les  fruits  que  nous  avons 
recueillis  font  en  petit  nombre  pour  vingt  fiecles  d'obfervations: 
que  n'auroit-on  point  fait  en  France,  en  Angleterre  ,  fi  l'Af- 
llronomie  y  datoit  de  cette  antiquité  !  Il  paroît  que  les  Chal- 
déens furent  fans  invention  Se  fans  génie.  Ils  fuivirent  conf- 
tamment  les  obfervations  qui  leur  avoient  été  indiquées  ,  6c 
le  peu  de  découvertes  qu'ils  ont  laiffe  eft  dû  à  quelques  étin- 
celles, qui  ne  s'étant  point  communiquées, s'éteignirent  bientôt. 
Mais  CCS  découvertes  font  l'ouvrage  de  la  nation ,  elle  en  doit 
conferver  la  gloire.  Les  Chaldéens  ,  malgré  les  erreurs  qu'on 
peut  leur  imputer,  doivent  être  regardés  comme  le  plus  favant 
des  peuples  connus  de  l'antiquité. 

§.      X  V  I  I  L 

On  leur  reproche  l'aftrologie  dont  la  nation  fut  tellement 
infectée  ,  que  toute  efpece  d'aftrologues  &  de  -devins  furent 
dans  la  fuite  appelés  Chaldéens.  L'aftrologie  eft  une  erreur 
univerfelle.  C'eft  une  tache  que  l'hiftoire  imprime  fur  la  mé- 
moire de  tous  les  peuples.  Les  Chinois  fi  fages,  fi  éclairés  ,  ne 
s'occupent-ils  pas  encore  des  prédictions  de  cet  art  prétendu  ? 
Il  n'y  a  pas  longtems  que  nous-mêmes  avons  fecoué  le  joug  de 
cette  efpece  de  fuperftition.  Il  ne  faut  donc  pas  imputer  aux 
Chaldéens  feuls  l'erreur  de  toutes  les  nations.  Peut-être  ont-ils 
contribué  à  la  répandre  dans  l'univers  ;  mais  l'aftrologie  eft 
un  abus  de  i'Aftronomie,  6i  fi  l'abus  eft  né  chez  eux,  c'eft  une 

preuve 


DE     L' ASTRONOMIE.  içj 

preuve  que  la  fcience  y  eft  née  elle-même  ,  ou  du  moins  y  a 
été  renouvelée.  C'eft  une  preuve  qu'elle  y  étoit  ancienne ,  que 
les  connoiflances  en  écoienc  defcendues  dans  le  peuple  qui  dé- 
nature tout ,  &C  que  les  prêtres  ,  conduits  par  leur  intérêt ,  ont 
trompé  la  nation  pour  la  dominer  plus  aifément.  D'ailleurs 
nous  devons  dire  que  chez  eux-mêmes,  chez  ces  prêtres  qui  abu- 
foient  ainfi  delà  crédulité,  l'erreur  ne  fut  pas  générale.  Parmi 
les  Chaldéens  ^  dit  Scrabon(cz),  il  y  en  a  qui  font  profejjton 
de  prédire  aux  hommes  leur  deflinée  fur  les  circonftances  de  leur 
naifance  y  mais  les  autres  ne  les  approuvent  pas.  Il  feroit  injufte 
de  reprocher  aux  Chaldéens  ce  qu'ils  condamnoient  eux-mêmes. 
Dominique  Caffini  commença  la  carrière  par  l'aftrologie  ,  &  (î 
la  jcunclle  d'un  grand  homme  a  pu  tomber  dans  cette  erreur, 
le  peuple ,  qui  eft  toujours  dans  l'enfance ,  doit  aifément  s'en  laifTer 
infecter.  Il  ne  faut  donc  pas  juger  cette  nation  fur  les  fots  qui 
la  dégradèrent ,  ni  fur  les  fripons  qui  l'ont  trompée. 

§.      X  I  X, 

Nous  n'avons  point  parlé  en  particulier  des  Phrygiens  qui 
fc  difoicnt  plus  anciens  que  la  lune  ;  ce  qui  a  fait  croire  à 
quelques  modernes  que  la  terre  avoit  été  autrefois  fans  fatellite; 
ni  des  connoiilances  aftronomiques  des  Phéniciens ,  quoique 
ces  peuples  pafTent  dans  l'antiquité  pour  y  avoir  été  très-verfés. 
Il  paroit  que  les  Phrygiens  ont  eu  très-anciennement  des  con- 
noifTanccs  lur  l'Aftronomie.  Le  culte  du  foleil,  ou  plutôt  d'Her- 
cule qui  en  eft  le  fymbole  ,  y  étoit  éfabli  2300  ans  avant  Hé- 
rodote, c'eft-à-dire  ,  2700  ans  avant  J.  C.  [b).  On  peut  foup- 
çonner  que  ce  culte  ne  s'cft  introduit  chez  les  différentes  na- 
tions, qu'on  n'y  a  porté  l'allégorie  d'Hercule ,  qu'autant  qu'on 

(û)  Géog.  Lib.  16.  {b)  Hérodote,  Lib.  II. 


,  j4        HISTOIRE  DE  L'ASTRONOMIE. 

y  a- etatsîî  en  mênle  tems  les  principes  de  l'Aftronomie ,  qui 
en  font  le  fondement  ;  mais  ces  conjectures  font  trop  foi- 
bles,  pour  donner  à  ces  peuples  une  place  diftinguée  dans  cet 
ouvrage.  Les  Phéniciens  y  auroient  peut-être  plus  de  droit.  Le 
commerce  dont  ils  ont  donné  le  premier  exemple ,  la  naviga- 
tion qui  a  porté  leurs  colonies  dans  la  Gaule  ,  dans  l'Efpagne  , 
dans  l'Irlande  &L  dans  la  plus  grande  partie  de  l'Europe  ,  les  a 
conduits,  dit-on,  à  l'invention  de  l'arithmétique  ôc  de  l'aftro- 
nomie.  Ils  navigeoient  à  l'aide  des  étoiles  de  la  petite  ourfe,  qui 
en  a  reçu  le  furnom  de  phénicienne.  Mais  on  peut  juger  ce 
peuple  par  fa  réputation  même.  Ce  font  les  entreprifes  de  com- 
merce qui  l'ont  rendu  principalement  fameux.  Ce  caractère  do- 
minant de  la  nation  eft  peu  compatible  avec  les  progrès  des 
fciences  ;  il  efl:  naturel  de  penfer  que  les  Phéniciens  ont  attiré, 
•établi  chez  eux  les  connoiffanccs  utiles  au  commerce,  qui  faifoit 
le  foutien  de  ce  petit  état ,  mais  ils  ne  les  ont  point  inventées. 
On  peut  croire  feulement  que  l'Adronomie  ,  née  au  milieu  du 
grand  continent  de  l'Afic,  s'étant  avancée  de  proche  en  proche 
îufqu'aux  bords  de  la  mer,  fut  avidement  embrafl.ee  par  les 
Phéniciens  ,  qui  en  firent  aufli-tôt  l'application  au  commerce 
maritime.  Cette  application  eft  une  véritable  invention,  qui  leur 
fait  honneur  fans  doute:  mais  les  notions  primitives ,  les  prin- 
cipes venoient  de  la  Chaldée  ,  trop  voifine  des  Phéniciens  pour 
n'avoir  pas  été  la  fource  de  leurs  lumières  à  cet  égard.  Les  Phé- 
niciens enfeignerent  à  leur  tour  ce  qu'ils  avoicnt  appris ,  & 
comme  leur  commerce  embraiïbitprefque  toute  la  terre,  les  vaif^ 
féaux  tranfporterent  partout  les  connoifl^ances  aftronomiques  ^ 
&  acquirent  aux  Phéniciens  une  réputation  plus  grande  que  celle 
des  Chaldéens  ,  qui  furent  indubitablement  leurs  maîtres. 


HISTOIRE 


DE     L'AST 


OMIE     ANCIENNE. 


.iit   -wjj^^ji 


^^pé^ 


LIVRE      SIXIEME. 


=???Sîîi&ï^ 


D  E   l' Ajlronomic  des  Égyptiens. 


PREMIER. 


i_i  E  S  Egyptiens  prétendent  qu'ils  font  enfans  de  la  terre ,  &; 
les  plus  anciens  des  hommes  qui  l'habitent.  Chaque  peuple  en 
peut  dire  autant  ;  on  n'eft  pas  reçu  à  dépofer  feul  de  fa  no- 
blelTe.  Les  Grecs ,  peuple  toujours  exagérateur ,  qui  avoient 
tout  tiré  de  l'Egypte  ,  de  qui  les  villes  étoient  des  colonies 
égyptiennes,  ont  vieilli  leurs  prédéceiïeurs  pour  fe  rendre  eux- 
mêmes  plus  refpe£tables.  Mais  ce  n'eft  pas  être  fort  ancien  que 
de  l'être  plus  que  les  Grecs.  Les  Egyptiens  ,  confidérés  comme 
habitans  de  l'Egypte  ,  font  peut  -  être  les  plus  modernes  des 
peuples  qui  nous  ont  occupés  jufqu'ici.  Ce  font  les  Ethiopiens , 
leurs  ancêtres  ,  qui  font  vraiment  anciens.  L'Ethiopie  qui  eft 
un  pays  fortile,  fort  élevé  ,  fut  habitée  prefqu'auffi-tôt  après 
le  déluge.  L'Egypte  alors  n'étoit  pas  fi  étendue  qu'elle  l'eft  aii- 
jourd'hui.  Les  Ethiopiens  prétendoient  même  qu'au  commen- 

Vij 


,5^  HISTOIRE 

cernent  du  monde  l'Egypte  n'étoit  qu'une  mer, mais  que  le  Nil, 
entrainant  dans  fes  crues  beaucoup  de  limon  d'Ethiopie  ,  en 
avoit  fait  une  partie  du  continent  {a).  Il  eft  certain  que  l'Egypte 
inférieure  a  été  habitée  la  dernière.  Le  débordement  du  Nil 
a  du  paroître  un  grand  obftacle  à  l'agriculture,  avant  que  l'in- 
duftrie  humaine  eut  reconnu  qu'elle  pouvoit  l'y  rendre  favo- 
rable. Les  Ethiopiens,  quand  leur  population  devint  plus  nom- 
breufe  ,  s'avancèrent  vers  la  haute  Egypte  ,  Sc  leurs  colonies  la 
peuplèrent. 

§.      I  L 

Lucien,  qui  écrivoit  fans  doute  d'après  les  traditions  con- 
fervées  jufqu'à  lui ,  &  fur  les  opinions  reçues  parmi  les  favans  , 
établit  exprcirément  cette  antériorité  des  Ethiopiens  fur  les  Egyp- 
tiens ,  &  donne  le  dernier  rang  à  ceux-ci  dans  les  connoiifances 
philofophiques.  Nous  remarquerons  que  la  route  qu'il  fait  fuivre 
à  ces  connoilTances  fur  la  terre,  en  pafTant  de  peuple  en  peuple, 
eft  aflez  conforme  à  l'ordre  que  nous  obfervons  dans  cet  ou- 
vrage. Lucien  introduit  la  philofophie  elle-même  :  /e  me  fuis  , 
dit-elle  ,  tranfponée  ck^\  les  Indiens  que  j'ai  perfuadés  de  def- 
eendre  de  leurs  éléphans  ,  pour  converfer  avec  moi.  De  la  je  fuis 
allée  cheT^^  les  Ethiopiens.  Je  fuis  enfuite  défendue  en  Egypte,  j  oie 
j'ai  inflruit  les  prêtres  ù  les  prophètes  des  chofes  divines  [b). 

Le  nom  d'Inde  que  portoit  jadis  l'Ethiopie  ,  les  gymnofo- 
phiftes  ou  les  Brames  que  l'on  y  retrouve  comme  aux  Indes  , 
indiquent  que  les  peuples  qui  habitent  ces  deux  différentes 
parties  du  monde  peuvent  avoir  une  origine  commune.  On  re- 
marque même  que  beaucoup  de  villes  &:  de  contrées  ont  dans 


(a)  Diodore  ,  Lib.  III ,  page  339.  Mémoires  de  l'Acadcniie  des  lufcriptioDEs 

{.b)  Lucien ,  Traité  de  l'Aftrologie.  tome  XXXI ,  page  1 1 8. 


DE      L'  A  S  T  1^  O  N  O  M  I  E.  157 

l'Inde  5c  dans  l'Ethiopie  des  noms  femblables  (a).  Certains 
traits  de  rclîcmblance  entre  le  zodiaque  égyptien  du  P.  Kirker, 
&  le  zodiaque  indien  ,  inféte  dans  les  tranfaclions  philofo- 
phiques  {b)  y  confirment  lingulierement  cette  opinion.  On  a  re- 
gardé le  zodiaque  du  P.  Kirker  comme  (ufpecl ,  mais  ce  foupçon 
tombe  par  les  traits  de  reflemblance  que  ce  père  n'a  pu  deviner. 
Nous  n'en  citerons  qu'un  qui  eft  frappant  ;  c'eft  celui,  du  ligne 
du  capricorne.  Les  Indiens  le  repréfentent  par  un  bélier  &.  un 
poilFon  féparés.  Les  Egyptiens  en  ont  fait  un  monftre ,  moitié 
bélier ,  moitié  poilFon  ,  que  nous  avons  confervé  dans  noire 
zodiaque.  Ici  l'imitation  ell  évidente  :  on  peut  même  aller  plus 
loin.  Il  ne  femble  pas  naturel  que  les  Indiens,  d'un  animal  en 
ayent  fait  deux  ,  àc  peut-être  doit-on  conclure  que  le  peuple, 
chez  qui  on  trouve  ces  deux  animaux  réunis ,  eft  le  peuple 
imitateur. 

Il  eft  probable  que  la  mer  rouge  a  été  formée  par  une  ir- 
ruption de  l'océan  dans  les  terres  [c).  Strabon  nous  apprend  que 
le  détroit  de  Babel-mandel  fut  autrefois  fermé,  &:  que  la  com- 
munication étoit  ouverte  entre  l'Arabie  &  l'Ethiopie  ;  c'eft  par 
là  lans  doute  que  ce  pays  s'eft  peuplé.  Uranus  vint  le  civililcr, 
&  y  enleigner  les  premières  notions  d'Aftronomie.  Atlas  y 
apporta  l'invention  de  la  fphere.  On  connoit  la  fable  d'Atlas 
chargé  du  poids  du  ciel.Cettefable  défigne  vifiblement  l'invention 
de  la  fphere.  A-t-on  voulu  marquer  par  là  le  poids  des  occu- 
pations qu'il  s'étoit  impofécs ,  en  veillant  jour  èc  nuit  à  l'ob- 
lervation  des  aftres  ?  A-t-on  voulu  peindre  l'entreprife  immenfe 
de  la  recherche  des  caufes,  comme  un  fardeau  qui  accable  la 
foiblefle  humaine  :  fardeau  dont  Atlas  s'étoic  chargé  ,  &  qu'on 


{a)  Mém.  Acad.  Inf.  T.  V,  p.  330.  2n/rà  ,  Éclaire.  Liv.  IX  ,§.  i  j. 

Infrkj  Éclaire.  Liv.  V  ,  ^.  i.  (c)  Hiftoirc  Naturelle  de  M,  de  Bjfl'on, 

(i)Tom,  LXII,  ancée  1771,'p.  5^5.      in-11,  lome  II,  page  114. 


158  HISTOIRE 

a  liguré  par  le  monde  pcfanc  fur  fcs  épaules  ?  Il  n'y  a  gueres 
d'apparence  que  le  peuple  ,  récemment  civilifé  par  Uranus  ,  ait 
enveloppé  des  idées  mécaphyfiques  dans  une  fable.  11  fe  pré- 
fente une  explication  plus  naturelle.  Atlas  inventa  la  fphere  , 
c'cft- .à-dire,  il  fit  des  différens  cercles  du  ciel,  ou  feulement  de 
quelques-uns  de  ces  cercles  ,  une  rcpréfentation  portative.  II 
en  démontra  l'ufage ,  on  lui  vit  porter  cette  figure  du  monde. 
Les  récits  de  l'admiration  furent  exagérés  fuivant  la  coutume;' 
&c  depuis  ,  la  tradition  qui  confond  tout ,  a  dit  qu'Atlas  avoit 
porté  l'univers  fur  fes  épaules. 

§.      III. 

L  A  mefure  du  tems  6c  de  l'année  a  fubl  beaucoup  de  chan- 
gemens  chez  les  Egyptiens ,  èc  fut  fort  différente  dans  les  dif- 
férens  tems  ;  d'où  naît  la  confufioii  de  leur  chronologie.  En 
lifant  leurs  hiftoires  ,  ou  plutôt  les  extraits  qui  nous  en  reftent, 
on  voit  qu'ils  ont  compté  également  &  fans  les  diftinguer  par 
des  années  qui  n'étoient  point  femblables.  Il  y  a  apparence 
que  les  provinces  de  l'Egypte,  qui  avoient  chacune  leurs  dieux, 
avoient  auflî  leur  manière  particulière  de  compter  le  tems.  Les 
EZgyptiens  eurent  des  années  d'un  ,  de  deux,  de  trois,  de  quatre 
&  de  ûx  mois.  Les  années  d'un  mois  étoient  les  révolutions  de 
la  lune  à  l'égard  du  foleil ,  ou  cà  l'égard  des  étoiles.  Les  années 
'de  deux  mois  étoient  la  période  de  60  jours,  connue  dans 
l'Afie.  Les  années  de  trois  mois  ,  des  faifons  ;  &  celle  de  fix 
mois  l'intervalle  d'un  folftice  ou  d'un  équinoxe  à  l'autre  ,  que 
l'on  retrouve  chez  les  Indiens  &  chez  les  Tartares.  Mais  les 
années  de  quatre  mois  font  plus  fingulieres.  Nous  n'ignorons 
pas  que  les  anciens  auteurs  nous  difent  qu'il  n'y  avoit  autrefois 
que  trois  laifons  à  l'année, qui  par  conféqucnt  étoient  de  quatre 
mois  ;  cependant  le  tems  n'a  d'autre  règle  que  rAftronomie  , 


DE     L'  A  S  T  11  O  N  O  M  I  E.  159 

5v  nous  n'imaginons  pas  quelles  obfcrvations  pouvoicnt  faire  le 
partage  de  l'année  en  crois  lailons.  La  révolution  de  mercure 
eft  d'environ  quatre  mois,  mais  cll-il  vraifcmblable  que  l'on 
ait  jamais  établi  la  mefure  du  tems  kir  la  marche  d'une  planète 
fî  difficile  à  appercevoir  ?  On  dit ,  ce  qui  n'eft  gueres  plus 
vraifemblabre ,  que  cette  divifîon  de  l'année  en  trois  parties 
étoit  réi5;lée  par  le  Nil  qui  croît  pendant  quatre  mois  ,  décroît 
pendant  quatre  autres,  &C  demeure  quatre  mois  tranquille.  Il 
ne  refte  que  l'explication  que  nous  avons  propcféc  ,  comme  la 
plus  naturelle ,  dans  le  livre  précédent  ,  &  qui  place  l'origine 
de  ces  années  au  78°  de  latitude  feptentrionalc.  Horus ,  His 
d'Oiiris  ,  inventa,  dit-on  ,  les  années  de  trois  mois. 

Les  quatre  principales  phafes  de  la  lune  ont  indiqué  à  tous 
les  peuples  la  divifîon  du  mois  ou  de  la  révolution  de  cette 
planète  en  quatre  parties,  de  fept  jours  chacune,  qui  furent 
appelées  femaines.  On  attribue  aux  Egyptiens  l'idée  d'avoir 
dédié  chacun  de  ces  fept  jours  aux  fept  planètes  ,  ou  aux  dieux 
qui  les  gouvernent.  Cependant  cet  ufage  fe  retrouve  chez 
les  Indiens  èc  les  Chinois,  èc  nous  en  avons  conclu  que  cet 
ufage  général  leur  vient  à  tous  également  d'une  fource  com- 
mune. Quoi  qu'il  en  loit ,  il  paroit  que  les  Egyptiens  réunirent 
très-anciennement  5  o  de  ces  femaines,  pour  former  une  année 
à-peu-près  lunaire  de  3  5  o  jours  (a). 

§.     I  V. 

Hermès  Chaldéen,né  àCalovaz,pa{ra  dans  l'Ethiopie  vrai- 
femblablement  vers  3362  ans  avant  J.  C.  II  y  fonda  toutes  les 
connoifîances.  Il  régla  ,  dit-on  ,  le  culte  des  dieux  ,  parce  que 
fans  doute ,  il  y  apporta  les  rits  6c  les  ufages  de  l'orient ,   la 

(  <j )  Jnfrù  ,  ÉtUircifTcmens ,  Livrç  V  ?  f .  }> 


i(îo  HISTOIRE 

connoifîance  des  douze  dieux  fupérieurs.  Les  Ethiopiens  n'a- 
voienc  eu  jufques-là  pour  dieiftc  que  les  fept  planètes.  Il  apporta 
les  hiérogliphes ,  les  principes  de  la  religion  &c  des  fciences  qui 
y  ëtoienc  cachés,  &  inftitua  dans  les  temples  les  myfteres  de 
l'Afie.  Il  plaça  dans  les  ian^luaires  ces  tables  de  pierre  gravées  , 
qui  de  fon  nom  furent  appelées  Stèles  ,  en  égyptien  Thoitk  j 
parce  que  l'Hermès  des  Grecs  &  des  Chaldéens  portoit  en 
Egypte  le  nom  de  Thoth.  Il  indiqua  le  culte  d'Hercule ,  fym- 
bole  du  foleil ,  &;  de  là  ces  villes ,  où  ce  culte  fut  établi ,  qui 
portoient  le  nom  de  Diofpolis  Se  d'Héliopolis.  Il  inventa  ou  com- 
muniqua les  caradlcrcs  alphabétiques;  enfin  ,  il  fut  l'inventeur 
de  l'Aftronomie  ,  parce  qu'apparemment  il  avoir  recueilli  les 
rcftes  de  l'ancienne  Artronomie,  dépofés  dans  les  monumens 
d'Afie.  Il  montra  toutes  les  divifions  du  zodiaque  ,  en  deux, 
quatre  ,  douze  &  trente-fîx  parties.  Ces  dernières  de  dix  degrés 
chacune,  étoient  les  fubdivifions  des  fignes.  Il  établit  l'ufage 
des  obfervations  ,  du  moins  il  nous  en  reftc  une  de  lui ,  favoir  , 
celle  de  la  pofition  de  l'étoile  appelée  l'œil  duj^taureau  {a).  Il 
paroît  qu'il  réforma  ,  ou  plutôt  qu'il  completta  l'année  lunaire, 
en  y  ajoutant  cinq  jours  épagomenes.  Les  prêtres  ,  qu'il  avoir 
inftitués  ,  continuèrent  de  graver  fur  les  Stèles  les  découvertes 
ou'ils  firent  depuis  lui.  Leur  nom  n'y  paroifloit  point.  Toutes 
ces  inventions,  prifes  enfemble  ou  léparément  ,  gardèrent  le 
nom  des  Stèles  où  elles  étoient  infcrites.  On  les  nomma  les  in- 
ventions des  Thoth  ;  de  là  la  prodigieufe  quantité  d'ouvrages 
dont  on  a  fait  honneur  à  Thoth,  Hermès  ou  Mercure  (b). 

§.     V. 
Une  colonie  d'Ethiopiens  paffa  dans  l'Egypte  fupérieure , 


(  a  )   Lifra  ,  Éclaire.  Liv.  IV  ,  §.  4.  (  i  )  Infra  ,  Éclaire.  Liv.  H,   §.13,  14- 


DE     L' ASTRONOMIE.  r^  r 

&  y  foncîa  la  ville  de  Thebe*  ,  fameufe  par  Ces  cent  portes , 
&;  par  le  culce  du  folcil ,  d'où  elle  prit  le  nom  d'Héliopolis.  II 
paroit  que  pour  s'approcher  de  la  durée  de  l'année  folaire  ,  on 
avoit  établi  une  année  de  3  60  jours.  Les  Thcbains,  qui  les  pre- 
miers cultivèrent  l'Allronomie  en  Egypte ,  s'apperçurcntque  cette 
année  s'écartoit  de  cinq  jours  de  la  véritable  révolution  du  foleil, 
&C  ces  cinq  jours  nommés  épagomenes  ,  furent  ajoutés  à  la  fin 
de  l'année  aux  douze  mois  de  trente  jours.  Nous  penfons  que 
cette  invention  eut  lieu  vers  1887  ans  avant  J.  C. ,  parce  que 
c'eft  à  cette  date  que  remontent  les  années  folaires  dans  la 
chronologie  égyptienne ,  red-ifiée  par  nos  calculs. 

§.     V  I. 

Ils  remarquèrent  bientôt  que  leur  année  étoit  en  défaut 
d'un  quart  de  jour,  par  le  changement  du  lever  de  la  canicule. 
C'étoit  pour  eux  le  plus  intérelîant  des  phénomènes  aftrono- 
miqucs.  Les  premiers  hommes,  qui  fe  hafardercnt  à  dcfcendre 
dans  la  baffe  Egypte  ,  virent  détruire  leurs  cabanes ,  entraîner 
leurs  troupeaux  ,  périrent  peut-être  eux-mêmes  en  partie  ,  par 
le  débordement  imprévu  du  Nil.  Dans  le  tems  le  plus  fec 
de  l'année,  fans  aucune  pluie  précédente  ,  le  fleuve  grofllffbit, 
fortoit  tout-à-coup  de  fon  lit ,  6c  emportoit  avec  lui  tout  ce 
qui  fe  rencontroit  dans  les  plaines.  Ce  malheur  ne  fembla 
d'abord  qu'un  accident ,  mais  il  ne  fallut  que  quelques  années 
pour  reconnoître  qu'il  étoit  périodique.  Dès  que  ces  calamités 
fuivoicnt  quelque  règle  ,  on  efpéra  de  parvenir  à  les  prévoir  ; 
on  étudia  les  vents  ,  l'état  du  ciel ,  &L  l'on  s'apperçut  que 
quelque  tems  avant  le  débordement ,  une  très- belle  étoile  fc 
raontroit  le  matin, du  coté  de  l'orient,  avant  le  lever  du  foleil. 
Elle  ne  faifoit  que  paroître ,  elle  étoit  prefqu'au(îi-tôt  eflTacée 
par  l'éclat  de  l'aurore  nallVantc.  Comme  elle  fembloit  ne  fe 

X 


i6%  HISTOIRE 

montrer  que  pour  avertir,  on  la  nomma  Taaut ,  c'cft-à-dire  ,  le 
chien' y  (i'où  elle  retint  le  nom  de  canicule  {a).  On  la  nomma 
encore  l'étoile  du  Nil ,  Sihor ,  S  iris  ^  Se  de  là  Sirius  qui  eft  le 
nom  qu'elle  porte  aujourd'hui.  Cette  étoile  devint  le  figne  public, 
fur  lequel  chacun  devoir  avoir  les  yeux  pour  préparer  les  vivres 
néceffaires,  pendant  le  tems  de  l'inondation  qui  duroit  plufieurs 
mois  ,  &  pour  ne  pas  manquer  le  moment  de  fe  retirer  fur  les 
terrains  élevés.  On  peut  donc  penfer  que  ce  phénomème  im- 
portant,  d'où  dépendoit  le  falut  des  Egyptiens,  fut  toujours 
obfervé  avec  foin.  En  confequence  on  dut  s'appcrcevoir  peu 
après  l'établiflement  de  l'année  de  3  6  5  jours  ,  que  le  lever  de 
Sirius  au  bout  de  quatre  ans  n'arrivoit  plus  le  même  jour.  S'il 
avoir  été  fixé  au  premier  jour  de  l'année  ,  au  bout  de  quatre 
ans ,  quatre  fois  fix  heures  s'étoient  accumulées ,  il  n'arrivoit 
que  le  fécond  jour,  en  retardant  ainfi  d'un  jour  tous  les  quatre 
ans.  Les  Egyptiens  en  firent  une  petite  période ,  qui  étoit  pré- 
cifément  celle  de  notre  année  biflextile. 

§.     VIL 

Le  commencement  de  l'année  civile  au  contraire  arrivoit 
tous  les  quatre  aiîs  un  jour  plutôt  que  le  renouvellement  de 
la  révolution  du  foleil.  Cette  année  étoit  donc  vague  ;  c'eft- 
à-dire,  fes  différentes  parties  répondoient  fucceffivcment  à  dif- 
férentes faifons  de  l'année  lolaire.  Elle  fervoit  de  règle  pour  les 
fêtes,  les  facrifices  qui  fe  célébroient  à  certains  jours  marqués; 
ainfi  ces  fêtes  &  ces  facrifices  rétrogadoient  continuellement  , 
ôc  parcouroient  les  différens  jours  de  l'année.  Les  Egyptiens 
bien  loin  de  corriger  ce  défaut ,  y  attachèrent  une  forte  de  fu- 
perftition  [b).  Ils  avoient  en  horreur  toute  efpece  d'intercala- 

(û)  Pluche  ,  Hiftoire  du  ciel,  tome  I,  {b)   Geminus    in   Uranologion  ,   pag, 

page  j7  Se  fui  vantes,  33. 


DE     L'ASTRONOMIE.  1(^3 

tioii  ic),èc  croyoienc  bénir , faire  profpérer  chacune  des  faifons , 
en  les  faifant  jouir  tour-à-tour  de  la  fête  d'Ifis ,  qui  fe  célébroic 
en  même  tems  que  celle  de  la  canicule.  Ce  dérangement  de 
l'ordre  civil  étoit  même  il  retpectableà  leurs  yeux,  que  dans  la 
cérémonie  du  couronnement  &  du  facrc  des  rois  d'Egypte,  les 
prêtres  les  introduifoicnt  dans  le  fan£tuaire  d'Ifis ,  oii  ils  leur 
faifoient  jurer  de  confervcr  l'ulage  de  l'année  vague,  &c  de  ne 
jamais  fouffrir  aucune  intercalation  de  jour,  ni  de  mois  ,  quand 
même  ces  jours  ou  ces  mois  feroient  deftinés  à  être  confacrés 
aux  dieux  (i/).  Comme  les  Perfes  leurs  voifms,  èc  quelquefois 
leurs  maîtres,  avoient  Fufagc  de  ces  intercalations,  les  Egyptiens 
craignoient  qu'on  ne  l'introduilit  chez  eux.  Cette  année  vague 
ne  pouvoit  lervir  à  régler  les  travaux  de  la  campagne.  L'agri- 
culture dépend  des  faifons,  qui  dans  cette  forme  d'année étoient 
mobiles.  Le  tems  des  labours  ,  des  femailles  ,  des  récoltes  étant 
déterminé  par  celui  du  débordement  du  Nil  ,  ils  avoient  une 
autre  année  qui  commençoit  le  jour  du  lever  de  la  canicule  Sc 
annonçoit  ce  débordement  ;  la  première  étoit  civile  &  reli- 
gieule ,  celle-ci  étoit  rurale. 

§.     V  I  I  L 

En  fuppofant  que  ces  deux  années,  rcligieufe  &:  rurale  ,'• 
euflent  commencé  enlemble  à  une  certaine  époque ,  le  com- 
mencement de  l'une  devoit  tous  les  quatre  ans  s'éloigner  d'un  ^ 
jour  du  commencement  de  l'autre;  6c  l'année  religieufe  rétro-  - 
gradoit  en  remontant  l'année  rurale.  Il  s'enfuit  qu'au  bout  de  ; 
quatre  fois  365  ans  ,  après  i  4.60.  ,  ou  plus  exaélemcnt  après' 
14(^1  ans,  parce  que  1460  révolutions  folaircs  (ont  1^61 
années  de  3  6  5  jours,  ces  deux  années  dévoient  recommencer - 


(a) Saumait'e ,  Plinian.  £xerc.  pag.  jjo.  (A)Frer«,  Def.  delà  Chronol,  p.  j^j. 

X.j 


■i6s^  HISTOIRE 

enfemble.  C'eft  cette  période  de  146  i  ans  qui  fut  fi  famcofe 
chez  les  Egyptiens ,  à  laquelle  ils  avoient  donné  les  noms  de 
grande  année,  d'année  de  dieu,  ou  de  Thoth, d'année  fothique 
ou  caniculaire.  La   1461^  année  étoit  une  année  de  renouvel- 
leSment,  d'abondance  &c  de  joie.  Ils  efpéroient  apparemment 
une  récolte  plus  hcurcufe ,  lorfqu'après  un  long  intervalle  de 
tems ,  le  lever  de  la  canicule ,  &  le  débordement  du  Nil  reve- 
noient  dans  la  mêmefaifon  de  l'année  religicufc.  Cette  période, 
félon  M.  Court  de  Gebelain  (a),  avoit  pour  emblème  le  Phénix. 
Nous  avons  montré  que  cet  oifeau  fabuleux   écoit  réellement 
l'emblème  d'une  révolution  folaire.  Les  Egyptiens  appliquèrent 
peut-être  en  efFet,  à  leur  grande  année  caniculaire,  la  fable  par 
laquelle  lcs.pcuplcs  du  nord  avoient  rcprcfcnté  l'année.  Trompés 
par  un  mot ,  dont  ils  comprirent  mal  la  fignification,ils  dircnc 
que  cet  oileau  venoit  de  l'Arabie  ;  c'étoit  en  efTet  la  route  que 
les  connoiflances  agronomiques  avoient  fuivie  pour  parvenir 
jufqu'à  eux.  Ils  ajoutèrent,  en  complettant  la  fable,  que  cec 
oi(eau  périt  &  renaît  fur  l'autel  du  foleil  ,  parce  que  c'cft  le 
foleil  qui  régie  &:  conftitue  la  période  caniculaire,   &;  que  les 
meilleurs  aA:ron''mcs  égyptiens  faifoient  leur  féjouràHéliopolis, 
fameafc  par  la  plus  ancienne  école  des  prêtres  d'Egypte.  Mais 
ne  perdons  point  de  vue  que  cette  fable  arepréfcnré  l'année  avant 
de  devenir  l'emblème  delà  période  fothique,  &  qu'inventée  dans 
le  nord  elle  ne  fut  en  Egypte  qu'une  application.  iLa  période 
fothique  commença  vers  l'an    1781  {è)',   ainfi  nous  n'avons 
point  placé  trop  haut  en  1  8  S7  la  connoifrance  des  3  (^  5  jours 
de  l'annce,  laquelle  a  du  précéder  au  moins  d'un  fiecle  &  la 
connoilTance  du  quart  de  jour  qui  manquoir  à  l'année  ,  &:  l'é- 
tablifîemcnt  de  la  piriode  caniculaire. 

tij)  AUégor.  Orient.  Mercu)fc,p.  114.  i^hyjnfrh..  Éclaire.  Liv.  Y.  $•   10. 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  ]>i  I  E.  i  6  j 

§.      I  X. 

Les  Egyptiens, comme  beaucoup  d'autres  peuples, tentèrent 
la  conciliation  des  mouvemens  du  foleil  ôc  de  la  lune  avec  la 
forme  de  leur  année  civile.  Ils  eurent  d'abord  une  petite  pé- 
riode de  z  5    de  leurs  années  civiles  ,  ou  vai;ues  de  3  6  5  jours  , 
qui  embrafloit  aflez  précifémcnt  309  révolutions  de  la  lune  à 
l'égard  du  (oleil.    Ainfi  au  bout  de   z  5  ans  les  nouvelles  lunes 
revenoient  aux  mêmes  jours  de  cette  année  ;   mais  elles  ne  fc 
retrouvoient  point  au  même  point  du  zodiaque,  &  ne  s'accor- 
doient  pas  avec  la  vraie  révolution  du  foleil.  Pour  y  parvenir, 
ils  multiplièrent  leur  période  caniculaire  de  1461  ans  par  25, 
èc  ils  eurent  une  grande  période  de  3  (î  5  1  5  ans  ,  après  laquelle 
ils  comptoient  que  le  lever  de  la  canicule,  le  commencement 
de  l'année  folaire,  les  nouvelles  &:  les  pleines  lunes  retomboient 
aux  mêmes  jours  6c  aux  mêmes  heures  de  l'année  vague  {a).  Pé- 
riode plus  curieufe  qu'utile  ,  fa  longueur  exceilive  l'empêchoit 
d'être  d'aucun  ufige.  On  a  foupçonné  encore  que  cette  période 
de  36525  ans  embraflbit  une  révolution  du  mouvement  des 
fixes  en  longitude;  mais  cette  conjetflure  ingénieufe  nous  paroît 
dénuée  (  1^  )  de  fondement. 

§.      X. 

Il  eft  certain  que  leur  période  caniculaire  auroit  du  leur 
enfeigner  ce  mouvement,  &C  leur  faire  rectifier  la  longueur  de 
leur  année ,  fi  les  erreurs  ne  s'^étoient  pas  à-peu-près  compcn- 
fées.  Il  réfulte  du  mouvement  des  étoiles  en  longitude  que  le 
lever  de  Sirius  retardoit  continuellement ,  &  cela  d'environ  i  z 
jours  en    i  46  i    ans  ;   mais  l'année  folaire  étant  plus   courre 

«)   Jnfrà  ,  Éclaiic.  Liv.  V.  §.   13.  {h)  Ibidem ,%,  Ji. 


iGC.  HISTOIRE 

d'environ  onze  minutes  qu'ils  ne  la  fuppofoient ,  le  commen- 
cement de  l'année  vague  ne  pouvoit  dans  cet  intervalle  rétro- 
grader que  de  3  54  jours  environ  ,  Se  il  tomboit  au  onzième 
jour  de  l'année  folaire  ,  comme  le  lever  de  Sirius ,  ou  du  moins 
la  différence  n'étoit  pas  aflez  fenfible  pour  fe  faire  remarquer. 
Ainfi ,  quoique  cette  période  embraiïe  un  long  intervalle  de 
tcms.  Ton  ufage  ,  en  compcnfant  une  erreur  par  une  autre  ,  em- 
pêcha les  Egyptiens  de  reconnoître  que  les  étoiles  s'avançoient 
le  long  du  zodiaque,  &  que  l'année  de  3<Î5'  \,  étoit  trop 
longue  de  quelques  minutes;  d'où  il  paroît  qu'ils  n'obfervoicnc 
directement ,  ni  le  foleil ,  ni  les  étoiles  ;  car  ils  fe  feroient 
apperçus  qu'au  renouvellement  de  leur  période  le  foleil,  ainfi 
que  l'étoile  Sirius,  ne  fe  retrouvoient  pas  au  même  point  du  zo- 
diaque où  ils  étoient  au  commencement.  Il  efl  clair  encore 
qu'ayant  connu  2800  ans  avant  J.  C.  le  quart  de  jour  qui 
complette  la  longueur  de  l'année ,  ils  n'en  ont  gucres  été  plus 
avances.  Cette  connoiffance  ne  s'eft  point  perfectionnée  chez 
eux.  Ils  n'ont  jamais  déterminé  le  mouvement  du  foleil ,  indé- 
pendamment de  celui  des  étoiles  ,  en  comparant  un  certain 
nombre  de  fes  révolutions  à  un  nombre  complet  de  révolutions 
de  la  lune  ,  comme  on  a  dû  faire  avant  le  déluge  pour  l'éta- 
bliflement  de  la  période  de  ^00  ans  ;  &;  n'étant  pas  à  la  fource 
des  anciens  monumens  -  comme  les  Indiens  ,  ils  ont  eu  une 
connoiffance  beaucoup  moins  exa£te  de  la  longueur  de  l'année. 

§      X  I. 

Nous  ne  devons  point  paffer  fous  filence  deux  traditions 
fingulicrcs  ,  mais  fabulcufes  ,  que  les  prêtres  égyptiens  racon- 
tèrent à  Hérodote  [a).  Ils  difoient  que  dans  l'efpace  de  i  i  340 

(a)  In  Euterpe, 


DE     L*  A  S  T  II  O  N  O  M  î  E.  xG-] 

ans  ,  on  avoic  vu  changer  quatre  fois  le  cours  du  lolell ,  Zl  deux 
fois  cet  aftre  fe  lever  aux  mêmes  points  de  l'horifon  où  il  fe 
couche  maintenant.  Se  fc  coucher  aux  mêmes  points  où  il  fe 
levé.  Ils  ajoutoient  que  l'on  avoit  vu  l'éclipcique  perpendiculaire 
à  l'équateur.  Nous  ignorons  11  la  première  de  ces  fables  renferme 
quelque  vérité  cachée;  mais  on  n'a  pu  la  dccoavrir  juiqu'ici. 
Nous  rapporterons  {a)  ailleurs  les  conjeclurcs  que  l'en  a  prc- 
pofées.  La  féconde  femble  renfermer  une  connoiiTance  de  la 
diminution  de  l'obliquité  de  l'écliptique.  Si  les  Egyptiens  s'en 
font  apperçus,  comme  quelques  autres  indices  nous  porteroient 
à  le  croire ,  ils  en  auront  conclu  que  le  cercle  de  l'écliptique 
dans  les  fiecles  reculés ,  avoit  été  perpendiculaire  à  l'équateur, 
6c  cette  conclufion  ,  dénaturée  par  la  tradition  ,  cft  devenue 
une  obfervation. 

§.      XII. 

Les  Egyptiens  connoifloient  la  rondeur  de  la  terre,  la  caufe 
des  phafes  &:  des  éclipfes  de  lune.  On  ajoute  même  qu'ils  an- 
noncoient  fort  exa£lcment  ces  écliples,  ainfi  que  celles  de  foleil. 
Thaïes  qui  avoit  appris  d'eux  à  les  prédire  ,  n'y  a  pas  été  fort 
habile  ,  6c  il  en  faut  conclure  que  les  maîtres  étoient  des  igno- 
rans,  ou  que  l'élcve  leur  fait  peu  d'honneur.  On  leur  attribue 
un  grand  nombre  d'obfervations;favoir,  3  7-3  éclipfes  de  foleil, 
&;  8  3  z  éclipfes  de  lune.  Telle  cft  efFeclivement  la  proportion 
qui  règne  entre  ces  deux  efpeces  d'éclipfes  vues  fur  un  même 
horifon,  £c,  comme  le  remarque  l'hiftorien  des  mathématiques, 
c'eft  une  preuve  qu'elles  ne  font  point  ficlives  ,  ôc  qu'elles  ont 
été  réellement  obfervées.  L'ignorance,  quand  elle  invente  des 
faits  ,  ne  rencontre  pas  (1  heureufement.  On  peut  eftimer  qu'un 

(a)  /n//-^  ,  ÉclaitcifleraenSj  Livre  V,  §.  I4&ruiv3nî. 


i6Z  HISTOIRE 

pareil  nombre  d'éclipfes ,  fous  un  ciel  fans  nuage  comme  celui 
de  l'Egypte  ou  de  la  Chaldée,  peut  être  vu  en  i  z  ou  i  300 
ans.  Or ,  comme  ces  obfervations  avoient  été  faites  avant  le 
ref;ne  d'Alexandre,  elles  remontent  à  15  ou  1600  ans  avant 
J.  C. ,  à-pcu-près  à  l'époque  du  troiheme  Hermès.  Nous  prou- 
verons {a)  que  ces  obfervations  n'ont  point  été  faites  par  les 
Egyptiens  ,  &  ne  peuvent  appartenir  qu'aux  Chaldéens.  C'efl; 
la  fource  où  Ptolemée  6c  Hipparque  ont  puifé  ,  &C  elles  font 
l'époque  ou  le  renouvellement  de  l'Aftronomie  des  Chaldéens 
que  nous  avons  indiqués  [!>)  dans  leur  hiftoire. 

On  dit  encore  que  les  Egyptiens  obfervcrent  les  planètes 
avec  alTez  de  foin  pour  avoir  reconnu  leurs  mouvemcns  j  tantôt 
dire£bs  ,  tantôt  ftationaires  ou  rétrogrades.  Se  pour  en  avoir 
dreiré  des  tables  de  tcms  immémorial.  Arillote  prétend  {l)  qu'ils 
obfervoient  les  éclipfes  des  étoiles  par  les  planètes  ;  mais  toutes 
ces  obfervations  ,  ces  tables  ,  ces  méthodes  pour  prédire  les 
écliples  ,  foit  qu'elles  fuffent  exactes  ou  non  ,  toutes  ces  con- 
noiflanccs  renfermées  dans  le  Iccret  des  temples  &;  de  la  langue 
hiérogliphique,  n'en  font  jamais  (orties  ,  ôc  font  enfevelies  fous 
leurs  ruines. 

On  peut  croire  qu'ils  eurent  l'idée  de  la  pluralité  des  mondes, 
que  M.  de  Fontenelle  a  fi  ingénieufement  rajeunie.  Ils  appe- 
loient  la  \\xnt  une  terre  éthérée.  D'ailleurs  c'étoit  l'opinion 
des  Pithagoriciens  &  des  philofopbcs  de  la  fecle  d'Ionie ,  donc 
les  inftituteurs ,  Pithagore  &  Thaïes  ,  avoient  tout  puifé  en 
Egypte.  A  l'égard  des  étoiles ,  les  Egyptiens  penfoient  que  ce 
font  des  feux  ,  dont  les  émanations  tempérées  forment  par  leur 
mélange  tout  ce  qui  naît  fur  la  terre  (^)  ;  car  ils  furent  infectés 


(ii)Jnfràj  Éclaire,    Liv.   V.  ^.   i  S.  (c) /n/ri  ,  Éclaire.  Liv.  V,  J.  19,  li  R  15. 

{ô  )  Huprà  ,  Liy.  V.  i^.    ir,  (^)  Diogcnes  Laerce. 

de 


DE     L' ASTRONOMIE.  1 6^ 

de  raftrolof^ie.  Il  fcroit  à  fouhaiter  que  leur  favoir  aftronomiquc 
fut  auflî  bien  conftacé  que  leur  erreur  en  ce  genre.  Man'ethon, 
prêtre  égyptien  ,  a  publié  fix  livres  de  rêveries  aftrologiqucs,  &C 
i]  eft  aflez  fingulier  qu'il  n'ait  tiré  de  l'intérieur  myftéricux  des 
temples  que  ce  qui  failoit  peu  d'honneur  à  fa  patrie  ,  tandis 
qu'il  a  laiiïe  dans  l'oubli  ces  oblervations  nombreufes  que  les 
prêtres  citoient,  &:  que  perfonnc  n'a  jamais  vues. 

§.      XIII. 

Les  Egyptiens  eiïaycrcnt  d'eftlmer  la  diftance  des   corps 
céleftes  ,   ou  du  moins  la  grandeur  du  cercle  qu'ils  décrivent. 
Pline   rapporte  que   Petofuis  &  Necepfos  trouvèrent  chaque 
degré  de  l'orbite  de  la  lune  de  3  3  ftades  ,  les  degrés  de  l'orbite 
de  laturne  doubles  de  ceux  de  la  lune  ,  &c  les  degrés  du  cercle 
du  folcil  moyens  entre  les  deux.  D'où  l'on  conclueroit  que  fa- 
turne  n'eft  éloigné  de  la  terre  que  d'environ   i  64.  lieues  ,  le 
foleil  de   113,   &  la  lune  de   82.    Ces  déterminations  font 
abfurdes.  Nous  aurions  honte  de  les  rapporter  ,  Ci  l'hiftoire  des 
erreurs  de  l'efprit  humain  ne  devoit  pas  accompagner  celle  de 
fes  découvertes.  Nous  dirons  cependant,  pour  juftifier  les  Egyp- 
tiens,  que  ces  mefurcs ,  plus  que  groffiercs  ,  puifqu'elles  font 
fauflcs  ,   ont  été  faites  fans  doute  dans  des  tems  très-reculés. 
On  les  rapporte  au  tems  de  Sefoftris  (^),  &:  peut-être  font-elles 
beaucoup  plus  anciennes.   Les  fcienccs  ,  comme  les  hommes  , 
ont  leur  enfance.  Quand  on  voit  marcher  un  adulte  fort  6c 
vigoureux ,  on  oublie  qu'il  s'eft  traîné  fur  la  terre  au  fortir  de 
fon  berceau.    Quand  on  arrête  fes  regards  fur  les  premiers  dé- 
veloppemens  de  l'efprit  humain  ,  il  faut  lui  pardonner  fes  er- 
,    reurs ,  fes  eirais  maladroits,  &L  jufqu'aux  faux  pas  qu'il  a  pu 


I70  HISTOIRE 

faire  dans  une  route  où  il  s'eft  acquis  tant  de  gloire.  Les  fiecles 
s'accumulent  comme  les  pierres  d'un  édifice  ;  le  dernier  fiecle 
n'a  rien  à  reprocher  au  premier.  La  pierre  qui  eft  au  faîte  efl: 
de  la  même  nature  que  celles  de  la  bafe  ,  ÔC  la  bafe  contribue 
à  la  hauteur  du  faîte. 

§.     XIV. 

La  découverte  la  plus  remarquable  des  Egyptiens  eft  celle 
du  véritable  mouvement  de  mercure  &C  de  venus.  Les  anciens 
n'ont  point  différé  fur  l'arrangement  des  cinq  autres  planètes  ; 
ils  plaçoient  faturnele  plus  loin,  Jupiter  enfulte,  puis  mars  èc 
le  foleil ,  la  lune  étoit  la  dernière.  Quant  à  venus  6c  à  mer- 
cure ,  les  uns  les  plaçoient  au-defTus  du  foleil ,  les  autres  au- 
delTous.  Les  Egyptiens  connurent  mieux  cette  partie  du  fyftêmc 
du  monde.  C'eft  d'après  eux  que  Ciceron  (a)  nomme  ces  deux 
planètes  comités  folis  ;  les  fatellites  du  foleil.  En  effet ,  elles 
l'accompagnent  fans  ceffe  ,  Se  ne  s'en  écartent  jamais  beau- 
coup. C'eft  la  première  remarque  qu'on  a  dû  faire.  Mais  ce 
qui  fait  infiniment  d'honneur  aux  Egyptiens  ,  c'eft  d'avoir  fuivi 
ces  planètes  dans  la  partie  de  leur  orbite  où  elles  ne  font  pas 
vifibles  ,  ÔC  d'avoir  deviné  leur  véritable  marche.  Ils  reconnu- 
rent que  mercure  &;  venus  tournent  autour  du  foleil  dans 
leurs  orbites  dont  cet  aftrc  eft  enveloppé  ,  6c  de  manière  que 
l'orbite  de  mercure  eft  intérieure  à  l'égard  de  celle  de  venus. 
D'où  il  arrive  que ,  lorfque  ces  planètes  font  dans  la  partie 
fupérieure ,  elles  paroifTent  au  deffus  du  foleil ,  qui  à  fon  tour 
paroît  au  deffus  d'elles  ,  lorfqu'elles  font  dans  la  partie  in- 
férieure. 

(«)  SomniuraScip,  §.  4. 


DE     L'ASTRONOMIE.  xji 

§.     X  V. 

Les  Egyptiens  font  le  feul  peuple  connu  de  Tantiquité  qui 
fe  foie  élevé  à  cette  véiicé.  On  demandera  s'ils  en  font  réelle- 
menc  les  inventeurs,  ou  s'ils  n'en  avoient  pas  puifé  la  connoif- 
fance  dans  une  antiquité  plus  reculée.  C'eft  un  des  problêmes 
que  le  filence  des  auteurs  ne  nous  permet  point  de  réloudre. 
Les  Egvptiens  ont  au  moins  le  mérite  d'avoir  adopté  cette 
opinion  ,  puifqu'elle  a  porté  leur  nom.  On  n'en  trouve  point 
de  trace  chez  les  orientaux.  On  a  douté  qu'elle  appartînt  aux 
Egyptiens  ,  parce  que  Ptolemée  n'en  parle  pas  dans  fon  grand 
ouvrage  de  l'Almagefte  ,  parce  que  Platon  qui  voyagea  chez 
eux  ,  qui  fut  inftruit  par  leurs  prêtres  ,  en  rapportant  l'ordre 
des  planètes,  place  mercure  &  venus  au  defTus  du  folcil. 

Ils  n'auroient  pu  emprunter  cette  connoiffance  que  de  l'Afie. 
Il  paroît  que  le  vrai  fyftême  du  monde  y  a  été  connu  ;  mais 
s'il  fût  paiTé  de  là  en  Egypte  ,  les  Egyptiens  l'auroient  adopté 
tout  entier.  Le  vrai  mouvement  de  mercure  &  de  venus  n'eft 
qu'une  partie  de  ce  fyftême,  &  cette  raifon  nous  fait  croire  que 
l'invention  en  appartient  réellement  aux  Egyptiens.  On  en  peut 
conclure  feulement  qu'ils  ont  manqué  de  génie  &  d'obfervations 
pour  étendre  cette  belle  idée  au  refte  des  planètes. 

La  fource  de  toutes  ces  contradictions  eft  le  myftere  dont 
les  fciences  étoient  enveloppées  chez  les  anciens  en  général , 
Se  chez  les  Egyptiens  en  particulier.  Ils  avoient  deux  philofo- 
phies  ,  l'une  claire  ,  intelligible  èc  fimplc,  qui  étoit  abandonnée 
au  vulgaire  ;  l'autre  cachée  ,  réfervée  aux  prêtres  feuls  ,  qui  n'é- 
toit  écrite  qu'en  cara(fteres  hiérogliphiques ,  dc  que  l'on  n'en- 
feignoit  que  par  des  emblèmes  (  a  ).  Celle-ci  contenoit  fans  doute 

(û)Clcmcnt  Alex.  Str.  j.  Jablonski,  Proleg.  page  114. 

Produs  iaTimxo  Plat,  Lib,  III.  SuaboB,  Lib,  XY.  page  499. 


:>73:  l       .M   IlST    0    IR    E 

les  connoiflances  les  plus  fublimes;  leurs  penfées  fur  les  prin- 
cipes de  la  nature ,  fur  fa  marche  &  fes  opérations ,  les  caufes 
des  phénomènes  céleftes,  &c.  C'eft  dans  cette  philo fophie  qu'on 
ne  pénétroit  qu'avec  peine  ;  les  prêtres  en  éloignoient  foigneu- 
fement  les  étrangers.  Il  falloit  des  recommandations  6c  le  crédit 
des  rois  d'Egypte  pour  v  être  initié  ;  mais  on  peut  croire  qu'ils 
ne  révéloient  de  leurs  principes  que  ce  qu'ils  n'ofoient  cacher. 

Ces  myfteres  dévoient  être  très-anciens  en  Egypte,  Se  encore 
plus  en  A(îe.  Ceux  d'Eleufis  dans  la  Grèce  n'en  font  qu'une 
copie  ,  &  leur  inftitution  ,  attribuée  à  Orphée  ,  à  Eumolpe  ,  ou 
à  Eri(Clée ,  remonte  à  plus  de  14  ficelés  (a)  avant  J.  C.  Au 
refte  ces  myfteres,  confacrés  dès  la  haute  antiquité  par  un  long 
nfagejn'étoient  point  une  afFeétation  ridicule,  ni  peut  être  l'effet 
de  l'intérêt  feul.  Pourquoi  ne  feroit-ce  point  le  fruit  de  la  fa- 
.geffe  &  de  l'expérience  des  anciens  ?  Le  peuple  eft  fouvcnt  ingrat 
envers  ceux  qui  l'éclaircnt.  L'ignorance  fe  défend  avec  vigueur, 
elle  a  toujours  en  réferve  des  armes  offenfives.  Combien  de 
grands  hommes  auroient  vécu  plus  tranquilles  ,  auroient  été 
honorés ,  &:  feroient  morts  dans  leur  patrie ,  lî  une  langue  fa- 
vante  eût  renfermé  les  vérités  qu'ils  avoicnt  découvertes.  Il  eft 
des  tems  où  il  faut  dérober  à  l'envie  les  bienfaits  de  l'efprit 
comme  ceux  du  cœur  ,  cacher  fa  vie  ,  fuivant  le  précepte  des 
anciens,  &  n'inftruire  les  hommes  qu'après  fa  mort. 

C'eft  ce  myftere  ,  cette  réferve  dont  ufoient  les  prêtres  ,  qui 
a  induit  en  erreur  quelques  auteurs  modernes.  lis  pcnfent  que 
dans  un  certain  tems  les  Egyptiens  n'avoient  pas  certaines  con- 
noiftanccs ,  parce  qu'ils  ne  les  avoient  pas  communiquées  à 
-quelques-uns  des  Grecs  qui  voyagèrent  chez  eux.  On  croir, 
par  exemple ,  qu'ils  ne  connoiffoicnt  pas  le  quart  de  jour  qui 

(  a  )  Diodorc  de  Sicile ,  iib,  V.  Mcm.  Açad,  Infc.  T.  XXI ,  pag.  S4  &  1 05, 


DE     L' A  S  T  R  O  N  O  :^I  I  E.  173 

complette  la  longueur  de  l'année  (a) ,  400  ans  avant  J.  C.jlorfque 
Hérodote  voyagea  en  Egypte,  ôc  vécut  longtems  avec  les  prêtres. 
Cet  hiftoricn  ,  dit-on  ,  n'en  parle  pas.  On  voit  cependant ,  par 
l'époque  de  la  période  fothique,  qu'ils  faifoient  l'année  de  ^  6  ^ 
jours  un  quart ,  dès  l'an  2782  avant  J.  C.  C'eft  ainfi  qu'il  faut 
avoir  tous  les  faits  fous  les  yeux  pour  pouvoir  les  juger  chacun 
en  particulier. 

§.     XVI. 

Les  Egyptiens  s'occupèrent  beaucoup  de  la  niefure  du  dia- 
mètre du  foleîl.  Ils  ont  employé  diverfes  méthodes  qu'il  faut 
fans  doute  attribuer  à  des  tems  différens.  Les  rois  d'Egypte  fe 
fervirent  de  la  courle  d'un  cheval  vivement  excité  {è).  Ils  fx~ 
voient  le  nombre  de  ftades  que  ce  cheval  parcouroit  en  une 
heure  ;  ils  marquoientle  nombre  de  ceux  qu'il  avoit  parcourus, 
pendant  le  tems  que  le  difque  du  foleil  avoit  mis  à  monter 
fur  l'horifon ,  &C  ils  en  concluoient  le  rapport  du  diamètre  de 
ce  difque  à  la  circonférence  du  grand  cercle,  que  le  foleil  décrit 
dans  fon  mouvement  diurne.  Après  l'invention  des  cadrans  &Z 
des  clepfidres ,  tantôt  ils  fe  fervoient  de  l'efpace  parcouru  par 
l'ombre ,  pendant  que  le  foleil  le  levoit ,  comparé  à  refpace 
qu'elle  parcourt  dans  une  heure  ;  tantôt  ils  mefuroient  par  la 
chute  de  l'eau  le  même  tems  &  le  même  rapport.  L'inégalité 
des  réfractions ,  l'obliquité  du  mouvement  du  foleil  à  l'égard 
de  l'horifon ,  l'imperfedlion  des  inftrumens  rendoient  ces  mé- 
thodes très-défe£tueufes.  Cependant  la  dernière  leur  donna, fans 
doute  par  des  compenfations ,  le  diamètre  du  foleil  de  la  700^ 
ou  750^  partie  de  Ion  orbite ,  ce  qui  eft  alTez  exaCt.  Ptolemée 


(  u)  M.   Gogaet ,  Orig.  des  Lois,  des  (i)  Cléomcde,  Cyclica  Tkeoria,LibAÎ, 

Sciences  &  d:s  Arts  ,  corne  III ,  page  ;  S.      ci. 


174  HISTOIRE 

eut  raifon  de  rejeter  ces  méthodes.  Mais  ce  font  des  cfTais  qui 
ont  produit  des  eflais  plus  heureux.  On  aime  à  voir  ces  pre- 
miers efforts  de  l'induftrie.  On  y  retrouve  le  même  efprit  qui 
nous  anime  aujourd'hui ,  les  moyens  feulement  font  differens. 
Il  falloit  employer  ces  moyens  pour  apprendre  qu'on  devoit  les 
rejeter.  Si  les  Egyptiens  ne  s'en  ëtoient  pas  fervis ,  peut-être 
nous  en  fervirions-nous  encore  nous-mêmes.  N'oublions  pas  que 
les  favans  de  tous  les  tems  forment  comme  une  nation  qui 
voyage.  Si  nous, qui  vivons  actuellement, fommes  nés  au  milieu 
de  la  carrière ,  c'eft  que  nos  ancêtres  s'y  font  tranfportës.  Plu- 
tarque  rapporte  (a)  que,  félon  les  Egyptiens  ,  la  lune  étoit  la 
72^  partie  de  la  terre.  Comment  l'entendoient-ils  ?  Si  c'efl  en 
comparant  les  difques,  ils  fuppofoient  donc  que  le  diamètre  de 
la  lune  n'étoit  pas  la  huitième  partie  de  celui  de  la  terre  ;  fi 
c'ëtoit  la  folidité  qu'ils  avoient  en  vue,  ce  diamètre  auroit  été 
un  peu  moins  du  quart  ,  tandis  qu'il  n'efb  qu'un  peu  moins  du 
tiers  du  diamètre  de  la  terre.  Ce  qui  eft  allez  lingulier ,  c'eft 
que  ce  rapport  eft  à-peu- près  celui  des  maftes.  M.  Clairaut 
penfe  d'après  quelques  oblervations  que  la  maffc  de  la  lune  eft 
la  (3  7^  partie  de  celle  de  la  terre  {/f).  M.  Bernoulli  eftime  quelle 
en  eft  la  7  I  ^  (c).  Quoique  nous  ayons  toujours  en  vue  cette 
ancienne  Aftronomie  ,  dont  les  déterminations  n'ont  été  con- 
fervées  que  par  des  traditions  vagues ôc  incertaines, nous n'ofons 
penfer  qu'elle  ait  eu  les  moyens  de  parvenir  à  la  connoillancc 
des  mafles  des  planètes;  mais. nous  nous  failons  un  devoir  de 
faire  ces  rapprochemens ,  &c  de  remarquer  toutes  ces  refl'em- 
blanccs. 


(  a  )  De  fade  in  orb.  luni.  (  c)  M.  de  la  Lande  ,  Aflronomie  ,  Liv. 

(i)  Mcm,  Acad.  desSc.  au.  I7J4,  p.  55J.       III,  art.  3413. 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  175 

§.     XVII. 

L'ES  cadrans  Se  les  clepfKircs  paroiflent  d'une  très-grande 
antiquité  en  Egypte.  Nous  penfons  que  l'ufage  des  cadrans  y 
a  précédé  celui  des  clepfidres ,  foit  que  cet  ulage  foie  né  dans 
le  pays  même  ,  ou  qu'il  y  ait  été  apporté  d'Aiic,  Nous  en  ju- 
geons par  les  déterminations  du  diamètre  du  foleil  qui  furent 
faites  ,  en  fe  fervant  de  ces  deux  inftrumens.  Celle  qui  ré- 
fulte  des  clepfidres  eft  beaucoup  plus  exacte  que  celle  qu'on 
obtint  par  les  cadrans  (a).  Cette  mefure  doit  donc  être  pos- 
térieure ,  ainfi  que  l'invention  ou  l'ufage  de  l'inftrument. 

Les  clepfidres,  quoique  nous  les  fuppofions  plus  modernes, 
font  cependant  d'une  date  très-ancienne.  La  fable  reçue  en 
Egypte  du  cynocéphale  qui ,  urinant  douze  fois  par  jour ,  a 
indiqué  la  divifion  du  jour  ;  en  la  confidérant  comme  fable 
dénote  une  ancienne  origine.  Ce  n'eft  jamais  que  dans  des 
tems  très-reculés  que  des  fables  pareilles  fe  mêlent  &;  s'iden- 
tifient avec  les  faits.  Les  Egyptiens  ,  pour  conferver  cette 
tradition  ,  plaçoient  toujours  un  cynocéphale  fur  leurs  hor- 
loges d'eau.  M.  Goguec  [è]  penfe  que  les  obelifques  des  Egyp- 
tiens furent  des  gnomons.  Nous  avons  fait  voir  que  cet  inf- 
trumcnt  doit  être  le  premier  inventé.  Les  édifices  ,  les  arbres 
en  avoient  donné  l'idée ,  èc  l'art  bientôt  y  ajouta  une  forme 
plus  commode ,  avec  une  plus  grande  élévation.  De  là  ces 
maflcs  de  pierre  fi  élevées  ,  taillées  en  aiguilles  ,  que  l'on 
nomme  obelifques.  En  effet ,  le  choix  de  cette  efpece  de  mo- 
nument ne  paroît  point  fait  au  haiard.  On  a  pu  donner  aux 
pyramides  la  forme  qu'elles  ont ,  comme  la  plus  propre  à  ré- 
fifter  aux  intempéries  des  fiifons ,  èc  à  prévenir  l'éboulement 

(<j)in/rà,  Éclaire,  Liv.  V.§  16  &  17.  (ô)  Origin.  des  Lois  ,  îom.  II ,  p.  if  ©, 


i7<î  HISTOIRE 

de  la  ma  fie  :  mais  la  forme  allongée  des  obélifques ,  leur  bafe 
étroite ,  relativement  à  leur  hauteiii:  cxcciTvc  ,  donne  beau- 
coup de  poids  à  la  conjecture  de  M.  Goguet.  On  place  l'in- 
vention des  obélifques  vers  le  tems  de  Séfoftris  qui  régna  , 
fuivantM.  Freret,dansle  i  6^  liccle,  avant  l'ère  chrétienne  (a).  Ils 
font  plus  anciens  chez  les  Chaldéens ,  s'il  eft  vrai  qu'on  ait 
drede  une  aiguille  pyramidale  fur  le  chemin  de  Babylone  par 
les  ordres  de  Scmiramis  [b).  Les  pyramides,  ce  monument  de 
la  puifl'ance  6c  de  la  vanité  des  rois  d'Egypte  ,  font  auiu  un 
monument  de  leur  Aftronomie.  LTI  plus  grande  a  fes  quatre 
faces  exactement  dirigées  vers  les  quatre  parties  du  monde. 
M.  de  (c)  Chazelles  en  fit  la  remarque  dans  ion  voyage  en 
Egypte  en  1693.  Or  ,  comme  cette  direction  ne  peut  être 
l'ouvrage  du  hafard  ,  il  s'enfuit  que  dans  le  tems  où  les  py- 
ramides ont  été  conftruites  ,  les  Egyptiens  favoient  tracer  une 
ligne  méridienne.  Voilà  la  preuve  la  plus  complettc  que  nous 
ayons  àc^  oblcrvations  égvptiennes.  Ces  grandes  mafles  fem- 
blent  n'avoir  été  élevées  ,  n'avoir  réfifté  aux  outrages  du  tems 
que  pour  dépofer  de  leur  lavoir  agronomique.  Diodore  de 
Sicile  dit  qu'elles  exiftoient  de  Ion  tems  depuis  3400  ans  , 
félon  les  uns,  depuis  1000  ans  ,  félon  les  autres.  Cette  der- 
jiiere  date  feroit  trop  récente  ,  comparée  à  l'opinion  de  la 
haute  antiqidté  de  ces  pyramides  [d).  Peut-être  les  deux  dates 
pourroient-ellcs  fubfiftcr  enfemble  ,  en  fuppofant  qu'elles  ap- 
partiennent aux  différentes  pyramides  bâties  près  de  Mem- 
phis  &;  près  de  Thcbes.  Celles  de  Thebes  icroient  les  plus 
anciennes. 


(a)  Origin.  des  Loix,  tora.  II,  p.  15 1.  Antiq.   rctabl.  page  147. 

Déf.   de  la  Chron.  pag.  241  &  143.  (  c)    Eloge   de  M.   de  Chazelles  ,  Mé- 

{b)  Diodore  Je  Sicile,  Lib.  II.  p.  138.  moires  de  l'Académie  des  Sciences  ,  anuée 

Le   P.   Fezron    place  le  règne  de  cette  171  o. 

Reine  vers  l'an  1159  avant  J.  C.  (a)  Infra  ,  Éclaire.  Liv.  V,  §.  ij. 

§.  XVIIL 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  177 

§.     XVIII. 

L'opinion  prefque  générale  des  Mufulmans  (iz) ,  eft  que 
ces  pyramides  ont  été  bâties  par  Gian-ben-gian  ,  monarque 
univerlei  du  mçnde  ,  avant  Adam.  On  ne  peut  alîurément  leur 
ailîgner  une  plus  grande  antiquité,  que  de  placer  leur  conftruc- 
cion  au  tems  ou  rien  n'exiftoit.  Les  Coptes  difent  qu'elles  fu- 
rent élevées  avant  le  déluge,  par  un  roi  nommé  Saurid  (  b  ) , 
&  ils  apportent  en  preuve  une  infcription  gravée  fur  une  de 
ces  pyramides  \c).  Tout  cela  prouve  leulemcnt  qu'elles  lont 
très-anciennes  ,  &C  qu'elles  pouvoient  bien  en  efFet  avoir  3400 
ans  d'antiquité  au  tems  de  l^iodore  de  Sicile.  Il  en  réfulte 
même  un  lynchronifme  fingulier  ,  c'eft  que  cette  époque  eft 
précilément  celle  du  fécond  Hermès  ,  fixée  à  3  3  (î  1  ans  avant 
notre  ère  par  l'obfervation  qui  lui  eft  attribuée  (  d  ). 

Au  fommet  de  ces  pyramides  étoit  une  plate-forme  ,  où 
Proclus  {e)  prétend  que  les  prêtres  faifoient  leurs  obfervations 
aftronomiques.  Mais  il  ne  paroît  gueres  vraifemblable  que  dans 
un  pays  plat  Se  découvert  comme  l'Egypte  ,  on  fît  ufage  d'ob- 
fervatoires  fi  élevés  [f]^  où  il  auroit  été  fi  long  &  fi  pénible  de 
monter ,  tandis  qu'en  rafe  campagne  ,  ou  du  moins  dans  des 
bâtimens  ordinaires,  on  embrafloit  facilement  le  lpcc?cacle  du 
ciel  entier.  Il  ne  faut  pas  croire  qu'on  y  montât  pour  prévenir  &; 
voir  plutôt  le  lever  des  aftres.  Car  dans  ces  climats  heureux  où 
le  ciel  eft  fi  ferein  ,  l'horifon  eft  bordé  d'épaifTes  vapeurs  ,  &; 
l'on  ne  voit  les  étoiles  qu'à  trois  ou  quatre  degrés  de  hauteur  (^). 


(a)  Herbelot  ^\x  mot  Ehram ,  pa^.  jii.  (/)  Ces  pyramides  ont  77  toifes 4,  c'eft- 

(  b  )  Hilt.  Univerf.  traduite  de  l'Anglois,  à-dire  ,  466  pieds  de  hauteur  (  i/Lcm.  Acii. 

rome  I,   pag.   3366;  joi.  Scien.  ij6i  ,  p.  iSo).  Les  tours  de  Notrc- 

(  c  )  Grcaves  ,  Defcript.  of  the  p.yramids.  Dame  n'ont  que  zio  pieds. 

id)  Supra  ,  Livre  V  ,  §,  r.  {g)  M.  Nieburh  ,  Defcription  de  l'Ara- 

it)  In  Timio.  bie  ,  page  5. 


-17  s  ^  .H  I  S.  T   O   IR  E 

§.      XIX. 

D  A  N  S   une  de  ces   pyramides  ,  p-lacécs  près  de  Tlicbes  , 
dévoie  être   le  tombeau  du  roi  Ofimandué.    C'efc  la  cju'ctoit 
eectc  inaimenfe  cc>'ivronne   d'or  de   3  6  5    coudées  de  tour  ,    & 
large   d'uae  coudée.  On  a  remarqué  avec  raifon  qu'il  n'étoit 
pas   poiiiblc    de  ralTemblcr   une  aflez   grande  quantité   de   ce 
^Xétal  précieux ,  pour  en  former  une  pareille  couronne;  &L  on 
a:imaginé  qu'elle  n'étoit  que  dorée.   Cette  couronne  avoit  des 
ufages  aftronomiques  {'a).  Chaque  coudée  répondoit  à  un  jour 
où  étoit  marqué  le  lever  £c  le  coucKer  des  albes ,  &C  les  indi- 
cations aftrologiques  qu'on  en>«tlevoit  tii'cr.  On  a  regardé  l'cxif- 
tencede  cet  inftrument comme  une  fable;  &c  il  faut  avouer q/.'ua 
cercle,   d'airain  lans  doute  ,.  qui  avoit  au  moins   74  pieds  de 
rayon  ,  paroît  peu  croyable.   Cependant  les  Arabes  ont  eu  des 
inftrumens  prefqu'aulH  grands  {ù).  Pourquoi  les  anciens  Egyp- 
tiens n'auroient-ils  pu  faire  ce  que  les  Arabes  ont  fait  depuis 
eux  ?  Ces  cercles  monftrueux  ,  il  on  ofc  le  dire  ,  font  dans  le 
genre   des   inftrumens  ,   ce   qu'étoient  dans  la  claiîe   des  édi- 
fices ,  CCS  malles  pyramidales  de  pierre  ,  étendues  d'un  ftade 
en  tout  icns.    C'eft  l'emploi  de  la  puiflance  èc  de  la  richeffe 
fans  goût  &L  fans  difcernemcnt.  La  difficulté  de  fe  fervir  d'un 
pareil  inftrument  devoit  compenfer  en  grande  partie  l'avantage. 
de  fa  grandeur.   Nous  ne  prétendons  point  garantir  qu'il  ait 
jamais  exifté.  Cependant  deux  ufages  aftronomiques  tirent  une 
explication  fi  naturelle  de  l'emploi  de  cet  inftrument ,  qu'il, 
paroitra  peut-être  difficile  de  ne  le  point  admettre.  Nous  par- 
tageons encore  aujourd'hui  les  diamètres   du   foleil  de  de  la 
lune  en  i  1  doiets.  L'origine  de  cet  ufaçe  eft  facile  à  trouver. 

(<2)Diodore,  Lib.  I ,  fcd.  i ,  pag.  103.  (i)  Foyc  j;  l'Hift.  de  l'Aft.  moderne.    ■ 


DE     L' ASTRONOMIE.  179 

Les  anciens  divifoient  le  degré  en  14  doigts  (a)  ;  il  ëtoic  na- 
turel qu'ils  en  donnafTent  i  i  aux  diamètres  du  folcil  de  de 
la  lune,  qui  font  chacun  environ  d'un  demi  degré.  Mais 
pourquoi  les  anciens  divifoient-ils  le  degré  en  24  doigts  ? 
Quelle  analogie  cette  mcfure  ,  prile  (ur  le  corps  humain  ,  a- 
t-cUe  avec  les  efpaces  céleftes  ?  Tous  les  peuples  de  Fantiquité, 
Indiens  ,  Chaldéens  ,  Perfcs  ,  les  Egvpciens  mêmes  ont  fuivi 
èc  pratiqué  la  divifion  fexagéfimale.  Pourquoi  donc  ont  -  ils 
adopté  celle-ci ,  &;  quelle  peut  en  être  la  raifon  ?  La  couJée  or- 
dinaire ,  en  Afie ,  comme  en  Egypte,  avoit  24  doigts;  il  efl 
clair  que  la  divifion  de  la  coudée  a  été  appliquée  à  celle  du 
degré.  Mais  ,  félon  nous  ,  il  n'y  a  qu'une  manière  de  rendre 
cette  application  naturelle  &  vraifemblable  ,  c'cft  de  fuppofer 
un  inftrument  dont  chaque  degré  avoir  une  coudée  d'étendue, 
fc  cet  inftrument  c'eft  précifément  le  cefcle  d'-Ofimandiié. 

On  trouve  encore  ailleui-s  cet  ufage  de  mefurer  lës'  efpaces 
céleftes  par  des  coudées.  Les  Chinois  qui  n'ont  que  i  o  doigts 
à  leur  coudée ,  donnent  en  conféquence  i  o  doigts  au  diamètre 
du  loleil  vC  de  la  lune  (//.  Les  Arabes,  qui  ont  recueilli  les  anciens 
ufages  de  l'orient,  évaluoient  quelquefois  en  coudées  les  dif- 
tances  réciproques  des  étoiles  (c).  Ces  faits  réunis  femblent 
donner  beaucoup  de  vraifemblance  à  l'inftrument  d'Olimandué, 
&  nous  ramènent  à  l'identité  d'origine  de  ces  dilîerens  peuples. 
Nous  penfons  même  que  cet  inftrument  peut  n'avdîr  jamais 
exifté  chez  les  Egyptiens.  Ils  n'ont  pas  fait  aflez  d'obfervations 
pour  avoir  exécuté  de  pareils  inftrumens.  Celui-ci  a  pu  être 
conftruit  dans  les  tems  de  l'Aftronomie  ancienne.  Les  Egyp- 
tiens ,    inftruits  par  quelque  tradition ,  fe  le  font  approprié. 


(a)   Ptolemée,  Almag.  Lib.  XI,   c.  7.  (A)  Soucie:,  Recueil  d'Obf.  T.  III,  p.  i  88, 

Caffini ,  Elém.  d'Aftiou.  pag.  398,  (  <:  )    Hvde  ,  Préf.  du  Ca:.  d'Ulug-Bcg. 

Zij 


i8o  HISTOIRE 

Car  dans  les  ruines  du  tombeau  d'Ollmandué  ,  vifitées  par 
R.  Pocoke,  on  ne  voit  point  le  lieu  où  cet  inilrument  auroit 
pu  être  placé.  Au  relie  cet  initrumcnt  ,  dans  quelque  pays 
qu'on  en  ait  fait  ufage,  eût  été  trop  lourd  pour  être  mobile.  li 
faut  croire  qu'il  étoit  fixe  ôc  azimuthal  ,  c'eft-à-dire,  qu'il 
fervoit  d'horifon.  Placé  ainfi ,  il  a  pu  avoir  une  infinité  d'u- 
fages ,  6c  fournir  quantité  d'obfervations. 

§.     X  X. 

L' A  s  T  R  o  N  o  M I  E  avoit  dégénéré  parmi  les  Egyptiens  vers 
le  commencement  de  notre  ère.  Lorfque  Strabon  voyagea  en 
Egypte  ,  on  lui  montra  à  Héliopolis  le  lieu  où  avoient  réfidé 
les  aftronômes  ;  mais  ces  aftronomes  n'y  exiiloient  plus.  Il  n'y 
avoit  que  des  prêtres  uniquement  confacrés  au  culte  de  la  re- 
ligion. Ces  prêtres  fe  moquèrent  de  Chcrcmon  ,  philofophc 
Grec  ,  verlé  dans  la  connoifîance  de  l'Allronomie  ,  qui  ac- 
compagnoit  Œlius  Gallus  en  Egypte  ;  tant  ils  étoicnt  ignorans 
alors,  6c  vains  encore  du  favoir  qu'ils  n'avoient  plusl  Us  fe 
fouvenoicnt  que  leurs  ancêtres  avoient  été  un  peuple  éclairé, 
6c  la  fource  de  la  lumière  pour  les  peuples  de  l'Europe.  Us 
montroient  avec  complaifance  les  maifons  où  avoient  habité 
Eudoxe  &c  Platon  ,  qui  y  palTerent  i  3  ans  à  s'inftruire  parmi 
eux.  C'étoicnt  les  reftes  de  leur  gloire  pafTée  ;  ils  ne  pouvoient 
plus  fe  vanter  que  des  élevés  qu'ils  avoient  faits.  Strabon  ne 
dit  point  les  caufcs  de  ce  changement  :  mais  on  peut  foup- 
çonner  que  les  précautions  qu'ils  avoient  prilcs  de  tout  tems, 
pour  rendre  les  fciences  inacceffiblcs ,  contribuèrent  à  les  faire 
oublier.  L'efprit  de  corps  même  s'altère  à  la  longue  ;  l'indo- 
lence fuccéda  fans  doute  au  zèle  &  à  l'ailivité.  On  peut  croire- 
qu'ils  n'avoient  point  de  dictionnaire  de  la  langue  facrée.  Le 
fens  de  ces  hiérogliphcs ,   n'étant  confié  qu'à  la  mémoire  des 


DE     L' ASTRONOMIE.  i8i 

hommes  ,  fe  perdit  infcnfiblement  &   en  détail.    Ils  rcftcrcnc 
bientôt   fpeclateurs  inutiles  de    ces   colonnes   favantcs   qu'ils 
n'cntendoient  plus.   C'cft  ce  qui  prouve  qu'ils  n'a  voient  point 
alors  do  connoiflances  de  pratique  ,   qu'ils  ne  faifoicnt  point 
d'obfervations  dont  l'ufage  fe  leroit  confervé  plus  facilement. 
On  peut  croire  encore  que  la  jaloufie  ,  qui  dut  s'élever  entre 
le  colleî;e  des  prêtres  Se  l'école  d'Alexandrie,  ferma  toute  com- 
munication aux  lumières.    Les  prêtres  étoient  un  ancien  éta- 
blillcment  royal  ;  ils   ne  durent  point  voir  fans  envie  l'érablif- 
fcmcnt    du  Muficum  d'Alexandrie ,   où   des    étrangers  jouif- 
foient  de  la  faveur  déclarée  du  Prince.  Les  prêtres  n'eurent 
ùxns  doute   aucun  commerce   avec  eux.    Ils  redoublèrent  de 
vigilance  pour  cacher  le  peu  qu'ils  favoient  ;  èc  tandis  qu'ils 
rertoient  dans  leur  ignorance ,  les  Grecs  apprirent  à  fe  palier 
de  ce  qu'on  leur  refufoit.    Bientôt  le  génie  ^  l'invention  des 
Eratollhenes  ,   des  Timocharis  leur  donnèrent  une  grande  ré- 
putation   qui    effaça   celle   des   prêtres   aftronômes.   Ceux-ci 
perdirent  de  la  confidération  publique  ,  &:  ne  tardèrent  pas  à 
fe  dégoûter  d'une  fcience  qui  ne  leur  valoit  pas  la  même  eftime. 
Ils  négligèrent  l'étude  ,  6c  les  lumières  s'éteignflrent  tout-à-faic 
parmi  eux. 

§.      XXL 

Nous  avons  raiïcmblé  ici  tout  ce  que  l'antiquité  nous  a  laifTé 
pafTer  de  traditions  fur  l'Aftronomie  égyptienne.  Nous  n'avons 
expofé  qu'un  petit  nombre  de  faits  ;  ôc  comme  il  y  en  a  peu 
qui  foient  bien  prouvés  ,  on  pourroit  ,  prefqu'à  fon  choix  , 
eftimer  ou  déprifer  le  favoir  des  Egyptiens.  Ils  ont  été  dans 
l'antiquité  les  rivaux  des  Chaldéens  ,  avec  ,  ce  femble ,  une 
plus  grande  réputation  ;  mais  les  Chaldéens  nous  paroiflent 
mériter  plus  d'eftime.   Si  les  Egyptiens  ont  eu  dans  le  fecrec 


i8z        HISTOIRE  DE  L'ASTRONOMIE. 

des  temples  une  Aftronomie  étendue  ôc  perfeclionnée  :  ce  que 
nous  ignorons  ne  peut  influer  fur  notre  jugement,  nous  ne 
devons  prononcer  que  fur  des  taits. 

Nous  ne  voyons  pour  eux  que  la  pofition  de  leurs  pyra- 
mides ,  oui  rùppofe  des  méthodes  agronomiques.  La  connoK- 
fance  très-ancienne  de  l'année  de  3  6  5'  ^,  &:  la  découverte  du 
vrai  mouvement  de  mercure  &:  de  venus.  Les  Chaldéens  ont 
a  leur  oppofer  l'ancienneté  èc  la  continuité  de  leurs  obferva- 
tions  ;  la  mefure  très-exacle  de  la  longueur  de  l'année  èc  des 
difFérens  mouvemens  de  la  lune  ;  leurs  périodes  lunilolaires  ,  la 
connoiiïance  du  mouvement  des  fixes  ,  6c  celle  du  cours  des 
comètes.  Les  Chaldéens  6c  les  Orientaux,  en  général,  ont  donc 
une  fupériorité  très-marquée  fur  les  Egyptiens.  Si  ceux-ci  ont 
été  éo-alement ,  ôc  même  plus  célèbres  dans  l'antiquité  ,  c'eft' 
un  préjugé  que  les  Grecs  ont  établi.    Ils  avoient  tout  appris 
des  E"-ypricns  ;   ils  n'ont  connu  de  peuple  ,  vraiment  favant , 
que  celui   qui  avoit  pu  les  inftruire.    Ils  avoient  (urpade  les 
Egyptiens  ,  6c  l'intérêt  de  la  vanité  nationale ,  engage  fecre- 
tement  à  élever  par  la  louange  un  peuple  qu'on  a  laifle  loin 
derrière  foi.  Le?  Grecs  ,  qui  les  premiers  écrivirent  l'hiftoire', 
ont  bien  fenti  que  ces  deux  nations  n'auroient  d'exiftence  que 
par  eux  dans  les  fiecles  à  venir.  Les  peuples  n'ont-ils  pas  les 
mêmes  fcibleffes  que  les  hommes  ? 


C©^ 


':^ék. 


H  I  S 


1 


I  Pt  E 


D  E     L'A  S  T  R  O  N  O  M  I  E     ANCIENNE. 


i=Xp^': 


LIVRE      SEPTIEME. 


D  E   l' Aflronomie  des   Grecs  y    &  des  Philcfophes  de  la  fccle 

Ionienne. 


PREMIER. 


i_<Es  Grecs  font  tout-à-fait  modeniGS  d.ins  la  carricre  aftco- 
nomique  ,  en  comparailon  des  Orientaux  &;  des  Egyptiens, 
Longtems  barbares,  ils  ne  furent  civilifés  que  par  les  colonies 
d'Egypte  &;  de  Phénicie,  qui,  en  échange  du  fol,  apportèrent 
leurs  dieux,  leurs  arts  ôc  leurs  connoiirances.  L'Aftronomie 
ne  date  chez  eux  que  du  quatorzième  ficcIe  avant  l'ère  chré- 
tienne. C'eft  alors  qu'ils  reçurent  la  delcription  de  la  fphere. 
Il  paroît  que  ce  fut  un  des  fruits  du  fameux  voyage  des  Ar- 
gonautes. Alcée  ,  nommé  depuis  Hercule,,  rapporta  dans  la 
Grèce  la  fphere  des  Perfes  &  des  Chaldéens,  qu'il  avcit  prifc 
en  Afic.  C'eft  ce  qu'on  a  voulu  exprimer  par  la  fable  du 
monde  qu'il  porta  fur  fes  épaules.   Diodore  de  Sicile  le  dit  ex- 


i84  HISTOIRE 

prcflement  [a).  Il  y  a  apparence  qu'il  rapporta  égalemient 
l'allégorie  de  l'Hercule  oriental ,  inventeur  de  l'année  folaire 
&  des  douze  fignes  du  zodiaque.  Sans  doute  nom  d'Hercule 
efl;  un  farnom  qui  lui  fut  donné  en  reconnoi (Tance  de  la  fphere 
qu'il  avoic  lait  connoicrc  ,  &  dont  il  étoit  l'inventeur  à  l'égard 
de  la  Grèce.  Chiron ,  qui  en  expliqua  les  principes  Se  les  conf- 
tcUations  ,  Mulée ,  qui  y  ajouta  l'hiftoiic  des  dieux ,  en 
furent  auffi  regardés  comme  les  inventeurs.  Les  conftellations, 
à-peu-près  les  mêmes  dans  la  fphere  chaldécnne  &  dans  la 
fphere  grecque ,  reptéfentoient  des  figures  d'hommes  Se  de 
femmes  fans  nom  ,  des  animaux,  Sec.  Les  Grecs  y  firent  quel- 
ques changemens  pour  en  déguifer  l'origine ,  &.  Alufée  imagina 
de  donner  aux  figures  ,  qui  y  étoient  placées  ,  des  noms  tirés 
de  l'hiftoire  vraie  ou  fabulcufe  de  la  Grèce ,  d'y  conlacrer  les 
voyage  des  Argonautes ,  qui  devoir  être  alors  très-célcbre ,  & 
de  donner  ainfi  l'immortalité  aux  héros  de  ion  pays  ,  en  na- 
turalifant  la  fphere  dans  la  Grèce.  Mufée  étoit  poëte  :  ce  font 
les  poètes  qui  font  les  apothéofes.  On  juge  bien  qu'Hercule  ne 
fut  point  oublié.  Cette  idée  hcureule  fatisfit  infiniment  les 
Grecs  ,  dont  l'orgueil  fe  plut  à  regarder  le  ciel  comme  le  dé- 
veloppement de  leur  origine ,  ôc  l'hiftoire  de  leurs  grands 
hommes.  Si  depuis  on  a  attribué  l'invention  de  la  fphere  à 
Mufée ,  qui  y  avoit'  fait  tous  ces  changemens  ,  on  ne  s'eft 
pas  trop  écarté  de  la  vérité  ;   il  eft  l'auteur  du  globe  célcfte. 

§.      I   I. 

Plusieurs  autres  connoiflances  aftronomiques  paflerent 
en.  même  tems  de  l'orient  dans  la  Grèce.  On  attribue  à  Orphée 
une  Aftronomic  ôc  une  théogonie  ,  où  il  expliquoit,  en  poëte. 


(û)  Infra  ,  Éclairciflcmcns  ,  Livre  VI,  §.  6  ,  ■;  ,  8. 

la 


DE     L' A  S  T  R  O  N  O  M  I  £.  i  8  j 

la  religion  &  l'Aftronomie  orientale.  Les  Grecs  ont  toujours 
été  perfuadés  que  les  vers  orphiques  rentermoient  une  infinité 
de  vérités  philofophiqucs  &c  de  principes  d'Aftronomic.  Or- 
phée fut  un  des  Argonautes  ;  il  doit  avoir  puilé  ces  connoif- 
lanccs  dans  rAilc.  Il  les  décrivit  en  vers ,  parce  que  la  poëfic 
conlacroit  alors  tout  ce  qui  méritoit  d'être  retenu  ,  les  pré- 
ceptes de  la  religion  &:  de  la  morale ,  les  faits  de  la  nature  & 
de  l'hiftoire.  C'eft  à  cet  ouvrage  qu'il  faut  rapporter  toutes 
les  idées  répandues  dans  la  Grèce  fur  la  formation  du  monde, 
lur  les  révolutions  qu'il  a  éprouvées  ,  les  élémens  dont  il  eft 
compofé  ,  les  diiîercns  peuples  qui  l'habitent ,  &i  fur  les  phé- 
nomènes de  la  divcrfe  longueur  des  jours  dans  les  difîerens 
climats.  Les  Grecs  étoient  trop  ignorans  alors  pour  avoir  acquis 
la  connoifTance  de  ces  phénomènes  par  le  calcul  ;  ils  ne  pou- 
voient  donc  l'avoir  que  par  tradition.  Dans  le  poëme  des  Ar- 
gonautes ,  compofé  550  ans  avant  J.  C.(a),  Oiiomacrite, 
fous  le  nom  d'Orphée ,  parle  des  Cimmeriens  comme  d'une 
nation  condamnée  à  d'éternelles  ténèbres  (i).  Cette  expreffion 
exagérée  défigne  néceffairement  les  peuples  du  nord,  longtems 
privés  de  la  lumière  du  foleil.  Les  traditions  que  ce  poète  avoit 
en  vue  exiftoient  du  tcms  d'Homère  qui  dit  à  -  peu  -  près  les 
mêmes  choies  des  Cimmeriens.  Les  peuples ,  qui  Iclon  Hé- 
rodote (c)  ,  dorment  pendant  6  mois  ,  font  évidemment 
les  peuples  voihns  du  pôle  où  la  nuit  eft:  de  fix  mois.  Tout 
cela  étoit  connu  avant  Pitheas ,  le  premier  voyageur  qui  ait 
pénétré  dans  les  contrées  feptentrionalcs.  Pitheas  fleurit  plus 
de  5  o  ans  après  Hérodote,  8c  zoo  ans  après  Onomacrite. 
Les  relations  du  voyage,  &C  fur-tout  du  retour  des  Argonautes, 


(a)  Mémoires  de  l'Académie  desinfcrip-  (h)  Ibidem,  Tome  XII,  page  i2j, 

lions,  tome  IX  ,  page  jj.  (  f)  Liv.  IV. 

Aa 


i8^  HISTOIRE 

ne  font  que  des  fables;  mais  dans  ces  romans  antiques  ,  pleins 
de  merveilleux  ,  6c  detlicués  de  vraifemblance  ,  on  voit  que 
leurs  auteurs  ,  pour  embellir  l'ouvrage,  avoient  recueilli  toutes 
les  connoilTances  acquiics  par  les  traditions  étranf^cres.  Ce 
qui  eft  vrai  dans  ces  récits,  ne  l'cft  pas  moins  pour  être  mêlé 
de  fables.  Les  anciens  avoient  donc  déjà  fait  de  longs  voyages 
vers  le  nord,  ou  plutôt  les  peuples  de  l'Afic ,  éclairés  par  le 
peuple  qui  habita  le  5  0°  de  latitude  fcptentrionale  ,  avoient 
confervé  la  tradition  des  phénomènes  de  la  nature ,  au  delà 
de  ce  climat.  Mais  dans  l'un  &  dans  l'autre  cas  ,  puifque  les 
Grecs  n'avoient  point  voyagé  vers  le  nord  avant  Pitheas ,  ces 
connoiirances  étoient  orientales  ;  elles  furent  chantées  par 
Orphée,  ôc  devinrent  le  germe  de  toute  la  philofopliie  grecque. 

§.      III. 

LiNUS  ,  poète  comme  Orphée  fon  maître  &:  Ton  contem- 
porain ,  avoir  tait  une  cofmogonie  èc  des  livres  fur  le  cours  du 
foleil  Se  de  la  lune  (a).  Il  fe  préiente  une  réflexion  à  faire  fur 
ceci  ;  ou  ces  livres  étoient  barbares  ,  &c  ne  répondoient  nulle- 
ment à  leurs  titres  ;  ou  l'on  doit  s'étonner  du  peu  de  progrès 
qu'avoit  fait  l'Aftronomie  dans  la  Grèce,  puifqu'elle  n'y  femble 
née  qu'avec  Thaïes.  C'ell:  que  ces  vers  étoient  rendus  obfcurs 
par  le  ftyle  figuré  des  orientaux  ,  tranfporté  dans  la  poëfie  &c 
dans  une  langue  qui  ne  faifoit  que  de  naître.  Le  peuple  faifit 
avidement  les  hiftoircs  fabuleufes  de  la  théo':ronie  ;  on  né- 
gligea  les  idées  aftronomiques ,  ôc  l'intelligence  s'en  perdit  in- 
fenfiblement.  Il  en  refta  feulement  quelques  traditions  ;  telles 
font  les  grandes  années  de  i  20  ans  ôc  de  10800  ans,attri- 

(  a  )  Suidas ,  Lexicon  ,  au  mot  Linus.  Veidkr,  Hift.  Aftron.  p.   8, 


1 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  187 

buées  à  Orphée  6c  à  Linus  {a).  L'une  eft  la  période  de  l'inter- 
calacion  des  PeiTes,  &:  l'autre  un  multiple  de  la  période  orien- 
tale de   }6oo   ans. 

On  cite ,  encore  pour  les  connoiflances  aftronomiques ,  Ancée, 
fils  de  Neptune  ;  Hippo  ,  fille  de  Chiron  ;  Naafica,  fille  d'Alci- 
noiis  qui  regnoit  à  Corcyre  ,  laquelle  apprit  d'Ulytlc  les  cercles 
de  la  Iphere.  L'Aftronomic  n'étoit  alors  que  la  connoiflancc 
de  la  iphere ,  de  celle  du  mouvement  journalier.  Tirefias  ,  que 
l'on  regarde  comm.e  un  prophète  du  paganifme ,  fut  ,  félon 
quelques  auteurs  ,  un  aftrologue  qui  enleignoit  que  les  aftres 
ëtoient  animés  ,  ôc  qu'il  y  en  avoit  de  différens  fexes  {6).  Cela 
n'ell  pas  plus  extraordinaire  que  d'animer  les  fleuves  &  les 
fontaines.  Les  premiers  hommes  ont  donné  une  vie  &  une  ame 
à  tout  ce  qui  avoit  du  mouvement.  Au  relie  c'étoit  encore 
une  idée  orientale.  On  dit  que  Tirefias  devint  aveugle  en 
punition  d'avoir  pénétré  dans  les  fecrets  des  dieux  (c).  Dans 
un  fiecle  moins  éclairé  que  celui  de  Galilée  on  eût  dit  la  même 
chofe,  &  à  bien  plus  jufte  titre,  de  ce  grand  homme  qui  perdit 
la  vue  comme  Tirefias.  Mais  au  tcms  de  Tirefias  on  ne  l'eut 
pas  perfécuté. 

§.     I  V. 

On  rapporte  à  l'Aftronomie  l'origine  de  plufieurs  fables  de 
la  mythologie  grecque,  dont  nous  allons  dire  un  mot,  fans 
ajouter  foi  à  aucune  de  ces  explications.  Promethée ,  félon  la 
fable  ,  fut  attaché  fur  le  mont  Caucafe  ,  où  un  vautour  lui 
rongeoit  le  foie  à  mefure  qu'il  renaifToit.  Mais  ,  félon  l'hiftoire , 
Promethée,  prince  ambitieux,  6c  parent  de  Jupiter,  qui  regnoit 


{  a  )  Infrà  ,  Éclaire.  Liv.  VHI ,  §.  i  j.  (  O  Deflandes  ,  Hift.  de  la  Philofophie  , 

(i)  Bannier,Myth.  Ton).  III,  p.  }8/.        Tome  I  ,  page  xi6. 

Aaij 


i88  HISTOIRE 

dans  rifle  de  Crète  ,  fut  chafle  par  ce  monarque.  II  Ce  retira 
dans  la  Scythie,  où  il  fe  livra  à  la  contemplation  des  aftres.  II 
montoit  fur  le  Caucafe  pour  obferver ,  èc  par  le  vautour ,  la 
fable  figure  ou  l'cfprit  de  médication  &:  de  recherches  dont  il 
étoit  dévoré  ,  ou  l'ennui  de  fon  exil  {a).  On  interprête  la  fable 
d'Endimion,  amant  de  Diane,  par  un  aftronomc  dont  TaiFi- 
tiuité  ^  l'induftrie  démêlèrent  les  irrégularités  du  mouvement 
de  la  lune  {6).  Phaëton  conduifant  le  char  du  foleil ,  &  préci- 
pité dans  le  Pô  ,  après  avoir  embrafé  la  terre ,  eft  ,  félon  Plu- 
tarque(<;),  un  prince  qui  régna  fur  les  Molofles  ;  inftruit  de 
TAftronomie  ,  il  avoit  prédit   une  grande  chaleur  qui   défola 
tout  fon  royaume.  Et  félon  Lucien  (d) ,  un  homme  qui  s'étoit 
appliqué  particulièrement   à  connoîtrc   le   cours  du  foleil.    Il 
mourut  fort  jeune  ,  ^C  laifla  fes  obfervations  imparfaites  ;  ce 
qui  iit  dire  à  quelque   poëte  qu'il  n'avoit  pu  conduire  le  char 
du  foleil  jufqu'à  la  un  de  fa  carrière.  Ces  explications  peuvent 
être  plus  ou  moins  vraifemblablcs;  mais  la  plus  révoltante  eft: 
celle  de  la  fable  du  foleil,  reculant  d'horreur  à  la  vue  du  feft:iii 
d'Atrée.  Euripide  &;  quelques  auteurs  (e)  attribuent  à  ce  prince 
la  découverte  du  mouvement  propre  des  planètes  ,  Se  de  leurs 
révolutions  d'occident  en  orient  ,  contraires  au  mouvement 
diurne.  On  ajoute  qu'il  connut  les  caufes  des  éclipfes,  &;  que, 
comme  le  foleil ,  en  s'éclipfant ,  femble  fe  dérober  à  la  vae  , 
&  reculer  en  quelque  forte  jufques  fous  l'horifon  ,  on  avoit 
repréfenté  par  cette  fable  l'effet  naturel  dont  Atrée  avoit  pé- 
nétré la  caufe.  Peut-on  croire  que  les  hommes  ayent  enveloppé 
une  découverte  intéreflante ,  utile,  fous  un  emblème  atroce? 


(a)   Bannier,   Myth.  tome  I ,  pag.  iio.  («)  Hygin.  Fabuk  c.  ij8. 

(i)  Pline,  Lih.  il,c.  5.  Strabon  ,  Géog.  Lib.  I,  pag.   xj. 

(  c  )  Vie  de  Pyrrhus.  AchiUes  Tatius  ,  in  Uianol.  c.  1  ,  pas. 

(1^)  Traité  de  l'Aftrologie.  iii. 


DE     L' ASTRONOMIE.  189 

Indépendamment  de  ce  que  l'emblème  ne  peint  pas  fidellement 
l'effet  dont  il  eft  qucllion  ,  quelle  liaifon  y  a-t-il  entre  ces 
idées ,  entre  une  invention  ingénieufe  ,  £c  les  crimes  qui  font 
frémir  la  nature  ? 

§.     V. 

Sophocle  attribue  à  Palamedc, l'un  des  premiers  guerriers 
qui  périrent  devant  Trove  ,  la  divifion  de  la  nuit ,  en  plufieurs 
parties  ,  par  la   hauteur  des  étoiles  fur  l'horifon  ,  afin  que  les 
Icntinelles  puilent  veiller  &:  le  repofcr  également.    Le  même 
poëte  ajoute  que  Palamede  montra  auili  aux  pilotes  à  fc  con- 
duire par  la  conftellation  de  rourfe,&:  par  le  coucher  de  Syrius 
en   hiver   {a).    Ain(î   la  Grèce  commença   à   s'éclairer  par  le 
voyage  des  Argonautes  ,  &.  par  le  long  féjour  que  fes  guerriers 
firent  en   Alie   6c  devant  Troye.  Ces  connoilTImces  orientales 
ie  naturaliferent  dans  la  Grèce  ,   &c  ceux  qui   les  avoient  rap- 
portées en  lurent  regardés  comme  les  inventeurs.   Le  premier 
fruit  de  ces  connoilTances  furent  les   années  de  trois  mois  6c 
de  lix  mois  que   quelques  peuples  grecs  employèrent  à  la  me- 
fure  du   tems  ,  mais  l'ulage  le  plus  général  fut  celui  de  l'année 
lunaire.    Ils  eurent  même   quelque  notion  confufe  de  l'année 
folaire.   On  en  juge  par  les  tentatives  qu'ils  firent  pour  faire 
cadrer  cette  année  lunaire  avec  le  cours  du  foleil.  Ils  ajoutèrent 
de  tems  en  tems  un  treizième  mois  intercalaire,  pour  remédier 
au  dérangement  du  calendrier.  On  peut  imaginer  comment  ces 
intercalations  étoient  faites  par  un  peuple  qui  ne  faifoit  point 
d'obfcrvations.  Au  milieu  de  ce  défordre  ,  les  gens  de  la  cam- 
pagne dévoient  être  fort  embarralTés  pour  en  régler  les  travaux. 
On  prit  le  parti  ,  à  l'exemple  des  orientaux  ,    d'indiquer   ces 

(a)  f rcret ,    Dcf.  de  la  Chron.  page  i6 


T90  HISTOIRE 

travaux  par  le  lever  6c  le  coucher  des  étoiles.  Les  grecs  en 
voyageant  de  différens  cotés,  dans  la  Chaldée  ou  dans  l'Egypte, 
raiTcmblerent  les  obfcrvations  qui  y  avoient  été  faites  ,  &  [es 
apportèrent  dans  leur  pays.  C'en  étoit  aflez  pour  eux  ;  ils  ne  fe 
doutoient  pas  que  l'obliquité  de  la  Iphcre  influ«it  fur  ces  phé- 
nomènes ,  Se  qu'une  étoile  le  dégageât  plutôt  des  rayons  du 
foleil  pour  un  pays  que  pour  un  autre.  De  ces  obfervations  ainfi 
ralîcmblées ,  ils  formèrent  un  calendrier  rujîujuc  qui  ne  lalira 
pas  d'être  utile.  On  tut  donc  attentif:  à  ces  fignaiix  qui  dans 
le  ciel  annonçoient  le  retour  des  faifons  ,  6c  l'Allronomie  fe 
borna  longtcms  dans  la  Grèce  à  cette  efpcce  d'oblervations.  Il 
y  eut  des  peuples  qui  commencèrent  leur  année  ,  comme  les 
E""vptiens  ,  au  lever  de  Syrius.  Ce  lever  annonçoit  même  par 
certains  caractères  fi  l'année  feroit  falubre  ou  peltilcntieile. 
Syrius  eut  des  autels  Se  des  lacrifices  [a). 

§.     V  I. 

Les  points  des  équinoxes  &  des  folfbices  étoicnt  déterminés 
par  le  lever  Se  le  coucher  des  étoiles.  On  difoit  Syrius  fe  levé 
héliaquemcnt  quatre  jours  après  le  lolilice.  Mais  comme  les 
étoiles  ont  un  mouvement  progrelFif  en  longitude  ,  ou  plutôt 
que  les  points  équinoxiaux  rétrogradent  continuellement  à  l'é- 
o-ard  des  étoiles  6c  des  conftellations  ,  il  en  réfultoic  que  les 
levers  de  ces  étoiles  retardoient  dans  le  cours  de  l'année  fo- 
lairc  ,  Se  que  les  points  des  équinoxes  ôc  des  folftices  répon- 
doicnt  à  différens  degrés  des  conftcUations  {h).  Ces  chan- 
gemens  deviennent  fenfibles  au  bout  de  quelques  lîecles.  Les 
Grecs  ,  en  retournant  dans  les  pays  où  ces  changemens  étoient 
conftammcnt  obfervés  ,    en  rapportoient  de  nouvelles  déter- 

( a  )  Infra , Éclaire.  Liv.  VI ,  §.  1 7.  (.h)  Infra  ,  Éclaire.  Liv.  YI ,  %.  ». 


DE     L' ASTRONOMIE.  191 

minations  qu'ils  ajoucoicnt  aux  aucicnncs.  Ils  ne  les  diftin- 
guoicnc  pas  ;  leur  ignorance  même  étoit  telle  que  leurs  meil- 
leurs agronomes  publioicnc  de  ces  déterminations  qui  avoient 
eu  lieu  bien  des  fiecles  avant  eux  ,  &:  qui  n'étoient  plus  con- 
formes à  l'état  du  ciel.  Dans  les  différentes  déterminations , 
que  rapportent  les  anciens  auteurs  ,  on  rcconnoit  évidemment 
les  lambeaux  de  différens  calendriers  apportés  (ucccirivcmcnc 
dans  la  Grèce ,  ôc  dont  on  peut  même  fixer  les  dates  par  le 
calcul. 

Le  premier  de  tous  eft  celui  qui  eft  lié  à  la  Iphcre  décrite  par 
Chlron  6c  par  Muféc.  Dans  les  fiecles  héroïques  de  la  Grèce, où 
la  valeur  étoit  la  feule  vertu  nécelîaire,  6c  la  guerre  le  feul  talent 
qui  rendît  célèbre,  on  cultiva  peu  l'Aftronomie  qui  étoit  venue 
d'an  pays  où  les  mœurs  étoient  plus  formées  ,  êc  les  peuples 
plus  tranquilles.  On  ne  s'apperçut  que  cette  fphere  étoit  dé- 
feclucufe ,  ou  du  moins  on  n'en  connut  une  autre  que  vers  le 
tems  d'Héfiode.  C'eft  l'époque  d'un  nouveau  calendrier. 

§.      V  I  ï. 

C  E  poëte  paroît  avoir  été  fort  inflruit.  La  plupart  des  levers 
&:  des  couchers  d'étoiles,  qui  font  indiqués  dans  Ion  po  ëme 
répondent  exactement  à  fon  tems  {a).  C'eft  une  preuve  que  la 
Grèce  reçut  alors  de  nouvelles  lumières  de  l'orient ,  6c  qu'Hé- 
fiode  les  adopta.  On  peut  juger  même  ,  en  examinant  ces  ob- 
fervations  du  lever  des  étoiles  ,  rapportées  par  Héfiode,  qu'elles 
étoient  faites  dans  ces  tems  anciens,  avec  une  exadlitude  qui 
doit  étonner  {6).  Il  en  réfulte  qu'elles  peuvent  être  utiles  pour 
•régler  la  chronologie. 

Homère  n'étoit  pas  fi  inftruit  qu'Héfiode.    Il  applique  mal 

(a)  Infràj  Éclaire.  Livre  VIj   J.  14.  (b)  Ibidem  1  §.  ij. 


I9Î  HISTOIRE 

les  connoiflances  donc  il  faic  ufage.  Il  paroît ,  par  exemple  , 
qu'il  n'ignoroic  pas  que  la  terre  a  des  climats  oîi  le  plus  long 
jour  d'été  eft  de  24  heures;  d'autres  où  le  foleil  eft  plufleurs 
mois  fans  fe  montrer,  mais  il  applique  cette  dernière  circonf- 
tance  aux  Cimmerleas  qui  habitoient  les  environs  des  Palus 
Méotidcs.  Cette  ignorance  d'Homère  ,  l'un  des  hommes  les 
plus  éclairés  de  Ton  fiecle  ,  prouve  que  les  Grecs,  1000  ans 
avant  J.  C. ,  ne  connoifloient  point  ces  phénomènes  par  la 
théorie  de  la  fphere,  ni  par  le  récit  de  quelque  voyageur,  té- 
moin oculaire ,  mais  qu'ils  les  connoifloient  confulément  , 
par  une  tradition  vague  ,  incertaine  ,  étrangère  même  au 
pays  où  ils  l'avoient  puifée.  Rien  ne  fait  mieux  voir  que 
cette  idée  des  pays  feptcntrionaux  avoit  été  apportée  de 
l'Afie;  mais  que  les  noms  des  lieux  &c  des  peuples  s'étant  perdus, 
on  avoit  retenu  feulement  que  ces  phénomènes  avoicnt  lieu 
vers  le  nord  ;  &  on  les  attribuoit  aux  Cimmeriens  ,  parce  que 
les  Grecs  ne  connoifloient  point  apparemment  de  nation  plus 
feptentrionale. 

§,     V  I  I  I.        - 

Aloks,  c'eft-à-dire,  au  tems  d'Héfiode  de  d'Homcrc 
l'année  fut  de  douze  mois  &;.  de  3  60  jours  (a).  On  quitta  fans 
doute  l'ufage  de  l'année  lunaire  pour  fe  rapprocher  du  cours 
du  foleil.  Comme  on  avoit  coutume  d'ajouter  un  mois  tous 
les  deux  ans  à  l'année  lunaire ,  on  en  ajouta  également  un 
tous  les  deux  ans  à  l'année  de  360  jours.  Cette  interca- 
lâtion  vicieufe  produifoit  des  erreurs  énormes  ;  miais  ce  qui 
doit  étonner,  c'eft  qu'elle  a  fubfifté  jufqu'au  tems  d'Hérodote 
&  d'Hippocrate.   Solon  remédia  en  partie  à  ce  défaut ,  en  in- 


(  a  )  Infrà  ,  ÉcIaircifTcmcns  ,  Livre  VI ,  $.  i6, 

troduifant 


DE     L'ASTRONOMIE.  ^93 

troJuilawt  rur<i2;e  des  mois  plans  &  caves  ,  c'cft-à-dlre  ,  al- 
ccrncitivement  de  19  5c  de  30  jours  ;  &  l'anncc  redevint  pu- 
rcinent  lunaire.  Mais  les  Grecs  s'oblHnoicnt  à  garder  leur  année 
de  iGo  jours,  &  leur  mois  intercalaire  cous  les  deux 'ans. 
Cette  période  de  deux  ans  s'appeloit  Dietende.  La  correction 
de  Solon  ne  s'établit  qu'à  Athènes.  L'ancienne  forme  prévalut 
plus  ou  moins  de  tems  dans  les  différentes' villes  de  la  Grèce. 
Sans  les  olympiades  ,  la  chronologie  grequc  auroit  été  dans  la 
plus  grande  confufîoil.  Iphitus  ,  roi  d'Elide ,  qui  établit  ou 
renouvela  les  jeux  olympiques ,  voulut  qu'ils  fuilent  célébrés 
chaque  quatrième  année  au  milieu  du  premier  mois  qui  luit 
le  folllice  d'été.  Mais  l'année  olvmpique  n'écoit  que  de  3^2 
ou  361  jours  {a).  En  quatre  ans  elle  Te  feroit  écartée  de  14 
jours  du  cours  du  foleil  ,  &:  au  bout  de  5  o  ans  les  jeux  olym- 
piques auroient  été  tranfportés  au  folftice  d'hiver  ,  li  les  Grecs 
n'avoient  pas  eu  quelque  ligne  célefte  qui  les  avertit  du  mo- 
ment du  folftice ,  6c  qui  ramenât  la  célébration  des  jeux  à  (a 
véritable  place.  Nous  penlons,  quoique  les  auteurs  anciens  n'en 
ayenc  rien  dit ,  qu'ils  le  régloient  par  le  lever  de  quelqu'écoilc. 

§.      I  X. 

Si  nous  jetons  un  coup  d'oeil  lut  l'Italie ,  à  cette  époque  qui 
fuit  la  fondation  des  jeux  olympiques  ,  nous  y  remarquerons 
une  lingularité  rare  dans  l'hiftoire  de  l'Aftronomic.  Les  an- 
ciens peuples  de  l'Italie  ne  régloient  point  leurs  mois  lur  le 
cours  de  la  lune  ;  ils  avoient  des  mois  qui  n'étoient  que  de  i  ^ 
jours  ,  d'autres  qui  en  avoient  3  5  Se  plus.  C'eft  prelque  le  feul 
exemple  d'une  mefure  du  tems  qui  n'ait  pas  fon  origine  dans 
l'Aftronomic  ,  en  luppofant  la  vérité  du  fait  attefté  par  Solin  , 


(û)  Infrli  ,  Éclaitciirsmens ,  Livre  VI,   §.   17. 

Bb 


194  HISTOIRE 

Cenforin  &  Plurarque.  Romulus  ,  par  une  fingukrité  non 
moins  remarquable  ,  donna  aux  Romains  une  année  de  i  o 
mois  &:  de  304  jours  (a).  Les  habicans  du  Kamchatka  n'ont 
également  que  dix  mois  à  leur  année  ;  mais  c'eft  qu'elle  n'eft: 
réglée  que  par  leurs  travaux.  La  failon  de  l'hiver  &  de  l'inac- 
tion ,  qui  chez  eux  eft  d'environ  trois  mois ,  n'en  fait  qu'un  (/^).  Les 
Romains  adoptèrent  bientôt  l'année  lunaire  de  1  2  mois  Se  de 
355  jours.  On  penfe  que  l'Ita^e  pouvoit  tenir  cette  connoif- 
fance  d'Evandre  ,  qui  félon  la  fable  ,  paffant  en  Italie  ,  quelque 
tems  avant  la  guerre  de  Troye ,  inftruifit  les  Aborigènes ,  ôc 
leur  communiqua  l'ufage  des  lettres  ,  du  labourage ,  ôcc.  ;  ou 
d'Enée  qui  ,  s'il  a  jamais  mené  en  Italie  les  débris  de  fa  na- 
tion ,  a  pu  y  porter  quelques-unes  des  connoiffances  répandues 
dans  l'Afie  (c). 

Mais  il  eft  plus  qu'incertain  qu'Enée  ait  jamais  été  en 
Italie  [d).  A  l'égard  d'Evandre,  il  étoit ,  dit-on  ,  fils  d'une 
Sibylle  (  e  ).  Nous  avons  dit  que  Berofe  étoit  père  de  la  Sibylle 
babylonienne  ;  il  en  naît  un  foupçon  que  cet  Evandre  pourroic 
bien  être  petit-fils  de  Berofe  ,  6c  que  les  connoiflances*,  ap- 
portées de  l'Afie  dans  la  Grèce  par  cet  aftronôme  ,  ont  paffé 
peu   de  tems  après  dans  l'Italie. 

Numa  ,  le  fécond  roi  de  Rome ,  voulut  que  l'année  fût  auflî 
réglée  furie  cours  du  foleil ,  &  comme  la  révolution  du  foleii 
excède, l'année  lunaire  de  11  jours,  il  fit  intercaler  tous  les 
deux  ans  un  mois  de  z  2  jours.  Il  connoilToit  aflez  précifément 
la  longueur  de  l'année  folaire,pour  ne  pas  ignorer  qu'elle  avoit 
encore  un  quart  de  jour  de  plus.  Il  en  tint  compte  en  multi- 


(û)  Infra  ,  Éclairciflemens ,  Livre  VI,  (  c  )  Scaligcr^  de  cmend.  temp.  Lib.  IV, 

J.  18.  pag.  180. 

(  b  )  Voyage  de  M.  l'Abbé  Chappe,  en  \d)  Uim.  Acad.  Inf.  T.  XVI,  p.  411. 

Sybérie,  torae  III ,  pages  17  &  18.  \e)  Titc-Live  j  Lib.  I,  c.  5  &  7. 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  r^^f 

pliâiic  ces  I  I  5  jours  par  8  ,  pour  en  former  90  jours,  qu'il 
partagea  en  4  mois  ,  deux  de  z  i  ,  6c  deux  de  2  3  jours ,  dont 
il  en  inrercaloic  un  tous  les  deux  ans.  La  Qrece  n'étoic  pas  fi 
avancée.  Elle  eut  cette  période  de  8  ans  deux  /îecles  plus  tard.- 
Nous  ignorons  d'où  Numa  avoir  reçu  des  connoiflances  fi  exadbes 
pour  Ton  tcms.  On  a  prétendu  même  qu'il  n'ignoroit  pas  le 
véritable  lill:ême  du  monde  ,  &  qu'il  plaçoit  le  ioleil  au  centre  • 
de  l'univers  ;  ce  qui  nous  paroît  difficile  à  croire  (a).  Mais  ce 
prince  gâta  le  bel  ordre  qu'il  avoit  établi  en  lailTant  iub- 
iifter,  par  refpect  pour  le  nombre  impair,  le  jour  prefqu'cntier 
dont  l'année  lunaire  étoit  trop  longue.  Il  en  réfulta  qu'au  bouc 
de  trois  périodes  de  8  ans ,  il  y  avoit  24  jours  d'erreur.  Auffi. 
voulut-il  que  dans  la  troilicme  de  ces  périodes ,  au  lieu  d'in- 
tercaler quatre  mois  ou  90  jours,  on  n'en  intercalât  que  trois 
de  2  1  jours- chacun.  C'eft  pourquoi  l'ordre  n'étoic  rétabli  qu'au 
bouc  de  24  ans  [b).  Ainfi  ce  prince  philofophe,  qui  donna  des 
loix  fages ,  cec  homme  qui  alfignoic  peuc-êcre  au  fcleil  fa  vé- 
ricable  place  ,  qui  du  moins  connoiiroic  les  mouvemens  de  cet 
aftre ,  &  ceux  de  la  lune ,  avec  aflez.  d'exa£licude  ,  fie  prêter 
la  révolution  du  foleil,  celle  (îe  la  lune  ,  l'ordre  civil  à  la  vé- 
nération qu'il  avoic  pour  le  nombre  impair.  Cecteinconféqucnce 
au  refte  n'étonne  point  quand  on  penfe  qu'on  en  retrouve  des 
exemples  chez  les  peuples  les  plus  éclairés.  Le  jour  chafTe  les 
ténèbres  de  la  nuit  ,  mais  les  ombres  rcftenc.  Tanc  qu'il  exif- 
cera  des  corps  ,  l'ombre  fera  à  cocé  de  la  lumière  ;  tant  qu'il  y 
aura  des  hommes ,  l'erreur  aura  fa  place  près  des  connoiflances 
fublimes. 

(j)  Infrà ,  Éclaire.  Liv.   VI.  §.   19.  {b)   Tite-Live ,  Lib.  I ,  c.  15. 

Bbii 


sçf6  HISTOIRE 

.      §.      X. 

Le  premier  des  Grecs  que  l'on  peut  regarder  comme  un 
aftronôme ,  celui  qui  porta  dans  la  Grèce  les  fondemens  de 
rAftronoinie  ,  fut  Thaïes ,  qui  naquit  à  Milet  641  ans  avant 
J.  C.  Il  étoit  d'une  Famille  illuftre  ,  èc  defcendoit  des  rois  de 
■Phénicie.  La  première  partie  de  fa  vie  fut  errante.  11  fc  retira 
d'abord  en  Crète  pour  caufe  de  religion  ;  enfuite  ,  étant  déjà 
avancé  en  âge,  le  goût  des  fcienccs  le  conduifit  en  Egypte.  Il 
y  vécut  avec  les  prêtres  qui  l'inftruifirent ,  &:  qu'il  inftruilit 
lui-même  ,  car  il  leur  enfeigna  à  déterminer  la  hauteur  des  py- 
ramides par  la  longueur  de  leur  ombre  (a).  Il  vint  terminer 
fa  carrière  au  lein  de  la  patrie,  oii  il  forma  des  difciples  qui  ' 
furent  les  philofophes  de  la  fccle  Ionienne.  Ses  opinions  étoient 
que  les  étoiles  font  de  la  même  fubftânce  que  la  terre  ,  mais 
de  cette  fubftânce  entlammée;  que  la  lune  emprunte  fa  lumière 
du  foleil  ;  qu'elle  eft  la  caufe  des  éclipfcs  de  foleil ,  èc  qu'elle 
s'éclipfe  elle-même  en  encrant  dans  l'ombre  de  la  terre  :  que 
la  terre  efl;  ronde  ,  èc  peut  être  partagée  en  cinq  zones  ,  au 
moyen  de  -cinq  cercles  ,  qui  font  l'arctique  &c  l'antarclique  ,  les 
deux  tropiques  &  l'équateur  ;  que  ce  dernier  cercle  eft  coupé 
obliquement  par  l'écliptique  ,  &;  perpendiculairement  par  le 
méridien.  Il  apporta  donc  dans  la  Grèce  la  connoillance  des 
cercles  de  la  Iphere.  Jufques-là  ce  qu'on  avoir  entendu  par  la 
fphere  n'étoit  que  la  defcription  des  conftellations.  Ces  con- 
noiflances  ne  fe  répandirent  point.  Si.  deux^fiecles  après  Thaïes, 
Hérodote  ,  un  des  plus  beaux  génies  de  la  Grèce,  en  étoit  aflez 
peu  inftruit  pour  dire  ,  en  parlant  d'une  éclipfe  ,  le  fokil  aban- 
donna fa  place  j  ù  la  nuit  prit  la  place  du  jour.  Thaïes  eft  fa- 

(c)  Infra,  ÉdairciiTemcns ,  Livre  VI,  §.  ii. 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  197 

meux  pour  .ivoir  le  premier  prédit  une  éclipfe  de  foleil.  Si  les 
Egyptiens  ont  fu  réellement  les  prédire,  c'étoit  au  moyen  de 
quelque  période  ,  ou  plutôt  de  quelques  règles  qu'ils  ont  pu 
communiquer  à  Thaïes  ;  mais  cette  prédiction  fi  famcufe  fc 
borne  à  avoir  annoncé  l'année  où  ce  phénomène  arriva  ,  & 
elle  paroit  avoir  été  faite  prcfqu'au  hafard  [a).  Cela  prouve 
comment  la  célébrité  s'acquiert  dans  un  pays  d'ignorance.  On 
dit  qu'il  mclura  le  diamètre  du  foleil.,  &  qu'il  le  trouva  de  la 
710^  partie  du  cercle,  ou  d'un  demi  degré.  Mais  Thaïes  ne 
paroît  pas  avoir  été  en  état  de  faire  cette  obfe;rvation,  II  n'avoit 
pas  les  inftrumens  nécellaires.  C'eft  évidemment  un  milieu  pris 
entre  les  deux  déterminations  égyptiennes ,  que  nous  avons  rap- 
portées, de  la  700^  ou  la  7  5  o^  partie  du  cercle  {b). 

§.      X   I. 

Pherecides  ,  qui  fut  contemporain  de  Thaïes,  drcffa  , 
dit-on ,  dans  une  Ille  de  la  mer  de  Svrie ,  une  machine  propre 
à  montrer  les  converiions  du  foleil;  c'efl-à-dire,  à  mefurer 
fon  mouvement  vers  les  pôles,  d'un  lolftice  à  l'autre  (c).  Mais 
cette  machine  qui  ne  peut  êtte  qu'un  gnomon  ,  ne  fut  connue 
dans  la  Grèce  &  à  Sparte  que  par  Anaximandrç.  Ce  philo- 
fophe ,  luccefleur  de  Thaïes  ,  naquit  a  Alilet  610  ans  avant 
J.  C.  On  lui  attribue  l'invention  de  la  fphere ,  &  la  première 
connoiflance  du  zodiaque.  On  ne  fait  ce  que  les  anciens  auteurs 
veulent  dire  en  s'exprimant  ainfi  ;  car  la  fphere  &  le  zodiaque 
étoient  connus  de  Thaïes: les  conftellations  l'étoienc  bien  avant 
ce  philolophe.  Ainfi  il  ne  refte  rien  à  Anaximandre  que  l'hon- 
neur  d'avoir  tranfporté  peut-être  ces  connoillances   à  Lace- 


(j)  Infrk ,  Éclairciflemens  ,  Livre  VI,  (b)  IHdcm ,  <j.  z^. 

§.14.  .   i^  )  Diogenes  Lacrce. 


io8  HISTOIRE 

dcmonc  ou  elles  n'avoicnt  pas  encore  pénétré.  Il  érigea  le 
premier  gnomon  dans  cette  ville  ,  6:  il  y  démontra  la  marche 
du  folcil. 

L'invention  des  cartesgéographiques  mérite  particulièrement 
à  Anaximandre  la  reconnoilTance  de  la  poftérité.  C'eft  fans 
doute  une  très-belle  idée  que  celle  de  développer  la  furface  de 
la  terre ,  pour  l'expofer  aux  regards  curieux  des  hommes.  On 
penfe  bien  que  de  tout  tems  les  voyageurs  ont  eu  une  efpece  de 
géographie  pour  fe  diriger  dans  l'étendue  des  pays  qu'ils  avoient 
à  parcourir.  Quand  ils  auront  acquis  un  certain  nombre  d'i- 
dées locales  ,  ceux  qui  avoient  fait  une  route,  les  auront  mifcs 
par  écrit  pour  l'inftruction  de  ceux  qui  ne  l'avoicnt  pas  encore 
faite.  Les  fauvages  de  l'Amérique  tracent  ainfi  fur  des  peaux 
des  efpeces  de  cartes  géographiques  {a).  Celui  qui  le  premier 
raffembla  les  traditions  ,  les  récits  des  voyageurs  ,  èc  difpofa 
fur  un  plan  les  différentes  contrées  de  l'univers ,  tut  vraiment 
l'inventeur  de  la  géographie  Se  des  cartes.  Cette  invention  peut 
appartenir  originairement  aux  Egyptiens.  On  parle  de  colonnes 
dreflées  oar  l'ordre  de  Séfoftris  dans  la  ville  d'^Ea  en  Colchide, 
où  les  bornes  des  terres  &:  des  mers  étoient  marquées.  Les 
Grecs  ont  pu  en  rapporter  l'idée.  C'efi:  pourquoi  Homère  s'eft: 
il  bien  dillingué  par  la  connoiflance  des  peuples  de  la  terre  & 
des  pays  qu'ils  lAbitcnt.  Mais  Anaximandre ,  faififlant  cette 
idée  ,  drefla  la  première  carte  géographique. 

On  a  pcnfé  qa  Anaximandre  avoir  entrepris  &  exécuté  la 
mefure  de  la  terre.  Le  célèbre  M.  Damville(^)  l'infère  d'un 
palfage  de  Diogene-Laerce.  Malgré  l'autorité  de  ce  favant 
homme ,  nous  ne  croyons  point  qu'Anaximandre  ait  eu  même 


(.d)  Lr.fîitcau,  Moeurs  des  Sauvages  ,  tome  II,  j\ige  115. 
(  i)  Traité  des  iviefures  itinéraires,  page  83. 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  199 

l'idée  de  cette  opération.  Il  cil  évident  qu'on  r.  confondu  la 
repréfentation  de  la  terre  lut  les  cartes ,  avec  fa  mcfure.  Nous 
ne  voyons  point  que  dans  aucun  pays  du  monde  on  ait  exécuté 
cette  grande  entrcprife ,  fans  qu'elle  ait  été  citée  avec  éloge 
par  les  hiftoriens ,  Se  célébrée  parla  nation  entière.  Les  Grecs 
plus  vains  &:  plus  jaloux  de  la  gloire  nationale  ,  qu'aucun  autre 
peuple, n'y  auroient  pas  manqué.  La  mefure  grecque  de  la  terre 
fcroit  atteftée  par  les  poèmes ,  par  l'hiftoire  8c  par  les  infcrip- 
rions. 

La  repréfentation  du  monde  étoit  alors  fort  bornée  ;  on  ne 
connoilloit  rien  au  delà  de  l'équareur.  L'étendue  de  l'cfl  à 
l'oueft  étoit  beaucoup  plus  grande  que  du  midi  au  nord  ;  c'eft 
'pourquoi  on  nomma  longitude  l'étendue  de  la  terre  de  l'oùcit 
à  l'eft ,  &  latitude  celle  du  midi  au  nord.  Quelque  borné  que 
fut  l'univers  connu,  il  paroifloit  immenle  fur  les  car|jps;c?'rcn 
fait  que  Socrates  s'en  fervit  pour  confondre  l'orgueil  d'Aï- 
cibiade. 

§.      X  I  L 

Quant  aux  opinions  d'Anaximandre  ,  nous  ne  croirons 
point  qu'il  ait  penlé  que  la  terre  avoit  la  forme  d'une  co- 
lonne, ni  que  pour  expliquer  les  éclipies  il  ait  comparé  le  foleil 
^  la  lune  à  des  roues,  remplies  d'un  feu  qui  s'échappe  par  un 
trou,  dilant  qu'il  y  avoit  éclipfe  lorlque  cette  bouche  fe  trouve 
embarrafTée  Si.  fermée (û).  Thaïes  a  connu  les  caufcs  des  éclipfcs; 
fon  difciple  devoir  les  connoître  comme  lui.  Le  dcfir  qu'ont  les 
hommes  de  produire  des  nouveautés  qui  foient  leur  ouvrage  , 
ne  les  fert  point  lï  mal.  Dio2;encs  •  Laerce  ik.  Eudeme  (/^)  rap- 


(û)  Plut,    de  plac'nis   Pkilof.  Lib.  II  ,  c.  lo ,  ;i  ,  ij  ,  Lib.  III,  c.  ic, 
{  b  )  Diogcnc  i>.  Anux. 


2C0  HISTOIRE 

poiTcnc  clcs  opinions  plus  dignes  de  ce  philofophc ,  &  nous 
ne  devons  croire  des  hommes  célèbres  que  ce  qui  eft  au  niveau 
de  leur  répucaclon.  Il  regardoit  le  foleil  comme  un  feu  pur ,  àc 
la  terre  comme  un  corps  en  mouvement  autour  du  centre  du 
monde  (a).  Il  pcnfoit  de  même  que  Thaïes  lur  la  lumière  de 
la  lune.  Il  croyoit  cependant  qu'elle  avoir  une  lumière  propre , 
mais  beaucoup  plus  foible  que  celle  qu'elle  empruntoit  du  foleil. 
Cette  faullc  opinion  fcroit  croire  qu'il  avoit  obfervë  la  lueur 
pâle  qui  paroît  fur  la  partie  obfcure  de  la  lune  ,  lorfqu'cUe  eft 
■fous  la  forme  d'un  croiilant  ;  cette  lueur  qui  vient  de  la  lu- 
mière renvoyée  par  la  terre  ,  &:  réfléchie  une  féconde  fois  par 
la  lune  :  ou  bien  peut-être  encore  auroit-il  remarqué  la  lumière 
rougeâtre  que  la  lune  conferve  dans  Ces  ëclipfes  totales  ;  lu- 
mière qui  eft  due  aux  rayons  du  foleil  brifés  dans  l'atmofphere 
de  la  terre  ,  qui  atteignant  jufqu'à  la  lune,  font  réfléchis  vers 
nous.  Cette  découverte  feroit  honneur  à  Anaximandre  ,  quoi- 
qu'il en  eût  mal  laifi  la  caule.  Il  y  a  tant  de  vérités  &  de 
phénomènes  que  nous  n'expliquons  peut-être  pas  mieux. 

Anaximandre  enfeigna  la  pluralité  des  mondes.  Cette  opi- 
nion ,  contenue  dans  les  vers  orpliiques  ,  fut  adoptée  par  ceux 
des  philofophes  grecs  qui  eurent  allez  de  génie  pour  fentir 
combien  elle  eft  trrandc  Ik.  ditrne  de  l'auteur  de  la  nature. 

§.      XII  I. 

ANAXiMïNE,néà  Milet  l'an  554  avant  J.  C. ,  fut  le  chef 
de  la  fecle  Ionienne  ,  après  Anaximandre.  Il  n'a  point  eu  des 
opinions  qui  lui  fulTent  particulières.  Il  fuivoit  celles  d' Anaxi- 
mandre èc  de  Thaïes.  On  lui  attribue,  comme  à  eux ,  des  fcn- 
timcns  ridicules,  tels  que  celui  de  fuppofer  la  terre  plate,  tandis 

{c)I,ifra,  ÉclalixiiTcmens ,  Livre  Vin  ,    à-   n- 

qu'il 


DE     L'ASTRONOMIE.  xox 

qu'il  eft  très -fur  que  Thaïes  la  croyoic  ronde  (a)-  Peut-être 
les  cartes  qu'Anaximandie  avoir  drelTëcs  ,  &.  qui  donnoient 
à  la  terre  la  forme  &c  l'apparence  d'un  plan ,  ont  -  elles 
produit  cette  erreur.  Anaximene  imagina  &  enfcigna  le 
premier  la  folidité  des  cieux.  Plutarquc  dit  qu'il  les  fuppofoit 
de  terre,  c'eft  à-dire,  d'une  matière  folide  &c  dure  {è).  En  effet 
quand  on  a  réfléchi  furie  mouvement  qui  entraîne  toutes  les 
étoiles  de  l'orient  vers  l'occident ,  en  corifervant  leur  ordre  &: 
leurs  dillanccs  ,  on  a  pu  pcnfer  d'abord  que  le  ciel  étoit  une 
enveloppe  Iphérique  &  folide  ,  à  laquelle  les  étoiles  étoient 
attachées  comme  des  clous. 

Anaximene  paffe  pour  l'inventeur  des  cadrans  folaires.  Cette 
invention  (croit  une  iuice  affez  naturelle  de  celle  du  gnomon 
qu'Anaximandre  avoit  érigé  à  Lacédémone.  Mais  il  efl:  fort 
douteux  que  l'une  &i.  l'autre  appartiennent  aux  philofophes  grecs. 
Cette  connoiffance  étoit  très-ancienne  dans  l'Afie.  Berofe , 
l'aftronôme  ,  paffa  dans  la  Grèce  ;  il  y  porta  le  gnomon  ,  la 
divilion  du  jour  en  i  2  heures  ,  &i  fans  doute  les  cadrans  dont 
il  a  été  nommé  aufll  l'inventeur.  N'oublions  pas  que  la  plupart 
des  découvertes  attribuées  aux  anciens  Grecs ,  ne  font  que  des 
connoiflances  communiquées.  Ce  qui  nous  paroit  probable  , 
c'eft  que  le  cadran  folaire  ,  ainfi  que  le  gnomon  6i  la  divilion 
du  jour,  furent  tranf portés  de  Babylone  dans  la  Grèce,  par 
Berole.  La  divilion  du  jour  feulement  fut  adoptée  ;  les  deux 
inftrumens  refterent  fans  ufage  ,  chez  un  peuple  qui  n'avoit 
pas  aflez  d'aptitude  aux  fcienccs  pour  s'approprier  des  inllru- 
mens  étrangers  &L  inconnus.  On  les  oublia  ;  &  les  deux  phi- 
lofophes, Anaximandre  &  Anaximene,  les  réinventèrent  de  nou- 
veau ,  ou  en  firent  revivre  la  connoiffance  ;&:  dans  l'un  de  dans 


(  a  )  Plut,  de  Fiai.  Phil.  Lib.  III  ,  c.  10.  (  i  )  Ibidem.  Lib.  II ,  c.  1 1  ,  14. 

C  G 


ioi  HISTOIRE 

l'aurrc  cas ,  les  Grecs  ne  manquèrent  pas  de  leur  en  attribuer 
tout  l'honneur ,  ou  par  juftice  ,  ou  par  vanité.  Jufqu'à  cette 
époque  les  Grecs  ,  qui  n'avoient  point  de  cadrans  ,  ni  d'hor- 
loges ,  connoiiroient  les  divilions  du  jour  ,  ou  les  heures,  par 
l'ombre  du  foleil.  L'heure  du  dîner  étoit  fixée  lorfque  l'ombre 
ëtoit  de  I  o  ,  de  12  pieds,  6cc.  On  avoir  des  efclaves  dont  la 
fonction  étoit  d'examiner  l'ombre  ,  6c  d'avertir  du  moment  où 
elle  avoit  la  longueur  fixée  (a). 

§.     X  I  V. 

A N  A  X  A  G  o  IV  E  de  Clazomene  fut  le  difciplc  èc  le  fuccclTeur 
d'Anaximene.  Il  naquit  500  ans  avant  J.  C.  En  méditant  fur 
hs  phénomènes  de  la  nature,  il  négligea  fes  intérêts  particu- 
liers ,  &c  ne  fe  mêla  point  des  affaires  publiques.  On  lui  re- 
procha qu'il  oublioit  Ton  pays  ;  mes  yeux  ,  dit-il ,  en  montrant 
le  ciel,  font  fans  ceiïe  tournés  vers  ma  patrie.  On  lui  deman- 
doit  encore  quelle  étoit  la  deftination  naturelle  de  l'homme  ; 
c'efl,  dit-il,  de  confidérer  le  ciel  &  les  aftrcs.  Ces  idées  plaifenc 
par  l'enthoutîafme  qui  les  a  dictées.  On  fent  que  ce  goût  ex- 
clufif  pour  certaines  connoiirances  ,  cette  perfuafion  intime 
qu'elles  méritent  feules  d'attacher,  font  toujours  accompagnés 
d'efforts  ,  &  fuivis  de  quelque  fuccès.  Nous  allons  rapporter 
les  opinions  d'Anaxagore  fur  les  aftres  ,  car  nous  devons  ré- 
péter que  l'Afbronomie  de  la  Grèce  confifte  prefqu'uniquemeiic 
dans  les  opinions  de  les  philofophes.  On  n'y  obfcrva  point , 
ou  du  moins  la  plupart  des  obfervations  qui  ont  pu  y  être 
faites  ,  ont  été  enfevelies  dans  l'oubli  ;  ce  qui ,  chez  un  peuple 
fi  jaloux  de  la  gloire  des  arts  &  des  fciences ,  prouve  que  ces 
obfervations  étoient  mauvaifes.  Anaxagore  diloit  que  les  ré- 

(  a  ;  Mémoires  de  l'Académie  des  Ir-fcriptions,  Tome  IV  ,  pag,e  i  ;  i . 


DE     L'ASTRONOMIE.  103  «' 

gions  fiipëricurcs  qu'il  appcloit  l'éthcr,  écoicnt  remplies  de  feu, 
6c  il  ajoucoic  que  la  révolution  rapide  de  cet  étlier  avoir  enlevé 
des  pierres  ,  ou  des  maffes  conlidérables  de  defîus  la  terre  lef- 
quelles  s'ëtant  enflammées  avoient  formé  les  étoiles  (a). 

Cette  opinion  d'Anaxagore  des  cieux  &:  des  étoiles  formés 
de  pierres  a  une  origine  fingulierc ,  mais  aflez  naturelle.  Cn 
rapporte  que  la  i'^  année  de  la  70^  olympiade  ,  il  tomba  du 
ciel,  en  plein  jour,  une  pierre  auprès  du  fleuve  Egos,dans  la 
Thrace.  On  la  montroit  encore  au  tems  de  Pline.  La  date  de 
cet  événement  a  été  confign-ée  dans  la  chronique  athénienne, 
à  l'année  i  i  i  3  de  l'ère  attique  ou  de  Cécrops.  Ce  prodige 
donna  lieu  au  philofophe  de  conclure  que  la  voûte  célefte  étoic 
compofée  de  grofles  pierres  ,  que  la  rapidité  du  mouvemcnc 
circulaire  tenoit  éloignées  du  centre,  &  qui  y  tomberoient  fans 
ce  mouvement.  Si  le  fait  eft  vrai ,  cette  pierre  avoir  été  lancée 
par  quelque  Volcan.  Voilà  comment  les  faits  mal  obfervés  & 
mal  expliqués  conduifent  à  des  hypothefes  fauflxs.  Pline  a  été 
plus  loin.  Il  a  avancé  qu'Anaxagore  avoir  prédit  la  chute  de 
cette  pierre  ,  en  vertu  de  fes  connoiflances  aftronomiques  , 
comme  s'il  avoit  été  queftion  d'une  éclipfe  {l'). 

Anaxagore  difoit  encore  que  le  foleil  étoit  une  maflc  de  feu 
plus  grande  que  le  Peloponele.  Plutarque  afllire  qu'il  le  regar- 
doit  comme  une  pierre  enflammée  ;  Diogenes  -  Laerce  comme 
un  fer  chaud.  Ces  opinions  abfurdes  font  évidemment  défigu- 
rées. Tout  cela  ne  fignihe  que  l'idée  très-belle  èc  très  philofo- 
phique  de  confidérer  le  foleil  comme  un  feu  femblable  au  feu 
terreftrc.  Le  célèbre  Xenophon  fe  moqua  de  cette  penfée  d'A- 
naxagore que  le  foleil  étoit  de  la  même  nature  que  le  feu.   Le 


(a>  Plutarrjue,  Opinions  des   Philofo-  (é)  Pline,  Lib.  II,  c.  j8. 

pheSjLib,  II,  c.  13  &:  16,  Mém.  Acad,  Infcrip.  Tom.  V,p.  411-. 


C  c  ij 


204  HISTOIRE 

génie  faific  des  traits  de  rcfTemblance  qui  échappent  au  vul- 
gaire. On  nous  pardonnera  cette  expreffion  qui  ne  femble  pas 
faite  pour  Xénophon.  Mais  on  eft  grand  homme  dans  Ton 
genre  ;  on  eft  un  homme  ordinaire  dans  les  chofes  qu'on  n'en- 
tend pas. 

§.      X  V. 

Anaxagore  penfoit  que  les  aftres  avoient  eu  d'abord  un 
mouvement  irrégulier  ;  que  le  pôle  avoit  tourné  longtems  au- 
tour du  même  point  de  la  terre  avant  de  fe  fixer.  L'axe  de  la 
terre  prit  enfin  une  pofition  inclinée  à  l'égard  du  folcil ,  pour 
rendre  la  température  plus  égale  &c  la  terre  habitable;  il  recon- 
noifToit  ainfi  les  vues  de  la  providence.  Toutes  ces  idées  naiflent 
évidemment  de  celle  du  chaos  qui  a  précédé  la  formation^de 
l'univers ,  6c  fur  lequel  la  philofophie  s'cft  fouvent  permis 
des  conjecîiures.  Qui  fait  d'ailleurs  fi  ce  mouvement  du  pôle 
autour  d'un  point ,  ne  viendroit  point  de  l'idée  obfcurcie  Sc 
altérée  du  mouvement  du  pôle  de  l'équatcur  ;  connoiffance 
qu'ont  eue  les  Chaldécns ,  longtems  avant  l'époque  où  nous 
fommes  ?  Mais  doit-on  croire  qu'un  fuccellcur  de  Thaïes  ,  qui 
devoir  connoître  la  route  oblique  du  (oleil  ,  ait  penfé  que  cet 
aftre  ne  s'avançoit  pas  vers  les  pôles  au  delà  des  tropiques  ,  par 
la  difficulté  de  percer  un  air  trop  dcnfe  èi.  trop  épais  qui  le 
forçoit  de  rebrouirer  chemin.  C'eA:  cependant  ce  que  nous  ap- 
prend Plutarque  (<2) ,  fi  on  en  doit  croire  la  compilation  in- 
digefte  des  opinions  des  philofophes. 

§.     XVI. 
Selon  Anaxagore  la  voie  lactée  étoit  la  réflexion  des  rayons 


(a)  Plut,  Ue  Pladt,  FhHof.  Lib.  Il,  ç.  23. 


DE     L'ASTRONOMIE.  105 

<^u  foleil ,  ou  plutôt  il  penfoit  que  cette  blancheur  pouvoit  être 
produite  par  la  lumière  propre  Je  certains  aftres ,  que  la  lu- 
mière du  foleil  rendoit  infenfible ,  &;  qu'on  ne  pouvoit  apper- 
cevoir  que  lorfque  l'opacité  de  la  terre  interceptoit  les  rayons 
folaires  ^ a).  Les  comètes  félon  lui  ëtoient  formées  par  l'aflem- 
blagc  fortuit  de  pluùcurs  étoiles  errantes  {i>).  Il  fut  le  premier 
qui  écrivit  fur  l'illumination  de  la  lune  6c  fur  fes  éclipfes.  Il 
avança  même  qu'elle  étoit  habitable  comme  la  terre,  &:  qu'elle 
devoir  avoir,  comme  notre  globe,  des  eaux  ,  des  montagnes  Sc 
des  vallées  (c).  Il  laut  louer  la  fagacité  du  philofophe  qui  a 
prévenu  les  découvertes  du  télefcope.  Nous  finirons  cet  article 
par  un  mot  qui  donne  une  grande  idée  d'Anaxagore.  Un  homme 
lui  demandoit  fi  les  montagnes  de  Lampface  ne  devicndroient 
point  mer  un  jour;  oui  ^  dit-il,  y? /e  tems  ne  finit  poim.  Ainfi 
l'elprit  humain  a  des  momens  prophétiques  !  Anaxagore  éclairé 
par  une  étincelle  du  génie  deBufFon,  a  deviné  l'illultre  auteur  de 
l'hiftoire  naturelle. 

§.     XVII. 

Anaxagore  eut  Démocrite  pour  ennemi ,  qui  l'accufa  de 
s'être  approprié  fur  les  aftres  &  fur  le  monde  des  opinions  beau- 
coup plus  anciennes  que  lui  (d)  ;  mais  ce  n'eft  pas  à  la  haine 
qu'on  doit  s'en  rapporter.  D'ailleurs  c'étoit  l'hiftoire  de  tous 
les  Grecs  5c  de  Démocrite  lui-même.  Anaxagore  fut  perfécuté. 
On  lui  fit  un  crime  d'avoir  enfeigné  la  cau(e  des  éclipfes  de 
lune  ,  parce  que  ,  félon  le  peuple ,  les  philofophes  attribuoicnt 
à  des  caufes  naturelles  les  actes  delapuiflancedcs  dieux (^).  Ana- 
xagore avoir  enfeigné  le  premier  l'exiftence  d'un  feul  Dieu  ;   on 


(a)  Veidler,  pages  8i  ,  105.  (c)  Plu-t  ac  P.dc.  P/iiLLïj.  \\  ,c.  %j  ,it> 

(i  )  Ariftote  ,  de  Maeerologiis  ,  Lib.  I,  (d  )  Dioacncs-Lacrcc  ,  ia  Dcmocr. 

C,  ij,  {e)  Plutarcjue , //i  W/««j j  J.  ^. 


io6        HISTOIRE  DE  L'ASTRONOMIE. 

le  taxa  d'impiété  èc  de  trahifon  envers  la  patrie.  Il  fut  prof- 
crit ,  lui  &C  {es  enfans.  Quand  on  lui  prononça  fa  fentence  de 
mort:  "  il  y  a  longtems,  dit-il,  que  la  nature  m'y  a  condamné, 
«  èc  à  l'égard  de  mes  enfans ,  quand  je  leur  ai  donné  la  naif- 
ii  fance ,  je  ne  doutois  pas  que  ce  ne  fût  pour  mourir  un 
)5  jour  55 .  Périclès  ,  fon  difciple  ,  le  défendit ,  ôc  lui  fauva  la 
vie;  il  fut  feulement  exilé, 

Archelaiis  ,  le  dernier  philofophe  de  la  fe£te  Ionienne  ,  ne 
peut  être  cité  que  pour  l'analogie  qu'il  établilFoit  entre  le  foleil 
6c  les  étoiles.  Il  regardoitle  foleil  comme  une  étoile  plus  grande 
que  les  autres.  Anaxagore  ôc  lui  tranfporterent  l'école  de  Milet 
à  Athènes ,  qui  devenoit  le  fiege  de  la  philofophie. 


v 


HISTOIRE 

DE     L' A  S  T  R  O  N  O  M  I  E     ANCIENNE- 


r=±^=);;ip 


LIVRE 


HUITIEME. 


D  E  l'Aflrononiie  des  Grecs  dans  la  fecle  de  Pyt'iagore  _, 
dans  la  fecle  éléadque  j  ù  des  opinions  de  quclaucs  autres 
Philofophes. 

§.         PREMIER. 

i"^  o  u  s  venons  de  parcourir  ce  que  la  fe^te  Ionienne  nous  fournit 
de  connoiflarices  fur  l'Adronomie  ;  mais  dans  le  même  tems 
floriiroic  en  Italie  la  fecle  que  Pythagore  fonda  peu  de  tems 
après  la  mort  de  Thaïes. 

Pythagore  naquit  vers  580  ans  avant  J.  C. ,  &  fut  un  des 
plus  grands  hommes  de  l'antiquité.  Il  étoit  Tofcan  félon  les 
uns  ,  &  félon  d'autres  Tyrien.  Son  nom  eft  plus  connu  que  fon 
origine.  Il  n'avoir  pas  encore  i  8  ans  quand  il  alla  entendre 
Thaïes  {a).  Ce  philofophe  lui  confeilla  le  bon  ufage  du  rems. 


(a)  Bayle  ,  ait.  Pyth.  remarque  B. 


Diojjcr.es  Lacrce  ,  cité  a  la  marge. 


2o8  HISTOIRE 

&;  la  tempérance  comme  le  foutien  de  l'étude.   Ce  précepte  efl 
la  fourcc  de  l'abiliaence,  devenue  célèbre  fous  le  nom  de  régime 
de  Pythagore.  Sorti  de  l'école  de  Thaïes  ,  Pythagore  entreprit 
difFérens  voyages  pour  acquérir  des  connoifTanccs.  L'inftruction 
ne  fe  répandoit  pas   alors  facilement  d'un  bout  du  monde  à 
l'autre,  comme  aujourd'hui.  Les  hommes  ,  placés  dans  des  cli- 
mats éloignés  ,   étoient  les  feuls  livres  qu'on  pût  confulter.  II 
falloit  du  courage  &:  une  véritable  vocation  pour  acquérir  la 
fcience  avec  tant  de  peine.  Pythagore  pafTa  en  Phénicie  ,  dans 
la  Chaldée ,  dans  les  Indes  où  la  mémoire  de  fon  nom  fubfifbe 
encore  (a).  Les  Indiens  ont  confervé  dans  leurs  annales  le  fou- 
venir  de  Pythagore  ,  ainfi  que  celui  de  Zoroaftfe.   Il  paffa  en- 
fuite  en  Egypte  où  il  relia  ,  dit-on,  1 1  ans  {l>)^  ce  qui  efl:  peu 
vraifemblable.  Il  ne  paroît  pas  y  avoir  puifé  aflcz  de  connoif- 
fances  pour  un  Ci  long  féjour.  Polycrate,  tyran  de  Samos,  l'avoic 
recommandé  à  Amafis,  roi  d'Egypte,  qui  lui  donna  des  lettres 
pour  les  prêtres.  Il  s'adrefla  d'abord  à  Héliopolis;  les  prêtres  de 
cette  ville  pour  s'en  défaire  le  renvoyèrent  à  ceux  de  Memphis, 
comme  à  leurs  anciens.  Ceux  de  Memphis  fous  le  même  pré- 
texte le  renvoyèrent  à  Diofpolis  ou  à  Thebes.   Ceux-ci  n'ofanc 
le  refufer  à  caufe  du  roi ,  fe  propoferent  de  le  détourner  de  fon 
deiïein  par  la  grandeur  des  travaux  &  des  fatigues  qu'ils  lui 
impoferoient.  Ils  lui  propoferent  donc  les  préparations  les  plus  " 
dures  &  les  plus  étrangères  à  la  religion  des  Grecs;  la  circon- 
cifîon  étoit  la  première.  Si  d'ailleurs  ces  préparations  reffem- 
bloient,  comme  on  peut  le  croire  ,  à  celles  de  Mithra  dans  la 
Perfe ,  elles  dévoient  être  efl-îrayantes.    Elles  renfermoient  8  o 
cfpeces  de  foufFrances  ou  même  de  fupplices.   Il  falloir  pendant 
plufieurs  jours  de  fuite  travcrier  à  la  nage  une  cfpace  d'eau  confî- 


.(<i)Hol«'el,  Tiad.du  Shas-diah  ,  p.  51.         (i)  Jamblicjuc.clc  Vit.  Pych.  Lib.  I.  c  4; 

dérable  ^ 


DE     L'ASTRONOMIE.  105» 

dérable  ;  paCTer  à  travers  le  feu;  vivre  quelque  rems  dans  un 
lieu  délcrc  ;  s'abftenir  de  nourriture  ,  £c  cependant  vaquer  à 
differcns  exercices,  Sec.  Ceux  qui  n'y  périfToient  pas,  étoient 
admis.  Il  cft  évident  que  les  prêtres,  pour  fe  réferver  leurs  fc- 
crets  ,  vouloient  faire  périr,  par  ces  épreuves  dangereufcs  ,  ceux 
qui  avoient  la  témérité  de  s'y  hafarder  ,  &c  n'admettre  que  les 
hommes  affez  courageux  pour  le  tenter,  6c  aflez  forts  pour  y 
rélifter  ;  ce  qui  ne  pouvoir  être  que  très-rare  (a).  Mais  Pytha- 
gore  ayant  accompli  tout  avec  autant  de  célérité  que  d'exafti- 
tude  ,  ils  furent  forcés  de  lui  ouvrir  les  Iccrets  de  leurs  fcienccs  , 
èc  cela  n'écoit  arrivé  à  nul  étranger  avant  lui. 

Revenu  à  Samos  ,  qui  étoit  fa  patrie  d'adoption  ,  il  étoit 
en  état  d'cnfeigner  ;  mais  il  ne  s'y  trouva  point  d'auditeurs 
qui  daignaffent  l'entendre;  c'eft  ce  qui  le  détermina  à  palTer  en, 
Italie  ,  à  Cortone  ,  ville  du  territoire  de  Tarente  ,  oii  il  fc  fît 
beaucoup  de  difciples  Se  une  grande  réputation.  Il  eft  le  pre- 
mier qui  fe  foit  fait  appeler  philolophe.  Avant  lui ,  les  hommes 
qui  fe  livroient  à  la  contemplation  de  la  nature  ,  portoicnt  le 
nom  de  fages  ;  il  prit  celui  de  philofophc  par  modeftie  {6).  Il 
fut  en  grande  vénération  chez  les  Romains,  qui  voulurent  lui 
attribuer  la  morale  &:  les  préceptes  de  Numa,  qu'ils  faifoienc 
Pytahgoricien  (c) ,  quoiqu'il  fût  mort  plus  de  cent  ans  avant  la 
naiflance  de  Pythagore.  Vers  l'an  411  de  Rome,  un  oracle 
ayant  ordonné  aux  Romains  d'élever  une  ftatue  au  plus  brave 
&  au  plus  fage  des  Grecs  ,  ils  en  dreflcrcnt.une  à  Alcibiade  , 
6c  une  autre  à  Pythagore  (d). 


(a)  Jablonski,  Panthéon.  jSgypi.  Pro-  (c)  Tite-Live  ,  Liv.  XL  ,  c.  19. 

/eg.   pa».   141.  Bayle,  Art.  Pych.  Remar.  B. 

{b)  Ciccr.  Qutfi.  Tufcul.  Lib.  V.  (a!)  Pline,  Lib.  XXXIV,  c.  6. 


a-ro  HISTOIRE 

§.      II. 

Pythagore  rapporta  de  fcs  voyages  la  connoilTancc  de 
l'obliquité  de  l'écliptique.  Il  apprit  aufli  à  l'Italie  que  les  deux 
étoiles  du  matin  &  du  foir,  hefper  &  lucifer  ^  n'étoicnt  qu'un 
feul  &  même  aftre,  la  planète  de  venus.  On  pourroit  prefque 
croire  que  les  prêtres  d'Egypte  lui  communiquèrent  la  connoif- 
fance  du  véritable  mouvement  de  venus  &;  de  mercure ,  &;  que 
c'eft  par  une  tradition  qui  fubfifta  longtcms  après  lui,  en  Italie, 
que  cette  découverte  des  Egyptiens  nous  a  été  tranfmife.  Il  n'ad- 
mcttoit  point  l'irrégularité  -du  mouvement  des  planètes  [a). 
L'Afic  lui  avoit  appris  à  faire  des  aftres  le  féjour  des  dieux.  II 
n'étoit  pas  de  la  dignité  de  ces  êtres  fublimcs  de  marcher  inéga- 
lement dans  leurs  orbites  circulaires. 

Les  anciens  Grecs  regardoicnt  le  cercle  comme  parfait, parce 
qu'il  eft  fini ,  ôc  n'eft  fufceptibic  d'aucune  addition  ;  parce  que 
dans  fa  courbure  toujours  égale  ,  tous  fes  points  peuvent  être 
également  le  commencement ,  le  milieu  ôc  la  fin  ;  parce  que 
le  mouvement  revenant  fans  cefle  fur  lui-même,  le  cercle  fournit 
des  périodes  finies  qui  fe  renouvellent  à  l'infini  {b).  On  peut 
donc  attribuer  à  Pythagore  le  préjugé  qui  a  régné  fi  longtems 
dans  l'Afbronomie  ,  que  les  planètes  ne  pouvoient  décrire  que 
des  cercles  ,  &;  ne  pouvoient  les  décrire  qu'uniformément.  Ces 
confidérations  fur  le  cercle  font  vraifemblablement  fon  ouvrage. 
Ces  idées  d'ordre  ,  de  régularité  &:  de  la  prééminence  de  cer- 
taines formes  ,  nous  femblent  avoir  une  origine  grecque.  Les 
anciens  peuples  plus  fages  fe -l>or noient  à  amafler  des  faits  ;  les 
Grecs  avoient  la  manie  de  raifoiincr  fur  tout ,  d'expliquer  avant 
de  connoître  &  fouvent  de  partir  d'uii  feul  fait  pour  étaWir 

(a)  Gerainus  ,  c.  i>  (  A  )  Simglicius,  de  ca;/<j,Lib,  I.  Com.  i  j. 


DE     L' ASTRONOMIE.  tu 

des  généralités.  Wliifton  a  cependant  Imaginé  que  cet  attache- 
ment des  anciens  à  donner  la  figure  circulaire  aux  orbites  des 
f  lanctes  ,  étoic  du  à  la  tradition  confufe,  reftée  fur  la  terre,  que 
ces  orbites  avoient  été  primitivement  circulaires  avant  le  dé- 
luge. Au  relie  cet  attachement  à  la  figure  circulaire  étoit  pau- 
vreté &  ignorance  chez  les  anciens.  Ils  ne  connoifloicnt  alors 
d'autre  courbe  fermée  ,  &  revenant  fur  elle  même  que  le 
cercle.  Il  ne  devint  préjugé  que  lorfque  l'école  de  Platon  ayant 
découvert  les  feclions  coniques ,  on  ne  s'avifa  point  d'cfîayer 
d'autre  courbe  pour  expliquer  les  ciouvemcns  célcftcs ,  par  rcf- 
pect  pour  la  figure  circulaire. 

§.     I  I  L 

PiTHAGORE  établifToit  douze  fpheres  difiercnces  ;  le  fir- 
mament ou  la  Iphere  des  étoiles  ,  celle  de  faturne,  de  Jupiter, 
de  mars  ,  de  mercure,  de  venus  ,  du  foleil,  de  la  lune;  enfuite 
la  fphere  du  feu  ,  de  l'air  ,  de  Peau  ,  enfin  le  globe  de  la 
terre  (a)-  De  l'idée  des  étoiles  attachées  à  la  voûte  célefte,  on 
pafla  à  celle 'que  chaque  planète  avoit  une  fphere,  ou  un  ciel 
folide  oii  elle  étoit  également  attachée.  Les  anciens  ne  pou- 
voient  concevoir  qu'un  aftre  pût  être  fufpendu,  &;  fe  mouvoir 
de  lui-même  librement  dans  l'efpace ,  à  moins  qu'ils  ne  tut  at- 
taché à  une  calotte  folide  èc  fphérique  (è).  Voilà  l'origine  de 
ces  cieux  concentriques  &:  roulans  les  uns  dans  les  autres,  que 
l'on  fit  de  criftal ,  afin  de  voir  facilement  au  travers.  Il  étoit 
aulfi  aifé  d'imaginer  un  corps  mu  en  rond  par  une  caufe  in- 
connue ,   que  d'imaginer  une  fphere  pour  le  porter.  Mais  les 


(  a  )  Auclor  anonymus  vita.  Pythag.  apud  Veidlcr  page  86. 

fhotium.  (,!>)  Simplicius ,  de  cœlo  ,  L.  II.  Coiiim.  4Î. 

Ddij 


212  -       HISTOIRE 

idées  naturelles,  les  fyftêmcs  fimples  (ont  toujours  les  derniers 
qui  fe  préfentent  à  l'elprit  humain.  Pythagorc  avoir  pris  cette 
inauvaife  phvfique  dans  l'Afic.  Les  Pcrfes  donnoicnt  un  ciel 
au  foleil ,  à  la  lune  ,  aux  étoiles  {a). 

Pythagorc  enfeigna  publiquement  que  la  terre  étoit  au  centre 
de  l'univers.  Il  réferva  pour  fes  difciples  de  choix  l'opinion  du 
•mouvement  de  la  terre  &  de  l'immobilité  du  foleil  qui  eue 
choqué  le  vulgaire. 

Il  fera  peut-être  intérefTant  de  rapporter  ici  les  idées  philo- 
fophiques,  que  Pythagorc  avoit  puifées  dans  l'Inde  fur  la  for- 
mation de  l'univers.  Le  partage  de  l'étendue  univerfelle  s'étoit 
fait  dans  l'origine  des  chofes  ,  entre  la  nuit  primitive  Se  la 
lumière.  On  conçut  en  conféquenceau  centre  de  la  nuit  un 
commencement  de  lumière  ,  une  efpece  de  foyer.  Ce  foyer 
augmentant  le  volume  de  fa  mafTe  par  l'attradlion  fucceffive 
de  tout  ce  qui  lui  étoit  homogène  ,  dut  s'accroître  au  point 
de  repoufler  les  ténèbres  en  tout  fens ,  à  des  diftances  pro- 
portionnées à  fa  force ,  &  de  former ,  dans  le  centre  même 
de  la  nuit ,  un  empire  lumineux  dont  les  limites  fphériques 
fufTent  tracées,  dans  cette  fubilance  concave  &  azurée  qu'on 
appelle  le  ciel.  M.  l'Abbé  le  Batteux  (^) ,  qui  nous  fournit  ce 
paflage ,  remarque  avec  aflez  de  vraifemblance  que  ces  idées 
phyfiques  furent  les  raifons  qui  firent  adopter  à  Pythagorc  le 
mouvement  de  la  terre  ,  &  qui  lui  firent  placer  le  foleil  au 
centre  du  monde.  C'étoit ,  ajoute  M.  l'abbé  le  Batteux,  parce 
qu'il  convenoit  à  l'aflre ,  roi  du  monde  ,  d'être  au  milieu  de 
fon  empire  ,  &  d'y  être  en  repos  ;  c'étoit  parce  que  l'œil  du 
monde  devoit  être  placé  à  des  diftances  égales  des  limites.  Mais 


(a)  Infra  ,    Éclaire.  Livre  IV,   §.3.  (i  )  Mémoires  de  l'Académie  des  Infcrip-^ 

Zend-Avefta,  tome  II,  page  ^64.  dons ,  tome  XXYII,  pages  141,  145. 


DE     L'ASTRONOMIE.  113 

CCS  idées  qui ,  au  défaut  des  obfcrvations  ,  déterminèrent  Py- 
thagore  à  cette  opinion  vraie  &:  piiilolophiquc  ,  ne  font  point 
ielon  nous,  celles  qui  ont  produit  le  iyftêrne.  Ces  idées  ne  font 
nées  au  contraire  qu'après  le  fyftême  èc  pour  fon  explication. 
C  eft  parce  que  des  obfervations  ont  enfeigné  que  le  foleil  étoit 
au  centre  du  monde  ,   c'eft  parce  que  la  voûte  fphérique  & 
azurée  du  ciel ,  femble  être  les  limites  de  la  fphere  de  la  lu- 
mière ,    que  l'on  a  imaginé  ,  en  y  ajoutant  l'idée  du  chaos  pri- 
mitit ,   toute  cette  explication  phylique.    Sans  cette  connoif- 
iance  tirée  de  l'Allronomie,  les  philolophes  ,  ou  les  phyficiens, 
qui  ne  (ont  jamais  cmbarrallés,auroient  expliqué  lans  peine  des 
f\iits  contraires  ou  conformes  aux  apparences.   Ils  auroient  dit 
que  le  (oleil  étoit  en  mouvement,  parce  que  le  mouvement  eft 
eirentiel  au  principe  actif,  qui  met  tout  en  mouvement  dans  la 
nature,  parce  que  la  divinité  t]ui  y  préfide  ,  l'aftre  qui  éclaire, 
-qui  échauffe  Se  qui  vivifie,  doit,  comme  un  roi  bienfaiiant,  par- 
courir l'étendue  de  Icn  empire,  &i  fc rendre  préfent  partout.  Ces 
idées  auroient  été  aulFi  naturelles, auffivrailemblables que  les  au- 
tres, files  faits  ou  l'Aftronomie  n'avoicnt  pas  décidé  la  quefbion. 
Nous  penfons  que  les  obfcrvations  qui  ont  fondé  le  iyilêmc  du 
repos  du  ioleil  dans  l'ancienne  Aflronomie ,   n'cxiil:ant  plus  au 
tems  de  Pythagore ,  il  fut  conduit  à  cette  opinion  feulement 
par  les  idées  phyfiques  qui  s'étoicnt  confervées  dans  la  tra- 
dition. Mais   ces    idées    étoient    le    réfultat  de  connoifl^anccs 
peut-être   plus   exactes    qu'on    ne    penle ,   &.   n'ont  pu  avoir 
d'autre  fource   que  l'obfervation   &;   une  Aftronomic  perfec- 
tionnée. 

Pythagore  admettoit  aufli  la  pluralité  des  mondes.  Plutarque 
ajoute  que  ,  félon  les  Pythagoriciens  ,  les  animaux  qui  font 
dans  la  lune  lont  quinze  fois  plus  forts  que  ceux  de  notre  gîobc, 
2c  que  les  nuits  y  lont  dans   la  même  proportion  avec  les 


ii4  HISTOIRE 

nôtres  (a).  La  lune  n'a  en  efl-ec  dans  chaque  révolution  qu'un 
jour  de  qu'une  nuit ,  égaux  à  environ  quinze  de  nos  jours. 
Auroic-on  connu  autrefois  le  mouvement  de  rotation  de  la  lune 
autour  de  fon  axe?  C'eft  ce  que  nous  n'ofons  croire  ;  mais  nous 
avons  dû  faire  remarquer  cette  opinion  iînguliere  des  Pytha- 
goriciens ,  à  laquelle  perfonne  ,  que  nous  lâchions  ,  n'avoit 
encore  fait  atccntion,  Pythagorc  rcgardoit  les  comètes  comme 
des  planètes  qui  fe  montrent  dans  une  partie  de  leur  orbe  ,  & 
qui  5  invifibles  dans  tout  le  rcile  ,  ne  paroiircnt  qu'après  de 
longs  intervalles  (^).   Tout  cela  étoit  la  philofophie  de  l'Afic. 

§.     I  V. 

C  E  qui  nous  paroît  appartenir  plus  particulièrement  à  Py- 
thagore,  c'eft  la  mufique  des  aftres.  Ce  philofophe  cft  juftemcnt 
célèbre  par  l'invention  de  la  théorie  de  la  mufique.  Il  donna 
naiflance  à  une  nouvelle  branche  des  mathématiques  ,  en  éta- 
bliffant  les  proportions  pour  la  fouroe  6c  le  fondement  des 
accords.  Frappé  de  cette  découverte  ,  &;  entraîné  par  la  manie 
philofophique  des  Grecs  ,  qui  vouloient  toujours  généralilcr  , 
il  penfa  qu'il  devoir  retrouver  cette  harmonie  dans  le  ciel ,  &; 
que  le  mouvement  des  aftres  &  des  fpheres  devoir  rendre  un 
fon  ,  qui  étant  proportionnel  à  leurs  diftances  mutuelles  formoic 
un  concert  célefte  {c)  ;  concert  que  nous  n'entendons  pas, parce 
que  les  fons  en  font  trop  forts  êc  trop  élevés  pour  être  faifis 
par  notre  foible  organe.  Il  penfa  apparemment  que  les  fenfa- 
tions  des  objets  infiniment  grands,  comme  celles  des  infiniment 
petits,  échappoient  à  nos  fcns  bornés.  Il  pofoit  la  diftance  de 
la  lune  à  la  terre  pour  un  ton  (c);  de  la  lune  à  mercure  un 

(  a)  Plut,  {ie  Placit.  Phi/.  Lib.  II ,  c.  30.  Macrobe  ,  Somn.  Scip.  pag.   145. 

(A)  Arift.  Méréurolog.  Lib.  I,  c.  j.  Cenforin  ,  dédie  natali ,  c.  i  ;. 

(  c)  Plut,  de  Mujtca.  (d)  Il  cftimoit  cetie  diftance  de  116000 

Arift.  de  (çelo  ,  Lib.  II ,  c.  p.  ftades  italiques. 


DE     L' ASTRONOMIE.  215 

demi-ton  ;  autant  de  mercure  à  venus  ;  de  venus  au  foleil  un 
ton  &  demi  ;  du  foleil  à  mars  ,  un  ton  ;  de  mars  à  Jupiter ,  un 
demi-ton  ;  de  Jupiter  à  faturnc ,  un  demi-ton  ;  enfin  de  faturnc 
à  la  fphere  des  étoiles  ,  un  ton  &  demi.  Ce  qui  fait  l'oclavc 
de  fept  tons  ,  ou  le  diapafon.  Il  n'cft  pas  néceflairc  de  dire 
que  CCS  rapports  des  diftances  des  planètes  font  faux.  On  ignore 
fi  Pythagore  avoir  été  conduit  à  cette  idée  par  les  diflances  mal 
connues  des  planètes,  ou  fi,  prévenu  de  l'harmonie  chimérique 
des  aftres  ,  il  avoit  déduit  la  proportion  de  leurs  diftances  ,  des 
intervalles  qui  font  entre  certains  accords. 

On  voit  ici  un  nouvel  ordre  fuivant  lequel  Pythagore  ran- 
geoit  les  planètes  :  il  cil  diflerent  de  celui  que  nous  avons  rap- 
porté ci-dclTus.  Peut-être  tenoit-il  le  premier  des  Égyptiens  , 
&:  le  fécond  des  Chaldéens  ou  des  Indiens  ;  peut-être  a-t-il  en 
eonnoilTance  du  vrai  mouvement  de  mercure  &  de  venus  , 
connu  en  Egypte  ,  &:  pcnloit-il  qu'on  pouvoit  placer  également 
ces  deux  petites  planètes ,  au  delFus  &  au  dclFous  du  foleil  , 
puifque  dans  le  cours  de  leur  révolution  elles  avoicnt  également 
ces  deux  pofirions  à  l'égard  de  la  terre. 

§.     V. 

Pythagore  penfoit  que  le  monde  avoit  commencé  par 
le  feu  (a),  c'eft-à-dirc,  que  le  premier  des  élémens  avoit  été  le 
feu.  Il  appliqua  les  figures  des  cinq  corps  réguliers  ,  aux  quatre 
élémens  ôc  à  l'univers.  Le  cube  forma  la  terre  ;  la  pyramide  le 
feu  ;  l'oclaedre  ou  la  figure  à  8  faces ,  l'air  ;  l'icofaedre  ou  la 
figure  à^  G  faces  ,  l'eau  ;  enfin  le  dodécaèdre  ou  la  figure  à  i  2 
^aces  fut  la  forme  de  la  fphere  fupérieurc  de  l'univers  {b).  Py- 


{a)  Plut,  de  Plac.  Phil.'ùh  II,  c,  6.  £c  ami  de    Platon,  pour  l'.mteur  de    cctre 

(A)  Pàccioli,  Almag.  tome  I  ,  pag.  40,       idée  ;  mais  Plutaïque  l'auiibue   forrocUt- 
cite  un  certain  Tliaetctès  ,  comtenipoiaiii       ment  à  Pythagore. 


ii6  HISTOIRE 

thagore  ,  célèbre  pai*  fes  découvertes  mathématiques ,  voyoit 
partout  de  la  géométrie  6c  des  rapports.  Il  oublioit  que  la  géo- 
métrie n'eft  point  une  fcience  puifée  dans  la  nature  ;  elle  eft 
née  Se  elle  n'exiile  que  dans  l'efprit  humain.  Il  n'y  a  rien 
de  lemblable  dans  l'univers.  Ce  font  des  fornics  ,  des  figures 
confiantes  fie  régulières  ,  mais  idéales  qui  fervent  à  mefurer  par 
approximation  les  formes  èc  les  figures  infiniment  variées  , 
réellement  cxiftantes  ;  c'eft  un  inllrument ,  &  rien  de  plus.  11 
eft:  aflez  bifare  lans  doute  de  bâtir  le  monde  avec  des  figures 
de  géométrie  :  mais  en  cherchant  dans  ce  fyftême  des  idées  chi- 
miqucs ,  on  pourroit  peut-être  y  trouver  quelque  vrailemblance. 
Tout  ne  te  criftalife-t-il  pas  dans  la  nature  ?  Ces  criftaux  n'ont- 
ils  pas  des  formes  régulières  &C  conftiantes  ?  Qui  nous  dit  que 
très-anciennement  ,  avant  Pythagore  ,  la  chimie  n'a  pas  été 
cultivée  avec  fuccès,que  les  crift;aux  fii  leurs  figures  n'ont  pas 
été  connus  ?  Qui  nous  dit  que  les  criftaux  de  terre  primitive  ne 
font  pas  des  cubes  ,  ceux  du  feu  des  pyramides  ,  Sec.  Cette  con- 
noiirancc ,  après  la  deft:ru(£lion  de  toutes  les  autres  ,  peut  être^ 
parvenue  feule  à  Pythagore  qui  nous  l'a  confervée.  D'ailleurs 
il  n'eft:  pas  néceffliire  que  les  figures  qu'il  attribue  aux  parties 
primitives  des  élémens  ,  foient  réellement  celles  qu'elles  ont. 
Il  fuffit  qu'ont  ait  fu  qu'elles  avoient  des  figures  conft:anfes , 
l'imagination  peut  avoir  fait  le  reftc.  Nous  avons  des  exemples 
de  vérités  connues  pendant  des  fiecles  ,  {ans  qu'on  puifle  en 
indiquer  l'origine  ,  regardées  longtems  comme  des  erreurs  po- 
pulaires ,  Se  réhabilitées  par  l'expérience.  Combien  y  a-t-il  que 
les  gens  de  la  campagne  mettent  du  fer  auprès  des  chofes  qu'ils 
veulent  préferver  du  tonnerre  ?  Cet  ufage  taxé  de  préjugé  par 
les  Phyficiens  ,  a  été  juftifié  depuis  que  l'élecftricité  a  fait  con- 
noître  que  le  fer  a  la  vertu  de  fe  charger  des  particules  élcc- 
tric^ucs  répandues  dans  l'air. 

§.  VI. 


DE     L'A'^STRONOMIE.  117 

§.     V  I. 

Pythagoue  pcnfoic  que  la  terre  èto'it  ronde ,  &  partout 
habitée  ;  car  il  admettoit  les  antipodes ,  &  il  difoit  que  les 
hommes  pouvoient  être  droits  fur  leurs  pieds  dans  une  direc- 
tion, oppofée  à  celle  que  nous  fuivons  dans  notre  hémifphere. 
Il  eft  le  premier  philofophe  qui  l'ait  penfé  ,  &:  fi  cette  opinion 
ne  lui  a  pas  été  fournie  par  les  étrangers  qu'il  confulta  ,  s'il 
s'eft  élevé  de  lui-même  à  cette  idée,  elle  doit  lui  faire  beaucoup 
d'honneur.  Il  falloit  alors  un  grand  génie  pour  écarter  le  pré- 
jugé, fi  naturel,  que  la  pefanteur  agit  toujours  dans  le  même 
fens.  Ce  préjugé  même  avoir  de  fi  profondes  racines  qu'elles 
fe  font  étendues  prefque  jufi:ju'à  nos  jours.  Après  vingt  ficelés 
Galilée  fot  condamné  pour  avoir  foutenu  la  vérité  que  Pytha- 
gore  avoit  apperçue. 

Pvtha2;ore  n'a  rien  écrit.  Il  cachoit  avec  foin  fa  véritable 
do(£lrine.  Il  ne  propofoit  aux  étrangers  ,  à  la  foule  de  Ces  au- 
diteurs ,  que  des  emblèmes  ,  Se  il  ne  découvroit  la  vérité  qu'à 
{es  difciples  choifis.  Tous  les  philofophes  anciens  ont  été  per- 
fuadés  que  la  vérité  devoir  être  voilée.  Cen'eft  pas  elle  qui  rougit 
de  fe  montrer,  ce  font  les  hommes  qui  craignent  de  la  voir  nue. 

C'eft  peut-être  cette  afTe£lation  de  myftere  ,  poufTée  trop 
loin  ,  qui  fit  hair  &  craindre  les  Pythagoriciens.  Ils  furent  dans 
la  fuite  chafles  de  Cortone  &  de  l'Italie.  II  y  a  de  l'inconvé- 
nient fans  doute  à  enfeigner  publiquement  certaines  vérités  , 
mais  il  eft  également  dangereux  d'enfeigner  en  fecret  des  opi- 
nions inconnues.  Elles  peuvent  paroître  redoutables  au  gou- 
vernement,quel  qu'il  foit.  Les  Pythagoriciens  fuivoient  l'exemple 
des  Egyptiens  ,  des  Chaldéens  &  des  Indiens  ;  mais  chez  ces 
peuples  les  fciences  écoient  dans  les  mains  des  p^-êtres.  Le  myf- 
tere les  rcndoit  refpeclables  ,  fans  les  rendre  fufpedls.  Comme 

Ee 


lis  HISTOIRE 

les  dieux  font  inconnus ,  le  myftere  fcmble  le  partage  de  tout 
ce  qui  les  entoure. 

On  dit  que  Pythagore  vécut  8  o  ans  ,  d'autres  le  font  vivre 
jufqu'à  104  ans.  Quant  à  fa  mort ,  elle  eft  rapportée  diverfe- 
ment.  Les  uns  le  font  mourir  tranquillement  dans  fon  lit  ;  les 
autres  difcnt  qu'il  fut  brûlé  dans  fa  maifon  ,  ou  par  un  homme 
qu'il  n'avoit  pas  voulu  y  admettre  ,  ou  par  les  Crotoniates  qui 
foupçonnoient  qu'il  afpiroit  au  gouvernement  {a). 

§.     VII. 

Empedocle,  le  premier  difciple  de  Pythagore ,  fameux 
par  la  curiofité  qui  le  fit  périr,  dit-on,  dans  la  bouche  de  l'Etna, 
^laquit  dans  la  Sicile  à  Agrigcnre  ,  on  ne  fait  pas  trop  en  quel 
xems.  On  lait  feulement  qu'il  fut  admis  aux  leçons  fecretes  de 
Pythagore.  Nous  ne  favons  rien  de  lui  qui  ne  foit  au  deflbus 
de  la  réputation  qu'il  a  lailTée.  Selon  lui  le  véritable  foleil ,  le 
feu  qui  eft  au  centre  du  monde ,  éclairoit  l'autre  hémifphere. 
Celui  que  nous  voyons  n'en  eft  que  l'image  réfléchie  qui  fuit 
tous  les  mouvemens  du  foleil,  invifible  pour  nous.  Ce  philo- 
sophe avoir  cherché  la  caufe  de  l'inclinaifon  de  l'axe  de  la  terre 
fur  l'éclipriquc ,  &:  il  croyoit  que  l'impctuofîté  des  rayons  du 
foleil  partant  du  midi  ,  avoir  exercé  fon  adlion  fur  l'air  qui 
environne  les  pôles,  &  que  celui  du  nord  en  y  cédant,  fut 
contraint  de  s'abaifler  :  celui  du  midi  au  contraire  s'éleva  ,  £c 
le  monde  pencha  comme  il  fait  aujourd'hui  {b).  Il  faut  que 
depuis  ce  tems  là  les  rayons  du  foleil  ayent  bien  perdu  de  leur 
activité  ,  puifque  tout  eft  refté  dans  le  même  état.  Il  pcnfoit 
encore  que  lorfque  le  monde  avoir  été  créé,  le  mouvement  du 
foleil  étoit  fi  lent  que  la  longueur  d'un  fcul  jour  égaloit  celle 

(  a  )  B.iyU ,  Art.  Pytli.  Rem.  O.  (i)  Plut,  de  Plaut.  Phil.  Lib.  H  ,  c.  i». 


# 

DE     r  ASTRONOMIE.  219 

de  dix  mois  ;  cette  durée  fe  reftreignic  peu-à-pcu  à  fept  mois. 
C'eft  pourquoi,  ajoute  Plutarquc,  les  enfans  qui  naiflciit  ne 
peuvent  vivre  qu'aux  époques  de  fept  ou  de  dix  mois  (a).  Nous 
avons  honte  de  rapporter  cette  conclufion  de  l'un  ou  de  l'autre 
philofophe:  mais  ces  erreurs  fontl'hiftoire  de  l'efprit  humain.  On 
n'en  peut  tirer  qu'une  conclufion  légitime;  c'eft  que,  foit  pré- 
jugé ou  vérité, les  anciens penioient  que  le  mouvement  dcsaftres 
avoit  été  d'abord  plus  lent  qu'il  ne  l'eft  aujourd'hui.  Les  prêtres  du 
temple  de  Jupiter  Ammon  difoient  que  la  longueur  de  l'année  di- 
minuoit  continuellement  (<3').  Au  reftc  il  faut  obfervcr  que  des 
philosophes ,  qui  cachoient  leur  véritable  doctrine ,  ne  peuvent  pas 
êtrejugés  définitivement  fur  ce  que  l'on  rapporte  de  leurs  opinions. 
Empedocle  étoit  poëtc,  il  nous  rcftc  un  poëmc  intitulé  lafphcre^ 
qui  lui  eft  attribué  [c).  On  dit  qu'il  ne  périt  point  dans  l'Etna; 
d'autres  prétendent  que  ce  fut  pour  caclicr  fa  mort ,  ôc  fe  faire 
paffer  pour  un  dieu  ;  mais  on  dit  aulTi  qu'il  refufa  la  couronne 
qui  lui  fut  offerte.  Il  faut  que  l'envie  s'accorde  avec  elle-même, 
celui  qui  n'a  pas  voulu  êcjfc  roi  pendant  fa  vie  ,  voudroit-il  être 
dieu  après  fa  mort  ? 

§.     V  I  I  L 

Philolaus,  dlfciple  de  Pythagore  &  d' Architas  de  Ta- 
rente,  floriffoit  environ  4  50  ans  avant  J.  C.  Lorfque  la  fecle 
des  Pythagoriciens  fut  chaffée  de  toutes  les  villes  d'Italie ,  il 
s'échappa  de  Mctapont  ,  Z<.  s'arrêta  à  Héradée  [d).  Il  avoir 
compofé  des  commentaires  fur  la  phyfique  dont  Platon  faiioit 
tant  de  cas  qu'il  les  acheta  des  héritiers,  félon  les  uns ,  i  o 00  d. 
&  félon  d'autres  i  00  mines.  L'eftimc  de  Platon  eft  l'éloge  de 


(  a  )  Plutarquc,  de  Plach.  Pkil.  Lib.  Y  ,  (c)  Fabricius,  Bibl.  grec.  Lib.  II. 

,    18.  Veidlcr,  page  91. 

l(i  )  ii«V.  des  oracles  qui  ont  cclTé,  S.  il,  {d)  Plut,  du  gcuie  de  Socrates,  §.15. 

Ee  ij 


a  20  HISTOIRE. 

cet  ouvrage.  On  ajoute  que  ce  pliilofophe  en  a  emprunté  beau- 
coup d'idées  qu'il  a  inférées  dans  Ton  Timée.  Du  tems  des  ma- 
nufcrirs,  les  larcins  étoient  faciles.  Phiiolaiis  penfoit ,  dit-on  , 
tjue  le  foleil  étoit  une  mafle  de  verre  ,  qui  nous  renvoyoit  par 
réflexion  toute  la  lumière  répandue  dans  l'univers  [a).  Alais 
n'oublions  jamais  que  ces  opinions  nous  iont  rendues  par  des 
•hiftoriens  qui  ne  les  cntendoient  pas ,  &;  qui ,  dans  les  exprel- 
fîons  des  philofophes  ,  ont  peut-être  pris  à  la  lettre  ce  qui  n'é- 
-toit  que  comparaifon  èc  figure.  Il  difoit  que  la  grande  année 
s'accomplifToit  en  5  9  ans,  dans  Icfquels  il  fe  trouvoit  2  i  lunes 
intercalaires.  Ce  qui  prouve  qu'il  faifoit  la  révolution  de  la 
lune  de  27'  13  environ,  &  celle  du  foleil  de  3  6  5  jours  (è).  Py- 
tbagore  ,  quelque  peine  qu'il  fc  fût  donnée  ,  n'avoit  pas  été 
bien  inftruit  par  les  prêtres  d'Egypte  £c  d'Afie  ,  puifqu'ils  lui 
avoicnt  caché  la  connoiflance  du  quart  de  jour  qui  complète 
la  longueur  de  l'année. 

§.      I  X. 

L'opinion  qui  fait  le  plus  d'honneur  à  Phiiolaiis,  &  a. 
laquelle  on  a  donné  quelquefois  fon  nom  dans  nos  fiecles  m.o- 
dcrnes  ,  eft  celle  du  mouvement  de  la  terre  autour  du  foleil. 
Nous  avons  déjà  dit  que  la  découverte  de  cette  vérité  fuppofe 
une  Aftronomie  déjà  fort  avancée  ,  qui  ne  fut  point  celle  de 
Phiiolaiis,  de  Pythagore,  ni  même  des  anciens  Egyptiens.  Il 
y  a  lieu  de  croire  que  Pythagore  l'avoit  puifée  dans  l'Inde,  oii 
elle  étoit  reftée  comme  tradition  d'une  Aftronomie  quin'exiftoit 
plus.  Pythagore  a  eu  affez  de  génie  pour  en  fentir  le  prix  ,  & 
pour  l'adopter ,  mais  il  la  cacha  aux  yeux  du  vulgaire  profane. 
Son  difciple  Phiiolaiis  eut  le  ccmrag-e  4e  la  révéler  2c  de  l'en- 

U  )  PUic  de Placit. PhU.  Lib.  II ,  c.  io.  {b)  Infra  >  Éclaire.  Liv,  VII ,  § .  4. 


DE     L' ASTRONOMIE.  zzi 

Teigner  publiquement.  Il  feroit  alTez  fingulicr  que  cette  vérité 
fût  la  caufe  de  la  perfécution  ,  qui  obligea  Ptiilolaùs  à  prendre 
la  fuite.  Galilée  perdit  fa  liberté  pour  elle.  Le  fort  de  cette 
vérité  feroit  donc  de  rendre  malheureux  ,  dans  tous  les  fiecles  , 
ceux  qui  les  premiers  l'ont  enfcignée. 

Plufieurs  philofophcs  Grecs  ,  dcfquels  on  ne  peut  aiïigner 
précifémcnt  l'âge  ,  mais  qui  lont  à-pcu-près  de  cette  époque , 
parlèrent  auflî  du  mouvement  de  la  terre.  Seleucus  d'Erithrée 
difoit  que  la  terre  tourne  comme  la  circonférence  d'une 
roue  {a).  Héraclidcs  de  Pont  &  Ecphante,  qu'elle  fe  meut  fans 
changer  de  place;  par  oii  ils  entendoient  fon  mouvement  diurne 
fur  elle-même  ,  en  excluant  lans  doute  fon  mouvement  annuel 
ou  de  tranflation  autour  du  loleil  [è).  Mais  aucun  ne  s'eft 
mieux  exprimé  lur  le  mouvement  diurne  que  Nicetas  de  Sy- 
racufe.  Voici  ce  que  Ciceron  rapporte  d'après  Théophrafte  , 
ancien  hiil:orien  de  l'Aftronomie.  «  Nicetas,  dit-il,  penfoit  que 
•>■>  tous  les  aftres  font  en  repos,  &;  que  la  terre  feule  eft  en  mou- 
»  vement  dans  l'univers.  Par  ion  mouvement  rapide  autour 
»>  de  fon  axe  ,  elle  produit  les  mêmes  apparences  qui  auroient 
»j  lieu  ,  fi  la  terre  étant  en  repos  ,  le  ciel  lui-même  écoit  en 
»5  mouvement  (c).  Copernic  n'eût  pu  rien  dire  de  plus  exact. 
On  penfe  même  que  ce  fut  ce  pafTage  de  Cicéron  qui  donna 
à  cet  aftronôme  la  première  idée  du  fvftême  qu'il  a  fait  revivre. 

§.      X. 

(Enopides  de  Chio  étabHt  la  grande  année  comme  Phi- 
lolaùs  de  5  9  ans  {d).  Et  {elon  lui ,  dit- on  ,  l'année  lolaire  étoit 
de  365'  j^,  ou  près  de  9  heures  (cf)  ;   ce  qui  n'eft  nullement 


(  <2  )  Plutarque  ,  qusji.  Plat.  §.8.  {J)  jtlian  ,  Var.  Hilior.  Lib.  X  ,  c.  7. 

(i  )  Idem,  de  Plack.  Phii.  Lib.  III ,  c.  i  ;.  Scaliger  ,  de  Emc:ià.  temv.  Lib.  II ,  p.  6 1 , 

(<:)Cicer.  X^uift.  Acad.  Lib.  IV,  §.  35.  {e)  Ceaforin,  c.  15. 


111  HISTOIRE 

vraifci-Ablable.  Tgus  les  anciens  ont  fait  l'année  de  3  ^  5  ou  de 
3^5^  jours ,  mais  on  ne  s'eft  jamais  écarté  de  ces  nombres  , 
que  pour  approcher  plus  près  de  la  véritable  longueur  de  l'année. 
Nous  penfons  qu'il  y  a  erreur  de  chiffres.  Ce  cycle  de  5  9  ans 
fut  propofé,  pour  régler  le  calendrier,  (û)  à  l'affemblée  des  jeux 
olympiques.  Mais  il  ne  paroit  pas  qu'il  ait  été  adopté.  On  donne 
à  (Enopides  l'idée  que  la  voie  lactée  étoit  une  ancienne  route 
du  foleil,  qu'il  avoit  quittée  pour  décrire  le  zodiaque  [h).  Ce 
philofophe  penfa  qu'il  y  avoit  dans  le  centre  de  la  terre  une 
chaleur  qui  y  fubfifte  toujours  ,  indépendamment  de  celle  du 
foleil.  Il  expliquoit  par  là  comment  les  cavernes  &  les  fouter- 
rains  femblcnt  fi  chauds  en  hiver  ,  comment  l'eau  des  puits 
paroît  plus  chaude  dans  cette  faifon  (c).  On  fait  aujourd'hui 
que  la  chaleur  y  eft  toujours  égale.  Il  eft  affez  fingulicr  qu'il  aie 
été  deviner  cette  chaleur  centrale  ,  qui  cil:  une  vérité  phy- 
fique  (  d) ,  pour  l'appliquer  mal ,  Se  fonder  une  fauffe  expli- 
cation. 

Ici,c'eft-à-dlreà  (Enopides, s'éteignirent  les  rcftes  de  la  fecle 
de  Pythagore  qui  lubfifta  pendant  dix-neuf  générations  {e).  L'é- 
cole de  Socrate  avoit  déjà  la  plus  grande  réputation  ,  &  con- 
tribua fans  doute  à  l'effacer.  Socrate,  qui  recueillit  les  débris  de 
l'école  Ionienne,  jugeant  que  la  morale  étoit  plus  utile  à  l'homme 
que  la  phyfique ,  préféra  l'étude  de  foi-même  à  celle  de  la  na- 
tui«  ,  &  n'oublia  rien  pour  y  ramener  la  philofophie,  Ainfi  le 
Pythagorifme  vit  baiffer  fon  crédit.  Mais  cette  fe£te  fe  perdit 
par  le  myfterc  ,  dont  elle  s'enveloppoit,  qui  l'a  rendit  fufpedle; 
par  une  féparation  totale  de  ceux  qui  n'y  étoient  pas  admis  : 


{a)  jElian,  Var.  Hift.Uh.  X.  M.   de   BufFon  ,  Hiftoire    naturelle   deJ 

(h)  Aciiilles  Tatiut  ,  c.  14.  Minéraux. 

(c)  Servcque  ,Q:^i:y?.  Nat.  Lib.  IV,  c.  i.  (  <?  )  Diogcncs-Laerce, 

(<^)  Mairan,  Msm.  Ac.  dcsSc an.  1764.  Veidler,  page  3;.          • 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  113 

réparation  qui  eft  une  fource  de  haines  ;  mais  fur- tout  par 
rcftlme  qu'elle  faifoit  d'elle-même ,  &;  par  Ton  mépris  pour  le 
refte  des  hommes.  Quand  le  petit  nombre  méprife  la  multitude, 
quand  il  a  l'imprudence  de  le  laifTer  voir ,  tôt  ou  tard,  il  eft  op- 
primé 6c  détruit.  Tous  ceux  qui  n'étoient  pas  Pythagoriciens 
étoient  appelés  les  morts  ;  mais  les  morts  accablèrent  les  vivans. 

§.      X  I. 

Cleostrate  de  Tcncdos  vivoit  vers  l'an  531  avant  J.  C, 
On  croit  qu'il  avoit  fixé  les  équinoxes  6c  les  lolftices  au  8°  des 
fignes  (û);  mais  cette  détermination  appartient  au  8'  fiecle 
avant  l'ère  chrétienne  ,  6c  non  pas  au  6^  (^)  ;  ce  qui  prouve  que 
tous  ces  prétendus  aftronomes  empruntoient  de  la  Chaldée  ,  ou 
d'ailleurs  ,  des  déterminations  qui  ne  convenoient  plus  à  leur 
rems.  Cléoftrate  s'occupa  de  la  réforme  du  calendrier  ;  il  eft 
l'inventeur  de  roclactcridc.  Quand  la  connoifTance  plus  exacte 
de  l'année  de  ^  (^  5'  i  eut  percé  dans  k  Grèce,  foit  qu'elle  y  ait  été 
apportée  par  Thaïes  ou  par  quclqu'autrc ,  Cléoftrate  remarqua 
que  la  révolution  du  ioleil  trxcédoit  de  i  i'  |  douze  révolutions 
de  la  lune,  qu'il  cftimoit  chacune  de  29'  {;  il  vit  qu'en  multi- 
pliant par  8  ces  11'^,  on  avoit  90  jours,  qui  faifoient  trois 
mois  lunaires  de  3  o  jours.  Il  compola  donc  une  période  de  8 
années  de  3  (j  5' f,  ou  de  2  9  1  2  jours,  pendant  lefquels  s'é- 
coulent 9  6  révolutions  ou  mois  lunaires ,  alternativement  de 
29  6c  de  3  o  jours  ,  avec  trois  mois  intercalaires  de  3  o  jours. 
L'erreur  de  cette  période  eft  d'environ  3  G  heures  ,  dont  la  lune 
anticipoit  fur  le  foleil.  Plufieurs  aftronomes  ,  Nauceles  ,  Mne- 
fiftrate  ,  Doiithée  ,  qui  eft  cité  dans  les  calendriers  pour  avoir 


(  û)  Scal'ger ,  fift  fm.-.-îû.  ffm-cr.  Lib.  II,  (  i)  I-fra,  ÉclairciîVcmcns,   Lîvrc  VI, 

page  61.  S.  II. 


iî4  HISTOIRE 

recueilli  des  obfervacions  d'écoiles  ,  modifièrent  cette  période 
feulement  dans  les  mois  intercalaires  [a).  Quelqu'un  imagina 
d'ajouter  trois  jours  à  la  fin  de  deux  oclaeteridcs  ,  &  il  en  ré- 
fulta  une  période  de  i  6  ans  qui  fut  nommée  Heccx  -  decafte- 
ridc.  Mais  en  s'adaptant  mieux  au  mouvement  de  la  lune  ,  elle 
s'éloignoit  du  mouvement  du  foleil.  Harpalus  ne  fut  pas  plus 
heureux.  Il  s'apperçut  que  deux  tetraeterides  ,  ou  deux  périodes 
olympiques  de  4  ans  ,  avec  un  mois  intercalaire  de  3  o  jours , 
faifoient  2924  jours,  deux  de  plus  par  conféqucnt  que  l'oclae- 
teriderilen  réfulta  que  la  nouvelle  lune  ne  pouvoit  plus  tomber 
au  premier  jour  du  premier  mois  de  l'année  olympique,  comme 
il  avoit  été  réglé  lors  de  l'écabliflement  de  ces  jeux  fameux 
dans  la  Grèce.  Il  donna  donc  deux  jours  de  plus  à  la  période  , 
qui ,  au  lieu  de  n'avoir  que  5  i  mois  de  ^  o  jours,  comme  celle 
de  Cléoftrate,  en  eut  53  [b).  Cette  période  avoit  le  même 
défaut  que  celle  de  i  6  ans;  elle  s'accordoit  affcz  bien  aux  mou- 
vemens  de  la  lune ,  mais  elle  s'écartoit  de  ceux  du  foleil  de 
deux  jours  &;  plus. 

§.      XII. 

Malgré  ces  réformes  ,  les  erreurs  du  calendrier  étoient 
toujours  confidérables.  Ces  deux  jours  s'accumuloient  à  chaque 
oclaeteridc  ,  èi.  au  bout  de  60  ans  il  y  avoit  i  5  jours  d'erreur. 
Enfin  ,  Aleton  parut ,  Meton  ,  difciple  de  Phainus  ,  né  à  Leu- 
conée,  village  de  la  campagne  d'Athènes  (c).  Il  propofa  fon 
cycle  de  I  9  années  folaires  ,  pendant  lefquellcs  s'écoulent  i  9 
années  lunaires  ôc  7  mois  intercalaires.  Ces  mois  étoient  placés 
dans  les  3  ^ ,  6^ ,  8 *,  i  l '^ ,  i  4^  ,  i  7^  &  19*  années.  Il  changea 


(a)  Ccnforin  ,  c.  1 8.  porum  ,  Libro   fecundo  ,   pag.  6^, 

i,  l>  )    Scaliger  ,    de  Emendatione  tem-'  (  c  )  Saumaife  ,  ^.vemf.  P//«m/j.  p.  jij. 

aulîî 


DE     L' ASTRONOMIE.  it^ 

aulTi  la  dirporitioii  des  mois ,  6c  au  lieu  de  les  faire  alternati- 
vcmenn  de  2  9  6c  de  3  o  jours  ,  il  voulut  que  dans  les  235  mois 
qui  compofenc  fa  période  ,  il  y  en  eût  i  i  o  feulement  de  29', 
ôc  125  de  3  o  ,  en  comptant  les  fept  intercalaires.  Par  ce 
moyen  les  mouvemens  du  foleil  &C  de  la  lune ,  font  très-heu- 
reufement  conciliés  ,  ôc  les  deux  aftres  fe  retrouvent  à  très- 
peu  près  au  bout  de  la  période  au  même  point  du  ciel  ;  car  i  9 
années  folaires  font  <j9  3  9'  14''  2  5'  ,  &  2  3  5  lunaifons  font 
(j9  3  9'  ï  6^  31'.  La  lune  achève  donc  fa  dernière  révolution 
deux  heures  plus  tard  que  le  foleil.  Mais  comme  une  période 
civile  ne  comporte  point  de  fraction  ,  &  qu'il  fallut  l'établii: 
de  (Î940',  au  renouvelemcnt  de  la  période ,  il  y  a  déjà  9  ''f  , 
que  le  foleil  a  commencé  fa  révolution  ,  &  7''  4  que  la  lune  a 
recommencé  la  fienne.  Cette  erreur  étoit  inévitable. 

§.      XIII. 

Il  étoit  impofTible  d'inventer  pour  la  conciliation  de  ces 
deux  mouvemens  un  cycle  plus  exact ,  plus  court  &  plus  com- 
mode. Cette  découverte  dut  étonner  les  Grecs  ,  &c  leur  paroitre 
un  des  plus  grands  efforts  de  l'efprit  humain.  Aulîl  fon  utilité 
même  étouffa  toute  efpece  d'envie  ;  on  ne  dit  point  qu'elle  ait 
elTuyé  aucune  contradiction.  Elle  fut  reçue  avec  un  applaudif- 
fement  général ,  quand  fon  auteur  en  préfenta  des  tables  èC 
une  explication  dans  Taircmblée  de  la  Grèce  pour  les  jeux  olym- 
piques. Quoiqu'il  changeât  l'ordre  public  ,  ou  plutôt  qu'il  en 
établît  un  où  il  n'en  exiftoit  pas,  fa  réforme  fut  adoptée  fur 
le  champ,  6c  le  premier  cycle  commença  l'an  43  2  avant  J.  C. 

Jamais  fuccès  ne  fut  mieux  mérité  ,  ni  plus  complet ,  que 
celui  de  Meton.  La  période  fut  adoptée  par  toutes  les  villes  6C 
colonies  grecques,  6c  reçut  unanimement  le  nom  de  cycle  ou 
nombre  d'or,  pour  marquer  fon  excellence:  nom  qu'elle  a  cou- 


as-  HISTOIRE 

fervé  jurqu'aujourd'hui  chez  la  plupart  des  peuples  de  l'Europe 
qui  en  font  encore  ufage.  Après  la  mort  de  Meton  les  aftro- 
nômes  continuèrent  d'annoncer  ,  par  des  tables  expofées  dans 
les  grandes  villes  de  la  Grèce,  le  quantième  de  l'année  du  cycle, 
les  prëdi(£lions  météorologiques,  &  fans  doute  les  jours  où  tom- 
boient  les  fêtes  6i  les  cérémonies  réglées  fuivant  les  faifons. 

§.     XIV. 

Nous  avouons  cependant  que  nous  ne  pouvons  nous  per- 
fuadcr  que  Meton  foit  le  véritable  auteur  d'une  période  qui, 
ayant  tant  de  précifîon  enfî  peu  d'années ,  fcroit  honneur  à  notre 
Aftronomie  moderne.  On  a  tout  lieu  de  croire  que  les  Grecs 
jufqu'alors  n'avoient  point  fait  d'obfervations,  pour  déterminer 
les  moyens  mouvemens  du  foleil  Se  de  la  lune ,  avec  cette  pré- 
ciiîon.  La  première  obfervation  grecque  ,  ou  du  moins  la  plus 
ancienne  qui  ait  été  confervée ,  eft  celle  du  folftice  d'été  ,  faite 
par  EuiStemon  bc  par  Meton  lui-même,  l'an  43  1.  Il  eft  clair 
que  Meton  avoit  emprunté  ces  connoiflances  exactes  du  mou- 
vement du  foleil  &  de  la  lune ,  de  l'Egypte  ou  de  la  Chaldée. 
On  alTure  qu'il  voyagea  en  Egypte  (û)  ,  il  a  pu  également  aller 
dans  la  Chaldée.  Il  aura  eu  communication  de  la  période  de 

I  9  ans ,  qui  a  été  connue  de  prefque  tous  les  anciens  peuples. 

II  l'aura  rapportée ,  &  s'en  fera  fait  honneur  dans  fa  patrie  , 
comme  beaucoup  d'autres  avoient  fait  avant  lui.  Cette  fup- 
pofition  nous  paroît  plus  vraifemblable  que  la  fuite  des  idées  que 
Scaliger  fuppofe  à  Meton  dans  l'invention  de  fa  période  [b).  S'il 
a  pu  ignorer  dans  fes  voyages  l'exiftence  de  cette  période,  il 
aiïra  eu  du  moins  connoilTance  de  celle  des  Chaldéens  de  2  1  3 


( " )  Infrh j  Édairciflemciis ,  Livre  VU,  {b)  Scaliger ,  de  Emend.  temp.  Lib.  II ^ 

é-  7-  pag.  74. 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  117 

lunaifons ,  ou  de  18  ans  &i  xo  jours  environ.  Il  aura  vu  que, 
pour  que  cette  période  ne  comprît  que  des  années  complettes, 
il  luffifoic  d'y  ajouter  une  année  lunaire  de  3  54  jours  ,  Se  quel- 
ques heures ,  ^k.  le  voilà  parvenu  à  fon  cycle  de  i  9  ans.  Cette 
application  de  la  période  chaldéenne  ,  ainfi  augmentée  d'une 
année  limaire  aux  ufagcs  du  calendrier  grec  ,  feroit  encore 
honneur  au  génie  de  Mcton.  Mais  la  Grèce ,  ni  le  fîecle  n'en 
partagent  point  la  gloire.  Ce  iîecle  n'étoit  pas  afTez  avancé  pour 
produire  une  pareille  découverte.  Il  n'en  eft  point  qui  n'ait  été 
préparée  par  quelques  germes  femés  plufieurs  fiecles  aupara- 
vant ,  c'eft-à-dire ,  par  des  connoiflances  précédemment  éta- 
blies. Il  n'y  avoit  rien  de  tout  cela  dans  la  Grèce,  L'Aftronomie 
auroit  pafîé ,  d'une  forte  de  barbarie  ,  à  une  précifion  fingu- 
liere.  On  ne  connoît  point  cette  elpece  de  faut  dans  les  progrès 
des  fciences  ,    ainlî  que  dans  ceux  de  la  nature. 

Il  y  avoit  dans  la  Grèce  des  faftes  ou  des  calendriers  qui. 
portoient  le  nom  de  Meton  (a) ,  c'eft-à-dire  ,  de  ces  calendriers 
qui  indiquoient  les  tems  de  l'année  où  l'on  obfervoit  le  coucher 
&  le  lever  des  étoiles.  Mais  ces  obfervations  lui  appartiennent 
encore  moins  que  l'invention  de  la  période.  Il  eft  prouvé  par 
le  calcul  qu'elles  remontent  au  tems  d'Héfiode  ,  èc  quelquefois 
au  delà.  Ce  font  des  obfervations  qu'il  a  recueillies ,  ôc  rien 
de  plus.  On  ne  fait  ni  en  quel  tems  eft  né  ,  ni  en  quel  tems 
eft  mort  cet  homme  célèbre  dans  la  Grèce.  On  fait  feulement 
qu'il  vivoit  41  o  ans  avant  J.  C  ,  èc  l'an  43  i  fut  l'année  où 
il  propofa  fon  cycle  {é). 

Comme  nous  fuivons  les  différentes  écoles  de  philofopïiîe, 

(  a  )  Columelle  ,  de  re  Rufiica.  (  i  }   itiian  ,     Far.    H!Jlor.  Lib.   XI1I> 

infràj  Écliirc,  Liyrs  VU,  j.  j(,  ç,  i.  , 

ffi] 


aaS  HISTOIRE 

cjui  ont  illiiftré  la  Grccc  ,  il  nous  faut  remonter  à  des  tems  an- 
térieurs à  ceux  qui  nous  occupent  maintenant ,  pour  parler  de 
la  leite  éléatique  ;  fccle  qui  ,  moins  curieufe  d'étudier  6c  d'en- 
feigner  les  Iciences  de  la  nature ,  avoit  choili  pour  Ton  objet  la 
dialectique,  dont  Zenon  d'Elée  fut  l'inventeur.  L'Aftronomie 
dans  cette  feifle  fe  borna  donc  à  quelques  opinions,  dont  la  plu- 
part furent  allez  ridicules.  Xenoplianes,  le  fondateur, qui  vivoit 
vers  (j  3  G  ans  avant  J.  C.  ,  ne  fut  pas ,  comme  on  le  croit  bien, 
celui  qui  eut  les  opinions  les  plus  faines.  Si  l'on  en  croit  Plu- 
tarque(û),  il  penfoit  que  les  étoiles  s'étei^^nent  le  matin  pour 
fe  rallumer  le  foir  ;  que  le  foleil  eft  une  nue  enflammée  [b]-^  que 
les  éclipfes  arrivent  par  l'extin^lion  du  foleil  qui  fe  rallume  en- 
fuite  (c);  que  la  lune  eft  habitée  ,  mais  i  8  fois  plus  grofTe  que 
la  terre  {d)  ;  qu'il  y  a  plufîeurs  foleils  &  plufieurs  lunes  pour 
éclairer  les  difFérens  climats  de  la  terre.  Quand  on  lit  ces  fotifes, 
on  croit  que  les  hiftoriens  ont  voulu  calomnier  les  philofophes, 
d'autant  plus  qu'elles  étoient  nées  dans  la  tête  de  Xenophanes, 
un  fiecle  après  Thaïes. 

II  penfoit  que  le  mouvement  du  foleil  fe  faifoit  en  ligne 
droite  ,  &  que  l'apparence  du  mouvement  circulaire  naifToit  de 
la  grande  diftance  où  nous  fommes  de  cet  aflre.  On  fait  que 
ces  apparences  ne  peuvent  être  les  mêmes  que  dans  de  petits 
cfpaces  parcourus.  Un  mouvement  réellement  circulaire  ,  peut 
paroitre  pendant  quelque  tems  s'exécuter  en  ligne  droite.  On  a 
tenté  de  repréfenter  le  mouvement  des  comètes  par  une  pareille 
hypothefe  ;  mais  il  eft  phyfiquement  impolTible  qu'un  corps  mu 
en  ligne  droite  ait  jamais  l'appareace  de  fe  mouvoir  en  rond. 
Ce  philofophe  a  été  fans  doute  mal  entendu.   Peut-être  con- 


{,  a  )  Opinions  des  Philofophes  ,  Lib.  II ,  (c)  Ihiiem.  c.  24. 

• } •  (d)  Laftance , Divin.  Jnjlitut.  Lib.  III , 


(c)  Ibidem,  c.  Î.O.  «.  *j. 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  1  E.  229 

fîdéroit-il  Li  courbe  de  roroitc  du  foleil ,  comme  un  polio-one 
d'une  inhnité  de  cotés ,  &:  alors  il  pouvoir  dire  que  le  mouve- 
ment du  foleil  avoit  lieu  dans  des  lij;ncs  droites.  Une  idée  plus 
hcurcufe  elt  celle  des  mers  qui  ,  iclon  lui  ,  avoicnt  couvert 
toute  la  terre.  Phénomène  qu'il  démontroit  par  la  préfence  des 
corps  marins  dépofes  fur  fi  furface  &  dans  fcs  entrailles  {a). 

§.     XVI. 

P  A  R  M  E  N I  D  E  s  fut  difciple de  Xcnophanes.  Il  divifa ,  comme 
Thaïes,  la  terre   en    zones  [é].  Il  eft  l'auteur  du  préjugé  que 
la  terre  n'étoit  habitée  &c  habitable  que  dans  les  deux  zones 
tempérées  {c].  Il  regardoit  la  terre  comme  fphériquc  ,  placée 
au  centre  du  monde.  Il  ajoutoit  qu'elle  étoit  fufpendue  au  milieu 
de  l'univers  ,  parce  qu'il  n'y  avoit  point  de  raifon  pour  qu'elle 
dût  fe  mouvoir  ou  pencher  d'un  coté  plutôt  que  d'un  autre  (c/).  On 
voit  ici  les  premiers  pas  qu'on  a  faits  pour  expliquer  le  phéno- 
mène incompréhenfible  de  la  terre,  fufpendue  au  milieu  de  l'u- 
nivers, fans  que  rien  la  foutienne  dans  un  fluide  plus  léger  que 
l'air  ,  tandis  qu'on  voit  tomber  les  corps  fur  la  terre  ,  lorfqu'on 
les  abandonne  à  eux-mêmes.   Avant  l'attraclion  nc^  tonienne , 
avant  d'avoir  reconnu  que  la  pefanteur  eft  dirigée  au  centre 
de  la  terre  ;  cela  put  donner  longtems  à  penfer  aux  meilleurs 
efprits.    L'explication  de  Parmenides  eft  aflxz  philofophique. 
Elle  eft  fondée  fur  le  principe  de  la  raifon  fuffifante,  employé 
depais  par  Archimede ,  ôc  dont  Leibnitz  a  fait  dans  le  dernier 
Cecle  un  fi  grand  ufage. 

§.     X  V  I  I. 

«     L  E  U  c  I P  E  n'eft  connu  que  pour  avoir  été  l'auteur  de  la  phi- 

{  o  )  Diogcnes-Laerce.  (  <:  )  Plut.  Opin.  des  Phil,  Lib.  III,  c.  l. 

(6)  AcaïUcs  Tatius,  «.  ji.  {a)  Uiàem  ,  &.  i^. 


Z30  HISTOIRE 

lofophie  corpufculaire,  &  le  précurfeur  de  Démocrite.  Ce  der- 
nier ,  nommé  auffî  le  phiiofophe  d'Abdere  ,  naquit  vers  la  8  o*^ 
olympiade  ,456  ans  avant  J.  C. ,  &:  fut  contemporain  de  Meton. 
C'efl:  pourquoi  il  eft  alfez  fingulier  qu'il  ait  ofë  propofer  un 
cycle  de  8  z  ans,  qui  ne  valoir  certainement  pas  le  cycle  de  i  9 
ans  de  cet  aftronôme.  Démocrite  voyagea,  6c  vit  ce  qu'il  y 
avoit  de  plus  favant  au  monde  ,  les  Egyptiens  ,  les  Chaldéens 
Se  les  Gimnofophiftes,  ou  les  Brahmanes.  Il  avoit  fait  un  grand 
nombre  d'ouvrages  qui  ont  péri.  Métaphyfique,  morale  ,  mé- 
decine, phyfique  ,  agriculture,  cofmographie  ,  Aftronomie  , 
géométrie,  mufique,  grammaire,  poëfie,  ècc.  Cet  homme  uni- 
verfel  avoit  tout  embraffe.  Pour  nous  borner  à  ce  qui  concerne 
rAftronomie,  il  avoit  fart  un  ouvrage  fur  les  planètes  ,  un  autre 
fur  les  caufes  céleftes ,  &C  un  traité  intitulé  grande  année ,  ou 
Aftronomie.  Il  avoit  drefle  fans  doute  un  de  ces  calendriers  qui 
annonçoient  les  levers  &  les  couchers  des  étoiles. 

Il  eft  l'auteur  du  fyftême  des  atomes,  ou  plutôt  il  donna  de 
la  célébrité  à  ce  fyftême ,  imaginé  avant  lui  par  Leucipe.  On 
ne  fait  ce  que  Laerce  veut  dire ,  en  ajoutant  que  ces  atomes 
font  infinis  en  nombre  &  en  grandeur  ;  cela  eft  abfurde  :  ôc 
voilà  comment  les  hiftoriens  rapportent  les  opinions  des  phi- 
lofophes. 

§.     XVII. 

L'  I D  É  E  la  plus  philofophique  de  Démocrite  eft  celle  qu'il 
eut  fur  la  voie  lactée.  Il  eft  le  premier  qui  l'ait  conlidérée  comme 
un  amas  d'étoiles  infiniment  éloignées ,  Se  dont  la  lumière  fe 
confond  pour  ne  former  qu'une  lueur  blanchâtre  (a).  Cette 
opinion  fubfifte  encore  aujourd'hui,  6c  fi  l'opinion  n'eft  pas  fui- 

(a)Plutarquc,  de  Plamis Philo/ophrutn ,Lih.  III,  e.  i. 


DE     L' ASTRONOMIE.  131 

fifamment  facisfaifante  (a)  ,  les  modernes  n'ont  rien  trouvé  de 
mieux  à  lui  fubftituer.  Quand  on  confidere  la  variété  des  opi- 
nions humaines ,  comme  elles  fe  (uccédent  &:  fe  détruifcnt 
combien  il  cft  difficile  d'aiïîgner  aux  phénomènes  ou  aux  ap- 
parences physiques, une  caufe  qui  foit  vraie  pour  tous  les  tems, 
on  fenc  qu'il  y  a  de  la  gloire  à  laifler,  après  foi,  une  opinion  qui 
fe  trouve  à  l'épreuve  des  lieclcs  ,  6c  qui  regtie  à  jamais  ilir  la 
terre.  Démocrite  étendit  cette  idée  aux  comètes.  Il  penfa  qu'elles 
écoient  produites  par  la  rencontre  de  deux  ou  de  plufieurs  pla- 
nètes ,  qui  fe  trouvent  fi  voifines  ,  que  leurs  lumières  réunies 
n'excitent  que  la  fenfation  d'un  feul  altre  (6).  En  conféquence 
Démocrite  établifloit  que  l'on  ne  connoifioit  pas  encore  le 
nombre  des  planètes  ;&:  il  fuppofoit  qu'il  y  en  pouvoit  avoir  un 
aflez  grand  nombre  pour  que  ces  rencontres  enflent  lieu  aufîl 
fréquemment  que  l'apparition  des  comètes.  Démocrite  préten- 
doit  même  qu'on  îivoit  vu  quelquefois  paroître  des  étoiles  à  la 
place  où  une  comète  s'étoit  évanouie.  Mais  comme  le  remarque 
Ariftote  (c),  cela  ne  devoit  pas  arriver  quelquefois,  mais  tou- 
jours. Si  Séneque  a  très  bien  réfuté  cette  idée  de  Démocrite  , 
il  a  eu  tort  d'avancer  que  ni  ce  philofophe  ,  ni  les  Grecs  de  fon 
tems  ne  connoifloient  pas  le  nombre  des  planètes  ,  ou  bien  il 
faut  l'entendre  de  la  manière  que  Démocrite  l'cntendoit.  Il  ne 
feroit  nullement  vrailemblable  que  la  Grèce  qui  avoir  commerce 
avec  l'orient  depuis  dix  fiecles  ,  avec  l'Egypte  depuis  Thaïes  , 
n'eût  pas  connu  les  fept  planètes  ,  qui  font ,  pour  ainfi  dire,  la 
première  connoiflTance  de  l'Aftronomie ,  èc  celle  qui  a  été  le 
plus  généralement  répandue. 

Métrodore  fut  le  plus  illufbre  des  difciples  de  Démocrite.  Il 


(  <2  )  M.  de  la  Caille  ,  Mémoires  de  l'Aca-  (  i)  Seneque ,  QuaJî.  natr.  Lib.  VU,  c.  lî 

demie  des  Sciences,  année  17;;,  p.  i?4i  C*^)  De  Meteorol.  Lib.  I,  c,  10. 


13  2        HISTOIRE  DE  L'ASTRONOMIE. 

adopta  comme  lui  la  pluralité  des  mondes.  Nous  ne  l'avons 
point  fait  remarquer  en  parlant  de  ce  philofophe,  parce  que 
cette  opinion  fut  celle  de  prefque  tous  les  philofophes  grecs. 
Métrodore  abandonna  fon  maître  dans  l'explication  de  la  voie 
la6tée.  Il  penfa,  comme  Œnopides ,  qu'elle  avoit  été  autrefois 
la  route  du  folcil.  Peut-être  avoit-il  entendu  dire  que ,  félon 
une  tradition  égyptienne  ,  on  avoit  vu  l'écliptique  perpendi- 
culaire à  l'équatcur.  Il  pouvoit  croire  que  la  voie  laélée  ,  qui 
forme  un  aflez  grand  angle  avec  ce  cercle  ,  étoit  une  des  po- 
rtions intermédiaires  de  l'écliptique ,  où  elle  avoit  peut  -  être 
rcfté  davantage  ,  &c  donné  le  tems  au  foleil  d'y  imprimer  une 
•marque  ineffaçable. 


J      -%-      \ 


HISTOIRE 


HISTOIRE 


E     L'ASTRONOMIE     ANCIENNE. 


-=!>;?= 


LIVRE      NEUVIEME. 


De  Platon  y  d'Eudoxc  ù  des  Philofophes  qui  les  ontfuivis. 

§.        PREMIER, 

ku  A  Grccc  commença  à  s'éclairer  avec  Platon.  Il  réunit  toutes 
les  fecles  dans  la  Tienne.  La  phyfique  des  Pythagoriciens,  l'Af- 
tronomie  de  la  fecle  Ionienne  ;  la  morale  de  Socrate,  &;  l'art  de 
raifonncr  des  Eléatiques.  La  géométrie  cultivée  dans  fon  école, 
en  établifTant  des  principes  certains  &;  évidens,  fournit  des  fe- 
cours  qui  manquoient  à  l'Aftronomie ,  6c  donna  delajuftefle 
aux  efprits. 

Platon  ,  célèbre  par  l'éloquence,  la  philofophie  &  les  mathé- 
matiques ,  ne  fut  point  aftronome,  mais  il  fut  utile  à  la  fcicnce 
par  l'influence  de  fon  génie.  Frappé  de  la  nobleffe  6c  de  l'u- 
tilité de  l'Aftronomie  ,  il  difoit  que  la  vue  n'avoit  été  donnée 

Gg 


,34  HISTOIRE 

à  l'homme  que  pour  connoître, admirer  la  régularité  &  la  conf- 
tancc  du  mouvement  des  corps  céleftes  ,  pour  apprendre  d'eux 
à  airner  l'ordre  ,  &  à  régler  fa  conduite  {a).  Selon  Grégori  {è), 
Platon  penfoit  que  les  corps  céleftes  avoicnt  d'abord  été 
mus  en  ligne  droite  ,  mais  que  la  gravité  changea  ce  mouve- 
ment ,  &c  le  rendit  circulaire.  Il  avoir  des  idées  exaclcs  de  la 
caufe  des  éclipfes.  Quant  à  l'arrangement  des  planètes,  il  les 
plaçoit  ainfi;  faturne  ,  Jupiter,  mars,  venus  ,  mercure,  le  foleil, 
la  lune,  &:  la  terre  qu'il  plaçoit  au  milieu  (c).  Les  Chaldécns  Si 
Pytha^ore  mctroient  mercure  èc  venus  au  deflous  du  loleil  (cj'); 
Platon  les  mettoit  au  deflus ,  il  y  a  apparence  que,  n'ayant 
voyagé  qu'en  Egypte ,  il  tenoit  des  Egyptiens  ce  dernier  arrange- 
ment du  fvftême  du  monde. 

On  dit  que  Platon  changea  de  fcntiment  dans  fa  vieillefle, 
&C  qu'il  crut  que  la  terre  n'étoit  pas  immobile,  et  Platon  même, 
'>  dit  Plutarque  {e)  ^  tint  en  (a  vieillefTe  que  la  terre  étoit  en 
"  en  autre  place  que  celle  du  milieu ,  &C  que  le  centre  du 
«  monde  ,  comme  le  plus  honorable  fiege,  appartenoit  à  quel- 
35  qu'autre  plus  digne  fubftance  «.  Il  eft  intéreiïant  de  voir  par 
ouelle  raifon  les  phllorophcs  fe  décidoicnt  alors!  Quand  on  leur 
préfcntoit  une  vérité  ,  ils  l'admettoient  par  des  raifons  chimé- 
riques &;  étrangères.  Il  cft  bien  queflion  de  dignité  de  fubftance 
où  les  obfervations  Se  les  explications  les  plus  naturelles  doivent 
décider.  Il  paroît  que  Platon  a  connu  les  deux  mouvcmcns  de 
la  terre,  celui  ds  rotation  autour  de  Ion  axe,  &;  celui  de  tranl- 
lation  autour  du  foleil.  Nous  ne  devons  pas  oublier  de  dire  que 
par  une  très-belle-  exprcffion  ce  philofophe  appeloit  les  aftres  , 
les  infl rumens  du  urns  [f  )■ 

(  a  )  Plu'.arque  ,'  de  h'is  qui  fera  a  numiiie  (  a  )  Suira  ,  Liv.  VIII,  §.  4. 

puniuntur.  •'!••:  (  r  )  /«  Num,-. 

(  i  )  Grcgori,  in  Prétf.  Jfron.  Fkyf.  (/)  Injrà,  Eciaiiciflcmcns,  Livre  VIII , 

(c)  Plut,  de  Plac.  Phil.  Lib  II,  c.  15.  $.1. 


DE     L'ASTRONOMIE.  13-5 

On  dit  que  Platon  ,  voyant  que  les  Grecs  ii'avoicnt  poiht 
d'autre  horloge  que  des  cadrans  folaires,  inventa  un  inftrumenc 
hydraulique  pour  mcfurer  les  heures  la  nuit  (a).  Quand  on  con- 
noit  le  langage  des  Grecs  ,  on.  voit  que  cela  fignifie  feulement 
qu'il  rapporta  d'Egvpte  l'ufage  des  clcplidrcs. 

§.      II. 

On  peut  connoître  l'état  de  l'Aftronomie  dans  la  Grèce, 
depuis  Héliodc  jufqu'au  tems  de  Platon  ,  par  un  pafliige  de  ce 
philofophe  dans  Vépinomide.  Platon  avoit  reconnu  que  les  ob- 
fervations  des  étoiles  rapportées  par  Héllode,  ne  (uffiloicnt  pas 
pour  fonder  rAfbronomic.  "  11  faut  favoir  ,  dit-il,  que  l'Aftro- 
'j  nomie  cfb  une  fcience  qui  tient  à  la  fagcflc  fuprême.  Le  vé- 
"  ritable  allronome  n'eft  pas  celui  qui ,  luivant  Héfiode  ,  ob- 
»)  lerve  le  lever  âc  le  coucher  des  étoiles  ,  &c  les  autres  phé- 
»>  nomèncs  de  ce  genre,  mais  celui  qui  connoît  le  mouvement 
»>  des  huit  Ipheres  ,  qui  tait  comment  les  fept  dernières  roulent 
«  lous  la  première ,  &  félon  quel  ordre  chacune  d'elles  achevé 
»>  fa  révolution.  Il  ne  faut  pas  moins  qu'un  homme  de  génie 
sj  pour  de  telles  découvertes.  On  doit  dire  d'abord  que  la  lune 
î3  parcourt  fon  orbite  avec  la  plus  grande  vîtefle,  &:  qu'elle  fait 
M  ainfî  ce  qu'on  appelle  la  pleine  lune  &.  le  mois.  On  doit  aulîl 
ti  confidérer  le  foleil  qui  dans  fa  révolution  amené  les  folfticcs  , 
ï»  &  les  changemens  des  faifons  ,  fans  omettre  le  cours  des 
»>  planètes  qui  l'ac.compa'gnent.  Enfin, il  faut  déterminer  toutes 
»  les  autres  révolutions  qu'il  eft  difficile  de  bien  connoître. 
5>  Mais  il  eft  néceffaire  que  les  efprits  foient  préparés  d'abord 
î>  par  l'étude  des  fciences  qui  v  font  relatives,  ensuite  par  Tu- 
jj    lage  &  par  un  long  exercice,  non-feulemicnt  dès  la  jeunefTe, 


{a)  Saumaire,  ad  Solin,  page  4;o.  ^ 


'i5'<  HISTOIRE 

sî  mais  même  dès  l'enfance.  On  a  befoin  des  mathématiques, 
»5  &c  fur-tout  de  la  fcicnce  des  nombres  ,  d'où  on  paflera  en- 
55  fuite  à  celle  qu'on  a  nommée  ridiculement  géométrie  ". 
Platon  veut  dire  fans  doute  qu'il  étoit  ridicule  de  donner  à  cette 
Tcience  le  nom  de  géométrie, ou  mcfure  de  la  rer/r  ^  dans  un  tcms 
ou  une  grande  partie  du  globe  étoit  inconnue ,  &:  où  on  igno- 
roit  les  dimenfions  de  la  terre.  On  voit  par  ce  paflagc  que  l'Af- 
tronomie  n'étoit  pas  fort  avancée  dans  la  Grèce  \  mais  Platon 
avoit  bien  faifî  l'objet  de  la  fcience.  Il  connoifToit  les  fecours 
dont  elle  avoit  befoin, ainfi  que  les  progrès  qu'elle  pouvoit  faire. 

§.      I   I   I. 

Il  paroît  que  Platon  propofa  aux  aflronômes  le  problême 
de  fatisfaire  ,aux  phénomènes  du  mouvement  des  corps  céleftes, 
par  un  mouvement  circulaire  &  régulier  {a).  Cette  idée  de  la 
recherche  des  caufes  étoit  digne  du  génie  de  Platon!  Ce  pro- 
blême ,  qu'Eudoxe  tenta  de  réfoudre ,  a  été  la  fource  de  tous 
les  épicycles ,  &;  de  tous  les  cercles  imaginés  par  les  Grecs  qui 
l'ont  fuivi.  Jufqu'ici  l'Aftronomie  grecque  n'avoit  été  qu'une 
fuite  de  remarques  faites  au  hafard  ,  ramalTées  fans  liaifon  , 
auxquelles  s'étoient  jointes  quelques  opinions  philofophiques ; 
le  diicours  de  Platon  annonce  qu'on  commençoit  à  la  regarder 
comme  une  fcience. 

Cette  révolution  fut  due  à  Eudoxc,  ami  de  Platon ,  quoiqu'il 
fut  Pythagoricien  ;  Eudoxe  le  plus  grand  aftronôme  des  Grecs 
avant  l'école  d'Alexandrie.  Sextus  Empiricus  (/^),  cet  ennemi 
déclaré  des  mathématiciens  ,  cite  Eudoxe  &  Kipparque  comme 
les  plus  diftingués  des  aftronômes  grecs  ;  aflociation  qui  fait 
honneur  à  Eudoxe.  Le  defir  d'étudier  l'Aftronomie  à  fa  fource,  le 


(  a  )  SiingUciuf,  (ii  ççilQ  ^  L,  U,  Com.  46.  (  ^  )  Adycnus  Mathtmai. ,  Lib  V 


DE     U  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  237 

conduifit  en  Egypte, félon  les  uns  avec  le  médecin  Chnrippc(i7} , 
félon  d'autres  avec  Platon  {b).  Scrabon  dit  qu'il  y  fut  pendant 
1  3  ans,  Lacrce  feulement  pendant  i  6  mois.  Quoi  qu'il  en  foit, 
i]  porta  des  lettres  d'Agéfilas  à  Ne£lanebus  ,  roi  d'Egypte  ,  qui 
le  recommanda  aux  prêtres  d'Héliopolis.  Il  puifa  dans  leurs  en- 
tretiens la  doclrinc  dont  il  étoit  avide.  Il  recueillit  dans  fcs 
voyages  les  obicrvations  des  levers  &;  des  couchers  des  étoiles 
faites  en  Aile  ,  en  Italie,  en  Sicile  cC  en  Egypte;  ^c  il  compofa 
un  calendrier  qui  portoit  ion  nom  [c). 

§.     I   V. 

AI  A I  s  le  premier  fruit  qu'il  retira  de  fon  voyage  fut  la  con- 
noilTance  affez  exacte  de  la  révolution  de  la  lune  qu'il  faifoic 
de  2  9'  I  i*"  vr-,  ou  i  2*"  43'  3  8'  [d]-^&L  celle  de  l'année  folaire 
de  3  6  5'  ^  renfermée  dans  la  petite  période  de  quatre  ans,  connue 
en  Egypte ,  laquelle  félon  lui  ramcnoit  aux  mêmes  jours  les 
vents,  &  les  autres  intempéries  des  failons  qui  dépendent  du 
foleil  {e).  Elle  porta  dans  la  Grèce  le  nom  de  tetraeteride  d'Eu- 
doxe.   C'efl  notre  période  des  années  bifTcxtilcs. 

On  lui  attribue  auifi  l'oclaeteride  de  Cléoftrate  que  l'on 
nomme  quelquefois  l'ocbaeteride  d'Eudoxe  ;  mais  il  faut  croire 
qu'il  l'avoir  feulement  corrigée.  Il  n'eft  pas  naturel  qu'Eudoxc  , 
contemporain  de  Platon,  &  en  conféquence  poftérieur  à  Meton , 
ait  propofé  l'oclaeteride  après  le  fuccès  mérité  du  cycle  de  ce 
dernier.  Geminus  {f)  fait  mention  d'une  ^période  de  i  (j  o  ans, 
dont  il  ne  nomme  point  l'auteur.  Scaliger  {g)  ,  on  ne  fait  fur 
quel  fondement,  car  il  ne  cite  point  fcs  autorités,  attribue  cette 


{a)  Diogenes-Lacrce.  {d)  S  czli^tr ,  de  err.  end.  tcmp.'L.lll,^.  6-;. 

(  b  )  S:rabon  ,  Géograp.  Lib.  XVII.  (  e  )  Pline  ,  Lib.  II ,  c.  47. 

(c)  Pcolernée,   di  Apparendis  inaran-  (/)  In  Urunolog.  c,  6, 

iium  j  page  95.  (  f  )  Loco  citato. 


jjS  HISTOIRE 

grande  période  à  Eudoxe  ;  6c  il  eft  en  effet  très-pofîîble  qu'elle 
lui  appartienne. 

Les  Grecs  étoient  fort  attachés  à  toutes  les  périodes  de  4  ou 
de    8  années ,   à  caufe  des  jeux  olympiques  qui  fe  célébroient 
tous  les  quatre  ans.  Pour  qu'une  période  pût  fervir  à  les  régler, 
il  falloit  qu'elle  fût  un  multiple  de  quatre;  avantage  que  n'avoic 
point  la  période  de  Meton.  Les  Grecs  conlervoient  donc  peut- 
être  un  certain  foible  pour  l'oftaeteride  de  Cleoftrate.  Eudoxe 
l'examina  ,   èc  parvint  à  la  corriger.   Il  vit  que  9  9  lunaifons 
faifoient  1913'  î ,  tandis  que  S  années  folaires  de  3  (j  5'  :^,  ne 
font  que  1921  jours.  La  lune  s'écartoit  donc  d'un  jour  2c  demi 
du  (oleil  à  chaque  période  ,  ce  qui  devoit  faire  un  mois  de  3  o 
jours ,  au  bout  de  1  o  périodes,  ou  de  160  ans.  C'eft  cette  cor- 
reclion ,  ou  ce  retranchement  d'un  mois  tous  les  160  ans,  qui 
conftituc  la  période  que  Scaligcr  attribue  à  Eudoxe  :  6c  c'eft 
peut-être  la  raifon  qui  fit  donner  le  nom  de  cet  aftronôme  à 
î'octaeteride  qu'il  avoit  ainfi  corrigée.  La  période  de  i  60  ans  ne 
fut  jamais  en  ufage,  èc  nous  préfumons  que  celle  de  Calippe, 
qui  fut  inventée  peu  de  tems  après  ,  en  fut  la  caufe.  Elle  n'eft 
que  de  7  6  ans  ,  &  elle  a  l'avantage  d'être  en  même  tems  un 
multiple  de  quatre  6c  de  dix-neuf.  La  période  de  160  ans  auroit 
été  allez  exade ,  mais  il  eût  été  fort  incommode  pour  l'ufage 
civil  que  les  mouvemens  du  foleil  &C  de  la  lune  n'euUcnt  été 
conciliés  qu'après  un  i\  long  cfpace  de  tems. 

§.     V. 

Archimede  (a)  dit  qu'Eudoxe  eRimoit  le  diamètre  du 
foleil  9  fois  plus  grand  que  celui  de  la  lune  (*).  Nous  n'avons 


(  *  )  Archimede  cite  en  même   tems   un       douze    fois    plus    giauJ  <juc    celui    de   la 
certain  Phidias  Accupatiis ,  entièrement  in-       lune.  ' 

connu,   ^ui  faifoit  le  diamêuc   du  foleil  ("i)  -^n  Arenario. 


DE     L' ASTRONOMIE.  239 

point  trouvé  en  Egypte  de  mefures  comparées  de  ces  deuxaftres, 
&  l'idée  femble  en  appartenir  à  Eudoxe  même.  Elle  prouve  qu'il 
fr. voie  que  le  folcil  &c  la  lune  n'écoicnt  pas  à  la  même  diftance, 
&;  que  paroiflanc  égaux  à  la  vue ,  le  plus  éloigné  devoit  être  le 
plui  grand.  C'eft  un  pas  qu'il  a  fait  faire  à  la  fcicncc.  Eudoxe 
avoir  un  delir  fi  ardent  de  connoître  le  folcil ,  6:  peut-être  de 
pénétrer  la  nature  de  cet  aftre  lumineux  6c  brûlant,  qu'il  fou- 
haitoH:  le  voir  de  près  comme  Phaëton  ,  au  rifque  de  périr 
comme  lui  (a).  Vitruve  attribue  (^j  à  Eudoxe  l'invention 
de  l'aranca ,  qui  étoit  une  cfpcce  de  cadran  folaire  décrit 
fur  un  plan.  La  multitude  des  lignes  qui  y  étoient  tracées  ,  lui 
avoit  fait  donner  ce  nom.  Les  cadrans  folaires  étoient  beau- 
coup plus  anciens  ,  mais  on  les  faifoit  d'abord  dans  une  dcmi- 
Iphere  concave.  Peut-être  Eudoxe  fut-il  le  premier  qui  fit  un 
cadran  folaire  fur  un  plan. 

§.     V  L 

SÉneque  {c)  dit  qu'Eudoxe  tranfporta  dans  la  Grèce  les 
élémens  du  mouvement  des  planètes.  Il  faut  entendre  par  là 
leurs  tems  périodiques  ,  &  peut-être  la  durée  de  leurs  ftations 
&.  de  leurs  rétrogradations.  La  première  théorie  du  mouvement 
des  planètes  eft  due  à  Hipnarque  &  à  Ptolcmée.  Cependant  il 
y  a  lieu  de  croire  qu'Eudoxe  tenta  avant  eux  d'expliquer  ces 
mouvemens.  La  recherche  des  caufes  eft  une  penfée  qui  n'cft  venue 
aux  hommes  que  fort  tard.  Les  Chaldéens  ,  les  Egyptiens,  les 
anciens  peuples  en  général  ne  s'en  font  point  occupés.  Elle  étoit 
réfervée  aux  Grecs  ;  foit  que  dans  l'ordre  des  chofes  la  recherche 
des  caufes  ne  dût  fe  préfenter  à  l'efprit  humain  qu'à  l'époque 


(a)    Plutarque  ,    Libro  quod  fccundum  (i)  Archirect.  Lib.  IX,   c.   j. 

Evicurum  fuaviter  vivi  non  poiefi.  (  c  )  Quxfi.  natur.  Lib.  VII ,  c,  3 , 


140  HISTOIRE 

d'une  certaine  maturité  des  connoiffanccs.  Se  lorfque  les  fiecles 
auroient  réuni  un  certain  nombre  de  faits  :  foit  plutôt  qu'elle 
tînt  au  génie  des  Grecs  ,  &  qu'elle  demandât  une  inquiétude  &c 
une  activité,  qui  manquoient  aux'peuples  de  l'orient  dc  du  midi. 

§.     VII. 

O  N  voit  ici  un  progrès  Se  une  fucceflion  d'idées.  Anaximene 
cnfeioina  la  folidité  des  cieux.  Pvthacrore  en  donna  un  difFérenc 
à  chacune  des  planètes.  Eudoxe,  qui  connut  mieux  les  difFé- 
rentes  apparences  du  mouvement  des  planètes  ,   multiplia  les 
cieux ,  ou  les  fphercs  ,  pour  les  repréfenter.    Chaoue  planète  , 
félon  lui  (a)  ,    avoit  une  elpcce  de  ciel  à  part,    compofé   de 
fpheres  concentriques  ,  dont  les  mouvemens  fe  modifiant  l'un 
l'autre,  formoient  celui  de  la  planète.  Il  donna  trois  fpheres  au 
foleil.  Une  qui  tournoit  d'orient  en  occident  en  1 4  heures, pour 
rendre  raifon  du  mouvement  diurne  ;  une  qui  tournoit  autour 
du  pôle  de  l'écliptique  en   3  <î  5'  ^  ,  Sc  qui  produifoit  le  mou- 
vement annuel  du  foleil  ;  la  troifieme  étoit  ajoutée  pour  un 
certain  mouvement  du  foleil ,  par  lequel  il  s'éloignoit  de  l'éclip- 
tique, &  cette  fphere  tournoit  lur  un  axe  perpendiculaire  à  un 
cercle,  incliné  à  l'écliptique,  de  la  quantité  nécelTaire  à  cette 
aberration  prétendue.  La  lune  avoit  également  trois  fpheres  re- 
latives à  fes  mouvemens  en  longitude ,   en  latitude  Se  à  fon 
mouvement  diurne.  Chacune  des  autres  planètes  en  avoit  quatre 
On  leur  en  donnoit  une  de  plus  pour  rendre  raifon  de  leurs 
ftations  Se  de  leurs  rétrogradations.   Il  faut  remarquer  que  ces 
cieux  étoient  appliqués  les  uns  fur  les  autres  ,    de  forte  que  les 
différentes   planètes   n'étoient  cenfé  féparées  que   par  l'épaif- 
leur  de  ces  cieux.  Cette  hypothefe  efl:  bien  mauvaife  lans  doute  : 


(  j)  Atiftotc  ,  Mécaphyf.  Lib.  XII,  c.  î.  Simplicius,  aVtœ/ci  j  Lib.  II.  Comm.  46. 

on 


DE     L'ASTRONOMIE.  14.1 

on  ne  peut  pas  dire  cependant  qu'elle  ne  fût  pas  conforme  aux 
phénomènes  céleftes  ,  puifqu'elle  embrafloit  tout  ce  qui  étoit 
connu  alors.  L'abfurdité  de  ce  fyftême  eft  d'imaginer  qu'une 
planète  étoit  attachée  à  la  fois  .à  toutes  ces  fphercs,  &C  de  con- 
cevoir qu'elle  obéiflbit  en  même  tems  à  leurs  difFérens  mouve- 
mens.  Mais  dans  ces  fîecles  où  les  faits  n'étoient  connus  que 
grolîicremcnt ,  on  ne  pénétroit  pas  Ci  avant  dans  les  chofcs  ,  &C 
on  n'étoit  pas  difficile  fur  les  explications.  Celle-ci ,  toute  ab- 
furdc  qu'elle  eft ,  n'efl:  pas  indigne  d'attention  ,  parce  qu'elle  efl: 
la  première.  Elle  trouva  des  approbateurs  dans  la  Grèce  ,  &  des 
approbateurs  d'un  ordre  fupéricur.  C'étoit  un  pas  de  la  fcience. 
Se  relativement  au  tems,  un  effort  de  Tefprit  humain.  Ariftote 
i'admira  6c  l'adopta. 

§.     VIII. 

Nous  dirons  ici,  pour  n'y  pas  revenir,  que  Calippe,  auteur 
d'une  période  fameufe ,  dont  nous  parlerons  bientôt  ,  Polé- 
marque,qui  fut  fon  maître,  èc  difciple  d'Eudoxe  ,  firent  exprès 
le  voyage  d'Athènes  pour  conférer  avec  Ariftote  des  change- 
mens  6c  des  additions  qu'il  falloit  faire  à  ce  fyftême.  Ces  chan- 
gemcns  ne  font  qu'une  plus  grande  complication.  Au  lieu  de 
a  6  fphcres  que  demandoit  le  fyftême  d'Eudoxe  ,  Calippe  en 
établit  33.  Il  en  ajouta  une  à  chacune  des  planètes  ,  mars  , 
mercure  6c  venus ,  fans  doute  pour  mieux  expliquer  leurs  ré- 
trogradations 6c  leurs  ftations  ;  deux  à  la  lune  ,  pour  rendre 
raifon  d'une  nouvelle  inégalité  qu'on  y  avoit  remarquée,  èc 
qu'on  ne  fpécifie  pas;  mais  qui  étoit  vraifembjablement  le  mou- 
vement de  fes  nœuds.  Il  donna  également  deux  fphcres  de  plus 
au  foleil ,  pour  expliquer  les  intervalles  obfervés  par  Euctemon. 
6c  Mcton.  Nous  penfons  que  ces  aftronômes  ,  en  obfcrvant  les 
équinoxes  6c  les  folftices ,  s'étoient  apperçus  de  l'inégalité  du 

Hh 


k 


£42  HISTOIRE 

mouvement  du  foleil  qui  refte  environ  8  jours  de  plus  dans  les 
iigncs  feptentrionaux  ,  &  que  les  deux  Tpheres  étoicnt  deftinécs 
à  repréfenter  cette  inégalité  (a).  Outre  toutes  ces  fpheres  qui 
rouloienc  les  unes  fur  les  autres  ,  on  en  plaça  d'intermédiaires , 
afin  d'empêcher  que  le  mouvement  des  unes  ne  fut  troublé  par 
le  mouvement  des  autres.  Il  en  réfulta  que  le  nombre  de  ces 
fpheres  s'accrut  jufqu'à  5  5  ,  ce  qui  en  faifoit  5  6  en  comptant 
la  fphere  des  fixes  (  6).  En  reconnoiflant  que  tout  cela  eft  ab- 
furde ,  n'oublions  pas  que  ces  chanç^emens  étoient  faits  ou  ap- 
prouvés par  Ariftote  ,  l'un  des  plus  beaux  génies  de  l'antiquité. 
Jugeons  le  ficcle,  fans  condamner  le  grand  homme.  D'ailleurs 
ces  nouveaux  défauts  ,  ajoutés  à  une  hypothefe  abfurde  ,  rcn- 
doient  l'erreur  plus  fenfible  ,  &  en  la  dénonçant  d'avance  à 
une  poftérité  plus  éclairée ,  préparoient  le  règne  de  la  vérité. 

§.      I  X. 

Nous  avons  peut-être  eu  tort  de  taxer  d'aberration  pré- 
tendue, ce  mouvement  par  lequel  le  foleil  s'éloignoit  de  l'éclip- 
tique.  Le  foleil  ne  s'en  écarte  jamais  fans  doute.  Mais  qu'eft-ce 
que  l'écliptique  fenfible  ?  N'eft-ce  pas  la  route  du  foleil ,  défi- 
gnée  dans  le  ciel  par  certaines  étoiles  qui  s'y  rencontrent  ?  Si 
l'angle  de  l'équatcur  &;  de  l'écliptique  diminue,  fi  le  fécond  de 
ces  cercles  fe  rapproche  du  premier ,  il  ne  doit  plus  répondre 
aux  mêmes  étoiles  ;  le  foleil  doit  donc  paroître  abandonner 
peu-à-peu  fa  route  ,  &;  s'éloigner  ad  latera  de  l'écliptique  qui 
avoit  été  primitivement  tracée  dans  le  ciel.  L'aberration  qu'on 
avoit  ici  en  vue,  n'eft  peut-être  autre  chofe  que  la  diminution 
de  l'obliquité  de  l'écliptique,  dont  Eudoxe  auroit  puifé  la  con- 


^a)  M.BouilIaud  cftdece  fcntiment.  (  i  )  Simplicius,  ^ê  cœ/o j Lib.  II  Coœra. 

AAr.  l'hilol. //{  Pro/fg-,  pag.   15.  46. 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  145 

noillancc  en  Egypte.  Le  chevalier  de  Louville  a  foupçonné 
qu'elle  y  avoit  été  connue,  d'après  la  tradition  déjà  citée 
qu'on  avoit  vu  l'écliptique  perpendiculaire  à  l'cquateur.  Cette 
tradition  &:  ces  faits  nous  portent  à  croire  que  la  diminution  de 
Tobliquité  de  l'écliptique  a  été  réellement  connue  des  anciens. 

Nous  devons  remarquer  encore  qu'Eudoxe  a  connu  le  mou- 
vement des  nœuds  de  la  lune.  Il  avoit  très-bien  apperçu  que 
l'orbite  de  cette  planète  eft  inclinée  à  l'écliptique ,  &  que  les 
plus  grandes  latitudes  ,  loin  de  répondre  toujours  aux  mêmes 
points  de  ce  cercle,  s'avancent  contre  l'ordre  des  lignes  (a). 

Eudoxe  avoit  compofé  deux  ouvrages  ,  intitulés  ,  l'un  ,  le  mi- 
roir ;  l'autre  ,  /es  phénomènes  [b).  Il  paroit ,  iuivant  ce  que  dit 
Hipparque,  qui  les  avoit  ious  les  yeux,  que  le  tond  de  ces  deux 
ouvrages  étoit  le  même.  C'étoit  une  cfpece  de  tableau  du  ciel , 
décrit  d'une  manière  populaire.  Dans  le  premier  il  s'étoit  at- 
taché vraifemblablement  à  déligner  la  pofition  des  conftella- 
tions  ,  les  unes  relativement  aux  autres.  Dans  le  fécond  il  ex- 
pliquoit  le  tems  de  leurs  levers  &  de  leurs  couchers.  Ces  deux 
ouvrages  font  perdus ,  il  ne  nous  en  refte  que  des  fragmens , 
confervés  par  Hipparque  dans  fon  commentaire  fur  le  pocme 
d'Aratus.  Mais  ces  fragmens  font  précieux ,  ils  renferment  une 
dcfcription  affez  détaillée  de  l'ancienne  fphere  ;  &  le  poëme 
d'Aratus  ,  copié  fur  ces  deux  ouvrages  ,  remplit  les  vides  de  ces 
fragmens.  On  tire  de  ces  ouvrages  mêmes  une  conclulîon 
fuiguliere  ,  c'eft  que  cet  Eudoxe ,  lî  fameux  parmi  les  Grecs  , 
leur  plus  grand  aftronôme  avant  Hipparque  ,  n'étoit  point  ob- 
fervateur.  Pour  peu  qu'il  l'eût  été,  il  fe  feroit  apperçu  que  la. 
fphere  ,  les  apparences  qu'il  décrivoit ,  n'avoicnt  plus  lieu  de 


(j)  Siraplicius ,  ûV  cïf/oj  L.  II.  Coram.  4^.  (i)    Hipparque,    Comm.   fur  AïatuSj 

Infra,  ÉclaiicilTeinens ,  Liv.  YIII,  §•  i.      Lib.  1,  pag.  175. 

Hhij 


»44  HISTOIRE 

fon  tems  ,  &  qu'il  nous  traçoit  l'état  du  ciel ,  tel  qu'il  étoit 
looo  ans  avant  lui.  Ainfi  ,  quoi  qu'on  puilTe  dire  de  Tes  ob- 
fervacions  ,  ce  fait  démontre  qu'il  n'avoit  jamais  obfervé.  Mais 
ce  qui  doit  faire  honneur  à  Eudoxc  ,  c'cfl  d'avoir  mépriié  les  rê- 
veries des  aftrologues ,  &:  d'avoir  averti  qu'on  ne  devoir  pas  ajou- 
ter foi  aux  préditlions  des  Chaldécns  (a).  C'eft  donc  au  tems 
d'Eudoxe ,  ou  peu  auparavant,  qu'on  doit  placer  la  féparation 
des  deux  fciences  céleftes,  dues  à  la  curiofité  humaine ,  l'aftro- 
logie  ôc  l'Aftronomie.  Ce  font  deux  filles  d'une  même  mère , 
dont  la  dernière  eft  leule  légitime.  Eudoxe  mourut  vers  368 
ans  (l  j  avant  J.  C. 

§.      ^. 

Aristote,  quoiqu'il  ne  foit  pas  cité  comme  aftronomc  , 
cft  peut-être  de  tous  les  philofophes  grecs  celui  qui  en  a  plus 
mérité  le  nom.  Il  rapporte  lui-même  plufieurs  de  fesobfervations. 
Il  a  vu  (c)  une  éclipfe  de  mars  par  la  lune  {*),  &c  l'occultation 
d'une  étoile  des  gémeaux  par  la  planète  de  Jupiter  {d).  Ces  phé- 
nomènes, qui  font  rares, prouvent  que  celui  qui  les  a  faifis  étoit 
attentif  à  les  chercher.  Il  a  obfervé  une  très-grande  comète  (e)  dont 
la  lumière ,  ou  fans  doute  la  queue  ,  embrafToit  la  troifieme 
partie  du  ciel.  Elle  s'avança  jufqu'à  la  ceinture  d'Orion  ,  où 
elle  difparut.  Son  opinion  fur  les  comètes  étoit  qu'elles  font 
produites  par  une  exhalaifon  feche  &c  chaude ,  qui  s'élève  dans 
les  régions  fupérieures ,  s'y  condenfe  de  s'y  enflamme.  Il  n'a- 
dopta point  l'opinion  orientale  des  comètes  fupralunaires ,  af- 


(*)  L'occultation  de  Mars  arriva  dans  le  M.  Caffini  rapporte  la  comèteàl'an  373. 

premier  quartier  5  car  Ariftote  explique  que  Mém.  Acad.  acs  6c!en.  année  1 701 ,  p.  108. 

Mars  fe  cacha  fous  la  partie  obfcureA  Sortit  (a)  Cicer.  de  Divinat.  Lib.  Il,   §.  41. 

far  la  partie  éclairée  de  la  lune.  Kepler  a  (b)  Freret,  Déf.  delà  Ciiron.  pag.  4^;. 

calculé  le    tems   de   cette   obfervation.   Il  (c)  Arift.  de  ccelo ,  Lib.  I,  c.  ii. 

trouve  qu'elle  a  dû  arriver  l'an  3/7  avant  (  d)  Idem  ,  in.  Meuor.  Lib.  1 ,  c.  10. 

J.  C.  Afir.  oft,  pag.  307,        '  {e)  Ibidem, 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  245 

fujctrics  à  des  recours  régies, parce  que  cette  opinion  n'érolc  pas 
compatible  avec  la  lolidité  des  cicux  ,  cnlcignéc  par  pîu.leius 
philolophcs  grecs,  6c  par  Ariftote  lui-même;  lolidité  à  laquelle 
on  tenoit  d'autant  plus  que  c'étoit  un  iyftême  &  une  inven- 
tion de  la  Grèce.  Ptolemée  a  rejeté  cette  opinion  ;  il  paroît 
penfer  que  les  planètes  fe  meuvent  dans  un  fluide  fans  réfir- 
tance  (a).  Si  l'opinion  de  la  folidité  des  cieux  a  été  rappelée 
depuis  lui ,  c'cft  parce  que  la  philofophie  d'Ariftote  avoit  pris 
le  defllis  dans  nos  écoles.  Ariftote  rangeoit  la  voie  lactée,  comme 
les  comètes  ,  au  nombre  des  météores  {6].  Il  croyoit  que  les 
taches,  que  l'on  voit  dans  la  lune, font  l'image  de  l'océan  qui  s'y 
repréfente  comme  dans  un  miroir  (c).  Il  avoit  très-bien  connu 
que  l'ombre  de  la  terre  devoit  être  conique ,  parce  que  le  (oleil 
eft  plus  grand  que  la  terre  ;  &  il  en  concluoit  que  la  diftance 
du  fommet  du  cône  d'ombre,  au  centre  de  la  terre  ,  étoit  plus 
petite  que  la  diftance  du  foleil  à  la  terre  {tJ).  On  ajoute  qu'A- 
riftote  a  cru  les  aftres  ou  les  cieux  animés  (e).  Il  eft  certain 
qu'il  penfoit  que  chacun  de  ces  aftres  avoit  une  intelligence 
immortelle  qui  préfidoit  à  fa  marche  {/).  Cette  idée  des  aftres 
animés  a  fubfifté  peut-être  plus  longtems  qu'on  ne  pourroit  le 
croire.  Le  do'fteur  fubtil ,  Scot ,  a  dit ,  Si  ajira  non  funt  ani- 
mata  j  id  creditum  ejje  potiùs  _,  quam  demonjiratum  [g).  Voilà 
ce  qu'on  écrivoit  dans  le  13^  fiecle,  i  500  ans  après  Ariftote. 
Ariftote  avoit  adopté  le  fyftême  des  fpheres  concentriques 
d'Eudoxe  ;  il  s'obftina  à  le  conferver  :  quoique  l'inégalité  de 
grandeur  des  planètes  ,  qiii  paroît  avoir  été  connue  à  peu  près 
de    ce    tems ,   ne   permît   pas   de  fuppofer    que    les   planètes 


(a)   Almagcfte  ,  Lib.  XIII,  c    i.  (  e  )  Plutarquc  ,   de  P/acicis  Pki/ofopho- 

(à)  Météorol.  Lib.  I,  c.  13  &  14.  runij  Lib.  II ,   c.    3. 

(<r)  V\\xi.  de  fade  in  orhe  Luna.  ,  §.  i.  (/)  Métaph.  Lib.  XII,   c.  7. 

(a)  De  Meuor.  Lib.  I,  c.  13.  (g)  Riccioli ,  Aliuag.  Tom.  I ,  p.  53, 


24(^  HISTOIRE 

fuflent  toujours  à  la  même  diftance  de  la  terre.  On  obfervoic 
ces  diamètres  d'une  manière  aflez  ingénieufe ,  par  le  moyen 
d'un  difque,  qui  ,  toujours  placé  à  la  même  dillance  de  l'œil  , 
tantôt  cachoif  le  difque  entier  de  la  lune,  &:  tantôt  ne  le  cachoit 
pas.  Un  dilque,  de  i  i  doigts  Tuffifoit  quelquefois.  Il  faut  en- 
tendre un  fécond  difque  dont  le  diamètre  étoit  plus  petit  d'une 
douzième  partie.  Les  anciens  étendoient  cette  même  inégalité 
de  grandeurs  aux  planètes  plus  petites.  On  leur  doit  encore  quel- 
ques remarques  qui  prouvent  qu'ils  commençoient  à  être  atten- 
tifs à  l'obfervation.  Ils  connoifloient  les  éclipfes  annulaires  , 
puifqu'ils  avoient  remarqué  que  dans  les  éclipfes  centrales  ,  la 
lune  ne  cachoit  pas  toujours  le  foleil  entier.  Ils  avoient  obfervé 
encore  que  dans  une  nuit  (ans  lune  ,  venus  jette  une  ombre 
derrière  ces  corps  (a). 

En  étudiant  les  ouvrages  de  ce  tems,  on  voit  que  l'Aflrono- 
mie  avoit  fait  quelques  progrès.  Peut-être  étoit-ce  l'efFct  des 
réflexions  &:  des  reproches  de  Platon.  C'étoit  un  aiguillon  pour 
la  tiédeur, un  encouragement_pour  la  foiblefTe.  Un  grand  homme 
a  montré  que  les  progrès  font  pofliblcs  ;  c'eil  beaucoup  pour 
l'efprit  humain  qui  craint  fur  -  tout  de  fe  fatiguer  en  efl"brts 
inutiles. 

§      X  I. 

No  u  s  ne  devons  pas  diffimuler  qu'Ariftote  n'a  cité  que  pour 
la  combattre  l'opinion  des  Pythagoriciens,  que  les  comètes  font 
des  planètes.  Il  fe  refufa  également  à  croire  le  mouvement  de  la 
terre  que  ces  philofophcs  aVoient  enfeigné;  ici  fon  génie  femble 
l'avoir  abandonné.  Mais  il  faut  fongcr  que  ces  philofophcs  n'é- 
tablilloient  point  ces  deux  opinions  fur  des  faits.  Ils  difoient 

(a)  Simplicius  ,  de  ckIq  ,  Lib.  II  ,  Comment,   \i. 


DE     L'ASTRONOMIE.  147 

Ce  qu'ils  ^.voient  appris  des  étrangers  dans  leurs  voyages.  Les 
Pvtha'ypricicns  ne  donnoicnt  pas  d'autre  preuve  du  mouvement 
de  la  terre  ,  &  du  loleil  immobile  au  milieu  du  monde  ,  que  la 
dignité  de  lubftancc,  qui  aiîîgnoit  au  feu  la  première  place.  Un 
bon  efprit,  comme  Ariftote,  avoit-il  tort  de  rejeter  un  fyftêmc 
qui  n'avoit  pas  d'autre  appui  ?  Et  y  auroit-il  aujourd'hui  beau- 
coup de  Coperniciens,  Ci  ce  fvftême  n'étoit  prouvé  par  de  meil- 
leures raifons  ?  Tel  eft  le  fort  des  vérités  que  l'on  montre ,  dé- 
nuées des  faits  qui  en  font  les  fondcmcns,  elles  deviennent  des 
préjugés  avec  le  tems  ;  la  raifon  les  dilcute,  &  elles  font  ban- 
nies injuftement  par  la  philofophic  fpéculative.  Voilà  l'hiftoire 
&  fans  doute  la  juftitîcation  d' Ariftote.  Il  naquit  384  ans 
avant  J.  C. ,  &;  mourut  l'an   3^1,  âgé  de  6  }  ans. 

§.      X   I  L 

Nous  réunirons  ici  pluficurs  philofophes  grecs,  dcfquels 
nous  avons  peu  de  chofes  à  dire.  Helicon  Cizicenc,  connu  par 
la  prédi<flion  d'une  éclipfe  de  foleil,  qu'il  annonça  au  roi  Denis  , 
&  qui  arriva  comme  il  l'avoit  prédite  (a).  L'hiftoire  ne  cite 
que  trois  Grecs  qui  ayent  prédit  des  éclipfes;  Thaïes,  Helicon 
Cizicene  &  Eudeme  qui  fut  l'hiftorien  de  l'Aftronomie.  Cette 
hiftoire  eft  perdue ,  ainfi  que  celle  de  Théophrafte.  Ces  deux 
morceaux  précieux  de  l'antiquité  nous  auroient  été  d'un  grand 
fecours  dans  l'ouvrage  qui  nous  occupe  maintenant.  Nous  au- 
rions des  faits  où  nous  n'avons  fouvent  que  des  conjetflures. 
Cependant  fi  l'on  en  juge  par  un  petit  fragment,  que  nous  rap- 
portons dans  nos  éclairciflemens  (6)  ^  l'hiftoire  de  l'Aftronornie 
d'Eudeme  ne  paroît  avoir  été  qu'un  abrégé  fort  mal  digéré. 
Cléanthes  ,  Stoïcien,  penfoit  que  les  étoiles  ont  une  figure  ce- 

{  a  )  Ariftote  ,  de  cœlo  ,  Lib.  II ,  c,  6.  (  3  )  Infrù  ,  Livre  VIII ,  f,  li. 


i48  HISTOIRE 

nique;  maïs  ce  qui  eft  remarquable,  c'eft  qu'il  établifToit  que 
le  ioleil  décrit  une  fpiralc  en  s'éloignant  de  l'équateur  vers  le 
nord  &  vers  le  midi  {a).  Rien  n'cft  plus  exacl ,  6c  c'eft  réel- 
lement l'effet  qui  réfultc  de  la  combinaifon  du  mouvement 
annuel  &i  du  mouvement  diurne.  Cela  prouve  les  progrès  que 
la  géométrie  avoir  faits  depuis  Platon. 

Théophraftc,  hiftorien  de  l'Aftronomie,  penfoit  que  le  cercle 
lumineux  de  la  voie  la£tée  eft  l'endroit  où  s'affemblent  les  deux 
liémifphercs  du  ciel  (6).  Il  imaginoit  apparemment  qu'il  y  avoic 
de  la  lumière  derrière  ces  cieux  folidcs  ,  Sc  que  la  jointure  des 
deux  hémifpheres  étoit  alTez  mal  faite  ,  puifque  la  lumicrc 
s'échappoit  à  travers.  Ce  Théophraftc  eft  celui  qui  avoit  écrit 
les  caracîeres  dont  la  Bruyère  nous  a  donné  la  traduction. 

Autolicus  de  Pitanée  nous  a  laiffé  deux  ouvrages  qui  traitent 
de  la  fphere  &  du  lever  des  étoiles.  Apollonius  Alindien  , 
Epigenes  avoient  étudié  l'Aftronomie  chez  les  Chaldéens ,  6c 
adopté  chacun  une  des  deux  opinions  fur  les  comètes.  Phi- 
lippe Medmœus  fît  des  obfervations  du  lever  &;  du  coucher  des 
étoiles,  (c)  Philippe  Opuntius,  difciple  de  Platon,  avoit  com- 
pofé  des  ouvrages  qui  pouvoient  être  intérclHins  fur  la  diftance 
du  foleil  &  de  la  lune ,  leurs  grandeurs  S>i  leurs  éclipfes.  Ces 
ouvrages  font  perdus,  nous  ne  pouvons  juger  des  connoiffances 
qu'ils  renfermoient ,  mais  ils  annoncent  des  recherches.  Opun- 
tius avoit  auiîi  traité  de  l'optique,  &  il  eft  le  plus  ancien  auteur 
qui  s'en  foit  occupé  [d). 

§.      X   I  I  I. 

C  A  L I  p  p  E  de  Cizicene  a  fleuri  environ  330  ans  avant  J.  C. 


•  <  a  )  StoWe.  CO  ^"/'•■i  /Éclaire.  Lib.  VIH  ,  $.  S. 

{!))  Maciobe ,  Somn.  Scip.  Lib.  I ,  c.  1 3 .  (  a  )  YoUlus ,  de  Sckra.  Mackcmat. 

Il 


DE     L'ASTRONOMIE.  ^45 

Il  cft  connu  prefqii' uniquement  par  la  correcStion  qu'il  fit  au 
cycle  de  Meton  ,  6c  par  la  période  de  7  6  ans  qui  en  réfulta. 

Nous  avons  averti  (a)  que  la  période  de  i  9  ans,  ou  de 
^940  jours  ,  avoir  un  défaut:  au  moment  où  elle  Ce  renou- 
velle, il  y  a  déjà  9**  7  que  le  foleil  a  recommencé  fa  révolution, 

6  7*"  i  que  la  lune  a  recommencé  la  fîenne.  Ces  différences  fe 
multiplient  avec  les  périodes,  de  manière  qu'au  bout  de  quatre 
périodes  les  nouvelles  6c  les  pleines  lunes  arrivent  3  o  heures 
plutôt  qu'elles  ne  font  annoncées  par  le  cycle  de  i  9  ans.  Ca- 
lippe  s'apperçut  de  cette  erreur  à  l'occafîon  d'une  éclipfe  obfervée 
fix  ans  avant  la  mort  d'Alexandre  {6)  ;  il  propofade  retrancher 
un  jour  tous  les  7  6  ans.  Il  fuffifoit  de  changer  après  quatre 
périodes  de  i  9  ans ,  un  des  mois  de  3  o  jours ,  en  un  mois  de 
2.  9.  Cette  période  de  j6  ans,  ou  de  27759  jours  ,  cft  la  pé- 
riode qu'on  nomme  Calippiquc  ,  du  nom  de  fon  auteur.  Elle 
commença  l'an  330  avant  J.  C. ,  la  feptieme  année  de  la  fixicme 
période  de  JVIeton.  De  cette  période  de  27759  jours ,  on  déduit 
la  longueur  de  l'année  de  3  <j  5'  i  précifément,  &;  celle  du  mois 
lunaire  de  29'  12'^  44'  i  ^  i  i  mais  on  ne  peut  gueres  croire 
que  Calippe,  dans  la  correction  qu'il  fit  à  la  période  de  Mcton, 
ait  été  conduit  par  la  connoilîance  affez  exacte  de  ce  mois  lu- 
naire. Il  ne  fcntit  la  néceiïité  de  retrancher  un  jour  que  par 
l'anticipation  des  nouvelles  Bc  des  pleines  lunes.  Au  refte  pour 
juger  de  l'exactitude  de  cette  période ,  il  faut  confidércr  que 
940  révolutions  de  la  lune  font  exactement  27758'  18    6,ôC 

7  6  révolutions  du  foleil  ,27758' 9^42'.  La  période  de  2.7  7  5  9 
jours  ne  s'écartoit  donc  de  la  lune  que  de  5**  54' ,  8c  du  foleil 
de    14^  I  s'  ;  donc  au  bout  de  3  04  ans ,  elle  devoit  s'écarter 


^a)  Suprù  ,  Lib.  YIII ,  $.  li.  (^)Yeidkr,  pge  iij. 

IJ 


iy6  HISTOIRE 

êlé  là  luîiéd'iïri- jour  entier,  mais  en  i  5  z  ans  elle  s'ëcartoit  de 
plus  d'un  jour  du  foleil. 

C'cfi;  ici  la  dernière  fois  qu'on  toucha  au  calendrier  grec. 
HipparqUc  propofa  depuis  une  période  de  3  04  ans,  compofée 
de  quatre  périodes  calippiques,  mais  ce  ne  fut  qu'une  hypothefe 
aftronomique  :  on  n'y  eut  point  d'égard  dans  les  terns  civils, 
il  paroît  même  qu'on  abandonna  la  période  de  Mcton  ,  car 
Ptolemée  fe  iert  toujours  de  la  période  de  Calippe  pour  dater 
Çës  obférvations. 

§.      X   I   V. 

Calippe  a  fait  ou  recueilli  beaucoup  d'obfeivations  du 
lever  des  étoiles  ,  &  il  y  a  joint  les  prédictions  météorologiques 
qui  en  dépendoient.  Comme  nous  avons  fouvent  parlé  de  cette 
efpece  tl'obfervationSjfi  communes  dans  l'Aile  ce  dans  la  Grèce, 
nous  devons  dire  que  les  anciens,  du  moins  les  philofophes  ,  ne 
regardoient  point  les  étoiles  comme  les  caufes  des  changemens 
desfaifons,  qu'elles  fembloient  annoncer  parleurs  levers  &:  par 
leurs  couchers.  Ils  s'étoient  fort  appliqués  à  connoître  la  fuc- 
celîîon  de  ces  vicilîîtudes  pour  l'avantage  de  l'agriculture.  Ils 
avoient  reconnu  qu'elles  dépendoient  du  foleil  &  •  de  la  lune. 
Après  un  grand  nombre  d'obfervations,lorfqu'ils  furent  aflurés  , 
ou  du  moins  qu'ils  fe  crurent  afflirés  de  connoître  l'ordre  de 
cette  fuccelîion  ,  ils  en  attachèrent  les  pronoftics  aux  levers  &C 
aux  couchers  des  étoiles  qu'ils  croyoient  immuables  ,  tandis 
qu'ils  favoient  bien  que  les  jours  de  leur  année  ne  l'étoient  pas. 
Geminus  s'explique  très-clairement  à  cet  égard  ,  6c  d'une  ma  ■ 
iiiere  qui  prouve  que  c'étoit  moins  une  opinion  particulière  ,  6c 
nouvelle  qu'il  rapporte  ,  que  celle  de  tous  les  aftronômes  qui 
Pavoient  précédé  {a).  Quant  au  nombre  des  obférvations  an- 

(a)  Geminus,  c.  14. 


DE     L'ASTRONOMIE.  -z  jjr 

nuelles  fur  Icfquellcs  ces  pronoftics  étoient  fondés ,  nous  n'en 
pouvons  rien  dire  de  poùcif.  Cependant  (i  on  coiifidere  que  les 
anciens  n'ont  jamais  obfcrvé  les  levers  6c  les  couchers  des  étoiles 
que  dans  la  vue  de  connoître  6c  de  prédire  les  tems  favorables 
aux  travaux  de  la  campagne  j  que  conféquemment  ils  ont  dû 
accompagner  chacune  de  ces  obfervations  ,  de  celle  des  vents, 
des  pluies  ,  du  froid  &  du  chaud  ,  &c.  Si  on  confidere  en  outre 
que  ces  obfervations  étoient  répandues  dans  la  Grèce  dès  le 
tems  de  Chiron,  fie  au  moins  juiqu'à  Hipparque,  ce  qui  fait  un 
intervalle  d'environ  1200  ans  ;  qu'à  Babylone  Calliftenes  trouva 
une  fuite  d'obfervations  faites  pendant  1900  années ,  qui  étoient 
la  plupart  vraifemblablement  des  obfervations  du  même  genre, 
on  conviendra  que  ces  obfervations,fuivies  pendant  tant  de  lîecles, 
pouvoient  être  utiles  en  effet  pour  connoître  les  caufes  des  intem- 
péries des  fiifons  ,  ou  du  moins  pour  en  affigner  la  révolution, 
qu'elles  qu'en  foient  les  caufes.  On  conviendra  que  nous  devons 
particulièrement  regretter  ces  obfervations  météorologiques,nous 
oui  n'en  avons  pas  une  fuite  de  i  c  o  années,  nous  qui  n'avons 
d'autre  avantage  à  cet  égard  que  l'cxaclitude  de  nos  inftrumens, 
&  celle  des  obfervations  qui  en  rélulte;  avantage  qui  ne  com- 
penfe  pas  toujours  l'ancienneté  des  obfervations.  Ces  réfîexions 
doivent  nous  faire  refpecter  le  travail  des  anciens.  Si  nous  les 
avons  furpaffés  en  beaucoup  de  parties, il  s'écoulera  encore  bien 
des  fîecles  avant  que  nous  atteignions  dans  celles-ci  le  poinç  oU 
les  Chaldéens  fie  peut-être  les  Grecs  étoient  parvenus. 

§.    X  y. 

Dans  les  écrits  des  anciens, particulièrement .çhjÇzJes.lÇreç5.,. 
il  eft  f'ouvent  queflion  de  \a.grançe  année  ;  fie  l,es  grandes  années 
qu'on  y  trouve  citées,  fouvent  fort  difFërcnccs  les  unes  dgs. 
autres,  embraflent  un  nombre  confldérable, 4' années  folakeg. 

li  i^ 


>zy2  HISTOIRE 

II  n'eft  pas  inutile  d'entrer  ici  dans  quelque  détail  à  cet  égard. 
Nous  avons  déjk  dit  que  la  grande  année  étoit  en  général  une 
révolution  agronomique  d'un  ou  de  pluficurs  aftrcs  ;    mais  les 
anciens  y  attachèrent  une  forte  de  fuperftition  ;  voici  comment 
le  préjugé  s'établit.  Les  premiers  hommes,  qui  étudièrent  l'état 
du  ciel  pour  les  befoins  de  l'agriculture,  remarquèrent  que  la  ré- 
volution du  folcil  ramenoit  les  failons  dans  le  même  ordre; ils 
crurent  reconncître  que  certaines  intempéries  dépendoient  des 
afpedbs  de  la  lune  ;  &:  en  attachant  les  différcns  pronoftics  de 
ces  intempéries  ,  aux  levers  &  aux  couchers  des  étoiles  ,  ils  fe 
perfuaderent  que  les  vicifTitudes  des  chofes  d'ici  bas  avoicnt  des 
périodes  réglées  comme  les  mouvemens  céleftes.    C'eft  donc 
xlans  l'aftrologie  naturelle  que  l'on  doit  chercher  l'origine  de  ces 
périodes.  Cette  idée  fera  développée  ailleurs  {a).  Mais  on  voit 
que  toute  efpece  de  révolution  leur  prélenta  l'idée  d'accom- 
pliflement  Se  de  renouvclement.    De  là  naquit  le  préjugé  que 
le  même  afpccl,  le  même  arrangement  de  tous  les  aftres  ,  qui 
avoir  eu  lieu  à  la  nailTance  du  monde,  en  ameneroit  la  deftruc- 
tion.Le  tems  de  cette  longue  révolution  étoit  la  durée  prédeftinée 
à  la  vie  de  la  nature.  Un  autre  préjugé  qui  eut  la  même  fource  , 
fut  que  le  monde  ne  devoit  périr  à  cette  époque  que  pour  renaî- 
tre ,  ôc  pour  que  le  même  ordre  de  chofes  recommençât ,  avec 
le  même  cours  des  phénomènes  céleftes.  Les  uns  fixèrent  ce  renou- 
velement  univcrfel  à  la  conjonction  de  toutes  les  planètes;  les  au- 
tres qui  avoient  connoiflance  du  mouvement  des  fixes ,  l'attendi- 
rent au  retour  des  étoiles  au  même  point  de  Técliptique.  D'autres, 
en  réunifiant  ces  deux  efpeces  de  révolutions ,  marquèrent  le 
terme  de  la  durée  de  toutes  chofes,  au  moment  où  les  planètes  & 
lès  étoiles  reviéndroient  à  la  même  fituation  primitive  à  l'égard 

^a)  Infrù,  Difcouts  fui  l'Aftielogie, 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  1  E.  253 

de  l'écliptique;  c'eft-à-dire,  qu'ils  concevoient  une  période  qui 
rcnfcrmcroit  une  ou  pluficurs  révolutions  complotes  des  étoiles 
^  de  même  un  certain  nombre  de  révolutions  complotes  de 
chacune  des  pianotes.   Période  inimcn(o  ,    le  monde  peut  durer 
des  milliers  de  fiecles  ians  qu'elle  s'achève!  Toutes  ces  périodes 
s'appelèrent   grande   année  ,    c'eft    à -dire,  grande   rcvoluticn. 
Ce  préjugé  a  pris  la  fource  dans  l'orient.  On  y  trouve  partout 
de  prétendues  traditions  fur  la  iituation  rofpeclive  des  aflrev 
au  moment  de  la  nailîance  du  monde  {a).  Nous  avons  vu  Bé- 
rofe  annoncer  que  la  terre  feroit  fubmergée  lorfque  les  planètes 
fe  réuniroient  dans  le  mênie  degré  du  ligne  du  capricorne,  & 
qu'elle  foufFriroit  un  embralemcnt  univerlcl ,  lorrque  ces  pla- 
nètes fe  trouveroient  raflcmblées  dans  le  ligne  de  l'écreviire. 
Ariftote  diloit  également  que  la  grande  année  étoit  celle  qui 
ramenoit  au  même  point  du  ciel  le  foleil ,  la  lune  6c  les  cinq 
planètes  ;  année  dont  l'hiver  eft  le  déluge ,  &  l'été  l'incendie 
général  de  la  terre.  Suivant  les  anciens  la  terre  périiïoit  tour-à- 
tour  par  l'eau  &:  par  le  feu.  C'eft  encore  cette  année  qu'on 
appelle  la  grande  année  de  Platon.   Les  anciens  Egyptiens  pen- 
foient  bien  que  le  monde  avoit  péri  par  le  feu ,    mais  on  ne 
voit  point  qu'ils  ayent  cherché  à  enfermer  dans  des  périodes 
toutes  les  révolutions  des  planètes.  Leur  grande  année ,  leur 
année  fothiquc  de  1461  ans  ,  étoit  purement  folaire  ;   elle  ne 
menaçoit  la  terre  d'aucun  malheur  ;  elle  ramenoit  au  contraire 
l'abondance  &  la  fertilité.  La  fuperftition  ,  attachée  à   cette 
conjonction  générale  de  toutes  les  planètes ,  s'étendit  aux  con- 
jonctions particulières  de  deux  ou  de  plufieurs  planètes.   \xs 
périodes  qui  ramenoient  ces  conjonctions,  favorables  ou  con- 
traires au  monde  ,  annoncèrent   différentes  révolutions  ,   6c 

(a)  Hoitts  Apollo «  Lib,  I,  c.  ic.  Infra  ,  Éclaire,  Liv,  IV,  $.  44, 


Z5-V  HISTOIRE 

prirent  en  confequence  le  nom  de  grande  année.  De  là  le  foin 
d'obfervcr  ces  conjonctions ,  &:  d'en  faire  note  dans  l'hiftoirc. 
De  là  toutes  les  périodes  aftrologiques  des  conjonclions  de  Ju- 
piter ôc  de  iaturne  dans  le  même  figne  du  zodiaque ,  ou  dans 
le  même  point  de  l'écliptique.   L'ufage  de  l'Aftronomie  &  les 
befoins  de  la  Tociété  civile  avoient  tait  chercher  pour  la  règle 
du  calendrier   des  périodes  qui  rcnfermaflent  un  nombre  de 
révolutions  complètes  du  foleil  &  de  la  lune  ;   ces  périodes 
furent  auflî  de  grandes  années.  Telles  furent  la  période  de  ^oo 
ans  des  patriarches,  les  périodes  lunilolaires  de  223   &  de  669 
mois  ,  de  600  &:  de  3  <îoo  ans  des  Chaldécns.  C'effc  pourquoi 
les  Grecs  ,  difciples  des  Egyptiens  &  des  Orientaux ,    ont  ap- 
pelé grande  année  toutes  les  périodes  qu'ils  ont  imaginées  pour 
concilier  les  mouvemcns  du  foleil  5c  de  la  lune.   Ils  y  avoient 
joint  même  un  préjugé  allez  iingulier.  Imbus  des  idées  orientales 
que  lagrande  année embrafloit  les  révolutions  de  toutes  les  pla- 
nètes ,  trompés  par  l'application  qu'on  avoit  faite  de  ce  nom 
aux  périodes  purement  lunifolaircs,  ils  crurent  que  ces  périodes 
ramenoient  toutes  les  planètes  au  même  point  du  ciel.  C'eft 
ainfi  que  Dlodore  de  Sicile  s'exprime  en  parlant  de  la  période 
de  Meton  [a).   Ce  préjugé  prouve  que  le  premier  objet  de  ces 
périodes,  appelées  grandes  années,  tut  de  régler  la  chronologie, 
&  de  concilier  le  cours  du  loleil  avec  celui  de  la  lune.  Cette 
idée  nous  porteroit  à  croire  que  la  grande  année  de  600  ans 
fut  la  première  &  le  modèle  de  toutes  les  autres.  Quand  on 
crut  appercevoir  une  certaine  correlpondance  entre  les  révolu- 
tions célcftes  &  le  retour  des  intempéries  des  faifons  ,  on  in- 
venta de  nouvelles  périodes.    C'eft  donc  l'aftrologie  naturelle 
qui  les  multiplia  ;  èc  Ci  depuis  l'aftrologie  judiciaire  s'en  eft  em- 

(a)  Diodore.Lib.  XII,  pag.  xij.  Foyei  )a  note  de  M.  TerrafTon. 


DE     L' A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  255 

parécjCet  uHige  ne  doit  point  les  rendre  fufpe(Stes.  Nous  croyons 
que  ces  grandes  années  ,  dont  nous  donnons  le  détail  dans  nos 
éclaircillemens  (a),  étoient  fondées  iur  des  motifs  réels  d'utilité 
&  qu'elles  renfermoient  plus  de  connoiflances  aftronomiqucs 
qu'on  ne  l'a  cru  jufqu'ici.  Recueillies  par  les  Grecs  ,  elles  font 
les  dépouilles  de  l'antiquité  ,  les  reftes,  &  peut-être  les  preuves 
de  cette  Agronomie  ancienne  qui  étoit  liée  à  l'aftrologie  na- 
turelle ,  cultivée  plus  de  1  o  fiecles  avant  notre  ère  chez  les 
Chinois  ,  les  Indiens  fc  les  Chaldécns. 

§.     XVI. 

PiTHÉ  A  s ,  attronome  de  géographe  célèbre,  fut  de  Mar- 
feille  ;  cette  ville  alors  républicaine  ,  fondée  par  les  Phocéens  > 
500  ans  avant  J.  C.  On  cil  incertain  ,  fur  le  tcms  oia  vivoit  Pi- 
théas ,  mais  il  femble  que  le  plus  grand  nombre  des  auteurs 
concourt  aie  faire  contemporain  d'Alexandre  (6).  C'eft  pour- 
quoi nous  le  plaçons  ici  le  dernier  aftronôme  grec  ,  avant  l'é- 
cole d'Alexandrie. 

Pithéaseft  un  des  plus  anciens  voyageurs  qui  fefoient  avancé  s 
vers  le  pôle  boréal.  Nous  ne  croyons  pas  cependant ,  comme 
nous  l'avons  dit,  qu'il  foit  le  premier.  Il  alla  jufqu'en  Iilande, 
Il  prouve  qu'il  y  a  réellement  pénétré  ,  en  racontant  un  phéno- 
mène qu'il  ne  pouvoit  deviner ,  qui  eft  que  le  jour  du  folftice 
d'été  ,  le  foleil  le  foir  ne  fait  que  toucher  à  l'horifon ,  Se  re- 
commence à  s'élever  auffi-tôt.  Ce  jour  là  n'a  point  de  nuit  en 
Iflande.  C'eft  en  effet  le  premier  climat  où  l'on  trouve  un  jour 
de  2  4  heures.  Strabon  (c)  èc  Polybe  l'ont  envain  traité  de  men- 


(  <2  )    Éclairciffemens  ,   Livre   VIII,  J,  Mémoires  de  l'Académie  des  Infcriptions, 

jj.  Tome  XIX  ,  page  148. 

(i)  Veidler,  page  110.  (c)  Géogr,  Lib.  II,  pag.  loi. 


z^C  HISTOIRE 

teur  ;  cette  obfervation  eft  un  témoin  de  la  vérité  de  Ton  récit. 
Polybe  s'étonnoit  qu'un  particulier  fans  richelTes  eût  entrepris 
un  fi  grand  voyage  ;  mais  comme  le  remarque  l'hiftorien  {a)  des 
mathématiques  ,  rien  n'eft  plus  ordinaire  chez  une  nation  ma- 
ritime 6c  commerçante  que  ces  enticprifcs  de  découvertes,  pro- 
jetées par  le  gouvernement  ou  par  des  particuliers  opulcns  ,  êc 
exécutées  par  des  gens  curieux  ,  intrépides ,  6c  fur-tout  fans 
fortune.    Ceux  qui  en  ont  font  moins  hardis. 

Il  paroit  que  Pithéas  étoit  obfervateur.  Il  a  remarqué  qu'il 
n'y  avoir  point  d'étoiles  près  du  pôle  ,  &  en  efFet  de  fon  tems 
il  n'y  en  avoitpas.  L'obfervation  qui  l'a  rendu  le  plus  fameux, 
fur-tout  depuis  la  conteftation  élevée  parmi  les  aftronômes  mo- 
dernes ,  fur  la  diminution  de  l'obliquité  de  l'écliptique  ,  eft  celle 
de  la  hauteur  méridienne  du  foleil  au  tems  du  lolftice  d'été. 

Pithéas,  en  fe  fervant  d'un  gnomon  fort  élevé,  trouva  que 
la  longueur  de  l'ombre  au  tems  du  iolfticc  d'été  avoir  à  l'égard 
de  la  hauteur  du  gnomon,  la  même  proportion  à  Marfeille  qu'à 
Byzancc.  Cette  proportion  étoit,  dit-on,  à  Byzance  celle  de  i  20 
à  41  j,  ou  en  çombres  entiers  de  (îoo  à  2  09.  En  conféquence 
on  eu  déduit  l'obliquité  de  l'écliptique  au  tems  de  Pithéas ,  de 
23°  50'.  La  fracflion  qui  fe  trouve  dans  cette  obfervation  an- 
nonce de  l'exactitude,  6c  fi  l'obfervation  étoit  authentique,  il 
n'y  auroit  plus  de  différent  parmi  les  modernes,  quiobfervcnc 
aujourd'hui  l'obliquité  de  l'écliptique  beaucoup  plus  petite. 
Mais  Byzance  ^  Marfeille  ne  font  pas  fous  le  même  parallèle, 
la  proportion  de  la  longueur  de  l'ombre,  à  la  hauteur  du  gnomon  , 
n'y  peut  être  la  même.  A  Byzance  cette  proportion  le  jour  du 
folftice  d'été, eft  celle  de  3  7  A  ^  120.  Quelle  apparence  qu'un 
obfervateur  qui  fe  feroit  trompé  de  plus  de  quatre  parties  ,  eût 


(a)  Tome  I,    page   lel, 

tenu 


DE     L' ASTRONOMIE.  i^j 

tenu  compte  du  cinquième  d'une  de  ces  parties.  Il  n'cft  donc 
nullement  probable  que  robfervation  ait  été  faite  à  Byzance, 
mais  l'a-t-clle  été  à  Marfcille  ?  L'a-t-elle  été  par  Pithéas,  comme 
il  femblc  qu'on  pourroit  le  conclure  d'après  Cléomedes  &  Hip- 
parque  qui  le  citent  également  ?  C'eft  ce  que  nous  penchons  à 
croire  ,  macis  ce  que  nous  n'ofons  décider.  Il  eft  bien  fâcheux 
qu'il  n'y  ait  pas  plus  de  certitude  fur  le  lieu  ,  ni  fur  l'époque 
de  cette  obfervation.  Le  tems  ,  en  détruiiant  les  ouvrages  ori- 
ginaux ,  n'a  laide  que  des  tragmens  épars,  ou  les  faits  font  mu- 
tilés ,  défigurés.  Ainfi ,  des  chofes  les  plus  intéreflantcs ,  il  ne 
refte  fouvent,à  la  mémoire  des  hommes, qu'une  notion  confufe 
qui  leur  eft  prefqu'inutile, 

§.     XVII. 

Nous  venons  de  parcourir  la  Grèce  ,  nous  avons  fait  pafler 
en  revue  les  fecles  ,  Its  philofophes,  leurs  opinions;  nous  avons 
vu  des  idées  abfurdes  fe  ranger  dans  les  niêmes  têtes  avec  des 
idées  fublimes.  Tel  eft,  dans  cette  petite  partie  du  monde,  le  ta- 
bleau de  l'efprit  humain  ,  déjà  mur  pour  les  arts  ,  la  morale  &c 
la  légiflation  ,  mais  encore  dans  l'enfance  à  l'égard  de  l'Aftro- 
nomie.  Retenu  par  l'inertie  de  l'ignorance,  entraîné  par  l'aiSli- 
vité  de  l'imagination  ,  il  ne  marche  pas  ,  il  s'agite  fans  fortir  de 
fa  place,  &:  n'a  d'autre  mouvement  que  des  élans  de  des  chûtes. 
Non  encore  convaincu  de  la  néceffité  des  faits  qui  iont  les  feules 
connoiflances ,  il  croit  qu'on  peut  en  raifonnant ,  en  conjc^lu- 
rant ,  approfondir  la  nature  fans  l'obfcrver  ;  &;  quclquctoig  le 
hafard ,  ou  le  génie ,  fait  fortir  du  choc  des  opinions  des  étin- 
celles qui  éclairent  cette  nuit  profonde. 

§.      XVIII. 

s  I  nous  jetons  un  coup  d'œil  général  fur  les  détail  que  nous 

Kk 


a58  HISTOIRE 

avons  parcourus ,  nous  verrons  que  tout  ce  qui  eft  vraiment 
aftronomique  fut  étranger  à  la  Grèce.  L'ordre  &:  l'arrangement 
des  planètes, les  caufcs  des  éclipfeSjla  méthode  pour  les  prédire, 
les  deux  étoiles  du  matin  &c  du  foir,  réunies  dans  une  feule  pla- 
nète ,  la  durée  des  révolutions  du  loleil  6c  de  la  lune,  la  période 
fameufe  de  Meton  ,  l'obliquité  de  l'écliptique  ,  la  fpherc  ,  tout 
leur  vint  de  l'Egypte  ou  de  l'Afie. 

Les  Grecs  ne  firent  point  d'obfervations  ,  car  celles  d'Euc- 
tcmon ,  de  Meton  &  d'Ariftotc  ne  font  qu'une  légère  exception. 
Les  obfervacions  du  lever  Se  du  coucher  des  étoiles,  utiles  pour 
régler  l'année  6c  les  travaux  de  l'agriculture ,  ne  font  pour  ainfi 
dire  pas  des  obfervations  aflronomiques.  Les  Grecs  ont  fuivi 
en  cela  la  méthode  des  Chaldéens  ,  mais  ils  n'ont  pas  porté  l'i- 
mitation jufqu'à  obfcrver  comme  eux  les  éclipfes  &  les  ftations 
des  planètes.  D'ailleurs  la  plupart  des  obfervations  d'étoiles  , 
réunies  dans  leurs  calendriers  ,  ne  leur  appurtiennent  point,  ne 
fe  rapportent  point  au  fiecle  ovi  ils  les  ont  publiées,  êc  ces  re- 
cueils ne  prouvent  que  leur  ignorance.  Les  Grecs ,  nés  avec 
beaucoup  de  penchant  pour  philofophcr,  n'avoicnt  point  encore 
à  l'époque  où  nous  femmes,  la  confiance  néceflaire  à  l'obfer- 
vation.  Ils  n'avoient  point  le  goût  de  la  recherche  des  faits,  ils 
ont  tenté  d'élever  un  édifice  fans  fondemens;ils  n'étoient  point 
doués  du  difcernemcnt  &  delà  critique, indifpcnfables  pour  ap- 
précier ces  faits  ;  auffi  ont-ils  cru  nombre  d'ablurdités,  ôc  dit 
beaucoup  de  foclfcs.  On  eft  étonné  de  voir  naître  dans  le  même 
tems ,  ou  même  quelques  fiecles  après  Thaïes,  des  idées  con- 
traires aux  vérités  que  ce  philofophe  avoient  apprifes  aux  Grecs. 
On  peut  croire  qu'il  y  a  de  la  faute  des  écrivains  qui  tranf- 
mettent  ces  idées;  l'ignorance  des  hiftoriens  peut  avoir  étran- 
gement défiguré  les  opinions  des  philofophes.  Mais  fi  l'on  doit 
quelquefois  admettre  cette  excufe ,  elle  ne  peut  être  générale. 


DE     L' ASTRONOMIE.  159 

Il  cfl:  impoffible  de  juftificr  pleinement  à  cet  égard,  les  philo- 
iophcs.  Il  faut  croire  que  la  communication  des  lumières  étoit 
difficile.  Le  myftere  regnoit  partout  ;  les  maîtres  ne  parloienc 
que  par  énigmes  ;  les  véritables  opinions  d'un  homme  n'étoient 
bien  connues  que  de  les  diiciples.  Après  fa  mort  fcs  ouvrages 
ne  ic  répandoient  pas  ,  parce  que  les  manufcrits  le  multiplient 
peu.  D'ailleurs  les  fccles  étoient  rivales  ,  6c  par  conféqucnt  ja- 
loufes.  De  là  naît  l'envie  de  penfer  différemment ,  à  laquelle  on 
ie  livroit  d'autant  plus  facilement  que  toutes  les  idées,  iur  les 
aftres  &  fur  leur  nature,  ne  lembloient  que  des  opinions. 

Qui  fait  encore  s'il  n'y  avoit  pas  une  divifton  naturelle  entre 
les  philofophes  qui  avoient  voyagé ,  6c  ceux  qui  n'étoient  pas 
fortis  de  leur  pays?  Les  Grecs,  dont  la  prévention  nationale  Se 
la  vanité  étoient  exccllîveSjfe  tenoient  peut-être  en  garde  contre 
les  opinions  étrangères  qui  leur  étoient  apportées. 

Si  l'une  de  ces  caufes,  ou  toutes  cnfemble  ont  retardé  les 
pro!2;rès  de  l'aftronomie ,  on  ne  peut  di'convenir  que  les  phi- 
lofonhes  de  la  Grèce  ne  fe  foient  élevés  quelquefois  à  des  idées 
très  heureufes.  Telle  eft  celle  des  Antipodes,  de  la.  terre  ronde, 
&  partout  habitée  ,  que  Pythagore  eut  le  courage  de  concevoir 
&;  de  mettre  au  jour ,  malgré  le  préjugé  fi  naturel  que  les  hommes 
n'y  pouvoient  être  droits  fur  leurs  pieds ,  dans  une  direction 
contraire  à  la  notre  ;  celle  de  la  lune  habitée ,  de  la  pluralité 
des  mondes  que  la  plupart  des  philofophes  grecs  ont  crue  & 
enfeignée  ;  la  connoiffance  du  mouvement  de  la  terre  ,  &  celle 
du  retour  des  comètes.  La  plupart  de  ces  connoiflances  venoienc 
de  l'Afie  ;  quelques-unes  étoient  contenues  dans  les  vers  or- 
phiques rpoëme  oii  les  merveilles  de  la  nature  étoient  détaillées 
d'après  les  traditions  orientales.  Mais  les  obfervations  ,  ou  les 
raifons  d'analogie  qui  rendent  aujourd'hui  ces  opinions  ou  dé- 
monirées  ou  probables ,  n'exiftoient  pas  alors.    Les  albes  n'a- 

Kkij 


j6o  histoire 

voient  pas  été  rapprochés  par  le  fecours  du  télefcope;il  étoit 
peut-être  auffi  difficile  de  croire  ces  vérités  que  de  les  découvrir. 
Ce  n'eiit  été  qu'une  efpece  d'inftintfl  philofophique  qui  les  eût 
fait  deviner.  Nous  ofons  croire  qu'il  falloir  un  inftin6t  fem- 
blable  pour  les  adopter.  Qu'on  fe  rappelle  l'état  d'ignorance  où 
étoit  alors  la  Grèce  à  l'égard  de  l'allronomie  ,  qu'on  fe  repré- 
fente  des  hommes  qui,  accoutumés  à  juger  des  objets  comme 
ils  les  voyent ,  ne  confiderent  la  lune  que  comme  un  corps  fo- 
lide,  d'une  médiocre  grandeur  ;  qui  voyent  mouvoir  le  foleil , 
qui  croyent  que  la  terre ,  leur  demeure  ,  doit  être  immobile  èc 
ftable ,  &c  qu'on  imagine  un  homme  qui  vient  leur  dire  ;  cette 
lune  eft  un  globe  immenfe,  habité,  cette  terre  où  vous  errez,  erre 
elle-même  dans  les  efpaces  de  l'éther,  le  foleil  cft  fans  mouve- 
ment. Cet  homme  ne  fera  pour  eux  qu'un  vifionnaire  ,  à 
moins  qu'ils  n'aycnt  beaucoup  de  génie  &  de  philofophie.  Tel 
fut  le  partage  des  Grecs  à  qui  l'obfervation  manqua.  Ils  n'en 
fentircnt  point  affez  le  prix.  Ils  méconnurent  la  vraie  route  de 
la  carrière  aftronomique  jufqu'à  la  fondation  de  l'école  d'A- 
lexandrie. Quel  peuple  on  auroit  fait,  quel  progrès  on  auroit 
obtenus ,  fi  l'on  eût  réuni  les  Chaldéens  6c  les  Grecs ,  c'eft-à- 
dire ,  la  conilance  au  travail  avec  le  génie  ! 


I 


l|  DEL*  ASTRONOMIE.  261 

DISCOURS 

SZ7/?  L'ORIGINE  DE  L'ASTROLOGIE. 

^■Â.VANT  de  quitter  l'Afti-onomie  ancienne  ,  ^L  de  paiTcr  à 
l'école  d'Alexandrie,  où  naquit  une  nouvelle  Aflronomic,  nous 
croyons  devoir  parler  de  l'aftrologie.  Cette  fcience  vaine  & 
menfongere  n'eft  pas  de  notre  objet.  On  n'attend  point  de  nous 
que  nous  détaillions  les  règles  par  lefquelles  àcs  fripons  ont  , 
pendant  tant  de  fiecles,  trompé  des  hommes  curieux  &  foibles. 
Mais  cette  fcience  fut  longtems  confondue  avec  celle  dont  nous 
écrivons  l'hiftoire.  Elle  a  foutenu  l'Aftronomie  dans  des  fiecles 
barbares,  où  les  fcienccs  n'avoient  point  d'attrait;  le  defir  de 
connoître  l'avenir ,  la  perfuafion  qu'on  pouvoit  le  prédire ,  a 
fait  multiplier  &  conferver  les  anciennes  obfervations  [a).  Nous 
nous  propofons  de  découvrir  l'origine  d'une  erreur  qui  femble 
chère  à  notre  foiblefle.  C'eft:  la  maladie  la  plus  longue  qui  ait 
affligé  la  raifon  humaine  ;  on  lui  connoît  une  durée  de  près  de 
50  fiecles  {b).  Ce  n'eft  point  la  maladie  de  tous  les  tems,  ni 
de  tous  les  efprits ,  mais  elle  eft  incurable.  Ses  accès  ne  pafient 
que  pour  renaître:  elle  s'afFoiblit  par  les  progrès  de  fa  lumière, 
difparoît  quand  la  lumière  eft  univerfelle  ;  mais  Ç\  la  lumière 
foufïi-e  quelqu'éclipfe ,  l'aftrologie  fe  remontre  ,  auflî  hardie  à 
débiter  fes  impoftures  ,  auflî  heureufe  à  les  accréditer. 

L'aftrologie  eft ,  dit-on  ,  fille  de  l'ignorance,  èc  mère  de 
l'Aftronomie.  C'eft  ainfi  que  l'on  confond  les  idées.  L'Aftro- 
nomie eft  certainement  la  première  ;  c'eft  elle  qui  eft  la  niere 


(a)  Kepler,   Prtf.  ad    tabulas  Rudçi-  (i)  Elle  eft  établie  à  la  Chine  depuis 

fkin.  p.  4.  le  (onunçncemenc  de  cet  Empixe. 


i<?i  HISTOIRE 

fa^^e  d'une  fille  folle.  Il  a  fallu  connoîcre  les  aftrcs  ,  avant  de 
leur  accnbuer  quelque  pouvoir  lur  nous.  Il  a  fallu  avoir  une 
idée  de  leurs  mouvcmens  &  de  leurs  révolutions ,  avant  d'y 
attacher  la  deftinée  des  hommes ,  ôi  la  chaîne  des  événemens 
de  la  vie.  On  ne  fe  trompe  pas  moins  en  faifant  naître  l'aftro- 
loçie  de  l'ignorance.  L'aftrologie  a  fans  doute  plus  de  vogue  & 
de  crédit  dans  les  tems  de  barbarie  ,  oîi  la  crédulité  fe  joint  à 
la  curiodté  naturelle  à  l'homme  :  l'aftrologie  croît  àc  s'étend  au 
milieu  de  l'ignorance,  comme  dans  le  fol  qui  lui  convient;  mais 
l'ignorance  n'a  point  produit  le  germe  du  mal  qu'elle  nourrit. 
L'ignorance  cft  un  état  pall.f  ôc  ftérile.  Sciences,  arts,  tables, 
erreurs ,  préjugés  ,  fuperftitions  ,  le  mal  comme  le  bien  ,  tout 
vient  du  génie.  Un  altre  unique  ,  par  fa  chaleur  £c  fa  torce 
attractive ,  répand  la  vie  &;  le  mouvement  dans  l'univers  phy- 
fique,le  génie  eft  la  puiflance  active  qui  donne  le  mouvement  au 
monde  politique  Se  moral.  Legénie  feul  crée  les  idées  primitives  ôc 
originales,  tantôt  reftreintes  ,  tantôt  afFoiblies,  le  plus  fouvent 
défigurées  ,  rendues  méconnoiflables ,  luivant  les  têtes  où  elles 
fe  moulent  en  circulant  dans  l'univers.  La  fource  des  erreurs 
du  peuple  font  les  idées  philofophiques  qu'il  a  lui-même  dé- 
naturées. C'eft  ce  que  nous  nous  proposons  de  développer  ici , 
relativement  à  la  icience  prétendue  de  la  connoiflance  de  l'a- 
venir. 

On  diftingue  deux  efpeces  d'aftrologie;  l'aftrologie  naturelle 
&  l'aftrologie  judiciaire.  L'une  fe  propofe  de  prévoir  &:  d'an- 
noncer les  changcmens  des  faifons,  les  pluies, les  vents, le  froid, 
le  chaud,  l'abondance,  la  ftérilité,  les  maladies,  &c.,  au  moyen 
de  la  connoiirance  des  caufcs  qui  agifîent  iur  la  terre  &:  lur  fon 
atmofphere.  L'autre  s'occupe  d'objets  qui  feroicnt  encore  plus 
intéreflans  pour  l'homme.  Elle  limite  au  moment  de  fa  naif- 
fance ,  ou  à  quelque  moment  que  ce  foit  de  fa  vie,  la  ligne 


DE     L'ASTRONOMIE.  xG^ 

qu'il  doit  parcourir  dans  le  tcnis.  Elle  dércrminc  le  cara£bere 
donc  il  fera  doué  par  l'auteur  de  la  nature,  les  paOïons  qu'il 
éprouvera  ;  elle  lui  montrQ,de  loin  la  fortune,  les  malheurs,  les 
périls  qui  l'attendent.  Toutes  fes  actions  font  prédites  ,  6c  fl 
cette  fcience  étoit  vraie  ,  l'homme,  trop  inftruit  defadeftinée, 
ne  feroit  plus  qu'un  acleur,  quirépéteroit  fur  la  fcène  du  monde 
le  rôle  qu'il  auroit  appris. 

L'aftrologie  naturelle  n'a  rien  que  de  raifonnable  dans  ce 
qu'elle  fuppofeu  Boyle  {a)  avec  railon  en  a  fait  l'apologie.  Il 
n'y  a  point  de  vicilîitudes  dans  l'atmofphere  qui  n'avent  leurs 
caufes ,  &  l'homme  qui  connoîtroit  ces  caufes ,  ainiî  que  la 
manière  dont  elles  agiflenc  en  fe  combinant,  feroit  dans  le  cas 
de  prédire  les  changcmens  de  tcms  ,  5c  leurs  effets  fur  la  na- 
ture (^)  ;  mais  ces  caufes  iont  fî  compliquées  ,  que  cinquante 
fiecles  d'ohfcrvations  ne  lufîiroicnt  pas  fans  doute  pour  démêler 
la  part  qu'elles  ont  chacune  dans  les  phénomènes  naturels. 
Peut-être  aufli  le  fil  de  ce  labyrinthe  ne  lera-t-il  jamais  donné 
à  l'homme. 

Quelles  que  fufTent  primitivement  Ss.  très-anciennement  les 
connoilTances  des  Orientaux  fur  les  météores  ,  nous  ne  pouvons 
fuppoler  qu'ils  fulTent  en  état  de  calculer  leurs  retours.  Il  eft 
clair  qu'ils  s'y  font  pris  d'une  manière  empirique,  c'efl  à-dire  , 
par  robfervation  conftante  des  ettecs ,  peut-êcre  fans  aucune 
connoiflance  des  caufes.  Après  avoir  oblervé  que  les  orages 
arrivoient  plutôt  dans  certains  mois  que  dans  d'autres  ,  que 
telles  laifons  étoient  plus  ou  moins  pluvieufes,  que  les  mêmes 
vents  loutfloient  afl'ez  régulièrement  pendant  certains  inter- 
valles,  que  telle  époque  de  l'année  étoit  propre  aux  labours  , 
aux  moiflbns  ,  fans  qu'on  pût  intervertir  l'ordre  établi  par  la 

(a)  Hift.de  l'air. 


i(î4  HISTOIRE 

nature  ,  ils  en  ont  conclu  que  toutes  ces  chofes  etoicnt  déter- 
minées par  le  lieu  du  foleil  dans  l'écliptique  ;  ôc  comme  le 
foleil  employé  environ  un  jour  à  .parcourir  un  degré  de  ce 
cercle  ,  ils  réfolurent  d'obferver  avec  exactitude  le  tems  qu'il  fai- 
foit  chaque  jour.  Ces  obfervations,  répétées  fans  doute  pendant 
une  Ionique  fuite  d'années  pouvoient  leur  apprendre  le  tems  6c 
les  intempéries  qu'ils  dévoient  éprouver  en  conféquence  de  la 
marche  du  foleil.  Mais  ces  obiervations  ,  Sc  ces  prédi£lions 
intérefloicnt  les  gens  de  la  campagne  ,  qui  che;z  les  anciens 
comme  chez  nous  ,  ne  connoilfoient  point  les  douze  fignes 
du  zodiaque,  les  colures,  ni  chaque  jour  le  lieu  du  foleil  dans 
l'écliptique.  Il  falloit  des  fîgnes  fenfibles  à  des  gens  qui  n'a- 
voicnt  point  de  calendrier.  C'eft  donc  aux  levers  &  aux  cou- 
chers des  étoiles,  qui  reviennent  à-peu-près  les  mêmes  chaque 
année  ,  qu'on  attacha  l'annonce  de  la  conftitution  de  l'air ,  ^ 
des  météores  qui  dévoient  les  accompagner. 

Ces  obiervations  devenues  générales  dans  l'Orient ,  dont  on 
ne  connoit  point  l'origine  chez  les  Indiens,  datent  à  Babylone 
de  1234  ans,  6c  à  la  Chine  de  près  de  3000  ans  avant  J.  C. 
Les  Grecs  en  ont  adopté  l'ufage  ;  ils  avoient  même  adopté  les 
obfervations  étrangères.  C'eft  ainfî  qu'ils  ont  fondé  ces  calen- 
driers ,  oii  l'on  trouvoit  les  variations  des  faifons  indiquées  par 
les  levers  6c  les  couchers  des  étoiles.  Il  nous  refte  3  ou  4  de 
ces  calendriers  anciens  ,  mais  ce  ne  font  que  des  vcftiges  d'un 
grand  nombre  qui  font  perdus. 

Nous  foupçonnons  que  les  anciens  avoient  fait  beaucoup 
d'efforts  pour  parvenir  à  ces  connoiflances.  Nous  fommes  con- 
duits à  cette  idée  par  le  nombre  des  périodes  qu'ils  appeloienc 
grandes  années.  Ces  périodes  n'ont  point  été  certainement  chez 
eux  un  objet  de  pure  curiofité.  Les  premières  recherches  ont 
dû  être  tournées  vers  les  objets  utiles  dans  un  tems  où  la  mul- 
tiplicité 


DE     L"  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  165 

tiplicicé  des  bcfoins  laifloic  peu  de  loilu-  aux  ipëculations.  Le 
calendrier  étoic  fuffifamment  bien  réglé  par  la  période  de  i  9 
ans  ,  li  ancienne  dans  l'Afie.  D'oii  naiffent  donc  les  autres  pé- 
riodes fi  multipliées  ,  6c  la  plupart  Ci  longues  ?  Celles  de  140  oc 
de  960  ans  qui  ramenoicnt  les  conjonclions  de  iaturnc  &:  de 
Jupiter,  dans  certaines  fituatious,  à  l'égard  de  l'écliptiquc.  Ces 
révolutions  de  (aturne,  de  Jupiter ,  de  mars  ,  de  3  5  o  (j  1  5  ,  de 
170610  tk:  de  I2  0ÛOO  ans,  dont  on  ne  connoit  pas  l'ob- 
jet (a).  Ces  périodes  de  600  6c  de  3600  ans  ,  établies  pour 
concilier  les  mouvemens  du  foleil  &:  de  la  lune,  mais  auili  pour 
ramener  leurs  actions  combinées  fur  l'atmolphere  au  même 
jour  &  à  la  même  heure  de  l'année  :  ces  grandes  années  des 
Egyptiens  de  1461  ans.  Se  celle  de  Diogenes  de  3  <î  5  ans 
3  mois  ,  relatives  au  mouvement  du  foleil  à' l'égard  des  étoiles: 
d'autres  comme  celle  de  15000,  de  iSooo,  de  28000  ans 
qui  avoient  fans  doute  pour  objet  la  révolution  même  du  mou- 
vement des  étoiles  dans  l'écliptique,  combinée  avec  quclqu'autre 
révolution  que  nous  ignorons  :  quelques-unes  de  ces  périodes 
découvertes  par  l'oblervation  ,  aidée  du  calcul ,  ont  été  appli- 
quées depuis  aux  rêveries  de  l'aftrologie  judiciaire  ;  mais  nous 
croyons  que  ce  n'eft  qu'une  extenfion  de  leur  ufage  primitif  , 
borné  d'abord  à  l'aftrologie  naturelle.  Nous  en  trouvons  une 
preuve  dans  la  grande  année  d'Ariftarque,  de  1484  ans,  dont 
nous  avons  faifî  l'objet  par  des  conjeclures,  aflez  heurculement 
liées  pour  porter  avec  elles  la  conviction  (i^j.  C'eft  la  période 
du  retour  des  conjonclions  du  foleil  &:  de  la  lune  avec  la  même 
étoile.  Ne  paroît-il  pas  vraifcmblable  qu'en  déterminant  cette 
période  ,  on  a  eu  l'intention  de  ramener  les  afpecls  du  loleil  ce 
de  la  lune  ,  les  effets  de  leur  action  combinée  lur  l'atmofpherc 


{a)  Infrà ,  É;lairc,  Liv,  VIII,  j,  16.  (é)  HU^oire  de  F  Altronomic  moderne, 

Ll 


i66  HISTOIRE 

avec  les  levers  des  étoiles,  dont  les  anciens  fe  fervoient  pour 
indiquer  ces  effets  ?  Il  n'eft  pas  queftion  d'examiner  fi  ces  pé- 
riodes rempliffbient  leur  objet ,  fi  l'événement  cadroit  avec  les 
prédiclions  ;  il  nous  fuffit  de  prouver  que  les  anciens  avoient 
reconnu  la  correfpondance  cxifbance  entre  les  phénomènes  cé- 
leftes  ,  &  les  intempéries  des  faifons  :  qu'ils  obfervoient  affidu- 
ment  ces  phénomènes  pour  découvrir  les  retours  des  mêmes 
intempéries  :  &  même  ,  que  fondés  fur  la  connoifTance  du 
mouvement  des  corps  céleftes,  ils  ont  été  jufqu'à  enchaîner 
ces  retours  dans  différentes  périodes,  relatives  aux  diftérens 
afpefts  des  affres.    Voilà  ce  qui  vient  du  génie. 

Mais  cette  idée  philofophique  ,  livrée  au  vulgaire  ,  ne  tarda 
pas  à  être  corrompue.  On  regarda  les  hiades  [a)  comme  des 
affres  pluvieux  ,  parce  que  les  pluies  arrivoient  dans  le  tems 
oii  ces  étoiles  fe  levoient  ;  Sirius  prit  le  nom  de  l'ardent  Sirius, 
parce  que  fon  apparition  étoit  fuivie  des  grandes  chaleurs  de 
l'été ,  &  de  même  à  l'égard  des  autres  étoiles.  Bientôt  on  les 
regarda  comme  la  caufe  des  pluies  &  de  la  chaleur  ;  c'étoit 
l'effet  des  influences  qu'elles  verfoient  fur  la  terre.  Voilà  l'ou- 
vrage de  l'ignorance.  C'eff  ainfi  que  fut  dénaturée  une  idée 
faine  &  vraie,  conforme  à  la  bonne  phyfique  ,  èc  qui ,  en  fup- 
pofint  des  obfervatlons  fuffifamment  continuées  ,  pouvoit  être 
utile.  Il  eft  bon  de  remarquer  que  les  hommes  n'ont  tait  en 
ceci  que  fubftituer  à  un  effet  qu'ils  ne  comprenoient  point ,  un 
effet  qu'ils  ne  comprenoient  pas  mieux;  car  le  peuple  n'entendoit 
pas,  ni  les  philofophes  non  plus,  pourquoi  les  pluies  arrivoient 
avec  lcleverdeshiades;mais  entendoient-ils  mieux  comment  les 
pluies  tomboient  par  l'influence  de^ces  étoiles?  En  tout  genre, 
êc  en  coût  tems  ,  on  croit  avoir  beaucoup  fait  en  mettant  une 
difficulté  à  la  place  d'une  autre. 

{.a.)  Riccioli ,  com.  I.  psg.  3 jj. 


DE     L'ASTRONOMIE.  167 

On  croira  peut-être  que  l'ignorance,  en  dénaturant  ainli 
les  principes  de  l'aftrologle  naturelle  ,  a  donné  nailTance  à  l'af- 
trologic  judiciaire  :  qu'elle  a  loumis  l'homme  ,  aulli  bien  que 
ratmofphere,  au  pouvoir  des  étoiles:  Se  qu'elle  a  fait  dépendre 
de  leurs  inHucnces  les  orages  des  pallions  ,  les  maux  èc  les 
biens  de  la  vie  ,  aulli  bien  que  les  intempéries  des  laifons.  En 
effet  il  paroît  tout  fimple  de  dire  :  ce  font  les  étoiles ,  les  aftres 
en  général  qui  amènent  les  vents,  les  pluies  &;  les  orages  ;  leurs 
influences  mêlées  à  l'aclion  des  rayons  du  foîeil,  mod  iicnt  le 
froid  ou  la  chaleur  :  la  fertilité  des  campagnes  ,  la  fanté  ou 
les  maladies  dépendent  de  ces  inPaicnces  bienfaifantes  ou  nui- 
iîbles  ;  il  ne  croît  pas  un  brin  d'herbe  que  tous  les  afbres  n'avent 
contribué  à  Ion  accroilîcment;  l'homme  ne  rcfpire  que  les  éma- 
nations quijéchapées  de  ces  aftres,  rempliflent  l'atmofphere  ; 
l'homme,  ainli  que  la  nature  entière  leur  eft  donc  airujetti:  ces 
aftres  doivent  donc  influer  lur  fa  volonté,  fur  fes  paŒons  ,  fur 
les  biens  Se  les  maux  femés  dans  la  carrière;  enfin,  déterminer 
fa  mort  ainfi  que  fa  vie.  C'eft  bien  ainfi  qu'on  a  pu  raifonner: 
mais  ce  n'eft  point  l'ignorance  ,  ce  n'eft  point  le  peuple  qui  a 
fait  ce  pas.  Le  peuple  livré  aux  lumières  naturelles  6c  com- 
munes, ainli  que  le  peuple  inftruit  par  la  révélation  ,  s'eft  tou- 
jours regardé  comme  un  être  diftingué  dans  la  nature  ,  fait 
pour  commander  à  tout  ce  qui  vit  ,  végète  ou  exifte  fur  la 
terre.  Il  a  pu  croire  la  matière  loumife  aux  influences  des  aftres, 
mais  le  fentiment  de  fa  liberté  ne  lui  a  pas  permis  de  fe  mettre 
dans  leur  dépendance.  Tant  qu'il  a  été  dans  la  Barbarie  ,  il  n'a 
connu  ni  les  aftres ,  ni  leur  prétendu  pouvoir  ;  dès  qu'il  a  été 
éclairé  de  quelque  lumière,  il  s'eft  fenti  une  ame  divine  ,  il  s'cft 
dit  à  lui-même  :  je  fuis  un  être  fupéricur.  L'idée  de  cet  aflu- 
jcttilTcment ,  qui  ne  fait  plus  de  l'homme  qu'un  inftrument 
aveugle  ,  eft  un  abus  de  l'eiprit  j  c'eft  l'imagination  qui  trompe 

Llij 


268  HISTOIRE 

la  raifon.  Il  faut  bien  faire  attention  que  l'artrologie  naturelle 
eft  une  obfervation  ,  l'aftrologie  judiciaire  eft  un  fyftême.  Le 
peuple  ne  fait  point  de  fyftême;  c'cft  l'ouvrage  des  gens  éclairés, 
des  philofophes  qu'égare  quelquefois  le  louable  motif  de  la  re- 
cherche des  vérités.  Le  paflage  de  l'une  de  ces  aftrologies  à  l'autre 
fuppofe  un  principe  qui  n'a  pas  été  appcrçu;  celui  qui  confond 
l'ame  avec  le  corps ,  l'efprit  avec  la  matière  ,  un  principe  eft-il 
l'ouvrage  du  peuple?  Eft-ce  lui  qui  a  raifonné  fur  les  deux  fubf. 
tances  pour  les  confondre  ?  Le  peuple  ou  les  ignore ,  ou  les 
diftinguc. 

Nous  pcnfons  que  l'aftrologie  judiciaire  a  eu  fa  fource  dans 
le  matérialifme.  L'homme  dépendant  des  influences  des  pla- 
nètes, enchaîné  à  leurs  mouvemens,  n'eft  plus  qu'un  être  paflif  , 
dont  tous  les  pas  font  néceiraircs.  Quelle  différence  y  a-t-il 
entre  l'homme  de  Spinofi  ,  &;  l'homme  dont  un  aftrologue  va 
tracer  la  deftinée.  Le  fpinofifte  vous  dira  que  toutes  nos  déter- 
minations font  écrites  d'avance  dans  le  grand  livre  du  monde, 
dans  ce  livre  où  pdurroitlire  celui  qui  auroit  embrafîe  la  nature 
entière  ,  &  découvert  toutes  fes  loix.  Un  aftrologue  va  plus 
loin  ;  il  fe  vante  de  connoître  ces  loix.  Un  aftrologue  de  bonne 
foi  Icroit  nécefTaircmcnt  Athée  comme  Spinofa. 

Le  defîr  de  connoître  l'avenir  n'eft  pas  inné  à  l'homme  dans 
l'état  folitaire  &  fauvage.  Le  cercle  des  idées  ne  s'étend  point 
au  delà  des  befoins  actuels.  La  prévoyance  eft  inconnue, le  len- 
demain n'exiflc  pas.  L'ignorance  de  cet  avenir,  qui  r.ous  caufc 
tant  d'inquiétude  ,  eft  telle  chez  quelques  fauvagcs  de  l'A- 
mérique ,  qu'ils  vendent  leur  lit  le  matin  pour  en  pleurer  la 
perte  le  foir.  Dès  qu'une  fociété  commencée ,  quclqu'efpece 
de  civilifation  eurent  donné  de  la  fuite  &c  de  l'étendue  aux 
penfées ,  dès  que  l'induftrie  eut  afluré  une  fubliftance  facile  , 
l'homme  débarrafTé  de  ces  foins ,  connue  les  maux  de  l'efprit  , 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  M  I  E.  1^9 

les  plus  graiivls  de  les  maux!  Le  piéfeii:  ne  lue  plus  rien  peur 
lui  ,  la  ci-aintc  &  l'erpéi-rncc  attachèrent  les  rci-jarls  fur  l'a- 
venir.   Il   fentit   le  defir  de  le  connoître  ,  mais  il  duc  fcntlr 
en  même  tems  que  les  moyens  n'écoicnt  pas  en  la   puiiïance. 
Quel  que  loic  le  penchant  que  les  hommes  avent ,  les  uns  à  la 
crédulité  ,  les  autres  à  ca  a'ouler ,  l'art  de  prédire  l'avenir  n'cll 
point  né  du  delVein  de  tromper  les  hommes.  L'idée  de  cet  arc 
cft  une  penfée  hardie ,  l'invention    des  moyens  ,  tout  erronés 
qu'ils  font ,  ne  peut  être  que  la  découverte  &C  l'erreur  du  génie. 
Le  génie  a  des  imitateurs  ,  mais  il  ell  ieul  auteur  des  idées  ori- 
ginales. Quand  il  a  eu  lait  connoître  une  fois  aux  hommes  qu'on 
pouvoit  tenter  de  prédire  l'avenir  par  le  mouvement  des  aftres: 
le  delir  de  tromper ,  &  de  tromper  fans  fcience  èc  fans  calcul , 
a  fait  imaginer  diflerentes  efpeces  de  divinations,  par  les  traits 
du  vifage  ,  par  les  lignes  de  la  main ,  par  des  grains  de  fable 
jetés  au  hafard,  par  le  vol  des  oifeaux  èc  les  entrailles  des  vic- 
times ;  enfin  ,  on  a  évoqué  les  morts,  &z  on  a  demandé ,  à  ce 
qui  n'étoit  plus,  la  connoilTiince  de  ce  qui  devoit  être.   Ces 
différentes  divinations  ont  eu  leur  premier  fiege  dans  l'Afie  , 
d'où  elles  fe  font  répandues  dans  l'Afrique  &  dans  l'Europe  : 
mais  elles  ne  font  que  des  copies  altérées  &c  défigurées  d'une 
première  idée,  qui  appartint  jadis  à  des  connoifTanccs  élevées, 
&  à  un  fyftême  raifonné. 

L'aftrologie  ,  adoptée  par  la  multitude  curicufc  &:  crédule, 
n'a  pas  été  primitivement  l'erreur  de  tout  un  peuple.  Elle  eft 
née  fans  doute  au  milieu  d'une  claiïe  d'hommes  éclairés  ,  qui , 
ayant  une  fois  admis  un  faux  principe,  ont  été  entraînés  à  des 
conféquences  ,s'il  fe  peut,  plus  faufles  encore.  Elle  eft  peut-être 
l'ouvrage  d'un  feul  homme.  Il  y  a  eu  chez  tous  les  peuples  des 
philofophes  qui  n'ont  reconnu  d'autre  dieu  que  la  nature,  en 
niant  la  liberté  de  l'homme  au  milieu  d'un  monde  ,  où ,  felgn 


i7o  HISTOIRE 

eux,  tout  étoit  mu  par  des  loix  éternelles  6c  néceflaires.  Les 
prêtres  de  toutes  les  nations  orientales,  ceux  des  Egyptiens  n'ont- 
ils  pas  profcfle  la  double  doctrine ,  n'avoient-ils  pas  des  con- 
noiflances  élevées  &C  fublimcs  ,  qu'ils  réfervoient  à  eux  feuls  , 
ou  à  leurs  initiés  ,  èc  auxquelles  le  peuple  n'étoit  jamais  admis  ? 
Si  ces  prêtres  Chaldécns  ,  Brames  ou  Lettrés  ,  fe  font  égarés 
dans  leurs  doclriues  myilérieufes,  julqu'à  anéantir  la  liberté  de 
l'homme,  malgré  le  cri  du  fentiment  intérieur;  s'ils  ont  pu  croire 
que  tous  Tes  actes  étoJent  nécelîités  par  les  agens  extérieurs, 
-mus  èc  pouflTés  tous  également  par  la  caufe  unique,  quelle  qu'elle 
foit,  du  mouvement  général  de  l'univers  ;  ce  faux  p  incipe  une 
fois  établi ,  il  eft  clair  que  la  vie  entière  d'un  homme  ,  fa  def- 
tinée  dépendent  du  moment  où  il  voit  le  jour ,  où  il  entre  dans 
le  courant  qui  entraîne  tous  les  êtres  matériels  ou  Icnfibles. 
Puifoue  ce  moment  fait  le  fort  d'un  homme  ,  &C  nécelFite  toutes 
les  circonftanccs  de  l\\  vie, il  y  a  donc  des  caufcs  qui  les  déter- 
minent, èc  il  ne  s'agit  plus  que  de  connoîrre  ces  caufcs  pour 
annoncer  tout  ce  qui  doit  en  réfulter.  Leibn^tz,  dans  ce  fiecle 
même,  n'établifToit-il  pas  qu'il  y  a  entre  les  monades,  entre 
.  les  élémens  fimples  &  indivifibles  de  la  matière,  des  rapports 
d'après  lefquels ,  avec  une  intelligence  proportionnée  à  un  fi 
vafte  fujct,  une  monade  étsnt  donnée  ,  l'univers  paffé  ,  préfcnt 
&C  futur,  le  feroit  aufii  ?  La  folution  de  ce  problême  ne  renfer- 
meroit-cllc  pas  toute  la  fcience  de  l'aftrologie  naturelle  &  ju- 
diciaire? Leibnitz  ,  à  la  vérité  ,  en  regardant  la  monade  comme 
un  tableau  de  l'univers  ,  aj  ou  toit  que  dieu  fcul  pouvoit  y  lire 
l'état  préfent  du  monde  lié  comme  cfFet  au  paffé  ,  &  comme 
caufe  à  l'avenir.  Leibnitz  (  a  )  étoit  trop  bon  philofophe  pour 


(a)  Koyei  les  Œuvres  &  fon  Éloge  ,  qui  a  remporté  le  prix  de  l'Académie  de  Berlin  en 
1768. 


I 


DE     L' ASTRONOMIE.  271 

ne  pas  fcntir  rimpoiTibilité  de  rc'roudi;c  un  pareil  problême.  Mais 
^lans  les  tcms  éclairés ,  Ci  l'on  a  fenti  rimpolîibilité  de  réfoudre 
le  problême  général  avec  tous  les  détails  qu'il  comporte,  d'af- 
ri^ner,pour  un  moment  donné, la  relation  d'un  être  quelconqi  e 
à  tous  les  êtres  cnvironnans  ,  on  a  vu  ,  fans  donner  une  te!le 
étendue  à  la  recherche  de  l'avenir ,  que  les  hommes  n'avoicnt 
qu'un  certain  nombre  de  pallions, de  caractères  principaux;  que 
les  événemens,qui  arrivent  fur  la  fcène  du  monde,  du  concours 
ou  du  choc  des  pailîons,  pouvoient  n'oiïiir  que  des  combinai- 
fons  bornées,  qui  revinffcnt  les  mêmes  au  bout  de  certains 
intervalles  ;  que  les  empires  eux-mêmes  avoient  des  périodes 
d'accroiiremcnt  &;  de  décadence;  on  a  imaginé  qu'il  n'étoit  pas 
hors  des  torces  de  l'elprit  humain  de  parvenir  à  la  connoiflance 
de  ces  périodes.  Il  étoit  impolîîble  de  les  découvrir  à  priori  ^ 
on  les  chercha  par  la  voie  de  l'obfervation  ;  on  fit  ce  qu'on  a  fait 
dans  beaucoup  d'autres  cas  ,  on  prit  la  remarque  d'un  fait  par- 
culier  pour  une  obfervation  générale  ,  &:  l'on  établit  des  règles 
au'ii  faufles  que  le  principe  qui  leur  fervoit  de  fondement. 

Par  la  même  raiion  qu'on  avoit  attaché  les  retours  des  mé- 
téores annuels  aux  levers  &;  aux  couchers  des  étoiles  ,  on  penfa 
qu'on  devoit  mefurer  les  périodes  inconnues  At^  événemens  de 
la  vie,  par  les  périodes  du  mouvement  des  aftres.  D'ailleurs  ces 
grands  corps  ne  dévoient  pas  être  léparés  de  notre  monde  ,  ni 
étrangers  à  tout  ce  qui  s'y  palfe.  Les  hommes  dans  leur  orgueil 
ont  toujours  regardé  la  terre  comme  la  plus  confidérable  partie 
du  monde  ;  ils  ont  fait  comme  les  Chinois  qui  rempliffent  leur 
mappemonde  de  l'empire  de  la  Chine ,  &:  laiflent ,  par  grâce , 
quelques  recoins  de  la  terre  aux  autres  peuples.  C'étoit  même 
une  idée  aiTez  philofophique  ,  alTez  conforme  au  caraélere  de 
l'elprit  humain  qui  aime  à  tout  aggrandir ,  de  penfer  que  l'en- 
chainemenc ,  qui  ne  fait  qu'une  malTe  de  tout  ce  qui  habite  ou 


172  HISTOIRE 

cornpolc  norrc  globe,  hommes,  animaux,  plantes,  élémcns, 
que  le  mouvement  par  lequel  ils  réagirent  les  uns  fur  les  autres, 
6c  fc  précipitent  tous  enfemblc  vers  l'avenir,  n'cfc  pas  borné  à 
notre  globe,  &.  s'eten'l,en  cn-;braiTant  l'iinivers  jafqu'à  la  fpherc 
des  lixes.  Cependant  il  étoit  aifé  de  voir  que  les  événemens  de 
la  vie  des  hommes  èc  des  empires,  ne  rcvenoieat  point  chaque 
année  les  mêmes;  les  levers  5c  les  couchers  des  étoiles  n'ccoient 
donc  pas  propres  aies  annoncer.  On  eut  recours  aux  planètes, 
dont  les  révolutions  di(réreiîtçs,&  quelques-unes  allez  longues, 
onToicnt  des  combinairons  plus  variées. Leurs  retours  à  certains 
points  du  zodiaque,  leurs  conjonctions  entr'ellcs  eurent  des  pro- 
priétés différentes.  On  en  tira  des  périodes  allez  longues  pour 
la  fortune  des  empires  les  plus  durables.  La  plupart  avoient  été 
calculées  pour  l'aftrologie  naturelle,  on  les  appliqua  à  l'aftro- 
logie  juùic'aire.  Dès  qu'on  a  eu  établi  que  le  lever  d'une  étoile 
ou  d'une  planète ,  Ton  afpect  à  l'égard  des  autres  planètes  ,  an- 
noncoit  aux  hommes  une  certaine  deftinéc,  certains  événemei:is 
particuliers,  mais  communs,  il  a  été  naturel  de  croire  que  les 
configurations  plus  rares  fignifioient  des  événemens  extraordi- 
naires, qui  regardoient  les  grands  empires,  les  nations,  les  villes 
dont  la  fortune ,  étant  plus  durable ,  doit  être  limitée  par  des 
phénomènes  que  léparent  de  longs  intervalles.  Enfin  ,  puifque 
les  erreurs  s'enchaînent  comme  les  vérités,  il  a  été  naturel  de 
penfer  que  des  configurations  plus  rares  encore ,  telles  que  la, 
réunion  de  toutes  les  planètes  en  conjon£bion  avec  la  même 
étoile,  qui  ne  fe  renouvelle  qu'après  des  milliers  de  fiecles,  lorl^ 
que  les  nations  fe  font  renouvelées  une  infinité  de  fois,lorfque 
les  ruines  des  empires  fe  font  fuccédées  ,  ne  pouvoient  regarder 
que  la  terre  qui  avolt  fervi  de  théâtre  à  tous  ces  changemens. 
On  a  joint ,  à  cette  idée  fuperftitieufc ,  le  fouvcnir  des  révolu- 
tions que  la  terre  a  éprouvées.  La  tradition  qui ,  chez  certains 

peuples , 


DE     L'ASTRONOMIE.  273 

peuples ,  annonçoic  que  le  monde  dévoie  périr  par  le  feu  y  fut 
également  liée  ;  fc  l'aftrologie  fe  combinant  avec  le  fanatifme, 
on  a  annoncé  que  l'on  étoit  menacé  d'un  déluge  univcrfel,  quand 
les  planètes  fe  réuniroient  dans  le  figne  des  poiflbns  ,  ou  d'un 
embrafement  général ,  quand  cette  conjondlion  arriveroit  dans 
le  ligne  de  l'écrevilTc  ou  du  lion. 

L'aftrologie  judiciaire ,  dans  fon  origine ,  efl  donc  la  fuite  d'un 
fyftême  profond,  qui  fut  l'ouvrage  d'un  peuple  éclairé,  d'un 
peuple  qui  s'égara ,  comme  il  arrive  à  l'homme  qui  veut  s'a- 
vancer trop  loin  dans  les  myfteres  de  dieu  &  de  la  nature.  Il 
feroit  aifé  de  faire  voir  que  toutes  les  erreurs  vulgaires  ,  les 
préjugés  du  peuple  naiflent  des  idées  philofophiques  mal  en- 
tendues, dénaturées  par  la  tradition  orale.  Les  divinités  locales 
&  tutelaires  n'étoient  fans  doute  que  des  emblèmes ,  par  lef- 
qucls  les  philofophes  ont  défigné  les  caufes  fécondes  qui  dé- 
pendent de  la  caufe  univerfelle  {a).  Les  deux  principes,  adorés 
ou  redoutés  dans  la  Perfe,  repréfcntent  au  phyfîque  les  élémens 
qui  fe  combattent ,  au  moral  les  intérêts  qui  fe  croifent ,  les 
pallions  humaines  qui  font  ennemies.  Cette  idée  eft  néç  du 
fpeclacle  d'un  monde  où  tout  eft  en  guerre.  La  circulation  de  la 
matière,  6c  les  êtres  qui  renaiflent  ious  de  nouvelles  formes, 
ont  produit  la  métempfycofe  ,  que  l'on  a  tranfportée  de  la  ma- 
tière aux  efprits  ,  quand  on  a  voulu  concilier  ce  dogme  avec 
celui  de  l'immortalité  de  l'ame. 

M.  l'abbé  le  E.^.ttcux  fait  voir  d'une  manière  très-vraifem- 
blable  ,  que  la  fable  de  Vénus  6c  de  l'Amour ,  fon  fils,  ne  font 
que  les  anciennes  idées  phyfiques  fur  la  formation  du  monde. 
Vénus  eft  la  nuit  qui  précéda  toutes  chofes,  &  dont  la  première 
produclion  fut  la  lumière,  la  chaleur,  l'amour  {b).  Ces  idées 


{a)  Mém.  Acad.  Inf.  tom.  XII,  p.  ij.  i^b)  Mém.  Acad.  Inf.  T.  XXYII.  p.  144. 

M  m 


274  HISTOIRE 

font  étrangement  défigurées!  C'çft  ce  qui  doit  arriver  lorfqu' elles 
font  entre  les  mains  d'un  peuple  qui  ne  les  a  pas  inventées,  qui 
a  perdu,  ou  plutôt  qui  n'en  a  jamais  eu  le  fens  métaphyfique. 
Le  fens  littéral  feul  demeure,  Se  le  même  chez  difFérens  peuples 
produit  des  fables  différentes. 

Ces  idées,  tous  ces  fyftêmes  philofophiques,  nés  Se  répandus 
dans  l'orîfent ,  font  l'ouvrage  du  peuple  antérieur  aux  Indiens  , 
aux  Egyptiens ,  aux  Chaldéens  èc  aux  Chinois.  C'cft  ce  peuple, 
auteur  de  tant  de  périodes  fameufes  ,  &  de  méthodes  aftrono- 
miques  favantes ,  qui  a  fait  aux  hommes  le  funede  prélcnt  de 
i'aftrologie  judiciaire.  Cette  erreur  appartient  exclufivemcnt  à 
rAfie.  Elle  y  eft  de  la  plus  haute  antiquité  ,  elle  y  eft  générale  ; 
&  nous  regardons,  comme  un  principe,  que  les  ufages  généraux 
chez  des  peuples,  également  anciens,  doivent  remonter  à  une 
fource  commune.  Seroit-ce  donc  une  chofe  fi  naturelle  que  l'idée 
de  l'influence  des  aftres  fur  l'homme ,  pour  iuppolcr  que  les 
dilTerens  peuples  ayent  pu  l'avoir  également  &C  féparément? 
Tous  ces  peuples  ont  eu  la  même  idée  de  l'inHuence  des  aftres, 
parce  qu'ils  ont  également  hérité  d'un  peuple  primitif,  &:  qu'ils 
ont  tout  recueilli ,  fes  erreurs  comme  les  débris  de  fcs  con- 
no.  (Tances. 

Chez  ce  peuple  antérieur  &  favant,  il  a  du  exifter  des  phi- 
lofophes  capables  d'erreur,  comme  parmi  nous,  Hobbes  Se  Spi- 
nofa.  Ces  philofophes  ,  de  fyftême  en  fyftême  ,  font  parvenus 
au  matérialilme.  Alors  les  révolutions  du  monde, les  événemens 
de  la  vie  femblerent  périodiques,  comme  les  viciffitudcs  de  l'air. 
On  penia  qu'une  obfervation  ailîdue  pouvoit  donner  les  moyens 
de  les  prédire  ,  &  l'aftrologie  judiciaire  fut  inventée.  Cette 
marche  de  l'efprit  humain  entraîné  par  des  vérités  dans  des 
erreurs,  ce  pallage  de  l'Aftronomie,  qui  règle  les  travaux  delà 
campagne,  à  l'aftrologie  naturelle,  èc  de  celle-ci  à  l'aftrologie  ju- 


DE     L'ASTRONOMIE.  175 

tilciaii-e  nous  paroît  plus  vraifemblable  que  l'opinion  qui  fait 
naître  raftroIo2;ie  de  l'ignorance.  L'ignorance  eft  inerte  &;  fans 
force  progrefTivc.  Elle  eil:  toujours  accompagnée  de  la  fatisfac- 
tion  de  foi-même  ,  &  d'un  fcncimenc  d'orgueil  qui  foumet  tout 
à  elle,  &:  ne  l'alTujettit  à  pcrfonne;  elle  fe  fait  la  reine  des 
animaux  Se  de  la  nature ,  le  centre  de  tous  les  mouvcmens  cé- 
lelles^clle  ne  voit  dans  les  étoiles  que  des  flambeaux  pour  l'c- 
claircr  la  nuit ,  &:  bien  loin  d'imaginer  qu'elle  puiiîc  leur  être 
aillijettiejelle  penfe  que  l'auteur  de  l'univers  n'a  créé  ces  maffes 
énormes  qui  roulent  au  loin  fur  itos  têtes  ,  &:  n'a  fait  une  il 
grande  dépenfe  de  merveilles  ,  que  pour  lui  rendre  ce  foible 
fervice. 

Nous  prévenons  ici  le  reproche  qu'on  pourroit  nous  faire  , 
de  rejeter  fur  la  philofophie  l'horreur  &;  le  mépris  qu'infprre 
l'aftrologie  judiciaire.  Il  faut  diftinguer  l'origine,  de  la  fcience, 
de  l'abus  qu'on  en  a  fait  pour  tromper  les  hommes.  Les  prêtres 
qui  furent  les  premiers  philofophes,  coupables  de  cette  origine, 
ne  le  font  point  de  l'abus.  Comme  hommes ,  ils  furent  fufcep- 
tibles  de  tomber  dans  l'erreur.  La  différence  qu'il  y  a  du  philo- 
fophe  au  vulgaire,  ce  n'eft  pas  que  l'un  foit  incapable  de  s'é- 
garer ,  mais  c'eft  qu'il  examine  fans  ceffe  ,  qu'il  foumet  à  de 
nouvelles  épreuves  les  vérités  les  mieux  établies  ,  tandis  que 
l'autre  ,  fermant  les  veux  à  la  lumière,  fe  tient  opiniâtrement 
aux  opinions  qu'il  a  embrafTécs  lans  examen. 

Remarquons  fur-tout  que  l'idée  de  l'aftrologie  judiciaire  n'é- 
toit  point  abfurde,  dans  la  manière  de  penfer  de  ces  philo- 
fophes. L'aftrologie  eft  une  conféquence  néceftaire  du  matéria- 
lifme.  Dès  que  l'homme  eft  enchaîné  au  mouvement  généra} 
de  l'univers  ,  comme  on  ne  peut  douter  qu'il  n'y  ait  des  période? 
dans  la  nature, ces  périodes  ramènent  les  mêmes  circonftances, 
£c  deviennent  pour  l'homme  des  lignes  contingens  de  fes  aûes 

Mmij 


•i7<f  HISTOIRE 

néceflaires.  L'entreprife  de  découvrir  la  correfpondance,  fup- 
pofée  entre  les  fignes  céleftes  ôc  les  événemcns  du  monde,  étoit 
à  la  vérîré  infcnfée.  Mais  l'efprit  humain,  en  cflayant  fcs  forces, 
ne  connoît  point  leur  portée.  On  tente  tout,  fans  s'effrayer  des 
difficultés;  on  accumule  des  efforts  pendant  des  fiecles  ,  èc  l'on 
ne  reconnoît  l'impoffibilité  du  fuccès  qu'à  la  longue,  èc  par  l'i- 
nutilité des  efforts. 

On  peut  dire  encore  que  l'aftrologie  judiciaire  n'a  pas  été 
préjudiciable  aux  hommes,  tant  qu'elle  n'a  été  qu'une  opinion 
philofophique.  Elle  refta  renfermée  dans  le  fecret  des  tem- 
ples ,  d'où  les  prêtres  n'avoicnt  pas  intérêt  de  la  faire  fortir. 
L'homme  leur  eût  échapé, s'ils  lui  avoient  confié  le  dogme  faux 
qu'il  eff  un  être  dépendant,  dont  la  deftinée  eft  irrévocablement 
fixée.  Ils  n'auroient  plus  eu  d'offrandes  ,  ni  de  facrifices  ;  on 
n'eut  plus  fongé  à  des  dieux  qui  avoient  tout  réglé  d'avance  , 
ou  qui  n'exiftoient  pas.  Il  y  a  apparence  que  dans  ces  temples 
on  faifoit  un  vœu  du  filence ,  comme  dans  nos  monafteres  on 
en  fait  aujourd'hui  de  pauvreté  &  de  chafteté.  Nous  voyons  que 
Pythagore,  qui  avoit  puifé  fa  dodbrine  chez  les  Brames,  prefcri- 
voit  le  filenceàfes  difciples.  Lesmyfteres,  fameux  dans  la  Grèce, 
étoient  lans  doute  une  imitation  des  ufagcs  de  l'Orient. 

Le  matérialifme  ,  qui  fait  la  bafe  de  l'aftrologie  judiciaire  , 
fubfifte  encore  chez  plufieurs  nations  de  l'Afie.  La  plupart  des 
lettrés  à  la  Chine  font ,  dit-on  ,  athées.  Quoique  par  le  culte 
extérieur  les  Brames  femblent  adorateurs  des  idoles  ,  ils  con- 
viennent que  ces  idoles  ne  font  qu'une  repréfcntation  de  l'être 
fuprême  {a).  Ils  difent  qu'il  eft  le  feul  tout  puiflant,  mais  leur 
croyance  tient  beaucoup  de  l'athéifme.  Ils  croyent  la  matière 
éternelle,  variable  feulement  par  les  formes,  &;  produifant  tous 

(a)2end-Avefta,T.l,Difc.ptél.p.  13^.  Holwcl. 


DE     L'  A  S  T  R  O  N  O  Ivî  I  E.  277 

les  êtres  qui  fc  fuccédent.  L'exiftence  d'un  pur  cftirir  ne  leur 
paroîc  pas  po.iible  (a).  "Bernier.  rapporte  que  fcioii  eux  dieu  a 
tout  produit ,  tout  tiré  de  fil  propre  fubftance  ;  le  monde  n'eft 
qu'une  extenilon,&;  tout  retournera  dans  le  fein  de  dieu,lorfque 
le  tems  finira.  Ils  le  comparent  à  l'araignée  qui  file ,  produit 
elle-même  fa  toile,  6c  la  dévore  quand  elle  le  veut  (/>).  L'être  fu- 
prême  Si.  la  nature,  qui  ne  compofent  qu'une  même  fubflance, 
ont  bien  l'air  d'un  pur  matérialifme. 

On  rcconnoît  à  ces  idées ,  mêlées  de  beaucoup  d'abfurdités 
d'un  autre  gentre,  des  erreurs  philolophiques  ,  qu'ils  n'ont  cer- 
tainement pas  inventées.  Elles  viennent ,  comme  tout  le  refte 
de  leurs  antiques  inftitutions  ,  de  ce  peuple  antérieur  dont  les 
Indiens  ,  les  Chinois  &  les  Chaldéens  font  les  débris  (c).  L'é- 
poque de  la  deilruclion  de  ce  peuple  fut  celle  où  l'aftroloo-ie 
commença  à  fe  répandre  j  les  temples  furent  abandonnés  ,  les 
prêtres  fe  difperferent.Les  uns  devinrent  les  lettrés  de  la  Chine, 
les  autres  les  brachmanes  de  l'Inde.  D'autres  fe  retirèrent  dans 
la  Babylonie  inférieure,  011  ils  fondèrent  un  peuple  de  fa  vans , 
qui  porta  le  nom  de  Chaldéen  ,  &  le  donna  à  cette  partie  de 
l'empire  nommée  depuis  la  Chaldée. 

On  remarque  que  les  Chaldéens  étoient  étrangers  {cl).  Cette 
école  fut  en  grande  partie  une  école  d'aftrologie  judiciaire  (  e  ).  Il 
y  a  apparence  que  ces  étrangers ,  devenus  prêtres  à  Babylone  , 
ont  à  la  longue  penfé  que  cette  fcience,  jufqu' alors  ftérile ,  pou- 
voit  être  mife  à  profit  en  impofant  une  taxe  à  la  curiofité.  Ainfi 
la  loi  du  filence ,  qui  étoit  fondée  fur  un  intérêt  général ,  fut 
violée  par  les  intérêts  particuliers.  L'art  fut  divulgué ,  la  pra- 


(j)  Zend-Avcfta ,  loco  chato.  Sincelle  ,  pag.  18. 

(  i)  Bcrnier ,  Toiii.  111,  p.  1}  j.  Supra  ,l.\h.  V,§.  j, 

(  c  )  Supra  j  Liv.  111.  (  e  )  Diodore  ,  Liv.  11. 

(  <^)  Berofc,  Suprù,  Liv.  V,  §.  lï. 


Î-7S  HISTOIRE 

tique  s'en  érendit ,  &;  c'cft  alors  que  naquit  la  doctrine  des  in- 
fluences. Les  phénomènes  des  aftres  qui  n'avoicnt  été  julques-là 
que  des  fignes  contingcns ,  liés  aux  événemens  comme  effets 
fimultanés  ,  &  non  comme  caufes  ,  devinrent  les  agens  de  la 
nature.  Le  peuple  ,  témoin  de  la  manière  dont  on  parvenoit  à 
lui  prédire  le  fort  qui  l'attend,  le  peuple,  entendant  dire  que 
tout  dépendoit  des  aflres,  qui  paroilToient  au  premier  moment 
de  la  vie  ,  brouilla  toutes  ces  idées  ,  les  dénatura  en  les  pliant 
à  fa  manière  de  concevoir.  Il  crut  que,  puifque  les  aftres  étoient 
confuîtés  ,  ils  avoicnt  en  efvet  quelque  pouvoir  lur  l'homme; il 
eut  recours  à  des  influences ,  à  des  émanations  ,  &  il  donna  à 
ces  aftres  un  caraclere  propre.  Saturne  étoit  un  aftre  malheu- 
reux ,  il  verfoit  l'infortune  Se  la  mélancolie  ;  mars  faifoit  des 
guerriers  ;  mercure  ,  des  voleurs  ;  venus  ,  des  libertins  ,  dcc.  On 
étendit  ces  règles  ,  en  attribuant  de  pareilles  influences  aux 
étoiles  ,  aux  degrés  même  du  zodiaque.  Ces  influences  furent 
modifiées  félon  les  difFérens  afpecls.   Mais  les  philofophes  re- 
vinrent de  cette  erreur  ,  foit  en  admettant  de  meilleurs  prin- 
cipes fur  la  divinité ,  foit  en  reconnoifllint  combien  les  obfer- 
vations  étoient  infuffifantes ,  &  les  règles  trompeufes  pour  le 
but  qu'on  s'étoit  propofé.  Du  tems  de  Strabon,  parmi  les  Chal- 
déens,  il  n'y  en  avoit  qu'un  certain  nombre  qui  donnaflent  dans 
ces  rêveries,  les  autres  ne  les  approuvoient  pas  (<2).  Alors  cet 
art  commença  à  tomber  dans  le  mépris  ,  èc  des  gens  fenfés  qui 
l'abandonnoient  au  peuple  ,  ôc  peut-être  de  ceux  même  qui  en 
faifoient  profeffion.   Mais  les  gens  fenfés  ne  difTuaderent  point 
le  peuple  qui  ne  les  eût  point  écoutés ,  &:  les  autres  n'eurent 
garde  de  dire  leur  lecret. 

On  ne  nous  reprochera  point  d'avoir  illuflré  l'origine   de 

(a)  Strabon,  Lib,  XVI ,  pag.  755, 


DE     L'ASTRONOMIE.  279 

cette  fcience  prétendue ,  qui  mérite  ravilifTement  où  elle  cft 
tombée.  Nous  avons  dit  la  vérité  telle  que  nous  l'avons  ap- 
percue.  Mais  en-  la  faifant  naître  d'un  Tyilême  erroné ,  nous 
n'avons  gueres  ennobli  Ton  exiftence.  Née  d'une  erreur,  elle  ell 
digne  de  fa  foUiCe.  Cette  fcience  eft  abfurde ,  même  dans  le 
fyftêmc  du  matérialdme ,  par  les  comoinaifons  infinies  qu'il 
feroit  nécelTliire  de  Toumettre  au  calcul  ou  à  l'obfcrvation.  Son 
objet  embralTe  l'univers  ,  l'éternité,  &i  pour  une  telle  contem- 
plation il  ne  faudioir  pas  moins  que  l'être  laprême,c'cll;-à-dire, 
l'être  que  ce  f^  ftême  n'admet  pas. 

L'aftrologie  n'eft  pas  moins  abfurde  dans  la  fuppqfition  des 
influences.  Comment  a-ton  pu  concevoir  que  les  émanations 
des  aftres,  afFoiblies  parle  long  trajet  qu'elles  auroient  à  faire, 
puflcnt  conferver  aflez  d'énergie  pour  produire  de  fî  grands 
eflets?  Certaines  influences  étant  fuppofées  vraies,  les  aftres 
placés  au  méridien,  c'eft-à-dire,  dans  le  cas  de  leur  plus  grande 
puilTance ,  produiroient  les  mêmes  efi-ets  pendant  un  certain 
intervalle  de  tems.  Combien  d'cnfans,  nés  dans  la  même  heure, 
auroient  donc  le  même  cara£tere  6c  la  même  deftinée  ?  Mais 
en  admettant  encore  tous  ces  agens  occultes  ,  qui  n'exiftenc 
pas  ,  l'aftrologie  ne  pourroit  indiquer  que  les  caracleres  &  les 
pallions,  déterminés  par  ces  influences  au  moment  de  la  naif- 
fance;  elle  n'apprendroit  rien  fur  la  deftinée  qui  dépend  non- 
feulement  des  palLons,  mais  des  circonftances  ou  l'homme  fera 
placé.  La  pratique  de  cet  art  mcnfonger,  établi  fur  de  faux  prin- 
cipes ,  a  donc  été  étendue  plus  loin  que  ces  principes  mêmes 
ne  le  permettent. 

Dans  un  fccle  où  les  fc'ences  &  la  raifon  font  également 
cultivées ,  l'aftrologie  eft  méprifée  ,  &:  n'a  point  de  partifans. 
Cependant  fur  la  fin  du  (îccle  dernier  ua  Italien  envoya  au 
pape  Innocent  XI ,  relativement  à  la  ville  de  Vienne,  alors  af- 


280        HISTOIRE  DE  L'ASTRONOMIE. 

ftégéc  par  les  Turcs  ,  une  prédiction  qui  fut  très-bien  reçue. 
Prefque  de  nos  jours  le  comte  de  Boulainvilliers,  homme  d'ail- 
leurs de  beaucoup  d'efprit ,  étoit  infatué  de  l'aftrologie  judi- 
ciaire (a),  fur  laquelle  il  a  beaucoup  écrit.  Les  efprits  foibles 
font  de  tous  les  tcms  ,  6c  la  crédulité ,  quelquefois  honteufe  &C 
cachée  ,  cH:  toujours  la  même.  Le  prince  n'a  qu'à  avoir  la  foi- 
blefle  de  l'aftrologie ,  les  aftrologues  &  les  croyans  naîtront 
de  toutes  parts.  Tel  eft  le  danger  des  erreurs  qui  flattent  les 
pafîiohs;la  maladie  en  eft  incurable!  Que  d'erreurs  en  phyfique, 
6c  dans  la  plupart  des  connoiflanccs  humaines  ,  fe  font  éva- 
nouies de  defTus  la  terre ,  fans  bruit ,  comme  elles  y  étoient 
venues  ,  &  font  éteintes  pour  ne  jamais  reparoître  !  Mais  celles 
qui  uaiirent  des  pallions  font  durables  comme  elles.  Les  hommes 
de  chaque  âge  s'en  emparent  fuccelTivement;  ils  les  regardent 
comme  des  vérités  néMio-ées  ,  réfervées  à  la  siénération  acluelle 
qui  feule  fliit  les  connoître  de  en  faire  ufagc.  Ainfi  on  cherchera 
la  quadrature  du  cercle,  èc  le  mouvement  perpétuel,  tant  que 
le  vulgaire  croira  qu'il  y  a  des  récompenfcs  attachées  à  leur  dé- 
couverte. L'intérêt  avide  ciîayera  dans  tous  les  ficelés  de  changer 
les  métaux ,  êc  de  transformer  la  nature.  L'amour  de  la  vie  ,  le 
defir  preflant  de  la  prolonger  demandera  la  panacée  univer- 
felle  ;  &  l'inquiétude  non  moins  prciTante  de  l'avenir,  l'impa- 
tience d'ajouter  à  la  jouilTance  du  prélent,  la  connoiflance  de  cet 
avenir,  embelli  par  l'efpérance,  précipitera  toujours  les  hommes 
foibles  dans  l'aftrologie!  mais  le  fage  bornera  fes  defirs  à  fe  rendre 
content  du  préfcnt ,  ce  qui  eft  fouvcnt  aflcz  difficile ,  &  il  ne 
regrettera  point  une  prélcicnce  que  dieu  s'cft  réfervée,  èc  que 
la  fagefte  divine  a  refuléc  à  l'homme ,  parce  qu'elle  feroit  un 
grand  ma!  fur  la  terre. 

{a)  Eacyclopcdie,  Art.  Altrologie, 

ÉCLAIRCISSEMENS, 


ÉCLAIRCISSEMENS, 

DÉTAILS     HISTORIQUES 
ET    ASTRONOMIQUES. 


AVERTIS  SEMENT. 

A  ou  R  rendre  l'hijioirc  de  V  Aflronomie  utile  aux  afironômes  , 
il  f allait  qu'elle  fût  détaillée  ù  difcutée  ;  pour  la  rendre  agréable 
au  public  ,  il  ne  fallait  lui  offrir  que  des  faits  &  une  narration 
fuivie.  Nous  avons  penfé  que  ces  deux  objets  dévoient  être  traités 
féparément.  En  conféquence  nous  avons  préfenté  d'abord  un  récit 
purement  hijiorique  des  faits  effentiels.  C'efi  l'extrait  ô  lafubf- 
tance  d'un  long  travail.  Ces  fans  font  de  deux  efpeces  ;  les  uns 
donnés  immédiatement  par  l'hi foire  ,  les  autres  établis  fur  des 
conjeciures  vraifemblables.  Les  preuves  ou  les  probabilités  ,  qui 
fondent  ces  conjeciures  ,  la  difcujfion  des  faits  contejlés  ,  le  détail 
des  remarques  y  des  réflexions  ,  des  faits  ^  qui  ,  moins  frappans 
pour  le  public  _,  ne  font  pas  moins  intéreffans  pour  les  afironômes  > 
font  réunis  ici  fous  le  titre  d' eclairciffemens  hifloriques  &  afiro- 
nomiques.    Cette  partie  de  l'ouvrage  n'efi pas  la  moins  curieufe  ^ 

Nn 


»8i  ÉCLAIRCISSEMENS 

ù  quoique  defiinée  particulièrement  aux  afironômes  j  la.  lecture 
en  fera  facile  a  quiconque  aimera  ajfe-:^  la  fcience  pour  en  em~ 
braffer  l'étendue  ù  les  détails. 

On  a  fuivi  dans  ces  éclairciffemens  le  même  ordre  que  dam 
Vhifloire  ;  chacun  des  livres  de  cette  féconde  partie  répond  a  un 
livre  de  la  première.  Il  faut  cependant  obferver  que,  comme  le  fécond 
livre  j  où  l'on  expofe  le  développement  des  découvertes  ofirono- 
miques  yn'  avoit pas  befoin  d'être  éclairci^le  fécond  livre  des  éclair- 
ciffemens répond  au  troifeme  de  l'hi foire  ,  ù  ainfi  de  fuite  juf 
qu'au  huitième  qui  répond  au  neuvième.  Nous  avons  ajouté  a  ces 
eclazrcijfemens  un  neuvième  livre  _,  oîi  nous  avons  réuni  ù  comparé 
toutes  les  connoiffances  des  anciens  fur  le  T^odiaque  ,  ù  les  conf 
tellations  du  ciel.  Ces  détails  j  placés  dans  l'hifloire  des  différens 
peuples  ,  auroient  exigé  de  fréquentes  répétitions  ,  ù  n'auroient 
pu  être  fifis  d'un  coup  d'œil.  En  les  rapprochant ,  en  les  pré  > 
fentant  fous  un  point  de  vue  général  ^  on  a  le  tableau  des  con- 
no'Jfances  de  l'Afe  a  cet  égard ^  ù  par  les  connoijjances  communes 
aux  différentes  nations  ^  on  pourra  juger  de  ce  qu'elles  ont  pu  fe 
communiquer  ,  ou  plutôt  de  ce  qu'elles  ont  dû  emprunter  a  la 
fourcc  unique  ù  primitive. 


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ASTRONOMIQUES.  iSj 


LIVRE     PREMIER. 


Des  Inventeurs  de  l' Aflronom'ie  ù  de  fon  antiquité. 

§.     Premier. 

JOSEPHE  attribue  l'invention  de  rAftronomic  à  la  poftérité  de  Seth.  On 
peut  admettre  ce  qu'il  avance  ,  fans  détruire  ce  que  nous  avons  dit  des 
inventeurs  de  l'Adronomie.  La  famille  de  Seth  a  peuplé  TAfie.  Tous  les 
hommes  célèbres  dont  nous  avons  parlé  ,  étoient  fortis  de  cette  branche  du 
genre  humain ,  &  il  efl:  probable  que  lAftronomie  antédiluvienne  eft  fon 
ouvrage.  Voici  le  palTage  où  Jofephe  parle  des  enfans  de  Seih.  "  On  doit 
j>  à  leur  efprit  &  à  leur  travail ,  la  fcienCe  de  l'aftrologie  (  a  )  j  &  parce 
j>  qu'ils  avoient  appris  dAdam  ,  que  le  monde  périroit  par  l'eau  &  par  le 
»>  feu  j  la  crainte  qu'ils  eurent  que  cette  fcience  ne  fe  perdît  auparavant 
s>  que  les  hommes  en  fulTent  inftrults ,  les  porta  à  bâtir  deux  colonnes , 
55  l'une  de  brique  ,  l'autre  de  pierre ,  fur  lefquelles  ils  gravèrent  les  connoif- 
»  fances  qu'ils  avoient  acquifes  ,  afin  que  s'il  arrivoit  qu'un  déluge  ruinât 
>5  la  colonne  de  brique  ,  celle  de  pierre  demeurât  pour  conferver  à  la 
ij  poftérité  la  mémoire  de  ce  qu'ils  y  avoient  écrit.  Leur  prévoyance 
»  réuffit,  &  on  alfure  que  cette  colonne  de  pierre  fe  voit  encore  aujourd'hui 
«   dans  la  6'jrie  .(  é  )  >5. 

Remarquons  l'antiquité  de  cette  idée  fuperftitieufe  ,  que  le  monde  feroit 
détruit  par  le  feu.  C'eft  en  conféquence  de  cette  idée  que  l'on  conft'ruifit 
une  colonne  de  brique.  Cette  idée  renouvelée  par  Berofe  remonte  donc 
aux  tems  avant  le  déluge  ,  fuivant  le  témoignage  de  Jofephe  ;  &  comme 
elle  fuppofe  l'aftrologie  judiciaire  ,  l'aftrologie  naturelle  qui  en  eft  la  fouixe 
èc  l'Aftronomie  plus  ancienne  que  l'une  &  l'autre  ,  on  peut  en  conclure 
quelle  eft  l'antiquité  de  l'Aftronomie  même. 


(iî)  Il  faut  remarquer  que  les  anciens  con-      logie  judiciaire  ,  Se  la  faine   AîtfOUÙÏlTiî'. 
foudoicnt  fous  ce  nom  d'Aftrologic ,  l'Aftro-  (i)  Jofephe,  Liv.  I,  c.  3. 


Nnlj 


i84  ÉCLAIRCISSEMENS 

§.     1  1. 

Il  n'y  a  dans  le  récit  de  Jofephe  que  les  colomnes  de  Syrie  ,  auxquelles, 
félon  M.  Veidier  {a)  ,  il  foit  difficile  d'ajouter  foi.  Quand  Manethon  , 
prêtre  égyptien,  écrivit  l'hiftoire  d'Egypte,  il  confulta  des  colonnes  char- 
gées de  caractères  hiérogliphiques ,  qui  étoient  l'ouvrage  de  Thaut ,  &  qui 
fe  trouvoient  dans  le  pays  de  Ser  (^).  Or  ce  pays  de  Ser  eft  la  haute  Egypte  ou 
l'Ethiopie  (c).  On  croit  queSanchoniaton ,  écrivain  de  l'hiftoire  de  Phénicie,  a. 
puifé  dans  les  mêmes  fources,  Se  parle  d'après  les  colonnes  de  Thaut,  pour  ce 
qui  regarde  l'origine  des  habitans ,  qui ,  comme  les  Egyptiens ,  defcendoient 
des  Atlantes  [d).  Achilles  Tatius  fait  aufTi  mention  de  ces  colonnes  où  les 
Egyptiens  avoient  gravé  la  mefure  du  ciel  &  de  la  terre  (e).  Or  Jofephe 
avoit  lu  Manethon  ,  puifqu'il  en  cite  des  paflages  dans  le  chapitre  V  de  fa 
réponfe  à  Appion  ;  Se  ces  colonnes  de  Seth  reiïemblent  fi  fort  aux  co- 
lonnes de  Thaut  ;  ce  pays  de  Ser  eft  fi  voifm  de  la  Syrie  par  le  nom  ,  que  , 
félon  M.  Veidier  ,  on  peut  foupçonner  que  Jofephe  a  fait  honneur  à  Seth 
&  à  fa  poftérité  ,  de  ces  dépôts  des  connoiflances  humaines  vus  &  confultés 
par  Manethon.  Il  nous  paroîr  que  Jofephe  n'a  rien  avancé  que  de  vraifem- 
blable.  Quand  Sanchoniaton  compofa  l'hiftoire  de  Phénicie  ,  il  confulta  les 
colonnes  de  Thaut,  mais  ce  ne  fut  point  en  Egypte  j  ce  fut  dans  la  Phéni- 
cie. Il  eut  recours  aux  antiquités  même  des  Phrygiens.  Il  y  avoit  donc  dans 
ce  pays  des  colonnes  de  Thaut.  On  peut  dire  qu'il  y  en  avoit  partout.  Les 
livres  des  premiets  hommes  furent  des  pierres.  Le  plus  ancien  des  Thaut  ou 
Mercure  fut  afiatique  ;  fes  écrits  originaux  doivent  donc  être  en  Afie.  Le 
myftere  fuperftitieux  des  prêtres  dépofa  en  Egypte  ,  dans  le*  fouterrains  ap- 
pelés Jïringes  j  des  copies  authentiques  des  principes  des  fci^ces  apportées 
de  l'Afie.  C'eft  ce  que  nous  éclaircirons  quand  nous  ferons  l'hiftoire  de 
Thaut ,  mais  on  peut  en  conclure  d'avance  que  Jofephe  n'a  point  pillé  !Ma- 
nethon  ,  &  parloir  fans  doute  de  monumens  differens. 

§.     III. 

Si  les  Atlantes  font ,  comme  nous  croyon  s  l'avoir  prouvé ,  plus  anciens  que  les 
Egyptiens  5c  les  Phéniciens ,  l'hiftoire  d'Uranus  &:  d'Atlas  confirmera  l'idée 


(a)  Veidier,    Hift.   Aftron.  c.   z  &  4.  ^d)   Pnp.  Evang.    Eufebe,   Lib,   IX  ^ 

(  i  )  Eufebe  ,  in  Ckronico.  Lib.  I ,  p.  6.         pages  31  ,  53- 

(0  Veidkx,  p.  17,  &  l«s  Auteurs  cités.  (f)  /1  Vranolog.  pag.  m. 


ASTRONOMIQUE  S.  2S5 

que  nous  avons  donnée  de  lantiquitc  del  Aihonomic.  Nous  allons  cnexpofer 
les  détails  ;  nous  établirons  enfuite  des  calculs  qui  peuvent,  dans  cettaines 
limites  ,  faire  connoître  le  tems  où  ces  princes  ont  vécu. 

Diodore  de  Sicile  nous  apprend  que  les  Atlantes  habitoient  une  contre^ 
maritime  iSc  très-fertile  ^  c'eft-à-dire ,  fans  doute  cette  île  célèbre ,  l'Atlantique, 
dont  ils  portoient  le  nom.  Les  anciens  ont  dit  de  grandes  merveilles  de 
cette  île ,  &  les  modernes  fe  font  tourmentés  envain  pour  la  retrouver  dans 
quelqu'une  des  parties  connues  de  l'ancien  continent.  Becker  {a)  &  Bec- 
man  {i>)  difent  que  cette  île  ,  fîruée  entre  l'Europe  &  l'Amérique  ,  dans 
rOccan  qui  porte  encore  fon  nom  ,  a  été  engloutie  par  quelque  grande 
révolution  phylique  ,  &:  que  les  Canaries  &  les  Açores  en  font  les  débris. 
Le  célèbre  M.  d'A'iville  (c)  n'eft  point  de  ce  fentimeut.  Il  regarde  l'exif- 
tence  de  cette  ifle  comme  fabuleufe.  M.  Baer  penfe  que  les  chefs  des  At- 
lantes font  les  defcendans  d'Abraham  &  les  fils  de  Jacob.  Il  s'appuye  d'éty- 
mologies  curieufes ,  &  trouve  l'Atlantique  dans  la  Paleftine  [d)  :  fans  adopter 
ici  cette  opinion  ,  nous  voyons  dans  quelques-unes  des  autorités  qu'il  rap- 
porte, la  route  que  les  Atlantes  ont  en  effet  fuivie  pour  aller  peupler  l'E- 
thiopie &  l'Egvpte.  lis  ne  fout  point  venus  de  l'occident  de  l'Afrique , 
comme  Becker  &c  Becman  l'ont  fuppofé.  Ils  y  font  arrivés  par  la  Phénicie 
de  l'Arabie.  Platon  rapporte  qu'ils  fortirent  de  la  mer  atlantique  ,  &c 
qu'ils  envahirent  l'Europe  &  l'Afie  (e).  Il  ajoute  que  cette  irruption  ht 
une  guerre  entre  ceux  qui  habitent  en  deçà  ,  &  ceux  qui  habitent  au  delà 
des  colonnes  d'Hercule  (/).  Or  nous  apprenons  d'Hérodote  [g)  que  la  mer 
qui  eft  par  delà  les  colonnes  ,  la  mer  atlantique  &  la  mer  rouge  font  la 
même  chofe.  Strabon  dit  ég'alement  que  l'Arabie  heureufe  ell  fituée  fur  les 
bords  de  la  mer  atlantique  [h).  Platon  afTure  que  du  tems  de  l'expédition 
des  Adantes ,  la  mer  atlantique  avoir  été  guéable.  Il  eft  donc  très-probable 
que  les  Atlantes  ontfuivi  cette  route  pour  parvenir  en  Ethiopie  &en  Egypte. 
Il  ne  s'agit  que  de  retrouver  les  colonnes  d'Hercule  dans  la  Phénicie  ^  mais 
le  culte  du  foleil  ou  d'Hercule  étoit  très-ancien  àTyr  (i).  11  y  avoir  dans  fes 
temples  deux  colonnes ,  l'une  dédiée  au  feu  ou  au  foleil,  l'autre  aux  nuées 


(  <j  )   Mundus  jubicrraneus.  (  e  )   Plato  in   Timio. 

{b)  Hiftoire  des  Iles  ,  c.   j.  {f)  Plato  in  Critia. 

{c)  Géogr.  ancienne  ,  T.  III,   p.  m.  {g)  Libro  I. 

{d)    M.   Baer  ,   ElTai  hifl.    &   crit.   fur  (k)  Géogr.  Lib.  XYI. 

rAdaatique  des  anciens.  (  /  )  Infrà  j  J.  13. 


I 


i8(;  É  C  L  A  1  R  C  1  S  s  E  M  EN  S 

ou  aux  vents  (û).  Rien  n'étoit  plus  naturel ,  comme  le  remarque  très-bîen 
M.  Baer  ,que  de  nommer  les  colonnes  d'Hercule  pourdcfigner  fon  temple.  Il 
y  avoit  donc  des  colonnes  d'Hercule  partout  où  l'on  avoit  élevé  des  temples 
à  ce  dieu  j  ainfi  il  n'eft  pas  plus  étonnant  d'en  trouver  en  Phcnicie  ,  &  même 
dans  l'Afie  feptentrionale  ,  qu'au  détroit  de  Gibraltar ,  où  fut  l'ancienne 
Gades&  un  fameux  temple  d'Hercule.  Tout  ceci  nous  rapproche  de  l'opinion 
d'Olaùs  Rudbeck.  Nous  verrons  qu'il  place  les  colonnes  d'Hercule  vers  le 
nord.  11  va  plus  loin  ;  il  trouve  dans  la  Suéde  l'Atlantique  des  anciens.  Sans 
adopter  cette  nouvelle  opinion ,  les  nombreux  palTages  que  ce  favant  a  réunis 
&  expliqués ,  pourroient  faire  foupçonner  que  les  Atlantes  font  fortis  du 
nord  de  l'Alîe.  11  y  a  en  effet  des  traditions  qui  les  font  originaires  de  Sci- 
thie  {/>).  Au  refte,foit  que  ces  peuples  ,  fortis  d'une  île  de  l'océan  atlan- 
tique ,  ayent  palfé  dans  le  continent ,  foit  que  partis  du  nord  de  l'Afie  ,  ils 
•  fe  foient,  après  des  fiecles,  étendus  jufques  dans  la  partie  occidentale  de  l'A- 
frique, il  paroît  cerrain  qu'ils  y  fixèrent  leur  habitation.  Le  nom  d'Atlas  , 
qu'a  confervé  la  chaîne  de  montagnes  ,  qui  de  l'efl:  à  l'oueft  fcpare  la  Barbarie 
du  Biledulgerid  ,  l'indique  allez.  Voici  ce  que  Diodore  de  Sicile  rapporte 
de  ces  peuples  (c).  "  Leur  premier  roi  fut  Uranus.  Ce  prince  rafTembla  dans 
»  les  villes  les  hommes  qui  avant  lui  étoient  répandus  dans  les  campagnes. 
»  11  les  retira  de  la  vie  brutale  &  défordonnée  qu'ils  menoient.  Il  leur  en- 
«  feigna  l'ufaee  des  fruits ,  &  la  manière  de  les  garder  ,  &  leur  commu- 
»  niqua  plufieurs  inventions  utiles.  Son  empire  s'étendoit  prefqne  par  toute 
»  la  terre  :  mais  fur-tout  du  côté  du  feptentrion  &  de  l'occident.  Comme 
»  il  étoit  foigneux  obfervateur  des  aftres ,  il  détermina  plufieurs  circonf- 
»  tances  de  leur  révolution.  Il  mefura  l'année  par  le  cours  du  foleil ,  &  les 
»  mois  par  celui  de  la  lune  j  &  il  défigna  le  commencement  &  la  fin  des 
n  faifons.  Les  peuples  ,  qui  ne  favoient  pas  encore  combien  le  mouvement 
j>  des  aftres  eft  égal  &  conftant,  étonnés  de  la  jufteflTe  de  fes  prédirions  , 
»  crurent  qu'il  étoit  d'une  nature  plus  qu'humaine  ,  &  après  fa  mort  ils  lui 
»  décernèrent  les  honneurs  divins  à  caufe  de  fon  habileté  dans  l'Aftronomie, 
»  &  des  bienfaits  qu'ils  avoient  reçus  de  lui.  Ils  donnèrent  fon  nom  à  la 
55  partie  fupérieure  de  l'univers ,  c'eft-à-dire  ,  au  ciel ,  tant  parce  qu'ils  ju- 
55  gèrent  qu'il  connoilToit  particulièrement  tout  ce  qui  arrive  dans  le  ciel  , 
15  que  pour  marquer  la  grandeur  de  leur  vénération  par  cet  honneur  extraor- 
15  dinaire  qu'ils  lui  rendoienr. 

(^)   Hérodote  ,  Lib.  II.  (A)  Myth.  de  l'Abbt  BannicoT.  II,  p.  10. 

M.  Baer,  pag.  48.  (c)  Liv.  III,  Trad.  de  l'Abbé  Tcrraflbn, 


ASTRONOMIQUES.  187 

§.    IV. 

Nous  verrons  bientôt  qu'Uranus  doit  avoir  exifté  peu  de  tems  après  le 
déluge.  Il  ne  peut  avoir  été  l'auteur  de  toutes  ces  iuvencions.  11  faut  croire 
qu'elles  ont  cti  tranfportées  d'un  pays  plus  voifin  du  féjour  des  premiers 
hommes.  Atlas  &  Saturne  furent  les  deux  plus  célèbres  des  enfans  d'Uranus. 
Pline  nous  apprend  qu'Atlas  fut  l'inventeur  de  l'Afironomie  (  a  )  &  de  la 
fphere  (  h  ).  Ici  La  tradition  eft  fi  confiante  ,  &  les  témcigna^es  fi  unanimes , 
qu'il  paroît difficile  de  refuferà  Atlas  quelques  connoilTances  de  l'Aftronomie 
&  de  la  fphere.  "  Les  lieux  maritimes, dit  Diodore  de  Sicile (t) , étant  échus 
)>  par  le  fort  à  Atlas  j  ce  prince  donna  fon  njm  aux  Atlantes  fes  fujets ,  & 
]>  à  la  plus  haute  montagne  de  fon  pays.  On  dit  qu'il  excelloit  dans  l'aftro- 
»  logie  ,  &  que  ce  fut  lui  qui  repréfenta  le  monde  par  une  fphere.  C'eft  pour 
)>  cette  r.iifon  qu'on  a  prétendu  qu'Atlas  portoit  le  monde  fur  fes  épaules  \ 
3>  cette  fable  faifant  allufion  à  fon  invention.  11  eut  plufieurs  enfans  :  mais 
»  H^fperus  fe  rendit  le  plus  recommandable  de  tous  par  fa  piété  ,  par  fa 
»  juftice  &  par  fa  bonté.  Celui-ci  étant  monté  au  plus  haut  du  mont  Atlas  , 
»  pour  obferver  les  aflres  ,  fut  fubitement  emporté  par  un  vent  impétueux  , 
j)  &  o:i  ne  l'a  pas  vu  depuis.  Le  peuple  touché  de  fon  fort,  &  fe  retrouve- 
»  nant  de  fes  vertus ,  lui  décerna  les  honneurs  divins ,  &:  confacra  Çon  nom 
»  en  le  donnant  à  la  plus  brillante  des  planètes  {d).  Adas  fut  aulîî  père  de 
»  fept  filles  qui  furent  toutes  appelées  Adantides  j  mais  dont  les  noms 
»  propres  furent  Maia  ,  Eledre  ,  Taygete  ,  Afterope  ,  Merope,  Alcyone  & 
n  Celœno.  Elles  furent  aimées  des  plus  célèbres  d'entre  les  dieux  &  les 
n  héros  ;  elles  en  eurent  des  enfans  qui  devinrent  dans  la  fuite  auflî  fameux 
j>  que  leurs  pères  ,  &  (jui  furent  les  chefs  de  bien  des  peuples.  Maia,  l'aînée 
»  de  toutes ,  eut  de  Jupiter  un  fils  appelé  Mercure  ,  qui  fut  l'inventeur  de 
j>  plufieurs  arts.  Les  autres  Atlantides  eurent  aufîî  des  enfans  illuffres.  Car 
»  bs  uns  donnèrent  l'origine  à  plufieurs  nations  ,  &  les  autres  bâtirent  des 
»  villes.  C'efl  pourquoi  non-feulement  quelques  batbares  j  mais  plufieurs 
j>  Grecs  font  defcendte  leurs  anciens  héros  des  Atlantides.  On  dit  qu'elles 
«  furent  ttès-intelligentes  ,  &  que  c'eft  pour  cette  raifon  que  les  hommes 
)>  les  regardèrent  comme  des  déelfes  après  leur  mort ,  &  les  placèrent  dans 
^>   le  ciel  fous  le  nom  de  Pléiades  ». 


{a)  Lib   VII.  c.  j6.  (.  d)  Hefpcr  étoic  chez   les  anciens .  le 

{h)  Lib.  II,  c.   8.  nom  de  VénLis,  c]u,ind  elle  paioiiioit  ie  foiï 

(c)  Liv.  m,  pag.  4;j.  après  le  coucher  du lokil. 


^U  É  C  L  A  1  R  C  I  s  s  E  M  E  N  s 

Il  n  eft  pas  iiécelTaire  de  recourir  aux  honneurs  divins  rendus  à  la  fami'.le 
d'Atlas ,  pour  expliquer  les  noms  impofés  à  la  planète  de  Vénus  &  aux  Pléiades. 
Si  Atlas  a  réellement  cultivé  l'Aftronomie  ,  il  paroît  naturel  que  ce  prince  , 
s'appliquant  à  reconnoître  &  à  diftinguer  les  aftres,  leur  ait  donné  des  noms, 
&  fpécialement  les  noms  de  fes  enfans ,  comme  lui  étant  plus  chers  Se  plus 
familiers. 

§.    V. 

M.  Pluche  penfe  (c)  que  Thaut ,  Uranus ,  Saturne  ,  Atlas  ,  &  tous  les 
perfonnages  célèbres  de  la  plus  haute  antiquité  ,  n'ont  jamais  exifté.  Il  pré- 
tend que  les  noms  de  ces  perfonnages  étoient  jadis  des  fignes  fymboliques. 
On  ne  peut  nier  que  fes  idées  &  fes  explications  ne  foient  fouvent  ingé- 
nieufes  ;  mais  on  fait  que  le  pays  des  pollibilités  eft  immenfe  ,  Se  quoique  la 
vérité  y  foit  renfermée  ,  il  n'eft  fouvent  pas  facile  de  l'y  diftinguer. 

M.  Pluche  établit  avec  raifon  que  tous  les  peuples  avant  l'invention  des 
lettres  avoient  une  écriture  fymbolique  ,  ou  des  fignes  caractériftiques ,  qui 
fervoienr  à  conferver  le  fouvenir  des  chofes  mémorables  ,  ou  à  donner  les 
avis  néceffaires  dans  certains  tems  ,   &  à  certaines  clafles  du  peuple.  Le 
peuple  égyptien  ,  un  des  plus  anciens  de  la  terre  ,  eft  le  feul  dont  l'écriture 
fymbolique  nous  été  aittranfmife  par  quelques  monumens.M.  Pluche  croit 
en  conféquehce  que  l'on  doit  trouver  chez  eux  la  vraie  fignification  de  cette 
écriture.  En  effet ,  en  examinant  ce  qui  devoit  arriver  relativement  à  leur  po- 
fition  ,  au  fleuve  dont  le  débordement  rend  leurs  champs  fertiles  ,  aux  diffe- 
rens  tr.^vaux  que  ce  débordement  exige ,  il  retrouve  dans  les  caradteres  qui 
dévoient  annoncer  leurs  fêtes  &  leurs  travaux  ,   l'origine  des  dieux  du  pa- 
ganifme  ,  &  celle  des  noms  donnés  aux  conftellations  &  aux  planètes.  Les 
Phéniciens  adoptèrent  lelon  lui  ces  fignes  fymboliques  ,  &  les  Grecs  les  re- 
curent des  Phéniciens.  L'abus  des  mots  dont  on  ignoroit ,  ou  dont  on  favoit 
mal  la  fignification  ,  fit  changer  ces  caraderes  fymboliques  en  des  perfon- 
nages réels.  M.  Pluche  va  encore  plus  loin.  Il  penfe  que  les  Egyptiens  eux- 
mêmes  s'y  méprirent;  &  qu'ils  révérèrent  comme  des  dieux  les  fymboles 
que  leurs  pères  avoient  inventés.  Ainfi ,  félon  lui ,  le  foleil  étoit  le  figne  re- 
préfentatif  de  l'être  fuprême,  &  Ofiris  le  nom  du  foleil.  Ils  commencèrent, 
en  confondant  le  foleil  avec  l'être  fuprême  ,  par  adorer  cet  aftre,  &  ils  fi- 
nirent par  regarder  Ofiris  comme  bienfaiteur  de  l'Egypte  ,  déifié  après  fa 

(a)   Hiftoirc  du  Ciel,  Tom.  I. 


ASTRONOMIQUES.  û«9 

mort.  Il  eft  difficile  d'imaginer  comment  les  idées  auvoient  pu  fe  dénaturer 
ainll,  chez  un  peuple  il  fjigneux  de  conferver  les  traditions  &  les  principes  de 
fes  anccrres. 

§:    V  I. 

Nous  applaudilTons  à  l'explication  de  quelques-uns  des  noms  donnes  aux 
fignes  du  zodiaque.  NousapplaudllFons  encore  M.  Pluchcjlorfqu'ilpenfe  que 
lesEgyprieiis  ont  donné  lenomdeTIiaautou  du  chien  à  l'étoile  fyrius,  comme 
un  nom  fignihcatif  de  l'ufage  qu'ils  en  faifoient.  Cette  étoile  étoit  l'ann.ince 
du  débordement  du  fteuve,  &  l'avertiflement  de  prendre  les  précautions  né- 
cefTaires  pour  s'en  préferver.  Mais  nous  ne  ferons  point  de  fon  avis,  quand fl 
dira  que  cette  étoile,  ce  chien,  eft  devenu  le  Thaut,  qui ,  chez  les  Egyptiens 
fut  l'inventeur  des  lettres ,  l'inventeur  de  plufieurs  arts,  recommp.ndable  à  la 
longue  poftérité  de  ce  peuple,  par  fes  livres  longtems  confervés ,  &  dont 
peut-être  quelques-uns  exiftent  encore.  Qu'importe  que  les  explications 
ingénieufes  de  M.  Pluche,  nous  falTent  voir  comment  il  feroit  poflible  que 
Thaut  n'eût  jamais  exifté ,  quand  l'hiftoire  ou  la  fable  nous  atteftent  qu'il  a 
vécu?  Si  elles  ne  nous  apprenoient  que  fon  nom ,  nous  en  croirions  tout  ce 
qu'on  voudroit  j  mais  l'hiftoire  nous  dit  en  même  tems  que  Thaut  fijt  l'in- 
venteur des  arts  &  des  lettres.  Il  faut  néceftairement  qiie  les  arts  &  les  lettres 
ayent  eu  un  inventeur  ^  pourquoi  ne  veut-on  pas  que  cet  inventeur  air  porté 
le  nom  de  Thaut?  Comment  imaginer  qu'Atlas,  Orphée,  Linus,  Mufée  , 
à  qui  l'on  attribue  l'invention  des  hgures  &  des -noms  des  conftelkrions ,  font 
des  perfonnages  fintaftiques  qui  n'ont  rien  de  réel  que  le  nom  j  fimulacres,  que 
les  Grecs  ont  placés ,  dit-on  ,  dans  les  ornbres  de  leur  origine.  M.  Pluche 
met  dans  la  même  clalfe ,  Perfée ,  Cephée ,  Caffiopée ,  Andromède ,  Hercule ,  ' 
Jupiter ,  Saturne.  "  Saturne  (*  ) ,  Jupiter ,  auxquels  l;s  poètes  ont  actribué  des 
»  aventures  tragiques,  &  tous  les  accidens  de  l'humanité  j  ces  grands  con- 
3>  quérans  dont  nos  favans  remanient  les  hiftoires,  jufqu'à  pénétrer  dans  le^ 
n  intérêts  de  politique  qui  les  faifoient  agir,  fe  trouvent  être  comme  l'é- 
j>  crevifte  &  le"pricorne ,  comme  la  balance  &  le  fphinx  des  marques,  des 
»  enfeignes ,  des  écriteaux  qui  fervoient  à  diriger  le  peuple,  à  régler  pen- 
»   dant  l'année  les  fêtes  &  les  travaux  »  (  a  )  :  voilà  ce  qui  n'eft  nullement  con- 


{*)  On  ne  peut  douter  de  l'exiftence  de  Capitolin  avoit  porte  prérédctnmen:  le  nom 

■Saturne  ,  puilVju'on  trouve  des  traces  d^  fon  -de  Satumm  ;  Zl  l'Italie  fnèflie  avoir  étc-aji-- 

féjour  en  Italie,   où  il  régna  après  Janus.  pelée  Saturnie.  Denis  d'Halicarn.  Lib.  I. 
Indcpendammcat  des  Saturnales ,  le  Mont  (.a)  Hiftoiie  du  Ciel,Tom.  I,  p.  54^1. 


aço  ÉCLAIRCISSEMENS 

cevable.  Cette  conjefture  peut  être  vraie  à  l'égard  de  quelques-uns  des  per- 
fonnages  de  la  haute  antiquité  ;  mais  les  comprendre  tous  dans  une  explica- 
tion générale,  vouloir  les  anéantir,  &  n'en  faire  que  des  fantômes  mal- 
gré les  témoignages  réunis  des  hiftoriens  de  toutes  les  nations  {a),  nous 
paroît  un  fyftême  infenfé  &c  dénué  de  fondement.  C'eft  un  jeu  ingénieux  \ 
mais  un  abus  de  l'efprit. 

§.    V  1  I. 

Nous  n'admettrons  point  non  plus  l'allégorie  ,  ou  du  moins  nous  ne  l'ad- 
mettrons que  pour  expliquer  une  partie  des  récits,  celle  où  fe  trouve  le  mer- 
veilleux &  les  faits  furnaturels.  11  peut  y  avoir  beaucoup  de  chofes  allégo- 
riques dans  la  vie  &  les  aftions  attribuées  à  Saturne.  Saturne  fera,  h  l'on 
veut,  l'inventeur  de  l'agriculture  &  du  labourage,  nous  confentirons  , 
comme  nous  avons  fait  à  l'égard  d'Hercule ,  que  les  éloges  prodigués  à  cette 
invention  utile,  exprimée  d'une  manière  figurée  &  métaphorique  ayent  pro- 
duit plufieurs  traits  de  la  fable  de  Saturne.  Ses  enfans  cachés  dans  le  fein  de 
la  terre  peuvent  n'être  que  le  blé  qu'il  a  fait  naître  par  la  culture ,  &  qu'il 
renferme  enfuite  dans  la  terre,  en  le  femant.  Mais  ces  fables  font  appliquées 
à  la  vie  d'un  homme  ,  &  non  à  un  être  allégorique  &  imaginaire.  Nous  nous 
en  tenons  au  fentiment  de  M.  l'abbé  Bannier  j  il  penfe  que  les  fables  ne 
peuvent  être  expliquées  qu'au  moyen  de  plufieurs  clefs.  L'allégorie  eft  la 
première  j  l'allégorie  employée  par  les  philofophes  &  par  les  poètes  qui  ont 
parlé  d'une  manière  figurée.  Leurs  difcours  prisa  la  lettre  ont  été  entièrement 
dénaturés  :  ainfi  beaucoup  de  fables  ne  font  que  la  defcription  ou  l'explica- 
tion des  faits  phyfiques  ;  telle  eft  celle  de  l'aurore.  L'allégorie  dans  le  genre 
hiftorique  peut  avoir  produit  les  mêmes  effets  :  témoin  l'hiftoire  d'Hercule  Se 
celle  de  Saturne.  Les  hicrogliphes  fourniffent  une  autre  clef.  Devenus  obfciirs 
par  la  fuite  des  tems ,  ils  ont  préfenté  des  idées  différentes  de  celles  qu'ils 
exprimoient.  Il  ne  paroît  pas  douteux  que  les  hicrogliphes  ne  foient  la 
fource  des  hommes  à  tête  de  chien  ,  de  taureau ,  à  pied  de|;hevre,  &c.  Les 
fables  naquirent  encore  de  l'adoption  des  mots  étrangers.  S'il  y  avoir  des 
mots  femblables  par  le  fon ,  ou  avec  peu  de  différence  ,  chez  le  peuple  qui  les 
adoptoit ,  les  deux  fignifications  fe  font  confondues ,  Se  il  en  réfulte  un  mé- 
lange de  fables  &  de  vérités.  Beaucoup  de  fables  ne  font  que  morales  comme 

(a)  Voyci  la  Mythologie  &  les  Fables  expliquées  pai  l'Hiftoire ,  de  M.  l'Abbé  Bannier. 


ASTRONOMIQUES.  191 

celle  de  Narcîfle.  Enfin  l'Aflronomie  elle-même  eft  une  clef  nécetTaire  à  l'ex- 
plication des  fables.  Les  conftellations  céleftes  en  ont  certainement  produit 
plufieurs.  Les  Grecs  qui  ont  voulu  placer  leur  ancienne  hiftoire  dans  le  ciel,  y 
ont  cherché  des  rapports ,  &  auront  imaginé  ce  qui  manquoit,  pour  que  les 
faits  cadralfent  avec  le  nombre  Se  l'efpece  de  ces  conftellations.  Nous  avons 
vu  que  plus  anciennement  le  cours  du  foleil ,  les  douze  fîgnes  du  zodiaque, 
les  femaines  de  l'année,  les  jours  de  la  femaine  avoient  été  défignés  d'une 
manière  allégorique.  On  peut  conclure ,  comme  M. l'abbé  Bannier  {a) ,  que 
de  tous  les  fyftcmes  qui  ont  été  faits  pour  rendre  raifon  de  la  mythologie ,  il 
n'y  en  a  aucun  dont  on  ne  puilfe  tirer  quelque  chofe  de  vrai  ;  mais  qu'on  ne 
doit  pas  tenter  de  renfermer  toutes  les  fables  dans  une  explication 
générale.  Elles  font  l'ouvrage  de  plulîeurs  fiecles ,  créées  &  augmentées  par 
différentes  caufes  &  dans  ditférens  pays.  Un  nouveau  fyftême  à  cet  égard, 
ne  fera  point  meilleur  que  ceux  qui  ont  été  propofcs  julqu'ici ,  dès  qu'il  fera 
général. 

§.     VII  L 

Nous  nous  femmes  attachés  à  combattre  les  fyftêmes  dont  le  but  efl:  de 
détruire  l'exiftence  d'Uranus  Se  de  Saturne,  parce  que  l'exiftence  d'Atlas, 
inventeur  de  la  fphere  ,  eft  attachée  à  celle  de  ces  deux  perfonnages.  Philon 
de  Biblos ,  tradudteur  de  Sanchoniaton  accufoit  les  Grecs ,  fuivant  le 
témoignage  d'Eufebe ,  d'avoir  traduit  en  froides  allégories  l'hiftoire  des 
anciennes  divinités  qu'on  adoroit  dans  leur  pays ,  Se  les  reprenoit  d'avoir 
voulu  expliquer  par  les  phénomènes  de  la  nature  des  faits  très-réels ,  &  des 
événemens  trés-véritables  (é).  Ainfi  Philon  reprochoit  dès-lors  aux  Grrecs 
ce  q^e  nous  fommes  encore  plus  en  droit  de  reprocher  à  2vl.  Pluche  , 
5c  à  ceux  qui  feroient  de  fon  fentiment.  Sanchoniaton  eft  un  écrivain  très- 
ancien  j  il  vivoit  avant  la  guerre  de  Troye  ,  on  croît  même  dy  rems  de 
Sémiramis,  ce  feroit  environ  zioo  ans  avant  J.  G.  Philon  dit,  que  San- 
choniaton j  homme  fore  Javant  &  de  grande  expérience  ,fouhaitant  extrêmement 
de  connaître  les  hijioires  de  tous  les  peuples  t  avait  fait  une  perquifaion  exacle 
des  écrits  de  Thaut ,  perfuade  que  ^  comme  inventeur  des  lettres  &  de  l'écriture  , 
Thaut  était  le  premier  des  kijloriens  (  c  ) . 


(a)  Acad.  des  lufcrip.  Tom.  XII ,  p.  9.  Orit^ine   des  Lois  Se  des  Arcs,  Tom.  I , 

(  i  )  Diiierration  de  M.  Goguec ,  fur  l'au-       psç-   3  j9- 
benticité  da  frag:nenc  de  Sanchoniaton.  (  c  )  Ibidem. 

Coi] 


ij,i  ÉCLAIRCISSEMENS 

Sanclioniatoii  étoit  donc ,  relativement  à  nous ,  trcs-voifni  des  tems  dont 
il  faifoit  l'hiftoire  j  &  nous  voulons  connoirre  mieux  que  lui  les  chofes  dont 
il  parloit!  Ciceron ,  Vitruve,  Eufebe,  Saint-Au^ullin  {a)  qui  en  étoient 
plus  pioches  que  nous,  qui  puifoient  dans  une  infinité  de  fources  de  l'anti- 
quité qui  nous  manquent  aujourd'hui,  croyoient  qu'Atlas  étoient  un  perfon- 
na<ye  réel,  que  la  fable,  qui  lui  fait  foutenir  le  ciel,  avoit  trait  à  une 
invention  remarquable  ,  à  l'invention  de  la  fphere,  &  nous  voulons  juger  de 
Kécrivain  phénicien  qui  raconte  le  fliit,  &c  les  anciens  qui  ont  cru  devoir  s  en 
rapporter  à  lui  ! 

On  croit  que  la  fphere  n'étoit  pas  connue  dans  le  rems  où  les  poètes  fai- 
foient  mention  de  la  fable  d'Atlas.  Mais  cette  connoilTance  eft  antérieure 
dans  la  Grèce,  à  Homère  &  à  Héfiode.  Elle  étoit  encore  bien  plus  ancienne 
dans  le  refte  du  monde;  Se  la  tradition  de  l'invention  de  la  fphere  auroitpu 
paiïer  dans  la  Grèce  avant  le  tems  où  la  fphere  elle-même  y  a  été  portée. 
C'étoit  une  opinion  alTez  naturelle ,  que  les  montagnes  qui  s'élèvent  jufqu'aux 
nues  foutiennent  le  ciel.  Nous  n'ignorons  point  qu'Héfiode  (A)  a  dit  :  Atlas 
foutient  le  ciel  aux  extrémités  du  monde;  qu'Komere  (c)  regarde  les  mcn- 
tZ'gnes  comme  de  grandes  colonnes  qui  unilTent  le  ciel  à  la  terre.  Mais  on 
ne  peut  rien  inférer  de  ceci,  ni  contre  l'exiftence  d'Atlas ,  ni  contre  fés  con- 
noilFances  aftronomiques.  C'eft ,  peut-être,  au  contraire  la  fable  d'x\das  qui 
a- donné  naiffance  à  la  figure  poétique  d'Héfiode,  employée  depuis  par  tant 
d'autres  poètes.  Si  la  barbarie  détruifoit  jamais  la  plupart  de  nos  livres  &  de 
nos  connoifTances  ,on  pourroit  dire  également  que  toute  l'hiftoire  des  travaux 
aftronomiques  de  Ticho-Brahé ,  eft  fondée  fur  ce  qu'il  habitoit  une  ville 
appelée  Uranibourg ,  la  ville  du  ciel.  Concluons  donc  que  la  fable  parlant 
réellement  d'un  prince  nommé  Atlas ,  &  d'un  prince  occupé  de  l' Aftronoqpie , 
on  ne  peut  s'empêcher  d'y  reconnoître  l'invention  de  la  fphere,  exprimée 
d'une  majiiere  très-claire  &  très-caradtérifée. 

§.     I  X 

Aya  NT  établi  l'exiftence  •vraifemblable  d'Atlas ,  il  s'agit  d'eftînTer  le  tems; 
où  il  a  vécu.  Nous  difoiis  eftimer ,  car  ou  ne  nous  demandera  point  des  cal- 
culs rigoureux,  ni  des  dates  précifes.  M.  Veidler  (d),  cite  un  paftage  de 

(  a  )  Quiji.   Tufcul.  Lib.  V  ,  pag.  5 .  De  civicatc  Dci ,  Lib.  XVIII ,  c.  8. 

Architecl.  Lib.  VI,  pag.  10.  {h)  Théogonie,  v.   çi?- 

In  Chronk  ^  libro  fecundo  ,  ad  annum  (  c  )  Homère  Odyfice,  v.  jj. 

Î7S.  C*^)  Page  10. 


ASTRONOMIQUES.  193 

SiiiiLis,  d'où  il  conclut  qu'Atlas  vivoit  onze  âges  avant  la  guêtre  de  Troye. 
Mais  Suidas  ne  dit  pas  cela.  11  fait  Atlas  plus  ancien  que  la  guerre  de  Troye, 
d'onze  âges  d'hommes ,  8c  de  fix  générations.  Orpheus  ex  Lebethrîs  ThrdcU 
orinndus  {  Lebithra  autcm  eft  urhc^  PierU  vicina)  ^  Œagii  &  Calliopes  fdlus. 
(P.i^aer  verbfuit  quintus  ab  Atlante ,  ex  Alclone  unâ  filiarum  ejus.  Vixk  nnde- 
c':m  atatihus  ante  bcllum  trojanum  :  ipfumque  Lini  Difcipulum fuijfe  dicune  j 
6-  novem  œtates  vixijfe ;  ai'ii  verb  undecim  [a).  Vixit  ne  peut  fe  rapporter 
à  Atlas.  Il  fe  rapporte  vlfiblement  à  Orphée  qui  fur  le  difciple  de  Linus' 
(Eagsr  quintus  ab  Atlante  ne  peut  fignilîer  que  le  cinquième  des  defcendans 
d'Atlas  par  Alcione  l'une  de  fes  filles.  Si  CEager  fut  le  cinquième,  Orphée 
étoit  le  fixieme.  Atlas  doit  donc  avpir  précédé  la  guerre  de  Troye  de  onze 
âges  d'hommes ,  &  de  fix  générations.  Un  âge  félon  les  anciens  étoit  d'un 
fiacle  (^).  A  l'égard  des  générations,  on  en  comptoir  trois  pour  un  fiecle.  Il 
s'enfuit  donc  qu'Atlas  a  vécu  environ  i  300  ans  avant  la  guerre  de  Troye , 
qui  fut  prife  vers  l'an  1 3  00.  Donc  le  fiecle  d'Atlas  feroit  vers  2600  ans  avant 
J.  C.  Il  l'on  pouvoit  s'en  rapporter  à  la  tradition  confervée  dans  ce  palTage, 
6c  qu'on  n'eût  pas  des  raifons  de  croire  Atlas  plus  ancien. 

§     X. 

Nous  trouvons  d'autres  induc'lions  fur  cette  époque  dans  ce  qui  nous  a  été 
tranfmis  fur  la  famille  d'Atlas.  Diodore  de  Sicile  rapporte  [c\  deux  infcrip- 
tions  qu'il  ne  fera  pas  inutile  de  tranfcrire  ici,  infcriptions  gravées  en  carac- 
tères hiérogliphiques  fur  deux  colonnes,  dans  la  ville  cle  Nife  en  Arabie. 
Diodfhe  les  avoir  vraifemblablement  copiées  lui  -  même  fur  les  monumcns 
qui  fubliîloient  encore  de  fon  rems,  (t/) 

]e  fuis  Ifis  ,  Reine  de  tout  ce  pays  :  j'ai  été  injlruite  par  Mercure;  nul 
ne  peut  abolir  nus  loix.  Je  fuis  la  fille  aînée  de  Saturne ,  le  plus  jeune 
des  Dieux.  Jefuisjccur  &  femme  du  Roi  Ofirls  :j'ai  donné  la  première 
aux  hommes  l'ufage  des  fruits.  Je  fuis  mère  du  Roi  Orus  :  je  me  levé 
avec  l'étoile  de  la  canicule.  C'eft  moi  qui  ai  bâti  la  ville  de  Bubajle. 
Rejouife^-vous  ,  Egypte,  qui  m'ave-^  nourri;. 


{a)  Suidas,  Leiicon,  édir.  <îcKufl:er,  (d)  On  voit  encore,  dit-il,  dans  cetK  ville 

au  mot  Orfheus.  deux  colonnes,  &c.  Il  ajoure  eufaite :  voilà 

(i>)  Ovide  ,  Mctam.  tib.  XII.  ce  iiu'on  peur  lire  de  ces  deux  infcripcions, 

Ciceron,    de  Seneciute.  catlctcmsaetFacélereftc.Cesiiwtsindiqucac 

(.■)Liv.  I,  p.  Jî-  au  moins  quelles  eïiftoien:  de  fou  tenw. 


2j,4  É  C  L  A  I  R  C  I  s  s  E  M  E  N  s 

l'ài  pour  père  le  plus  jeune  de  tous  les  Dieux.  Je  fuis  le  fils  aine  de 
Saturne ,  forme'  de  fou  plus  pur  fang ,  &  frère  du  Jour.  Je  fuis  le  Roi 
Ofifis  qulfuivi  d'une  armée  nombreufe  ,  ai  parcouru  la  terre  ,  depuis 
les  fables  inhabités  de  l'Inde  {a)  jufqu'aux  glaces  de  l'Ourfe  ,&  depuis 
Les  fources  de  l'Ijler  if)  jufqu'aux  rivages  de  l'Océan,  &  j'ai  porté 
par  tout  mes  découvertes  &  mes  bienfaits. 

Un  philofophe  (c)  a  penfé  que  ces  infcriprions  écoient  l'ouvrage  des 
Grecs  j  mais  ils  n'auroienr  pas  ditt[ue  Saturne  étoit  le  plus  jeune  des  dieux, 
puifque  dans  leur  Mythologie  il  étoit  prefque  le  plus  ancien.  Les  Grecs  d'ail- 
leurs n'avoient  point  d'intérêt  de  drelfer  des  infcriptions  en  l'honneur  de 
perfonnages  qui  ne  leur  appartenoient  point. 

Ces  deux  infcriptions  dépofent  pour  l'exiftence  d'Ifis  &  d'Ofiris  ,  qui 
étoient  les  entans,  de  Saturne  ou  de  Cronos.  Diodore  {d)  &i  Sanchoniaton  [é) 
nous  apprennent  que  ce  Chronos  étoit  frère  d'Atlas.  Mais  aucun  de  ces  per- 
fonnages ne  fe  trouve  dans  les  dinafties  des  anciens  rois  d'Egypte  ,  qui  nous 
ont  été  confervées  par  Maiiethon  ,  Hérodote  ,  Jules  Africain  ,  ApoUodore, 
&c.  Donc  ils  doivent  être  plus  anciens  que  les  premiers  rois  d'Egypte  \  & 
ils  appartiennent  au  tems  qui,  fuivant  la  tradition  égyptienne  ,  a  été  celui 
du  règne  des  dieux.  Or  le  P.  Pezron  fixe  la  date  du  règne  de  Menés ,  pre- 
mier roi  d'Egypte  ,  à  l'an  du  monde  1904,  19(^9  ans  avant  J.  C.  :  c'eft 
donc  antéiieurement  à  cette  époque  que  doit  être  placé  Atlas.  Remarquons 
qu'Ifis  doit  êcre  très -ancienne  ,  puifqu'elle  a  enfeigné  aux  hommes  l'ufage 
des  fruits.  Remarquons  de  plus  que  dans  ce  tems  très-reculé  ,  la  mr^ilp  , 
c'eft-à-dire  ,  l'étoile- fyrius  &  la  conftellation  de  l'ourfe  étoient  connues  , 
que  celle-ci  même  l'éroit  depuis  long-tems  \  car  on  avoir  déjà  obfervé  que 
le  foleil  ne  s'en  approchoit  jamais  ,  &  que  les  contrées  qui  avoient  cette 
eonftellation  au  zénith  dévoient  être  très-froides.  En  admettant  l'exiftence 
d'Ifis  &  d'Ofiris  ,  nous  ne  prétendons  pas  admettre  toutes  les  fables  dont  la 
tradition  a  chargé  leur  hiftoire.  Mais  il  nous  femble  que  fi  l'on  n'eft  pas  pré- 
venu d'un  doute,  qui  eft  ici  hors  de  place  ,  ou  aveuglé  pat  l'efprit  de  fyftême. 


(a)   L'Inde,    choit    l'Échiopie.     Am(i  (  c  )  M.  ds  P.  Recherches  Pliilorophiqiics 

Ofuis  régnoic  dans  l'Ethiopie,  ou  dans  la  finies  Égyptiens  &  les  Chinois,  Tom.  I , 

haute  Egypte.   Voye'^M.  D.inviUe,    Gcog.  pag.  44'^- 

ancienne  ,  Tom.  III,  pag.  47.  (à  )  Liv.  III ^  p.  4jî- 

Herbclor,  Bib.  Orien.  art.  Hcnd,  p.  447-  ('' ;   Fragment   de  Sanchoniaton.   Four- 
té)  Le  '0,-,,iu!";.                       >  niout ,  RéHexions  Critiaues ,  pag.  ij. 


ASTRONOMIQUES.  195 

en  ne  peut  s'empêcher  de  reconnoîae  ,  au  ftyle  de  ces  deux  infcriptions , 
qu'elles  ont  été  dédiées  à  des  bienfaiteurs  du  genre  humain,  qui  ont  vécu 
dans  des  tems  éloicjnés  &  bien  antérieurs  à  toutes  les  hiftoircs. 

§.     X  I. 

ÎL  paroît  donc  certain  qu'Atlas  a  vécu  plus  de  50C0  ans  avant  l'ère  chré- 
tienne ,  en  fuppofanr  avec  le  P.  Pezron  que  Menés  ait  régné  iQfî^j  ans  avant 
cette  époque.  11  eft  aire  même  de  faire  voir  qu'Atlas  doit  ctre  plus  ancien  , 
en  confultant  la  chronologie  égyptienne,  &  en  elTIiyant  de  concilier  les  dif- 
férens  récits  des  hiftoriens. 

Nous  demandons  qu'il  nous  foir  permis  d'entrer  ici  dans  quelques  recher- 
ches chronologitjues ,  qui  prouveront  encore  davantage  l'antiquité  de  rafrro- 
nomie  ,  &  qui  prouveront  de  plus  combien  cette  fcience  peut  être  utile  pour 
concilier  les  durées  qui  paroilTenc  les  plus  contradi<ftcires. 

Notre  principe  eft  que  les  anciens  peuples  ont  fait  ufage  pour  mefurer  la 
tems  ,  de  diffcrens  intervalles ,  de  différentes  révolutions  qui  toutes  égale- 
ment ont  été  appelées  années.  Il  eft  prouvé  par  les  témoignages  d'une  foule 
d'auteurs,  [a)  qu'il  y  a  eu  des  années  d'un ,  de  deux  ,  de  trois  &  de  fix  mois , 
particuliérem.ent  chez  les  Egyptiens.  Il  nous  paroît  naturel  que  les  anciens 
ayent  employé  aulTi  la  révolution  de  la  lune  à  l'égard  des  étoiles  de  27  '  S  ""j 
parce  que  c'eft  la  première  qui  a  du  être  connue.  Vitruve  &  Macrobe  fui- 
vent  cet  ancien  ufage  ,  quand  ils  nous  donnent  la  révolution  de  la  lune  de 
a8  '  (/•)  en  nombre  ronds.  La  chronologie  des  Chaldéens  nous  prouvera 
fuffifamment  que  l'on  a  compté  les  années  par  les  jours  ^  (c)  on  le  prouve  d 
l'égard  des  anciens  Egyptiens  par  le  pafTage  fuivant  :  huic  [^Mercwio)  fucccjjît 
in  regno  fulcanus,  dksque  mille  fexcentos  ocloginta  ,  hoc  ejl ,  annos  4  ,  menjis 
7,  dies  3 ,  regnavlt  ;  nefciebant  enim  thm  JËoypui  annos  dtfinire  ;fcd  unlus  dki 
fpatium  annum  appellabant.  id)  Les  Sauvages  comptent  encore  une  nuit  pour 
une  année,  [c]  Mais  ce  n'eft  pas  tout  :  il  paroît  qu'il  y  a  eu  des  peuples  qui 
n'ont  point  connu  notre  jour  artificiel  compofé  d'un  jour  &  d'une  nuit,  & 
qui  ont  diftingué  dans  cet  intervalle  deux  révolutions  ,  celle  du  jour  &  celle 


(  <j  )  Plutarque  ,  Pline  ,  Suidas ,  Diodore ,  (c)  Infra  ^  Éclaire.  Liv,  V,  § .  1 1  &  lui v, 

Eudoxe  ,  &c.  Voyei  aujfi  Sincelle  5:  Palephate. 

(i)  Viruive  j  Archit.  Lib.  TX  ,  p.  4.  {d)  Chron.  Alex.  p.   loj. 

Macrobe,  Somnium  Scipionis ,    Lib.  I,  t,  e  )  Lafficcau  ,    McEurs   des  Sauvages, 

«.  i>,  T.  U.  P.  130. 


i„,^  É  C  L  A  I  ?v  C  I  s  s  E  M  E  N  S 

ck  L  iniir.  L'aiicienaa  énigme  de  Cléobule  ,  en  donnant  à  chaque  mois  C>o 

enfans ,  femble  faire  alliilîon  à  cec  uiage: 

Ejl  unus  genilor  cui  bis  fex   ordine  nati 

Et  fdxaginca  nati  ,  fcd  àifpare  forma. 

Ca-Mida  namque  harum  pars  dura. ,  &  altéra  nrgra  efi : 

Cunct&  immortdies  ,  morientes  attamcn  omrxs  (  a  ). 

D'ailleurs  ia  divifion  mcme  du  jour  en  quatre  parrie^L^  de  la  nuit  en  quatre 
veilles ,  diftingue  exprelTsment  la  nuit  du  jour  &  prouve  qu'on  les  a  confidé- 
rés  chacun  en  particulier  comme  une  révolution.  Cette  divifion  vient  de 
celle  de  l'année  en  quatre  faifons  qui  furent  appelées  hors ,  nom  qui  a  été 
appliqué  aux  parties  du  jour,  même  après  qu'on  eut  adopté  la  divilîon  fexagéfî- 
male.  Les  lieures  font  les  faifons  du  jour.  Si  les  anciens  n'avoient  confidéré 
le  jour  artilîciel ,  d'un  lever  du  foleil  à  l'autre  ,  que  comme  un  feul  inter- 
valle ,  ils  l'auroient  divifé  en  quatre  parties  comme  l'année  :  mais  au  con- 
traire ils  ont  donné  quatre  parties  au  jour,  &  quatre  veilles  à  la  nuit,  ufage 
qui  fut  celui  des  Romains  ,  &  particulièrement  &:  très-anciernement  celui 
des  Indiens  :  d'où  il  fuit  que  quelques-uns  des  anciens  peuples  ont  pu  comp- 
ter deux  révolutions  ou  années ,  &  même  jufqu'à  huit  pour  un  jour  de  14 
heures ,  félon  qu'ils  t'auront  confidéré  comme  partagé  en  deux  ou  en  huit 
intervalles.  Cette  méthode  de  compter  le  rems  parles  divifions  du  jour, 
nous  paroît  avoir  fa  fource  dans  la  vanité  nationale  qui  a  voulu  reculer  fon 
orio-ine.  Les  Indiens  femblent  avoir  été  plus  loin  à  cet  égard  que  les  autres 
peuules.  Le  jour  chez  eux  avoir  une  infinité  de  fubdivilîons  :  ils  ont  calculé 
le  nombre  de  ces  fubdivifîons ,  renfermé  dans  le  nombre  connu  des  an- 
nées écoulées  depuis  certaijie  époque  ,  &  ils  ont  enfuite  donné  le  nom- 
bre infini  de  ces  fubdivifions  ,  comme  celui  des  années  de  leur  exiftence. 
Quand  un  peuple  nous  dira  vaguement  qu'il  exifte  depuis  une  infinité  de 
millions  d'années  ,  nous  y  reconnoîtrons  aifément  le  langage  de  la  vanité  & 
du  menfonge;  mais  quand  les  Indiens  affirmeront  que  depuis  le  déluge  juf- 
qu'à l'époque  de  l'hegire  ,  il  s'eft  écoulé  720(534441715  jours  ,  ce  nombre 
ainfi  détaillé  n'a  point  l'air  d'un  nombre  tait  à  plaifir.  lies  nombres  ima- 
ginés approchent  plus  des  nombres  ronds.  Nous  ne  pouvons  nous  empê- 
cher de  penfer  que  ce  font   de  très-petites  fraétions   de  jour  ,  qu'ils   ont 
prifes  pour  des  jours  par  erreur  ou  par  vanité. 

(a)  Diogcncs-Laerce  ,  Lib.  I ,  §.  ji.  Jablonski,  Pandieon,  Proleg.  pag.  113. 

§.    X  1  L 


I 


ASTRONOMIQUES.  197 

§.    X  I  I. 

Cela  pofc,  Bcrofe  {a)  nous  apprend  que  fuivant  les  antiquités  bal-!ylonien-< 
nés,  il  s'ctoit  écoulé  1 10  fares  avant  le  déluge.  Il  nous  dit  en  même  tems 
que  le  fate  étoit  de  3  (îoo  ans ,  ce  qui  feroit  45 1000  ans  :  mais  il  e(i  évident 
que  Bérofe  s'eft  trompé  dans  cette  évaluation.  Sare  étoit  un  mot  générique 
comme  année  ;  l'un  &:  l'autre  lîgnihoient  en  général  révolution.  Il  eft  fi  vrai 
que  ce  nom  étoit  appliqué  également  à  plufieurs  révolutions  ,  que  Suidas 
nous  en  fournit  une  évaluation  fort  diftérente.  {b)  Selon  lui  ,  le  fare  étoît 
de  lii  mois  lunaires  :  AI.  Freret,  (f)  en  adoptant  cette  valeur ,  trouve  que 
les  I20  fares  qui  fe  font  écoulés  avant  le  déluge  ,  répondent  à  2KJ5  ans  fo- 
laires  ;   ce  qui  s'éloigne  peu  du  calcul  des  Septantes  qui  comptent  2142  ans 
entre  la  création  du  monde  &  le  déluge.  On  peut  même  tirer  de  ce  palTage  im 
accord  plus  fingulier  :  ixofari ,  {i)  dit  Suidas ,  conjlituunt  annos  iiii, juxtâ 
Chaldeorum  calculurriy  nempè  faros  confiât  2  2Z  menfibus  lunarihus,  quifum  iS 
anni  cumfcx  menfibus.  Il  eft  clair  que  les  auteurs  copiés  par  Suidas  connoif- 
foient  la  valeur  artribuée  au  fare  avant  le  déluge  j  il  eft  clair  qu'ils  ont  fait 
eux-mêmes  le  calcul  des  i  20  fares.  Si  l'on  a  cru  que  Suidas  s'étoit  trompé , 
en  rapportant  que  222  mois  lunaires  faifoient  1 8  ans  &  demi ,  &  en  alfurant 
que  les  1 20  fares  compofoient  2122  ans  ,  c'eft  qu'on  n'a  point  filt  actentioa 
que  ces  années  fontlunaires:  222  mois  lunaires  font  18  années  lunaires  &  fix 
mois  ,120  fois  1 8  ans  &  demi  ne  font  à  la  vérité  que  2220  ans  j  mais  comme 
l'année  lunaire  eft  de  5  54  i  S  "^  environ ,  c'eft  pour  tenir  compte  de  ces  Si", 
qui  en  18  ans  &  demi  ,  font  6  i,  que  Suidas  a  ajouté  deux  ans  de  plus.  M. 
Halley  (c)  a  jugé  que  le  paflage  de  Suidas  étoit  corrompu  ,  «Se  qu'il  falloit 
lire  213  mois  lunaires ,  mais  il  eft  vifible  que  le  pa(T!ige  entier  ne  le  permet 
pas.  M.  Freret ,  au  contraire ,  à  qui  on  doit  une  intînité  de  remarques  qui 
ont  trait  à  l'aftronomie  ,  a  penfé  (/)  que  les  Chaldéens  avoient  deux  périodes 
appelées yârcj,  toutes  deux  cornpofées  de  mois  lunaires ,  l'une  de  223  mois, 
qui  n'étoit  employée  que  par  les  aftronomes  ;  l'autre  qui  fervoit  à  l'ufage  ci- 
vile ,  étoit  de  18  ans  lunaires  intercalés ,  c'eft-à-dire,  dont  fix  années  étoient 
de  15  lunes  j  enforte  que  la  période  entière  étoit  de  222   lunaifons  :  ce 
qui  eft  vraifemblable  &  conforme  au  rapport  de  Suidas.  Il  eft  évident  par  ce 


(a)   Sincclle  ,  pages  17,30,38.  (<f)  VeiJlcr,  pag    44. 

(i)  Lexicon  ,  au  mot  :a.y.'.  (f  )  Tianf.  phil.  n".  194. 

(c)  Dcf.  de  la  Chron.  pag.  135.  (/)  Mcm.  Acad,  luf.  T.  XVI ,  p.  io8. 

Pp 


iî>8  ÉCLAIRCISSEMENS 

pafTage  de  Suidas  combiné  avec  celui  de  Bérofe,  qu'avant  le  déluge  ,  i".  on 
avoit  la  connoiirance  de  l'année  lunaire  de  354'  S^:  1°.  qu'on  avoir  auflî 
celle  des  fares  dezii&deiij  mois  lunaires:  3°.  que  dans  cette  antiquité  on 
fe  fervoit  de  ces  cycles  pour  mefurer  les  tems  civils:  4°.  que  l'efpace  donné 
par  les  antiquités  babyloniennes  entre  la  création  &  le  déluge  ,  eft  conforme 
à  celui  que  donnent  les  Septantes  5  fur-tout  fi  l'on  y  ajoute  les  i  lo  mois  ou 
les  10  années  lunaires  qui  réfultent  de  l'erreur  d'un  mois  fur  l'évaluation  du 
fare. 

§.     XIII 

L'ancienne  chronique  égyptienne  {a)  compte  3(^515  ans ,  favoir,  30000 
ans  pour  le  règne  du  foleil  i  39S4  ans  pour  celui  des  douze  grands  dieux  j 
ziy  ans  pour  celui  des  huit  demi  -dieux  •,  enfin  1314  ans  pour  le  refte  du 
tems  écoulé  jufqu'à  Nedanebus.  Les  30000  ans  du  règne  du  foleil  appar- 
tiennent vraifemblablement  à  un  tems  dont  il  n'étoit  refté  qu'uns  tradition 
confiife.  En  fuppofant  que  ces  années  foient  des  révolutions  de  la  lune  à 
l'égard  des  étoiles  ,  on  trouve  que  les  30000  ans  font  précifément  1145  ou  ^ 
ans  folaires  ,  ce  qui  forme  un  fécond  fynchronifme  très  -  fingulier.  Remar- 
quons que  les  Phrygiens  fe  vantoient  au  tems  d'Hérodote  d'avoir  30000  ans 
d'antiquité.  (/')  On  pourroit  foupçonner  quelque  analogie  entre  ces  années 
Se  celles  du  règne  du  foleil  j  mais  il  y  en  a  une  bien  plus  remarquable. 
Hérodote  [c]  rapporte  que  le  temple  d'Hercule  à  Tyr  avoit  2300  ans  d'anti- 
quité. En  fuppofant  que  les  30000  années  des  Phrygiens  fulfent  des  révolu- 
tions fidérales  de  la  lune  ,  elles  font  2245  ^"^  folaires.  Cet  accord  fingulier 
de  la  tradition  phrygienne  avec  le  récit  d'Hérodote  femble  démontrer  l'ufage 
des  révolutions  fidérales  de  la  lune  pour  mefurer  le  tems. 

Dans  les  antiquités  chinoifes  il  eft  queftion  de  trois  familles  appelées 
Hoang ,  qui  fe  font  fuccédées  Se  qui ,  félon  le  P.  Gaubil ,  ont  fubfifté  j  la 
première  &  la  féconde  ,  chacune  pendant  18000  ans  ,  la  troifieme  pendant 
4560®.  L'an  1568  de  J.  C.  les  traditions  comptoient  S(î48o  ans  :  ôtant  de 
ce  nombre  les-8ic>oo  ans  des  tems  anciens  &  les  i^6S  ans  écoulés  depuis 
notre  ère ,  il  refte  3512  ans  pour  la  durée  de  l'empire  &  des  tems  hiftori- 
ques  avant  cette  époque.  {J)  Comme  la  mémoire  des  anciens  tems  eft  tou- 
jours confufe  ,  les  traditions  s'interprètent  quelquefois  différemment.  Nous 


(a)  SinccUe  ,  pag.   17  &  ji.  (  c  )  Hcrodo-c  ,  Lib.  II. 

(.1')  Jules  Africain  ,  dans  le  Sincellc  ,  (d)  Manulc.  de  M.  de  l'Ifle,  au  Dépôt 

fage  17.  de  la  Marine  ,  11°.  iji  ,  5  ,  i. 


i 


ASTRONOMIQUES.  t^j 

ignorons  les  fources  où  a  puifé  un  auteur  que  nous  avons  eu  occafion  de 
confulter  {a):  il  dità  l'égard  de  ces  trois  familles,  dont  la  première  eftcompo- 
fce  de  1 5  princes  ,  la  féconde  de  1 1,  la  troifieme  de  neuf,  que  les  premiers 
&  les  féconds  ont  régné  chacun  pendant  18000  ans ,  &  les  derniers  pendant 
45(îoo  ans  ,  donnant  à  chacun  des  individus  la  même  durée  que  le  P.  Gaubil 
donne  à  chaque  famille,  il  en  réfulte  une  fomme  de  841400  ans  qui  étant 
fuppofés  des  jours ,  font  x^o6  ans  folaires  ,  à  (Î4  ans  près  du  calcul  des  Sep- 
tantes. 

Le  premier  âge  des  Indiens  de  lyzSooo  années  fe  trouve  à  peu  près  dou- 
ble de  ce  nombre  d'années  chinoifes  ;  &  fi  l'on  fuppofe  que  les  Indiens  ont 
compté  deux  révolutions  pour  un  jour,  ces  lyzSooo  années  font  zj<>5  ans 
folaires. 

Albumafar,  {h)  d'après  des  traditions  orientales,  rapporte  qu'entre  la  créa.- 
tion  &;  le  déluge  il  s'eft  écoulé  iiKî  ans. 

En  réunllFant  ces  diftérens  réfultats  ,  on  trouve  que  cet  intervalle  eft  , 

Selon  les  Chaldéens,  de  .  .  .  11^5  ans  folaires,  ou  123 1  ans  lunaires. 

Selon  les  Egyptiens  ,  de  .  .  .  22.45 

Selon  les  Chinois  ,  de     .  .   .   x^fOG 

Selon  les  Indiens  ,  de   ....   1^6^ 

Selon  Albumafar,  de  .  .   •  .    iii(j 

Selon  les  70  Hébreux,  de  .  .   1242  ou  215^. 

Ces  tableaux  &  ces  fynchronifmes  frappans  prouvent  ,  ce  femble  ,  que 
les  tems  fabuleux  placés  à  l'origine  de  tous  les  peuples  ,  font  les  tems  qui 
féparent  deux  époques  mémorables  \  tems  qui  mefurés  par  différentes  ré- 
volutions ,  ont  paru  fort  différens ,  mais  qui  ramenés  par  les  fuppofitions 
vraifemblables  que  nous  avons  établies  ,  préfentent  un  accord  démonftratif , 
d'où  il  réfulte  évidemment  que  ces  peuples  font  iflus  d'un  peuple  antérieur, 
&  que  Ihiftoire  de  ce  peuple  défigurée  par  la  tradition ,  forme  les  antiquités 
de  tous  les  autres. 

§.    X  1  V. 

Quant  à  la  durée  du  monde  avant  notre  ère  ,  nous  voyons  que  les  anti- 
quités de  chaque  peuple  remontent  à  des  dates  évidemment  fabuleufes  , 
en  prenant  leurs  années  pour  des  années  folaires  j  mais  en  faifant  ufage 


{a)   De  la   population  de  l'Aïuénci'ac,  Martini,Hift.delaCiiineT.  I,p.  17, 18. 

page  joi.  {J))Mi.b\iraz£iv,demag.  conj.  T.  I.  di£  i. 


Ppij 


560  ÉCLAIRCISSEMENS 

-  des  principes  que  nous  avons  pofés  ci-defTus  ,  nous  refferrerons  ces  cal- 
culs énormes  dans  des  bornes  vraifemblables.  L'ancienne  chronique  égyp- 
tienne compte  3^515  ans  jufqu'à  Nedanebus  qui  précéda  l'ère  chrétienne  de 
34<î  ans  •  (?)  elle  remonte  donc  à  l'an  3(^871  avant  J.  C.  ,mais  les  30000  ans 
du  règne  du  foleil  fe  réduifent  à  2145  ^"^  *  '^^  3  984  ans  du  règne  des  dieux, 
fuppofés  dé  trois  mois ,  font  «jpfî  ans.  Tout  le  refte  efl:  évidemment  des  an- 
nées folaires  :  ainfi  de  la  fomme  totale  retranchant  3  3984  ans  ,  on  a  1887 
pour  la  date  ou  l'époque  où  l'on  a  commencé  à  compter  par  des  années  fo- 
laires ;  ces  trois  nombres  d'années  2145  ,  996  &  2887  ajoutés  enfemble  , 
donnent  61  zS  ans  pour  la  durée  du  monde  jufqu'à  notre  ère  ,  félon  l'an- 
cienne chronique  égyptienne.  Diogenes-  Laerce  (/>}  compte  488<jî  ans  juf- 
qu'à Alexandre  j  ôtant ,  comme  dans  l'ancienne  chronique  égyptienne  ,  les 
50000  ans   du  règne   du  foleil,  les  2324  ans  folaires  écoulés  depuis  le 
règne  des  demi-dieux,  il  refte  16539  ans,  qui,  étant  fuppofés  des  révolutions 
fîdérales  de  la  lune,  font   1258  ans.  Ajoutant  ces  fommes  2245  ,  2324» 
1238  ans  aux  351  ans  donc  Alexandre  précéda  l'cre  chrétienne,  ou  aura 
61 5  S  ans  pour  la  durée  du  monde  chez  les  Egyptiens ,  fuivant  le  calcul  de 
Diogenes-Laerce. 

Les  23000  années  que  Diodore  de  Sicile  (c)  compte  jufqu'au  règne  d'A- 
lexandre ,  étant  fuppofées  remplir  la  durée  du  monde  ,  &  erre  chacune  de 
trois  mois  ou  d'une  faifon  ,  comme  il  le  dit  lui-mc.ne  ,  font  5750  ans  ,  lef- 
quels ,  ajoutés  à  5  3 1  ans ,  donnent  o'oS  1  ans  pour  !a  durée  du  monde,  félon 
ce  nouveau  calcul. 

On  voit  par  là  que  ces  nombres  d'années  prodigieux,  fi  difFérens  les  uns 
des  autres  ,  peuvent  fe  concilier  ,  &  renfermer  un  accord  que  l'on  ne  foup- 
çonnoitpas.  Remarquons  que  tour  ceci  s'accorde  à  merveilles.  On  dit  qu'O- 
rus  inventa  les  années  de  trois  mois  (  /).  Il  étoit  fils  d'Ofiris ,  &  fon  règne  eft 
au  nombre  de  celui  des  dieux.  Aufli  les  années  du  règne  des  dieux  font 
comptées  en  années  de  trois  mois.  L'inftitution  de  la  période  caniculaire 
remonte  à  l'an  2782  :  auffi  l'ufage  des  années  folaires  qu'elle  fuppofe  , 
eft- il  ici  de  l'an  2S87  ,  plus  d'un  fiecle  avant  rétabUlfement  de  la  période. 

§.    X  V. 

On  pourroit  peut-être  objecter  que  les  années  folaires  ayant  cette  date  ,' 


(a)  Frire: ,  DJf.  de  la  Cluonol.  p.  130.  (c)  Hift.  Univ.  Liv  I.  fed.  1,5.14,  p.;  2. 

(^b)  Inprofmio,  (  ^  )  r-m'— =  "     r  19. 


ASTRONOMIQUES.  301 

nous  avons  cependant  fuppofé  que  le  calcul  de  Diodore  de  Sicile  ccendoic 
les  années  de  trois  mois  jafc]a  à  l'époque  d'Alexandre  j  mais  il  eft  aifé  de 
refondre  cette  difficulté  ,  &  de  faire  voir  que  l'on  a  continué  l'ufage  de  ces 
diftcrentes  années ,  après  rétabliirement  des  années  folaires.  Les  années  de 
trois  mois  s'appeloient  hora ,  du  nom  de  leur  inveiireur  Crus.  De  là  ancien- 
nement les  Grecs  dlfolent  horographie  au  lieu  dhiftoire  {a).  Eratorthenes, 
qui  vivoit  200  ans  avant  l'ère  chrétienne  ,  &  bien  poftérleurement  à  l'ufage 
des  années  folaires ,  rapporte  dans  fa  chronologie  des  rois  de  Theb^s  {h)  qu'Ap- 
papus ,  l'un  d;  ces  rois  ,  régna  100  ans  moins  une  heure.  Il  eft;  vifible  que 
ce  mot  heure  ne  fignliîe  point  ici  la  1 2^  ou  la  14^  partie  du  jour  ,  mais  l'une 
de  ces  années  de  trois  ou  de  quatre  mois ,  appelées  hora ,  dont  les  Egyptiens 
s'étoieiit  lungcems  fervis ,  &:  dont  ils  filfoient  encore  ufage  au  tems  d'Era- 
tofthenes  ,  puifque  cet  hiftorlen  en  filt  mention. 

§.    XVI. 

La  chronologie  babylonienne  comptoir,  comme  nous  l'avons  vu  ,  120 
fares  avant  le  déluge  que  nous  avons  réduits  à  2165  ans  folaires.  Elle  comp- 
toir enfulte  9  fares  Se  demi  depuis  le  déluge  ,  jufqu'à  Evechous ,  le  premier 
des  rois  chaldéens,  dont  nous  fixons  l'époque  à  l'an  2473  avant  J.C.  (c).  Cela 
f..it  46  3  8  ans,  &  9  fares  &:  demi  qu'il  s'agir  d'évaluer.  Si  ces  fares  n'avoient  été 
que  de  2  2  3  mois  ,  ils  n'auroient  pas  tait  deux  fiecles ,  &  feroient  bien  loin  de 
compléter  la  "durée  du  monde.  Mais  toute  efpece  de  révolution  étoit  appelée 
fare  chez  les  Chaldéens.  La  période  de  600  ans ,  antérieure  au  déluge ,  éroic 
un  fare.  "Nous  avons  remarqué  qu'elle  exlgeoit  1^6  jours  intercalés,  c'eft-à- 
dire  ,  un  jour  tous  les  4  ans  ,en  omettant  une  intercalatlon  tous  les  150  ans. 
La  grande  période  de  600  ans  fe  trouvolt  donc  fubdivlfée  en  deux  autres, 
l'une  de  4  ,  l'autre  de  1  ^o  ans.  Ces  deux  périodes  auront  été  appelées  fares , 
&  l'on  aura  pu  faire  ufage  de  celle  de  1 50  ans,  pour  compter  les  tems  civils. 
Il  paroît  que  depuis  le  déluge  ,  en  confervant  à  Babylone  la  mémoire  des 
120  fares  qui  avolent  mefuré  les  tems  précédens ,  on  oub'ia  la  valeur  de  ce 
fare  ,  puifque  longtems  après  Bérofe  dit  qu'il  étoit  de  ^600  ans.  Si  Bcrofe 
attribue  au  fare  cette  nouvelle  valeur  ,  il  eft:  donc  pofllble  qu'on  lui  en  ait 
donné  une  autie  plus  anciennement  [U).  Ce  ferolt  la  période  de  1 50  ans, 


(d  )  Diodore  ,  .boo  c/fj.-o  ,pag.  53.  (^d'S  Déf.  de  la  Chron.  pag.  13  5. 

{b)  bincelle  ,  pag.  104,  Voyez    aufH   Infrà  ,    Livre  troificme  , 

\c)  Infrà,  Liv.  IV.  §.   i8. 


joi  Ê  C  L  A  I  R  C  I  s  s  E  M  £  N  s 

ou  peiu-ctre  celle  de  i(jo  ans  qui  feroit  alors  l'origine  d'une  période  qua 
nous  retrouverons  dans  la  Grèce.  Dans  ces  deux  fuppofitions ,  les  9  fares  & 
demi  vaudroient  1415  ou  1 5 10  ans  ,  &  la  durée  du  monde,  félon  les  Cha!- 
déens,  feroit  de  606 ^  ou  de  (î  158  ans. 

§.     XVII. 

Nous  avons  vu  que  le  premier  âge  des  Indiens  de  1718000  ans,  peut 
fe  réduire  à  i^S)  ans  folaires.  Les  deux  âges  fuivans  de  iZ9(îooo,  &  de 
8^4000  ans  ,  renferment  évidemment  des  années  très-courtes.  Les  Indiens 
divifoient  le  jour  ,  comme  les  Romains  ,  en  huit  parties.  Si  l'on  fuppofe  que 
ces  années  font  des  huitièmes  de  jour  ,1e  fécond  &  le  troifiemeâge  fe  rédui- 
ront à  443  &  à  295  ans.  Or ,  comme  le  quatrième  âge  a  commencé  3  i  o  i  ans 
avant  J.  C,  fi  l'on  ajoute  enfemble  toutes  ces  années,  on  aura  6104  ans 
pour  la  durée  du  monde  félon  les  Indiens. 

Ceci  peut  fe  concilier  avec  la  remarque  de  M.  le  Gentil ,  que  ces  peuples 
ont  fans  doute  arrangé  les  fommes  des  années  de  ces  trois  premiers  âges , 
de  manière  qu'elles  continlTent  un  nombre  complet  de  périodes  de  la  révolu- 
tion des  fixes ,  chacune  de  14000  ans.  Ces  fommes  ne  renfermant  que  des 
demi-jours  ou  des  huitièmes  de  jours ,  ils  ont  pu  les  rendre  divifibles  par 
14000  ,  fans  altérer  beaucoup  la  durée  de  ces  intervalles.  Il  a  peut-être  fuffi 
de  les  allonger  ou  de  les  acconrcir  de  quelques  années. 

Albumafar  (<?)  rapporte  que ,  félon  les  Indiens ,  il  s'eft  écoulé  7  2065  44417 1 5 
jours  entre  le  déluge  &  l'époque  de  l'hégire.  Il  en  conclut ,  on  ne  fait  trop 
comment ,  qu'il  s'efl:  écoulé  3725  ans  dans  cet  intervalle  ;  ce  qui  placeroit 
le  déluge  310;  ans  avant  J.  C.  ,  précifément  à  l'époque  chronologique  & 
aftronomique  des  Indiens.  Mais  Albumafar  ne  dit  point  comment  il  eft  par- 
venu à  égaler  ces  deux  nombres  de  3715  ans  ,  &  de  720(134442715  jours. 
Nous  ne  répéterons  point  ce  que  nous  avons  dit  fur  ce  qui  doit  faire  regarder 
ce  nombre  comme  vrai  &  authentique  :  nous  avons  foupçonné  que  ce  font 
de  très-petites  fradions  de  jour.  En  effet ,  les  Indiens  divifent  le  jour  en  60 
parties ,  chacune  de  ces  parties  en  60  autres ,  chacune  de  ces  nouvelles  parties 
en  60  ;  ce  qui  fait  iiijooo  de  ces  parties  dans  le  jour  :  ces  dernières  fubdi- 
vifions  fe  partagent  encore  en  quatre.  Nous  fuppofons  qu'elles  ne  l'ont  été 
primitivement  qu'en  deux.  Le  jour  en  contenoit  donc  43  2000.  Si  l'on  divife 


(  a  )  De  mag.  conj.  Traité  V ,  au  comir^ncement. 


ASTRONOMIQUES.  ^oj 

en  confcquence  le  grand  nombre  précédent ,  on  aura  ,  entre  l'époque  de  rivé- 
gire  &  le  déluge  ,  \66S  1 5  5  joins ,  ou  4570  ans.  L'hégiie  c!t  de  l'an  6iz  de 
notre  ère.  Ce  calcul  place  donc  le  déluge  3948  ans  avant  cette  époque.  Si 
l'on  y  ajoute  les  22i(î  ans  écoulés  avant  le  déluge ,  fuivant  le  même  Albu- 
inafar  ,  la  durée  du  monde ,  d'après  ces  nombres  indiens  réduits ,  fera  de 
<îi74  ans.  Ce  qui  s'accorde  aHxz  bien  avec  le  calcul  précédent.  On  peut 
même  fuppofer  ,  pour  un  plus  grand  accord,  que  le  premier  âge  des  Indiens 
de  1728000  demi-jours  ,  ou  de  231Î5  ans ,  n'a  pas  fini  au  déluge  ,  &:  s'eft 
étendu  un  peu  au  delà  ,  jufqu'à  la  fondation  de  quelqu'empire  qui  a  ftrvi 
d'époque  au  fécond  âge.  Dans  un  ouvrage  d'un  ancien  auteur  arabe  on 
trouve  que  l'Indien  ,  de  qui  Albumafar  tenoit  ces  détails  ,  s'appeloit  Kan- 
karat  {a). 

On  pourroit  peut-être  retrouver  cette  même  durée  dans  la  chronologie 
chinoife.  Le  père  Parennin,  dans  une  de  fes  lettres  à  M.  Freret ,  lui  mar- 
quoit  que  , fuivant  certains  chronoJogiftes  chinois ,  avant  Hoang-ti ,  qui  régna 
vers  16 yj  ,  on  ajoutoit  9  rois  antérieurs  dans  un  intervalle  de  (Î54  ans ,  & 
1 5  rois ,  entre  Fohi  &  Chinnong  ,  qui  avoient  régné  1 560  ans.  Il  eft  impof- 
fible  que  1 5  rois  de  fuite  ayent  régné  chacun  plus  de  loo  ans  ;  &  fi  ,  peur 
réfoudre  cette  difficulté,  on  vouloit  fuppofer  que  ces  1^60  années  fui-fent 
des  années  de  quatre  mois  ,  elles  fe  réduiroient  à  5  20  ans,  lefquels  étant 
ajoutés  à  2697  ,  à  634  &  à  230^  que  nous  avons  trouvés  précédemment 
pour  les  tems  fabtdeux  de  la  Chine  ,  la  fomme  donnera  6i^-j  ans  pour  l.i 
durée  du  monde  avant  notre  ère.  Et  fi  l'on  objede  qu'il  falloit  réduire  les 
634  ans, comme  on  a  réduit  les  1  j^îoans,  ces  deux  nombres  d'années  feront 
2194  ans,lefquelsétant  confidérés  comme  des  années  de  6  mois ,  fe  réduiroient 
à  1097  ans,  &  en  les  ajoutant  à  2697  &  à  1^06 ,  ils  donneroient  encore 
<îioo  ans  pour  la  durée  du  monde.  Nous  montrerons  que  les  années  de  6 
mois  ont  pu  être  en  ufage  à  la  Chine  comme  aux  Indes  &  au  nord  de  l'Afie. 
Cependant  nous  ne  donnons  toutes  ces  réduétions  que  comme  des  con- 
jeftures  ,  qui  montrent  k  poffibilité  de  concilier  ces  chronologies,  par  des 
fuppofitions  légitimes. 

§.    XVIII. 

s  I  nous  paiïons  maintenant  aux  traditions  &c  à  l'ancienne  hiftoire  d'Egypte 


(a  )  Cet  Ouvrage  a  été  publié  à  Nuremberg,  par  Joach-Heljer,  en  1^48  ,  à  la  fuite 
de  celui  de  MefTalah. 


J04  É  C  L  A  I  R  C  I  S  S  E  M  E  N  S 

qui  peuvent  nous  donner  des  lumières  fur  l'époque  d'Uranus,  de  Saturne  & 
d'Atlas  ,  nous  trouverons  d'abord  Manethon. 

Cet  hiftorien  (  a  )  établit  1 1 3  règnes  fucceflifs ,  qui  ont  dure  3555  ans  , 
depuis  le  commencement  du  règne  des  hommes  en  Egypte  ,  jufquà  la  1 5' 
année  avant  l'empire  d'Alexandre  qui  commence  l'an  3  3  i  avant  J.  C.  Ce 
calcul  remonte  donc  à  l'an  3901. 

Dicearque  (/>)  comptoit  19  i(^  ans  depuis  le  règne  de  Sefonchofis  j  fuc- 
celTeur  d'Orus ,  fils  d'Ifis  &  d'Ofiris ,  jufqu'à  l'étabUirement  des  jeux  olym- 
piques en  77(î.  Ce  qui  remonte  à  l'an  3711. 

Hérodote  (c  )  comproit  2831  ans  depuis  le  règne  de  Bacchus  ou  d'Ofiris , 
jufqu'à  celui  de  Menés ,  &  i  1  3 40  depuis  Menés  jufqu'à  Sethon,  c'eft-à- dire, 
710  ans  avant  J.  C.  Les  3831  ans,  fuppofés  d'une  révolution  lidérale  de  la 
lune  ,  font  286  ans  folaires.  Les  1 1 340  ans  de  trois  mois  ou  d'une  faifon  , 
font  28  3  5  ans,  auxquels  ajoutant  710  ans,  le  calcul  d'Hérodote  remonte  à 
l'an  5831.  Remarquons  que  l'époque  de  Menés,  confidérc  par  plufieurs 
chronologiftes  ,  comme  le  premier  roi  d'Egypte  ,  fe  trouve  en  3545.  Le  P. 
Pezron  ne  l'a  donc  pas  placée  alfez  haut  en  la4iiettant  en  z^fîçj. 

Diodore  de  Sicile  {d)  comptoit  15000  ans  depuis  Orus  ,  fils  d'Ofiris, 
jufqu'à  la  1 80=  olympiade ,  c'eft-à-dire ,  jufqu'à  l'an  60  avant  J.  C.  1 5  000  ans 
de  trois  mois  ou  d'une  faifon,  font  5750  ans  ,  auxquels  ajoutant  60  ,  ce 
calcul  remonte  à  l'an  3810. 

Pomponius  Mêla  {e)  rapporte  que  les  rois  ont  régné  en  Egypte  pendant 
1 3  000  ans  jufqu'Amafis ,  c'eft-à-dire  ,  jufqu'à  l'an  538  avant  J.  C.  i  3000  ans 
de  trois  mois  font  3150  ans.  Ce  calcul  remonte  à  l'an  3 78 S. 

§.    X  1  X 

Ces  différens  calculs  donneroient  donc,  à  deux  fiecles  près,  environ  la  même 
durée  à  l'empire  Egyptien  j  ce  qui  n'auroit  rien  d'étonnant.  On  n'eft  pas 
accoutumé  à  trouver  plus  d'accord  entre  les  hiftoriens ,  furtoat  quand  il  s'agit 
de  tems  fi  reculés  ,  &  d'un  fi  long  intervalle.  Mais  on  peut  encore  diminuer 
cette  différence  ,  en  confidérant  qu'ils  ne  partent  pas  tous  précifément  de  la 
même  époque.  Manethon  regardoit  fans  doute  Uranus  comme  le  premier 


(û)  Sincelle,  pa2,.  ji.  Frcrct  ,  pag    119. 

(A)  Freiec,  dci.de  la  Chroii.  pag,  zi6,  (d)  Liv.  I,  fcft.  i  ,  pag.  58. 

(O  Lib.  II,  c.  43.  (OLiv.  I,c.  ^. 

des 


ASTRONOMIQUES.  joj 

des  rois  en  Egypte  ,  Se  commençoit  à  fou  règne.  Dicéarque  ,  qui  ne  com- 
mençoit  qu'à  Sefonchohs ,  comptoir  de  moins  les  règnes  d'Uranus  ,  de  Sa- 
turne ,  d'OfIris  &  d'Orus.  Ces  quatre  générations  évaluées  à  raifon  de  trois 
pour  un  fîecle ,  fuivant  l'ufage  des  anciens ,  font  133  ans  ,  &  donnent  pour 
l'époque  d'Uranus,  fuivant  Dicéarque  ,  l'an  3845.  Hérodote  partoit  d'O- 
f.ns  ;  ce  font  deux  générations  à  ajouter.  Donc  époque  d'Uranus ,  fuivant 
Hérodote  ,  l'an  3897.  Diodore  de  Sicile  partoit  d'Orus  ;  ce  font  trois  géné- 
rations ou  100  ans  à  ajouter.  Donc  époque  d'Uranus  fuivant  Diodore  , 
3910.  Pompcnius  Mêla  partoit  fans  doute  ou  d'Orus  ou  de  Sefonchofis  ,  on 
aura  dans  ces  deux  fuppofitions  ,  félon  lui ,  Tépoque  d'Uranus  en  3  888  ou 
en  3  921  5  &  par  un  milieu  en  3905.  Si  l'on  rerranche  2245  ans ,  pour  ^^^ 
tems  écoulés  avant  le  déluge,  des  6izS  Se  des  (Î138  ans  que  donnent  pour 
la  durée  du  monde  l'ancienne  chronique  égyptienne  &  Diogenes  Laerce  , 
on  aura  3883  ans,  &  3893  ans  pour  la  durée  de  l'empire  égyptien  depuis 
le  déluge.  On  aura  donc  dans  le  tableau  fuivant  cette  durée ,  évaluée  par  dif- 
férens  hiftoriens ,  avec  un  accord  bien  fingulier. 

Selon  Manethon  , 390i. 

—  Dicéarque,     3845. 

—  Hérodote,      3897. 

—  Diodore  ,       39 lo- 

Pomponius, 3  905' 

—  L'ancienne  chronique, 3883. 

—  Diogenes-Laerce  , 3893. 

En  conféquence  il  réfulte  de  ces  fept  déterminations  ,  qui  ne  différent  que 
de  65  ans  ,que  par  un  milieu  l'époque  d'Uranus  &  d'Atlas  peut  être  placée 
vers  3890  ans  avant  l'ère  chrétienne.  Se  que  la  fphere  inventée  par  Atlas, 
ou  apportée  par  lui  chez  les  ancêtres  des  Egyptiens ,  rejeté  beaucoup  au  delà 
l'origine  de  l'Aftronomie. 

Il  faut  obferver  que  les  calculs  indiens ,  réduits  dans  le  paragraphe  18  , 
donnent  l'un  pour  le  commencement  du  fécond  âge,  que  nous  fuppofons  avoir 
fuivi  de  pris  le  déluge  ,  l'an  5839  ^  Se  l'autre  donne  pour  le  déluge  même 
l'an  3948.  Les  Egyptiens  ne  font  pas  les  feuls  peuples  qui ,  fuivant  le  témoi- 
gnage des  anciens  auteurs ,  remontent  à  cette  haute  antiquité.  Dans  la  chro- 
nolo'rie  de  Trogue-Pompée  l'empire  des  Scythes  dura  1 500  ans ,  Se  finit 
i  o  5  G  ans  avant  Cirus,  que  l'on  place  vers  l'an  550  avant  J.  C.  ;  de  forte  que , 
félon  cet  auteur,  l'empire  des  Scythes  auroit  commencé  3700  ans  avant  notre 

Qq 


3c<î  ÉCLAIRCISSEMENS 

*re  ('').Nous  montrerons  qu'il  eft  poffible  que  les  traditions  &:  les  antiquités 
«hinoifes  remontent  jufqu'à  l'an  j8u  {b). 

C;s  fynchronifmes  finguliers  méritoient  d'être  remarqués.  Quoiqu'ils 
loient  fondés  fur  un  principe  vrai  &  démontré, celui  des  différentes  mefures 
du  rems  fur  la  terre  ,  nous  fommes  loin  de  regarder  ces  fynchronifmes 
comme  également  certains.  Nous  ne  les  donnons  que  pour  des  conjeftures, 
&c  comme  une  preuve  que  les  chronologies  anciennes  peuvent  être  conciliées 
&  rendues  vraifemblables ,  quokju'elles  femblent  contradiâoires  &  abfurdes. 


(a)  Mémoire  de  l'Académie  des  Infcrip-  (  i  )   Infrà  ,    ÉdaircilTemens  Livre  III , 

tions,  Tom.  XXI,  pag.   iio.  $.  tj. 


mm 


^^ 


ASTRONOMIQUES  ,07 

LIVRE     SECOND. 


i?£   l'Ajîronomic  antédiluvienne. 

§.     Premier. 

V'  E  qne  nous  avons  dit  de  l'Artronomie  anté-diluvienne  ,  n'efl  point  fondé 
fur  ce  que  l'on  rapporte  d'Adam  ,  d'Henoch  ,  &  de  la  poftérité  de  Serh  [a)  : 
ce  font  des  notions  trop  vagues,  &  qui  n'ont  d'ailleurs  aucune  certitude 
hiftorique.  La  Genefe  ne  nous  fournit  qu'un  fait ,  c'efl:  le  partage  de  l'année 
en  mois  Se  en  jours.  On  voit  par  le  détail  des  circonftances  du  récit  de 
Moïfe,  qu'au  tems  du  déluge  les  mois  étoient  de  50  jours  [h).  11  n'eft  point 
démontré  que  ces  mois  fuflent  au  nombre  de  1 2  ,  comme  l'ont  cru  quel- 
ques auteurs  réfutés  par  le  P.  Petau  (c)  j  il  n'eft  point  certain  que  cette 
année  fût  de  3^5  jours.  Cependant  [d]  Scaliger  a  montré  que  le  récit 
de  Moïfe,  au  moyen  d'une  fuppofition  affez  fimple,  donuoit  à  l'année  12. 
mois  &  3(^5  Jours.  Cette  fuppofition  eft  tout  à  fait  admiflîble  ,  puifque  les 
patriarches,  les  hommes  qui  vivoient  avant  le  déluge  ,  connoifloient  la  vcrir 
table  longueur  de  l'année. 

§.     I  I. 

M.  Freret  obferve  («),  que  félon  Abydene  (/)  &  Alexandre  Polyhiftor,  01^ 
comptoir  i  zo  fares  depuis  Alorus ,  qui  fut  l'un  des  premiers  hommes ,  jufqu'à 
Xifuthrus ,  fous  lequel  arriva  le  déluge  univerfel.  La  durée  du  fare  écoit 
très-exaclement  déterminée  dans  les  livres  d'Aftronomie  chaldéénne  ^  Sc 
c'eft  là  que  l'àvoit  prife  Suidas,  ou  les  écrivains  copiés  par  cet  auteur.  On  lit 
dans  fon  didionnaire  [g)  que  le  fare  contient  221 ,  ou  félon  la  reftitution  de 
M.  Halley  [h]  223  mois  lunaires. 

M.  Freret  penfe  donc  que  les  120  fares  dont  parle  Bérofe  étoient  de  22  j 


(  a  )  Veidicr  ,  pap;.  13.  {c)  Défenfe  de  la  Chronologie ,  p.  15;. 

{  b)  Genefe  ,  c.   7  &  8.  (/)  Sincelle^  pag.  i8  ,  30,  }  8. 

(  c  )  Uranol.  DilTert.   pag.   191  ,  &  feq.  {g)  Au  mot  Sa'fi^  Édit  de  Kufter. 

{d)  De  ^mtnd.  temp.  Lib.  III ,  p.  to6.  (A)  Trans.  philof.  n°.  194,3110.  i6ft» 


jo8  ÉCLAIRCISSEMENS 

mois  lunaires ,  ou  de  i8  années  juliennes  15  jours  &  3  heures;  &  cette 
idée  eft  d'autant  plus  heureufe  qu'elle  donne  pour  les  120  fares  un  intervalle 
d'environ  ZKîj  ans  folaires ,  ou  même  1232  années  lunaires  {a)  :  ce  qui 
s'éloigne  infiniment  peu  des  2142  ans,  qui,  félon  les  feptantes  fe  font 
écoulés  depuis  la  créatiou  du  monde,  jufqu'au  déluge. 

§.     III. 

M.  Freret  {l>)  obfervemème  encore  que  l'on  retrouve  dans  l'almagefte 
de  Ptolémée ,  qui  a  fuivi  pas  à  pas  les  Chaldéens ,  des  traces  de  la  période  de 
18  ans,  dont  ils  avoient,  fans  doute,  continué  l'ufage  pour  compter  le 
tems.  En  effet,  dans  les  tables  du  foleil,  de  la  lune,  des  planètes,  ces 
moyens  mouvemens  y  font  donnés  d'abord,  pour  les  années,  enfuite  pour 
des  périodes  de  18  années  égyptiennes  ,  qui,  répétées  45  fois ,  font  un  inter- 
valle de  810  ans.  Comme  cette  période  de  18  années  égyptiennes,  même 
quand  elles  feroient  folaires,  n'auroit  aucun  ufage  Aftronomique,  il  faut 
croire  que  Ptolémée  a  fuivi  l'ancien  ufage  de  Babylone,  où  l'on  comptoir 
par  des  fares  de  1  8  ans  dans  les  chofes  aftronomiques ,  pour  fe  r.approcher 
de  la  période  des  éclipfes  qui  étoit  de  1 8  ans  &c  quelques  jouis. 

§•     1  V. 

Quant  à  la  période  de  19  ans  :  elle  eft  de  la  plus  haute  antiquité  à  la 
Chine  (c).  M.  Callini  {d)  l'a  retrouvée  dans  l'Aftronomie  fiamoife ,  dont 
il  a  développé  les  principes.  Nous  citons  encore  quelques  auteurs  (e)  qui 
l'attribuent  à  certains  peuples  <le  l'Afie  &  du  Nord.  Selon  Diodore  de  Sicile 
(/)  >  une  nation  de  cette  partie  du  monde,  les  Hyperboréens  difoient  que 
leur  pays  eft  le  plus  près  de  la  lune,  dans  laquelle  on  découvre  clairement 
des  montagnes  femblablesaux  nôtres,  &  quApollony  defcendtous  les  rp  ans  , 
qui  font  la  mefure  du  cycle  lunaire.  Croira-t-on  qu'au  fiecle  de  cet  hiftorien  , 
la  période  de  Meton  étoit  déjà  portée  dans  le  nord  de  l'Afie,  &c  avoit  eu 
le  tems  d'y  donner  naifFance  à  cette  fable  ?  Les  fables  font  des  témoignages 
d'antiquité.  Remarquons  ici  que  le  cycle  de  19  ans  étoit  donc  connu  chez 
ces  nations  feptentrionales  ,  où  d'autres  indices  nous  ont  fait  trouver 
l'origine  des   fciences. 

(<j)  Supra,  Éclaire.  Liv.  1,§.  n.  (^)   M^m.  Acad.  jls  Scicn.  Tom.  VIU. 

(b)  Mémoires  de  l'Académie  des   Inf-  [e)  Scaliçer,  de  Emcnd.  ump. 

«iptions  ,  Tom.  XVI ,  pag.  ill,  Olaiis  Rudbcck  ,  de  Adandca. 

\  c)  Infrà  ,  §.  x6.  (/)  Hiftoirc  univerfelie ,  Liv.  lil. 


ASTRONOMIQUES.  309 

§■     V. 

L  A  connoiiïaance  de  ces  deux  périodes  de  21  ?  mois  lunaires ,  ou  de  19 
ans  folaires  dans  ces  tems  anciens,  ne  doit  pas  paroîcre  plus  extraordinaire 
que  celle  de  la  période  de  600  ans.  L'un  de  ces  faitj  rend  l'autre  vraifem- 
blable.  "  Dieu  ,  dit  Jofephe  {a) ,  en  parlant  des  patriarches  qui  ont  précédé 
»  le  déluge,  &  qui  ont  vécu  près  de  mille  ans ,  Dieu  leur  prolongeoit  la 
3>  vie ,  tant  à  caufe  de  leur  vertu,  que  pour  leur  donner  le  moyen  de  per- 
s>  feélionner  les  fciences  de  la  géométrie  &:  de  1  Alkonomie  qu'ils  avoient 
»  trouvées  :  ce  qu'ils  n'auroient  pu  faire  s'ils  avoient  vécu  moins  de  600  ans , 
«  parce  que  ce  n'eft  qu'après  la  révolution  de  fix  fiecles  que  s'accomplit  la 
j5  grande  année  ».  Jofephe  paroît. d'autant  plus  croyable  dans  ce  récit  qu'il 
cite  une  foule  d'hiftoriens ,  Manethon ,  Hccatée  ,  Bérofe ,  Sec.  Il  ne  les  auroit 
pas  cités ,  fi  leurs  ouvrages  n'avoient  pas  exifté  de  fon  tems ,  fi  l'on  n'avoir 
pu  les  confulter.  Il  les  auroit  encore  moins  cités ,  s'ils  lui  avoient  été  con- 
traires. D'où  il  réfulce  deux  chofes  qui  nous  paroilFent  démontrées  j  l'une 
que  cette  période  étoit  généralement  connue  au  tems  des  hiftoriens  que  cite 
Jofephe ,  quoiqu'on  n'en  connût  pas  les  avantages  j  l'autre  que  ces  hiftoriens 
a/oient  la  même  opinionque  Jofephe  fur  l'antiquité  de  la  période  ,  &  peu- 
foient  comme  lui  qu'elle  avoit  précédé  le  déluge. 

§.     V  I. 

Le  célèbre  Dominique  Caflini,  eft  le  premier ,  qui,  ayant  fait  attention 
au  palfage  de  Jofephe,  fut  frappé  de  la  jufteffe  de  cette  période,  &  des 
conclufions  qu'on  en  pouvoir  tirer  fur  la  longueur  de  l'année ,  au  tems  des 
patriarches. 

"  Cette  grande  année  ,  dit-il  (i  ) ,  qui  s'accomplit  après  fix  fiecles  ,  de  la- 
»  quelle  aucun  autre  auteur  ne  parle,  ne  peut  être  qu'une  période  luni-folaire, 
3>  femblable  à  celle  dont  les  Juifs  fe  font  toujours  fervis ,  &  à  celle  dont  les 
5>  Indiens  fe  fervent  encore  aujourd'hui  ». 

«  Il  eft  confiant ,  dit-il  ailleurs  (c),  que  dès  le  premier  âge  du  monde  , 
»  les  hommes  avoient  déjà  fait  de  grands  progrès  dans  la  fcience  du  mouve- 
M   ment  desaftres.  On  pourroit  même  avancer  qu'ils  en  avoient  beaucoup  plus 


(a)  Aiitiquités  Judaïques ,  Liv.  I  ,  c.   3.  (  c  )  De  l'origine  Se  des  progrès  de  l'Af- 

(û)   Règles  de  l'Afltonomie  Indienne,       tronomie. 
pag.  5J1.  McGi.  de  l'Acad.  Toni.  YIII ,  pag.  6. 


3IO  ÉCLAIRCISSEMENS 

jj  de  counoiirance  qu'on  n'en  a  eu  longtems  depuis  le  déluge  ,  s'il  eft  bien 

,5  vrai  que  l'année ,  dont  les  anciens  patriarches  fe  fervoient ,  fût  de  la  gran- 

»  deur  de  celles  qui  compofent  la  grande  période  de  600  ans ,  dont  il  eft 

»  fait  mention  dans  les  antiquités  des  Juifs  ,  écrites  par  Jofephe.  Nous  ne 

51  trouvons  dans  les  monumens  qui  nous  reftent  de  toutes  les  autres  nations , 

»  aucun  veftige  de  cette  période  de  600  ans  (  *  ) ,  qui  eft  une  des  plus  belles 

»  que  l'on  ait  inventées.  Car,  fuppofant  le  mois  lunaire  de  19  jours  li 

j5  heures  44'  j"  on  trouve  que  21914(3  jours  &  demi  font  742.1  mois  lu- 

>i  naires  j  &  ce  même  nombre  de  21914(3  jours  &c  demi  donne  600  années 

»  folaires  de  5(35  jours  5''  51'  }6".  Si  cette  année  eft  celle  qui  étoit  en  ufage 

JJ  avant  le  déluge  ,  comme  il  y  a  beaucoup  d'apparence ,  il  faut  avouer  que 

JJ  les  anciens  patriarches  connollfoient  déjà  avec  beaucoup  de  précifion  le 

JJ  mouvement  des  aftres.  Car  ce  mois  lunaire  s'accorde  à  une  féconde  près , 

JJ  avec  celui  qui  a  été  déterminé  par  les  aftronomes  modernes  ,  &  l'année 

JJ  folaire  eft  plus  jufte  que  celle  d'Hypparque  &c  de  Pcolemée  qui  donnent  à 

JJ  l'année  5(3  5  jours  5**  5  5' II")!. 

§.    VII. 

Voila  une  connoilTance  qui  fait  beaucoup  d'honneur  à  l'Aftronomie  des 
hommes  qui  ont  précédé  le  déluge  j  mais  on  demandera  s'il  eft  bien  certain  qu'ils 
eulfent  cette  connoiflance.  Notre  première  preuve  eft  le  témoignage  de  Jo- 
fephe. Il  eft  vrai  que  cet  écrivain  peut  s'être  trompé  dans  ce  qu'il  rapporte  d'un 
tems  fi  éloigné.  On  va  plus  loin  :  on  le  foupçonne  même  de  mauvaife  foi.  Se 
d'avoir  voulu  arroger  à  fa  nation  b  à  fes  patriarches  j  des  découvertes  qui  apparte- 
noient  originairement  aux  Chalde'ens  &  aux  Egyptiens  [a).  Comment  veut-on 
que  Jofephe  fe  foit  trompé  fur  cet  article  ?  Ce  n'eft  point  que  nous  le  regar- 
dions comme  une  autorité  à  cet  égard;  mais  M.  deMairan,  obferve  {b),  avec 
beaucoup  deraifon,que  l'incompétence  des  juges  &  des  témoins  ne  fauroit 
avoir  lieu  ici.  Elle  ne  fait  rien  contre  la  jurtelfe,  la  réalité  &:  l'antiquité  de  lapé- 


(  *  )   M.  CaflTini  fc  trompe  ici ,  car  cette  centes  annos  pncinuit  Hlpparchus  ,  menfes 

période  eft  certainement  la  même   que  le  gentium  ,   diesque  &  horas ,    ac  fitus  loco- 

ncros  des  Chaldéciis,  période  de  600  ans,  rum  6"  vifus   populorum   complexus ,    œvo 

dont  parlent  Bérofe  ,  Abydene.  tcjle  haud  alio  modo  quant  confiliorum  nU' 

Sinceik  ,  paj.  17  &  3?.  turs,  paniceps.  Lib.  II  ,  c.  11. 

D'aillcur'î  il  fcmble  que   Pline  donne  à  {a)  Vcidler  ,  pa^.  17. 

entendre  qu'elle  a  été  connue  d'Hipparque,  Goguet,  T.  III ,   fec.  DilTert.  p.  itfS. 

voici  le  paflage  :  (  b)  Lettres  au  P.  Parcnnin  ,  pag.  12.5 

Pofi  eus  utriufqae  fidcris  curfum  in  ftx-  ô:  luivantes. 


ASTRONOMIQUES.  511 

rioce:le  faitdépofe  par  lui  mèmedefonauthenncité.  Il  fuffit,  dit-il,  qu'une 
feinblablepédodeait  été  nommée,  elle  a  exifté;  leliafard,  ni  la  fourberie  ne 
firent  jamais  rien  de  pareil.  Quant  au  foupçonque  Jofephe  ait  voulu  dépouiller 
les  Chaldéens  Se  les  Egyptiens  pour  honorer  fes  ancêtres ,  cette  inculpation 
tombe  d'elle-même  :  1°.  p:.rce  que  Jofephe  cite  leurs  hiftoriens,  Berofe  > 
Manethon  ,  Hécarée  ;  cela  n'eût  pas  été  adroit  de  fi  part,  1°.  parce  que  les 
ancêtres  des  Chaldéens  &  ceux  des  Hébreux  étoient  les  mêmes. 

§.     V  I  I  I. 

Dis  qu2  les  hiftoriens  parlent  de  cette  période  ,  il  cù.  donc  certain  qu'elle  a 
«xifté,  &  dans  un  tems  où  on  en  connùifloit  les  avantages,  c'efl-à-dire,  la 
précifion  avec  laquelle  elle  rarnene  les  conjonctions  du  foleil  8c  de  la  lune 
aux  mêmes  jours  &  à  la  même  heure.  Mais,  dira-t-on,  Jofephe  n'aura-t-il 
pas  puifé  ailleurs  la  connoiirance  de  cette  période  ,  &  n'aura-r-il  point  tranf- 
porté  à  ces  tems  reculés  ce  qui  appartient  à  des  rems  poftcrieats  ?  C'eft  ce 
que  nous  allons  examiner.  Ptoleniée  qui  vivoit  un  fiecle  après  Jofephe  ne 
parle  point  de  cette  période  dans  fon  almagefte  {a).  Il  rapporte  quelques 
autres  périodes  des  Chaldéens,  qu'Hypparque  avoir  examinées.  Il  s'enfuie 
qii'Hypparque  Se  Ptolemée  ne  connoidoienr  point  celle  dont  il  s'agit,  ou  qu'ils 
en  ignoroient  la  j  Liftelfe  j  ce  qui  revient  au  même  pou  r  des  aftronomes.  Elle  étoit 
donc  entièrement  oubliée.  Car ,  dit  encore  M.  de  Mairan ,  "  je  traite  de 
»  tems  d'oubli  fur  cette  période,  rout  celui  où  l'on  en  a  ignoré  la  juftefTe, 
)>  où  l'on  a  dédaigné  d'en  approfondir  les  élémens ,  pour  s'en  fervir  à  recti- 
jî  fier  la  théorie  des  mouvemens  céleftes ,  &  où  l'on  s'eft  avifé  d'y  en  fubfti- 
»  tuer  de  moins  exacts.  Les  hiftoriens  en  avoient  fait  mention;  il  eft  vrai , 
»  mais  les  hiftoriens  en  favoient-ils  là  delTus  plus  que  les  aftronomes?  Et 
s>  comment  fixer  la  durée  du  paftage  à  l'oubli?  Pour  oublier  des  découverres 
3>  utiles  à  tout  le  genre  humain,  &c  déjà  connues  de  plufieurs  nations,  il  ne 
s>  faut  rien  moins  qu'un  déluge  univerfel ,  ou  quelque  chofe  de  femblable  à 
»  l'engloutijjement ,  yïi\  ou  faux  de  l'ille  Atlantique.  En  tout  autre  cas, 
n  l'oubli  des  chofes  utiles ,  &  d'une  utilité  générale  ne  peut  arriver  que  par 
»  gradation  infenfible ,  par  laps  de  tems ,  &  par  la  complication  réitérée  des 
«  circonftances  qui  l'amènent.  Donc  ce  n'eft  point  ici  un  événement  fubit  j 
!>   c'eft  l'ouvrage  des  fiecles  ». 


.(«)  Lib,  lYjch.  1. 


311  ÉCLAIRCISSEMENS 

§.     I  X. 

Ces  réflexions  qui  font  très-juftes,  font  donc  remonter  l'origine  Se  l'in- 
vention de  cette  période  à  des  tems  bien  antérieurs  à  ceux  d'Hypparque  &  de 
Ptolemce.  Mais  on  peut  poulTer  cette  efpece  de  preuve  encore  plus  loin.  Ces 
deux  aftronomes  ont  puifé  dans  les  ouvrages  des  Chaldéens ,  dans  les 
recueils  de  leurs  obfervations.  Ils  ont  cité  de  ces  obfervations  faites  7^.0  ans 
avant,  J.  C.  Ils  ont  également  connu  pluiieurs  des  périodes  dont  faifoit 
ulage  ce  peuple  célèbre  j  &  s'ils  n'ont  point  parlé  de  la  période  de  600  ans , 
ce  n'eft  point  que  les  Chaldéens  ne  la  connurent  point ,  puifque  Berofe  , 
Abydene  [a]  leurs  hiftoriens,  en  font  mention  fous  le  nom  de  Neros  j  c'eft 
que  les  Chaldéens  eux-mêmes  ne  la  connollfoient  que  par  tradition ,  comme 
une  période  qui  avoir  été  mife  en  ufage  jadis  par  leurs  pères  j  ufage 
qui  n'avoir  point  été  rétabli ,  parce  que  moins  inftruits  que  leurs  ancêtres 
dont  ils  avoient  perdu  les  connoilfances ,  ils  la  croyoient  défe£tueufe. 
C'ell: ,  fans  doute  ,  par  la  même  raifon  ,  comme  le  remarque  M.  de  Mairan  , 
qu'Hypparque  encore  plus  inftruit  que  les  Chaldéens,  n'en  a  pas  fait  alfez 
de  cas  pour  feulement  la  nommer.  Si  les  Chaldéens  avoient  cette  opinion 
de  la  période  de  600  ans,  fix  ou  fept  fiecles  avant  l'ère  chrétienne  ,  il  eft 
certain  qu'elle  eft  de  la  plus  haute  antiquité.  Car ,  il  faut  remarquer  que 
les  Chaldéens  avoient  des  obfervations  fuivies  pendant  1 903  années  au  tems 
d'Alexandre.  L'oubli  de  cette  période  eft  donc  plus  ancien  que  ces  19OJ 
années,  &  antérieure  à  l'ère  chrétienne  de  plus  de  1134  ans.  Un  peuple  qui 
fuit  conftamment  l'étude  d'une  fcience  ,  &  qui  accumule  des  obfervations , 
peut  faivant  fon  génie  faire  plus  ou  moins  de  progrès  ;  mais  il  ne  laiiTera 
échapper  aucune  des  connoiirances  qu'il  aura  acquifes.  La  conftance  qui 
forme  ces  dépôts ,  reifemble  à  l'avarice  j  elle  amalfe  &  ne  perd  rien.  11  n'y  a 
qu'une  grande  révolution  qui  puifle  détruire  fon  ouvrage.  Mais  alors  tout  eft 
fufpendu ,  quelques  fiecles  s'écoulent  j  &  fi  le  fil  des  recherches  fe  renoue  , 
ces  fiecles  forment  une  lacune  dans  les  obfervations  :  ce  qui  eft  contraire  au 
fait,  puifque  nous  favons  qu'elles  n'onr  pas  été  interrompues.  Il  faut  donc 
placer  l'oubli  de  cette  période  dans  les  (ieclcs  écoulés  entre  le  déluge  Se  les 
premières  obfervations  chaldéennes^  mais  14  ou  15  fiecles  ne  fuffifent 
point  pour  découvrir  une  pareille  période  ,  en  taire  ufage  ,  &  enfuite  le  lailfer 
tomber  dans  l'oubli  j  fans  compter  qu'après  un  événement  de  l'efpece  du 


(û)   Si;ice!!c  ,  \;ag.   17    ôc    3  S. 

déluge. 


ASTRONOMIQUES.  515 

déluge,  il  faut  bien  du  tems  pour  réparer  les  pertes  du  genre  humain.  Les 
probabilités  démontrent  denc  que  la  période  de  <îoo  'ans  n'a  pu  être  établie 
après  le  déluge  i  elle  exiftoit  avant  cet  événement  terrible,  donc  les  fuites  ont 
fans  doute  beaucoup  contribué  à  la  faire  oublier. 

§.     X. 

L  A  connoifTance  de  cette  péilode  avant  le  déluge  étant  bien  conftatée  , 
qu'on  nous  permette  quelques  réflexions  fur  les  conclufions  qu'on  en  peut 
tirer.  Si  nous  ne  connoiflîons  pas  les  révolutions  du  foleil  &'  de  la  lune  ,  ou 
que  nous  pullîons  craindre  qu'elles  n'euflent  changé  confidérablament ,  il 
feroit  impollible  de  fixer  quelles  étoienc  alors  l'année  folaire  8c  la  révolution 
de  la  lune.  Nous  n'aurions  qu'une  quantité  connue  pour  deux  indéterminées  , 
&  nous  faurions  feulement  que  doo  révolutions  folaires  fe  font  achevées 
en  même  tems  qu'un  nombre  complet  &  inconnu  de  révolutions  de  la  lune 
&  dans  un  intervalle  de  tems  appelé  600  ans  j  cet  intervalle  ,  c'eft-à-dire  , 
le  nombre  de  jours  qu'U  embralfe ,  feroit  également  inconnu.  Mais  nous 
connoiiïbns  très-exactement  les  révolutions  de  ces  deux  aftres  ;  nous  favons 
que  ces  révolutions  n'ont  point  changé ,  du  moins  fenfiblemént ,  depuis  que 
l'on  fait  de  bonnes  obfervations.  Les  obfervations  anciennes  ne  font  point 
affez  précifes  pour  nous  éclairer  à  cet  égard  ]  mais  toutes  enfemble  fuffifent 
pour  nous  aflurer  que,  s'il  y  a  quelque  changement,  la  quantité  en  eft  Ci 
petite  ,  qu'elle  n'a  encore  produit  que  des  doutes  fur  cette  queftion  impor- 
tante ,  Se  qu'elle  permet  aux  gens  inftruits  de  fe  partager.  Voilà  tour  ce  qu'il 
nous  faut  dans  ce  moment-ci. 

Aujourd'hui  la  durée  de  l'année  paroît  fuxée  [a)  à.  5^5'  5'' 48' 45"^,  &  la 
révolution  de  la  lune  à  19'  1 2.^  44'  5"  (  i  )  j  600  années  font  par  conféquent 
21 91 4  5' y"*  35' ,  Se  7411  révolutions  de  la  lune  font  zi^i^ôiii^  '^'^"i 
d'où  il  s'enfuit  nécelfairement  une  de  ces  trois  chofes  :  que  les  anciens  s'é- 
toient  trompés  de  i'  4"^  40'  3"  fur  cette  période,  ou  qu'ils,  l'avoient  adoptée 
quoiqu'ils  eulTeiit  reconnu  qu'elle  étoit  en  erreur  de  cette  quantité,  ou  enfin 
que  la  révolution  du  foleil  écoitplus  longue  alors  qu'elle  nel'éft  aujourd'hui. 
M  i\ s ,  premièrement ,  il  rtë  parôîf  pis  naturel  qu'il? ayeHtïemnTi^lTnFêFfëïïf 
fi  grolliere  dans  l'obfervation  ;  il  ne  faut  qiie  des  yeux  pour  réviter;fLes  gens 
de  la  campagne  connollfenc  l'heure  fans  horloge  ,  par  l'état  du  ciel ,  c'eft-à- 


(j)  Mit.  de  M.  de  la  Lande,  T.  I.  p.  364.  (i)  Ibidem  ,  Tonj.  II,pag.  157. 

Rr 


314  ÉCLAIRCISSEMENS 

dire ,  fiivent  partager  le  jour  &  la  nuit  en  intervalles  égaux ,  &:  ne  fe  trompent 
ji^m^is  beaucoup.  Il  c?i  donc  aifé  d'apprécier  ,  comme  on  le  voit  par  Tufage 
^fs  fauv^ges  (a)  ,  à  quelle  did^nce  du  matin  ,  du  midi  ou  du  foir  ,  ert;  arrivée 
une  éclipfe  ,  ou  tel  autre  phénon-icne  choifi  pour  mefurer  le  mouvement  des 
aftres.  Il  étoit  aifé  de  l'apprécier  certainement  à  moins  de  deux  heures  près  , 
fur-tout  à  des  gens  qui  avoient  déjà  des  connoiflances  aftronomiques  ,  fans 
lefquelles  on  ne  fe  propofç  point  de  faire  des  obfervations.  Or,  en  accumu- 
lant toutes  les  caufes  polHbles  d'erreur ,  il  nous  paroît  peu  croyable  que  les 
anciens  en  ayent  commis  une  de    19  heures.  Nous  difons  fecondemenc 
que  ,  s'ils  euiïent  reconnu  que  cette  période  étoit  en  erreur  de  19  heures,  ils 
ne  l'auroienc  pas  adoptée,  ils  ne  l'auroient  pas  confacrée,  comme  on  peut 
l'inférer  des  exprefllons  de  Jofephe ,  parce  qu'il  y  a  des  périodes  plus  courtes , 
plus  commodes  par  conféquent ,  &:  qui  n'auroient  pas  été  beaucoup  moins 
exaé^es  :  a,n  bout  de  30  ans  folaires  ,  par  exemple ,  il  ne  s'en  faut  que  d'un 
jour  &:  dix  heures  que  les  conjonélions  du  foleil  &  de  la  lune  ne  reviennent 
au  même  jour  &  à  la  même  heure.  Des  gens  alTez  peu  fcrupuleux  pour  re- 
garder comme  exaéte  une  période  en  erreur  de  29  heures  ,  auroient  préféré 
fans  contredit  une  période  plus  courte  ,  ijc  n'auroienr  pas  tenu  compte  des 
cinq  heures  d'erreur  que  celle-ci  a  de  plus.   Nous  difons  enfin  que  la  révo- 
lution du  foleil  a  dû  être  plus  longue  alors  qu'elle  ne  l'efl:  aujourd'hui.  Il 
faut  prendre  ceci,  non  comme  une  conclufion  néceflaire,  mais  comme  une 
conje6ture  que  les  probabilités  autorifent  (3).    Nous  ne  favons  point  pofî- 
tivement  fi  les  révolutions  de  tous  les  aftres  font  fufceptibles  d'aUération  ; 
mais  fi  elles  font  foumifes  à  quelque  changement  qui  ne  foit  pas  périodique, 
ce  ne  peut  être  qu'une  diminution  de  leur  durée  (c).   Donc  7411  révolu- 
tions de  la  lune  ne  peuvent  faire  moins  que  1 19146'  1 1*"  1  5'  3"  ]  Se  comme 
les  années  folaires  ne  font  que  219145'  y^  35',  il  eft  clair  que  pour  égaler 
ces  deux  quantités  il  faut  augmenter  la  durée  de  notre  année.  On  peut  dire 
même  que  fi  le  mouvement  de  la  lune  s'accélère  ,  comme  il  paroît  qu'on 
doitle  croire,  7421   révolutions  de  la  lune  faifoient  alors  plus   de  2i9i4(î' 
12''  15'  3"  ,  Se  que  conféquemment  l'année  devoit  être  encore  plus  longue. 


Cil)  Mœurs  des  Sauvages  pat  le  P.  Laf-  Sciences,    année    1771.  Voyez   aulli   mon 

fitteau  ,  Tome II,  pag.  zjo,  Mémoire,  année  1775. 

(  A  )  M',   le    Gentil    tire     la    même  con-  (c)   Mayet  ,    Mémoires  de  Gottingiie, 

cludcn  de  l'année  folaire  ,  dont  les  Indiens  ^7i^  >  pas;    383. 

font  ufage.    Mémoire  de    l'Académie  des  Biilly ,  Idem,  de  F Jcad.  des  Scien.  i-jè^. 


ASTRONOMIQUES.  jij 

§•     X  I. 

Depuis  que  nous  avons  imaginé  qae  la  première  uivltion  Ju  zodiaque 
avoic  été  d'abord  en  quatre  parties ,  fubdivifées  chacune  en  trois ,  nous  avons 
tiouvé  qu'Albategnius  ,  fondé  fur  les  traditions  qu'il  avoic  recueillies  ,  avoit 
eu  la  même  opinion.  On  divifa  ,  dit-il ,  d'abord  le  zodiaque  en  quatre  par  les 
folitices  Se  les  cquinoxes  :  enfuite  on  partagea  fes  divifions ,  qui  étoienr  trop 
étendues  ,  chacune  en  trois  (  a  ). 

La  première  divifion  du  zodiaque  ,  exécutée  larfque  l'équinoxe  répondoit 
au  premier  degré  des  gémeaux  ,  nous  paroît  hors  de  douce  ,  aiufi  que  l'é- 
poque qui  en  réfulte.  Nous  réunirons  au  dernier  livre  de  ces  éclaircllfemens 
toutes  les  connoiirances  qui  nous  font  parvenues  fur  le  zodiaque  &c  les  pla- 
nifpheres  des  anciens.  Nous  allons  rapporter  feulemenc  ici  la  tradition  des 
Scythes,  qui  femble  placer  le  folftice  d'écé  dans  le  figne  du  lion.  Hercule  , 
revenancde  l'expédicion,  dans  laquelle  il  avoit  enlevé  les  vaches  de  Gerion, 
arrive  dans  la  Scyrhie ,  mais  gelé  &  morfondu  par  les  glaces  du  nord ,  il  Je 
repof:  fur  fa  peau  de  lion  ,  à  fon  réveil  il  ne  voit  plus  fes  chevaux  \  il  fe  met 
en  devoir  de  les  chercher  ,  &  parcourant  à  cetre  occaiîon  la  Scychie  ,  il 
renconcre  un  monftre  fmgulier  :  de  la  ceinture  en  hauc  c'eft  une  très-belle 
fille ,  &  de  la  ceincure  en  bas  c'eft  un  ferpenc  [b) ,  &c.  Nous  ne  rapporterons 
poinc  la  fable  entière  ;  ceci  fuffit  à  nocre  objet.  M.  Coure  de  Gc-belain  y  re- 
connoîc  le  foleil  du  folftice  d'été  (c)  j  cet  aftre  en  effec  s'avance  vers  la  Scychie. 
Les  Indiens  difent  encore  voyage  du  foleil  vers  le  nord ,  voyage  du  foleil  vers 
le  midi.  Le  monftre,  moitié  femme  &  moicié  ferpenc  ,   eft  le  figne  de  la 
vierge  fous  les  pieds  de  laquelle  le  ferpenc  eft  placé.  Le  foleil  femble  fe  re- 
pofer  au  folftice ,  &  puifqu'Hercule  fe  repofe  fur  fa  peau  de  lion  ,  le  folftice 
écoir  donc  placé  dans  ce  figne  :  c'eft  en  s'éveillant ,  en  forcanc  de  fon  repos  , 
qu'Hercule  apperçoic  le  monftre  j  le  folftice  écoic  donc  placé  immédiacement 
avant  le-  (ignt  de  la  vierge.  Nous  n'aurions  rien  conclu  de  cette  tradition  , 
ou  di  cette  fable ,  fi  elle  avoic  été  fans  appui.  Mais  fondés  fur  les  deux 
faits  que  nous  avons  rapportés  (i/) ,  qui  placent  l'équinoxe  du  printemj 
au   premier  degré  des  gémeaux,   &    le    folftice  d'hiver  dans  le   premier 
degré  des  poiftdns,  nous  croyons  appercevoir  ici  la  tradicion  obfcure  d'un 
fait  analogue  qui    mcricoit  d'ècre  remarquée.  Ajourons  que  les  Egyptiens 

{a)  De  Sctentiâ  fteil.  ci,  (  c  )  Allé2;ories  orientales  ,  pag.   14S. 

(A)  Hcrodo:e,  Lib.  lY.  {d)  Supra,  Liv.  III,  §.  11. 

Rrij 


y,é  ÈCLAIRCISSEMENS 

aopcloient  le  figne  du  lion  le  domicile  du  foleil ,  c'eft- à-dire  du  foleil  dans  fa 
plus  grande  force  {a). 

§.     XII. 

'    Nous  ajouterons  encore  quelques  autres  traditions.  Tous  les  dîeux ,  félon 
Macrobe ,  pouvoient  être  rapportés  au  foleil  ,  &  n'étoient  que  fes  fym- 
bbles  (  è  ).  Mithra  ,  l'emblème  du  fokil ,  prefque  toujours  reprcfenté  par  un 
taureau  ,  ne  défi^neroit-il  pas  le  commencement  de  l'année  établi  d'abord 
dans  ce  figne  (c)?  Selon  Jablonski ,  la  mythologie  enfeigne  qua  Jupiter 
Ammon  ,  révéré  fous  la  forme  d'un  homme  avec  des  cornes  de  bélier,  étoit 
le  fymbole  du  foleil  dans  l'équinoxe  du  printems  {d).  Mais  Hercule  étoit 
auflTi  le  fymbole  du  foleil  dans  le  même  équinoxe  (e).  Ces  deux  fymboles 
différens  ne  femblent-ils  pas  relatifs  au  changement  de  l'équinoxe?  Le  bélier 
étoit  adoré  dans  la  ville  d'Ammon ,  comme  le  bœuf  dans  Memphis.  Les 
Egyptiens  révéroient  le  bœuf  Apis  en  mémoire  du  taureau  célefte  (/).  Ces 
deux  cultes  du  taureau  &c  du  bélier  vivans  avoient  fans  doute  la  même  fource. 
On  fêtoit  le  renouvellement  annuel  de  la  nature  ,  qui  avoir  eu  lieu  fuccelTi- 
vement  dans  les  deux  fignes  céleftes,  défignés  par  ces  deux  animaux.  Dans 
les  fctes  d'Ofuis  retrouvé,  dont  l'objet  étoit  certainement  le  retour  de  la 
chaleur  &  de  la  végétation  ,  on  portoit  une  tête  de  taureau  qui  paroît  faire 
encore  allufion  à  l'équinoxe  du  printems.  Enfin  la  tranflation  de  cet  équinoxe 
d'un  fiene  à  l'autre  eft  marquée  dans  une  fête  des  Egyptiens ,  où, félon  Hé- 
todote  {")  ,   on  amenoit  la  ftatue  d'Hercule  à  celle  de  Jupiter  Ammon-, 
couverted'une  peau  de  bélier.  Celane  femble-t-il  pas  fignifierque  l'équinoxe 
d'abord  repréfenté  par  Hercule  ,  l'écoit  alors  par  Jupiter  Ammon  ,  &  avoit 
pafle  du  taureau  dans  le  bélier ,  d'autant  que  le  dernier  degré  du  taureau  com- 
m;ncoit  les  gémeaux  confacrés  à  Hercule  Se  à  Apollon  ?  Cette  fête  n'étoit 
donc  qu'une  commémoration  du  changement  obfervé  dans  les  faifons.  Quoi- 
que ces  faits  n'ajoutent  pas  beaucoup  aux  faits  aftronomiques  que  nous  avons 
rapportés ,  on  verra  peut-être  avec  plaifir  que  la  tradition  s'accorde  ici  avec 
l'Aftronomie  ,  &  ces  faits  font  curieux  par  la  mémoire  qu'ils  ont  confervée 
de  ce  changement  de  l'équinoxe ,  dont  on  n'eut  pas  ciu  trouver  les  traces 


(a)  Macrobe,  Saturn.  Lib.  I ,  c.   ii.  {d)Puntheon  Egyptwrum,  Lib.  II,  c.  i. 

Horus  Apollo  ,  Lib.  I  ,  c.  17-  (0  Uidcm,  f-Toleg.  p.  S+  ,  &  Lib.  II.  c.  3. 

(  b  )  Sîtuin.  Lib.  I ,  c.  17  ,  18  ,  19  ,  10.  (/)  Lucien  ,  de  Aftrolooia. 

(  c  )  Mémoires  Je  l'Académie  des  Iniciip-  Baniiier  ,  Mythologie  ,  Tom.  I ,  p.  ;  1 1. 

ùons ,  T.  XYI.  p.  18  3 .  U  )  Hérodote  ,  Lib.  H. 


ASTRONOMIQUES..  jiy 

dans  les  Fttss.Sc  dans  h  religion  des  Egyptiens.  Les  PsiTans  défignenc  fiic- 
ceilivement  les  fignes  du  zodiaque  par  les  lettres  de  i'aîphaber.  La  première, 
c'eft-i-dire  ,  la  lettre  A  di(îgne  le  figne  du  taureau ,  la  lettre  B  le  figne  des 
g.eineaux  ,  &c.  Le  taureau  étoit  donc  alors  le  premier  des  figues  (a).  On 
trouve  encore  quelque  chofe  d'analogue  à  la  Chine.  Le  P.  Gaubil  mande  au 
P.  SoHciet,  par  une  lettre,  qu'on  aparlé  à  la  Chine  du  mouvement  de  la  terre 
plus  de  500  ans  .avant  J.  C.  ,  &  que  le  commencement  de  ce  mouvement 
y  eft  rapporté  aux  ctoilts  du  ttiurcûu.  La  fede  de  Tao  a  de  vieilles  cérémo- 
nies pour  conferver  le  fouvenir  du  commencement  du  mouvement  de  !a 
terre  (  h  ).  Ces  faits,  quoiqu'énoncés  d'une  manière  confufe,  femblpnt  établir 
une  nouvelle  conformité  entre  les  Egyptiens  &  les  Chinois.  Nous  répétons 
que  nous  ne  pouvons  admettre  aucune  com.raunication  entre  ces  peuples , 
&  tout  nous  ramené  à  l'opinion ,  développée  dans  cet  ouvrage  ,  qu'il 
y  a  eu  uns  fourcc  commune  où  xes  deux  peuples  ont  également  puifé. 
Depuis  limpreffion  commencée,  nous  avons  trouvé  le  partage  que  nous 
allons  tranfcrire.  L'auteur  éclairé  de  l'hijloire  philo foph'i qui  &  poiicique  des 
établijjcmens  &  du  commerce  des  Européens  dans  Us  deux  Indes ,  a.  eu  la  même 
idée ,  (S;  nous  nous  applaudiiTons  de  nous  être  rencontrés  avec  lui.  Sans  entrer 
dans  le  fyjlème  de  ceux  quiveulenc  donner  à  l'Egypte  une  antériorité  de  fonda- 
tion j  de  loix ,  defciences  &  d'arts  de  toute  efpece  ,  que  la  Chine  a  pcuc-ctre  au- 
tant de  droit  de  revendiquer  en  fa  faveur  ;  qui  fait  Jî  ces  deux  empires  ^  également 
anciens  ,  n'ont  pas  reçu  toutes  leurs  inflitutions  fociales  d'un  peuple  formé  dans 
le  vajic  efpace  de  terre  qui  lesfepare  ?  Si  les  habitans  fauvages  des  grandes  mon- 
tagnes de  VAf.i ,  après  avoir  erré  durant  plufieurs  fcecks  dans  le  continent,  qui  fait 
le  centre  de  notre  k  imifphere,  ne fe  font  pas  difperfés  infenfiblement  vers  les  côtes  des 
mers  qui  l'environnent ,  &  formés  en  corps  de  nations  féparées  à  la  Chine  ,  dans 
l'Inde  ,  dans  la  Perfe  ,  en  Egypte  ?  Si  la  délvges  fucceffxfs  ,  qui  ont  pu  défoler 
cette  partie  de  la  terre  ,  n'ont  pas  emprifonné  les  hommes  dans  ces  régions  co:i- 
pées  par  des  montagnes  &  des  defcrts  {c)  ? 

§.     X  I  I  L 

Il  eft  certain  ,  par  le  témoignage  de  Manethon  ,   que  le  plus  ancien  des 
trois  Mercures,  le  fameux Thoth  des  Egyptiens  vivoit  avant  le  déluge  (cf) .  Nous 


(a)  Chardin,   Totn.  V,  pag.  S4.  (  <^  )  Sincelle  ^  F*^^-  4°* 

(i)  Manufcrits    de  M.   de  Lifle,  num.  Ammianus  Marcellus,  Lib.  XXII.  p,  zyo, 

149  ,    1  ,    10  ,  &  num.    I  fo  ,  I  ,  79.  Jabloiiski ,  Lib.  V,  c.  5  ^  $.  4  &  14; 

(c)  Secoodc  cdit.  Toin  II,  pag.  150.  Abulpharage,  Hift.  Dynall.  p.  tf. 


5iS  É  C  L  A  I  R  C  I  S  S  E  M  E  N  S 

ne  voyons  pas  ce  qu'on  pourrolc  oppofer  au  témoignage  de  ManetKon  plus 
ancien  que  nous  de  zooo  ans ,  &  maître  de  fouiller  dans  toutes  les  anti- 
quités égyptiennes.  Manethon  dit  formellement  que  les  chofes  infcrites  par 
le  premier  Mercure  fur  les  f^ei'es  ou  colonnes ,  dans  la  terre  fyriadique  ,  ou 
dans  le  pays  de  Ser  ,  en  dialede  facré  ,  &  en  caractères  facerdotaux  ,  furent 
traduites  en  langue  grecque  ,  depuis  le  déluge  ,  par  Agathodemon ,  fils  du 
fécond  Mercure,  jabloiiski  fuppofe  avec  beaucoup  de  raifon  qu'il  y  a  ici 
une  faute ,  S:  qu'il  tant  lire  en  langue  vulgaire ,  &  non  pas  en  langue  grecque. 
Cette  langue  moderne,  ainfi  que  le  peuple  grec  ,  n'exiftoit  pas  au  tems  dont 
il  eft:  queftion.  11  penfe  encore  qu'il  faut  entendre  par  la  terre  fyriadique  , 
ctsjlringds  ou  fouterrains  ,  dontparle  Ammien  Marcellin  {a),  fur  les  murs 
defquels  les  principes  des  fciences  étoient  gravés  en  caractères  hiérogli- 
phiques.  Certaine  relTemblance  des  noms  peut  autorifer  cette  remarque. 
Mais  fi  l'on  fe  rappelle  que  Jofepbe  place  les  colonnes  de  Seth  dans  la  Syrie, 
Manethon  dans  le  pays  de  Ser  ^  fi  l'on  fait  attention  que  les  Seres  étoient  une 
nation ,  placée  au  nord  de  la  Chine  ,  &  à  peu  près  fous  le  parallèle  de  5  o°  , 
où  nous  avons  cru  voir  l'origine  des  fciences ,  on  trouvera  beaucoup  d'ana- 
logie entre  ces  différens  récits  ;  on  pourra  foupçonner  que  ces  colonnes 
furent  primitivement  élevées  dans  le  nord  de  l'Afie  ,  &  que  les  traditions 
qu'elles  confervoient,  ont  été  placées  par  les  E-^yptiens  à  la  tête  de  rhiftoire 
de  leur  pays ,  quoi  qu'elles  appartiennent  au  climat  que  leurs  premiers  an- 
cêtres avoient  habité. 

§.    XIV. 

Les  premières  ftatues  des  dieux  furent  des  colonnes  (1^).  LesAffVriens  en 
avoient  confacré  une  à  Mars  (  c).  Selon  Paufanias  [d)\\jtn  avoit  fept  dans 
la  Laconie  ,  érigées  en  l'honneur  des  fept  planètes.  De  là  l'ufage  d'infcrire 
fur  ces  colonnes  les  principes  des  fciences ,  comme  une  efpece  d'hommage 
àla  divinité.  Quand  l'art  de  lafculpture  fut  inventé  ,  on  fubftitua  des  ftatues 
à  ces  colonnes  j  mais  l'on  écrivoit  fur  ces  ftatues  ,  témoin  celle  de  Memnon 
que  Pocoke(e)  a  dellînée  à  Thebes  en  Egypte,  de  dont  les  jam.bes  fon 
couvertes  de  caraâieres.  Ces  colomnes,  ainfi  chargées  d'hiérog'iplies,  s'ap- 


{a)  Ammiauus  M-arcelIus  ,  /oja  chato.  {d)  lnLaconids,c.to,!nAcI'.iii::s,c.tz. 

(è)  Jablonski  ,  Proleg.  p     51.  S::iJa; ,    Muxime  de  Tir.   DiJJ'ertut.  6S. 

{  c  )  Hydc,  de  Re^gione  Perfurum ,  ci,  (  f  )   Voyaije  xJans   l'Orient  ,  de'  R.  Po- 

p.  61.                                  •  coke,  Tom.  I,  p.  101  £c  [04. 


A  s  T  R  O  N  O  M  I  Q  U  E  S.  319 

felolcnt  J?cks  en  grec  ,  &  chnish  en  égyptien  5  Jp.b'.onski  en  conclut  que  le 
fameux  Tluiît  n'croit  que  ces  colonnes  mêmes  perfonnifites  :  il  rcmp.rque 
que  ces  pràr^s  inicrivoient  roures  leurs  inventions  ,  L\^  y  ajouter  leurs 
noms ,  fur  ces  colonnes  renfermées  dans  le  fecret  des  temples.  En  confc- 
quence  toutes  leurs  inventions  furent  celles  de  Thaut ,  &  cela  explique  la 
multiplicité  des  ouvtages  de  ce  philofoplie.  Delà,  félon  Jablonski,  Plita,ou 
le  dieu  des  fciences,  a  pris  le  furnomdeTlioth,  ou  divinité  de*  colonnes.  De 
là  eft  né  le  perfonnage  de  Thoth.  Selon  lui  encore  les  différens  Mercures 
ne  fignifient  que  les  changemens  des  carafteres  gravés  fur  ces  colonnes  • 
les  premiers  commencemens  des  fciences  ,  ceux  où  l'on  ccrivoit  en  carac- 
tères hiérogliphiques,  firent  les  rems  du  premier  Mercure,  la  perfedion  des 
fciences  &  l'écriture  alphabétique  furent  ceux  du  fécond  (  a  ).  Tour  cela  elt 
fort  uigénieux  :  il  feroit  poflible  que  la  diltindion  de  plufieurs  hommes  , 
qui  ont  porté  également  le  nom  de  Thaut,  fut  fondée  fur  ce  changement 
de  caraélere.  Mais  il  ne  s'enfuit  point  que  Thaut  n'ait  pas  été  unperfonnac^e 
réel.  U  nous  paroic  tout  audî  (împle  qu'il  ait  donné  fon  nom  alix  colonnes 
où  il  dépofa  les  principes  des  fciences ,  comme  nous  donnons  le  nom  de 
Ciceron  au  volume  qui  renferme  les  écrits  de  l'orateur  romain.   La  rcrJité 
de  l'exiltence  de  Thaut  eft  atteftée  par  toutes  les  traditions  éevDtiennes  & 
orientales.   Indépendamment  des  ouvrages  que  nous  connoilTons  fous  fon 
nom  ,  mais  qui  peuvent  erre  fuppofés  ,  il  y  a  en  Afie  des  manufcrits  ,   en- 
tr'autves  un  grand  traité  d'Aftronomie,  de  Mercure  Trismégifte  (^)  &  c'eft: 
une  forte  préfomption  de  cette  exiftence.  L'opinion  de  Jablonski  eft  fondée 
fur  ce  que  Jamblique  (t)  nous  apprend  des  prêtres  égyptiens  qui  déco- 
roient  toutes  leurs  inventions  du  nom  de  Thaut ,  &  lui  en  faifoient  honneur 
comme  à  l'auteur  même.  On  a  remarqué  que  les  Pythagoriciens  avoient 
fuivi  la  même  méthode ,  en  attribuant  à  leur  maître  Pythagore  tous  les  ou- 
vrages qu'Us  avoient  compofés  depuis  lui.  Mais  de  ce  que  les  Pythagori- 
ciens ont  fuivi  cet  ufage,  quoique  Pythagore  ait  été  un  perfonnaf^e  réelle- 
ment exiftant ,  il  s'enfuit  que  Thaut  peut  avoir  été  un  perfonnage  réel , 
malgré  l'ufage  des  prêtres  égyptiens- 


(:a)  Jablonski  ,  Lib.  V  ,  c.  j.  M.inuC  de  M.  de  Lifle,  n°.  i  ; ,  9  B. 

{b  )  Notice  des  livr;s  orienwux  ,  corn-  (c)  Jamblique,  dcMyf.  Egypt.  in  initia. 

Biunic^uée   eu   1749    par  M.   Melot.  Jablons.ki,  Lib.  V,  c  5  ,  J.  10. 


;;io'  É  C  L  A  I  R  C  I  S  S  E  M  E  N  S 

§•    X  V. 

Il  ne  faut  pas  confondre  Thaut  ou  Mercure  ,  inventeur  des  lettres  Sc  des 
fciences ,  avec  la  divinité  armée  du  caducée  que  les  Grecs  ont  appelée  Met- 
cure  :  il  a  été  naturel  de  donner  aux  planètes  les  noms  des  premiers  hommes 
•côlebres ,  &  particulièrement  de  ceux  qui  avoient  cultivé  l'Aftronomie.  En- 
fuite  les  planètes  devinrent  les  divinités  du  monde  ,  on  les  fit  préfider  aux 
fit^nes  du  zodiaque;  on  donna  à  ces  divinités  des  attributs  qui  tous ,  comme 
le  remarque  Macrobe  ,  peuvent  être  rapportés  aufoleil.  Mercure  en  eft  un 
exemple.  Le  tétracorde  qui  lui  était  dédié  ,  fignifie  ,  félon  cet  auteur ,  les 
cuître  faifons  ,  comme  les  fept  cordes  de  la  lyre  d'Apollon  figuroientles  fept 
planètes  {a).  Toutes  ces  allufions  ne  font  peut-être  que  le  fruit  de  l'imagi- 
nation des  Grecs  ,  mais  les  faits  n'en  font  pas  moins  curieux.  On  rapporte 
encore  à  l'Allronomie  l'origine  de  la  fable  d'Argus.  Mercure  étoit  un  des 
noms  du  foleil.  On  appeloit  le  ciel  Argus.  Les  étoiles  ,  dont  il  eft  femé  , 
étoient  autant  d'yeux  dont  il  regardoit  la  terre  repréfentée ,  dans  les  hiéro- 
gliphes  égyptiens,  fous  l'emblème  d'une  v.iche  :  comme  le  foleil faitdifpa- 
roître-  les  étoiles  ,  on  a  dit  que  Mercure  avoir  tué  Argus  aux  cent  yeux  , 
chargé  par  Junon  de  veiller  fur  lo  transformée  en  vache  :  voilà  ce  que  ra- 
conte Macrobe  (  ^  ).  On  ramené  a  la  même  fource  le  caducée  de  Mercure  : 
il  eft  compûfé  de  deux  ferpens ,  de  tout  tems  emblèmes  de  l'année.   Leur 
forme  torcueufe  &  circulaire  déligne  le  mouvement  du  foleil  ,  &c  d'autant 
mieilx  que  le  nœud  où  les  deux  ferpens  fe  joignent  eft  appelé  Hercule  ,  qui 
eft  le  nom  du  foleil  de  l'équinoxe  (c  ).C'eft  dans  le  même  efprit  qu'on  difoit, 
lorfque  le  foleil  avoir  fini  fa  courfe  annuelle ,  qu'il  avoir  achevé  le  ferpent, 
draconem  confccljje  dicebatur  ;  de  là  eft  née  l'hiftoire  du  ferpenr  Python  tué 
par  Apollon  {d).  Mais  toutes  ces  fables  font  bien  poftérieures  au  rems  où 
viv'oit  le  Thaut ,  inventeur  des  lettres  ;  ces  fxbles  fe  font  formées,  étendues , 
à  proportion  de  ce  que  la  tradition  s'eft  altérée. 

§.     X  V  L 

Nous  répondrons  ici  à  une  objeilion  qu'on  a  faite  à  l'ufage  des    obé- 


(  a  )  Macrobe,  Saturh.  Lib.  I  ,  c.   19.  (c  )   Ibidem. 

(i)  Ibidem.  {d)  Ibidem,  c.   17. 

lifques 


ASTRONOMIQUES.  ?ii 

lifques  employés  primitivement  comme  des  gnomons  (  a).  On  dit  que  s'ils 
avoient  eu  cette  deftination  ,  ils  auraient  été  terminés  en  boule  ,  fans  quoi 
ils  n'auroient  pu  avoir  aucune  exactitude  ;  que  d'ailleuri  dans  plufieurs  mo- 
numens  ces  obclifc|ues  font  placés  fymmétiiquement  ,  >&r  femblent  dellinés 
particulièrement" à  la  décoration.  Mais  indépendamment  de  ce  qu'il  y  a  d'an- 
ciennes médailles ,  qui  nous  font  voir  ces  obélifques  terminés  en  boule  ,  il 
faut  faire  attention  que  l'imperfeâiion  de  cet  inftrument  n'eût  point  été  un 
obfticle  à  fon  ufage ,  parce  que  les  premiers  inftrumens  ont  tous  écé  pri- 
mitivement imparfaits.  L'ufige  des  boules  au  fommet  des  obélifques  eft 
très-ancien  ,  il  eft  antérieur  à  Moïfe  :  voici  un  palfage  d'Appion  qui  le 
prouve  ('■).  "  Moïfe,  dit-il ,  comme  je  l'ai  appris  des  anciens  Egyptiens ,  étoit 
»  de  la  ville  d'Héliopolis ,  qui  eft  confacrée  au  foleil.  Il  étoit  accoutumé 
j5  aux  ufages  de  fa  patrie  ;  il  introduifit  l'ufige  de  faire  des  prières  en  plein 
»  air  &  fur  les  remparts  des  villes.  Il  tourna  tous  les  oratoires  au  foleil 
5>  levant ,  car  c'eft  ainfi  qu'on  le  pratique  à  la  ville  du  foleil.  l!  éleva  des 
»  colonnes  dont  le  pied  étoit  dans  une  efpece  d'efquif  ou  de  badin  ,  &:  il  y 
..5  avoir  au  fommet  une  figure  ,  ou  tète  d'homme  ,  dont  l'ombre  avoir  le 
,■>   même  cours  que  le  foleil  (  c  )  ». 

Voilà  l'ufage  des  boules  clairement  exprimé.  Quant  à  la  fymmétrie  des 
obélifques  placés  à  la  porte  des  temples  ,  il  eft  évident  qu'on  a  fait  un  or- 
nement &  un  embéliiïement  de  ce  qui  n'étoit  d'abord  qu'un  objet  d'utilité. 

§.     XVII. 

Les  quinze  planètes  connues  des  Indiens  fe  trouvent  dans  le  paflTage 
fuivant  du  Shaftah.  On  fuppofe  l'éternel  dans  le  ciel ,  au  milieu  des  anges 
fidelles.  «  L'éternel  dit:que  le  duneahoudah  des  quinze  bobouns  d'expiation 
»  &  de  purification  paroilTe  pour  fervir  de  féjour  aux  debthah  rébelles  :  — 
j>  &  il  parue  à  l'inftant.  Duneah  figulfie  le  monde  j  duneahoudah ,  les  mondes 
ou  l'univers  ^  bobouns ,  régions  ou  planètes;  debthah,  les  anges  (  a').  On 
trouve  dans  le  manufcrit  de  M.  de  Butfon  le  même  paîTage  ,  &  traduit  ef- 
fentiellement  de  la  même  manière.  Si  les  ancêtres  des  Indiens  avoient  connu 
le  télefcope  ,  découvert  les  quatre  fatellites  de  Jupiter,  &  les  cinq  de  fa- 
turne  ,  ils  n'auroient  donc  compté  réellement  que  Cix  planètes ,  en  rejetant 


(a)Suprà,   Liv.  III,   §.   i;.  (t)  Hift.  Acad.  Infc.  Tora.  III  ^  p.   i66. 

( i )  Jofcphc  ,  réponfe  à  Appion  ,  Lib.  II.  {  d)  Évcnemens  hiftoriques  ,  relatifs  ac 

.  I.  Bengale,  par  J.  Z.  Holwel,  p.  55. 

S£ 


jiz  ÉCLAIRCISSEMENS 

de  ce  nombre  la  terre  comme  immobile  ,  &  le  foleil  comme  un  aftre  d'une 
nature  toute  difFcrente.  Le  Shaftali  a  été  publié  1900  ans  avant  J.  C.  11  a 
paru  depuis  deux  commentaires  J'un  en  1900  ,  &  l'autre  l'an  435  de  notre 
ère  (a).  Ce  livre  efl:  donc  très-ancien.  C'eft  un  mélange  de  fables  de  de  prin- 
cipes d'une  philofophie  très-fage.  Mais  on  ne  peut  croire  que  le  pafTage  cité 
renferme  la  connoiflance  des  neuf  fatellites.  On  voit  que  le  mot  bobouns  efl: 
également  traduit  par  régions.  Le  dogme  d'une  purification  néceflaire  peut 
avoir  fait  imaginer  plulîeurs  autres  purifications  ,  &  on  a  multiplié  les 
mondes.  Le  principe  de  la  pluralité  des  mondes  eft  très-ancien  ,  nous  pen- 
fons  qu'il  appartient  à  l'Aftronomie  antédiluvienne.  Parmi  les  philofophes 
grecs  qui  l'avoient  adqpté  ,  les  uns  admettoient  une  infinité  de  mondes ,  les 
autres  feulement  un  nombre  fini  {è).  Plutarque  (c)  cite  même  un  certain 
Petron  d'Himere,  qui  avoir  compofé  un  livre,  dans  lequel  il  foutenoit  qu'il 
y  avoit  1S3  mondes.  On  voit  que  ces  opinions  font  trop  vagues ,  Se  qu'on 
n'en  peut  rien  conclure  pour  des  connoilfances  pofirives. 


(a)  Ibidem  ^p.    ly&iS.  (c)  Des  oracles  qui  ont  cefle  , 

(i)  Mém.  Acad.  Inf.  Tom.  IX,  p.  i.  §-i7- 


ASTRONOMIQUES.  ji. 


LIVRE     TROISIEME. 


Des  premiers  tcms    après    le   déluge   Ù    de   l' Aflronomie 
des  Indiens  &  des   Chinois. 

§.     Premier. 

Â-i'  EX  iSTENCE  d'un  peuple  flwanc ,  qui  a  éclairé  tous  les  autres ,  &:  furtout 
fon  habitation  fous  le  parallèle  de  5  o  à  60° ,  eft  un  fait  trop  fmgulier  ,  pour 
omettre  aucune  des  preuves^  des  probabilités  qui  peuventle  confirmer.  Olaiis 
Rudbeck  a  prétendu  trouver  dans  la  Suéde  la  fameufe  Atlantique  des  anciens. 
Nous  ne  fommes  point  de  ce  fentiment;  mais  nous  penfons  que  les  nom- 
breux paiïages  des  hiftoriens ,  des  poètes,  recueillis .&  expliqués  par  le  favant 
Suédois ,  font  de  nouvelles  probabilités  à  ajouter  aux  faits  qui  nous  ont  fait 
trouver,  dans  le  norddel'Afie,  l'origine  de  la  philofophie  &  des  fciences. 

Il  ne  faut  pas  croire  que  le  ciel  de  la  Taïtarie  foit  contraire  aux  obferva- 
tions  aftronomiques.  Chardin  attribue ,  à  lafercnité  de  l'air ,  le  grand  nombre 
d'aftrondmes  qui  ont  paru  en  600  ans,  dans  le  pays  appelé  la  petite  Tartane 
orientale,  fituée  entre  les  fieuves  Oxus  &  Joxarte  {a).  Dans  des  climats 
plus  feptentrionaux ,  le  ciel  eft  peut-être  moins  ferein  :  mais  cela  n'empêche 
pas  qu'on  n'ait  pu  y  cultiver  l'Adronomie. 

Les  anciens  Suédois  avoient,  comme  les  prêtres  Egyptiens,  deux  efpecesde 
doftrine  ^  l'une  qu'ils  fe  réfervoient  avec  un  fecret  inviolable  ,  &  qui  a  péri 
avec  eux  ^  l'autre  qui  étoit  un  mélange  informe  de  fables  8c  de  fiits. 
Cette  féconde  doctrine  même  ,  fuivant  les  prêtres,  ne  pouvoit  pr.s  être 
écrite  fans  crime,  &  n'étoit  confiée  qu'à  la  tradition  orale.  Ces  faits  &  ces 
fables  étoient  en  vers.  On  les  favoitpar  cœur  :  &  lorfque  l'afcendant  de  ces 
prêtres  fut  détruit;  on  pat  aifément  les  recueillir.  C'eft  ce  que  fit  un  Iflan- 
dois  nommé  Sœmondre ,  l'an  1057  de  notre  ère.  11  donne  à  ce  recueil  le  nom 
à'Edda. ,  qui  fignifie  aïeule ,  &  l'on  penfe  que  l'auteur  a  voulu  dire  que  ce 
recueil  contenoit  l'aïeule  de  toutes  les  doctrines  {l').  Ces  anciens  Suédois 
avoient  l'ufage'de  graver  fur  des  pierres  les  faits  hiftoriques  en  langue 

(ù)  Tome  V,  /n-ii,page  14.  fur  l'Hiftoire  du  Nord,  par  M.   de  Kera- 

(  i  )  Colkclion  de  différens   morceaux      lio  ,  p.  i . 

Sfij 


5i4  ÉGLAIRCISSEMENS 

riinique;  Se  ces  pierres  en  conféquence,  étoienc  appelées  Runes,  il  n'en 
rePe  que  des  veftiges,  parce  que  les  moines  qui  piccherent  l'évangile  au 
11^  fiecle,  les  "crûrent  chargées  de  caraderes  magiques,  &  s'etforcerent 
de  les  détruire  (  a). 

§.     1  I. 

Ces  anciens  Suédois  s'appliquoient  à  l'Aftronomie.  Ils  coniptoient  leurs 
années,  leurs  mois  &  leurs  jours  ,  avec  des  .calendriers  perpétuels ,  gravés 
fur  des  planches  {b).  Ils  connoifToieut  la  longueur  de  l'année  de  3 5^  jours 
\,  &même  très-  anciennement.  Cette  année  cqmmençoit au folRice  d'hiver, 
ou  plutôt  au  moment  où  le  foleil  reparoifloit  fur  leur  horifon ,  après  une 
abfence  de  40  jours.  Ils  célébroient  alors  une  fête  qui  tomboit  par  confé- 
quent  au  lo'^joiir  après  le  folftice.  Au  tems  d'Olaiis  Magnus  ,  l'an  1000  de 
notre  ère,  cette  fête  tomboit  au  ^  1;'  ,  parce  que  leur  année  étant  plus  longue 
que  la  révolution  dufoleil,  il  y  avoir  un  jour  d'erreur  en  i  j  1  ans.  Ces  1 5  jours 
de  retard  répondent  donc  à  5  500  ans,  &  prouvent  que  2500  ans  avant  notre 
ère,  les  anciens  Suédoi;  avoient  la  connoifTance  de  la  longueur  de  l'année 
folaire  de  565'  ;|(  >-).  Ce  peuple  pourroit  être  une  colonie ,  qui ,  du  nord  de 
l'Afie,  fe  feroit  avancée  dans  le  nord  de  l'Europe. 

§.     III. 

I L  etl  certain ,  qu'on  trouve  dans  l'Edda  des  faits  analogues  à  ceux  de 
récricure<  On  y  trouve  alfez  clairement  la  formation  d'Eve  de, la  côte  d'A- 
dam, l'hiftoire  de  Noé  fous  le  nom  de  Belgemer,  avec  des  changemens  fa- 
buleux. Le  Géant  Ymus  ayant  été  tué,  il  coula  tant  de  fang  de  fes  bleiTures  , 
que  le  genre  humain  en  fut  fubmergé ,  à  l'excepcion  de  Belgemer  qui  fe 
fauva  dans  une  barque  avec  fa  femme  {d).  Rudbeck  veut  ramener  égale- 
ment aa  nord  l'orignie  de  toutes  les  fables.  Son  opinion  n'eft  pas  hors 
de  toute  vraifemblance.  Il  fuiSt  peut-être  d'y  en  rapporter  une,  tontes  les 
.autres  doivent  fuivre.  Phérécide  difoit  que  les  Hyperboréens  étoient  nés  des 
Titans  (e)^  il  plaçoit  donc  au  nord  l'origine  des  fables  grecques  &  même 
indiennes.  Il  faifoit  naître  les  Hyperboréens  des  géans  j  qui,  félon  tous  les 
peuples  du  monde,  font  la  première  race  des  hommes.  Rudbeck  a  recueilli 
dans  les  anciens  auteurs,  grecs  &  latins,  7  5  paifages  qui  ont  leurs  femblables 

(û)   Collsiilion  de   dilfcrcns    morceaux  {c)  Rudbeck,   de  A:lanticu  ,  Tom.  I.. 

fut   l'Hiftoite  du  Nord,  par  Ai.  de  Kera-  c.  5  ,  p.  9^- 
lio,  p.   185,  {d)  loidcm,  p-  J41   &  fuiv. 

(  i  )  Ibidem,  {e  )  Ibidem  j  Toni.  II ,  p.   15. 


A  s  T  R  O  N  O  M  I  Q  U  E  S.  315 

<îaiis  l'EJdi  (a).  On  poiurolc  placer  dans  le  nord  l'origine  de  Saturne 
&  d'Ofiris.  Ces  hommes  ou  ces  dieux  font  étrangers  à  l'Egypte.  Leurs  tem- 
ples étoient  bâns  hors  des  villes  ,  i"uivant  l'ufage  des  Egyptiens  à  l'é^iid  des 
dieux  adoptes  [i).  Plutarque  qui  femble  placer  au  nord  l'ifle  Ogygie,dit,  que 
fuivant  la  fable.Satumey  eft  détenu  prifonnier  par  Jupiter.  Ce  qui  caraârcrife 
prccifément  des  latitudes  aflez  boréales,  c'eft  que  dans  cette  ifle  le  foleil , 
pendant  30  jours  de  l'année,  nedefcendoit  fur  l'horifon  que  i'efpace  d'une 
heure.  Plutarque  ajoute ,  que  les  premiers  honneurs  y  font  déférés  à  Her^" 
Cille,  les  féconds  à  Saturne.  Tous  les  50  ans  quand  faturne  revient  au  figne 
du  taureau  ,  les  habitans  de  cette  ifle  s'embarquent  pour  aller  faire  des  facrifî- 
cesdans  unautiepays  (cr).  Ces  peuples  faifoient  donc  attention  au  mouvement 
de  faturne.  Nous  verrons  que  les  Chaldéens  obfervoient  particulièrement 
cette  planète.  Pourquoi  choiilIlToit-on  le  retour  de  faturne  au  figne  da 
taureau  plutôt  qu'à  tout  autre  figne  ?  Ne  feroit-ce  point,  parce  que  l'équinoxe 
y  étoit  placé,  Ck  que  c'ctoit  le  point  d'où  l'on  faifoit  commencer  les  révo- 
lutions du  foled ,  &  en  conféquence  de  toutes  les  planètes  ?  Tous  ces  faits 
rapprochés  paroilfent  donc  avoir  beaucoup  d'analogie  ,  &  en  indiquant  une 
parenté  entre  des  peuples  éloignés  par  la  dill:ance  des  lieux  &  des  tems,  les 
ramènent  à  une  fource  commune. 

§.    1  V. 

Os  IRIS  en  Egypte,  Adonis  dans  la  Syrie  ,  étoient.  abfens,  morts, 
pleures  pendant  40  jours.  Dans  certains  climats  du  nord  on  plearoit  le  foleil 
pendant  40  jours.  Il  y  avoit  une  fête  de  réjouifTance  quand  fes  rayons  repa- 
paroiflbient ,  femblable  à  celle  d'Ofiris  &  d'Adonis  retrouvés.  Ifis  nommée 
Frejadans  l'Edda,  eft  caradlérifée  dans  ces  fables  comme  dans  la  fable  égyp- 
tienne ,  tantôt  par  un  vêtement  noir ,  tantôt  par  un  vertj  tantôt  par  un 
blanc  {d),  conformité,  fans  doute,  très-finguliere  j  mais  il  eft  encore 
évident  que  ces  trois  vêteméns  de  Freja',  qui  repréfenrela  terre,  rappellent  la 
divifion  de  l'année  en  trois  faifons.  Le  noir  ilgnifie  les  ténèbres  dans  le  tems 
de  l'abfence  du  foleil  j  le  vert  le  renouvelement  de  la  nature  &  des  plantes  j 
le  blanc  la  faifon  des  neiges.  Ces  anciens  habitans  du  nord  ont  eu  des 
années  de  4  mois  {e).  Les  habitans  du  Chamchatka  ont  encore  des  années 


(a)  Ruibeck  ,  Tom.  Il,  p.  31.  (,  d)  Rudbcck  ,  Tom.  II  ,  p.  5 1    Se   fii 

(i)  Macrobe  ,  Liv.  I ,  c.  7.  vantes, 

{c)I'la:ai<i\ie,de  fucie  in  orie  lum,^.  zp.  (f)  Rudbeck  ,  Toœ.  II,  p.  6^1. 


;  :î  H  C  L  A  I  R  C  I  s  s  E  M  E  N  S 

de  (5  moii  {a).  11  paroîc  naturel  de  rapporter  à  ces  deux  formes  d'aiinée^i  la  fable 
d'Adonis,  qui,  fuivanrle  jugement  de  Jupiter  ,  doit  pafTer  4  mois  avec  lui,  4 
mois  avec  Vénus,  4  mois  avec  Proferpine,  &c  la  fable  de  Proferpine  elle- 
même.,  quidoitpalîerfî  mois  fiirla  terre  avec  Cérès  fa  mère,  &  <îmois  dans  le 
royaume  des  ombres.  Ce  fut  Deucalion  ,  qui  tranfporta  dans  la  Syrie  le  culte 
d'Adonis^  Deucalion,  fuivant  Lucien  ,  étoit  fcythe,  c'eft-à-dire,  venu  du 
nord  (  /;).  On  trouve  encore  dans  l'Edda  une  fable  qui  a  précifément  le  même 
objet  que  celle  de  Janus  &  du  Phénix  ^  c'eft  un  traité  entre  Freja  &c  fon  mari , 
lequel  croit  libre  de  s'abfenter  du  lit  nuptial  pendant  6<  jours ,  pourvu^qu'il 
s'acquittât  de  fon  devoir  pendant  300  autres  jours  (c).  Il  eft  impolfible  de  n'y 
pas  reconnaître  le  mariage  du  foleil  avec  la  terre,  &  la  nuit  de  6^  jours  de  cer- 
tains peuples  du  nord.  Uparoît  donc  afifez  naturel  de  conclure  1°.  que  ces  fables 
font  en  effet ,  l'ouvrage  des  peuples  feptentrionaux  ;  1°.  qu'elles  croient  relati- 
ves au  tems  de  l'abfence  du  foleil  fur  l'horifon  j  enforte  que  les  unes  appar- 
tiennent au  climat  du  pôle ,  où  la  nuit  eft  de  6  mois  j  les  autres  aux  latitudes 
où  elle  n'eft  que  de  4  mois ,  &  quelques  autres  enfin  à  des  contrées  plus  mé- 
ridionales où  l'abfence  du  foleil  n'eft  plus  que  de  6^  ou  de  40  jours. 

§.  V. 
Suivant  Hérodote  (  d) ,  les  Scythes  adoroient  la  terre  ^  ils  l'appeloient 
^Jpia.  Les  Egyptiens  qui  adoroient  le  bœuf  Apis  peignoient  la  terre  ,  fuivant 
plorus-ApoUo,  fous  l'emblcme  d'une  vache.  On  peut  donc  ramener  aux 
Scythes  &  aux  peuples  du  nord  le  nom  &  l'adoration  du  bœuf  Apis,  ainfi  que 
le  refpect  &  la  vénér.ation  des  Indiens  pour  la  vache.  11  n'y  a  pas  jufqu'au 
chien  Cerbère,  qui  ne  fe  trouve  deffiné  dans  les  hiérogliphes  fuédois  [e]. 
Les  langues  mêmes  fournllfent  quelques  probabilités  en  faveur  de  cette  opi- 
nion. Rudbeck  fait  voir  qu'un  grand  nombre  de  mots  phrygiens  ont  leur 
oric'ine  &  leurs  femblables  dans  la  langue  fuédoife.  Nous  citerons  le  mot 
Pe'^game,  le  nom  phrygien  de  la  ville  deTroye  ,  Se  berg ,  herghem,  qui,  dans 
1?^  langues  du  nord,  fignifie  encore  un  château,  une  ville  (/).  Les  mots 
fcr.phe ,  en  grec ,  Scfcapha  en  latin  ,  paroiftent  venir  defdvhi  ou  defciphre'y 
qr.i ,  dans  les  langues  du  nord ,  fignifient  navire  ;  c'eft  de  là  que  vient  auffi  le 
mot  anglois //://'.  Les  mots  haal  ,bel ,  qui,  dans  l'Afie  ,  (\gmÇio\tm  fdgneur  ^ 
roi ,  viennent  du  mot  bal,  qui  à  la  même  fignihcation  dans  les  langues  fepten- 

{a)  Voyage  de  l'Abbc  Chappc  en  Sybé-  (c)  Ibidem,  p.    iji. 

rie  ,  Tom.JII  ,  p.  19.  («^  )  Lib.  IV. 

{b)  RiîJbeck  ,  Tom.  II,  pages   j  1 1  &  [e)  Rudbeck,  T.  II,  p.  301  &  303. 

530.  (/  )  Ibidem  ,  Tom.  I ,  p.  8oy. 


ASTRONOMIQU  ES.  317 

rrionalss.  La  racine  her  du  nom  Hercule  appartient  également  à  ces  langues. 
Elle  lignifie  arwée  ,  &  elle  entre  dans  tous  les  mots  qui  ont  trait  à  la  guerre. 
C'eftdelà  que  vient  h  mot  héros,  &:vraifemblablement'le  mot  Hérus.  puifqr.e 
c'.ft  la  guerre  qui  a  fait  les  premiers  maîtres.  Her-fullc,  d'oùron  a  fait  cvidcir.- 
menr,  Hercule  iîgnitîe  chef  du  foida:s  [a],  11  leroir  aflez  iîagulier  de  trouver 
dans  le  nord  l'origme  d'Hercule.  Tacite  favorife  cette  opinion ,  en  y  plaçant 
les  colonnesd'Hercule  ,  foie  ,  dit-il ,  que  le  courage  de  ce  héros  l'ait  conduit 
dans  des  lieux  Jl  reculés  y  ou  qu'on  lui  ctuihue  tout  ce  qu'il  y  a  de  grand  & 
d'incroyable  fur  la  terre  {b),  Rudbeck  trouve  également  dans  le  nord  le 
mont  Atlas,  &  le  per/bnnage  qui  lui  a  doimé  fon  nom.  Nous  ne  nous  arrêtons 
point  à  quelques-unes  de  ces  reiïemblances  &  de  ces  étymologies.qui  peuvent 
ctre  équivoques  j  mais  Rudbeck  remarque  avec  raifon  que  la  defcriprion  du 
mont  Atlas  par  les  anciens ,  ne  convient  pis  à  une  montagne  d'Afrique.  Hé- 
fiode  femble  en  effet  placer  le  mont  Atlas  dans  un  pays  de  ténèbres  [c  ).  Se- 
lon M.  Mallet ,  il  eft  vraifemblable  que  les  premiers  habirans  du  Danne- 
marck  éroient  originaires  deScythie  id).  Il  trouve  beaucoup  derelfemblance 
entre  le  fyftème  des  Perfes  &  celui  des  anciens^Danois  ,  fur  le  chaos  ou  la 
formation  du  monde  (e).  Al.  l'abbé  Bannier  avoir  également  remarqué  une 
relfemblance  fînguliere  entre  la  dodrine  des  Perfes  &  celle  des  Gaulois  ou 
des  Celres  [f).  Ajoutons  que  chez  les  Celtes  comme  en  Afie  c'étoient  des 
femmes  qui  prédifoient  l'avenir.  Les  anciens  Danois  ont  un  recueil  de  pocfies 
nommé  Kolufpa  ,  quir  fignifie  dans  leur  langue  les  oracles  de  Vola  (^)  ;  le 
nord  a  donc  eu  fes  fybilles.  En  lifant  i'Edda,  ou  le  recueil  des  fables  fepten- 
trionales ,  on  fe  convaincra  facilement  que  toutes  ces  fables ,  ainfi  que  les 
fables  grecques ,  font  forties  de  l'Afie  [h  ).  C'efl:  aux  lecteurs  à  juger  fi  les  tra- 
ditions ,  &  les  fables  que  nous  avons  rapprochées  ,  ne  répandent  pas  quelque 
jour  fur  l'origine  des  connoilfances  humaines ,  &  fi  elles  ajourent  quelques 
probabilités  ,  aux  faits  qui  nous  ont  fait  trouver  cette  origine  dans  le  nord  de 
l'Afie.  Nous  paflons  aux  Indiens. 

§.    V  I. 
Les  Indiens  ne  connoiffent  poinr  leur   origine.  On  peut  croire  qu'elle 
remonte  à  l'antiquité  la  plus  reculée  ,  Se  qu'elle  rouche  au  déluge.  La  popu- 

(  a)   Rudbeck,  p.  750  &   7JI.  neinarck  ,    in  -    quarto  ,   page    douze. 

(  i)  Tacite,  Mœurs   des  Germains  ,  c.  (f)  Ibidem  ,  Edda  ,  p.   8. 

34,  §.  1.  (/)   Mythologie,  Tom.  II,  p.  tfi8. 

(c)  Rudbeck,  Tom.  I,  p.  358.  (^  )  M.  Mallet,  loco  citato , 'i-  ijj. 

(  <^  )  Introdu(Sion  à  l'Hiftoire  de  Dan-  {h)  Ibidem,  p.   106,  116,  113. 


3i3  ÉCLAIRCISSEMENS 

lation  &  les  arts  de  ce  pays  en  font  une  preuve  (tz).  Cette  population  cft 
elle-même  très-ancienne  :  quand  Alexandre  palTa  en  Afie,  il  trouva  dans  les 
Indes  neuf  nations  principales ,  &  5030  villes  aufll  confidérables  que  la  ca- 
pitale de  rifle  de  Cos  (/>).  Et  que  feroit  cette  antiquité ,  fi  l'on  pouvoit  ad- 
mettre que  les  Indiens  au  tems  de  Job  ,  avoient  l'art  de.  teindre  les  étoffes 
comme  ils  l'ont  aujourd'hui?  Qu'on  imagine  ce  qu'il  faut  de  fiecles,  aux 
hommes  raiTemblés  en  fociété ,  pour  inventer  l'art  de  fabriquer  les  étoftes  à 
trame  &  à  chaîne,  enfuite  pour  y  joindre  celui  de  les  teindre  !  Job  vivoit 
félon  toute  apparence  5000  ans  avant  J.  C.  (c)  C'eft:  M.  Goguer  {d)  qui 
avance  cette  opinion  fur  les  arts  des  Indiens ,  d'après  un  palfage  de  Job  j  mais 
M.  de  P.  penfe  que  c'eil  une  erreur  du  traduéleur  latin.  Ce  paflage  dans  la 
traduction  françoifene  parle  point  des  couleurs  des  ctotfes  teintes  j  mais  de 
celles  des  pierres  précieufes  [e). 

§•    VII. 

Outre  ces  antiquités  des  quatre  âges  indiens  dont  nous  avons  parlé ,  ces 

peuples  ont  encore  quelques  autres  nombres  d'années,  fabuleux,  ou  du  moins 

dont  nous  n'avons  pu  découvrir  la  fignilîcation  cachée.  Ils  difent  qu'il  y  a  eu 

17  fiîcles  qui  ont  précédé  l'âge  caliyougan ,  &  que  dans  leur  langue  ils 

appellent  mondes.  Voici  les  nombres  des  années  de  ces  cycles  (/). 

I    cycle 140000000 

1  I 30000000 

5  I 10000000 

4  IICOOOOOO 

5  lOOOOOOOO 

6 50000&00 

7  80000000 

8  70000000 

9  éOOOOOOO 

10  JOOOOOCO 

11  40000009 

11. 30000000 

13  lOOOOOOO 

14  10000000 

IJ  poiôooo 

16  7011500 

17  5959600 

18  , 48300 

I07i04(î400 

(»i)  Traufactionsphilofophiqucs,  Tom.  ^d)  Tom.  I,  Liv.  II,  art.  i  ,  p.  114. 

LXII ,  année  1771,  pa;^.  5  f4.  Job.  c.  18,  v.  16. 

(A)  Pline,  Lib.   VI ,  c    17.  (t)  Réflcx.  crit,  fur  lesÉa,yp.  T.  I.  p.  3 10. 

{c)Infrà,  Liv.  IX,  j.  4.  (/)  Mauuf.  de  M.  de  Lille ,  u°.  11,  7.  A. 

u 


ASTRONOMIQUES.  329 

11  e(ï  vifible  que  ces  nombres  font  le  fruit  de  l'imagination  des  Indiens  j 
ils  ne  reiremblenc  point  aux  nombres  que  nous  avons  décompofés ,  &  dans 
lefquels  nous  avons  cru  retrouver  quelque  vérité.  Ceux-ci  font  ronds,  & 
diminuent  par  une  progreflîon  égale  de  1 0000000  d'années.  On  y  reconnoît 
le  langage  de  peuples  très-anciens,  qui  parlant  d'un  tems  très-reculé,  dont 
ils  n'ont  qu'une  idée  confufe  ,  donnent  avec  protufion  à  fa  durée  des 
millions  d'années.  11  y  a  peut-être  quelque  analogie  entre  ces  i  8  mondes  ou 
âges ,  &  quelques  autres  fables  indiennes.  Ils  difent  par  exemple ,  qu'il  y  a 
une  montagne  qui  eft  le  centre  des  mouvemens  du  foleil  &  de  la  lune  ,  Se 
qui  s'étend  dans  14  mondes  [a].  Si  l'on  fe  rappelle,  les  1 5  bobouns  ou  les 
15  mondes  d'expiation  j  on  verra  que  les  14  premiers  âges  précédens 
font  dans  ces  fables  le  tems  du  féjour  des  hommes  dans  les  14  premiers 
inondes  :  nous  fommes  dans  le  quinzième  depuis  un  tems ,  partagé  en  4 
âges ,  ce  qui  fait  le  compte  des  1 8  âges. 

§.    VIII. 

Si  nous  paiïons  à  des  auteurs  dont  les  récits  femblent  plus  vraifemblables  j 
nous  trouverons  Pline  (^) ,  qui  dit  que  les  Indiens  comptoient  avant  l'ar- 
rivée d'Alexandre  154  rois,  lefquels  avoient  régné  645 1  ans  &  trois  mois 
(c)  j  ou  cette  durée  eft  fabuleufe,  ou  ces  années  n'étoient  pas  folaires.  1 54 
rois,  à  raifon  de  20  ans  de  règne  fui vant l'évaluation  de  Newton,  f croient 
3080  ans  {d).  La  circonftance  des  trois  mois  ajoutés  aux  645 1  ans  prouve 
que  ces  années  étoient  plus  longues  qu'une  faifonj  fi  on  les  fuppofe  de  fix 
mois,  C8  qui  n'a  rien  que  de  légitime,  puifqu'on  retrouve  cette  efpece  d'année 
dans  la  Grèce ,  dans  la  Chine  ,  auChamchatka  (e) ,  on  aura  une  durée  de 
^116  ans ,  lefquels  ajoutés  aux  3 17  ans,  écoulés  depuis  l'arrivée  d'Alexandre 
dans  les  Indes  jufqu'à  notre  ère,  donneront  l'an  3^53  avant  J.  C.  pour 
l'époque  du  premier  de  ces  rois  Indiens ,  c'eft-à-dire  ,  un  peu  plus  de  400 
ans  avant  leur  époque  aftronomique. 

§.     I  X. 

M.  Anquetil  nous  donne  une  divihon  du  jour,  ditfcrente,  &  plus  étendue 


{a)  Manufc.  de  M,  de  l'Iflc ,  ibidem.  trop  pics  de  celui  de  Pline  ,  pour  ne    pas 

(A)  Lib.  VI,  c.  17.  confirmer  Ton  témoignage. 

(  c  )  Arrien  ,  in  Indicis  ,  donne  à  la  durie  i^d)  Chronologie   des  anciens  royaumes 

de  CCS  règnes  6041  ans.  11  partoit  peut-crre  rctormée  ,  pag.   54. 

d'une  époque  différente;  mais  ce  nombre  eft  (  «  )  Supra  ,  §.  4. 

Te 


jjt,  ÉCLAIRCISSEMENS 

que  celle  que  nous  avons  rapportée  (a).  '<  Les  Malabares,  dit-il,  n'ont  pas 
n  d'autre  inftrument,  pour  marquer  les  heures,  qu'un  petit  vafe  de  cuivre  rond 
»  &  percé  par  le  fond.  L'eau  entre  par  le  trou ,  &  fait  enfoncer  le  vafe  au 
3>.  bout  d'un  intervalle  de  rems  nommé  najika,  &  dont  60  forn\eiit  le  jour. 
)»  Le  najika  fe  partage  en  60  vinaïgas  j  le  vinaïga  en  é  birpès  (la  refpi- 
n  tion  ) ,  le  birpé  en  10  kenikans ,  le  kenikan  en  4  mattirès  ,  &  le  mattiré 
»  en  8  kanni-mas  (clins  d'oeil  )  ou  caignodis  (  l'adVion  de  frapper  le  doigt  du 
»  milieu  avec  le  pouce)  ».  Selon  notre  manière  de  compter, le  najika  vaut 
24' j  le  vinaïga,  24"  j  le  birpé,  4"^  le  kenikan,  y"  j  le  mattiré ,  ^"  j  le 
kannimas  ou  le  caignodis  j^".  Ce  dernier  intervalle  eft  donc  plus  petit 
qu'une  de  nos  tierces ,  ou  qu'un  foixantieme  de  féconde.  Comme  on  ne  peut 
pas  penfer  que  leurs  fens  foient  aflez  fins  pour  faifir  de  fi  petits  intervalles  de 
tems ,  il  faut  nécelTairement  en  conclure  que  ces  fabdivifions  ont  été  intro- 
duites jadis  pour  la  précifion  du  calcul  aftronomique.  S'il  y  a  quelque  diffé- 
rence entre  M.  le  Gentil  ic  M.  Anquetil,  c'eft  que  le  premier  parle  des 
ufages  des  Indiens  de  la  côte  de  Coromandel,  &  le  fécond  des  Indiens  de  la 
côte  de  Malabar. 

M.  le  Gentil  (  ^  ) ,  dit  que  l'ufage  de  cet  inftrument  appelé  Garic  à  la  côte . 
de  Coromandel ,  appartient  feulement  aux  Mores ,  qui  s'en  fervent  dans  leurj 
armées  &  dans  les  garnifons  pour  relever  les  gardes.  Il  en  a  vu  à  Pondicheri 
parmi  les  cipayes  qui  font  des  foldats  Mores  j  mais  il  alTure  que  les  Indiens 
naturels,  Malabares  ou  autres ,  ne  s'en  fervent  en  aucune  façon.  On  s'en  fert 
en  Perfe  pour  mefurer  le  tems  &  les  dépenfes  d'eau  (  c). 

Cependant  M.  Niebuhr  a  vu  entre  les  mains  d'un  Brame  le  vafe  de  cuivre 
percé  par  le  fond ,  qui  fert  de  clepfidre,  Se  dont  parle  M.  Anquetil.  C'étoit  en 
Arabie  que  M.  Niebuhr  vit  ce  Brame.  Il  réfulte  de  toUt  ceci ,  que  les  clepfi- 
dres  ne  font  point  d'un  ufage  général  dans  l'Inde.  Cette  invention  leur  vient 
d'ailleurs  j  les  uns  la  connoiirent,  les  autres  ne  la  connoiirent  pas.  Ce  Brame 
avoir  aufli  un  anneau  folaire  mal  travaillé ,  de  5  pouces  environ  de  diamètre , 
&  un  cône  d'ivoire  arrondi ,  tronqué  ,  haut  de  5  pouces ,  ayant  plufieurs  cer- 
cles horizontaux.  On  ne  donna  pas  à  M.  Niebuhr  une  idée  nette  de  la  manière 
dont  les  Brames  employoient  cet  inftrument  (  d) . 

^     {  a  )  Zend-Avefta ,  Tom.  I  ,    parc.  I ,  (  t  )    Chardin  ,     voyage     en    Pcrfe  , 

pag;    lyi,  J75-  Tom.  V. 

Ci)  Vijyei  la  Relation  de  fon  voyage,  ('(^)  Defcriprion  de  l'Arabie  de  M.  Nie- 

qui  va  paroître  inceirammenc.  biuli,  pag.  loj. 


ASTRONOMIQUES.  jji 

§.    X. 

Les  Brames  font  ufage  de  deux  périodes  ,  l'une  de  6&  ,  l'autre  de  3(îoo 
ans.  Celle  de  60  ans  leur  feit  pour  l'hiftoire  &  la  chronologie  j  &c  en  gé- 
néral ils  comptent  les  efpaces  de  tems  écoulés  par  le  nombre  de  ces  pério- 
des. Chacune  des  années  de  cette  période  porte  un  nom  particulier  {a). 
M.  Goguet ,  {i)  en  parlant  de  la  même  période  qui  ctoit  en  ufage  chez  les 
Chaldéens  ,  a  penfé  qu'elle  étoit  luni-folaire  ,  &  qu'elle  avoir  fervi ,  en  la 
décuplant,  à  former  la  période  de  Soo  ans.  Mais  M.  Goguet  s'eft  trompé.  Les 
phafes  de  la  lune  font  trop  évidentes  pour  que  les  anciens  ,  quelque  ignorans 
qu'ils  fuiïentjayent  pu  faire  ufage  d'une  période  qui  étoit  en  erreur  de  trois 
jours.  S'ils  l'avoient  établie,  par  un  calcul  grofller  Se  anticipé,  ils  l'auroient  aban- 
donnée quand  elle  auroit  été  révolue.  Dans  le  nombre  des  cycles  folaires,  il 
y  en  a  qui  font  beaucoup  plus  courts  &  plus  exacts.  Nous  avons  dit  que  cette 
période  n'ctoitdue  vraifemblablementqu'à  la  commodité  du  nombre  fexagéfi- 
malpour  le  calcul  :  c'eft  la  même  raifon  qui  a  fait  divifer  le  jour  en  60  heures, 
&:  qui  a  établi  la  période  de  60  jours  &  de  60  ans  j  mais  fi  l'on  vouloir  que  cette 
méthode  même  eût  une  origine  aftronomique  ,  ce  feroit  dans  la  période  de 
60  ans  qu'il  faudroit  la  chercher.  Les  anciens,  &  fur-tout  les  Orientaux,  fai- 
foient  grande  attention  aux  conjondions  des  planètes  entr'elles ,  &  quand 
plufieurs  de  ces  planètes  fe  rencontroient  aflez  près  les  unes  des  autres,  ils  en 
confervoient  la  mémoire  (  c).  Jupiter ,  vu  de  la  terre ,  revient  au  même  point 
du  zodiaque  au  bout  de  1 2  ans  Se  5  jours  j  il  y  revient  donc  pour  la  cinquième 
fois  au  bout  de  60  ans  &  15  jours.  Mars  fe  retrouve  également  à  la  même 
polîtion  à  l'égard  de  la  terre  après  quinze  ans  moins  18  jours ,  Se  par  con- 
féquent  après  60  ans  moins  71  jours.  Saturne  ne  revient  pour  nous  au  même 
degré  de  l'écliptique  qu'^u  bout  de  5  9  ans  &  2  jours  (d)  ;  mais  il  eft  évi- 
dent par  la  lenteur  de  fon  mouvement ,  qu'au  bout  de  60  ans  il  n'en  eft  pas 
fort  éloigné.  La  période  de  60  ans  nous  paroît  donc  celle  de  la  conjonction 
des  trois  planètes  fupérieures  dans  le  même  figne  du  zodiaque ,  Se  même 
dans  un  plus  petit  efpace.  Nous  n'ignorons  pas  les  erreurs  confidérables  de 
cette  période  ,  mais  elles  font  moins  frappantes  que  celles  des  phafes  de  la 
lune  pour  des  hommes  qui  n'avoient  que  des  yeux.  La  fimple  remarque 
que  cette  conjon£tion  des  trois  planètes  dans  le  même  figne  du  zodiaque , 


(<i)  ZenJ-Avefta,Difc.  piélim.  ccxiu.  (c)  Herbelot ,  Bibliot.  Orient,  p.  958. 

(i  )  Tora,  III  j  Diflert.  i  ,  pag.  167,  (  «^  )  La  Lande,  Aftr.  Tora.  I,  p.  J94. 

Ttij 


ffz  ÉCLAIRCISSEMENS 

étoit  revenue  une  ou  deux  fois  au  bout  de  69  ans  ,  a  fuffi  pour  fonder  la 
période  :  l'aftrologie  s'en  eft  emparée  ,  la  fuperftirion  l'a  confervée  ,  mal- 
gré fon  inexaftitude  ,  &  l'ufage  chronologique  a  fini  par  la  confacrer.  Voilà 
ce  que  nous  pouvons  dire  de  plus  vraifemblable  fur  l'origine  de  cette  période , 

§.     X  1. 

Quant  à  la  période  de  3^00  ans ,  on  peut  la  croire  luni-folaire  &  com- 
pofée  ,  comme  le  remarque  M.  le  Gentil  ,  de  fix  périodes  de  600  ans  ;  de 
forte  que  fans  le  favoir,  ou  du  moins  fans  l'exprimer,  les  Brames  tout  ufage 
de  la  période  ante-diluvienne  de  <îoo  années.  Mais  il  fe  préfente  une  réfle- 
xion aflez  naturelle  j  comment  les  Indiens  ou  leurs  prédécelTeurs ,  avec  la 
connoiiïance  de  la  période  de  600  ans  ,  ont-ils  adopté  celle-ci  qui  efl:  moins 
exacte  ,  &  dont  l'erreur  ,  quelle  qu'elle  foit ,  eft  fix  fois  plus  grande  ?  Les 
Indiens  ont  une  correétion  conftante  qu'ils  appliquent  au  mouvement  du 
foleil  {a)  'y  nous  avons  fuppofé  dans  un  mémoire  particulier  que  cette  quan- 
tité étoit  le  produit  de  la  diminution  de  la  durée  de  l'année  folaire  ,  & 
qu'elle  avoir  été  apperçue  au  bout  d'un  intervalle  de  3  (joo  ans  (/>).  Nous  avons 
aHez  bien  déduit  de  cette  liypothèfe  ,  la  diminution  de  cette  durée  :  cela 
fuppofé ,  il  en  réfulteroit  que  la  période  de  3  ^00  ans  ne  feroit  que  l'in- 
tervalle, dans  lequel  le  moyen  mouvement  du  foleil  s'altéreroit  alfez  fenfi- 
blement  pour  avoir  befoin  d'une  correftion. 

L'époque  d'où  commencent  les  calculs  des  Brames  eft  très-ancienne  :  ils  fup* 
pofentque  20400  ans  avant  l'âge  d'infortune  qu'ils  appellent«/iyoa^a/2,  tous. 
les  aftres  étoient  en  conjonftion  dans  le  même  point  du  ciel  j  ainfi  cette  épo- 
que eft  de  l'an  23501  avant  J.  C.  Il  n'eft  pas  befoin  d'avenir  que  cette  époque 
eft  fi(Stive.  Nous  allons  voir  par  quelles  raifons  ils  l'ont  fixée  ainfi.  Cette  épo- 
que eft  liée  en  même  tems  au  mouvement  du  foleil  &  de  la  lune ,  ainfi  qu'à 
celui  des  étoiles.  Lorfqu'ils  difent  que  2  0400  ans  avant  l'âge  caliy  ougan  le  foleil 
&la  lune  étoient  en  conjonction,  c'eft  commiC  s'il  difoientque  34  révolutions, 
de  ^00  ans  avant  l'âge  caliyougan  le  foleil  &  la  lune  répondoient  au  même 
point  du  ciel.  Il  y  a  apparence  qu'Us  ont  pris  leur  époque  dans  une  conjonc- 
tion du  foleil  &  de  la  lune  arrivée  l'an  31 01  avant  l'ère  chrétienne  ,  & 
qu'ils  ont  reculé  cette  époque  de  3  4  périodes  de  600  ans ,  ou  de  20400  ans , 


(a)  M,  le  Gentil ,  Mémoires  de  l'Aca-  (  l>  )  Bailly  ,  Mémoires  de  l'Académie  des 

détnie  des Scieaces  1772-.  Sciences,  1773. 


ASTRONOMIQUES.  3  3  J 

pour  y  joindre  l'époque  d'une  révolution  des  étoiles  à  l'égard  d'un  certain 
point  lîxe  du  zodiaque. 

§.     XII. 

Les  Brames  connollTent  l'obliquité  de  l'écliptique.  Ils  ont  des  tables  de 
l'augmentation  des  jours  ,  à  raifon  d.i  changement  de  la  déclinaifon  du 
foleil ,  tant  fous  l'équateur  que  fous  différentes  latitudes  (  a  ).  Ces  tables  fup- 
pofent  une  obliquité  de  l'écliptique.  M.  le  Gentil ,  qui  en  a  fait  le  calcul , 
trouve  qu'ils  la  fuppofoient  plus  grande  que  15°.  Voilà  une  nouvelle  preuve 
en  faveur  de  ceux  qui  admettent  la  diminution  de  l'obliquité  de  l'écliptique. 
M.ais  quel  feroit  le  tems  où  on  auroit  fait  cette  détermination  ?  En  admet- 
tant qu'il  y  ait  23'  de  diminution  depuis  Hipparque  jufqu'à  nous,  ou  dans 
un  intervalle  d'environ  1900  ans,  il  faur  donc  j6  fiecles  pour  que  cette 
obliquité  diminue  dei°-j;ce  qui  eft  précifément  le  tems  écoulé  depu'ç 
la  création  ,  en  donnant  la  plus  grande  étendue  pofîible  à  la  chronologie  fa- 
crée.  On  ne  donnera  sûrement  pas  à  cette  déterminarion  la  date  de  la  créa- 
tion du  monde  ;  mais  deux  confidérations  peuvent  la  faire  rentrer  dans 
les  bornes  prefcrites.  La  première ,  c'eft  que  cette  diminution  ,  quoique 
confiante  pendant  un  certain  intervalle  de  tems  ,  peut  cependant  avoir  été 
autrefois  plus  rapide.  La  féconde  ,  c'eft  que  la  détermmation  des  anciens 
Indiens ,  «Se  le  calcul  de  leurs  tables  doivent  néceflairement  être  alfujettls  à 
quelqu'erreur. 

§.     X  1  I  1. 

Nous  avons  trouvé  ailleurs  lui  paiTage  qui  femble  prouver  également 
que  l'obliquité  de  l'écliptique  peut  avoir  été  jufqu'à  25°.  TheonSmirnœus  au 
quod  veures  Jlatuant  lunam  &vcneremfex  partibus  defleclere  ab  utr  a  que  pat  te  ^o- 
diaci,  SOLEM  VERO  U N A,  qualium  ambitus  circuUfuerit  ^60^  difcedere  {b).'Dnns 
le  tems  des  anciens  dont  parle  Théon ,  on  faifoit  l'obliquité  de  24°;  iî  le 
foleil  s'étoit  éloigné  d'un  degré  de  fa  route  ,  l'angle  de  cette  première  route 
avec  l'équateur  avoit  donc  été  de  25°. 

§.    X  I  V. 

Les  Tamouhs ,  c'efl-à-dire ,   les  Indiens  qui  habitent  la  côte  de  Coro- 


(  a  ).  M.  k  Gentil ,  Mémoires  de  l'Acadé-  (  b  )  Fiagmens  de  Theon  ,  publiés  pas 

mie  des  Sciences,  1772-.  Bouillaud  en  164-4,  pag.  185.. 


554  ÉCLAiRCISSExMENS 

mandel ,  difent  qu'ils  tiennent  l'AHronomie  des  Brames  {a).  Les  Brames 
modernes  aiment  à  être  appelés  Paramanes  ou  Brachmanes.  Ce  nom  fut  au- 
trefois commun  à  tous  les  philofophes  de  l'Inde.  C'eft  par  le  refpedt  qu'ils 
ont  confervé  pour  la  mémoire  de  leurs  ancêtres  qu'ils  défirent  d'être  nommés 
comme  eux  (  è  ).  Au  refte  les  Tamoults  difent  que  les  Brames  font  venus  de 
la  partie  du  nord  dans  le  Tanjaour  &  le  Maduré  ,  qui  font  les  parties  les 
plus  méridionales  de  la  prefqulîls  de  l'Inde  en  deçà  du  Gange.  Us  ne  peu- 
vent dire  précifément  ni  de  quel  pays  ces  Brames  font  venus ,  ni  dans  quel 
tems.  Ils  ajoutent  feulement  que  cette  époque  n'eft  pas  fort  ancienne.  Mais 
il  faut  remarquer  que  dans  leur  manière  de  s'exprimer  une  époque  de 
looo  ans  eft  aflez  récente.  Il  eft  sûr  que  mille  ans  ne  font  qu'un  inftant 
pour  un  peuple  qui  prétend  exifter  fur  la  terre  depuis  près  de  4  millions 
d' .années.  Leur  Butta ,  celui  qu'ils  regardent  comme  le  fondateur  de  leur 
philûfophie  ,  n'eft  ,  dit-on  ,  que  de  Tan  1031  avant  J.  C.  (c)  Il  ne  fauroit 
être  le  fondateur  de  l'époque  aftronomique  qui  remonte  à  l'an  3101.  11 
faut  croire  ,  ou  que  cette  époque  établie  dans  un  autre  pays,  a  été  apportée 
par  lui  dans  les  Indes ,  ou  que  ce  Butta  eft  beaucoup  plus  ancien.  C'eft  ce 
que  nous  fommes  portés  à  croire  par  la  reffemblance  que  nous  avons  remar- 
quée [d]  entre  ce  Butta  &  le  fameux  Thaut  ou  Mercure.  II  y  a  même  une 
analogie  finguliere.  Selon  les  Indiens  ,  les  Brames  font  venus  du  nord  , 
&  ce  Butta  porte  un  des  noms  attribués  au  Tibet  j  ce  pays ,  qui  s'étend 
au  nord  depuis  les  Indes  jufqu'àla  Chine,  eft  appelé  le  grand  Tibet  ou 
le  royaume  de  Butan  (e).  Les  Indiens  dilent  qu'il  y  eut  chez  eux  une  ré- 
forme dans  l'Aftronomie  fous  le  règne  d'un  prince  ,  nommé  Salivaga- 
nam  (/)  ,  qui  eft  mort  ,  fuivant  leur  calcul  ,1(^51  ans  avant  l'année  17^9  , 
c'eft-à-dire  ,  l'an  78  de  l'ère  chrétienne. 

§.    X  V. 

Ils  ont  une  table  (o)  du  tems  que  le  foleil  emploie  àparcourir  chaque  figne 
du  zodiaque.  D'où  l'onpeut  foupçonnerle  lieu  de  l'apogée  du  foleil  fuivanc 
leurs  tables.  Le  figne  ,  où  le  mouvement  du  foleil  eft  le  plus  lent ,  eft  celui 


{d)  M.  le  Gcnùl,  ibidem.  (e)   Hift.   Gén.    des    Voyages,   in-11  j, 

(ô)    In    condnuadone  XXIV  reladonis  Tom.  XXV  ,  pa^.  3  51. 

Tniljlcn^rium   Danicorum  ,     édita    Holœ  ,  (/)  M.  le  Gentil,  ibidem. 

1718  ,  //z-4°.  Gtainmaire   du  P.  Bcfchi. 

(c)  Mémoires  de  l'Académie   des   Inf-  Zcnd-Avcfta,  Dilc.  prélira,  ccxiil. 

criptious  ,  Tom.  XXXI ,  pag.  8r.  Théàt.  del'Idol.  Abraham  Roger,  p.  8û. 

(  d)  Supra  ,  Liv.  III ,   §.  I  f .  (  ^  )  M.  le  Gentil ,  ibidem. 


ASTRONOMIQUES.  555 

des  gémeaux  ,  tandis  que  c'eft  réellement  aujourd'hui  l'écrevilTe.  Le  fi^ne,  • 
oij  dans  leurs  tables  le  mouvement  du  foleil  eft  le  plus  rapide  ,  eft  celui  du 
fagittaire  j  nous  favons  que  c'eft  réellement  le  figne  du  capricorne.  Il  s'en- 
fuit donc  que  l'apogée  du  foleil  étoit  moins  avancé  d'un  figne  ,  lorfque 
cette  table  du  foleil  fut  conftruite.  Or  ,  fi  l'apogée  du  foleil  avance  de  ï°  , 
49'  1  o"  en  cent  ans ,  il  fera  1 640  ans  à  faire  un  figne  ,  d'oii  on  peut  conclure 
que  cette  table  en  particulier  a  été  calculée  pour  le  tems  de  Salivaganam  , 
l'an  78  de  notre  ère.  Il  eft  naturel  de  le  croire  ,  1°.  parce  que  le  calcul  nous 
y  conduit  145  ans  près  j  1°.  parce  que  les  Brames  difent  que  l'Aftronomii 
fut  réformée  fous  le  règne  de  ce  prince. 

On  peut  tirer  de  la  table,  dont  nous  venons  de  parler, quelques  connoif- 
fance  de  l'équation  du  centre  du  foleil.  Le  figne  où  le  foleil  refte  le  plus 
longtems  ,  eft  celui  des  gémeaux.:  il  y  refte  5 1  '  14^  3  9'.  Il  ne  refte  dans  le 
fagittaire  que  19'  S''  zi'  :  il  y  a  z'  6^  1 8'  de  différence.  Pour  nous  ,  nous  fi- 
vons  que  le  foleil  refte  dans  l'écrevifle  j  1'  lo**  49' j  &  dans  le  capricorne 
291  10''  51'^  ce  qui  fait  une  différence  de  i'  23''  57'.  Cette  différence  eft 
l'effet  de  l'équation  du  centre  ,  &:  il  s'enfuir  que  leur  table  a  été  calculée  fur 
une  équation  du  centre ,  plus  grande  que  la  nôtre  d'un  huitième  environ  ,  6c 
qu'elle  eft  àpeu-près  de  2°  1 4'. 

§.     X  V  L 

O  N  peur  obferver  que  les  Brames  appliquent  au  lieu  du  foleil  une  corredion 
qui  reffemble  beaucoup  à  une  équation  du  centre  fouftraftive  dans  les  fix  pre- 
miers figues,  &  additive  dans  les  fix  derniers.  Elle  a  cela  de  fingulier,  qu'elle 
eft  beaucoup  plus  petite  que  la  nôtre  ,  &  qu'elle  n'eft  point  égale  dans  les 
deux  parties  de  l'orbite.  La  plus  grande  fouftraclive  eft  de  25' ,  elle  répond 
au  20^  degré  des  gémeaux  :  la  plus  grande  additive  n'eft  que  de  11',  8c 
répond  au  20*^  degré  du  fagittaire.  Ils  paroilTent  donc  placer  l'apogée  du  foleil 
dans  le  2o«  degré  des  poiflons.  Par  les  tables  de  M.  l'abbé  de  la  Caille  (a)  cet 
apogée  en  1-00  fe  trouvoit  dans  le  7°  45'  29"  de  l'écrevifle  ,  il  en  rcfuke 
un  mouvement  de  j"^  17°  43'  29"  ^  ce  qui  ,  à  raifon  de  1°  49'  10"  oar 
fiecle  ,  répond  à  un  intervalle  de  5  9  2 1  ans  ,  &  place  cette  détermination 
vers  4221  ans  avant  notre  ère.  Il  réfulte  de  ceci  que  les  Indiens  paroîtroient 
avoir  deux  équations  différentes  du  centre  du  foleil  :  favoir ,  l'une  qu'ils  au- 

{a)  Aftronomii fundamenta. 


,5^  É  C  L  A  I  R  G  I  S  S  E  M  E  N  S 

loienc  dcterraiiice  par  le  tems  que  le  foleil  emploie  à  parcoanr  chaque  figne  : 
teins  qui  fixe  la  durée  de  leurs  mois  ;  l'autre  qu'ils  auroient  déterminée  di- 
rectement ,  mais  aflez  mal ,  par  l'obfervation  de  la  longitude  vraie  du  foleil, 
comparée  à  la  longitude  moyenne  tirée  de  leurs  tables. 

§.    X  V  I  I. 

Les  jours  de  la  femaine  font  défignés  par  les  fept  planètes  [a). Ils  fuîvent 
le  même  ordre  que  nousj  venus,  faturne  ,  le  foleil,  &c.  Mais  le  premier 
jour  eft  le  vendredi,  ou  le. jour  de  venus.  Les  noms  des  planètes  font 
foucra ,  venus  ^  fany ,  faturne  j  aditra  ,  le  foleil  j  foma  ,  la  lune  \  mangala  , 
mars  \  bouta  ,  mercure  ;  brahafpati ,  Jupiter.  Ces  noms  font  un  peu  difFérens 
félon  d'autres  millionnaires  (^)pl  eft  évident  que  cela  vient  de  la  pro- 
nonciation. Chacun  des  mois  aftronomiques  eft  affigné  à  un  des  fignes  du 
zodiaque ,  &  n'a  d'inégalité  que  celle  du  mouvement  du  foleil.  L'année 
commence  à  l'entrée  du  foleil  dans  la  conftellation  du  bélier.  Voilà  pour- 
quoi leur  année  eft  fidérale  ,  parce  qu'elle  commence  au  premier  point  de 
leur  zodiaque,  qui  eft  mobile,  à  caufe  du  mouvement  progrelîif  des  étoiles  en 
longitude.  Mais  on  ne  fait  point  comment  ils  règlent  leur  année  civile  j  Ci 
leurs  mois  font  égaux, s'ils  ont  cinq  jours  ajoutés  à  la  fin  de  l'année,  comme 
les  ont  eu  tant  d'autres  peuples.  Les  millionnaires  ont  dit  que  la  forme  de 
leur  année  approchoit  beaucoup  de  l'année  julienne  ,  en  voulant  dire  appa- 
remment qu'ils  avoient  un  jour  intercalaire  tous  les  quatre  ans  (c). 

Quinte  Curfe  {d)  rapporte  que  les  Indiens  au  tems  d'Alexandre  avoient 
des  mois  de  quinze  jours ,  &  qu'ils  ne  les  régloient  point,  comme  les  autres 
peuples,  par  le  moment  où  la  lune  achevé  fa  révolution  pour  en  commen- 
cer une  autre ,  mais  par  l'inftant  où  l'on  apperçoit  les  cornes  fe  former. 
C'étoit  peut-être  l'intervalle  du  moment  où  les  cornes  font  prêtes  à  difpa- 
roître  lors'du  premier  quartier  ,  au  moment,  où  elles  commencent  à  fe  re- 
montrer après  le  dernier  quartier.  Voilà  ce  que  nous  pouvons  imaginer , 
fans  quoi  Scaliger  [e)  auroir  raifon  de  trouver  le  récit  de  Quinte  Curfe  ab- 
furde  &  impoflible.  S'ils  eulfent  compté  d'un  croiftant  à  l'autre  ,  l'intervalle 
eût  été  de  5e  jours.  Ce  qui  a  trompe  Quinte  Curfe,  c'eft  qu'ils  comptent  de 

(a)   Thcàtrc  de  l'Idolâtrie,    Abraham  (c  )  In  condnuatione  relationis  XXIY  ^ 

Ro'^cr  ,  pas;.  77.  mijfwnaiium  Dunicorum. 

M.    le  Gentil ,  loco  citato.  Manufc.  de  M.  de  Lille  ,  n°.   11  ,   7  ,  A. 

(  k  )  Manufcrits  de  M.  de  Lifle  ,  n°.  1 1,  {d)  Lib.  VIII ,  §.  IX. 

7  A.  (f)  De  emcnd.  tcmp.  Lib,  III,  p.  114. 

u 


I 


ASTRONOMIQUES.  jjr 

la  nouvelle  A  la  pleine  lune  ,  &  de  la  pleine  lune  à  la  nouvelle  ,  en  difanc  le 
i  '^'' ,  le  le  ,  &:c.  &:  le  1 4"  depuis  la  nouvelle  lune  (  a  )  ^  ce  qui  fait  1 5  jours 
avec  celui  de  la  nouvelle  lune.  Ce  n'cft  qu'une  fubdivifion  du  mois.  Qainte- 
Curfe  l'a  piife  pour  un  mois.  Les  Chinois  ont  également  cette  fubdivifion 
du  mois  en  deux  parties.  Ils  comptent  i4Theki  {l>)  dans  le  cours  de  l'année. 

§.    XVIII. 

G  N  a  cru  que  la  fup^rftition  du  dragon  qui  cherche  à  dévorer  le  foleil  & 
la  lune  ,  lorfqu'ils  perdent  leur  lumière  en  s'éclipfanr ,  croit  née  de  l'ufage 
qu'ont  introduit  les  Arabes-de  donner  aux  nœuds  de  la  lune,- où  arrivent  les 
éclipfes,  les  noms  de  tête  Se  de  queue  du  dragon.  Mais  on  n'a  point  confi- 
dcré  que  cette  fuperftition.  exifke  chez  des  peuples  (c)  qui  n'ont  jamais  en- 
tendu parler  des  Arabes ,  ni  connu  leur  langue  aftronomique.  Cette  fuperf. 
tition  elt  fans  doute  ancienne  j  elle  aura  palfé  dans  l'Arabie  où  elle  aura  été 
détruite  ,  quand  la  faine  Aftronomie  y  a  été  portée  d'Alexandrie.  Les  Arabes 
ont  feulement  confervé  la  tète  &  la  queue  du  dragon  ,  pour  déiigner  le  lieu 
des  nœuds  &  des  éclipfes  ,  Se  aullî  comme  pour  conferver  la  mémoire  d'une 
fuperllition  extirpée. 

§.    XIX. 

Les  Indiens  croyent  que  les  âmes  font  defcendues  des  aftres  ,  &  c'eft  1 
raifon  des  7  planètes  qu'ils  ont  établi  7  clafles  parmi  eux  ,  différemment  ho- 
norées ,  fuivant  l'aftre  d'où  font  forties  les  âmes  de  ceirx  qui  les  compofenr. 
La  première  ,  celle  des  Brames ,  réunit  toutes  les  âmes  defcendues  du  fo- 
leil. La  1- ,  les  âmes  defcendues  de  la  lune,  Sec  (d).  Il  'eft  inutile  de  dire 
que  ce  drogme  a  été  ajouté  après  coup  pour  expliquer  la  différence  des  caftes  5 
car  les  claffes  d'un  peuple  ne  s'établiirent  point  fur  de  pareilles  chimères. 

L'ame  palfant  par  toutes  les  planètes ,  avant  d'habiter  la  terre,  y  contradle 
différentes  qualités  qui  produifent  la  différence  des  caraéteres  &  des  paf- 
fions   [e).  Ces  rêveries  ,   comme  les  meilleures  opinions  phifofophiques  , 


(a)   Grammatlca-ladno  TamuUca  ,  par  Soucier,  Tom.  III,  p.  85. 

le  P.    Confiance  Befclii  ,  à  Tranquebar  ,  (c)  Moeurs    des    Sauvages  ,  Laffittcau  , 

1758  ,  p.  167.  Tom.  I,  p.  148. 

Zend-Avefla ,  Difc.  prélim.  p.  1 1 3 .  (  «^  )  Mémoires  de  l'Académie  des  Infcrip- 

{  b)  Golius,  In  appendice  atlands  finici.  tiens,  Tom.  XXXI  ,  p.  3 09. 

Hydc  ,  de  Religione  vecerum  Perfarum  ,  (c)   Voye^  l'Aubcrkcend  ,  livre  Indien  , 

c.  I S  ,  p.  ii6t  extrait  par  M.  de  Guignes.  Ibidem. 


3j8  É  C  L  A  IR  C  f  S  S  E  M  E  N  S 

avolenr  pafTé  dans  l'occident  :  Macrobe  en  fait  mendon  [a].  Au  refte  cette 

doitrine  appartenoit  à  l'aftrologie ,  &  fervoit  à  expliquer  l'eiretàes  influences 

des  aftres.  Les  émanations  des  planètes  s'exerçoient  lut  les  âmes  &  fairoient 

agir  ou,  pour  ainfi  dire  ,réveilloient  les  facultés  contractées  dans  ces  mêmes 

planètes. 

§.    X  X. 

Quelles  que  foient  les  théories  favantes  dont  les  Brames  font  enpof- 
feflion  ,  nous  avons  fait  voir  qu'ils  ne  les  entendent  point ,  &  qu'ils  n'en 
font  pas  plus  habiles  en  Aftronojnie.  Dans  le  peu  d'explication  qu'il  eft  pof- 
fîble  de  tirer  d'eux  ,  il  paroît  qu'ils  en  font  encore  aux  premiers  pas  fur  la 
théorie  des  mouvemens  du  foleil  ;  ils  fcmblent  croire  que  cet  aftre  a  un  mou- 
vement particulier  vers  les  pôles  j  car  ils  difent  voyage ,  ou  cours  du  foleil ,  vers 
le  nord  ou  vers  le  midi.  Au  refte  cette  expreffion  u'eft  pas  décilive  ^  il  faudroit 
connoître  à  fond  leur  langue.  Nous  fommes  beaucoup  plus  éclairés ,  &  nous 
avons  plufieurs  expreflions  abrégées  qui  ne  font  pas  plus  juftes.  Nous  fommes 
Coperniciens  ,  &  nous  parlons  fans  cefle  du  mouvement  du  foleil.  Ces  ex- 
prellîons  ne  nous  induifent  pas  en  erreur ,  parce  que  nousfavons  ce  qu'elles 
fîgnifient.  On  trouve  dans  un  diétionnaire  indien  une  définition  afTez  jufte 
de  la  nouvelle  lune  :c'eft, dit-on  ,1a  conjondion  du  foleil  Se  de  la  lune  [6), 

§.     X  X  I. 

En  paflant  au  peuple  chinois  ,  dont  nous  avons  cru  pouvoir  fixer  l'anti- 
quité à  l'an  ip  5  2-  5  même  à  l'an  3537  avant  J,  C. ,  &  avant  de  rapporter  les 
conjeélures  &  les  traditions  fur  lefquelles  nous  nous  fommes  fondés,  nous 
croyons  devoir  faire  quelques  réflexions  fur  la  certitude  de  la  chronologie 
de  ce  peuple  ancien.  On  objedte  contre  la  chronologie  chinoife  que  tous  les 
livres  furent  brûlés  ou  détruits  ,  fous  le  règne  de  Tfin-chi-hoang,  quelques 
fîecles  avant  l'ère  chrétienne.  Mais  on  ne  peut  croire  que  cet  empereur  ait 
réuflî  dans  fon  projet.  L'hiftoire  antérieure  ,  fi  détaillée  ,  ne  feroit  donc 
qu'un  roman  continuel  ?  C'eft  ce  qu'on  ne  perfuadera  point  à  ceux  qui  ont 
examiné  les  monumens  chinois.  Les  ouvrages  de  l'imagination  ont  un  ca- 
raétere  qui  frappe  les  efprits  attentifs.  Les  Chinois  font  d'ailleurs  trop  igno- 
rans  pour  avoir  fnpcofé  les  obfervations  rapportées  dans  leur  hiftoire  ;   ob- 


(a)  Commentarium  in  fomn.  Sci^iorJs  ,  (i  )  Soucier,  obfcrvationsfaitcs  aux  Indes 

iib.  I ,   c.  II.  £:  a  la  Chine ,  Tcm.  I ,  p.  û  Je  7. 


I 


A  s  T  R  O  N  O  ^f  I  Q  U  £  s.  ?3, 

fervations  qui  font  la  plupar:  conformes  aux  phénomènes  du  tems  où  elles- 
fonc  placées.  Mais  écoutons  le  P.  Parennin  ,  celui  des  Européens  qui  fut  le 
plus  inftruirde  l'antiquité  &  de  la  chronologie  chinoife  ^  homme  d'ailleurs 
alFcz  éclairé  pour  infpirer  la  coiifiance.  "  Je  dis  {a)  qu'à  confidérer  cette 
j>  hircoir;  des  Chinois  en  général ,  fur-tout  depuis  l'empereur  Yao,  jufqu'au 
5>  tems  préfent ,  il  y  a  peu  de  chofe  à  redire  pour  la  durée  totale  ,  pour  la 
5>  diftribution  des  règnes  »  &  pour  les  faits  qui  font  de  quelqu'importance. 
»  Il  ne  faut  pas  croire  que  l'incendie  qui  fe  fit  des  livres ,  fut  femblable  à 
»  celui  d'uni  bibliothèque  ,  laquelle  en  peu  d'heures  eft  réduite  en  cendres. 
»  Tous  les  livres  ne  furenr  pas  profcrits  ;  il  y  en  eut  d'exceptés ,  &  entr'autres 
»  les  livres  de  médecine.  Dans  le  triage  qu'il  en  fallut  faire  ,  on  trouva  le 
>>  moyen  de  mettre  des  exemplaires  en  sûreté.  Le  zèle  des  lettrés  en  fauva 
»  un  bon  nombre  j  les  antres ,  les  tombeaux ,  les  murailles  devinrent  un 
j>  azile  contre  la  tyrannie.  Peu-à-peu  on  déterra  ces  précieux  monumens 
»  de  l'antiquité  ;  ils  commencèrent  à  reparoître  ,  fans  aucun  rifque ,  fous 
»  l'empereur  Ven-ti ,  c'eft-à-dire  ,  environ  54  ans  après  l'incendie.  Sous  fon 
»  fuccelfenr  on  trouva  les  cinq  King ,  Se  les  ouvrages  philofophiques  de 
»   Confucius  ,  &c. 

Ainû  nous  écablilTons  la  certitude  cle  la  chronologie  chinoife ,  non  fur 
le  fentiment  de  quelqu'Européen  fyltématique  ,  mais  fur  le  témoignage 
d'un  Européen  devenu  prefque  Chinois.  On  peut  ajouter  à  ce  témoignage 
l'opinion  du  célèbre  M.  Fourniont,  qui  a  fait  voir  qu'il  étoit  irapofiîble  d'ad- 
mettre l'incendie  général  des  li/res  à  la  Chine  (^).  Si  les  annales  de  toutes 
les  nations  avoient  été  dreffées  avec  autant  de  foin,  il  n'y  auroit  pas  tant  de 
problêmes  à  réfoudre  dans  la  chronologie  ancienne  :  le  fil  ne  feroit  pas  fi 
fouvent  interronîpu  dans  la  fucceilion.  des  rois.  Il  eft  confervé  dans  l'hiftoire 
de  k  Chine  depuis  4800  ans ^  car  Fohi  ,  leur  premier  empereur,  régna 
environ  1951  ans  avant  J.  C. 

§.    X  X  I  I. 

C  E  n'eft  pas  que  les  Chinois  ne  prétendent  à  une  antiquité  beaucoup  plus 
grande  j  ils  ont  leurs  fables  comme  les  aurres  peuples  :  fables  dans  lefquelles 
quelques  vérités  peuvent  être  enveloppées.  Leurs  (c)  hiftoires  font  mention 
de  trois  familles  5  la  première  compofée  de  i  j  princes  qui  régnèrent  chacun 

(  a  )  Lettres  édifiantes,  T.  XXI ,  p.  izo.  (  c)  Population  dî  l'Amérique  ,  p.  JOI, 

(i)Mém.  Acad.  lof.T.  XIII,  p.jU.  Martini ,  Tora,  I  ,  17,  18. 

Vvi) 


340  É  C  L  A  I  R  C  I  S  S  E  M  E  N  S 

18000  ans:  la  féconde  de  onze  qui  régnèrent  encore  chacun  18000  ans  :  la 
troifieme  de  9  qui  régnèrent  chacun  45600  ans.  Nous  avons  remarqué  qu'en 
accumulant  tous  ces  règnes ,  &  prenant  les  années  pour  des  jours ,  on  trouve 
lin  intervalle  de  2.^06  ans  qui  à  6j^  ans  près  s'accorde  avec  le  rems  écoulé 
entre  la  création  du  monde  &  le  déluga  ;  accord  qui  fera  fuffifant ,  fi  l'on 
fait  attention  que  ces  règnes  ,  ainfi  évalués  en  nombres  ronds ,  ne  font  pas 
donnés  fans  doute  avec  précifion.  11  en  réfultera  toujours  que  les  Chinois 
ont  confervé  quelques  connoilFances  de  la  chronologie  anté-diluvienne.  Il 
eft  d'autant  plus  probable  qu'ils  ont  pu  compter  les  jours  pour  des  années  , 
qu'indépendamment  de  ce  que  cette  méthode  eft  naturelle  ,  comme  nous 
l'avons  fait  voir  (a),  &  a  été  pratiquée  par  quelques  peuples,  on  prétend 
que  le  cycle  (/')des  Chinois  a  été  d'abord  en  ufage  pour  les  jours,  comme  il 
l'eft  encore  aujourd'hui ,  &  ne  fut  applique  qu'enfuite  aux  années  ^  ce  qui 
feroit  une  preuve  fans  réplique  ,  fi  la  chofe  étoit  démontrée.  Les  Chinois  ont 
douze  mots  qui  leur  fervent  à  défigner  les  douzé^divifions  du  jour  (c).  Ce  fontt 
ces  1 1  noms  combinés  ,  avec  une  fuite  de  dix  mots  appelés  can  ,  qui  fervent 
à  défigner  les  années  qui  forment  leur  cycle  de  60  ans.  Il  eft  évident  qu'ils 
auront  pris  les  noms  des  heures  pour  nommer  les  jours,  &  que  cette  com- 
blnaifon  aura  été  faite  pour  défigner  un  intervalle  de  60  jours,  ou  de  deux 
lunaifons  à-peu-près.  L'ùfage  en  aura  été  enfuite  étendu  à  un  intervalle'  de 
Co  ans.  Ces  périodes  de  60  jours ,  ou  de  60  ans ,  feront  nées  ,  comme  nous 
l'avons  dit ,  de  la  divifion  fexagéfiniale  appliquée  à  toutes  les  efpeces  de  nu- 
mérations. 

§.    X  X  I  I  I. 

Aux  trois  familles ,  ou  dynafties  dent  nous  avons  parlé  ,  fuccéderent 
Yeus,  Se  Siiïus  qui  fut ,  dit-on  ,  très-favant  dans  l'Aftronomie.  N'oublions 
pas  une  tradition  des  Chinois  rapportée  par  le  P.  Gaubil.  «  Leur  hiftoire 
»  raconte  fous  Yao  ,  dit-il  (</)  ,  la  fable  d'une  tortue  de  mille  ans ,  qui  avoir 
»  gravé  fur  fon  dos  des  caraderes ,  où  l'on  voyoit  tout  ce  qui  s'ctoit  paflé 
S)  depuis  le  commencement  du  monde  )>.  En  écartant  ce  qui  eft  vifi- 
blement  fabuleux  dans  cette  tradition  ,  on  peut  croire  qu'on  avoir  gravé  fus 
i'écaille  d'une  tortue  la  fuite  de  quelques  faits  importans  depuis  l'origine  de 
la  monarchie.  Une  écaille  de  tortue  a  quelquefois  trois  pieds  de  long  fur 


ia)  Suprà  ,  Liv.  II,  5.  7.  (c)  Martini,  Tom.  I,  p.  4^. 

Édaitciflcmens  ,  Liv.  I  ,  §.   11.  (d)  Population  de  l'Amérique,  p.  joj. 

(  4  )  Population  de  l'Amérique,  p.  ;oi.  Soucie: ,  Tom.  III,  p.  47. 


ASTRONOMIQUES  341 

deux  pieds  {a)  de  large.  Les  caractères  chinois  font  alFez  abrégés  pour  qu'on 
écrive  beaucoup  de  chofes  dans  un  fi  petit  efpace.  Cette  tradition  feroic 
donc  remonter  l'empire  de  la  Chine  à  5  5  5  7  ans  avant  J.  C. ,  parce  que  Yao 
régna  vers  15  57  ;  fans  compter  qu'il  pourroit  encore  remonter  plus  haut, 
puifque  !a  tradition  ne  dit  point  que  ces  mille  ans  allalTent  jufqu'au  tems 
d'Yao.  Remarquons  que  le  P.  Kirker  dit  que  cet  empereur  avoir  inventé 
des  caracT:eres  qui  reirembloicnt  à  une  tortue  (<^).I1  y  a  quelqu'analogie  entre 
ce  fait  &  la  tradition  dont  nous  venons  de  parler.  Remarquons  encore  que 
fuiv'antla  lettre  du  P.  Parennin  que  nous  avons  citée  (c)  ,  fi  l'on  ajoute  à 
l'époque  d'Hoang-ti  l'intervalle  du  6^^  ans,  qu'il  donne  aux  règnes  des  9 
rois  qui  ont  précédé  ce  prince  ,  il  en  réfultera  pour  le  commencement  dii 
règne  de  ces  rois  l'époque  de  l'an  j  5  3 1  ,  qui  ne  diffère  que  de  x6  ans  de  celle 
que  nous  avons  déduite  de  la  tradition  de  l'écailIe  de  la  tortue.  Et  fi  l'on 
ajoute  encore  à  cette  époque  celle  des  règnes  des  1 5  rois  antérieurs  ,  règnes 
que  nous  avons  réduits  à  5  2.0  ans ,  on  remontera  à  l'an  5  S  5 1  -ce  qui  rendroic 
l'antiquité  des  Chinois  à  peu-près  égale  à  celle  des  Egyptiens  (i). 

Nous  efpérons  qu'on  ne  trouvera  point  ces  remarques  puériles.  Nous  ne 
prétendons  point  leur  donner  beaucoup  d'importance  ;  mais  dans  les  téné- 
Ijres  de  l'hiftoire  ancienne ,  où  l'on  ne  trouve  que  des  traditions  vagues  Se 
obfcures ,  ce  font  les  fynchronifmes ,  fournis  par  ces  traditions,  qui  peuvent 
faire  trouver  un  jour  la  vérité  de  l'hiftoire. 

§.    X  X  I  V. 

Le5  Chinois  eux-mêmes  ne  paroiflent  dater  la  certitude  hiftorique  que 
du  règne  d  Yao  ,  c'eft-à-dire,  à  l'an  1357.  Cependant  nous  avons  vu  (  e  ) ,  & 
nous  verrons  avec  plus  deJétail,  que  les  obfervations  aftronomiques  font  re- 
monter cette  certitude  jufqu'au  règne  de  Chueni,  &  jufqu'à  l'an  2449.  Il  y  a 
plus  :  on  ne  peut  s'empêcher  de  convenir  qu'en  écartant  les  fables,  dont  eft 
remplie  l'hiftoire  chinoife  de  ces  tems  anciens  ,  on  trouve  une  tradition 
fuivie  jufqu'au  règne  de  Fohi ,  le  premier  empereur  qui  régna  vers  l'aji 
2952.  11  n'y  a  point  d'hiftoire  ancienne  plus  fuivie,  plus  détaillée  ,  &  qui 
riunilTe  également  les  caractères  de  la  vérité.  On  peut  dire  que  là  commence 


(a)  Anciens   Mémoires   de  l'Académie  (c)  Éclairciiremens  ,  Liv.  I ,  §.   17, 

ocs  Sciences,   Tome  III  ,   part,   tj    page  {d)  Ibidem,  §.  19. 

595.  i^)  Suprù  ,  Liv.l,  §.  10. 

{i  )  Population  de  l'Ar/iérique  ,  p.  ^oS.  Infra  ,  §.  i8. 


5  4i  É  C  L  A  1  R  C  I  S  S  E  M  E  N  S 

la  certitude  hifcûrique  pour  ceux  qui  n'auront  pas  formé  d'avance  ,  Se  avant 
tout  examen  ,  le  delfein  d'abréger  la  durée  de  l'empire  de  la  €hine.  Nous 
ajouterons  ici  une  conje6ture  qui  peut  appuyer  encore  l'époque  du  règne  de 
Fohi  y  cela  nous  donnera  lieu  de  rapporter  en  peu  de  mots  ce  qui  concerne 
les  Tartares.  ïls  ont ,  comme  les  Chinois  ,  le  cycle  de  60  ans  j  trois  de  ces 
cycles  forment  la  révolution  qu'ils  appellent  van  ,  le  grand  van  eft  de 
10000  ans  [a).  L'an  847  de  l'hégire  ,  qui  répond  à  l'an  1444  de  notre  ère  , 
on  étoit,  félon  eux  ,  dans  le  0865  van  de  loooo  ans  ,  depuis  la  création 
du  monde  j  ce  qui  lui  donneroit  alfurément  une  alfez  belle  antiquité.  Mais 
dansla  perfunfion  où  nous  fommes  que  tous  ces  nombres  prodigieux  d'années, 
que  l'on  trouve  chez  les  différens  peuples  ,  font  fondés  fur  quelque  divifion 
particulière  du  tems  ,  nous  allons  propofer  nos  conjeûures.  On  dit  qu'ils 
comptent  par  des  périodes  de  60  années ,  &:  par  leur  van  de  180  ans ,  juf- 
qu'àce  qu'ils  ayent  atteint  loooo  ans ,  alors  ils  recommencent.  Mais  10000 
n'eft  pas  un  multiple  de  60  j  ils  aurbient  donc  commencé  leur  grand  van 
à  la  quarante- unième  année  de  la  période  de  60  ans;  cela  n'eft  point  na- 
turel. Les  peuples  n'ont  jamais  admis  de  fubdivifions  que  lorfqu'elles  font 
exaftes.  Nous  croyons  que  cette  divilîon  en  locoo  eft  peut-être  une  divilion 
particulière  de  l'année  ,  comme  celle  des  jours  à  la  Chine.  Nous  fuppofoas 
qiie  ces  périodes  de  60  &  de  180,  chez  les  Tartares  comme  chez  les  Chinois, 
étoient  appliquées  aux  jours  comme  aux  années  ,  &  que  ce  nombre  prodi- 
gieux de  vans  n'étoit  que  le  nombre  de  ces  périodes  de  180  jours.  Cela 
pofé  ,  les  8863  vans  font  4368  ans  folaires ,  d'où  retranchant  I444,reftent 
2924  ans  avant  J.  C. ,  pour  l'époque  de  cette  chronologie.  On  n'imagine 
pas  qu'elle  doive  remonter  à  la  création  du  mond.e  ;  on  fent  que  cette  cir- 
conftance  eft  une  addition  de  la  fuperftitiont  ou  de  la  vanité  ;  mais  elle  re- 
monte alTez  précifément  à  l'époque  de  Fohi.  11  eft  très  -  poffible  que  cette 
manière  de  compter  le  tems  appartînt  réellement  aux  Tartares  ,  que  cette 
date  fut  celle  de  l'antiquité  où  ils  fe  font  ralTëmblés  en  corps  de  peuple  :  & 
cette  antiquité  feroit  à-peu-près  égale  à  celle  des  Chinois  &  des  Indiens  II  n'y 
auroit  rien  d'étonnant  que  les  Tartares  ,  voifins  du  lieu  qui  fut  l'habitation 
du  peuple  antérieur  ,  eulTent  connu  ces  périodes  de  <jo  &  180  ans  qui,  foie 
pour  les  jours  ou  pour  les  années ,  ont  été  en  ufage  dans  toute  l'Afie.  On 
voit  dans  l'hiftoire  des  Tartares  que  depuis  Oguz-kan  ,  l'un  de  leurs  plus 
-— —  a 

(j)   Hcrbclot ,  Bibliot   Oiieuc.  p.  508.  Gol;us,//2  calce  Atlands  Jinici. 

HyJc,  de  Relig.  Perf.  c.  j8  ,  p.  m.  Couplet ,  in  Fra.f.  ad  Philof.  fnicam. 


ASTRONOMIQUES.  545 

anciens  princes  jufqu  a  Gingis-kan,  il  s'écoit  écoulé  plus  de  4000  ans.  Cm- 
gis-kan  naquit  l'an  i  liîj.  On  date  fon  règne  à-peu- près  de  l'an  i  176.  Donc 
Oguz-kan  a  précédé  l'ère  chrétienne  de  plus  de  2824.  Mais  ce  prince  lui- 
même  avoir  été  précédé  de  plufieurs  princes.  Ainfi  cette  chronologie  con- 
firme fort  bien  l'époque  de  2924  ans,  que  nous  avons  déduite  des  calculs 
précédens  :  époque  qui  eft  peut-être  celle  de  Mungl-kan  ,  aïeul  d'Oguz- 
kan  {u).  Il  eft  probable  que  les  Chinois  &  les  Tartares  ont  une  origine 
commune.  Les  Tartares ,  nommés  Igours,  avoient  le  Chou-king  &  l'Y-king, 
le  calendrier  &c  les  caraiSteres  chinois  {b).  Mais  comme  les  Tartares  qui - 
conquirent  h  Chine  ,   étoient  très-groflîers  ,  quelques  favans  croyent  que 
ces  Tartares  ont  adopte  la  manière  des  Chinois  de  mefurer  le  tems  ,  &c 
fe  font  réglés  fur  leur  chronologie.  Alors  (ï  l'on  admet  nos  fuppofitions  , 
cette  chronologie  donnera  l'époque  de  Fohi.   Nous  avons  dit  que  les  folf- 
tices  étoient  connus  dès-lors  à  la  Chine  ,  puifque  l'empereur  Fohi  faifoic 
chaque  année  des  facrihces  d'animaux  à  ces  deux  termes  du  mouvement  du 
foleil ,  &  que  fon    fuccelfeur   établit  deux  fêtes  au  tems  des  équinoxes. 
Nous  ajouterons  que  les  Chinois  ont  connu  Se  ont  en  la  divifion  de  l'année 
en  deux  parties  d'une  équinoxe  à  l'autre  {c)  ,  comme  l'ont  eue  les  Indiens 
&  les  Grecs  ,  &  comme  l'ont  encore  les  habitans  duKamchatka.  Les  Chinois 
ont  également  connu  ,  ou  du  moins  confervent  des  traces  de  la  divifion  de 
l'année  en  4  parties  ,  puifqu'ils  comptent  trois  lunés  pour  chaque  faifon  j 
difant  la  première  ,  la  féconde  lune  du  piintems  ,  &:c.  {d). 

§.     X  X  V. 

Nous  avons  dit  qu'un  Chinois  ,  nommé  Youchi ,  compofa  une  machine  ' 
en  forme  de  fphere  qui  repréfentoit  les  orbes  céleftes.  On  fera  peut-être 
furprisque  fous  le  règne  d'Hoang-ti ,  iCr/j  ans  avant  J.  C.  ,  les  Chinois 
eulfent  déjà  inventé  &:  exécuté  la  fphere  ;  mais  voici  une  autorité  qui , 
vient  à  l'appui  de  ce  fait ,  &  qui  doit  le  rendre  vraifemblable.  On  lit  dans 
le  livre  intitulé  Chu-King,  ou  chronique  ancienne,  compofée  2205  ^'^s 
avant  J.  C.  «  Dans  la  huitième  figure  eft  reprefentée  ime  fphere  montée 
5?  fur  fon  pied  ,  &  dont  le  pôle  feptentrional  eft  élevé  de  56".  On  y  voit 

(  J  )Hift.  Gtn.  des  Tartares,  p.  47.  Herbelot,  Biblior.  Crient,  pag.  487. 

Hift.  Gén.  des  Voyages  f,--i  1 ,  T.  XXV,  (  c  )  Mémoires  de  l'Académie  des  Inferip- 

pag.   :ij.  tionSjTom.  XV,  pag.  J49. 

(  l>  )  Soucier ,   Obfervations  ,  Tome  I  ,  (  a  )  Mémoires  de  l'Académie  deslufctip- 

page  114.  lions,  Tcm.  XVIII ,  pag.  183. 


,,.  É  C  L  A  I  R  C  I  s  s  E  M  E  N  s 

„  rhoiizon  ,  le  méridien  qui  cft  appelé  le  fixieme  cercle  ,  l'équateur  ,  l'c- 
j»  clipcique  ,  l'axe  du  monde  ,  le  centre  de  la  fphere  ,  Sec.  Outre  ces  chofes , 
»  il  y  a  encore  deux  cercles  dont  l'un  ,  qui  eft  intérieur  au  méridien,  paroît 
»  être  le  colure  des  folftices  ,  &  eft  appelé  le  troifieme  ■  le  fécond  cercle 
,5  eft  intérieur  à  celui-ci ,  &  paroît  être  le  colure  des  équinoxes  ,  quoiqu'il 
»  pourroit  pafTer  pour  être  mobile  en  dedans  de  la  fphere  ,  parce  qu'il  eft 
»  intérieur  à  tous  les  autres ,  &  qu'il  fupporte  une  alidade  pour  regarder 
,>  les  étoiles  :  il  s'appelle  Jovi-Ki-You-Heng  (à)  ,■>.  Cet  inftrument  eft  cer- 
tainement du  tems  d'Yao  (  ^  )  ,  trois  fiecles  après  Hoang-ti.  Il  eft  donc  très- 
vraifemblable  que  la  fphere  ,  l'armille  exécutée  d'une  maniera  fi  complette 
fous  le   rétine  d'Yao  ,   ait  pu  être   ébauchée  &  inventée  fous  le    règne 

d'Hoang-ti. 

§.     X  X  V  1. 

Nous  avons  dit  qu'on  donna  pour  époque  au  cycle  de  6o  ans  la  première 
année  du  resne  de  Hoang-ti,  Le  P.  Gaubil  (  c)  ne  fait  remonter  fon  inf- 
titution  qu'à  la  8  i  année  du  règne  d'Yao,  &  comme  en  1(584  le  tribunal  des 
mathématiques  à  la  Chine  comptoit  la  première  année  du  6j^  cycle  ,  il 
s'enfuit  qu'Yao  commença  à  régner  l'an  2  j  57 ,  &  que  le  cycle  fut  établi  l'an 
2277.  C:tte  dernière  époque  paroît  plus  pofitive  ,  puifque  c'eft  ime  décifion 
du  tribunal  des  mathématiques.  Cependant  le  P.  Martini  {d) ,  &  le  P.  Gaubil 
lui-même  rapportent  à  Hoang-ti  l'établiirement  du  cycle.  Vraifemblable- 
ment  le  tribunal  des  mathématiques  ne  le  fait  remonter  qu'à  Yao  ,  afin  de 
s'en  tenir  à  une  époque  chronologique  pliis  sûre.  Les  années  dç  cette  période 
ont  chacune  des  noms  particuliers  tirés  de  deux  fuites  de  mots  ,  l'une  de  dix 
Se  l'autre  de  douze.  On  ignore  ce  que  fignifient  les  premiers  j  mais  les  der- 
niers font  des  noms  d'animaux  qui  appartiennent  à  la  période  de  i  2  ans , 
répandue  généralement  dans  l'Afie.  Ces  noms  d'animaux  font  le  rat ,  le  tau- 
reau ,  le  léopard  ,  le  lièvre,  le  dragon,  le  ferpent,  le  cheval,  la  brebis, 
le  fmge  ,  la  poule  ,  le  chien  ,  le  porc  {e). 

'     §.    XXVI  I. 
Sous   l'empereur  Hoang-ti  il   n'y  avoir  point  encore    de    caraderes 


(  <2  )  Manuf.  de  M.  de  Lifle  ,  n°.  1 1 ,  i  D,  {  d)   Souciet ,  Tom.   III  ,  pag.  44. 

(  Â  )  Ibidem  j  n°.    1 1  ,  i  ,   H.  {e)  Souciet  ,]  Obfervations.   Manufchts 

(c)  Souciet,  Tom.  II,  pag.  137.  de  M.  de  Lifle  ,  n°.  it,  i,  D.     - 

fermés 


ASTRONOMIQUES.  34J 

forniLS  pour  rccriture;  on  fe  fervoit  alors  feulement  de  cordes  en  y  faifant 
difféiens  nœuds,  des  gros  pour  marquer  les  grandes  affaires,  &  des  petits 
pour  figniher  les  moins  confidérables  ^  mais  Thuin-hié  ,  miniftre  du  roi 
Hoang-ti  commença  à  inventer  les  caraifteres ,  &  on  leur  donne  une  origine 
alTez  fmguliere  j  car  ce  fut,  dit-on,  d'après  les  traces  des  oifeaux  !k  des 
animaux  fur  le  fable.  Le  fentiment  commun  de  la  plupart  des  lettres  efl: 
qu'aux  tems  des  rois  Yao  Se  Chueni,  les  carafteres  n'étoient  pas  encore 
tout-à-fait  perfectionnés  j  ils  ne  l'ont  été  que  7  ou  800  ans  avant  Confu- 
cius  j  c'eft-à-dire ,  1 2  à  1 3  fiecles  avant  J.  C.  (  «  ) 

§.     XXVIII. 

L'e  m  r  e  r  e  u  r  Chueni  régna  l'an  i  5 1 5  ;  ce  fut  lui ,  qui ,  apperçut  ks  cinq 
planecds  en  conjoncîion,  le  même  Jour  qu'on  remarqua  celle  de  la  lune  &  dufoleïl. 
Il  voulut  que  l'année  commençât  par  ce  même  jour  ;  ainfi  que  l'écrit  un  ajironoms 
chinois  dans  f es  remarques  fur  la  conjlellation  Xe  ,  qui  s'étend  aujourd'hui  de- 
puis le  iS°  des  poijfons,  jufquau  ^°  du  bélier.  Voilà  ce  que  rapporte  le  P. 
Martini  [b).  Cette  obfervation  a  été  difcutée  par  plufieurs  aftronomes.  Les 
uns  l'ont  cru  faulFe  &  établie  par  le  calcul  j  les  autres  ont  penfé  qu'elle  étoit 
réellement  arrivée.  Nous  nous  y  arrêterons  un  moment,  parce  qu'elle  fait  une 
époque  qu'il  eft  bon  de  conlVater.  Le  P.  Gaubil  juge  que  ce  n'étoit  qu'une 
conjonction  fyftématique ,  une  époque  feinte  du  calendrier  qui  portoit  le 
nom  de  Tchouen-hiu,  ou  Chueni  (c).M.  Caffini  fait  wo\t{d)  qu'il  ne 
peut  y  avoir  eu  une  conjonction  de  cinq  planètes  dans  la  conftellation  Xe,  que 
r.an  îoii.  Ces  cinq  planètes  font,  félon  lui,  faturne,  Jupiter,  mercure  , 
venus,  la  lune,  &  environ  Z4  heures  après  arriva  la  conjondion  du  foleil 
&  de  la  lUne.  Mais  M.  Caffini  s'eft  mépris.  Cette  conjondion  n'eft  point 
celle  dont  parle  le  P.  Martini.  Celle  qui  fut  obfervée  arriva  le  même  jour  , 
qu'on  remarqua  la  conjondion  du  foleil  &  de  la  lune  ,  ce  qui  femble  exclure 
la  lune  du  nombre  de  ces  .cinq  planètes.  L'erreur  de  M.  Caffini  vient  de  ce 
qu'il  s'eft  trompé  fur  le  fens  du  palTage  du  P.  Martini,  il  a  cru  que  la  con- 
jonction étoit  arrivée  dans  la  conftellation  Xe  j  le  pafTage  ne  le  dit  point.  M. 
Defvignoles  (  e)  &:  M.  Kirch  (/) ,  ont  fait  tous  deux  le  calcul  de  cette  cou- 


(a)  Manutcrits  de  M.  de  Liile.  Celui-ci  (c)  Souciée,  Tom.  III,   p.  ^6. 

eft  compofé  par  le  heur  Hoangh  ,  Chinois,  {,<>■)  Mémoires  de  l'Académie  des  Scieu- 

laterprcte  du   Roi,  &   écii:  de  fa  main,  ces,  Tom.  VIII,  p.  549. 

n".   IJ4,   10.  (t)Mém.QerAc.  deBerlin,  T.III.p.  itfé. 

{b)  Martini ,  Tom.  I ,  p.  ;i,  (/)  Ibidem,  Tom.  V  ,  p.  133. 

Xx 


34^  ÉCLAIRCISSEMENS 

jonâ:ionj  ils  ont  trouvé  que  le  zS  Février  de  Tau  1449,  mars,  juplteri 
faturne  &  mercure  fe  font  trouvés  réunis  entre  le  onzième  &  le  dix- 
huitieme  degré  des  poilTons  j  c'eft-à  dire ,  dans  une  très-petite  partie  du 
zodiaque.  Les  quatre  planètes  étoient  vifibles  le  foirj  la  conjonction  du 
foleil  &  de  la  lune  arriva  le  même  jour  à  9  heures  du  matin.  Voilà  bien  tous 
les  cara6teres  du  phénomène  décrit  par  le  P.  Martini ,  &  on  ne  peut  faire 
contre  fon  authenticité  que  deux  objections  :  l'une  que  ce  n'eft  peut-être  pas 
une  obfervation  ,  mais  un  calcul  fait  dans  des  tems  poftérieurs  j  l'autre  que 
cette  conjonction  n'eft  que  de  quatre  planètes ,  au  lieu  de  cinq  que  les  Chi- 
nois fuppofent.  Mais  la  première  objection  fe  détruit  d'elle-même  :  il  faut 
une  connoiffance  très-approfondie  &  très-exaéte  des  mouvemens  céleftes 
pour  calculer  ainfi  les  phénomènes  qui  ont  dû  arriver  dans  des  tefns  très- 
reculés.  Ces  connoifTànces  appartiennent  à  une  Aftronomie  pèrfeétionnée,  à 
laquelle  les  Chinois  n'ont  jamais  atteint,  d'autant  que,  fi  c'étoit  un  calcul, 
il  feroit  très-ancien.  A  peine  les  Chinois  étoient-ils  en  état  de  prédire  une 
éclipfe  d'une  année  à  l'autre,  quand  les  Jéfuites  furent  introduits  dans  l'em- 
pire de  la  Chine  \  encore  ces  prédiétions  manquoient-elles  le  plus  fouvenr. 
Ce  qui  fit  la  faveur  des  Jéfuites,  fut  le  calcul  d'une  éclipfe  récemment  man- 
quée  par  les  aftronomes  du  tribunal;  calcul  que  le  P.  Terentius  {a)  avoit 
fait ,  &  qui  fut  préfenté  à  l'empereur.  Quand  on  ne  peut  pas  annoncer  exac- 
tement ce  qui  doit  arriver  l'année  fuivante  ,  on  eft  bien  loin  de  pouvoir  fup- 
pofer  des  obfervations  à  la  diftance  de  z  à  5000  ahs.  La  féconde  objeétion , 
quoique  plus  forte  que  la  première,  eft  tout  aufli  aifée  à  détruire.  Des  que 
la  conjondion  des  quatre  planètes  eft  arrivée  ,  réellement  au  tems  où  l'hiftoire 
en  indique  une  de  cinq  planètes ,  il  eft  vifible  que  l'erreur  ne  tombe  que  fut 
le  nombre ,  &c  que  la  cinquième  eft  une  faute  de  copifte ,  ou  une  addition 
faite  par  quelqite  amateur  du  merveilleux.  Les  Chinois  en  font  fort  avides. 
Nous  avons  un  exemple  d'une  pareille  fallîfication  d'un  phénomène  réellement 
arrivé.  En  1715  (/^)  on  obferva  à  la  Chine  la  conjonétion  demars,  jupiter, 
venus  ôc  mercure  dans  la  même  partie  du  ciel.  Les  Chinois ,  pour  faire  leur 
cour  au  prince,  ont  marqué  une  conjondion  générale  des  fept  planètes.  Si  cette 
obfervation  eft  confervée,  &  fi  dans  quelques  milliers  d'années  on  ne  trou- 
voitpar  le  calcul  que  la  conjonftion  de  quatre  planètes,  on  fe  tromperoir 
beaucoup  en  conclu-int  que  cette  dernière  n'a  pas  été  obfervée.  On  doit  donc 


(û)Hift.  des  Mathémat.  T.  I,p.   39?.  (ô)  RccucilduP.  Soiiciet ,  T.II,  p.  3  5' 


ASTRONOMIQUES.  J47 

concluco  que  la  conjonclion  donc  nous  parlons ,  a  été  réellement  remarquée  , 
conlîgnée  dans  l'hiftoire  j  mais  qu'on  a  ajouté  à  la  fingularité  du  phénomène  , 
ou  par  inattention ,  ou  par  l'envie  de  le  faire  paroître  plus  fingulier. 

Remarquons  de  plus ,  que  le  premier  Mars  fuivant  la  lune  fe  trouva  ert 
conjonétion  avec  les  quatre  planètes ,  &  fit  par  coniéquent  la  cinquième. 
Cette  «irconftance  mal  exprimée  par  les  hiftoriens  peut  encore  avoir  pro- 
duit la  différence  dont  il  eft  queftion. 

Chueni  {a)  voulut  que  l'année  commençât  le  premier  jour  du  mois ,  où 
la  conjonction  du  foleil  è:  de  la  lune  arriveroit  le  plus  près  du  folftice  ou  du 
i5°duverfeau.  Nous  avons  remarqué  que  ,  dans  cette  inftitution,  l'empereur 
Chueni  ne  fit  que  fuivre  l'ancien  &  le  conftanr  ufage  des  Chinois,  de  com- 
mencer l'année  au  folftice  d'hiver.  Ce  n'eft  pas  que  le  folftice  fut  alors  préci- 
fément  au  1 5  °  du  verfeau  ;  mais  la  tradition  confervée ,  anciennement  fondée 
fur  quelque  obfervation,  avoit  fixé  le  folftice  dans  ce  point  de  l'écliptique. 
L'empereur  Chueni  y  ramena  le  commencement"  de  l'année  qui  s'en  écoit 
écarté  par  quelques  vices  du  calendrier. 

Ce  qu'il  y  a  de  fingulier,  c'eft  que  le  folftice  d'hiver  étant  au  15"  de  la 
conftellation  du  capricorne ,  vers  1353  ans  avant  notre  ère  (/5) ,  il  lui  a  fallu 
2 1  (îo  ans  pour  rétrograder  d'un  figne  entier  ,  de  manière  que  ce  folftice  n'a 
pu  répondre  au  1 5°  du  verfeau ,  que  vers  3515  ans  avant  J.  C.  Or ,  fi  les 
Chinois  ont  une  tradition  que  le  folftice  avoit  été  obfervé  dans  ce  point ,  or» 
en  peut  tirer  une  confirmation  de  certains  calculs  hypothétiques ,  qui  font 
remonter  leurs  antiquités  à  l'an  3  5 1  z  Se  à  l'an  3851  [c). 

§.    X  X  I  X. 

L  E  pa(rage  du  Chou-King ,  livre  compofé  du  tems  même  d'Yao  ,  ou  dan<f 
un  tems  qui  n'en  eft  pas  fort  éloigné,  eft  trop  fingulier  pour  ne  le  pas  rap- 
porter ici  (û'). 

1°.  Yao  veut  que  Hi  &  Ho  calculent  &  obfervent  les  lieux  &  les  mouve- 
mens  du  foleil ,  de  la  lune  &  des  autres  aftres ,  &  qu'enfuite  ils  apprennent 
aux  peuples  ce  qui  regarde  les  faifons. 

2°.  Selon  Yao ,  l'égalité  du  jour  Se  de  la  nuit ,  &  l'aftre  Niao  font  détermi- 
ner fùrement  l'équinoxe  du  printems. 

(  ii  )  Les  noms  Chinois  s'orthographient  (i  )    Infrà  ,  ÉclaircilTemens ,    Liv.  IX, 

fort    diftéremment    par  les    différens    Au-  ^.   ^6  Se  fuivans. 

tcurs.   Nous  écrivons  comme  le  P.  Mar-  (c)  Éclaire.  Liv. I,  §.  i^jLiv. III,  5.  i}, 

tini.  id  )  Souciet ,   Tom.  III ,  p.  6. 

Xxij 


.34S  ÉCLAIRCISSEiMENS 

L'égalité  du  jour  &c  de  la  nuit,  ôc  l'aftre  Hiu  marquent  l'équinoxe 
d'automne. 

Le  joui"  le  pins  long,  &  l'aftre  Ho  font  la  marque  du  folftice  d'été. 

Le  jour  le  plu';  courr ,  &c  raftre  Mao  font  connoître  le  folftice  d'hiver. 

3°.  Yao  apprend  à  Hi  &  à.  Ho  que  le  ki  eft  de  ^6S  jours,  &  que  pour 
déterminer  l'année  &  fes  quatre  faifons ,  il  faut  employer  la  lune  intercalaire. 

Hi  Se  Ho  croient  les  noms  des  aftronomes  d'Yao,  chargés  par  lui  de  compo- 
fer  le  calendrier ,  qui  devoir  être  diftribué  au  peuple  pour  régler  l'agriculture. 
Ainfi ,  voilà  un  calendrier  ruftique,  plus  ancien  que  tous  ceux  dont  il  fera 
parlé  dans  la  Grèce.  On  voit  encore  dans  ce  paffage  que  la  longueur  des 
jours  &c  des  nuits  &  leur  égalité,  font  les  premiers  indices  qui  ont  fait 
reconnoître  les  folftices  Se  les  équinoxes.  Les  anciens  interprètes  de  ce  livre 
on:  expliqué  quelles  étoient  les  conftellations ,  qui,  de  ce  tems  étoient 
appelées  Niao ,  Hiu  ,  Ho  &  Mao.  Le  P.  Gaubil  en  conclut  que  depuis  le  règne 
d'Yao  jufqu'en  1700,  les  étoiles  fe  font  avancées  de  plus  de  ^6°  [a) ,  ce  qui 
à  raifon  de  71  ans  pour  un  degré,  fait  403  5  ans.  Donc  le  règne  d'Yao  doit 
être  placé  environ  z  ;  3  i  ans  avant  l'ère  chrétieime.  C'eft  ainfi  que  toutel'Af- 
jxonomie  des  Chinois  dépofe  pour  leur  chronologie. 

§.    XXX. 

M.  Cassini  a  mal  déterminé  le  tems  d'Yao  fur  un  pafHige  du  P.  Mar- 
tini {b).  Il  dit  que  du  tems  de  ce  prince  le  folftice  d'hiver  étoit  au  premier 
degré  de  la  conftellation  Hiu.  L'an  i6ii  ce  premier  degré  éroit  dans  18* 
16'  duverfeau  ;  il  avoit  donc  avancé  de  48'^  16',  qui  répondent  feulement  à 
3  47 S  ans  ;  Yao  ne  feroit  donc  que  de  l'an  179^  avant  J.  C.  j  mais  la  pofition 
tlu-  folftice  que  rapporte  le  P.  Martini,  eft  un  calcul  &  non  une  obfervation. 

Il  a  puifé  dans  un  auteur  qui  vivoit  l'an  1005  ,  de  qui ,  en  conféquence  de 
la  pofition  aduelle  du  folftice  ,  du  mouvement  des  fixes  qu'il  croyoit  d'un 
degré  ea  78  ans  ,  Se  du  règne  d'Yao  que  la  tradition  fixoit  vers  2300  ,  a 
conclu  que  les  fixes  s'éranr  avancées  de  42°  ,  le  folftice  avoit  du  être  fous 
le  re<Tne  de  ce  prince  au  premier  degré  de  la  conftellation  hiu.  Il  eft  évi- 
dent qu'on  ne  peut  faire  fervir  à  déterminer  le  tems  d'Yao  ,  une  pofition 
fictive  établie  elle-même  au  contraire  fur  la  tradition  du  tems  où  il  a 
vécu  (c). 

(  a  )  Recueil  du  P.  Soucie: ,  T.  III ,  p.  5  9.       des    Sciences,    Tome   VIII,     page   jjî.' 
l  b)  Mémoires   de   l'Académie   Royalç  (c)  Recueil  du  P.  Souciée,  T.  JII ,  p.  j» 


ASTRONOMIQUES.  549 

Remarquons  ,  avec  le  P.  Gaubil  ,  que  la  plupart  des  aftronômes  chinois 
fixent  le  commencement  du  zodiaque  à  un  des  degrés  de  la  conftellation 
hiu ,  &  de  tout  tems  ils  ont  fait  beaucoup  d'attention  à  cette  fixation.  S'il 
falloir  faire  quelque  conjefture  ,  dit  ce  père  ,  je  pencharois  à  croire  qu'Yao 
eft  le  véritable  fondateur  de  l'Aftronomie  chinoife.  Car  de  fon  tems  le  folftice 
d'hiver  répondoit  sûrement  à  un  des  degrés  de  la  conftellation  hiu.  Les 
Cliinois  ont  toujours  commence  leurs  calculs  par  le  folftice  d'hiver  {a). 

§.    XXXI. 

It  eft  difficile  de  conje>fturer  ,  d'après  le  fécond  article  du  Chou-King  , 
de  quelle  manière  ces  conftellations  indiquoient  les  faifons.  A  l'égard  du 
folftice  d'hiver  ,  &  peut-être  des  deux  équinoxes ,  il  paroît  clair  qu'ils  les 
dcfignoient  par  le  paffage  des  conftellations  au  méridien  ,  ou  vers  le  milieu 
du  ciel  à  (î  ou  7  heures  du  foir.  Ces  conftellations  font  éloignées  d'environ 
90  degrés  de  celui  des  points  cardinaux  qu'elles  délignent.  On  voit  que 
la  conftellation  Mao  ,  ou  les  Pléiades,  étant  dans  l'équinoxe  du  printems 
l'an  2387,  dévoient  fe  trouver  à-peu-près  au  méridien  à  6^  du  foir  le  jour 
du  folftice  d'hiver  {/>).  On  en  peut  dire  autant  de  la  conftellation  hiu  j  mais 
cela  ne  peut  pas  avoir  lieu  au  folftice  d'été.  Les  étoiles  ne  font  pas  vifibles 
à  6''  du  foir.  Nous  imaginons  qu'ils  fe  font  réglés  par  l'étoile  qui  brilloit 
dans  le  méridien  au  coucher  du  foleil.  Il  fe  trouve  en  effet  qu'à  cette  époque 
&  au  coucher  du  folftice  d'été  ,  antarès  ,  une  des  plus  belles  étoiles  &  des 
plus  remarquables  du  ciel ,  étoit  dans  le  méridien.  Alors  l'aftre  ho  feroit 
aujourd'hui  la  cûnftellation  fing,  où  eft  antarès ,  le  cœur  du  fcorpion  (i). 

Le  troifieme  article  du  paftage  du  chou-king  nous  apprend  que  les  Chinois 
avoient  dès-lors  une  année  de  î6<î  jours,  c'eft-à-dire,  trois  annéas  de  365  jours, 
&  la  quatrième  de  ^66.  Nous  voyons  auflî  qu'ils  avoient  une  lune  interca- 
laire, &  par  conféquent  leur  année  étoit  luni-folaire.  On  ignore  quelles  font 
les  tentatives  qu'ils  ont  pu  faire  alors  pour  concilier  les  mouvemens  du 
foleil  &  de  la  lune  ;  conciliation  qui  a  coûté  tant  de  tems  &  tant  d'efforts 
à  tous  les  peuples  qui  l'ont  tentée.  Il  paroît  qu'ils  avoient  dès-lors  le  cycle 
de  19  ansfolaires,  équivalant  à  2  3  5  lunaifons,  dans  lefquelles  il  y  en  a  fept  in- 
tercalaires (d).  Ce  qui  n'a  rien  d'étonnant  puifqiie  nous  avons  montré  que 


(a)  Recueil  duP.  Soucie: ,  T.  liî,  p.  54.       des    Sciences,    Tome    VIII,    r?.^e    S 14- 
(o)  Ib'idcm,  pag.   S.  {d)    Recueil   du  P.   Soucict ,  Tome  I, 

(f)   Anciens  Mémoires   de  l'Académie      page  5 ,  Tom.  III^  p.  47. 


J50  ÉCLAIRCISSEMENS 

l'ufage  de  cette  période  remonte  à  la  plus  haute  antiquité,  &a  été  général 
en  Alîe.  La  forme  de  l'année  dont  ils  fe  fervent  eft  fort  fimple.  Leurs  mois 
font  alternativement  de  zp  &  de  30  jours.  Le  mois  porte  le  nom  du  figne  où 
le  foleil  entre  à  la  fin  de  ce  mois,  &  lorfqu  il  finit, fans  quelefoleil  foit  entré 
dans  le  figne  donc  ce  mois  porte  le  nom  ,  on  intercale  un  mois  j  cette  inter- 
calation  i"e  détermine  quelquefois  par  obfervation. 
§.  X  X  X  I  L 
XuNi  ,  fuccefleur  d'Yao  ,  fit  faire,  dit  on  ,  une  fphere  d'ot  enrichie  de 
pierreries  ,  où  l'on  voyoit  les  fept  planètes  &  la  terre  au  milieu  {a).  11  y 
avoir  un  axe  mobile  ,  &  au  deffiis  un  tube  pour  voir  les  aftres  j  mais  le  P. 
Gaubil  dit  que  le  paffage  ne  fignifie  ,  à  la  rigueur  ,  qu'un  axe  pour  régler  le 
mouvement  des  fept  planètes.  "  Je  fais  ,  dit-il  ,  qu'on  exprime  le  caradlere 
0  heng  par  un  axe  au  delfus  duquel  ell:  un  tube  pour  mirer»  :  mais  cette  tra- 
dudion  du  caradere  heng  pourroit  bien  avoir  fon  origine  dans  l'interpré- 
tation ,  faite  longtems  après ,  à  l'occafion  d'un  inftrument  qu'on  avoir  fous  les 
yeux  ,  &  qui  avoit  un  axe  de  cette  forte.  Nous  propoferons  ailleurs  nos 
conjectures  fur  l'exiftence  &  l'ufage  de  ce  tube  {è). 

§.     X  X  X  I  I  L 

La  i^""^  ou  la  6^  année  du  règne  de  Chou-Kang  arriva  ,  comme  nous 
l'avons  dit ,  une  fameufe  éclipfe  du  foleil  dans  la  conHellation/à/»^,  qui 
s'étend  aujourd'hui  depuis  le  28°  du  fcorpion  ,  jufqu'au  3°  du  fagirtaire.  On 
a  douté  de  la  réalité  de  cette  éclipfe  ,  mais  le  P.  Gaubil  a  fait  (c)  voir  qu'il 
V  avoit  eu  une  éclipfe  de  foleil ,  vifible  à  la  Chine ,  dans  la  conftellationyi/2^ 
à  7'^  du  matin ,  le  1 1  OcTiobre  2-155  ans  avant  J.  C  11  prouve  de  plus ,  comme 
cela  eft  facile  ,  que  cette  éclipfe  n'a  pu  être  fuppofée ,  parce  que  les  éditeurs 
du  Chou-King,  204  ans  avant  J.  C.  ,  n'avoient  point  les  principes  fuffifans 
pour  calculer  une  éclipfe  fi  ancienne.  D'ailleurs  ils  ne  connoiiïbienc  point 
le  mouvement  des  fixes ,  &  n'auroient  pu  établir  ,  d'une  manière  afiez  pré- 
cife  ,  le  lieu  de  la  conftellation  fang  dans  l'écliptique  pour  une  époque  fi 
reculée.  On  voit  par  le  détail  de  cette  éclipfe  que  les  Chinois  avoient  dcs- 
lors  l'ufage  de  rapporter  le  lieu  du  foleil  aux  conftellations. 


(  <!  )  Martini  J  T.  I,  p.  7^.  (c\  Recueil  du  P.   Soucict,  Tome  II, 

(  i  )  tliftoire  de  l'Aftionomic  moderne,        paj^c  140. 


1 


I 


ASTRONOMIQUES.  551 

§.    XXXIV. 

Dans  le  Tcheoii-li,  qui  eft  un  ouvrage  public  6c  commenté  plus  de 
106  ans  avant  J.  C.  (a)  ,  on  indique  la  cérémonie  d'aller  au  Miao ,  palais 
des  ancêtres ,  le  premier  jour  de  chaque  lune.  Le  jour  de  la  lune  interca- 
laire, la  cérémonie  fe  faifoità  la  grande  porte  du  palais.  Dans  l'intérieur  de 
ce  palais  ,  il  y  avoir  quatre  bàtimens  ,  dont  la  grande  porte  regardoit  di- 
reftement  un  des  quatre  points  cardinaux.  Le  bâtiment  de  l'eft  étoit  pour 
les  trois  lunes  du  printems  \  celui  de  l'oueft  pour  les  lunes  de  l'automne  : 
le  bâtiment  du  midi  étoit  pour  les  lunes  d'été  j  celui  du  nord  pour  les  lunes 
d'hiver.  A  côté  de  ces  palais  intérieurs  ,  il  y  avoit  douze  loges  pour  les 
douze  lunes.  C'eft  là  que  l'empereur,  les  grands  faifoient  la  cérémonie  ;  on 
égorgeoit  une  brebis  ,  &  le  prélîdent  du  tribunal  des  mathématiques  an- 
nonçoit  le  jour  de  la  lune.  Enfuite  on  montoit  à  la  tour  des  mathématiques  ; 
on  fpéculoit  vers  les  quatre  coins  du  monde,  ic  on  tenoit  régiftre  de  (i)  tout. 
On  ne  connoît  ni  l'intention ,  ni  l'antiquité  de  cette  cérémonie  ;  mais  puifquc 
le  motif  n'en  étoit  pas  connu  des  commentateurs  du  Tcheou-li ,  il  s'enfuie 
que  la  cérémonie  étoit  trcs-ancienne. 

§.    X  X  X  V. 

Le  Tcheou-li  veut  qu'on  foi:  attentif  à  marquer  les  révolutions  de  la 
planète  de  Jupiter  5  qu'on  divife  la  nuit  par  intervalles  j  c'étoient  des  clep- 
fidres  qui  mefuroient  ces  intervalles.  On  y  trouve  encore  le  gnomon  Se 
fes  ufages  détaillés  d'une  manière  très-particulière.  La  connolifance  de  cet 
inftrument  paroît  devoir  remonter  à  la  Chine,  au  moins  à  l'an  1 1 20  avant 
J.  G.,  ou  même  feton  le  P.  Martini ,  à  i^6@  {c).  Dans  la  ville  de  Teng- 
fung ,  province  de  Honan  ,  étoit  alors  un  gnomon  élevé  par  l'empereur 
Tcheou-kong.  Cet  inftrument  avoit  une  règle  perpendiculaire  &  une  autre 
hcrifontale ,  toutes  les  deux  divifées  [d]  en  parties  égales.  On  enfei^ne 
dans  l'ouvrage  cité  qu-e  le  gnomon  eft  propre  à  mefurer  l'ombre  dufoleil  j 
que  l'ombre  méridienne  eft  la  plus  courte  de  toutes  les  ombres  ;  qu'elle  eft 
différente  félon  les  pays  j  plus  on  va  au  nord  ,  plus  elle  eft  longue  :  plus  on 
va  au  midi ,  plus  elle  eft  courre  :  Ci  l'on  s'avance  à  l'eft,  l'ombre  arrive  plutôt 
à  fon  terme  :  Ci  l'on  marche  à  l'oueft,  elle  y  arrive  plus  tard.   Voilà  donc  la 


va)  Soucier,  Tom.  III,  pag.  5},  (  c  )  Hiftoire  de  la  Chine,  T.  I,  p.  i  tf  5. 

(  è  )  Uzàem  ,  page  54.  (_d)  Manuf.  de  M.  de  Lifle,  n".  11,38. 


551  ÉCLAIRCISSEMENS 

connollfance  des  latitudes  j  établie  par  la  différente  longueur  des  ombres  ;la 
connoilTIince  même  de  ladiftérence  de  longitude,  déduite  des  tems  où  arrive 
dans  les  différens  lieux  Tombre  la  plus  courte.  Mais  quel  étoit  la  méthode  des 
Chinois  pour  connoître  ces  tems?  C'eft  ce  qu'on  ne  peut  pas  dire.  Le  même 
livre  prefcrit  d'obferver  le  jour  les  ombres  du  foleil  avant  ou  après-midi ,  Se 
la  nuit  l'étoile  polaire.  Il  eft  vifible  qu'il  s'agiffoit  ici  des  méthodes  de  tracer 
la  ligne  méridienne  par  des  hauteurs  correfpondantes ,  &  par  l'étoile  po- 
laire j  méthodes  dont  ils  fe  fer  voient  pour  orienter  leurs  bàtimens.  Le  P. 
Gaubil  afflue  encore  ailleurs  qu'ils  avoient  ces  méthodes  de  tems  immémo- 
rial [a).  Il  cp  fort  douteux  ,  dit  il ,  7?  de  tout  tems  ils  n'ont  pas  employé  à 
cet  iifige  l'aiguille  aimantée.  Mais  la  connoilTance  de  l'aiguille  aimantée  fup- 
pofe  encore  celle  de  la  ligne  méridienne  ,  pour  en  conftater  la  variation  , 
fans  quoi  leurs  édifices  feroient  fort  mal  orientés. 

L'auteur  du  Tcheou-li  dit  qu'au  folftice  d'été  l'ombre  d'un  gnomon  de 
8  pieds  eO:  de  i  pi,ed  5  pouces  chinois  (/^).  M.  Freret  (c)  remarque  qu'au  folf- 
tice d'hiver  l'ombre  de  ce  gnomon  étoit  de  i  5  pieds  j  ce  qui  donne  pour 
l'obliquité  de  l'écliptique  23*'  54'  14",  la  même  quantité  à-très-peu  près  que 
celle  qui  ell  fuppofée  par  les  anciens  aftronômes  grecs ,  Pithéas  ,  Eratof- 
thenes ,  Hipparque  &  Ptolemée  :  ce  feroit  une  confirmation  finguliere  de 
leur  obfervation  ,  fi  on  favoit  où  M.  Freret  a  pris  que  l'ombre  de  ce 
gnomon  au  folftice  d'hiver  étoit  de  i  j  pieds.  Le  P.  Gaubil  ne  le  dit  point. 
Quoiqu'il  en  foit  la  hauteur  du  pôle  de  Loyang,  déterminée  par  cette  obli- 
quité &:  par  lahauteur  du  foîeil,  réfultante  delà  longeur  de  l'ombre,  fe  trouve 
de  54°  47'  3  3"  j  latitude  que  l'on  foupçonne  appartenir  à  Honan  ,  ville  près 
de  laquelle  fut  le  vieux  Loyang  où  habita  Tcheou-kong  ,  tandis  qu'il  gou- 
\erna  l'empire  1550  ans  avant  J.  C.  :  conjeéture  qui  donneroit  au  moins 
cette  date  à  l'ufage  du  gnomon  (.i).Lcs  PP.  Régis  &  de  Mailla,  avec  des  inf- 
trumens  exaéts ,  ont  trouvé  cette  latitude  de  34°  46'  15"  {e)  :  ce  qui  prou- 
veroit  'que  les  Chinois  n'obfervoient  pas  fi  mal. 


(d)   Recueil  du  P.  Soucier,  Tome  II,  (  f  )  Mém.  Acad.  Inf.  T.  XVIII,  p.  IJ12 

page  69.  "  (i^)   Soucier,  Tom.  III,  pag.   ;j. 

(i)  Ibidem^  Tom.  III,  page  38.  {,e)  Ibidem  ,  Tom.  II,  pag.  ijj. 


LIVRE 


ASTRONOMIQUES.  3Î5 


LIVRE     QUATRIEME- 


De  l' Afironomie  des  anciens  Perfes  Ù  des  Ckaldéerts. 

§.     Premier. 
T 

J'-'ES  anciens  PerjTas  comptoienc  deux  dinafties ,  ou  fuite  de  rois  jafqu'à 
Alexandre,  celle  des  Pcischdadlens  qui  onr régné  peiidau:  i  +  5  i  ans  7  mois  ^ 
&  celle  des  KéaJiiens  qui  ont  régné  pendant  732  ans.  Alexandre  fut  le 
dernier  qui  mourut  314  avant  J.  C.  Cette  chronologie  commence  donc 
Tan  3507.  Diemschid  régna  71  ()  ans  depuis  l'an  1691  jufqu'àl'an  3407.  M. 
Anquetil  remarque  &  croit  avec  beaucoup  de  vraifemblance  que  ce  nom 
doit  être  celui  d'une  dinaftie  [a  ).    On  voit  que  cette  chronolohie  eft  fuivie. 
En  confultant  l'ouvrage  même  de  M.  Anquetil ,  on  verra  que  la  durée  des 
règnes  y  efl:  citée  en  années  &  en  mois.  Cette  exaélitude  &  ces  détails  dé- 
montrent l'authenticité  de  la  chronologie.  On  ne  peut  révoquer  en  doute 
ces  rois  appelés  Peischdadiens  ,  &  encore  moins  Diemschid  dont  la  répu- 
tation fubfifte  dans  l'Afie.   Nous  avons  rapporté  la  tradition  orientale  que 
fepr  édifices  merveilleux ,  renfermés  à  Perfepolis  dans  le  palais  de  Diemschid, 
furent  détruits  par  Alexandre  ;  ce  qui  eft  conforme  à  l'hiftoire  de  ce  conque' 
rant  qui  brûla  le  palais  des  rois  de  Perfe  dans  cette  ville. 

M.  le  Comte  de  Cailus  reconnoît  que  les  édifices  des  Perfes  à  Perfepolis 
ne  peuvent  être  l'ouvrage  de  Cirus  ,  ni  d'aucun  tems  poftérieur  (  é  )  :  ce  qui 
eft  d'accord  avec  l'opinicn  qui  les  attribue  à  Diemschid.  Chardin  étoitper- 
fuadé  que  cette  ville  étoit  de  la  plus  haute  antiquité  (c). 

Cette  chronologie  rapportée  pat  M.  Anquetil  donne  pour  le  commence- 
ment de  l'empire  des  Perfes  l'an  3507  avant  J.  C  11  paroîc  par  les  tables 
perfiennes  ,  qui  font  dans  l'Aftronomie  philolaïque  [d]  ,  que  , lorlque  Yaz- 
degird  monta  fur  le  trône  l'an  o  3  z  de  notre  ère  ,  les  Perfes  comptjient  l'an 
du  mond;  f»  1 J9  ;  cttte  chronologie  remonte  encore  zooo  ans  au  delà  de  l'é- 
poque donnée  pu'  M.  Anquetil. 

(  ij  Z.;  iJ.Avtil  ;  ,   traiiiic  par  M.   An-  (  l  )  Chardin  ,  voyage  en  Petfi:  j  T.  IX. 

cjj.til  ,  Ti. m.  II  ,  [■.  4:7.  pag.  164. 

^  ■)  iNiéji.  AcaJ.itii'.  T.  XXIX  ,  p.  141.  (e)  Boiiillaud  ,  p.  114. 

*  Yy 


3  54  ÉCLAIRCISSEMEXS 

L'anné,:  des  Perfes  ,  établie  par  Diemschid  ,  étoir  de  3^5  jours ,  comme 
le  tems  de  la  création ,  qui  s'eft  opérée  en  fix  gahambars ,  ou  intervalles 
dont  la  fomme  fait  365  fours.  Partagée  en  douze  mois  ,  de  trente  jours 
chacun  ,  elle  avoir  cinq  jours  qu'on  ajoutoit  &  qui  étoienr  appelés  jout* 
funifs  ou  dérobes  [a). 

§.     I  I. 

La  période  de  l'intercalation  d'un  mois  tous  les  12e  ans ,  réglée  par 
Diemschid  ,  peut  fervir  à  déterminer  le  tems  où  régna  ce  prince ,  &  l'époque 
de  ces  connoilfances  chez  les  perfes.  L'an  6^  1  de  notre  ère ,  au  commen- 
cement de  l'ère  d'Iesdegird,  le  mois  intercalaire  fe  trouva  à  la  fin  du  hui- 
tième mois  ,  ce  qui  répond  à  l'an  ^60  de  la  période  de  1440  ans  (  b).  Elle 
avoit  donc  commencé  l'an  319  avant  J.  C.  ;  mais  comme  Diemschid  eft 
certainement  beaucoup  plus  ancien  ,  il  faut  remonter  d'une  ou  de  deux  pé- 
riodes,  jafqa'à  l'an  1760  ,  ou  32.09  avant  J.  C.  Il  s'agit  de  choifir  entre 
ces  deux  époque?.  Nous  croyons  qu'on  peut  démontrer  que  la  plus  ancienne 
eft  la  véritable.  Cette  forme  d'année  dura  jufqu'aa  règne  de  Sultan  Me- 
lic-Schah  en  1079  de  J.  C. ,  où  l'aftronôme  (  c  )  Omar  Cheyam  réforma  le 
commencement  de  l'année  ,  pour  le  faire  cadrer  avec  l'entrée  du  foleil  dans 
réquinoxe  ,  &  il  ajouta  1 5  jours  dont  le  commencement  de  l'année  précédoit 
l'équinoxe.  Or  l'année  folaire  vraie  étant  fuppofée  de  3(^5'  j"*  50',  &  l'année 
civile  étant  établie  de  365'  6'' ,  il  s'enfuit  que  tous  les  ans  l'année  civile  doit 
arriver  10'  plus  tard  que  la  vraie  année  folaire  ,  &  au  bout  de  1440  ans  le 
commencement  de  l'année  civile ,  au  lieu  de  précéder  le  commencement  de 
l'année  folaire ,  doit  retarder  de  1  o  jours.  Mais  l'erreur  éroit  toute  contraire , 
puifque  la  correction  de  l'aftronome  Omar  prouve  que  l'année  civile  com- 
mencoit  1 5  jours  avant  l'équinoxe.  Le  commencement  de  l'année  civile 
ayant  été  établi  au  premier  degré  de  la  conftellation  du  bélier  du  tems  de 
"Diemschid  ,  fi  l'on  veut  que  ce  fût  17(^9  ans  avant  J.  C. ,  l'étoile  ;  du  beliec 
étoit  dans  le  10°  25'  des  poilfons  j  ainfi  le  commencement  de  l'année  pré- 
cédoit l'équinoxe  de  ^o  jours.  Mais  dans  l'intervalle  de  l'an  17(^9  avant  J.  C. 
à  l'an  1079  de  notre  ère ,  en  2S47ans,  ce  commencement  auroir  avancé 
de  18470',  ou  à-peu-près  de  20  jours,  il  auroit  donc  coincidé  avec  l'équi- 
noxe ,  &  il  n'y  auroit  point  eu  de  correction  à  faire.  C'eft  toute  autre  chofe 


{a.)  ¥L)-àe.,derd.  %-e:.  Pcrf.  c.  15,  p.  Ijl.  (  o  )  Hydc,  c.  14,  p.  184. 

^rerct,  dcf.  delà  Cbrou.  p.  414.  {c)  Herbelot ,  p.  jji. 


ASTRONOAÎIQUES.  35^ 

ca  fiippofant  poiir  i't'poqiie  de  la  pâiode  l'an  3  locj.  ■>  du  bélier  étoit  alors 
dans  10°  ij'  du  verfeau ,  &  le  commencement  de  l'année  civile  précédoic 
réqiiinoxe  de  40  jours.  Dans  lintervalle  de  4188  ans,  ce  commencement 
avoir  dû  avancer  de  41SS0' ,  ou  d'un  peu  moins  de  50  jours.  L'année  com- 
niençoir  donc  encore  au  rems  d'Omar,  10' avant  l'équinoxe.  La  différence 
de  5  jours  eft  fans  doute  une  erreur  d'oblervation ,  ou  plutôt  de  calcul  j  on 
en  peut  même  indiquer  la  fource.  Suppofons  que  l'aftronôme  Omar  Cheyam, 
par  les  ordres  du  fultan  Melic-Schah  en  1089  de  notre  ère,  ait  obfervé  que  le 
fûleil,  le  premier  jour  de  l'année  civile,  éroit  encore  éloigné  de  ?  du  bélier 
de  3 1"  ,  il  aura  cherché  dans  le  catalogue  de  Ptolemée  la  pofition  de  cette 
étoile  qui,  pour  l'an  139,  eft  de  6°  40'  plus  avancée  que  l'équinoxe.  En  tenant 
compte  du  mouvement  des  étoiles  d'un  degré  en  100  ans ,  comme  il  a  été 
établi  par  Ptolemée,  il  aura  trouvé  qu'en  1089  l'étoile  étoit  à  16°  10'  de 
diftance  de  l'équinoxe  ,  d'où  il  a  conclu  que  le  commencement  de  l'année 
prccédoit  l'équinoxe  de  15°  ou  de  15  jours.  Mais  cette  étoile  avoit réelle- 
ment alors  20**  18'  de  longitude;  donc  le  commencement  de  l'année  ne 
précedoit  l'équinoxe  que  de  lo'  {.  Il  s'ctoit  donc  avancé  depuis  Diemschid 
de  !<■;>  7:  ce  qui  eft  à-très-peu-près  l'anticipation  qui  devoit  avoir  lieu  à 
raifon  d'un  intervalle  de  4188  ans.  Donc  la  période  de  l'intercalation  des 
Perfes  a  commencé  vers  l'an  3  209  avant  J.  C.  C'eft  aulîl  la  confirmation  de 
la  chronologie  qui  place  Diemschid  ,  inftituteur  de  cette  période  ,  vers  le 
fiecle  même  que  le  calcul  vient  de  nous  donner;  car  nous  fuppofons  avec 
M.  Anquecil ,  que  le  nom  de  Diemschid  eft  celui  d'une  dynaftie,  qui  régna 
depuis  3507  jufqu'en  2:^91.  Un  des  princes  de  cette  dynaftie  établit  la  pé- 
riode ,  &  il  nous  fuffit  que  l'époque  de  notre  calcul  remonte  à  l'intervalle  du 
règne  de  cette  dynaftie.  Nous  n'avons  rien  fuppofé  contre  la  vraifemblance. 
Si  nous  avons  fair  l'année -vraie  plus  longue  qu'elle  ne  l'eft  aujourd'hui ,  c'eft. 
que  nous  avons  lieu  de  croire  qu'elle  l'étoit  réellement  dans  ces  lîecles 
reculés  (a). 

§.     III. 

Il  eft  remarquable  que  les  Perfes  croyoient  les  étoiles  plus  près  que  la 
lune.  Selon  eux  (  ^  ) ,  la  montagne  de  l'Abordi,  la  plus  haute  de  la  terre ,  fut 
800  ans  à  croître  entièrement.  En  200  ans ,  elle  s'eft  élevée  jufqu'au  ciel 
des  étoiles  ,  en  200  ans  jufqu'au  ciel  de  la  lune  ,  en  autant  de  tems  jufqu'au 
ciel  dufoleil  ;eniin  dans  les  200  dernières  années ,  elle  a  atteint  le  ciel  de  1a 

(<j)  Bailly,  Mém.  Acad.  des  Se,  1773.  {b  )  Zend-Avçfta,  T.  II,  p.  364. 

Yyij 


•35<?  ÉCLAIRCISSEMENS 

lumière  première.  Les  Perfes  ,  d'après  une  de  leurs  traditions  ,  penfent  qu  à 
la  fin  du  monde  il  tombera  un  aftre  fur  la  terre  {a). 

Voiîâ  tour  ce  que  nous  pouvons  dire  ici  des  cormoifFances  des  anciens 
Perfes.  M.  Anquetil  croit  que  les  rois  des  deux  dynafties  des  Peifchdadiens 
&  des  Kéaniens  ,  croient  peut-être  des  princes  de  l'Aderbedjan  &:  des  pro- 
vinces orientales  de  la  Perfe ,  abfolument  difFérens  des  monarques  AfTy- 
riens  ,  Medes  Se  Perfes  ,  dont  parlent  les  auteurs  Grecs. 

§.    I  V. 

Nous  avons  dit  que  ,  fuivant  notre  opinion  des  trois  Hermès ,  le  der- 
nier feul  étoit  Egyptien.  Le  premier  a  vécu  avant  le  déluge  ,  c'efl:  Manéthon 
qui  nous  l'apprend  {l>  ).  Nous  avons  cru  pouvoir  indiquer  l'époque  des  deux 
autres  Hermès,  au  moyen  de  quelques  obfervations  que  nous  avons  trouvées 
dans  les  aufeurs.  M.  Edouard  Bernard  (  c)  rapporte  une  obfervation  de 
l'œil  du  taureau,  attribuée  à  Hermès,  qui  place  cette  étoile  d\ns  15°  17' 
des  poiiTons.  Il  ne  dit  point  où  il  a  pris  cette  obfervation ,  qui  eft  infiniment 
curieu'e,  &:  qui,  fi  elle  eft  authentique  ,  eft  la  plus  ancienne  que  nous 
connoiflîons.  En  1750  l'œil  du  taureau  étoit  dans  2'  6°  17'j  il  a  donc 
avancé  depuis  ce  tems  de  71°  :  ce  qui ,  à  raifon  d'un  degré  en  7 1  ans ,  fait 
j  1 1  2  ans  &  place  par  conféquent  Hermès  3  3(^2  ans  avant  J.  C. 

Nous  ne  devons  pas  ditUmuler  que  dans  le  nombre  des  pofitions  de  l'œil 
du  taureau  ,  obfervées  par  difFérens  aftronômes,  &  rapportées  dans  li  petite 
table  de  M.  Bernard  ,  on  a  marqué  partout  le  bélier  au  lieu  du  tau- 
reau. On  pourroit  de  même  avoir  marqué  les  poiffons  au  lieu  du  bélier. 
C'eft  ce  que  nous  ne  pouvons  décider.  M.  Bernard  n'a  donné  aucun  dé- 
tail fur  cette  obfervation.  Ce  n'eft  point  une  faute  de  labrégé  des  Tranfac- 
tions  philofopliiques ,  l'original  y  eft  abfolumenr conforme.  Cependant  l'é- 
poque d'Hermès  telle  que  nous  l'avons  donnée,  &  telle  qu'elle  réfulte  de 
cette  obfervation  ,  s'accorde  fi  bien  avec  l'établilEement  des  connoilEances 
aftronomiques  chez  les  Indiens  &  chez  les  Perfes,  puifqu'elle  précède  dedeu% 
/îecles  &  demi  l'époque  des  Indiens  ,  &  de  1^0  ans  l'établilTement  de  la 
période  des  Perfeî ,  que  nous  penchons  à  croire  que  l'obfervation  eft  véri- 
table. Nous  penfons  donc  que  cet  Hermès  eft  l'Hermès  Chaldéen  ,  né  à 
Calovaz  ,  qui  fut  le  fécond  Thaut  des  Egyptiens.  Nous  avons  tiré  l'époque 


(a)  Zend-Avefta  ,  T.  I ,  part.  1  ,  p.  3  S.  (c)  Tranf.  Philof.  n".  158,  acnéc  1694, 

{/>)  Sincellç  ,  pag.  40.  abrégé,  T.  I,  p.  iji. 


ASTRONOMIQUES.  557 

du  troifieme  Hermès ,  de  deux  obfervacions  rapportées  par  Aur^ufiin  Ric- 
cius  (j)  Nous  difcuterons  ailleurs  ces  obfervaiions ,  &  nous  ferons  voir 
qu'elles  font  plus  vraifemblables  qu'elles  ne  le  paroiirent  d'abord  (/').  II 
nous  fuffira  de  dire  ici  que  Riccius  attribue  ces  obfervations  à  un  Hermès 
plus  ancien  que  Ptolémée  de  1985  ans  :  d'où  il  réfulte  que  cet  Hermès  flj- 
rilToit  1  S^6  ans  environ  avant  notre  ère.  Cette  époque  (i  différente  des  deux 
autres ,  nous  paroît  être  celle  du  troifieme  Hermès. 

§.     V. 

La  chronologie  des  AiTyriens  Se  des  Medes ,  eft  fujette  à  beaucoup  de 
difficultés ,  nou5  ne  nous  y  arrêterons  point  ;  nous  dirons  feulement  que  le 
P.  Pezron  place  la  fondation  deBabylone  5 144  ans ,  Se  celle  de  Ninive  2787 
ans  avr.nt  J.  C. 

Selon  Alexandre  Polyhiftor ,  Abidcne  &  ApoUodore  ,  (  c  )  il  s'étoit  écoulé 
depuis  la  création  du  monde  jufqu'au  déluge  1 10  fares.  Depuis  le  déluge 
jufqu'A  Evechous  9  fares  6c  demi  j  enfuite  7  rois  Chaldcens  qui  regne- 
r;n  iç)oans  (<?')  j7  rois  Arabes  215  ans.  Enfin  les  AflTyriens  foumirenc 
Bibylone  ,  Se  Belus  Se  fes  fuccelfeurs  y  régnèrent  pendant  1^60  ans  (e)  , 
jufqu'au  dernier  Sardanapale ,  qui  ayant  été  vaincu  par  Arbace,  l'empire 
fut  transféré  aux  Medes.  Ce  Sardanapale  fut  détrôné  ,  félon  M.  Freret,  en 
608  (/)■  Il  en  reluire  qu'Evechous  régna  à  Babylone  1473  ans  avant  l'ère 
chrétienne.  Le  liecle  d'Evechous  eft  important  à  fixer,  autant  que  le  per- 
mettent les  ténèbres  de  la  chronologie  ,  parce  que  c'eft  alors  qu'on  cefTa 
de  compter  par  fares,  &  que  les  années  folaires  furent  admifes  pour  la  règle 
des  tems  {g). 

Njus  avons  remarqué  que  l'ancienne  période  de  (îoo  ans  ,  dont  l'inftitu- 
tion  a  précédé  le  déluge  ,  fuppofoit  146  jours  intercalés,  &  nous  avons  cru 
pouvoir  étabbr  que  cette  intercalarion  avoir  été  celle  d'un  jour  tous  les  quatre 
ans.  Mais,  dans  l'intervalle  de  ^00  ans ,  il  y  auroit  eu  150  jours  intercalés 
au  lieu  de  1^6 ,  d'où  nous  avons  cru  pouvoir  conclure  qu'on  fupprimoit  une 
intercalarion  tous  les  150  ans  ,  &  nous  avons  penfé  que  ces  1 50  ans  avoient 


(c)  AuguiLin  Riccius,    Traciutus  de  oB.  (d  i  Ibidem,  p.  78. 

fphe  a  ,  pag.  13.  («)  Idem,  p.  91. 

(  b)    VÙye^    l'Hiftoire  de   l'Aftronomic  (  /  )   .V^ém.  Acad.  des  Inf.  T.  V,  p.  404. 

niodetne.  ïrcrct,  déf.  de  laChroa.  p.  135. 

(c)  Sincelle,  pag.  30,38.  {g)  Sineelk,  p.  78. 


353  ÉCLAIRCISSEMENS 

pu  former  une  périod;  civile  {a).  Si  en  confcquence  on  fuppofe  qu'elle  fût 
en  ufa^e  depuis  le  déluge ,  &  que  c'eft  ainfi  qu'on  doit  entendre  les  9  fares 
&:  demi  écoulés  jufquà  Evechoiis ,  il  en  réfultera  un  intervalle  de  1415  ans, 
qui  ajoutés  aux  116^  ans  qui  ont  précédé  le  déluge  ,  fuivant  la  chronologie 
chaldéenne,  &:  aux  2473  écoulés  depuis  Evechous  ,  forment  une  fomme  de 
606^  ans  pour  la  durée  du  monde  jufqu'à  notre  ère.  Le  récit  des  trois 
auteurs  que  nous  venons  de  citer ,  pour  le  dire  en  pafTant ,  montre  l'anti- 
quité des  Arabes ,  qui  l'an  2285  étoient  déjà  réunis  en  corps  de  peuple  ,  C-:. 
airezpuiflans  pour  faire  la  conquête  de  Babylone. 

§.     V  I. 

Cette  connoiflance  de  l'année  folaire  annonce  beaucoup  de  connoif- 
fances  aftronomiques  antérieures  ,  fi  elle  eft  née  à  Babylone  ;  mais  nous 
penchons  à  croire  qu'elle  y  avoitété  apportée  d'ailleurs.  11  eft  vrai  que  Stra- 
bon  (/■)  regirde  les  Chaldéens  comme  indigènes  ;  mais  Eerofe  (cr) ,  qui  de- 
voir être  mieux  inftruit  que  Scrabon  des  antiquités  babyloniennes ,  dit  po- 
fitivement  qu'ils  étoient  étrangers.  Ainfi  on  peut  croire  que  les  Chaldéens 
étoient  fortis  de  quelque  contrée  plus  orientale  ,  ou  peut-être  de  la  Perfe. 
Evechous  tranfporta  à  Babylone  la  connoilTance  de  l'année  folaire.  Cet 
Evechous  ell  efFeâ:ivement  le  premier  des,  rois  Chaldéens  ^  ceux  qui  l'ont 
précédé  depuis  la  fondation  de  Babylone ,  ne  portoient  pas  ce  nom. 

§.     VII. 

ZoROASTRE  fut,  dit-on  ,  l'inventeur  de  l'Altronomie  dans  la  Chaldée  j 
mais  on  n'eft  point  d'accord  fur  fa  patrie  ,  ni  fur  le  tems  où  il  a  vécu.  Zo- 
roaftre  ,  l'auteur  du  Zend  Avefta  ,  l'inftltuteur  ou  le  reftaurareur  du  culte  du 
feu  &  de  la  religion  des  mages  ,  a  été  contemporain  de  Darius  Hiftafpe  ,  & 
'naquit ,  fuivant  M.  Anquetil,  58jans  avant  J.  C  (^)  ;  Suidas  (e)le  place 
500  ans  avant  la  guerre  de  Troye  ,  c'eft-à-dire  1709  ans  avant  J.  C.  Dic- 
gene  Laerce  600  ans  (/)  avant  l'invafion  de  Xercès  ,  ou  lob'o  ans  avant 
J.  C.Hermodore  ,  platonicien,  5c  Hermippe  cités  pat  Pline  ,  5000  ans  avant 
la  guerre  de  Troye,  ou  (^209  ans  avant  J.  C.  Eudoxe  (îooo  ans  avant  la  mort 
de  Platon  ,  ou  6348  ans  avant  T.  C.  (g).  On  a  penfé  qu'il  y  avoir  eu  plu* 

(a)  Supra  ,  Liv.  IH ,  §.  S.  (  e  )  Suo  titulo  Aftronomie  &  Zoroaf- 

ib  )  Géogr.  Lib.  XVI  ,  p.  739.  tre 

ic)  Sincelie  ,  p.   i8.  (/)   In  proemio. 

{d)  Zend-Avclla,  T.  I,  par:,  i,  p.  Co.  {g)  Pline,  Lib.XXX,  c.  i. 


ASTRONOiMIQUES.  359 

/leurs  Zoroaftres  ,  &  il  femble  que  ces  ditFcretUcs  traditions  le  prouvent, 
quoique  M.  Hyde  ne  foitpasde  ce  fentimeut  [a).  11  eft  impoiriblc  de  rap- 
porter ces  traditions  au  Zoroaftre  qui  vivoit  en  589.  Commcm  Eudoxe  au- 
roit  il  pu  croire  que  Zoroaftre  vivoit  6000  ans  avant  la  mort  de  Platon  ,  Zo- 
roaftre qui  n'auroit  précédé  Platon  &  Eudoxe  que  d'un  fiecle  ?  11  eft  vraifem- 
blable  que  ce  qu'en  difent  Hermodore  ,  Hermippe ,  Eudoxe  ,  n'étoit  fondé 
qni  fur  la  tradition  vulgaire  ;  cette  tradition  eft  vifiblement  fabuleufe  ,  ou 
du  moins  demande  quelque  explication  :  mais  peut-elle  avoir  lieu  à  l'écr.-ird 
d'un  homme  qui  vivoit  loo  ou  100  ans  auparavant  ?  Les  fables  ne  naiftent , 
ni  ne  s'accréditent  point  fi  prompcement  j  il  en  faut  donc  conclure  qu'il  v 
a  eu  au  moins  deux  Zoroaftres.  "Les  anciens  Perfans  [ù]  veulent  tous  que 
»  Zoroaftre  foit  plus  ancien  que  Moïfe  ,  Se  les  Mages  ,  fedateurs  de  ce  pre- 
»  mier  légiflateur  ,  vont  jufqu'à  prétendre  qu'il  eft  le  même  qu'Abraham  , 
«  &:  l'appellent  fouvent  Ibrahim  Zerda;ehr ,  comme  qui  diroit  Abraham  , 
jj  l'ami  du  teu  j).  Benfchuhnah,  quoiqu'il  penfe  que  Zoroaftre  ait  vécu  du 
tems  d'Efdras ,  c'eft-à-dire  peu  de  rems  après  Darius  Hiftafpe ,  ajoute  ce- 
pendant (v)  «  qu'il  y  a  plufieurs  hiftoriens  Perfans  qui  le  croient  beaucoup 
n  plus  ancien,  &"  qui  le  font  defcendre  de  Manougehcr_,  roi  de  la  dynaftie  des 
»  Peifchdadiensu.  Dansle  livrede  Giarmab,cephi!ofophe(i/)  ditqueZoroaf- 
tre  parut  du  tems  de  Feridoun  ,  roi  de  la  même  dinaftie  ,  1 500  ans  après  le 
déluge  ,  c'eft.- à-dire  long-tems  avant  Manougeher.  Il  eft  évident  que  les  hif- 
toriens fe  contredifent  ici ,  ou  pour  mieux  dire,  parlent  de  deux  perfonnaees 
diiTcrens.  Le  premier  parle  du  dernier  Zoroaftre,  ilTu  de  Manougeher ,  dont 
il  étoir  le  14'  defcendaut  (e).  Le  fécond  parle  du  plus  ancien  Zoroaftre.  Le 
même  philofophe  Giafmab  dit  que  Dieu  envoya  le  prophète  Zerdafcht  dans 
le  tems  de  lagrande  conjondion  des  planètes.  Or  s'il  eft  permis  de  regarder 
ces  5000  ans  écoulés  entre  Zoroaftre  &  la  guerre  de  Troye  ,  comme  des  an- 
nées de  trois  mois,  ces  5000  ans  feront  1250  années  folaires ,  lefquelles 
ajoutées  à  1 209  ,  époque  delà  guerre  de  Troye ,  félon  le  P.Pezron  (/)  ,  font 
2459  ans ,  S>:  répondent  précifément  au  rems  de  la  grande  conjondion  des 
planètes  obfervée  à  la  Chine  [g) ,  520  ans  avant  Moïfe  ,  de  du  tems  d'A- 
braham qui  naquit ,  fuivantle  même  chronologifte,  l'an  243^.  Remarquons 


{  a)  De  rclig.  \'ct.  Ptrf.  p.  3 1 y.  Chardin,  Tom.  IX  ,  pag.  144. 

(  b  )  Htrbelot ,  B.bl.  Orient,  p.  p5  i.  (  e  )  Zend-Avefta  ,  T.   II ,  p.  4J5. 

(c)  Ibidem,^.  931-  (/ )  Antiq.  rétabiie. 

{d)  Ihidem  ,  art.  Feridoun.  [g)  Suprà ,  Liv.  lY  ^  §.  14. 


5^-^  É  C  L  A  î  R  C  I  S  S  E  M  E  N  S 

que  Zûroaftre  ,  coiiremporain  d'Evechous ,  auroit  paru  9  fares  Se  demi  aptes 
le  déluge  ,  fuivauc  les  Chaldéens  ,  lefquels  fares  ,  fuivant  l'évaluarion  que 
nous  venons  de  faire  ,  rcpondencà  un  incervalle  de  14  fiecles ,  ce  qui  s'ac- 
corde, à  un  ilecle  près ,  avec  le  récit  du  philofophe  Giafmab  ,  qui  dit  que 
Zoroaftre  parut  1500  ans  après  le  déluge.  Rencontre  heureufe  &  lînguliere 
qui  donne  beaucoup  de  probabilité  à  nos  conjedtures  chronologiques. 
Ainfi  toutes  ces  traditions  ,  grecques  &  orientales  ,  s'accordent  fur  l'âge  de 
Zoroaftre  *  car  on  peut  fuppofer  que  Suidas  &  Diogenes  Laerce  ont  écrit 
500  ,  6cjo  pour  5  &  6000  ans,  &  qu'Eudoxe  a  compté  ,  en  nombres  ronds  , 
1000  ans  pour  l'intervalle  écoiilé  entre  la  guerre  de  Troye  Se  la  mort  de 
Platon. 

§.    V  I  1  I. 

Pour  développer  les  opinions  aftronomiques  des  Chaldéens  avec  le  dé- 
tail que  nous  n'avons  pu  nous  permettre  dans  notre  hiftoire ,  nous  allons 
fuivre  le  récit  de  Diodore  de  Sicile. 

»  Les  Chaldéens  {a) ,  dit-il  ,  d^fcendent  des  plus  anciennes  familles  de 
«•  Babylone  ,  &  ils  obfervent  une  forme  de  vie  approchante  de  celle  des 
•I  prêtres  d'Egypte  :  car  pour  fe  rendre  pins  favans  &  plus  entendus  au  fer- 
»  vice  des  dieux  ,  ils  s'appliquent  continuellement  à  la  philofophie  ,  &  fe 
o   font  fait  une  grande  réputation  en  adronomie». 

Ces  prêtres  ou  Chaldéens  furent  institués  ,  dit-on  ,  par  Bélus  (i),  fils  de 
Neptune  &  de  Libie  ,  fur  le  modèle  de  ceux  d'Egypte.  On  pourroit  croire 
en  conféquence  que  les  Chaldéens  ont  également  tiré  de  l'Egypte  leurs  pre- 
mières connoilTances  agronomiques  ;  cela  feroit  d'autant  plus  vraifemblable, 
que  Pline  {c)  nous  donne  Bélus  pour  l'inventeur  de  l'aftronomie  dans  la 
Chaldée.  Mais  d'après  tous  les  faits  contenus  dans  cet  ouvrage,  on  peut 
conclure  que  ces  relfemblances  ne  prouvent  point  la  communication  des 
lumières  ;  elles  prouvent  feulement  l'identité  d'origine  de  ces  peuples  qui 
les  ont  puifées  à  une  fource  commune.  D'ailleurs  l'aftronomie  de  ces  deux 
peuples  paroît  avoir  été  alTez  différente  ,  comme  on  le  voit  par  la 
fuite  de  cette  hiftoire.  M.  Freret  {d)  remarque  que  fi  l'on  peut  juger  de 
raftronomie  dî  ces  deux  peuples  par  leur  aftrologie ,  il  n'y  avoir  pas  de  grands 


{a)  Diodore   de  Sicile,   traJuâion   <3c  (b)  Idem,  Torn.  I  ,  Liv.  I ,  p.  jtf, 

M.  TerralVon,  iii-li  ,   Livre  II,   j.  il  ,  (c)  Pline,  Lib.  VI,   c.  16. 

fage  175.  {  <^  )  Dcf.  de  la  Chron.  p.  )Sé. 

rapports, 


ASTRONOMIQUES.  j^i 

rapports ,  puifque  Ptolemje  (  a)  nous  alfure  que  l'aftrologie  chaldéemie écoic 
très-diftcrencede  l'aftrologie  égyptienne. 

Quand  ces  peuples  fonc  devenus  rivaux  en  puiflance  &  en  réputation  de 
favoir,  chacun  a  prétendu  de  fon  côté  à  l'honneur  d'avoir  inftruit  l'autre. 
Nous  ne  nions  point  que,  dans  la  fuite  des  tems  ,  il  n'y  ait  eu  quelques  com- 
munication entre  les  deux  peuples  i  mais  dans  l'origine  &c  dans  l'inftitution 
des  fciences ,  il  ne  fe  dévoient  rien.  Thautpotta  l'aftronomie  en  Egypte  , 
comme  Zoroaftre  à  Babylone  :  l'un  Se  l'autre  étoient  Afiatiques.  Nous  par- 
lons ici  du  fécond  des  Thaut,  ou  Hermès.,  né  àCalovaz,  qui,  fuivant  les 
conjedures  que  nous  avons  propofées  fur  ces  trois  Hermès,  auroit  vécu  vers 
l'an  3300,  ou   5400  avant  J.  C 

§■     I  X. 

D  I  o  D  o  R  E  continue  en  remarquant  que  les  Chaldéens  s'inftruifent  dans 
les  fciences  ,  d'une  manière  toute  autre  que  les  Grecs  qui  s'y  adonnent  :  que 
ces  fciences  demeurent  toujours  dans  les  mêmes  familles  j  que  n'ayant  point 
le  goût  de  la  recherche  des  nouveautés,  ils  ne  s'écartent  point  des  principes 
de  leurs  maîtres ,  &  que  ne  faifant  jamais  qu'une  feule  chofe,  ils  s'y  ren. 
dent  infiniment  habiles.  Cet  ufage  d'attacher  &  de  fixer  les  familles  à  une 
feule  profclTîon  eft  très-ancien ,  &  fut  prefque  général  dans  l'antiquité.  On 
Je  retrouve  chez  les  Egyptiens  &  chez  les  Indiens.  Cet  ufage  peut  avoir 
quelque  utilité.  La  tradition  ,  au  dcfaitt  de  l'imprimerie  Se  peut-être  même 
de  l'écriture  ,  confervoit  dans  les  mêmes  familles  les  principes  des  fciences  , 
2c  les  pratiques  des  arts.  Ma's  comme  le  remarque  M.  de  P  *(-!'),  il  ne 
faut  pas  croire  que  les  profelîîons  fuiTent  rigoureufemen%.héréditaires  dans 
les  familles.  Une  famille,  qui  auroit  été  féconde,  eût  rendu  certains  artiftes 
plus  nombreux  qu'ils  ne  pouvoient,  &  qu'ils  ne  dévoient  l'être.  Les  anciens 
plus  fages  avoient  circonfcrit  certaines  clafTes  dî  citoyens  ,  telles  que  les 
prêtres ,  les  foldats ,  les  artifans,  les  laboureurs  :  on  ne  pouvoir palîer de  l'une 
dans  l'autre  j  mais  dans  celle  des  artifans ,  chaque  famille  n'étoit  fûrement 
pas  attachée  à  une  profeflion  particulière.  Diodore  a  tort  de  louer  les  Chal- 
déens de  n'avoir  point  le  goût  de  la  recherche  des  nouveautés ,  &  de 
demeurer  conftamment  attachés  aux  principes  de  leurs  maîtres.  Malheur  au 
philofophe  qui  aura  cette  efpece  de  refpedl  idolatrique!  Si  Defcartes  l'avoit 


(a)    Tctrabiblon  ,    Lib.  I  ,     c,    13    &  (i)  Recherches  philofophiques  fur  les 

0.  Égypticos&  les  Chinois,  T.  I,  p.  167. 


3(?t  ÊCLAIRCISSEMENS 

eu ,  nous  ferions  peut-être  encore  dans  la  barbarie  fcolalliquê.  Les  Chal- 
déens  pouvoient  être  louables  de  ne  faire  qu'une  feule  ckofe ,  &  de  fe  borner 
à  amaffer  des  faits  :  dans  d'autres  circonftances,  d'autres  peuples  ne  le 
feroient  pas  également.  Il  eft  des  tems  où  en  effet  cette  réferve  rend  les 
hommes  p/us  habiles  ;  il  eft  d'autres  tems  où  cette  réferve  gêneroit  l'elTor 
des  talens,  &  retarderoit  les  progrès  des  fciences.  Quand  on  entre  dans 
l'étude  de  la  nature ,  il  faut  commencer  par  en  connoître  les  différentes 
branches j  les  hommes  doivent  fe  les  partager,  fe  faire ,  pour  ainfi  dire  ,  un 
domaine  j  &  ne  fuivre  qu'une  feule  chofe  pour  mieux  l'approfondir.  Mais 
quand  après  un  grand  nombre  de  fiecles,  un  fiecle  comme  le  nôtre,  jouir 
des  lumières  de  rous  les  âges,  quand  on  a  prefque  tout  décrit ,  il  faut  lier  les 
parties  qui  ont  été  analyfées,  &  réunir  en  un  corps  le  fyftème  de  la  nature 
qu'on  avoir  divifé.  Le  défaut  de  goût  pour  la  recherche  des  nouveautés  chez 
les  Chaldéens,  &  en  général  chez  les  Orientaux,  eft  fans  doute,  la  caufe  du 
peu  de  progrès  des  fciences.  lis  ne  font  point  de  découvertes,  par  la  même 
raifon  qu'ils  ne  font  point  de  conquêtes.  Us  gardent  les  principes  qu'ils  onc 
reçus  de  leurs  premiers  ancêtres ,  comme  ils  confervent  un  gouvernement 
qui  les  rend  efclaves,  èc  des  maîtres  qui  leur  envoyeur  la  mort.  Les  fciences 
nées,  fans  doute,  fous  le  parallèle  de  50°,  &  tranfplantées  entre  le  2.0^  Se  le 
30'  ont  vu  fufpendre  leurs  progrès;  il  a  fallu  les  tranfporter  en  Europe ,  & 
les  rapprocher  du  climat  qui  les  avoit  vu  naître,  pour  qu'elles  s'avançalTent- 
vers  la  perfeétion. 

§.     X. 

««  Les  Chaldéens,  ayant  fait  d'ailleurs  de  longues  obfervatlons  des  aftres, 
n  &  connoifTiint  plus  parfiitement  que  tous  les  autres  aftrologues  leurs  mou- 
»  vemens  &  leurs  influences  ,  prédifent  aux  hommes  la  plupart  des  chofes 
r>  qui  doivent  leur  arriver.  Ils  regardenrfuïtour  comme  un  poinr  difficile  &:de 
3j  conféquence  la  théorie  des  cinq  aftres  qu'ils  nomment  incerprcies  ,  8c  que 
3»  nous  appelons  planètes,  5c  ils  obfervent particulieremenr  celle  à  qui  les 
35  Grecs  ont  donné  le  nom  de  Chronus.  Cependant  ils  difént  que  le  foleil 
33  eft  non-feulement  le  plus  brillant  des  corps  céleftes,mais  encore  celui 
5»  dont  on  tire  le  plus  d'indicarions  pour  les  grands  événemens.  Ils  diftin- 
33  guent  les  quatre  autres  par  les  noms  particuliers  ôîAres  j  à' Aphrodite  3 
«   ^Hermès  &  de  Zéus  n. 

11  eft  certain  que  la  feule  obfervation  des  planètes  faite  par  les  Chaldéens , 
l'an  22.8  avant  J.  C.  &  confervée  par  Ptolemée,  eft  une  obfervation  de  fa- 


I 


ASTRONOMIQUES.  j^f) 

(urne  (a).  Nous  ignorons  abfolument  la  raifon  pour  laquelle  ils  obfervoient 
particulièrement  Chronus  ou  Saturne.  Nous  avons  vu.{b)  que  les  peuples  du 
nord  ont  des  facrihces  Se  des  cérémonies  pieufes,  attachés  au  renourele- 
ment  de  la  planète  de  faturne.  Les  quatre  autres  font ,  mars ,  venus ,  mer*, 
cure  Se  Jupiter.  On  trouve  ailleurs  (c)  que  les  Chaldéens  donnoient  aa 
foleil  le  nom  de  Belus ,  à  la  lune  celui  de  Nebo  5  quelquefois  ils  l'appeloieuc 
Nergal. 

§.    X  I. 

••Ils  leur  ont  donné  (  aux  planètes  )  le  nom  d'interprètes ,  parce  que  les 
3>  étoiles  fixes,  gardant  toujours  la  même  pofition  &les  mêmes  diftances  entre 
35  elles;  celles-là  ont  un  mouvement  propre  qui  fert  à  marc]uer  l'avenir ,  Sc 
j>  elles  alTurent  fouvent  les  hommes  de  la  bienveillance  des  dieux.  Car  les 
5>  unes  par  leur  lever,  les  autres  par  leur  coucher  ;  d'autres  par  leur  couleur 
3»  feuIè  annoncent  diverfes  chofes  à  ceux  qui  les  obfervent  attentivemenr. 
»  On  eft  averti  par  elles  des  vents ,  des  pluies  5c  des  chaleurs  extraordi- 
»  naires.  Ils  prétendent  auffi  que  les  apparitions  des  comètes,  les  éclipfes  du 
»  foleil  &  de  la  lune ,  les  tremblemens  de  terre  ,  &  tous  les  changemens  qui 
s5  arrivent  dans  la  nature  font  des  préfages  de  bonheur  &  de  malheur  ;  non- 
»>  feulement  pour  les  nations  entières  j  mais  encore  pour  les  rois  Se  pour  les 
"  particuliers  ». 

CepalTageprouve  que  les  comètes  étoientobfervéesàBabylone ,  quelleque 
fut  l'opinion  qu'on  avoit  de  leur  nature ,  que  les  éciipfes  étoient  auffi  au 
nombre  des  phénomènes  obfervés.  Ptolemée  nous  a  confervé  quelques-unes 
de  ces  éclipfes.  Mais  remarquons  toujours  que  les  phénomènes,  auxquels  on 
portoit  une  attention  plus  particulière,  étoient  ceux  du  lever  &  du  coucher 
des  planètes,  parce  que  les  indications  de  l'aftrologie  en  dépendoient.  Eu 
effet  les  levers  &  les  couchers  des  étoiles  fe  renouvellent  tous  les  ans  avec  les 
mêmes  circonftances  (ou  du  moins  à  tres-peu  près  )  ;  il  n'y  a  de  changement 
que  relativement  aux  planètes,  &  comme  tout  change  dans  la  vie  Se  dans  la 
fortune  des  hommes  ,  c'étoit  à  l'influence  des  planètes  que  ces  changemens 
dévoient  être  foumis.  On  eft  étonné  que  parmi  ces  aftres  qui  font  la  deftinée 
du  monde ,  il  ne  foir  pas  queftion  de  la  lune,  qui  eft  fi  près  de  nous,  &  dont 
les  influences  devroient  avoir  tant  d'effet;  d'autant  que  fon  mouvement 


ia)  Almag.  Lib.  XI,  p.  7.  (c)  Ifaïe  ,  c.  xlvi  ,   1. 

{i>)  Supra  ,  Éclair,  Liv.  III ,  j.  3 .  Baikei ,  Hift-  philof.  T.  I ,  p.  1 5  j , 

Z  z  ij 


^4  ÉCLAIRCISSEMENS 

rapide  eft  le  premier  qui  a  été  découvert.  Il  faut  faire  attention  à  ce  que  lôî 
Chaldéens  difoient  du  foleilj  en  même  tems  qu'il  ejt  le  plus  brillant  des  corps 
eélefies ,  il  ejl  encore  celui  dont  on  tire  le  plus  d'indications  pour  les  grands  évé- 
nemens.  Ils  ne  le  regardoient  donc  pas  comme  fixe,  car  on  a  vu  qu'ils  ne 
tiroient  d'indications  que  des  corps  en  mouvement.  C'eft  pourquoi  il  ne 
paroît  pas  que  l'immobilité  du  foleil  ait  eu  des  partifans  dans  la  Clialdée. 

§.     XII. 

3>  I L  s  s'imaginent  que  les  cinq  planètes  commandent  à  trente  étoiles 
)j  fubalternes ,  qu'ils  appellent  dieux  confeillers ,  dont  la  moitié  domine  fur 
5)  tout  ce  qui  eft  au-deflbus  de  la  terre ,  &  l'autre  moitié  obferve  les  aétions 
jj  des  hommes,  ou  contemple  ce  qui  fe  palTe  dans  le  ciel.  De  dix  jours  en 
35  dix  jours  une  étoile  eft  envoyée  par  les  planètes  fous  la  terre  ,  &  il  en  part 
n  une  de  deflous  la  terre  pour  leur  apprendre  ce  qui  s'y  pafte  «.  Ici  nous 
n'avons  rien  à  remarquer  que  l'extravagance  de  cette  opinion,  &  combien 
elle  eft  éloignée  de  la  faine  Aftronomie.  Il  y  a  apparence  que  ces  météores,  ces 
tràinées  de  matière  enflammée ,  que  le  vulgaire  appelle  étoiles  tombantes ,  ont 
donné  lieu  à  cette  opinion.  On  peirt  foupçonner  que  les  dieux  qui  gouver- 
noient  ces  trente  étoiles  font  les  mêmes  que  les  trente  génies  ou  intelligen- 
ces qui  5  chez  les  Perfes,  préfident  aux  jours  du  mois. 

§.     X  I  I  I. 

«  Ils  comptent  douze  dieux  fupérieurs,  qui  préfident  chacun  à  un  mois 
jj  &  à  un  figne  du  zodiaque.  Le  foleil ,  la  lune  &  les  cinq  planètes  pafient 
j)  par  ces  douze  fignes  j  mais  le  foleil  ne  fait  ce  chemin  que  dans  une  année  , 
3>  &  la  lune  l'achevé  dans  un  mois.  Chaque  planète  a  fa  période  particulière  j 
3j  mais  leurs  révolutions  fe  font  .avec  de  grandes  différences  de  tems.  Se  de 
JJ  grandes  variations  de  vîtelTe  jj.  Voilà  bien  des  connoiiïances  aftronomi- 
ques  réunies  !  Les  douze  fignes  du  zodiaque ,  la  divifion  de  l'année  en  mois  ; 
l'année  déterminée  par  la  révolution  du  foleil ,  &  les  mois  par  celle  de  la 
lunej  le  foleil  &  la  lune ,  ainfi  que  les  cinq  planètes,  afTujettis  à  ne  point 
s'écarter  du  zodiaque  j  les  révolutions  des  planètes  très-différentes  entre 
elles ,  &  par  le  tems  &  par  la  vitefie. 

§.    X  I  V. 

«  1 1  s  déterminent  hors  du  zodiaque  24  conftellations  ,  1 2  feptentriona- 
k  les,  ôc  I  a  méridionales.  Les  11  qui  fe  voyent  dominent  fur  les  vivans  ; 


ASTRONOMIQUES.  5(^5 

»  celles  qui  ne  fe  voyent  pas  dominent  fur  les  morts ,  &  ils  les  croyent  juges 
«  de  tous  les  hommei  >■>.  Ce  partage  égal  entre  les  confliellations  vifibles  Se 
invifibles  feroic  penfer  qu'ils  étoient  bien  peu  avancés  dans  cette  partie  ;  car 
ils  auroient  dû  favoir  que  dans  la  fphere  oblique ,  on  voit  beaucoup  plus  de 
la  moitié  des  conftellations  ;  &  de  tous  les  climats,  celui  du  pôle  eft  le  feui 
borné  à  voir  la  moitié  du  ciel ,  &  des  conftellatioHS  qu'il  renferme.  Si  nous 
ne  craignions  de  revenir  trop  fouvent  fur  les  mêmes  idées ,  nous  en  tirerions 
volontiers  un  nouvel  indice  que  l'Aftronomie  eft  née  dans  les  climats  fepten- 
trionaux,  où  l'on  ne  voit  qu'à  peu  près  la  moitié  des  conftellations.  Les 
hommes  ,  inftruits  qu'ils  ne  voyoienc  que  la  moitié  du  ciel,  ayant  placé  iz 
conftellations  dans  celle  qui  étoit  expofée  à  leurs  yeux  ,  en  auront  également 
fuppofé  1 2  dans  celle  qu'ils  ne  voyoient  pas.  Ce  fyftcme  aura  paiïe  par  tra- 
dition aux  Chaldcens ,  qui  l'ont  confervé  fans  s'appercevoir  qu'il  ne  conve- 
noit  pas  à  leur  climat.  A  l'égard  de  ce  qu'ils  ont  placé  le  féjour  des  morts  aux 
antipodes,  c'ctoit  le  fentiment  de  tous  les  anciens,  des  Egyptiens,  des 
Grecs,  des  Romains,  des  premiers  Chrétiens  mêmes ,  que  les  enfers  étoient 
fous  la  terre ,  c'eft-à-dire ,  à  peu  près  aux  antipodes.  Ils  croy oient  que  dans  le 
féjour  des  juftes,  dans  les  champs  élifées ,  on  y  jouifloit  d'un  ciel  pur^  & 
d'un  foleil  fans  nuage  (i2  ).  Virgile  dit  que  ces  demeures  ont  leur  foleil 
^  leurs  aftres  (/•).  Ainfi  il  n'eft  pas  étonnant  que  les  Chaldéens  ayentpenfé 
comme  tous  les  anciens. 

§.    XV. 

"La  lune  eft  placée  au-deftous  de  toutes  les  étoiles  Se  de  tontes  les  pla- 
j>  netes  dont  nous  venons  de  parler.  Comme  elle  eft  la  moindre  de  toutes , 
»  elle  eft  aufll  la  plus  proche  de  la  terre  ,  &  fa  révolution  fe  tait  en  moins  de 
»  tems ,  non  à  caufe  d'une  plus  grande  vîtelFe ,  mais  à  caufe  de  la  petirefTe 
j>  de  fon  orbite.  Ils  conviennent  avec  les  Grecs  (  il  auroit  fallu  dire  les 
»  Grecs  conviennent  avec  eux  :  les  Grecs  étoient  des  enfans  en  aftronomie, 
55  mais  alors  le  préjugé  étoit  pour  eux)  qu'elle  n'a  qu'une  lumière  empruii- 
«  tée  ,  &  que  fes  éclipies  viennent  de  ce  qu'elle  entre  dans  l'ombre  de  la 
55  terre.  Us  n'ont  encore  qu'une  théorie  fort  imparfaite  des  éclipfes  du  fo- 
jj  leil ,  &  ils  n'oferoient  les  déterminer  ni  les  prédire».  Dans  ce  pafTage  , 


(a)   Voyei Pyndare  &  la  Mythologie  de  55  de    nuit  ;   un  pur  foleil  les  éclaire  fans 

l'Abbé  Baunier,  Tom.  II ,  pag.  145.  «  Les  53   ccire  '■>. 

=>  juftes  y  mènent  une  vie  exempte  de  toutes  \b) . . .  SoUmque  fuumfud  fderanorunt. 

X  foites  de  peines.  Leurs  jours  n"o«t  point  Virg.  JEneid ,  Lib.  YI ,  v.  634. 


3<î(î  ÉCLAIRCISSEMENS 

ce  qui  concerne  la  lune  ne  marque  pas  une  connoiirance  bien  approfondie 
des  mouvemens  de  cette  planète  ;  nous  verrons  bientôt  qu'ils  les  connoif- 
foient  plus  exaftement  que  ce  récit  ne  le  fuppofe  ;  mais  enfin  toutes  les  idées 
en  font  faines  &  vraies.  Ce  qui  regarde  les  éclipfes  du  foleil  eft  décillf ,  & 
montre  qu'ils  n'étoient  pas  en  état  de  les  prédire  :  mais  on  peut  inférer  du 
récit  de  Diodore  ,  qu'ils  prédifoient  les  éclipfes  de  lune  ,  puifqu'il  excepte 
feulement  les  éclipfes  de  foleil.  En  effet ,  les  premières  font  bien  plus  fa- 
ciles à  calculer.  La  parallaxe  n'y  entre  point,  &  nous  verrons  que  les  Chai» 
/déens  avoient  des  périodes  luni-folaires  très-propres  à  cet  ufage. 

§.    X  V  L 

«'Ils  ont  des  idées  particulières  au  fujet  de  la  terre  qu'ils  regardent  comme 
»>  creufe,  Se  ils  apportent  un  grand  nombre  de  raifons  affez  vraifemblables 
a  en  faveur  de  ce  fentiment  Se  de  plufieurs  autres  oui  leur  font  particu- 
s>  liers  fur  ce  qui  fe  pafle  dans  la  nature  \  mais  toutes  ces  opinions  font  trop 
M  étrangères  à  notre  hiftoire». 

Il  eft  bien  dommage  que  ces  raifons  aient  femblé  trop  étrangères  à  l'hif- 
toire  ,  &  que  Diodore  ne  nous  les  ait  pas  tranfmifes.  Pour  connoître  le 
génie  d'un  peuple  Se  l'étendue  de  fes  connoiffances  ,  il  ne  fuffit  pas  de  rap- 
porter fes  opinions ,  il  faudroit  dire  fur  quels  fairs  elles  font  fondées  ;  c'eût 
été  d'excellens  mémoires  pour  l'hiftoire  de  l'efprit  humain  ;  mais  il  n'y  a 
pas  long-tems  que  l'on  a  compté  l'efprit  humain  pour  quelque  chofe  dans 
l'hiftoire  des  hommes. 

Il  paroît  que  le  texte  de  Diodore  porte  qu'ils  penfoient  que  la  terre  ref- 
fembloit  à  un  bateau.  L'abbé  Teraflbn  ne  l'a  point  traduit  ainfi.  Mais  on 
trouve  dans  d'autres  traduftions  latines  ,  terram  ajjerunt  fcaphic  Jîmilem  & 
concavam  [a).  Nous  avons  obfervé  que  les  anciens  faifoient  mouvoir  les 
aftres  dans  des  bateaux.  Plutarque  le  dit  dans  la  traduétion  d'Amiot.  «  Le 
»  foleil  &  la  lune  étoient  voitures  non  dedans  des  chariots  ou  charettes  , 
SI  ains  dedans  des  bateaux  ,  efquels  ils  navigeoientàl'entour  du  monde  [b]  :» 
fur  un  bronze  ,  dont  le  P.  Montfauçon  a  donné  la  figure  dans  (on  fuppUment 
à  r antiquité  expliquée  ,  on  voit  les  7  planètes  perfonnifiées.  Se  placées  à  côté 
les  unes  des  autres  dans  un  même  bateau.  ApoUodore  difoit  de  même 
qu'Hercule arrivoit  aux  extrémités  du  monde  dans  le  vailTeau  du  foleil  [c). 


i  a,    Vcidler,  p.  40.  (  1:  )  M.  Court  de  Gtbclain,  Allégories 

(i)  D'Ifis  & d'Ofiri^  Orientales,  pag.  114. 


ASTRONOMIQUES.  ^67 

ObfervanS  que  fi  les  ChaL^éens  comparoient  la  terre  à  un  bateau ,  il  paroîtroic 
s'enfiiivre  qu'ils  fuppofoient  la  terre  en  mouvement ,  ce  qui  eft  contraire 
à  la  conclulion  que  nous  avons  tirée  d'un  autre  paflage  de  Diodore  [a).  Nous 
ne  fommes  point  en  état  de  prononcer  ;  mais  au  refte  les  deux  opinions  ont 
pu  fubfill^er  en  même  tems  dans  diftérentes  écoles,  ou  appartenir  à  ditFérens 
tems.  Les  hiftoriens  peu  inftruits  ont  confondu  les  fedtes  &  les  tems  \  Sc 
c'cft  pourquoi  il  y  a  fi  pen  de  lumières  fur  cette  ancienne  philofophie. 

§.    XVII, 

«  I L  nous  fuffit  de  dire  ,  continue  Diodore  de  Sicile  ,  que  les  Chaldéens 
»  font  les  plus  habiles  aftrologues  qu'il  y  ait  au  monde  ,  comme  ayant  cul- 
n  tivé  cette  fcience  avec  plus  de  foin  qu'aucune  autre  nation  connue.  Au 
n  refte  on  n'ajoutera  pas  aifément  foi  à.  ce  qu'ils  avancent  fur  l'ancienneté 
r>  de  leurs  obfervations  :  car  ,  félon  eux  ,  elles  ont  commencé  473000  ans 
»   avant  le  paffage  d'Alexandre  en  Afie  ». 

On  n'ajoutera  point  foi  fans  doute  à  cette  antiquité  fabuleufe;  mais  il 
s'agit  d'examiner  qu'elle  peut  être  en  effet  l'époque  la  plus  reculée  dont  l'hif- 
toire  fournifle  des  preuves. 

C'eft:  de  Ptolemée  que  nous  tenons  ce  que  nous  favons  de  plus  pofitif  fur 
les  obfervations  des  Chaldéens^  il  nous  a  confervé  quelques  éclipfes  de  lune 
arrivées  719  ou  710  ans  avant  J.  C.  Voilà  une  époque  précife  &c  des  mo- 
numens  à  l'abri  de  toute  conteftation.  Cependant  on  feroit  tort  aux  Chal- 
déens ,  fi  l'on  regardoit  cette  époque  comme  la  plus  ancienne  de  leur  af-- 
tronomie.  Différens  auteuœ  nous  fourniflent  des  témoignages  qui  remon- 
îent  à  des  époques  plus  éloignées.  Ils  parlent  des  chofes  qu'ils  ont  vues  ,  ou 
du  moins  des  chofes  dont  les  auteurs  de  leur  tems  faifoient  mention.  Epi- 
genes  qui  écoit  un  auteur  grave  {h),  trouva,  dit-on  communément,  chez- 
les  Babyloniens  720  années  d'obfervations  gravées  fur  des  briques.  Cri- 
îodeme ,  &  furtout  Berofe  ,  qui  étoit  prêtre  de  Babylone  ,  &  qui  en  cette 
qualité  devoit  être  au  fait  par  lui  -  même,  ne  parlent,  dit-on  encore,  que- 
de  490  années. 

Simplicius  ,  dans  fes  commentaires  fur  Ariftote  (c),  rapporte  ,  d'après 
Porphyre,  que  Calliftenes  ,  parent  &  difciple  d'Ariftote,  ayant  fuivi  Ale- 


(  o  )  Supra ,  §.  1 1 .  (  <;  )  Simplicius ,  de  coslo  ,  Lib.  II ,  Cojtn- 

{_o)  Pline,  Lib.  VU,  c.  ivj,  mzau  46. 


}6S  É  C  L  A  I  R  C  1  S  S  E  M  E  N  S 

xandie  dans  fes  conquêtes  ,  envoya  à  ce  philofophe  la  fuite  de  1905  annéea 
d'obfervations  aftronomiques ,  faites  à  Babylone  avant  l'arrivée  d'Alexandre. 
Ces  obfervations  remontent  donc,  félon  Simplicius ,  à  1134  ans  avant 
J.  C.  y  félon  Epigenes,  que  l'on  croit  antérieur  à  Alexandre  (a) ,  à  1 1  ou  1 100 
ans  ,&  félon  Berofe,  à  750  ou  7(^0  ans,  puifque  cet  hiftorien  vivoit  fous 
Antiochus  Soter ,  à  qui  il  dédia  fon  hiftoire ,  z6o  ou  2.-/0  ans  avant  J.  C. 

§.    XVIII. 

L  E  témoignage  dei  Simplicius  eft  le  plus  important  par  la  grande  anti- 
quité qu'il  donne  aux  obfervations  chaldéennes ,  &  doit  être  difcuté  le  pre- 
mier. Quoique  ce  témoignage  ne  foit  pas  aufll  certain  que  les  obfervations 
rapportées  par  Ptolemce ,  parce  que  les  obfervations  confervées  font  des 
faits;  nous  remarquerons  qu'il  n'y  a  rien  de  mieux  prouvé  dans  l'hiftoire 
des  anciens  peuples.  Callifthenes  étoit  un  des  plus  grands  philofophes  de 
la  Grèce.  Porphyre  un  platonicien  célèbre  ,  fort  habile  lui-même  dans  l'af- 
tronomie  ;  on  le  met  au  rang  des  commentateurs  d'Ariftore  [i>)  ;  on  fait  qu'il 
avoit  fait  quelque  voyage  en  orient ,  Se  un  philofophe  aftronôme  n'aura 
pas  manqué  d'aller  dans  la  Chaldée.  Simplicius  eft  connu  par  fon  commen- 
taire fur  Ariftote  ,  ouvrage  qui  eft  eftimé.  Ces  auteurs  font  donc  dignes  de 
foi ,  pourvu  qu'ils  ne  dlfent  rien  Contre  la  vraifemblance;  c'eft  ce  qu'il  faut 
examiner  ,  en  difcutanr  les  difficultés  qu'on  peut  élever  contre  leur  témoi- 
gnage. 1°.  Porphyre  éroit  ,  dit-on,  ennemi  du  chriftianifme  '■,  il  a  compofé 
un  traité  centre  la  religion  chrétienne  ,  &  fon  but ,  en  falfant  remonter  fi 
haut  les  obfervations  chaldéennes  ,  aéré  de  donner  atteinte  à  la  chronologie 
oes  livres  facrés.  Mais  s'il  avoir  eu  cette  intention  ,  s'il  avoit  voulu  fup- 
pofer  des  faits  &  des  dates  ,  il  avoit  à  choifir  dans  les  473000  années  dont 
fe  vantoient  les  Chaldéens ,  &  en  fe  refterrant  dans  des  bornes  beaucoup 
plus  étroites  &:  plus  vraifemblables,  il  auroit  donné  à  ces  obfervations  une 
date  plus  reculée  qui  eût  mieux  rempli  fes  vues  ;  car  il  eft  aifé  de  prou- 
ver que  ces  1905  années  ne  font  point  incompatibles  avec  le  texte  de  l'é- 
criture. z°.  Ces  obfervations  remontent  à  1134  ans  avant  J.  C.  ,  ce  qui 
streint  prefque  le  déluge  arrivé ,  fuivant  le  texte  hébreu,  2348  ans  avant 
5.  C.  ly  mais  le  calcul  des   Septante  fait    arriver   le   déluge  ,  félon  le  P. 


(a)  Hiftoire  des  Ma:!iâiia;inues ,  T.  I ,  (  i  )  M.  de  Mairan  ,  letucs  au  P.  Pacen- 

fag.  s  S,  niii.pag.  j}^. 

Pezron , 


Astronomiques.  ?«;? 

Pczi'ou  (u-),  l'iia  du  monde  11^6 ,  5^17  ans  avanc  J,  C.  (/>).  Ainfi  ce  calcul, 
qui  n'eftpas  moins  orthodoxe  que  l'autre  ,  place  les  obfervacions  ehaldéennes 
environ  1400  ans  après  le  déluge.  C'eft  plus  qu'il  ne  fau:  pour  le  dcvelop- 
pemenc  de  toutes  les  chofes  qui  doivent  précéder  les  obfervations  agrono- 
miques fuivies.  5".  Ariftote  ne  parle  point  de  ces  1903  années  d'obferva- 
tions  qui  lui  ont  été  envoyées  par  Callifthenes  j  fon  filence  peut  faire  douter 
de  la  vérité  du  fait,  avancé  par  Porphyre.  Voici  ce  que  répond  M.  de  Mairan 
à  cette  difficulté  (c).  "  L'objedion  fondée  fur  le  fdsnce  d'Ariftote  eft  bien 
»  foible  ;  car  outre  qu'il  s'en  taut  bien  que  tous  les  écrits  de  ce  philofophe 
»  foient  parvenus  julqu'à  nous  ,  on  trouveroit  peut-être  parmi  ceux  qui 
j>  nous  reftent ,  plus  d'un  endroit  où  il  fliit  allufion  aux  obfervations  dont  il 
i>  s'agit.  Mais  voici ,  à  mon  avis,  quelque  chofe  de  plus  concluant.  Deux 
»  anciens  auteurs,  Plutarque  {d)  8c  Aulu-Gelle  (e),  nous  ont  confervé  la 
»  lettre  qu'Alexandre  étant  déjà  palTé  en  Afie  ,  écrivit  à  Ariftote,  Sc  q^ue  je 
V  vais  tranfciire  d'après  la  traduction  naïve  d'Amiot  ». 

Alexandre  a  Aristote,  salut. 

Tu  n'as  pas  hicn  faic  d'avoir  publié  tes  livres  des  fciences  fpéculacives ,  pour 
aucanc  que  nous  n'aurons  rien  par  dej^us  les  autres  ,  fi  ce  que  tu  nous  a 
enfcign:  en  fecret  vient  à  être  publié  &  communiqué  à  tous  ;  &  je  veux 
bien  que  tu  fâches  que  j' aimerais  mieux  furmonter  les  autres  en  intelligence 
des  chofes  hautes  &  très-bonnes  ^  que  non  pas  en  puijfance.  Adieu. 

«  Ariflote  pour  appaifer  cet  ambitieux  mécontentement  3  lui  répond ,  que  ces 
rt  livres  là  n'étaient  ni  publiés  ni  à  publier ,  ou  que  ce  qu'il  en  avait  publié  n'était 
J»  intelligible  que  pour  ceux  qui  étaient  déjàfavans  &  inflruits  d'avance  par  lui- 
j>  même.  Plutarque  ne  dit  pas  d'où  il  tient  cette  lettre  5  mais  Aulu-Gelle  cite 
n  Andronicus  de  Rhodes,  qui  étoit  un  philofophe  ariftotélicien  à  Athènes, 
j>  &  il  rapporte  de  plus  la  réponfe  d'Ariftote  en  entier ,  &:  en  propres  termes, 
»  en  grec. 

»  Or,  je  lailfe  à  penfer  fi ,  après  cet  avertiffement,  Ariftote  qui  étoit 


{il)  Antic[ui:é  rétablie.  ans  l'cpoque  du  déluge.  Ricc.  Chron.  fucra  i 

(  i  )  Il  y  a  d'autres    chronolcgiftes  tels  pag.  191. 
qu'Onaphre    Panviiii    &    les    Auteurs   des  (c)  Lettres  au  P.  Parennin. 

tables  alplionlines,  qui  donnent  a  la  durée  {d)  Plutarque,  vie  d'Alexandre, 

du  monde  avant  J.  C.  6310,  69 84  ans,  &  (  f  )  Aulu-GcUe ,  noi3w  û«/ci ,  Lib.  XXI, 

qui  lecuicuc  fans  doute  au-delà  de  3617  c.  ;. 

A  a  a 


370  ÉCLAIRCISSEMEN 

,>  déjà  aflez  myflcneux  par  lui-même,  devoir  beaucoup  s'empreiTer  de  dî- 
»  vulguerles  ccmioiirances  qui  lui  venoient  de  Babyloue ,  6c  vraifembla- 
35  blemeut  i'ous  le  fceau  d'Alexandre.  C'efl:  cependant  par  une  complica- 
53   tion  de  hazards  que  cetre  anecdote  a  échappé  du  naufrage  de  tant  d'autres 
35  pareilles  >5.  4°.  Les  obfervations  chaldéennes  dont  Hipparque  &  Ptolemée 
ont  fait  ufage  ,  pour  en  déduire  les  mouvemens des  planètes,  ne  remontent 
point  au-delà  de  710  ans  avant  J.  C.  S'il  y  avoir  eu  chez  les  Chaldéens  des 
obfervanons  qui  eulfent  2000  ans  &  plus  d'antiquité  ,  pourquoi  s'en  fe- 
roienr-ils  tenus  à  celles-là  qui ,  en  comparaifon  des  autres ,  étoient  fi  mo- 
dernes ?  D'abord  ces  obfervations ,  gravées  fur  des  briques ,  pouvoient  exif- 
ter  du  tems  d'Alexandre  ,  &  avoir  péri  pour  le  plus  grand  nombre  dans  les 
guerres  que  fes  fucceffeurs  fe  font  faites.  Hipparque,  quiert:  venu  200  ans 
après  ,  n'aura  pas  eu  plus  à  choifir.  Mais  une  raifon  plus  forte  que  celles-là  ^ 
c'eft  que  les  obfervations  les  plus  anciennes  ne  font  pr.s  toujours  les  meil- 
leures ,  l'Aftronomie  fe  perfeftionne  fans  ceiïè  :  un  aftronôme  dans  le  choix 
des  obfervations  ,  fe  décide  par  les  circonftances  dont  elles  font  accompa- 
gnées :  Hipparque  aura  choifi  les  plus  exaftes,  &  n'aura  point  parlé  des  au- 
tres j  Ptolemée  venu  300  ans  après  lui,-  eu  les  aura  ignorées  ,  ou  n'en  aura 
point  fait  mention  non  plus  ;  ôc  dans  cette  fuppofition  ,  il  s'enfuit  que  les 
obfervations  faites  avec  quelque  exaûitude  ,  les  obfervations  dignes  d'êtr& 
employées  par  des  aftronômes  inftruits  &:  exercés, tels  qu'Hipparque &  Pto- 
lemée ,    bien  fupérieurs  fans   doute  aux  aftronômes  chaldéens  ,  ne    re- 
montent pas  au-delà  de  720  ans  avant  J.  C.  ,  mais  il  ne  s'enfuit  pas  que 
les  Chaldéens  n'euffent  point  avant  cette  époque  une  longue  fuite  d'ob- 
fervations    qui,   quoique   groflieres,  prouvent   le   culte    établi  &  fuivi  de 
l'Aftronomie.  Il  feroit  bien  plus  fort  de  dire  que  les  probabilités  portent  à 
croire  qu'Hipparque  a  réellement  connu  ces  obfervations  j   nous  ignorons 
pourquoi  Ptolemée  n'en  fait  pas   mention.  Voici  à  cet  égard  le  fentiment 
de  Dominique  Caflini  ,  le  plus  habile  aftronôme  qui  ait  paru  en  Europe 
depuis  Kepler  &  Ticho.  11  dit ,   dans  fon  ejffai  fur  ks  progrès  de  l'JJÎrono^ 
mii  {a)  ,  qu'Hipparque  pour  corriger  les  longues  périodes  déjà  trouvées  par 
les  anciens  aftronômes,  (qui  ne  peuvent  être  que  les  Chaldéens  {b) ,  )  com. 
para  entre  elles  un  grand  nombre  d'obfervations  anciemies.  Il  s'agiffoit  par- 
ticulièrement d'une  période  de  5458  mois  lunaires.  Il  ajoute  "  ceci  montre 
55  évidemment  que  quelques-unes  des  obfervations  dont  Hipparque  fe  fer- 

( û )  Uém.  Ac.  des  Se,  T,  VIII ,  p.  ;  &  tf.  {h)  Infra ,  §.  17. 


ASTRONOMIQUES.  ?rx 

jj  vît  ,  étoient  fort  anciennes  \  car  il  faut  un  très-long  intervalle  de  tems 
i>  Se  an  très-grand  nombre  d'obfervations  ,  pour  pouvoir  conclure  que  ces 
>>  longues  périodes  qu'Hipparque  comparoir  enfemble  ,  font  uniformes  ,  8c- 
)5  Ton  n'aura  pas  de  peine  à  croire  qu'il  faille  tant  d'obfervations  pour  vcri- 
jj  fier  cette  uniformité,  fi  l'on  fait  réflexion  qu'entre  toutes  celles  que  nous 
,1  avons  des  éclipfes  arrivéesdepuisijooans  jufqu'àprtlent,  il  ni  s'entrouve 
>>  pas  deux  qui  foient  éloignées  entre  elles  de  l'efpace  d'une  de  ces  longues 
«  périodes  i>.  Le  fenriment  de  ce  grand  homme  prouve  non-feulement  l'e- 
xiftence  &  la  nécelîlté  des  1903  années  d'obfervations,  mais  il  prouveroit 
encore  qu'elles  n'auroient  pas  été  fuftifintes  ,  fi  Babylone  n'eût  pas  joui  d'un 
trcs-be.ui  ciel ,  &  fi  les  aftronômes  n'eulTent  pas  été  affiJas.  Cette  preuve 
fera  d'un  grand  poids  aux  yeux  de  quiconque  voudra  l'apprécier.  5  °.  Epigenes 
qui ,  félon  le  témoignage  de  Pline  ,  étoit  un  auteur  grave  ,  ne  donne  à  ces 
obfervations  qu'une  antiquité  de  1 1  à  izoo  ans  avant  l'ère  chrétienne. 
Bérofe  &  Critodeme  réduifent  encore  cette  antiquité  à  un  peu  plus  de  700 
ans  ,  &  leur  calcul  femble  d'autant  plus  démonftratif ,  qu'il  s'accorde  avec 
les  obfervations  citées  par  Ptolémée. 

Mais  on  a  répété  &  cité  le  paflfage  de  Pline  qui  parle  de  Bérofe  ,  de  Cri- 
todeme &  d'Epigenes  (*  )  ,  &  on  ne  l'a  point  entendu. 

Premièrement  ,  on  n'a  pas  fait  attention  que  dans  certains  exemplaires 
de  Pline  ,  le  millénaire  a  été  omis  à  l'endroit  où  il  parle  d'Epigenes ,  de 
Bérofe  &  de  Critodeme.  Il  n'y  a  qu'à  confulter  le  Pline  cum  nous  variorum  , 
on  verra  qu'il  faut  lire  ,non  pas  yzo  &  490  années,  mais  720000  &  490000; 
Perizonius  l'avoir  déjà  remarqué  {a)  il  y  a  long-rems.  Secondement,  quand 
on  ne  fauroit  pas  que  le  millénaire  a  été  omis  par  les  copiftes ,  il  feroit  aifé 
de  voir  que  le  palîage  de  Pline  eft  corrompu  ,  parce  qu'en  l'employant , 


(  *  )    Lkteras  femper  arbitror  ajfyrias  invenijfe    quemdam    nomine   Memona   tra- 

fuijfc:  fcd  ulii  apud  ^gypdos  a  Mercurio,  dit  XV  annis  antt  Phoroneum  amiquijfimum 

ut  Gelllus  :  alii  apud Syros  reptnas  volant.  GnciA  regem  ;   idque   monumentis  appro- 

Uiique  in  Gnciam  intulijfe  e  Pkenice  Cad-  tare    conatur.   E   diverfo  Epigenes  ,    apud 

mumjcxdecim  numéro  i  quiius  trojano  bello  Babylonios  D    CC   XX  annorum  obfcrva- 

Paiamedem   adjccijfe    quatuor  hâc   figura  ,  tiones  fiderum  cociiUhus  laterculis  infcrip- 

0  ,  S  ,  *  j  X.   Totidem  poft  eum  Simonidem  tas  docet  ,  gravis  autor  imprimis  :  qui  mi- 

melicum  ,  Z ,  H  ^  4' ,  n.   Quarum  omnium  nimum  Berofus  &  Critodemus  ,  CCCCXC 

■vis  in  noflris  recognofcitur.  Ariftotelcs  X  &  annorum  ♦.  Ex  quoapparet  Mernus  interarum 

VIII ,  prifcas  fuife  :   A,3,r,A^i;,Z,  uj'us.  Lib.  VII ,  c.  ;6.  • 

1 ,  K  ,  A  ,  M  ,     ,  O  ,  n  j  P  ,  S  j  T  ,  T    *-•  *  Il  v  a  des  manufcrits  qui  ne  portent 

Ù  duas  db  Epickarmo  additas  Q  ,  X  ,  quam  <l"e  CCCCLXXX. 

à  Pala-v.ede  mavuU.  Aiiiiditidcs  in  JEgypta  (  a  )  Aa:.  Babyl.  c.  i. 

A  a  a  ij 


^yi.  ÈCLAIRCISSEMENS 

*  comme  on  a  fair  jufqii'ici  ,  on  fait  faire  à  Pline  un  contre-fens  manifefte.  Il 
eft  clair  qu'il  n'a  eu  d'antre  objet  que  d'examiner  l'antiquité  des  lettres  ,  & 
qu'il  n'a  parlé  des  obfervations  aftronomiques,  gravées  fur  des  briques  cuites, 
que  pour  faire  voir  l'ancienneté  des  caraéteres  de  l'écriture.  Suivons  fon 
raifonnement.  11  commence  par  dire  que  les  uns  rapportent  l'invention  des 
lettres  à  Mercure,  ce  qui  les  rendroit  très-anciennes  ,&  que  les  autres  la  rap- 
portent à  Cadmus,  ce  qui  remonte  à  loo  ans  environ  avant  la  guerre  deTroye, 
ou  à  1400  ans  avant  J.  C  11  dit  enfuite  qu'Anticlides  en  place  l'invention 
1 5  ans  avant  Plioronée.  Phoronée  étoit  fils  d'inachus  qui  vivoir  vers  l'an 
15)37  {a).  Anticlides  donne  donc  aux  lettres  environ  1951  ans  d'ancienneté 
avant  J.  C.  Epigenes  au  contraire  a  trouvé,  dit-il,  710  années  d'obferva- 
.  tions  gravées  fur  des  briques ,  Bérofe  &  Critodeme  490  :  ex  quo  apparu 
Aternus  iitierarum  ufus  ;  d'oîi  il parou  que  l'ufage  des  lettres  ejl  de  la  plus  haute 
antiquité.  Or  nous  demandons  fi  Pline  ,  pour  établir  ce  fait ,  auroit  cité 
Bérofe ,  dont  le  témoignage  fe  réduiroit  à  environ  7  5  o  ans  ,  tandis  que 
^  Pline  favoit  très-bien  que  les  pocmes  d'Hcfiode  &  d'Homère  avoient  été 
écrits  900  ou  1000  ans  avant  J.  C.  Nous  demandons  s'il  en  auroit  conclu 
que  cet  ufage  étoit  très-ancien.  Ces  paroles  Aternus  litterarumufus  ,  fe  rap- 
portent néceflairement  à  710000  &  à  490000  années.  Ce  n'eft  pas  qu'il 
ajoutât  foi  à  ces  nombres  énormes  ,  mais  ils  lui  fuffifoient  pour  conclure 
que  l'ufage  des  lettres  étoit  de  la  plus  haute  antiquité.  Dans  le  (qiis  fuivant 
lequel  on  a  cité  jufqu'ici  ce  pafiage  ,  l'ufage  en  auroit  été  au  contraire  fort 
nouveau.  Pline  étoit  un  homme  favant  &  judicieux,  il  n'eft  pas  poftible 
qu'il  ait  fi  mal  raifonné  ,  &  qu'il  ait  dit  :  les  uns  donnent  aux  lettres  1400 
ans  d'ancienneté  ,  les  autres  1900.  D'un  autre  côté,  è  diverfo  ^  il  y  en  a 
qui  leur  donnent  environ  750  ans ,  donc  l'ufage  en  eft  immémorial  &  de 
la  plus  haute  antiquité. 

Depuis  que  ceci  eft  écrit  ,  nous  avons  découvert  que  B.ayle  (/>)  avoit  re- 
levé le  contre-fens  m.anifefte  qu'on  faifoit  faire  à  Pline  en  omettant  le  mil- 
lénaire. Bayle  a  relevé  très-vivement  cette  faute  il  y  a  près  de  100  ans,  & 
cependant  tous  ceux  qui  depuis  ce  tems  ont  cité  ce  paftage  de  Pline  ,  y  font 
également  tombés. 

§.    X  I  X. 

Mais  quel  fondement  a  donc  cette  antiquité  des  obfervations  chaldéen- 


(  û  )  Antiquité  rétablie  ,  Canon.  8,  {b  )  Ditl.  Hift,  an.  Babylone,  rem.  A. 


ASTRONOMIQUES.  373 

nés,  queDiodore  de  Sicile  fait  remonter  à  475000  ans  ,  Bérofe  &  Crito- 
deme  à  490000,  Epigenes  enfin  à  /loooo?  Ces  différences  énormes  ne 
font-elles  pas  une  preuve  de  la  faulTeté  de  ces  dates  ,  fans  parler  de  l'impof - 
fibilitc  abfolue  de  ces  dates  mêmes  ?  Cela  pp.roît  évident  ;  mais  en  mcme 
tems  on  doit  avouer  qu'un  fyftème  vraifemblable  ,  qu'un  principe  qui  les 
rameneroit  à  des  époques  vraies  &  connues  d'ailleurs  dans  l'hiftoire  ,  leur 
donneroit  un  haut  degré  d'authenticité  ,  &  que  leur  contradiction  apparente 
démontreroit  leur  vérité  ,  puifque  ces  dilférens  auteurs  ne  peuvent  ètie 
foupçonnés  de  s'être  copiés  les  uns  les  autres. 

On  a  trouvé  la  clef  de  cette  chronologie  extraordinaire.  Deux  moines 
égvptiens ,  Annianus  &  Panodorus  ,  qui  vivoient  vers  l'an  411,  ont  fiip- 
pofé  que  ces  années  n'étoient  que  des  jours  (.7)  5  le  mot  année  ne  fignihe 
que  révolution.  Il  eft  hors  de  doute  que  les  anciens  ont  entendu  par  ce 
mot  différentes  efpeces  de  révolutions  d'un  ou  de  plufieurs  mois ,  d'un  jour 
même  [^)  \  Se  il  eftaffez  naturel,  comme  nous  l'avons  dit(c)  ,  que  les  pre- 
miers aftronômes  qui  ont  amaffé  des  obfervations  ,  aient  compté  par  les 
jours  mêmes  de  ces  obfervations.  Feu  M.  Gibert  ,  de  l'Académie  des  Inf- 
criptions ,  dans  une  lettre  fur  la  chronologie  ,  imprimée  à  Amfterdam  en 
1-4J  {d)  ,  a  fuivi  cette  idée  ,  &  en  a  tiré  l'explication  la  plus  heureufe  ; 
elle  porte  tous  les  carafleres  de  la  vérité.  Nous  allons  la  développer  d'après  ■ 
lui. 

§.     X  X. 

M.  Gibert  remarque  que  fuivant  Diodore  de  Sicile  ,  les  Chaldéens  comp- 
toient  ,  lorfqu' Alexandre  palfa  en  Ade  ,  473000  ans  depuis  qu'ils  étudioieni: 
par  des  obfervations  réitérées  les  influences  des  aftres  fur  la  deflinée  des 
hommes.  Ciceron  ne  laiffe  pas  lieu  d'en  douter ,  lorfqu'en  rapportant  le 
même  calcul  dont  il  s'agit ,  il  s'exprime  en  ces  termes  :  Nam  quod  aiunt  qua- 
dringcnta  &  feptuaginta  miUia  annorum  in  pericUtandis  experitndifque  pueris 
Babylonios  pnfuiffe  (e).  En  fuppofant  que  ces  473000  années  foient  des 
jours,  elles  fe  réduifentà  1295  ans,  &  elles  remontent  à  l'an  1616  avanï 


(  û  )  Voye^  les  notes  du  P.  Goar ,  ad  Sin-  (  c)   Suprà ,  Liv.  II  ^  §.  7. 

cell.  p.  1 1 .  {d  )  Cette  lettre  eft  très-rare  aujourj'lmi. 

(,b  )  Plutarque,  in  Numa  ,  §.  16.  On  en  trouve  ici  un  extrait  confidcrable  , 

Pline  ,   Lib.  VIT  ,  c.  48.  ainfi   que   dans  l'Encyclopédie  ,  à  l'article 

Suidas,  in rocejiA/»    (f  i^dm;.  Chronologie, 

Supra  ,  Éclaire.  Lib.  I ,  $.  n.  (  t  )  Ciceron  ,  de  Divinat.  Lib.  II ,  §.  45. 


5^4  É  C  L  A  I  R  C  I  S  S  E  M  E  N  S 

J.  C.  Bcrofe  ajoutoic  17000  ans  à  ces  475000  ,  &  comptoit  également 
490000  ans  pour  la  durée  des  obfervations  aftronomiques.  L'hiftoiie  de 
Bérofe  étoit  dédiée  à  Antiochus  Soter.  On  peut  conjefturer  qu'il  l'avoic 
conduite  jufqu'aux  dernières  années  de  Seleucus  Nicanor  j  car  ce  fut  vers 
ce  tems  que  Babylone  entièrement  dépeuplée  ,  perdit  jufqu'à  fon  nom  , 
ou'une  ville  noavelle  bâtie  dans  fon  voifinage,  lui  enleva  avec  fes  habitans. 
Cela  arriva  fuivant  Prideaux  {a)  en  la  295'  année  avant  J.  C. ,  ou  plutô^ 
ce  fut  4  ans  après  en  la  189'  qui  concourt  avec  la  dernière  de  la  CXXll'^ 
olympiade  &  la  39^  d'Alexandre  ,  parceque  c'eft  en  cette  année  ,  comir-e 
le  remarque  Eufebe  ,  que  Seleucus  peuploit  les  villes  qu'il  avoit  bâties  {b). 
Comme  donc  cette  révolution ,  ou  plutôt  cette  chute  de  Babylone  eft  le 
terme  le  plus  naturel  que  Bérofe  pût  donner  à  une  hiftoire  de  cette  ville 
qu'il  publioit  9  ou  10  ans  après ,  rien  auffi  n'eft  plus  probable  que  de  fup- 
pofer  qu'il  le  lui  donnoiten  effet.  Cela  pofé,  fi  nous  prenons  pour  des  jours 
les  17000  ansque  Bérofe  compte  au-delà  des  47  5  000  années  qui  s'étoient  écou- 
lées jufqu'au  pallage  d'Alexandre  en  Afie,nous  aurons  46  ansô:  6  à  7  mois, 
autant  exattemenr  qu'il  s'en  trouve  depuis  le  paŒaga  d'Alexandre  en  Afie 
jufqu'à  la  première  année  de  la  i  23^  olympiade  j  c'eft-à-dire,jufqu'au  terme 
oij  Bérofe  avoit  conduit  fon  hiftoire.  Ainfi  fon  calcul  ne  diffère  de  celui 
qui  eft  rapporté  par  Diodore  de  Sicile ,  que  parceque  Bérofe  comprenoic 
dans  le  fien  toutes  les  obfervations,  faites  jufqu'au  terme  qu'il  donnoit  à  fon 
hiftoire  ,  au  lieu  que  celui  de  Diodore  eft  borné  aux  obfervations  faites 
avant  qu'Alexandre  paffàt  en  Afie. 

§.    X  X  ï. 

Les  710000  années  qu'Epigenes  donnoit  aux  obfervations confervées  à 
Babylone,  reçoivent  une  explication  aufïï  naturelle  que  les  calculs  précédens. 
On  ne  doit  pas  être  étonné  de  trouver  chez  les  Chaldéens  des  obfervations 
différentes  de  crdles  de  Bérofe  ,  &  même  beaucoup  plus  anciennes.  Nous 
avons  fait  voir  (c)  qu  il  y  avoit  eu  chez  1er.  Chaldéens  vers  le  16'^  fiecle  avant 
J.C. ,  une  révolution  dans  l'Aftronomie ,  que  les  obfervations  s'étoient  éten- 
dues &  peut-être  perfeftionnées.  C'eft  ce  renouvelement  que  Bérofe  avoit 
choifi  pour  date.  En  effet,  ces  710000  années  réduites  fuivant  la  méthode 


(a)  Prideaux,  Hiftoire  des  Juifs.  (<.)  Supra,  Liv.  V,  j.   i: 

(i)  Euftbc  n.  1717.  Liv.  VI,   5.   11. 


ASTRONOMIQUES.  5-5 

préfente  ,  donnent  1971  années  juliennes  Se  3  mois  environ,  nombre  qui 
approche  be.iucoap  d.'  celui  de  1903  années  que  Callifthenes  donnoit  juf- 
tement  au  même  genre  d'obfervations.  La  différence  même  de  l'un  à  l'autre, 
qui  n'eu,  que  de  68  ans  ,  vient  très-probablement  de  ce  que  le  calcul  de 
Callifthenes  fe  terminoit  à  la  prife  deBabylone  par  Alexandre,  au  lieu  qu'E- 
pigenes  conduifoit  le  fien  jufqu'à  fon  tems  j  car,  autant  qu'on  le  peut  con- 
jecturer,  il  vivoit  fous  Ptolemée  Philadelphe,  qui  eft  monté  fur  le  thrône 
40  ans  ,  &  eft  mort  --S  ans  après  Alexandre.  Epigenes  auroit  donc  écrit  la 
28^  amiée  de  Pcolemée  Philadelphe. 

§.     X  X  I  I. 

Nous  ajouterons  ici ,  encore  d'après  M.  Gibert,  un  calcul  qui,  quoiqu'é- 
.tranger  à  rAftronomie  ,  ne  fera  pas  déplacé  dans  cette  hiftoire  ,  parce  qu'il 
appuie  très-folidement  l'hypothefe,  fur  laquelle  eft  fondée  la  méthode  de 
M.  Gibert. 

Bérofe  après  avoir  dit  de  lui-même  (a)  qu'il  parut  dans  les  premiers  tems 
d'Alexandre  le  Grand,  ajoute  que  l'on  confervoit,  depuis  plus  de  1  50000  ans 
à  Babylone  ,  des  mémoires  hiftcriques  de  tout  ce  qui  s'étoit  pafTc  pendant 
ce  long  efpace  de  tems.  Il  n'eft  perfonne  qui ,  en  lifant  ce  palTage ,  ne  foir 
d'autant  plus  tenté  d'accufer  Bérofe  d'impofture  ,  qu'on  fe  rappelle  auffi-tôt 
que  Nabonaffar  qui  ne  vivoit  que  410  ou  411  ans  avant  Alexandre ,  avoir 
détruit  tous  les  monuniens  hiftoriques  des  tems  qui  l'avoient  précédé  j  mais 
fi  ,  en  conféquence  d'un  principe  avoué  de  toute  l'antiquité  ,  on  réduit  ces 
1 5  0000  ans  à  des  jours  ,  on  ne  reprochera  plus  à  Bérofe  qu'une  affeétation 
ridicule  de  myftere  fie  de  vanité  ,  car  fon  calcul  ne  remontera  qu'au  tems 
même  de  Nabonaflar.  Et  en  effet  ces  i  Joooo  jours  produifent  410  ans 
8  moisôc  3  jours,  qui  fe  font  précifément  écoulés ,  &  jour  pour  jour,  depuis 
le  25  Février  de  l'an  747,  où  commence  l'ère  de  Nabonaflar  ,  jufqu'au  pre- 
mier Novembre  de  l'an  537,  c'eft-à-dire  ,  jufqu'à  l'année  6:  au  mois  d'où 
les  Babyloniens  datoient  le  règne  d'Alexandre  après  la  mort  de  fon  père.. 
Nous  avouons  que  dans  le  genre  des  probabilités  &  des  preuves  hiftoriques , 
rien  ne  nous  paroic  fi  frappant  que  ce  calcul  ,  2-:  qu'une  fuite  de  rencontres, 
aaflî  exactes  &  aufiî  juftes  que  celles  que  nous  venons  d'expofer  ,  ne  doit 
hilfer  aucun  fcrupule  fur  la  fohdité  du  principe  qui  les  produit.  M.  le  pr?- 


(  tf  )  Sincelle  ,  page  18. 


.^^  ÉCLAIRCISSEMENT 

fideiit  de  Broile  a  cherche  à  faiiver  la  conriadlétion  du  palfage  de  Pline  f.uis 
en  changer  le  texte,  eu  difant  que  les  490  ans  de  Bcrofe  &:  les  710  ans 
d'Episenes  font,  parce  texte  ,  des  années  qu'on  fuppofe  écoulées  avant  le 
rétine  de  Phoronce  ;  deforte  qu'en  établitTant  l'époque  de  ce  prince  en  1773  , 
M.  de  Brorte  place  les  premières  obfervations  en  116}  à  peu  près  comme 
Callifthenes ,  ou  en  2493  (  <?).  Mais  ,  1°.  il  nous  femble  qu'on  ne  peut  en- 
tendre ainlî  le  pacage  de  Phne  fans  en  forcer  le  fens.  z°.  La  méthode  de 
reo-arder  ces  années  comme  des  jours ,  nous  paroît  bien  plus  naturelle  j  elle 
eft  d'ailleurs  conforme  à  des  ufages  connus  de  l'antiquité.  3°.  Le  millénaire 
eft  dans  quelques  manufcrits  de  Pline ,  ce  qui  décide  abfolument  la  queftion. 

§.     X  X  1  I  L 

En  fuppofant  que  les  années  de  ces  différens  auteurs  font  des  jours,  le 
récit  d'Epigenes  &  de  Bérofe  ne  fe  contredifent  plus ,  &  celui  d'Epigenes 
confirme  le  fait  qui  nous  a  été  tranfmis  par  CalIilVnenes.  D'ailleurs  ces 
Ï905  années  qui  remontent  ainfi  à  l'an  2154  avant  l'ère  chrétienne  ,  s'ac- 
cordent très-bien  avec  l'époque  d'Evechous  &  de  l'année  folaire  fixée  en 
247  5  ,  avec  celle  de  Zoroaftre ,  inventeur  de  l'Allronomie  vers  245  9  ,  enfin 
avec  celles  de  Eélus  en  2545  ;  Bélus  qui  fit  fans  doute  bâtir  le  temple  de 
Jupiter ,  où  les  obfervations  furent  commencées  en  2254  [b). 

Cette  difcuffion  a  été  un  peu  longue  ,  mais  il  s'agilloit  de  fixer  les  idées 
&  cet  égard  ,  de  ralLenibler  toutes  les  probabilités  ,  &:  ,  fi  nous  ofons  le  dire , 
toutes  les  preuves  qui  exigent  en  faveur  de  l'ancienneté  des  obfervations 
chaldéennes.  Les  auteurs  modernes  ont  cité  Pline  fans  le  bien  entendre,  & 
ont  combattu  cette  antiquité  fans  l'avoir  approfondie.  Il  refaite  de  tout  ceci 
que  les  710000  années  d'Epigenes  que  l'on  avoit  prifes  mal-à-propos  pour 
feulement  720  années  j  &  que  l'on  oppofoit  aux  1^03  années  de  Callifthenes 
comme  une  preuve  de  leur  faulferé  ,  dépofont  au  contraire  de  leur  authen- 
ticité. 

§.     XXIV. 

Les  périodes  aftronomiques  des  Chaldcens  ont  été  pendant  long-tems  un 
objet  de  conteftation  parmi  les  fa  vans. 

Sincelle  nous  dit,  d'après  Bérofe,  Abydene  (c) ,  que  les  Chaldéens  avoient 
trois  périodes ,  le  faros  ,  le  neros  &  le  foflos.  Le  folfos  étoit  de  60  ans  ,  le 

(a)  Mémoires  de  l'Acadôrnic  des  larciip-  (,l>)  Sufni  ,  Liv.  V,  §.  3. 

ti»as,Tom.  XXYII ,  pag-  77.  (c)  Sincelle,  pag.  17,  58, 


X  s  T  R  0  N  O  M  I  Q  U  E  s.  577 

ncfos  compofé  de  10  (oiCos  &  de  (îoo  ans  ,  &c  le  faros  qui  comprenoic  fix 
neros  ,  étoit  de  5(^00  aiis.  Il  eft  évident  que  ces  périodes  de  <îo  &  de  3600 
ajis ,  font  les  mêmes  que  celles  que  nous  avons  trouvées  chez  les  Indiens. 
A  l'égard  de  la  période  de  600  ans,c'eft  la  grande  année  fi  ancienne  dont 
nous  avons  parlé,  livre III.  Avant  que  Ton  eût  les  connoiirances  que  nous 
avons  aujourd'hui  fur  les  Chinois  ,  fur  les  Indiens  ,  &  que  l'on  eût  pu  faire 
les  rapprochemens  que  nous  avons  faits ,  ces  différentes  périodes  ont  exercé 
la  fagacité  des  critiques. 

Les  chronolog;iftes  chrétiens  &  quelques  favans  ont  penfé  que  ces  années 
n'étoient  que  des  jours  (a).  Cela  étoit  d'autant  plus  naturel  que  Bérofe  fe 
fert  de  fares  pour  régler  la  chronologie  de  l'ancienne  hiftoire  de  Eabylone  ; 
qu'il  ell  très-probable,  comme  nous  l'avons  fait  voir  ,  que  les  490000  an- 
nées d'obfervations  qu'il  cite ,  font  des  jours  j  que  Bérofe  [/>)  donne  aux  tems 
qui  ont  précédé  le  déluge ,  une  durée  de  1 10  fares ,  ce  qui  feroit  43  looc  ans, 
fans  v  compter  plus  de  dix  générations ,  c'eft-à-dire  ,  fans  en  compter  plus 
qu'on  n'en  trouve  dans  la  Genefe.  Mais  d'un  autre  cotéces452oooans  réduits 
en  jours  ,  ne  feroient  qu'environ  1 110  ans ,  ce  qui  eft  bien  loin  de  remplir 
l'intervalle  affigné  par  l'écriture.  D'ailleurs  que  feroit-ce  qu'une  période  de 
<joo  ou  de  j6"oo  jours  ,  que  l'on  ne  pourroit  ramener  ni  aux  révolutions  du 
foleil  ôc  de  la  lune  ,  ni  à  celle  d'aucune  autre  planète?  Il  n'étoit  pas  pollible 
d'admettre  cette  fuppolition.  Il  eft  également  impolîible  d'admettre  les  iio 
fares  de  3/^00  ans.  C'eft  pour  lever  cette  difficulté  que  M.  Freret  propofa 
la  conjedure  heureufe  que  les  fares  dont  parle  Bérofe,  étoient  de  123  mois 
lunaires.  Les  probabilités  que  nous  avons  ajoutées  à  la  conjeélure  de  M. 
Freret,  nous  la  font  regarder  comme  une  vérité, 

§.    X  X  V. 

Mais  m.  Freret  va  plus  loin.  En  donnant  au  fare  113  mois,  ou  ^^^^ 
Jours  8  heures ,  "il  établit  que  le  fare  contenoit  fix  neros  de  105)7'  14'» 
j)  chacun  ,  c'eft-à-dire,  37  lunaifons  &  quelques  jours,  ou  de  j 
«  années  folaîres  ôc  44  heures.  Le  neros  ,  dix  folTos ,  chacun  de  109  jours 
M  18  heures  12  minutes,  ce  qui  fait  4  mois  de  27'  10  ^  }}'.  Ces 
n  mois  étoient  moyens  entre  le  mois  périodique  &  le  mois  anomalif- 
î>  tique  ,  ou  le  retour  de  la  lune  à  fon  apogée.  Les  ufages  aftronomiques  de 


(  <j  )  Siacclle  ,  pag.  17,  38.  (  i  )  Jé/it'/»  ,  pag.  17,  30,  3?, 

Bbb 


^7»  É  C  L  A  I  R  C  I  S  S  E  M  E  N  S 

55  ces  divi/ions  du  fare  confirment  invinciblement  !e  témoignage  cle  Siiîdas  J 
55  puifqu  ils  font  voir  que  le  fare  &  fes  patries  ctoient  des  périodes  aftro- 
)5  nomiques  d'un  ufage  réel.  11  eft  étonnant  que  des  chofes  fi  fimples  & 
j5  qui  fe  préfentent  d'elles-mêmes  ,  n'aient  point  été  remarquées  jufqu'à 
»  préfent ,  Sec.  i5  Nous  avouons  cependant  que  tout  cet  arrangement  nous 
paroît  plus  ingénieux  que  folide.  Nous  ne  pouvons  admettre  un  intervalle 
de  1097'  14'' pour  une  période  aftronomique.  A  l'égard  des  quatre  mois , 
moyens  entre  des  mois  périodiques  &  d.es  mois  anomaliftiques,  cette  efpece 
de  période  nous  paroît  d'une  recherche  bien  fine  pour  des  tems  fi  peu  éclai- 
rés. Tout  ce  qu'on  pourroitdire  en  faveur  de  cette  hypothèfe  ,  c'eft  que  les 
Chaldéens  ayant  une  fois  admis ,  pour  la  mefure  des  rems ,  la  période  de  iz  J 
mois  lunaires,  &  voulant  y  établir  des  fubdivifions ,  ont  pu  prendre  celles 
que  conjedure  M.  Fréter ,  comme  ayant  quelques  rapports  avec  les  mou- 
•vemens  de  ces  deux  aftres.  Mais  une  hypothèfe  eft-elle  bien  appuyée  fur  de 
■^pareils  fondemens? 'Sans  compter  que  M.  Freret  admet  les  divifions  du 
•faros  que  lui  fournir  Berofe ,  &  qu'il  refufe  d'adopter  la  valeur  que  cet  hif- 
torien  afligne  à  cette  périod^^j  il  nous  femble  qu'en  pareil  cas,  il  faut  .oa 
tout  rejeter  ou  tout  admettre. 

§.     X  X  V  I. 

Il  eft  très-certain  que  les  Chaldéens  ont  connu  cette  période  de  225 
mois  lunaires.  Selon  l'almagefte  de  Pcolemée  {a),  les  anciens  aftronômes 
avoient  trouvé  que  22.5  mois  lunaires  comprenoient  (Î585'  8"^,  pendant 
lequel  tems  la  lune  faifoit  139  révolutions  entières  à  l'égard  de  fon  apogée, 
242  à  l'égard  de  fon  nœud,  &  parcouroit  241  fois  le  zodiaque  entier,  SC 
ïo°  40'  de  plus.  Pour  avoir  une  période  qui  renfermât  un  nombre 
de  jours  complet  ,  les  anciens  triplèrent  celle  ci  ,  &  ils  eurent  une  période 
de  1975(5  jours,  qui  comprenoit  669  révolurions  entières  A  l'égard  du  foleil, 
777  à  l'égard  de  l'apogée  ,  7i<>  à  l'égard  du  nœud,  enRn  la  lune  parcoiu:oit 
723  fois  le  zodiaque  &  32"  de  plus. 

§.    X  X  V  1  I. 

On  ne  peut  douter  que  ces  deux  périodes  n'aient  appartenu  aux  Chal- 
déens. 1°.  Ce  font  eux  vifiblement  que  défigne  Hypparque  fous  le  nom  des 

{u)  Lib.  lY,  Ci. 


ASTRONOMIQUES.  ,79 

«nciens  agronomes.  Ariftille  &  Timocharis  n'écoient  pas  aiïez  éloignes  de 
fon  tems  pour  qu'il  leur  Jonnât  ce  nom.  D'ailleurs  il  eft  bien  certain  que 
ni  ces  deux  aftronomes  Grecs  ,  ni  les  Egyptiens  qui  les  ont  précédés ,  n'ont 
fait  d'obfervations  de  ce  genre  ,  puifqu'Hypparque  n'en  cite  aucune.  Hyp- 
parque  &  Ptolemée  ont  puifé  dans  les  obfervations  des  Chaldéens  ;  il  efl: 
donc  clair  que  ceux-ci  font  les  anciens  aftronomes  dont  ils  parlent.  i°.  Pline 
fait  mention  d'une  période  de  iii  mois  lunaires  qui  ramené  les  éclipfes  (a). 
M.  Halley  a  fait  voir  (h)  qu'il  falloir  lire  12  j  mois  dans  le  texte  de  Pline, parce 
que  Z12  mois  ne  pouvoient  ramener  les  éclipfes  comme  Pline  l'annonçoit. 
Se  le  P.  Hardouin  a  trouvé  depuis  dans  d'anciens  manufcrlts  ,  la  correétioa 
que  ce  favanr  aftronome  avoir  devinée.  Cette  période  eft  évidemment  celle 
dont  parle  Ptolemée  :  elle  eft  également  celle  que  Suidas  nous  a  tranfmife 
fous  le  nom  de  f\ros  ,  &  qu'il  atrribuoit  aux  Chaldéens.  3°.  Geminus  (  i  ) 
attribue  nommément  aux  Chaldéens  la  féconde  de  ces  périodes  de  i97)(> 
jours.  11  eft  évident  que  cette  féconde  période  a  été  formée  en  triplant 
la  première  de  (Î5  8  5  jours  j.  D'ailleurs  Ptolemée  nous  apprend  que  cette 
période  fut  formée  ainS  par  les  anciens  aftronomes  ,  &  il  s'enfuit  par  con- 
féquent  que  ces  aftronomes  étoient  les  Chaldéens. 

§.     X  X  V  1  I  I. 

Il  faut  croire  que  le  faros  étoit  jadis  la  période  de  213  mois.  Ce  mot 
fignifie  révolurion  {d) ,  Se  même  félon  quelques-uns  révolution  lunaire  (  e). 
Depuis  les  anciens  Chaldéens  ont  appelé  faros  toute  efpece  de  révolution. 
Suidas  &  Bérofe  s'y  feront  trompés  j  c'eft  ce  qui  fait  que  l'on  trouve  dans 
leurs  récits  des  chofes  fi  contradiétoires  fur  la  valeur  du  fare.  Il  eft  clair  que 
les  Chaldéens  ayant  adopté  la  période  de  3  (îoo  ans ,  l'ont  nommée ,  comme 
les  autres  périodes,  révolution  ou  fare  :  Bérofe  eft  venu,  qui ,  Ufant  dans 
les  anciennes  amiales  qu'il  s'étoit  écoulé  i  20  fares  avant  le  déluge ,  &  voyant 
que  le  fare  ,  connu  de  fon  tems, étoit  de  3(^00  ans,  a  affigné  cette  valeur  au 
fare ,  qui  avoir  été  en  ufage  avant  le  déluge ,  au  fare  dont  la  durée  étoit  fans 
doute  oubliée  ^  &  il  a  dit  que  les  i  20  fares  embraffbient  un  efpace  de  43  2009 
ans.  Voilà  le  feul  moyen  de  concilier  les  témoignages  de  Suidas  £c  de  Bérofe ,  &c 


(a)  Lib.  II  ,  c.  15.  Mém.  AcaJ.  des  Inf.  Tom.  VI ,  pag.  17p. 

(i)  Tranfac.  pliilof.    n°.    194,    année  (  f)  Le  moc/arw  répond  esactemcnc  au 

1651.  mot    Chaldéen  far  ,    c^i    fignifie  menj- 

(c)  C.  if  ,  in.  Uranolog.  pag.  61.  truus   ou    lunaris.    Goguet  ,    Tome    III  , 

(  d  )  Rcftitucion  ,  ou  -révolution.  Ireret.  page  165. 

B  b  b  ij 


jSo  ÉCLAîRCISSËMENS 

de  faire  accorder  ces  témoignages  eux-mcmes  avec  une  chronologie  vraifem» 

blable,  confirmée  par  la  chronologie  des  autres  peuples ,  &  furtout  conforme 

à  celle  de  l'hiftoire  fainte.  Nous  avons  vu,  Se  nous  verrons  que  le  mot  année 

a  fait  plus  d'équivoques  chez  les  Egyptiens,  que  le  mot  fare  n'en  a  fait  chez 

les  Chaldéens. 

§.     XXIX. 

Censorin  {a)  fait  encore  mention  d'une  période,  qui  étoit  nommée 
chaldaïque  ,  &  qui  comprenoit  un  intervalle  de  1 1  années.  Il  avertit  qu'elle 
n'étoit  réglée  fur  le  mouvement  d'aucun  aftie  j  elle  étoit  purement  aftrologi- 
que,  parce  que  fon  retour  ramenoit  dans  le  même  ordre,  félon  les  Chal- 
déens, les  années  d'abondance ,  de  dilette  &  d'épidémie.  Nous  foupçonnons, 
comme  nous  l'avons  déjà  dit,  que  cette  période  eft  la  révolution  de  Jupiter 
autour  de  la  ten  e.  11  eft  certain ,  que  les  Chinois  ont  jadis  donné  à  l'année  le 
nom  f>uy ,  le  même  qui  défif^ne  la  planète  de  Jupiter  {l>) ,  parce  que  Jupiter 
parcouroit  à  peu  près  un  figue  dans  une  année,  &  les  douze  figues  dans 
douze  ans  ^  fi  cette  pétiode ,  beaucoup  plus  ancienne  que  les  Chaldéens ,  leuE 
eft  attribuée  ,  ainfi  que  plufienrs  autres  par  Cenforin  &:  par  les  Grecs  ^  c'eft 
que  naturellement  on  attribue  l'origine  des  connoifiances  au  pays  où  onles- 
trouve,  au  peuple  qui  nous  les  enfeigne. 

§.    X  X  X. 

La  période  de  zij  mois  lunaires  embralToit  félon  les  Chaldéens  ^$?$^ 
^^.  En  employant  la  révoUuion  de  la  lune  Connue  aujourd'hui,  on  trouve 
que  z  13  lanaifons  font  6585!  y^  4^'  9"^  quantité  qui  diffère  très-peu  de 
celle  que  les  Chaldéens  avoient  ét.ablie,  d'autant  qu'ils  ne  pouvoient  gueres 
mefurer  une  différence  fi  petite,  &  tenir  compte  de  17'.  Ce  qu'ils  pouvoient 
faire  de  mieux ,  étoit  de  prendre  8  heures  en  nombres  ronds  :  mais  il  en 
réfulte  qulls  connoifloient  la  révolution  fynodique  de  la  lune,  à  très-peu 
près  auffi  exactement  que  nous.  Quoique  nous  leur  en  ayons  ôté  l'inven- 
tion pour  l'attribuer  à  des  tems  plus  reculés  ^  nous  croyons  cependant , 
comme  nous  l'avons  dit  ,  que  le  peuple,  prédécefTeur  des  Chaldéens,  peut 
n'avoir  connu  de  cette  période  que  la  propriété  de  ramener  les  éclipfes 
de  lune.  Les  Chaldéens,  par  leur  affiduité  à  l'obfervation ,  peuvent  erre 
les  auteurs  de  la  découverte  de  l'inégalité  de  cette  planète ,   ainfi  que  de 

{f)  CiuC<jiia,de  Die  nutaii ^  c.XMUl,  (li)  Soucist,  ToHif  lU,  pag.  30. 


ASTRONOMIQUES.  381 

la  durée  de  la  tévoliuion  qui  ramené  cette  inégalité.  Ce  partage  entre  les 
Chaldéens  &  leurs  prédécefleurs  ne  peut  être  qu'un  peu  arbitraire^  aufli 
n'aftirmons  nous  rien.  Nous  nous  fommes  déterminés  fur  ce  que  d'un  côté , 
il  cd  prefque  démontré  que  le  plus  ancien  de  tous  les  peuples  a  eu  connoif- 
fance  de  cette  période ,  tandis  que  de  l'autre  les  Chaldéens  font  célébrés 
comme  en  étant  les  inventeurs,  &  qu'il  femble  que  Prolemée  leur  attribue 
particulièrement  la  découverte  de  l'inégalité  de  la  lune  &  du  mouvement  de 
fon  nœud.  Les  Chaldéens  avoient  donc  apperçit  que  la  lune  fe  meut  inéga- 
lement tant  en  longitude  qu'en  latitULie,  &  que  les  termes  de  cette  inégalité  , 
c'eft-à-dire ,  les  points  de  l'orbite  de  la  lune  où  cette  inégalité  eft  nulle  ,  n'é- 
toient  pas  fixes,  ScparcouroieurfuccelTivement  tous  les  degrés  du  zodiaque  j 
qu'à  chaque  révolution  la  lune,  en  palFantpar  fon  nœud,  coupe  l'éclipcique 
en  dirférens  degrés^  ce  qui  prouve  que  ce  nœud  à  un  mouvement;  d'où 
réfultent  différentes  révolutions  de  la  lune ,  tant  à  l'égard  du  foleil  &  des 
étoiles  que  de  l'apogée  &  du  nœud.  De  la  période  de  115  mois  lunaires  Se 
du  nombre  complet  des  révolutions  à  l'égard  du  nœud  &  de  l'apogée,  écou- 
lées dans  l'intervalle  de  cette  période  (a) ,  on  déduit  la  durée  de  ces  révolu- 
tions,  telles  que  les  Chaldéens  les  étaUiiroient,  &  nous  en  ferons  tout  de 
fuite  la  comparaifon  avec  les  modernes. 

Révolutions 

A  l'égard  des  étoiles , 

—       du   foleil  , 

• —       de  l'apogée, 

• —       du    nœud  , 


I L  n'eft  pas  douteux ,  que  cette  période  n'ait  fervi  aux  Chaldéens  à  prédire 
les  éclipfes ,  du  moins  celles  de  lune  j  car  fi  on  pefe  bien  les  paroles  de 
Diodore  de  Sicile ,  on  verra  qu'en  excluant  formellement  les  éclipfes  de 
foleil  dont  ils  n'avaient  qu'une  connoiffance  imparfaite ,  on  en  doit  conclure 
qu'ils  étoient  en  état  d'annoncer  les  éclipfes  de  lune.  On  peut  foupçonner 
que  cette  période  leur  manquoit  le  plus  fouvent  ,  qu'ils  n'ofoient  s'y 
fier ,  &  qu'ils  abandonnèrent  &  le  calcul ,  &  l'obfervation  des  éclipfes  de 
foleil.  Elle  n'eft  pas  même  toujours  fulîî.'anre  pour  celles  de  lune.  M.  le 

(  d  )  Supra  ,  %.  i6.  (  i  )  M.  de  la  Caille  ,  Élétncns  d'AHiOii. 


Anciennes, 

Modernes. 

i7'     7''  43^   13''     1 

17J     7''  45'  II" 

(0 

29)     12^    44'       -j''^{ 

I   i9'   11''  4+'  .   3" 

27'    13*»   17'   19" 

2^i   13^   iS'  34" 

27'      51^      5'  27" 

1   ^7''      5*^      s'  3)" 

§.     XXXI. 

jSi  ÉCLAIRCISSEMENS 

Gentil  a  remarqué  qu'une  éclipfe  totale  de  lune  obfervée  par  Tycho ,  le  j  l 
Janvier  1 5  80,  avoitété  plus  petite  à  chacun  de  fes  retours,  de  forte  quercclipfe 
correfpondante  du  30  Mai  1760  n'a  été  que  d'un  demi-doigt  ,&  que  la  pleine 
lune  du  lo  Juin  1778  ne  fera  point  écliptique  :  ainfi  au  bout  de  200  ans  les 
éclipfes  ne  reviennent  plus  fuivant  l'ordre  de  la  période  de  1 8  ans  ou  de 
223  mois  {a).  Mais  ce  défaut  n'empêchoitpas  que  les  anciens  ne  puflents'en 
fervir  à  la  prédidion  des  éclipfes ,  parce  qu'ils  n'employoienr  pas  des  inter- 
valles fi  longs  ,  &  qu'ils  fe  contentoienr  fans  doute  d'annoncer  une  éclipfe , 
fans  en  indiquer  prccifément  la  grandeur. 

§.     XXXII. 

A  l'Égard  de  l'année  folaire  chez  les  Chaldéens ,  M.  Freret  (3)  trouve 
que  celle  qui  réfulte  de  leurs  hypothefes  eft  de  365'  s''  49'  3o"j  nous  igno- 
rons fur  quels  élémens  il  a  fondé  cette  détermination.  Nous  ne  voyons  que 
la  période  de  113  mois  lunaires,  ou  5585'  S''  qui  puilTe  fervir  à  cet  ufage. 
Cette  période  fnppofe  l'année  folaire  de  3(55'  ^  à  très-peu  près,  c'étoit 
Tannée  tropique  des  Chaldéens. 

On  a  penfé  que  les  années  de  Ncibonaflar  étoient  les  mêmes  que  les  années 
vagues  égyptiennes.  M.  Freret  (  c  )  fait  voir  qu'elles  étoient  lunaires.  On  voit 
du  moins  par  l'almagefte  qu'elles  étoient  différentes  des  années  égyptiennes  ; 
lorfque  Ptolemée  rapporte  les  obfervations  chaldéennes ,  &c  qu'il  les  date 
par  le  nom  &  par  le  quantième  du  mois ,  il  a  toujours  foin  d'avertir  que 
l'année ,  le  mois  &  le  jour  étoient  marqués  fuivant  l'ufage  égyptien  :  d'où  on 
doit  conclure  que  cet  ufage  &  la  forme  d'année  qu'il  fuppofe  étoient  parti- 
culiers aux  Egyptiens. 

§.    XXXIII. 

On  ne  peut  douter  que  les  anciens  n'eivlTent  un  moyen  de  partager  le  jour 
&  la  nuit  en  quelques  intervalles  égaux.  Cependant  au  tems  de  Moïfe,  on 
infère  de  la  manière  de  raconter  les  faits,  &  d'en  indiquer  les  momens  , 
qu'il  ne  connoiffoit  point,  &  qu'on  ne  connoiflbit  point  encore  en  Egypte  la 
divifion  du  jour  en  heures.  Moïfe,  dit,  le  matin,  le  foir,  au  lever  du  foleil, 
au  milieu  du  jour.  Voilà  comme  il  défigne  le  tems  où  les  faits  font  arrivés.  Cela 
ne  prouve  rien.  Quoique  les  Arabes  partagent  le  jouren  24  heures,  ils  détermi- 


(  a  )  M.  le  Gentil ,  Mém.  de  l'Acad.  des  (b)  M-^m.  Acad.  Infor.  T  XVI ,  p.  1 14- 

Scieu.  1756,  pag.  jS.    .  (c  )  Ibidem,  pag.  107. 


I 


ASTRONOMIQUES.  583 

nent  le  tenis  dans  l'ufage  ordinaire,  comme  s'ils  ne  connoiiToient  pas  cette 
divifion,  en  dif.mt  vers  midi,  fur  le  foir  [a)  ;  on  poiivoit  avoir  déjà 
des  cleplldre»;  \  mais  elles  étoient  rares ,  peu  connues ,  fans  doute ,  &  on  n'en 
avoit  point  chez  foi  pour  déterminer  les  momens  du  jour.  Nous  favons  que 
les  ciej'lîJres  font  très-anciennes,  on  n'en  connoît  point  l'origine j  ou  du 
moinselle  n'eft  marquée  que  par  des  fables.  Les  Egyptiens  difoient  que  Mer- 
cure en  ctoit  l'inventeur,,  &  qu'ayant  remarque  que  le  cinocéphale  urinoit 
1 1  fois  par  jour  (f^) ,  il  profita  de  cette  découverte  pour  compofer  une  ma- 
chine qui  produisît  le  même  effet.  Les  clepfidres  font  d'un  ufage  très-ancien 
à  la  Chnie  pour  l'Aftronomie  (c).  On  a  vu  t]ue  les  Indiens  fe  fervoient  d'un 
vafe  rond  &:  percé  d'un  trou,  qu'ils  faifoientnager  fur  l'eau  jufqu'à  ce  qu'il  en- 
fonçât :  c'efl:  une  efpece  de  clepfidre.  On  peut  conclure  de  la  méthode  que  les 
Chaldéens,  les  Egyptiens,  ou  plutôt  leurs  prédécefleurs  employèrent  pour 
divifer  le  zodiaque  (d) ,  cette  divifion  étant  elle-même  très-ancienne,  que  , 
l'ufage  de  mefurer  le  rems  par  la  chute  de  l'erai  fe  perd  dans  les  liecles  les 
plus  reculés  (e  ).  En  eftet  la  chute  de  l'eau  paroît  fi  égal;  à  la  vue  qu'elle  a  dû 
paroître  très-propre  à  mefurer  le  tems.  Les  Chaldéens  divifoient  le  jour  en 
1 1  heures ,  comme  font  encore  les  Chinois  Se  les  Perfes  (/).  Les  Grecs  pri- 
rent d'eux  cet  ufage  {g).  Il  faut  même  que  les  Chaldéens  ayent  connu  lesfub- 
divifions  des  heures ,  puifqu'ils  eurent  une  année  de  3  6  5  '  ô"*  1 1'  (  /:  ).  Les  In- 
diens ont  des  divifions  beaucoup  plus  courtes  que  les  minutes  &  même  que 
les  fécondes  (i)  ^  il  eft  naturel  de  penfer  que  les  Chaldéens  en  ont  eu  de  pa- 
reilles. Ils  partageoient  chaque  figne  du  zodiaque  en  30  degrés,  &  chaque 
degré  en  60  minutes  [k]  j  ils  dévoient  fubdivifer  les  heures  comme  les  de- 
grés ,  l'un  eft  une  fuite  de  l'autre.  Hérodote  nous  apprend  auffi  que  les  Chal- 
déens communiquèrent  aux  Grecs  la  connoilTance  du  pôle  Se  du  gnomon.  Il 
feroit  intéreiïar"  ^\"  connoître  avec  quelque  détail  ce  que  les  anciens  enten- 
doient  par  l'inftTwrnent  nommé  pôle  &c  les  ufages  qu'ils  attribuoient  à  leur 
gnomon  ^  mais  malheureufement  il  ne  nous  eft  refté  aucun  ouvrage  qui  traite 
exprelfément  de  cette  matière.  Les  auteurs  qui  en  parlent ,  font  ou  des  hifto- 

(û)  M.  Nii;burh  j   defcription  de  l'Ara-  (e)  In/rà j,  Liv.  IX,  §.   î4. 

bie  ,   pag.    96.  (/)  2cnd-Avefta  ,  T.  II,   pag.  43^. 

(0)  PLiniann  excrchationes ,  pag.  4J3  ,  (^)  Hérodote,  ia  Eiiurpc. 

-4Î4-  (h)St/yràj  Liv.  V,  §    ij. 

Goguet ,   Tom.  I  ,   pag.  114.  (  /  )  Supra  ,  Liv.  IV,  ^.  14.  ÉcIaircilTe- 

(c)  Soucier ,  T.  II ,  p.  5  &  T.  III ,  p.  56,  mens  ,  Liv.  lil  ,  §.  9. 

(d)  In  fomn.  Scip.  Lib.  I,  c.   il.  ( /e  )  Ssxtus  Empiricas  ,  ad\crf.  Mathcn:. 
Svxci  Enipirici  opéra  ,  ^.  115.                       pag.  iij. 


384  É  C  L  A  I  R  C  I  s  s  E  M  E  N  s 

riens  on  des  poëres,  qui  les  coiinoilToient  peut-être  mal;  &!  qui,  (Tailleurs 
n'en  parlent  qu'en  paiTant.  Selon  Athénre  (^û)  cité  par  M.  Veidler  (^) ,  le  pôle 
étoit  un  inftrument  de  l'efpece  des  héliotropes,  qui  fervoit  à  montrer  les 
changemens  du  foleil  au  tems  des  foîftices.  Peut-être,  s'il  eft  permis  de  con- 
jedurer  dans  une  matière  (î  obfcure,  cet  inftrument  étoit-il  conftruitde  la 
manière  fuivante.  Imaginons  un  cercle  vertical,  qui  repréfentoitle  méridien 
du  lieu,  avec  un  autre  cercle  mobile,  fur  la  circonférence  du  premier,  qui 
pouvoir  toujours  être  dirige  au  foleil  à  midi ,  &  qui ,  s' élevant  comme  lui  en 
été,  s'abaiifoit  comme  lui  ert  hiver.  Cet  inftrument  étoit  très-propre  à  mon- 
trer ce  que  les  anciens  appeloient  les  conversons  du  foleil ,  à  faire  voir  les 
changemens  de  fa  hauteur  méridienne;  &  c'eft  ainfi  que  nous  avons  dit ,  que 
l'on  parvint  à  mefurer  pour  la  première  fois  l'obliquité  de  l'écliptique  (t).  Si 
l'on  ajoute  une  fufpenfion  à  cet  inftrument,  on  aura  l'origine  de  l'anneau 
aftronomique.  Il  y  a  d'autant  plus  lieu  de  croire  que  cet  inftrument  étoit  fuf- 
pendu ,  que  celui  dont  parle  Athénée  avoit  été  placé  dans  un  grand  navire  , 
qu'Archias,  architecte  corinthien,  contruifit  pour  Hieron  roi  de  Syracufe.  Il 
n'eft  pas  aifé  de  coiicevoir  comment  on  fe  fervoit  de  cet  inftrument  fur  le 
vailTeau  ;  mais  il  eft  certain  qu'il  n'auroit  été  évidemment  d'aucun  ufage  fur 
la  mer  ,  s'il  n'avoir  pas  été  fufpendu.  Suivant  Scaliger  (d),  le  pôle  étoit  l'an- 
cien nom  des  horloges.  Peut-être  l'efpece  d'anneau  aftronomique  que  nous 
venons  de  décrire,  nommé /^o/e ,  fut-il  la  première  horloge  &  précéda-t-il 
les  clepfîdres.  A  l'égard  du  gnomon,  c'étoit  une  colonne  ou  une  pyramide 
élevée  fur  un  plan,  dont  l'ombre  indiquoit  la  hauteur  du  foleil  fur  l'horifon. 

§.    XXXIV. 

L  A  connoilTance  des  cadrans  folaires  remonte  à  une  alFez  haute  antiquité. 
On  connoit  le  miracle  que  dieu  fit  en  faveur  d'EzecB.d^;  il  fit  retrogader 
l'ombre  de  dix  degrés  fur  le  cadran  d'Achaz  (e)  ;  on  ignore  pourquoi  ce  ca- 
dran porte  le  nom  d'Achaz;  mais  cette  particularité  indique  au  moins  qu'il 
avoit  été  conftruit  ou  placé  fous  fon  règne ,  c'eft-à-dire  ,  plus  de  7^0  ans 
avant  J.  C.  Or  on  doit  fuppofer  qu'il  y  avoit  déjà  du  tems  qu'on  en  faifoit 
ufage  à  Babylone.  L'écriture  fait  encore  mention  ailleurs  de  ce  miracle  ,  qui 


(  a  )  Dipnos,  Liv.  V  ,  pag.  107.  (</)  Notes  fur  Maniliiis ,  pag,  118. 

(  i  )  Page  37.  (.e)  Rois  ,   Li v.  IV ,  c.   to  ,  v.  11. 

(O  Suj>rà,Uv.  II,  §.  14.  lùigXXXYIII,   î. 

fut 


ASTRONOMIQUES  5^5 

fut  fêmifqné  <3ans  la  Clialdce  {a).  On  feroic  curieux  de  Gvoîr  quels  étoienc 
ces  dix  degrés  par  lefquels  l'ombre  reinoiicafar  le  cadran.  Il  y  a  apparence  que 
par  les  degrés  on  entend  les  divifîons  du  cadran  ;  ces  degrés  marquoient-ils 
des  heures  ?  C'eft  ce  qu'on  ne  fait  point  \  Iccriture  n'en  dit  pas  davanta<^e. 
Nous  allons  propofer  une  conjeèture.  Les  anciens  ayant  étendu  à  tout  la 
divilîon  fexagclimale  ,  diviferent  d'abord  le  cercle  en  do  degrés  :  on  peut 
l'inférer  d'un  palT-ige  d'Achilles  -  Tatius  (A).  C'eil  l'origine  de  la  divifion 
du  jour  en  60  heures ,  parce  que  le  foleil  parcourt  les  60  degrés  du  cercle 
dans  fa  révolution  diurne.  En  conféquence  les  premiers  cadrans  eurent  un 
cercle  divifé  en  60  parties,  qui  éroienr  également  des  heures  &:  des  degrés  -, 
on  pouvoir  leur  donner  indifféremment  les  deux  noms.  Voilà  peut-être  quels 
étoient  les  degrés  du  cadran  d'Achaz.  L'ombre  rétrograda  de  10  de  ces 
degrés  j  c'eft-à-dire ,  de  10  heures  orientales  ou  4  de  nos  heures.  Nous  ob- 
fervons  que  les  Ghaldéens  comptoient  le  jour  d'un  lever  du  foleil  à  l'autre  ; 
chaque  peuple  le  commençoit  différemment.  Les  habitans  de  l'Ombrie  à 
midi  j  les  Egyptiens  «Se  les  Grecs  au  coucher  du  foleil  ;  les  Romains  à  mi- 
nuit (c).  On  prétend  (  d)  que  Bérofe  inventa  un  hémicycle  concave  qui  étoic 
conftruit  pour  différentes  inclinaifons  (e).  Cet  hémicycle  auroit  été  fans 
doute  une  efpeee  de  cadran  folaire,  dont  on  changeoit  l'inclinaifon  fuivant 
les  différentes  latitudes.  Mais  nous  avons  peine  à  croire  qu'il  eut  cette  per- 
feûion;  nous  en  dirons  les  raifons  ailleurs  (/).  Nous  penchons  à  croire  que 
l'invention  des  cadrans  appartient  aux  Chaldéens  j  ils  font  du  moins  les 
feuls  dans  l'Aûe  qui  en  ayeiat  eu  l'ufage. 

§.     XXXV. 

Nous  avons  peu  de  chofe  à  dire  fur  les  aftronomes  Chaldéens.  Tous 
teux  qui  ont  eu  parti  la  longue  fuite  des  obfervarions  babyloniennes,  n'ont 
point  lailfé  de  nom  après  eux.  Abulpharage  {g)  fait  mention  d'un  Hermès 
Babylonien ,  ou  Chaldéen,  qui  vivoit  quelques  fiecles  après  le  déluge ,  & 


(a)  Paralip.  Liv,  U.c.  31  ,  v.  31.  rentes  latitudes.  Voyei  l'Hittoirc  de  l'Aftro- 

(i)  C.  iS  ,  in   Urjrtolog.  p.  ijo.  nomie  moderne.  D'ailleurs,    cette  peifec- 

(c)  Cenfoiin  ,  dédie  natali.  tion  n'a  point  dû  (e  trouver  dans  le  pre- 

(  d  )  Vitruve  ,  Lib.  IX  ,  c.  9.  mier  cadran  inventé.  Il  femble  que  le  texte 

(  e  )   M.  Vcidler  le  pcnfe    ainlî   d'après  de  Vitruve  ne  le  dit  pas. 

Vitruve,  p.ag.   3J.  Cependant    ce    cadran  (/)    Voye^  l'Hiftoire   de    l'Aûronomic 

n'auroit  pas  difFcrc  du  cadran  appelé  Prof-  moderne. 

giindima  j  qui  étoit  conlfruit  pour  diflé-  vC  ^  )  Hiû.  Dynaft.  pag.  7. 

Ccç 


j8^  È-  C  L  A  1  R  C  I  S  S  E  M  E  xN  S 

demeuroit  à  Calovaz  ville  de  la  Chaldée.  C'eft  à  lui  que  les  philofophes 
Chaldéens  rapportoient  les  principales  connoiflances  qu'ils  avoient  des 
aftres.  Ils  ne  faifoient  point  de  difficulté  de  lui  attribuer  le  rétabliiïement  de 
Babel ,  ou  de  Babylone ,  que  Nemrod  avoir  fondée ,  &  qui  avoit  été  ruinée 
de  fon  tems  (a  ).  C'eft  celui  dont  nous  avons  fixé  l'époque  à  l'an  3562  avant 
J.  C.  (t)  Parmi  les  aftronomes  chaldéens  ,  Bérofe  eft  le  plus  connu,  &  ne 
l'eft  que  par  des  opinions  abfurdes.  Pour  l'honneur  de  ce  peuple,  nous 
devons  dire  que  Bérofe  fut  très-ancien.  Nous  ignorons  dans  quel  fiecle  on 
doit  le  placer  j  mais  du  moins  nous  efpérons  faire  voir  qu'on  a  eu  tort  de 
le  confondre  avec  l'hiftorien  qui  portoit  le  même  nom.  Bérofe  l'hiftorien 
avoir  dédié  fon  hiitoire  à  Antiochus  -  Soter,  vers  280  ans  avant  J.  C.  11  eft 
évident  que  celui-ci  doit  être  diftingué  de  Bérofe  l'aftronome ,  parce  que , 
félon  le  témoignage  de  Diodore  de  Sicile  cité  plus  haut,  les  Chaldéens  n'a- 
voient  coutume  défaire  qu'une  feule  chofe  .^  &  s'y  rendaient  infiniment  habiles  ^ 
Bérofe  n'a  donc  pas  été  en  même  tems  hiftorien  &  aftronome.  Diodore  n'au- 
roit  pu  faire  cette  alTerrion  ,  s'il  avoit  connu  les  inventions  aftronomiques  de 
Bérofe,  s'il  avoit  eu  fon  hiftoire  de  Babylone  fous  les  yeux,  ou  plutôt  fi  en 
connoiirant  les  unes  &:  les  autres ,  il  les  avoit  attribuées  au  même  auteur.  Il 
y  a  plus  j  indépendamment  de  la  coutume  des  Chaldéens  de  ne  point  aflocier 
plufieurs  études ,  il  auroit  été  difficile  alors  de  fe  livrer  à  différentes  efpeces 
de  travaux.  Les  bibliothèques  étoient  certainement  rares  &  peu  nombreufes 
en  Chaldée  j  la  terre  &  les  hommes  étoient  prefque  les  feuls  livres  qu'on  pût 
confulter.  Les  favans ,  les  philofophes ,  les  hiftoriens  fur-  tout  voyageoient  ; 
nous  avons  l'exemple  de  Diodore  &  d'Hérodote  :  l'aftronome  feul  devoir 
être  fédentaire.  Quelle  apparence  que  Bérofe  occupé  aux  obfervations  dans  fa 
patrie  ,  ou  établi  dans  l'ifle  de  Cos ,  dans  la  Grèce  ,  où  ,  dit-on  [c]  ,  il  tranf- 
planta  l'Aftronomie ,  eût  eu  le  tems  de  voyager  pour  confulter  les  dépôts  ,  les 
monumens,&  recueillir  les  traditions  dans  un  pays  aufîî  étendu  que  l'empire 
de  Babylone  !  Mais  voici  quelque  chofe  de  plus  fort.  On  voit  que  Bérofe 
palTa  de  l'Afie  dans  la  Grèce  ,  &  enfeigna  dans  l'ifle  de  Cos,  où  il  forma 
quelques  difciples.  Il  avoit  inventé  le  cadran  folaire  j  il  eft  naturel  de  penfef 
qu'il  y  porta  cet  inftrument.  D'un  autre  côté  ,  on  lit  dans  Hérodote  [d]  que 
les  Grecs  reçurent  des  Babyloniens  la  connoiftance  du  pôle ,  du  gnomon  ,  Se 
de  la  divifion  du  jour  en  1 2  parties.  M.  Veidler  conjecture  (  e  )  avec  beaucoup 

Ça)  Herbelot,  Bibliotheciue  Oiientale,  (c)  Vitnive ,  Lib.  IX,  c.  7. 

pag.  450.  {  d\  In  Euterpe. 

(i  )  Supra  J  §.4.  (  e  )  Page  je. 


ASTRONOMIQUES  387 

de  vraifemblauce  qu'Hérodote  avoit  en  vue  ici  les  inventions  de  Bérofe.  Or 
il  cet  aftronome  a  introduit  dans  la  Grèce  la  connoiflance  des  heures ,  con- 
noilT-ince  plus  ancienne  qu'Hérodote  5  il  étoit  donc  antérieur  à  cetccrivam, 
qui,  né  404  ans  avant  J.  C  ,  nà  pu  voir  Bérofe  l'hiftorien. 

§.    XXXVI. 

Une  autre  raifon  qui  nous  fait  penfer  que  Bérofe  eft  beaucoup  plus  ancien 
qu'Alexandre  ,  c'efl:  l'abfurdité  de  fon  explication  des  éclipfes  &c  des  phafes 
de  la  lune.  La  lune  s'éclipfe  ,  félon  lui  {a) ,  quand  fa  face  qui  n'ejl  point  al- 
lumée ft  tourne  devers  nous.  Vitruve  (  b  )  nous  apprend  que  Bérofe  expliquoit 
aiftTi  les  phafes  de  cette  planète.  Selon  lui  elle  avoit  la  forme  d'une  balle  à 
jouer,  dont  une  moitié  étoit  blanche  &c  lumineufe  ,  &  l'autre  d'un  bleu  cé- 
lefte  ,  de  manière  qu'elle  pouvoir  fe  confondre  avec  la  couleur  du  ciel.  Re- 
marquons que  la  moitié  lumineufe  ne  devenoittelle,  que  par  la  propriété  de 
s'imprégner  de  la  lumière  du  folell  ,lorfqu'elle  palToit  au  delFous  de  cet  aftre. 
En  circulant  autour  de  la  terre  ,  elle  étoit  forcée  de  tourner  toujours  fa  partie 
ccl*irée  du  côté  du  foleil,  par  une  efpece  d'attraélion  de  la  lumière  à  la  lu- 
mière. Comment  concevoit-il  queda  partie  pleinement  éclairée  fe  retour- 
noit  entièrement  dans  le  moment  d'une  éclipfe  ?  Que  devenoit  alors  l'attrac- 
tion de  la  lumière  à  la  lumière  ?  Nous  demandons  fi  on  peut  fuppofer  un 
pareil  fyftême  dans  un  pays  où  il  y  a  des  obfervations  confécutives  ,  faites 
deouis  plus  de  1950  ans,   où  l'on  connoifToit  la  première  inégalité  de  la 
lune ,  le  mouvement  de  fon  nœud  ,  où  l'on  obfervoit  les  échpfes  avec  quelque 
foin  &  quelque  détail?  Les  éclipfes,  dans  ce  fyftême ,  n'auroient  dûparoître 
qu'un  dérangement  fubit  &  irrégulier,  qui  ne  mcritoirpas  d'être  fuivi.  En 
outre  Plutarque  ne  dit  point  que  ce  fût  le  fentiment  des  Chaldéens.  Il  rap- 
porte les  différentes  caufes  qu'on  a  imaginées  pour  l'explication  des  éclipfes 
de  lune  j  il  donne  d'abord  celle  d'Anaxiniene ,  qui  eft  de  la  dernière  ab- 
furdité  j  enfuite  celle  de  Bérofe  &  celle  d'Heraclite.  Il  finit  par  dire  que  les 
plus  modernes  conviennent  que  les  éclipfes  arrivent  quand  la  lune  entre 
dans  l'ombre  de  la  terre.  Or  ces  modernes  font  Platon  &  Ariftote.  Platon 
vivoit  environ  400  ans  avant  J.  C. ,  &  Bérofe  doit  être  par  conféquent  plus 
ancien.   En  reculant  l'époque  de  Bérofe  jufqu'aux  tems  qui  ont  précédé  la 
révolution  &  la  réforme  que  nous  fuppofons  hit  arrivée  dans  l'Aftronomie 


{a)  Plutar(jue,  Opiu.  des  Philof.  L.  II  c.  if ,       (  i  )  Vitruve  ,  Lib.  IX  c.  4. 

Ceci] 


5S8  É  C  L  A  I  R  C  I  S  §  E  M  E  N  S 

chaldcenne ,  on  place  Bérofe  dans  l'enfance  de  cette  Aftronomie.  On  efi 
d'ailleurs  d'accord  avec  l'hiftoue  grecque.  Les  premières  connollfances  de 
ce  genre  parvinrent  dans  la  Grèce  vers  cette  époque  ,  &  cette  hiftoire  nous 
apprend  que  ce  fut  Bérofe  qui  les  y  porta.  Les  Athéniens  frappés ,  dit- 
on  {a), des  prédidions  fingulieres  de  Bérofe, lui drefferent  dans  le  gymnafe 
une  ftatue  dont  la  langue  étoit  dorée  ;  mais  nous  penfons  que  cet  honneur 
fut  accordé  à  l'hiftorien  &  non  pas  à  l'aftronôme. 

Une  nouvelle  preuve  de  l'ancienneté  de  Bérofe  eft  fon  opinion  fur  les 
difFérens  mouvemens  de  la  lune  [h).  Selon  lui  elle  en  avoir  trois  :  l'un  autour 
Je  fon  Centra  ,  qui  étoit  la  caufe  des  éclipfes  \  l'autre  en  longitude  par  lequel 
elle  étoit  mue  .avec  la  fphere  célefte  ,  c'eft-à-dire  ,  le  mouvement  ditTjne 
d'orient  en  occident  ;  le  troifieme  en  hauteur ,  par  lequel  elle  paruiirolt  i|mtôt 
haute  &  antôt  bafle.  11  eft  évident  que  Bérofe  ne  connoifloit  point  l'incli- 
naifcn  de  l'orbite  de  la  lune,  &  dccompofoit  fon  mouvement  propre  en  deux 
autres  ftflon  la  loiogicude  8c  félon  la  latitude.  C'eft  abfolument  la  première 
enfance  de  l' Aftronomie  que  l'on  retrouve  ici.  Combien  étoit-il  donc  cloi_:^né 
des  connoilTances  que  nous  avons  reconnues  aux  Chaldéeus ,  &  coTu^ien 

de  voit -il  être  ancien  1 

§.     X  X  X  V  I  L 

Outre  Bérofe  ,  les  auteurs  font  mention  de  quelques  autres  aftronômes  ^ 
defqnek  Thiftoire  n'a  confervé  prefque  que  les  noms.  Strabon  {c  ]  nomme 
Cidena  ,  Naburianus  ,  Sudinus  &  Seleucus  de  Seleucie  ,  mais  il  n  nous  erï 
apprend  rien ,  Gnon  qu'ils  étoient  cités  par  les  mathématiciens.  Pline  {J)  cite 
Oftanes  dont  nous  avons  déjà  parlé.  Suidas  (ê)  nous  apprend  qu'il  y  avoit 
une  école  de  mages  qui  portoienr  fon  nom.  Belefis  fur  encore  un  aftronôme 
chaldéen  ;  c'eft  lui  qui  prédit  le  trône  à  Arbace.  En  effet  Arbace  tua  Sarda- 
napale  ,  &  lej^na  après  lui.  On  a  cru  faiilfement  que  Belefis  étoit  le  même 
que  Daniel.  Les  tems  ne  s'accordent  point  j  Sardanapale  fut  tué  par  Arbace 
plus  de  zoo  ans  avant  Daniel  (/). 

§.    XXXIX. 

Voila  tout  ce  que  Ion  fait  des  aftronômes  chaldcens  ;  on  n'a  p.as  plus 


{  a  )  Pline,   Lib.  VU ,  c.  57.  (  f  )  Au  mot  OJIanes. 

(i)Cléumcde,  de  Mundo ,  L'ih,  U ,  4-  (/)  DioJore,   Lib.  II,  c,   ii>  >  p-  »^i' 

(  c  )  Géographie  ,  Lïln  XVI.  Jufti"  .  Lib.  I  ,  c.   j. 

(d)  Liv.  XXX,  c  i.  Veidkr.pag.  $4. 


ASTRONOMIQUES.  ^89 

ce  dérails  fur  leurs  obfervarions.  On  ne  nous  dir  poinr  de  quelle  efpece 
étoient  ces  obfervarions,  fui  vies  fans  inrerruprion  pendant  1  coo  ans.  Prolemée 
nous  aconfervé  dix  cclipfes  de  lune  ^  la  première  fur  faire  711  ans,  la  dernière 
382  ans  avant  (a)  J,  C.  On  y  marque  le  jour,  le  rems  à  peu-près  de  la  nuit; 
on  y  dir  fi  c'efl:  la  partie  boréale  ou  auftrale  de  la  lune  qui  fut  éclipfce  ,  le 
nombre  des  doigts.  Ce  qui  eft  afiez  fingulier,  c'eft  qu'il  paroîr  par  l'aîma- 
gefte  de  {/■)  Prolemée  que  les  Chaldéens  ne  comptoienr  pas  les  doigts ,  comme 
nous  le  fiifons  aujourd'hui,  par  les  parties  du  diamètre  de  la  lune.  Us  enten- 
doienr  par  un  doigr  la  11^  patrie  du  difque,  &  non  la  12'  partie  du  dia- 
mètre. Ils  eftimoienr  à  l'œil  apparemment  le  rapport  de  la  partie  éclairée 
de  la  lune  au  difque  entier,  dont  ils  ne  voyoient  cependant  que  cette  partie  , 
ce  qui  ne  rendoit  pas  l'eftimation  facile  {c).  On  y  trouve  une  obfervarion. 
de  Sarurne  faite  l'an  228  avant  (d)  J.  C.  Quant  à  celles  des  autres  pla- 
nètes que  Prolemée  appelle  feulement  les  anciennes  obfervations ,  il  y  a  ap- 
parence qu'elles  ont  été  Etites  par  Timocharis  ou  Arlltille  ,  Se  non  pas  par 
les  Chaldéens. 

§.     X  L. 

Nous  avons  dir  que  les  obfervarions  fuivies  des  Chaldéens  avoient  poux 
objet  les  apparitions  ,  les  (tarions, les  rétrogradarions  des  planètes, les  levers 
&  les  couchers  des  étoiles  ;  c'eft  même  comme  lever  des  aftres  qu'ils  ob- 
ferverent  d'abord  les  apparitions  des  planètes.  Dans  le  refte  du  cours  de 
l'année,  ils  s'imaginèrent ,  pour  connoître leur  mouvement,  de  les  comparer 
aux  étoiles  voifmes.  Ils  déterminoientla  diftance  de  la  planète  à  ces  étoiles , 
dont  il  n'étoit  pas  néceflaire  de  connoître  les  pofirions ,  parce  qu'on  attendoic 
le  retour  de  la  planète  à  la  même  diftance  de  ces  étoiles ,  &  cela  faifoit  une 
révolution  achevée. Nous  apprenons  par  l'obfervationde  faturne,  de  l'an  228 
avant  J.  C. ,  que  cette  diftance  étoit  mefurée  en  doigts ,  dont  le  degré  en 
contenoit  24  (e').  On  peut  conjeéturer  qu'ils  avoient  pris  pour  commune 
mefure  le  mouvement  du  foleil  en  un  jour  j  qui  eft  à-peu-près  d'undegré  , 
&  que  ces  doigts  étoient  les  z^^^m^s  parties  du  mouvement  de  cet  aftre.  Il 
paroît  aflez  naturel  de  comparer  le  mouvement  des  aurres  aftres,  au  mou- 
vement le  premier  connu. 

(a)  Ptolémée,  Almag.  (  rf)  Pcolémce  ,  Aimag-  L  b.  XI ,  c.  7. 

Riccioli ,  Almag.,  Totn  I,  pag  ifo.  (e)  Ihidem. 

{b  )  Lib.  VI ,   c.  7.  CaiTini  ,    Él'imens    a'Allto.nomie  ,  P^gc 

(  c  )  Foye^  l'Hift,  de  l'Aftron.  moocrae.  598. 


J90  É  C  L  A  I  R  C  I  S  S  E  M  E  N  S 

§.     X  L  I. 

Sextus  Empii^icus  [a)  nous  a  confervé  la  méthode  par  laquelle , dir-on , 
les  Chaldéens  diviferenr  le  zodiaque  en  1 1  parties ,  au  moyen  de  la  chute 
de  l'eau.  Ils  mefuroient  l'intervalle  de  deux  levers  confécutifs  de  la  même 
étoile  par  l'eau  qui  s'écouloit  d'un  vafe  ;  enfuite  ils  partagèrent  cette  eau 
en  li  parties  ,  &  ces  portions  leur  fervirent  à  partager  la  révolution  célefte. 
Cette  méthode  fera  difcutce  ailleurs  {h).  On  a  dit  que  par  là  ils  ne  pouvoient 
obtenir  des  parties  égales  que  fur  l'équateur.  Les  douze  conftellations  du 
zodiaque  dévoient  être  inégales  j  auffi  le  font  elles  encore.  La  méthode  que 
nous  avons  décrite  pour  ladiviflon  du  zodiaque  (cr)  eft  plus  fimple  5c  plus 
naturelle  que  celle-ci ,  mais  elle  avoir  befoin  d'inftrumens  :  elle  n'a  donc  pas 
dû  être  la  première.  Elle  a  fervi  au  contraire  à  redifier  l'autre  ;  ce  fera  déjà 
une  fource  de  chaftgemens  dans  l'étendue  des  conftellations  zodiacales.  L'i- 
négalité de  ces  conftellations  n'avoit  point  d'inconvénient  pour  les  Chal- 
déens j  ils  comptèrent  toujours  les  degrés  fur  l'équateur.  A  l'égard  des  pla- 
nètes ,  comme  ils  n'obfervoient  leur  mouvement  que  par  les  diftances  aux 
étoiles ,  la  divifion  du  zodiaque  y  étoit  affez  indifférente.  Si  Sextus  Empi- 
ricus  attribue  aux  Chaldéens  cette  méthode  de  divifer  le  zodiaque ,  cela 
fignihe  feulement  qu'ils  en  avoient  confervé  la  tradition.  Cette  méthode, 
qui  ne  peut  être  que  la  plus  ancienne ,  appartient  à.  des  fiecles  bien  anté- 
ïieurs  aux  Chaldéens. 

§.    X  L  I  L 

Les  Chaldéens  établilfoient  trois  cieux  difFérens.  Le  ciel  empyrée ,  le  plus 
éloigné  de  tous;  ce  ciel,  qu'ils  appeloient  aufli  le  firmament  folide,  eft  de  feu, 
mais  d'un  feu  fi  rare  &  fi  pénétrant  qu'il  traverfe  facilement  tous  les  autres 
cieux ,  &  f e  répand  par-tout  :  c'eft  ainfi  qu'il  vient  jufqu'à  nous.  Le  fécond 
eft  le  ciel  éthéré  ,  où  eft  la  fphere  des  étoiles ,  formées  des  parties  les  plus 
compares  Se  les  plus  denfes  de  ce  feu.  Enfin ,  le  troifieme  ciel  eft  celui  des 
planètes  [d).  On  a  vu  plus  haut  {e)  que  les  Perfes  donnoient  un  ciel  parti- 
culier au  foleil ,  &:  un  autre  à  la  lune.  Ce  firmament  folide  5c  de  feu  eft 
fans  doute  le  ciel  de  la  lumière  première  des  Perfes  ,  mais  les  Chaldéenj 
ont  ici  redtifié  leurs  idées. 


(<2)Sext.  Empir.  adv.  Mathem.  Lih.Y  ,  (c)  Supra,   Liv.  II,  §.  li, 

pag.  II}.  (  </ )  Veidler,  pag.  41. 

(i)  Infrà  ,  Liv.  IX,  §.  13.  (  e)  Supra,  §.  j. 


A  s  T  R  O  N  Û  !sl  1  Q  U  E  S.  391 

§.    X  L  I  1  I. 

Nous  avons  parlé  des  connoiirances  que  les  Chaldéens  avolent  fur  les 
comètes.  Nous  allons  ajouter  ici  les  paflages  des  auteurs  qui  nous  les  ont 
tranfmifes.  Stobée  [a)  nous  apprend  qu'ils  regardoient  les  comètes  comme 
des  planètes  qui  fe  cachent  à  nos  yeux  pendant  quelque  tems ,  &  fe  montrent 
lorfqu'elles  defcendent  dans  les  parties  voifines  de  la  terre  j  qu  elles  avoient 
été  nommées  comètes  par  ceux  qui  ignoroient  qu'elles  font  des  aftres  ,  Se 
enfin  qu'elles  fembloient  s'évanouir  lorfqu'elles  étoient  reportées  dans  les 
profondeurs  du  ciel ,  comme  les  poiffons  difparoifiTent  en  fe  plongeant  au 
fond  de  la  mer  ;  c'efl;  la  comparaifon  qu'employé  Stobée.  D'autres  cepen- 
dant penfoient  que  les  comètes  étoient  des  exhalaifons  terreftres  ,  &  des 
météores.  Le  vent ,  difoient-ils ,  porte  ces  vapeurs  dans  l'air  où  elles  s'en- 
flamnienr,  &c  en  s'élevant  dans  le  tourbillon  éthéré,  elles  femblent  tourner 
quelque  tems  avec  lui ,  jufqu'à  ce  que  leur  feu  s'étant  confommé ,  elles  dif- 
paroiflent.  Séneque  s'exprime  à-peu-près  (3)  de  même.  «  Epigenes ,  dit-il , 
jj   &  Apollonius  Mindien  ,  aftronôme  très- expérimenté ,  qui  difent  avoir 
»  étudié  chez  les  Chaldéens ,  ont  deux  fentimens  oppofés.  Celui-ci  alTare 
JJ  que  les  Chaldéens  ont  rangé  les  comètes  au  nombre  des  étoiles  errantes , 
JJ  c'eft-à-dire  ,  des  planètes  ,  &  font  parvenus  à  connoitre  leur  cours.  Epi- 
jj  gènes  au  contraire  dit  que  les  Chaldéens  n'ont  rien  appris  des  comètes , 
JJ  fi  ce  n'eft  qu'elles  paroilfent  s'enflammer,  par  un  certain  mouvement  de 
JJ   l'air,  agité  &  preiff  en  rourbillon  jj.  Il  eft  bien  étonnant  que  parmi  les  phi- 
lofophes  chaldéens  il  y  en  eût  qui  rangealfent  les  comètes  au  nombre  des 
planètes  ,  &  qui  fuflent  parvenus  à  connoure  leur  cours.  Quand  elles  fe  re- 
montroient ,  à  quels  fignes  les  reconnoilfoient-ils  ?  Il  ne  s'agit  plus  ici  d'ob- 
ferver  le  lever  ,^  le  coucher  héliaque  j  ce  font  des  obfervaticns  d'un  autre 
genre.  La  queue  ,  la  chevelure  font  des  fignes  incertains  qui  dépendent  de 
certaines  circonftances  accidentelles  de  leur  apparition.  Leur  grandeur  éga- 
lement varie ,  fuivant  leur  diftance  à  la  rerre ,  au  moment  où  on  les  obferve. 
Leur  diftance  des  étoiles  dépend  auffi  de  la  poficion  aétuelle  de  la  terre. 
Avoient-ils  donc  poulTé  leurs  remarques  &  leurs  recherches  jufqu'à  con- 
noitre le  point  du  ciel  où  leur  orbite  coupe  l'écliptique  ,  l'angle  que  font  ces 
deux  cercles  entr'eux  ,  le  point  du  ciel  où  elles  fe  trouvent  le  plus  près  du 

(a)  Éclog   c.  ij  ,  p.  63,  cdit.  de  Plan-  (  b)  Quiji.  nat,  Lib.  7  ,  c.  3. 

tin  j  AnYers,  1575. 


joi  è  C  L  A  I  R  C  I  s  s  E  M  E  N  s 

foleil  ,  &  les  autres  caractères  par  bfquels  nous  diftinguons  aujourd'hui  les 
comètes?  Mais  outre  que  ces  carnderes  ,  pour  C-tre  faifis ,  demindent  des 
cbfervations  particulières ,  c'e'1:  qu'ils  luroient  exigé  encore  la  connoitTance 
du  vrai  fyftème  du  monde  &  de  la  parallaxe  annuelle  ,  qu'ils  n'avoient  vrai- 
femblablement  pas ,  &fans  laquelle  une  même  comète,  à  chaque  apparition 
nouvelle,  auroit  pu  leur  prcfenter  des  caractères  difFérens.  C'ell:  ce  qui  nous 
a  fait  conclure  que  les  Chaldcens  n'ont  pu  s'élever  d'eux-mêmes  à  cette  idée, 
&  qu'elle  n'étoit  chez  eux  qu'une  tradition  ;  à  moins  que  ,  comme  nous  l'a- 
vons dit,  ils  ii'ayent  été  fervis  par  un  hafard  heureux  &  en  mcme  tems  bien 
fmgulier. 

§.     X  L  I  V. 

Nous  avons  parlé  de  l'année  aftrale  des  Chaldéens  citée  par  Albategnfus , 
d'où  en  peut  conclure  que  ces  anciens  aftronomes  ont  connu  le  mouvement 
des  étoiles. 

Il  efl:  certain  que  cette  année  n'eft  point  une  année  tropique.  Car  pour- 
quoi les  Chaldéens  fe  feroient-ils  écartés  du  nombre  rond  ,  &  auroient-ils 
ajouté  ces  ii  minutes  ,  s'ils  n'avoient  pas  apperçu  que  le  tems  du  retour 
du  foleil,  à  la  même  étoile,  étoit  plus  long  que  celui  de  fon  retour  au  même 
folftice ,  ou  au  même  équinoxe  ?  Cette  année  n'eft:  point  non  plus  l'année 
aftrale  des  Arabes  du  9"^  fiecle  (<;) ,  celle-ci  eft  plus  courte  de  z'.  Voici  un 
paiïage  d'où  l'on  peut  conclure  auffi  la  connoiiïance  du  mouvement  des  fixes. 
«'  Suivant  Celfe,  on  voit  dans  la  doctrine  des  Perfes  Se  dans  les  myfteres 
»  de  leur  Mithra ,  le  fymbole  de  deux  périodes' céleft:es  ,  de  celle  des 
r  étoiles  fixes ,  de  celle  des  planètes  &  du  palfage  de  l'ame  par  ces  pla- 
»  netes  (*!')!».  S'ils  avoient  une  période  des  fixes,  ils  connoilToient  donc 
leur  mouvement.  Celfe  à  la  vérité  peut  avoir  entendu  parler  de  la  décou- 
verte de  ce  mouvement  par  Hypparque,  tant  célébré  par  Pline  ;  mais  pour- 
quoi l'auroit-il  attribué  aux  Perfes?  En  outre  les  Perfes  difent  que  le  monde 
durera  1 1000  ans  ;  ils  attribuent  mille  de  ces  années  à  chaque  figne  du 
zodiaque.  Voici  le  paiïage.  "  Le  Dieu  fuprême  créa  d'abord  l'homme  &  le 
)v  taureau  dans  un  lieu  élevé  ,  &  ils  y  reft:erent  pendant  30(10  ans  fans  ma! , 
»>  &  ces  5000  ans  comprennent  l'agneau  ,1e  taureau  Se  les  gémeaux.  Enfuite 
»  ils  relièrent  encore  3  oco  ans  fur  la  terre  fans  éprouver  ni  peine  ni  contra- 


(û)   Voyei  VHidone   de.   l'.\!tronoinie  (i)  Origcne  ,  carte.  Cclfum ,  Lib.  VI  , 

moderne  fur  l'Arabe  Thebich-Benchora.  pag.  ijc. 

»  diction  , 


ASTRONOMIQUES.  595 

'0  dîdion  ,  Srces  mille  rcponaenc  au  cancer  ,  au  lion  &  à  l'épi.  Après  cela 
«*  au  7*  mille  rcpand.^.nt  à  la  balance  ,  le  mal  parut.  L'homme  fe  nom- 
•»  moic  Kaiomorh.  Il  cultiva  pendant  30  ans  la  terre  ,  les  plantes ,  l'herbe  : 
M  (Se  lorfque  le  mille  du  cancer  p.irut,  Jupiter  étoit  daus  ce  ligne:  le  foleil 
I»  était  dans  l'agneau  ,  la  lune  dans  le  taureau  ,  faturne  dans  la  balance  , 
•♦  mars  dans  le  capricorne,  venus  &  mercure  dans  les  poilfons  {a).  Les 
»  aftres  commencèrent  alors  i  fournir  leur  carrière  au  commencement  du 
n  mois  fervardin  ,  ce  qui  eft  le  norouz  ,  &  par  la  révolution  du  ciel  le  jour 
»  fut  <iiftingué  de  la  nuit».  Telle  eft:  l'origine  de  l'homme  {h).  Nous  avons 
tranfcrlt  &  mis  ici  fous  les  yeux  des  aftronomes  le  palfage  entier  ,  en  cas 
qu'on  put  tirer  quelque  parti  de  la  difpolltion  des  aftres  qui  y  eft  rapportée. 
Nous  doutons  qu'on  puilfe  y  réuiîlr,  parce  qu'elle  eft  trop  vague.  Le  lieu 
des  planètes-,  défigné  parle  figne,  n'eft  pas  une  indication  affez  précife  •,  mais 
MOUS  remarquerons  que  ladiviiîun  de  ces  1 2000  ans ,  par  intervalles  de  3003 
ans  ,  indique  une  divifion  de  4  âges ,  &  que  l'attribution  de  1 000  ans  a. 
chaque  ligne  ,  femble  renfermer  une  connoilfance  ,  au  moins  grolliere  ,  du 
mouvement  des  étoiles  qu'ils  croyoient  apparemment  de  3°  en  cent  ans.     . 

Remarquons  que  comme  Kaiomorh  ,  félon  les  Perfes ,  parut  au  feptiema 
mille  ,  les  Chinois  difentqne  la  durée  du  rems  prefcrit  a  été  produite  dans 
la  fepdeme  heure  d'un  jour  myftérieux  (c)  qui  eft  la  figure  de  la  durée  du 
monde. 

Remarquons  encore  que  ce  7'  mille  eft  celui  de  la  balance  ,  félon  les 
Perfes  ,  &  que  les  Chinois  difent  que  l'homme  eft  né  dans  l'équinoxe  d'au- 
tomne. Selon  la  tradition  égyptienne,  c'étoit  45  jours  après  le  folftice  d'été. 
Selon  la  tradition  chaldéenne  ,  c'étoit  vers  le  30^  jour  de  la  balance  (d). 
Nous  ne  nous  laflons  point ,  &  nous  efperons  qu'on  nous  pardonnera  de 
rapprocher  les  traditions.  Ce  rapprochement  eft  utile  &  peut  un  jour  fournie 
quelques  lumières. 

§.    X  L  V. 

Toutes  les  obfervations  des  Chaldéens  furent  faites  dans  le  temple  de 
Jupiter  Belus.  Ce  temple  qui  étoit  au  milieu  de  Babylone  ,  fut  un  des  plus 


{a)  Selon  Macrobe  ,  à  la  nailTance  du  dans  le  capricorne.  Macrobe  ,   Jbmn.  Scip. 

monde,  la   lune  écoic  dans   l'écreviire  ,  le  Lib   I ,  c.   ii. 

ioleii  dans  le  lion  ,  mercure  dans  la  vierge,  (b)  Zend-Avefta  ,   T.   II ,  p.  jjj- 

venus  dins  la  balance  ,  mars  dans  le  fcor-  (t)  Martini,  Hift.  delaCliine,  T.  I, p.  1 1 . 

pion,  Jupiter   dans  le  fagittaire  ,  faturne  (a?)  Frcret,  dsf.  de  la  Chron.  pag.  x^i. 


J94  ÊCLAIRCISS'EMENS 

magnifiques  édifices  du  monde.  Au  centre  ézon  une  tour  de  forme  pyra- 
midale ,  qui  avoir  ,  fuivanr  Hérodote  {n)  ,  un  (lade  de  largeur  &  de  hau- 
teur. Hérodote  l'avoir  vue  ,  &  il  femble  qu'on  doive  s'en  rapporter  à  lui;  il 
ne  dit  point  quelle  étoit  la  valeur  de  ce  ftade  ,  Ci  c'éroit  le  ftade  grec  dont 
M.  Le  Roi  {/>  )  a.  donné  la  mefure  exafte  de  94  ^'/^  toifes,  la  tour  auroit 
eu  environ  95  toifes  de  hauteur.  Mais  nous  imaginons  plus  volonrers  que 
ce  ftade  étoit  celui  dont  on  fe  fervoit  dans  la  Perfe  ,  &c  qui  étoit  ,  comme 
nous  le  prouverons ,  de  85  toifes  ^  pieds.  En  prenant  cette  mefure  pour  celle 
du  côté  de  la  pyramide,  il  en  rcfulttrafa  hauteur  perpendiculaire  de  74  toifes, 
c'eft  i-dirc,  un  peu  moins  que  les  pyramides  d'Egypte  qui  en  ont  78  [c). 

D'odore,  venu  plufieurs  fiecles  après  Hérodote  ,  dit  :  "  ce  temp'e  étant 
<«  abfolumenr  ruiné  ,  nous  n'en  pouvons  rien  dire  de  bien  exaét  ;  mais  on 
5j  convient  qu'il  étoit  d'une  hauteur  excelTîve ,  &  que  les  Chaldcens  y  ont 
5)  fait  leurs  principales  découvertes  en  aftronomie  ,  par  l'avantage  qu'il  y 
»  avoit  d'obferver  de  là  le  lever  &  le  coucher  des  aftres  (ci')  ».  M.  DanviUe 
place  les  ruines  de  Babylone  à  51°  30'  de  latitude  boréale  ,  avec  à  peu  près 
la  même  longitude  que  Bagdad  (c). 


(  a  )  In  Clio. 

(b  )  M.  le  Roi ,  aftuellcmenc  Membre 
de  rA.adémie  des  Inlcriptions  &.  Belles- 
Lettres  &  de  celle  d'Architcfture. 

Voye:^  fon  bel  ouvrage  des  ruines  de  la 
Ciece. 


(  c  )  M.  de  Chazelles  ,  Mémoires  de  l'A- 
cadémie ,  I7(ii,  pag.   160. 

(  d  )  Diodore ,  Liv.  II ,  Tome  I ,  page 

»35-         _  ,  -    . 

(e)  Mémoires  de  TAcadémie  des  lufcrip-» 
tiont,  TomcXXYIlI  j  page  1^7. 


ASTRONOMIQUE?,  39J 


LIVRE     CINQUIEME- 


De  l'ÂJironomie  des  anciens  Égyptiens^ 
§.     Premier. 

-*■  L  p.iro!t  évident  que  les  Erhiopiens  font  plus  anciens  que  les  Egyptiens  , 
^  font  leurs  véritables  ancêtres.  Nçus  avons  déjà  cité  Lucien  ,  nous  ajou- 
terons un  palfage  du  même  pKilofophe  {a  ). 

"  Les  Ethiopiens  ,  à  ce  qu'on  dit ,  font  les  premiers  qui  ont  inventé  l'Af- 
3>  tronomie ,  à  caufe  que  leur  ciel  efl:  fans  nuage  ,  &  qu'ils  n'éprouvent  pas , 
«  comme  nous ,  les  changemens  des  faifons  ,  outre  que  c'ell:  une  nation 
»  fort  lubtile  &  qui  furpalfe  toutes  les  autres  en  efprit  &  en  favoir.  Après 
n  avoir  donc  remarqué  les  phafes  de  la  lune  ,  ils  en  voulurent  rechercher 
»>  la  caule ,  &  ils  trouvèrent  que  cela  venoit  des  différens  afpeéts  du  foleil 
:)  dont  elle  emprunte  fa  lumière.  Ils  étudièrent  enfoite  le  cours  Se  la  na- 
:j  ture  des  autres  planètes  ,  &  leur  donnèrent  des  noms  ,  non-feulement 
»  pour  les  difcerner  ,  mais  pour  marquer  leurs  diverfes  influences.  Enfin 
15  les  Egyptiens  ont  cultivé  cette  fcience ,  5cc.  jj 

En  effet ,  l'Ethiopie  efl:  encore  plus  fertile  que  l'Egypte  ;  on  y  fait  quel- 
quefois deux  ou  trois  moiirons  par  an.  La  chaleur  eft  extrême  dans  fes  plai- 
nes ,  mais  elle  eft  tempérée  dans  les  lieux  hauts  :  l'Ethiopie  eft  fort  élevée  , 
puifqu'elle  renferme  les  cataractes  du  Nil  j  il  eft  donc  probable  qu'elle 
a  pu  être  habitée  avant  l'Egvpte.  Si  Atlas  a  jamais  régné  ,  comme  il 
paroît  qu'on  doit  le  croire  ,  c'eft  dans  la  Libye  j  fon  royaume  conlîftoit , 
peut  -  être  ,  dans  la  montagne  qui  porte  fon  nom  :  car  dans  ce  tems 
trcs-anclen  ,  la  terre  étoit  partout  inculte  ,  les  plaines  étoient  inonJées  , 
fangeufes  ,  Je  les  premiers  empires  furent  fur  des  montagnes.  Les  en- 
fans  ou  les  frères  d'Atlas  palTerent  dans  la  haute  Ethiopie ,  d'où  ils  purent 
fe  répandre  dans  l'Egypte  ,  quand  elle  devint  habitable.  Les  Ethiopiens  , 
€n  fe  multipliant  ,  ont  étendu  leurs  habitations  avec  les  conquêtes  du 
fleuve  •,  alnfi  les  premières  connoifTances  des  Egyptiens  auront  été  fondées 
en  Ethiopie  ,  où  fut  la  demeure  de  leurs  ancêtres.  Les  Ethiopiens  difoient 

\  a)  Traiic  de  l'Allrolo^ic, 

D  d  d  ij 


î$>£î  ÉCLAIRCISSEMENS 

encore  [a]  que  les  Egypciens  ctoient  une  de  leurs  colonies  qui  fut  menée 
en  Egypte  par  Ofuis.  Il  eft  fi  probable  que  les  chofes  fe  font  palf^'es  ainfi , 
que,  félon  tous  les  anciens  auteurs  ,  la  haute  Egypte  fut  peuplée  Se  éclairée 
la  première.  Ajoutons  que  le  Nil  étoic  adoré  en  Egypte  [i)  ;  il  l'ctoit 
de  même  en  Ethiopie.  M.  le  chevalier  BruflT ,  dans  un  grand  voyage 
qu'il  vient  de  terminer ,  a  pénétré  dans  l'Afrique,  &  a  découvert  les  fources 
du  Nil.  Il  a  vu  ,  fuivant  ce  qu'on  nous'  a  dit ,  que  ces  fources  avoienr  un 
culte  &  des  prêtres.  Puifque  ces  fuper'Htions  font  defcendues  le  long  du 
Nil  ,  les  peuples  ont  été  également  tranfportés  ,  i3c  ce  font  les  Ethiopiens 
qui  ont  dii  établir  ce  culte  en  Egypte. 

Les  habitans  de  Thebes ,  flimeufe  par  fes  cent  portes,  nommée  autre- 
ment Diofpolis ,  fe  difoient  les  plus  anciens  des  Egyptiens,  iJc  fe  vantoient 
que  la  philofophie ,  auHl  bien  que  l'ARronomie  ,  avoir  pris  nailTImce  chez 
eux.  Nous  pourrions  croire  que  l'Aftronomic  cultivée  à  Thebes ,  eut  fa  pre- 
mière origine  dans  l'Ethiopie  ,  fi  le  nom  d'Indiens  que  porroient  les  Ethiopiens 
comme  les  habitans  des  bords  du  Gange  &  une  infinité  d'autres  preuves 
que  nous  avons  déjà  indiquées  ,  n'établifioient  pas  une  parenté  certaine 
entre  ces  deux  peuples.  Quelques-unes  des  opinions  philofophiques  des 
Egyptiens  font  dues  aux  Indiens.  La  métempfycofe  eft  chez  eux  un  dogme 
général,  au  lieu  qu'en  Egypte  elle  n'étoit  que  le  fentiment  de  quelques  par- 
ticuliers. Philoftrate  dit  pofitivement  qu'elle  avoit  palfé  de  l'Inde  en  Egypte. 
Apollonius  demandant  à  Jarchas ,  chef  des  Gymnofophiftes ,  ce  qu'il  penfbic 
de  l'ame:  Nous  penfons ,  diril,  ce  que  Pythagore  vous  a  appris,  &  ce  que 
nous  avons  appris  nous-mêmes  aux  Egyptiens  (c).  Le  peu  d'autorité  d» 
Philoftrate  ne  fait  rien  ici.  Quand  ce  qu'il  avance  ne  feroit  point  un  fait 
véritable,  il  y  a  au  moins  lieu  de  croire  qu'il  parloir  d'après  les  traditions  & 
l'opinion  reçue  de  fon  tems.  Au  défaut  des  faits  pofitifs  ,  ces  traditions 
font  précieufes  ,  &  toutes  celles  que  nous  avons  recueillies  jufqu'ici  ,  con- 
courent à  ramener  les  connoilfances  aftronomiques  j  à  la  fource  commune 
que  nous  avons  trouvée  dans  l'Afie. 

§.     I  I. 

Thaut,  Hermès  ou  Mercure  eft  regardé  chez  les  Egypriens ,  comme 
l'inventeur  de  l'Aftronomie.   Nous  avons  foupçonné  que  c'étoit  le  fécond 


{u  )  Diodoïc,  Liv.  I ,  p.  109.  (c)  De  vita  Apollonii ,  Lib.  III. 

(a)  Fi^noriusmenjuifacu  ,2-  So,  81.  Méra.  Acad.  des  Iiif,  T,  XXXI ,  p.  134. 


ASTRONOMIQUES.  397 

des  Hermès  qui  a  pu  palfei-  en  Egypte  environ  5  5  fiecles  avant  J.  C.  Les 
Arabes,  reconnoilfent  ces  trois  Hermès.  Le  premier  ,  félon  eux  ,  fut  Edris 
ou  Henoch  ,  le  troifieme  eft  celui  qui  fut  furnommé  Trifmegîfle.  On  dit 
qu'il  naquit  lors  de  la  grande  conjcnftion  de  Mercure  avec  le  foleil.  Nous 
ignorons  ce  que  les  Arabes  entendent  par  cette  grande  conjondion.  Les 
Arabes  confervent  de  lui  un  ouvrage  intitulé  Afrar-Kelam.  Il  y  traite  des 
grandes  conjondions  des  planètes.  Ce  livre  pafTe  pour  fuppofé,  comme  celui 
que  nous  avons  fous  le  titre  de  Pimander  &  d'Afclepius  ;  mais  la  chofe 
a-t-elle  été  fuffifamment  examinée?  Ces  livres  font  toujours 'très-anciens  ,  & 
font  par  conféquent  très-curieux.  On  trouve  à  la  bibliothèque  du  Roi  , 
n*^.  103^  ,  un  livre  qui  traite  du  lever  de  firius ,  livre  attribué  au  premier 
des  Hermès ,  l'Edris  des  Arabes  (  tz  ).  Il  eft  bien  fâcheux  que  des  ouvrages , 
où  l'on  pourroit  trouver  des  lumières  fur  l'antiquité  ,  ne  foient  pas  tr.xduics. 

§.     1  I  I. 

On  ne  doit  pas  attendre  plus  de  chronologie  dans  l'ordre  des  connoif- 
fances  égyptiennes  que  nous  n'en  avons  trouvé  à  Babylone.  Nous  n'avons 
fur  l'antiquité  que  des  lambeaux  découfus  j  nous  ignorons  ceux  qui  doivent 
être  rangés  les  premiers  \  cependant  nous  commencerons  par  la  forme  de 
l'année  ,  parceque  le  befoin  du  calendrier  a  produit  partout  les  premières 
obfervations  aftronomiques.  Nous  avons  déjà  dit  que  les  Egyptiens  eurent 
des  années  d'un  ,  de  deux,  de  trois ,  de  quatre  &  de  fix  mois.  Ce  fut  Horus, 
fils  d'Ofiris ,  qui  inftitua  ,  dit-on  ( /' )  celle  de  trois  mois,  en  partageant 
l'année  en  quatre  faifons.  C'eft  de  fon  nom  fans  doute  qu'eft  venu  le  mot 
orcsyhora  ,  par  lequel  les  faifons  unième  l'année  (c)  étoient  ancienne- 
ment défignées. 

Les  Egyptiens  étendirent  ces  révolutions  deftinées  à  mefurcr  letems  juf- 
ou'à  1 1  lunaifons ,  (î  l'on  s'en  rapporte  à  une  ancienne  fable  expliquée  par 
M.  f  reret  {à).  Il  conjeélure  que  les  Egyptiens  ont  eu  une  année  lunaire  de 
3  1;  ^  jours ,  &  voici  la  fable  ou  la  tradition  fur  laquelle  il  fe  fonde  {e).  Rhéa 
eut  un  commerce  illégitime  avec  Saturne  ,  le  foleil  s'en  apperçut ,  la  mau- 
dit, &  fouhaita  qu'elle  ne  pût  accoucher  dans  aucun  mors,  ni  dans  aucun 
jour  de  l'année.  Cependant,  comme  le  fardeau  pefoit  à  ladéeiTe  ,  Mercure, 


(  a  )  Herbelot  ,  Bibliothèque  Oiieinalc  ,  (c)  Plutarcjuc  ,  in  Simvos  ,  L.  V,  qu^fi.  IV, 

p.ic!;.  449,  4V0.  (i^)  Dch  de  ta  Chron.  ji.  411. 

\è  )  Ccnfoiin  ,  de  die  nata'i  ^  c.  15.  {,c)  riu:ai>liieid'Ius£cd'ûiîiis,§.  7, 


3o8  ÉCLAIRCISSEMENS 

ponr  l'en  délivrer  &  méiiterfes faveur-;  ,  s'avifa  cl'iin  expédient.  Il  engagea  la 
lune  à  jouer  layo^  partie  de  chacun  dî  fes  jours  ;  il  gagna,  &  de  ces  foixante- 
dixiemes  de  jour  ,  il  compi^fa  cinq  jours  épagomenes ,  qui  furent  ajourés  à 
l'année  lunaire.  11  eft  vrai  que  P'utarque  en  rapportant  ceci ,  l'applique  tou- 
jours aux  cinq  jours  épagomenes  de  l'année  folaire  ;  mais  ,  comme  le  re- 
marque M.  Freret ,  il  paroît  qu'il  ne  doit  être  queftion  que  de  l'année  lu- 
naire ,  puifque  cinq  jours  fonr  la  yi*^  ,  &  non  la  yj"  partie  de  jCîo 
jours.  Remarquons  de  plus  que  c'tft  à  la  lune  &  non  pas  au  foleil  que  Mer- 
cure s'adrelTe.  M.  Freret  fuppofe  que  l'année  lunaire  fut  d'abord  de  350 
jours ,  compofant  5  c  femaines  ,  8c  ii  mois  de  19  jours  4  heures.  Cette 
idée  de  M.  Freret  s'accorde  très-bien  avec  l'explication  que  nous  avons 
donnée  {a)  des  50  fils  d'Hercule  &  des  50  danaïdes  ,  qui  fuppofent  une 
année  de  50  femaines.  Mais  comme  Tannée  lunaire  e(l  de  554  jours  &  uti 
peu  plus  de  huit  heures,  on  s'apperçut  bientôt  que  l'autre  année  étoit  trop 
courte,  &  l'on  y  ajouta  cinq  jours.  C'efl:  dans  ces  cinq  jours  que  Rhéa  fie 
fes  couches ,  lefquelles  furent  d'aurant  plus  fingulieres  ,  que  n'ayant  conçu 
que  quatre  enfans ,  elle  en  mit  cinq  au  jour  ,  parceque  I!is  &c  Ofiris  étoient 
reftésfilong-tems  dansfon  fein,qu'ds  parvinrent  à  l'âge  de  connoître  l'amour, 
&  qu'ils  eurent  dans  le  ventre  même  de  leur  mère  un  fils  qui  fut  HorusJ 
Or  comme  la  première  fois  qu'on  ajouta  ces  cinq  jours  ,  ils  ne  faifoient 
effeâiivement  partie  d'aucun  mois ,  elle  éluda  ,  par  l'artifice  de  Mercure  , 
les  malédidions  du  foleil.  On  pourroit  conjedurer  encore  que  c'eft  à  Mer- 
cure ,  ou  au  Thaut  des  Egyptiens  ,  qu'eft  due  cette  correélion  de  l'année 
lunaire,  puifque  dans  la  fable  c'efc  Mercure  qui  elT:  l'auteur  de  la  fuper- 
cherie  &  du  vol  fait  .1  la  lune. 

§•    I  V. 

Tout  ceci  n'eft  qu'une  pure  conjecture  5  mais  il  eft  certain  que  les  an- 
ciens Egyptiens  ont  compté  long-tems  par  mois  ,  &c  par  des  intervalles  de 
plufieursmois.  Quand  on  lifoitdans  leurs  annales  qu'il  s'étoit  écoulé  23000 
ans  entre  le  règne  du  foleil  &  le  palfage  d'Alexandre  en  Afie  ,  pendant  le- 
quel tems  des  rois  avoient  régné  les  uns  1200  ans,  les  autres  300  ans  ,  il 
paroît  que  les  prêtres  chronologiftes  étoient  eux-mêmes  honteux  de  ces  cal- 
culs {h)  j  car  ils  les  excufoient  en  difant  que  d'abord  on  avoir  mefuré  le  tems 
par  le  cours  de  la  lune,  &  que  les  années  étoient  de  30  fours  feulement. 

(a)  Suprà,  Liv.  IV,  §.  3.  (à)  Diodore  ,  T.  I ,  Liv.  I,  p.  85. 


ASTRONOMIQUES.  599 

Alors  on  peut  moins  s'cronner  de  ces  rois  qui  cm  régné  i  200  années  ,  lef- 
quelles  ne  valent  dans  cette  fuppofition  qu'environ  1  ce  des  nôtres.  Ces 
prerres  ajoutoient  que  dans  l.i  fuite  les  années  ont  été  compcfées  de  naître 
niois ,  qu;  font  la  durée  de  chacune  des  trois  faifons  ,  le  prinrems ,  l'été  & 
1  hiver  {12),  d'où  vient  que  chez  quelques  auteurs  les  années  s'.-\ppe!lent 
laiions,  &  les  hiftoires  des  horographies.  Amfi  les  règnes  de  300  ans  de 
CCS  autres  rois  fe  trouvent  réduits  à  moins  de  100  ans. 

§.     V. 

Après  avoir  paflé  par  ces  difTérenres  formes  d'années,  on  imagina  d^ 
rr.efurerle  temspar  les  révolutions  du  folei!  j  &  pour  y  conformer  l'année 
civile  ,  on  lui  donna  560  jours  ,  que  l'on  partagea  en  1  2  mois  (è).  Enfin 
on  s'appcrçur  que  cette  année  s'écartoit  de  5  jours  de  la  véritable  révolution. 
Ce  furent  les  Thebains  qui  firent  cette  remarque  (c ).  Ils  ajoutèrent  donc  à 
leur  année  ces  cinq  jours  que  l'on  nommoit  épagomenes. 

Diodore  de  Sicile  rapporte  qu'Ofiris  eft  enterré  dans  une  île  que  le  Nil 
forme  fur  les  confins  de  l'Egypte  &  de  l'Echiopie  ;  fon  tombeau  eft  envi- 
ronné de  360  urnes,  que  chaque  jour  les  prêtres  rempliffent  delait  (d).  Sur 
quoi  Newton  (c)  prétend  qu'alors  ,  c'eft-à-dire  ,  au  rems  des  honneurs  qu'on 
a  rendus  à  Ofiris  ,  l'année  n'étoit  que  de  360  jours  ,  parce  qu'il  eft  afTez 
vraifemblable  que  le  nombre  de  ces  urnes  fait  alluficn  au  nombre  des  jours 
de  l'année.  Cette  date  qui  remonte  à  Ofiris  eft  fi  ancienne ,  que  l'année  de 
3(^5  jours  pourroit  l'être  encore  beaucoup  [J).  Mais  M.  Freret  n'adopte 
point  la  conclufion  de  Newton.  Ce  favant  obferve  {g)  que  le  nombre  de 
5<îo  prouve  feulement  que  les  cinq  jours  épagomenes  étoient  regardés 
comme  ne  faifant  point  partie  de  l'année.  "  Nous  voyons ,  dit-il,  que  du  tems 
»  d'Alexandre  ,  les  prêtres  confacrant  diverfes  chofes  au  foleil ,  en  nombre 
»  égal  à  celui  des  jours  de  l'année  ,  ce  norhbre  étoit  de  ^60  ,  quoiqu'on 
55  ajoutât  cinq  jours  épagomenes  aux  360  jours  des  douze  mois.  Les  cinq 
»  jours  épagomenes  font  nommés  dans  plafieurs  des  langues  orientales ,  les 
»   jours  dérobes  [h]  «. 

(  a  )  DIodoie  Se  Piucarque ,  dans  la  vie  (d)  Idem  ,  Tom.  I ,  Liv.  I ,  pag.  aj. 

de  NuiTia.  (  e  )  Chrouol    p.  79  ,  Paris  171  S. 

(ff)  Sincelle  ,   Chron.  pag.  iiî.  (/")  Suprà  ,  Liv.  I,  §.  10,  18,  ij, 

(  c  )  Strabon  ,  Gcog;   Lib.  "XVII,  p.  8i«.  (  g)  Dcf.  de  la  Chron.  pag.  412,, 

Diodore  ,  T.  I ,  Liv.  I,  p.  10^.  {h)  Golius,  ad  jîlfergan. 


400  ÉCLAIRCISSEMENS 

§.     V  I. 

Nous  apprenons  de  Pline  {a)  que  les  Egyptiens  commençoîent  le  jour 
à  minuit.  Cependant  M. de  laNaufe  {b)  cite  liîdore  qui  afiTiire que  les  Egyp- 
tiens comptoient  les  jours  d'un  foleil  couchant  à  l'autre  ,  ce  qui  eft  conforme 
à  ce  que  rapporte  Theon  ,  que  la  canicule  fe  levoit  à  l'onzième  heure ,  c'eft- 
à-dire  ,  l'onzième  depuis  le  coucher  du  foleil  :  car  il  eft  clair  que  le  lever 
vlfible  d'une  étoile  ne  peut  jamais  avoir  lieu  à  onze  heures  du  matin.  Il 
faut  croire  que  dans  cUlférentes  divifions  du  pays ,  les  Egyptiens  avoienr 
diBcrentes  manières  de  compter ,  ou  que  ces  diftcrcntes  manières  de  comp- 
ter ont  exifté  dans  des  tems  diflcrens. 

§.     VII. 

Nous  avons  vu  que  fuivant  nos  calculs  ,  'a  chronologie  égyptienne  fal- 
foit  remonter  l'ufage  des  années  folaires  vers  l'an  iSSy,  ce  qui  eft  d'accord 
avec  l'inftitution  de  la  période  caniculaire  que  l'on  peut  fixer  avec  Manéthon 
à  l'an  1781.  Sirius  ou  la  canicule  étoit  donc  obfervée  alors  en  Egypte. 

Cette  étoile  étoit  connue  dans  la  Grèce  dès  le  tems  d'Eumolpe  (t  )  &  con- 
féquemment  avant  la  guerre  de  Troie  {d)  :  elle  doit  l'avoir  été  long-tems 
auparavant  en  Egypte.  Nous  voyons  (  e  )  par  l'infcription  dédiée  à  Ifis , 
qu'elle  étoit  connue  alors ,  c'eft-à-dire  fans  doute,  plus  de  3  000  ans  avant  J.  C. 
Le  changement  du  lever  de  cette  étoile  qui  retardoit  d'un  jour  tous  les  4 
ans ,  donna  lieu  auxEgyptiens  de  former  une  petite  période  de  4  années ,  qui 
étoit  précifément  celle  de  nos  années  bilTextiles  ^  période  qu'ils  défignoient 
fous  l'emblème  d'un  arpent  de  terre  ,  marquant  la  première  année  par  un 
quart  d'arpent ,  la  féconde  par  deux  quarts  (/)  ,  &c.  tout  cela  ne  fignifiant 
que  les  quarts  de  jour  dont  l'année  étoit  en  défaut.  La  révolution  de  cette 
période  n'avoir  d'autre  effet  que  de  renfermer  le  changement  du  lever  de 
{îrius ,  qui  tous  les  quatre  ans  arrivoit  un  jour  plus  tard.  11  femble  que 
Strabon  {g)  falfe  mention  de  cette  période  en  l'attribuant  aux  Thebains. 


(a)  Lib.  II  ,  c.  77.  (  d)  Eumolpc étoit  fils  de  Mufée  ,   l'un 

(^)  La  Naufe,  Mémoires  de  l'Acadcmie       Se  l'autre,  ainfi  qu'Orphée,   palfent  pour 
<ies  Infcriptions,  Tom.  XIV.  avoir  vécu  avant  la  guerre    de  Troie. 

(c.)  Diodore  ,  Liv.  I ,  pag.  14.,  nous  a  Kbyf^  Fabricius  ,  bibliothèque  Grecque, 

çonfcrvé  cç  vers  d'Eumolpe  :  L'w-  I ,  c.  6  &  1  fi. 

(  e  )  ÇclaircilTemeus ,  Ljv.  I,  §.  10, 
De  l'ardent  (îrius  rétoile  étincclante.  (/)  Horus  ApoUo  ,  Lib.  I ,  c.  j. 

(^  )  Strabon,  Lib.  XVII,  p.  8itf. 

§.    V  I  1  L 


•    -  A  s  T  R  O  N  0  M  I  Q  U  E  5.  4»r 

§.    VIII. 

BArN'BR.iGGK(a)  remarque  avec  raîfon  que  l'année  rurale  des E?:yptiens ," 
<^iXi  commençoit  avec  le  lever  de  la  canicule ,  avoir  cgalenienr  rous  les  quarre 
ans  un  jour  inrercalaire  ;  cela  eft  cvidenr.  Nous  avons  dir  que  fi  la  canicule 
s  etoK  levée  le  premier  jour  d'une  année  ,  elle  continuoir  à  fe  lever  le  même 
jour  les  deux  fuivanres ,  mais  que  la  quarrieme  elle  ne  fe  levoir  que  le  fé- 
cond. L'intervalle  de  ces  deux  levers  embraffoic  donc  jtJ^T  jouis.  CcÙ.  une 
contradiction  ,  ou  du  moins  une  confufion  d'idées ,  que  de  dire  généralement 
comme  Porphyre  (  n  )  que  les  Egyptiens  commençoient  leur  année  au  folftice 
d'été ,  ou  au  lever  de  la  canicule.  Car  d'une  part  leur  année  religieufe  com- 
mençoit à  tous  les  jours  de  l'année  folaire  ,  &  de  l'autre  leur  année  rurale 
croit  bien  fi^ée  au  lever  de  la  canicule  ,  mais  non  au  folftice  d'éré.  Ce  n'eft 
qu'accidentellement  que  ces  deux  phénomènes  ont  pu  concourir  enfemble  , 
Se  chaque  année  le  lever  de  la  canicule  tendoit  à  s'éloigner  du  folftice  par 
le  mouvement  progreflif  des  étoiles  en  longitude.  Cependant  ces  alTertions 
des  anciens  font  fondées  fur  quelque  raifon.  Les  Egyptiens  croyoient  (c)  que 
le  lever  de  la  canicule  avoir  prélidé  à  la  nailfance  du  monde  ;  le  premier  de 
leurs  mois  étoir  appelé  Thoth  du  nom  de  cette  étoile: il  étoit  aiTez  naturel  de 
penfer  que  le  lever  de  l'étoile  >  qui  y  fut  placé ,  lui  avoit  donné  ce  nom ,  6c  que 
fans  doute  l'étoile  fêle  voit  alors  héliaquementdans  le  tems  du  folftice.  Chaque 
commencement  d'année  devenoit  ainfi  pour  eux  l'anniverfaire  du  monde. 
Godefroy  Vendelinus  (  d) ,  aftronôme  flamand  ,  a  imaginé  que  l'époque,  ou 
le  commencement  de  cette  période  remontoit  à  l'année  11(^5  avant  J.  C.  , 
parce  que  dans  cette  année  la  nouvelle  lune  ,  le  lever  de  firius ,  le  folftice 
d'été  ,  &  le  premier  jour  du  mois  de  Thoth  tombent  le  même  jour  ,  c'eft-à- 
dire  ,  le  5  Juillet  ie).  Selon  lui  ce  concours  alTez  rare  a  pu  être  choifi  pour- 
époque  ,  &  l'on  a  dir  que  l'année  égyptienne  commençoit  au  folftice  ,  puif- 
qu'en  effet  la  période  fothique  ,  ou  la  première  année  de  cette  période 
avoit  commencé  ainiî ,  quoique  réellement  cela  ne  foit  arrivé  que  cette  année 
là.  Mais  Vendelinus  s'eft  trompé  (/)  en  ce  qu'au  lieu  du  lever  héliaque  ,  il  a 
pris  le  lever  cofmique  (g  )  qui  n'eût  été  d'aucun  ufage  pour  les  Egyptiens. 

(ci  )  £>,:  a.i,-:o,  came.  c.  4.  (/)   Bainbriggc,  de  ann.   canic.   c.   4, 

(,b)  De  artro  Nymph.  pag;-  57.                                            ^     ^ 

(<r)  La  Naafe  ,    Académie  des  Infcrip-  Ig)  Le  lever  coGnique  d'une  étoile,  eft 

tions  ,  Tom.  XIV  ,  pag.  347.  celui  qui  a  lieu  au  moment  même  du  lever 

(  d  )  Riccioli ,  Almag.  nov.  T.  I ,  p.  1 19.  du  foleil  ;  il  ell  clair  que  l'étoile  n'eft  pas 

l^e)  Le  /  Juillet ,  Proleptiquc  ou  Julien.  viiible  alors. 

E  e  e 


40Z  ÉCLAIRCISSEMENS 

Bainbrigge  a  calculé  {a)  que  dans  la  balle  Egypte  ,  c'eft-à-dire  ,  fous  le  pa- 
rallèle de  30°  ii',ran  1322  avant  J.  C.jfirius  fe  levojt  héliaqaementlorfque 
le  foleil  éroir  dans  le  14'  degré  de  l'écreviire  ,  &  que  l'an  i  jîJ  après  J.  C.  il 
fe  levoit  lorfque  le  foleil  ctoic  dans  le  2.6^  degré  du  même  figne^  d'où  il  s'en- 
fuit que  le  lever  héliaque  de  firius  n'a  pu  concourir  avec  le  foiftice  d'été , 
qnc  2800  ou  poo  ans  avant  notre  ère. 

§.     I  X. 

Nous  avons  des  preuves  hiftoriques  qui  établiîTent  le  commencement  de 
cette  période.  Cenforin  (  b  )  nous  apprend  que  l'année  25  8  de  notre  ère  fut 
la  100^  de  la  période  fothique.  Cette  période  s'éroit  donc  renouvelée  l'an 
1 38  ,  &  conféquemment  avoir  commencé  l'an  1 322  avant  J.  C  En  outre 
les  années  de  Nabonalfar  ,  comptées  fuivant  la  forme  égyptienne  ,  ont  leur 
époque  Se  leur  commencement  le  16  Février  de  l'an  747  avant  J.  C.  Or  fî 
l'on  fuppofe  que  lors  de  l'établiflement  de  la  période  ,  le  commencement  de 
l'année  ait  été  fixé  au  lever  de  la  canicule  qui  arrivoit  à  Thebes ,  en  Egypte  , 
vers  le  20  Juillet  (t)  ,  ce  premier  jour  auroit  donc  rétrogradé  de  144  jours , 
ce  qui  exige  un  intervalle  de  $j6  ans.  Par  conféquent  le  commencement  de 
la  période  feroit ,  comme  nous  l'avons  déjà  trouvé  ,  de  l'an  322.  Ces  deux 
déterminations  s'accordent  fingutieremen:  bien ,  &  l'on  peut  regarder  l'an 
13  22  comme  une  époque  de  cette  période. 

§.     X. 

I L  feroit  curieux  de  favoir  fî  cette  époque  fut  la  première  &  la  date  de  l'é- 
tabliffement  de  la  période.  Manéthon  dit  [d]  formellement  le  contraire.  Selon 
lui ,  les  pafteurs  entrèrent  en  Egypte  la  700*^  année  du  cycle  fothique  ,  ils  y 
refterent  5 1 1  ans  ,  &  ils  furent  chaffés  par  Séfoftris ,  dont  M.  Freret  (t;)  placé 
le  règne  en  1 5  70^  donc  le  cycle  a  commencé  en  2782,  précifément  i4(îoans 
avant  le  commencement  de  l'autre  cycle  que  nous  venons  de  fixer.  D'ailleurs 
fî  réellement  il  y  avoit  en  Egypte  une  tradition  que  la  période  caniculaira 
avoir  commencé ,  lorfque  le  lever  de  la  canicule  concouroit  avec  le  foiftice 
d'été  ,  il  eft  fur  que ,  fuivant  le  calcul  de  Bainbrigge  que  nous  avons  rapporté  , 

(  a  )  Bainbrigge,  de  ann.  cank.  prob.  V,  de  l'écieville  ,  c'cft-à-dire  ,  14  ou  ly  jours 

pag.  71  &  75.  après  le  lolAice  qui  arrivoit  alors  k  5  Juil- 

{b)  De  die  natali ,  c.  11  ,  pag.  115.  let  proleptique. 

Riccioli,  Tom.  I,    pag.   119.'  (.d)  Défenfe  de  la  Chronol.  p.  147. 

(  c  )  Sirius  fe  levoit ,  comme  nous  avons  Sincclle  ,  p.   103. 

vu ,  l'an  1 3  it ,  le  foleil  étant  dans  le  14°  (e)  Déf.  de  la  Cluon.  pag.  241 ,  143. 


ASTRONOMIQUES.  40Î 

la  canicule  devoir  en  1781  fe  lever  lorfque  le  foleil  ctoit  à-peu-près  dans  le 
a°  de  l'ccreviire  5  &:  (1  on  fuppofe  ,  comme  il  eft  naturel  de  le  fiiire  ,  que  ces 
anciennes  Se  premières  obfervacions  ont  été  faites  àThebes,  qui  eft  plus  mé- 
ridionale que  Memphis,  firius  devoir  s'y  lever  deux  à  trois  jours  plutôt,  & 
par  confcquent  en  1782  pouvoit  fe  lever  le  jour  même  du  folftice. 

§.    X  I. 

Nous  avons  dit  que  les  Egyptiens  paroiffent  avoir  fait  la  durée  de  l'année 
folaire  de  j(>5'^précifément,  durée  trop  longue  de  quelques  minutes.  Ce- 
pendant Albategnius  attribue  aux  Chaldéens  une  année  aftrale  de  365'  6^ 
II',  il  l'attribue  également  aux  Egyptiens  (  «  )  ^  d'où  il  fembie  qu'on  en  de- 
vroit  conclure ,  1°.  que  les  Egyptiens  ont  mieux  connu  la  longueur  de  l'année 
que  nous  ne  l'avons  fuppofé  j  2°.  qu'ils  ont  connu  le  mouvement  des  étoiles 
en  longitude.  Mais  nous  croyons  que  c'eft  une  erreur  d'Albaregnius.  M. 
Edouard  Bernard  {è)  dit  que  les  prêtres  d'Egypte  faifoientce  mouvement, 
comme  nous,  de  50"  9'"  -  par  an.  M.Bernard  ne  cite  point  la  fource  où  il  a 
puifé:  on  peut  croire  que  c'eft  dans  les  manufcrits  arabes.  Quelles  que  foient 
ces  deux  autorités ,  nous  ne  pouvons  admettre  les  connoiirances  qu'elles  fup- 
pofent  aux  Egyptiens,  connoiffances  qui  contredifent  ce  que  nous  favons  de 
ce  peuple.  Nous  ferons  voir  par  la  fuite  qu'il  eft  très -incertain  qu'ils  ayent 
obfervé  les  échpfes.  Il  paroît  aufli  que  les  Egyptiens  n'eurent  point  l'ufage  des 
armilles  ,  ou  de  ces  grands  cercles  d'airain  ,  placés  dans  le  plan  des  cercles 
céleftes.  Us  auroient  eu  des  points  fixes  pour  mefurer  le  mouvement  des 
aftres  ,  Se  en  compenfant  par  le  nombre  des  révolutions  la  grofliereté  des  inf- 
trumens  &  des  obfervacions  ,  ils  feroient  parvenus  à  des  réfultats  plus  près 
de  la  vérité.  Plutar.-]ue  témoigne  cependant  que  les  prêtres  égyptiens  mefu- 
roient  la  hauteur  du  pôle  fur  Vhon(on  avec  une  tahkzte  en  forme  de  tuile  faifant 
un  angle  aigu  fur  un  plan  à  niveau  (c).  Mais  on  fent  que  les  aftronômes  n'é- 
toient  gueres  plus  avancés  avec  un  pareil  inftrument. 

§.     X  I  I. 

Nous  ajouterons  encore  un  faitchronologique  quiafait  foupçonner  que  les 
Egyptiens  avoient  connu  le  mouvement  des  fixes.  L'ancienne  chronique  égyp- 
tienne compte  30525  ans  entre  le  règne  du  Soleil  &  celui  de  Nedtanebus. 

(  j  )  5uprj,Lib.  V,  §.  15.  (Â)TranfaclionsPliilofophiques, n^i^S. 

Albategaius  ,  de  fcicnùa  fiellarum  ,   c,      abrégé,  T.  I,  p.  iji. 
67.  •  (  c  )  Des  oracles  qui  ont  cefle  ,  §.  }. 

E  e  e  ij 


'404  É  C  L  A  I  R  C  I  S  S  E  M  E  N  S 

Sincelle  (w) ,  qui  rapporte  cette  chronologie ,  ajoute  que  ce  3<?5  î  5  ans  ctoîenf 
la  période  de  la  refUtution  du  point  éqidnoxial  au  premier  degré  dt  la  conjlellation 
du  bélier.  M.  {b)  Freret  obferve  que  les  anciens ,  qui  ont  connu  ce  mouve- 
ment ,  l'ont  cru  environ  d'un  degré  en  100  ans  j  c'efl:  pourquoi  les  Grecs  > 
dont  le  cercle  étoit  divifé  en  ^60  degrés  ,  comptoient  jôooo  ans  pour  cette 
révolution.  Mais  les  Egyptiens  durent  l'eftiraer  de  35>o3  ans  ,  parce  qu'ils 
divi^oient  leur  cercle  en  3(^5  degrés  [c)  ,fuivanc  le  nombre  des  jours  de  leur 
année,  comme  font  encore  les  Chinois  ,  &  leur  année  étant  plus  courte  d'un 
quart  de  jour  que  l'année  folaire  vraie  ,  ils  durent  ajouter  3^500  quarts  de 
jour,  ou  15  années  égyptiennes.  Eu  applaudilfant  à  cette  remarque  ,  qui  eft 
ingénieufe ,  nous  devons  dire  que  la  circonftance  ajoutée  par  Sincelle  que  ces 
3(3525  ans  font  la  période  d'une  révolution  des  étoiles,  eft  très  vraifembli- 
blement  une  obfervation  de  Sincelle  même  ,  fondée  fur  la  connoifTance  pof- 
térieure  du  mouvement  des  hxes.  On  a  cru  longtems  que  ces  nombreufes 
années  de  la  chronologie  des  anciens  peuples ,  étoient  des  périodes  aftrona- 
miques ,  que  le  calcul  avoir  fait  connoîrre  ,  &  dont  la  vanité  nationale  s'étort 
appuyée  pour  fe  créer  une  antiquité  fabuleufe  5  en  conféquence  lorfque  les 
auteurs  chrétiens  ont  trouvé  quelque  rapport  entre  le  nombre  de  ces  années 
&  quelques  révolutions  céleftes  ,  ils  n'ont  pas  manqué  de  le  faire  obferver, 
&  voilà  tout  ce  que  fignifie  fans  doute  le  palfage  de  Sincelle.  Remarquons 
que  cette  idée  appartient  primitivement  à  Proclus.  Il  dit  que  la  révolution  du 
mouvement  des  hxes  eft  de  3(^5  25  ,  &  non  de  3(îaoo  ans ,  parce  que  le  mou- 
vement féculaire  des  fixes  n'eft  point  dun  degré  précifément,  mais  d'une 
partie  du  cercle  divifé  en  3(55  ^  {d). 

§.     XII  I. 

Ce  n'eft  pas  la  feule  explication  que  l'on  ait  donnée  de  cette  chronologie. 
Il  paroîtque  les  Egyptiens  avoienteftayé  de  concilier  les  mouvemens  dufoleîl 
&  de  la  lune.  Le  bœuf  Apis  étoit  confacré  à  ces  deux  aftres  j  fa  vie  étoic  li- 
mitée à  2  5^  ans  (  e  \  Lucain  dit  : 

Hune  genuii  cuflos  Nilf  crefccntis  in  arva 
Memphis  vana  facris  y  illo  cultore  deorum 
Luftra  fus.  Pkœies ,  non  unus  vixerat  Apis  (/). 

(a)  Pages  ji  ,  ji.  ^upra  ,   Liv.  VI,  §.   19. 

(A)  Défenfc  de  la  Cliroiiologie ,  p.  130  {d  )  Proclus ,  hypotli.  c.   z,  p.  58g, 

^'^  ^U'v.  {e)  Plutarque,  in.  Ofiride ,  %.   ij. 

L   (  aCenforin,  c.  18.  {J)  Pharfak,  Lib.  Ylll,  v.  47;- 


ASTRONOMIQUES.  405 

On  en  peut  conclure,  ce  femble,  qu'Apis  vivoit  un  luilre  de  la  lune. 
Piiarnabe  ,  dans  fes  notes  fur  Lucain  ,  a  entendu  par  luftre  de  la  lune  un  in- 
tervalle de  5  mois.  Cette  période  n'a  jamais  été  établie  nulle  part.  Il  faut 
croire  que  Lucain  parloir  de  quelqu'autre  révolution  de  cette  planète.  Or  il 
fe  trouve  que  15  années  vagues  des  Egyptiens,  de  365  jours  chacune, font 
9125  jours ,  &  font  égales  à  309  révolutions  de  la  lune  à  l'égard  du  foleil; 
car  ces  309  révolutions  font  9124'  22''  51'  27".  Au  bout  de  25  ans  ,  la 
lune  recommence  fon  cours  ,  à  une  heure  près  ou  environ  ,  au  même 
jour  &  à  la  même  heure  de  l'année  vague.  Il  ell:  qaeftion  de  cette  petite  pé- 
riode de  25  années  dans  un  fragment  de  Théon  {a);  d'où  il  fuit,  1°.  que 
cette  période  ert  le  luftre  dont  parle  Lucain  ;  2°.  que  les  Egyptiens  ,  comme 
tous  les  autres  peuples  ,  avoient  tenté  de  concilier  les  mouvemens  du  foleil 
&  de  la  lune  ,  &  approprié  à  leur  année  vague  une  période  lunaire  qui  n'ap- 
partient qu'à  eux. 

On  a  été  plus  lom.  Comme  cette  période  ne  ramené  point  les  conjonétions 
du  foleil  &;  de  la  lune  au  même  point  du  ciel  ,  on  a  imaginé  qu'ils  avoient 
multiplié  leur  période  caniculaire  de  I461  ans  par  cette  période  de  25  ,  d'où 
il  étoit  réfulté  une  période  de  50)15  ans  qui ,  félon  eux ,  devoir  ramener  les 
conjonctions  du  foleil  &  de  la  lune  ,  non-feulemenr  au  même  jour  &  à  la 
même  heure  de  l'année  vague,  mais  au  même  point  du  ciel.  D'où  on  conclut 
que  le  nombre  des  années  de  l'ancienne  chronique  n'eft  que  le  nombre  des 
années  de  cette  grande  période.  Sincelle  (i^)  paroit  favorifer  cette'expiication, 
puifqu'il  dit  que  la  révolution  de  36525  ans  fe  refout  en  1461,  en  la  divifant 
par  25.  Mais  ce  ne  peut -être  qu'une  réflexion,  cSi' nous  obferverons,  1°.  qu'une 
période  fi  longue  ne  pouvoir  être  d'aucun  ufage  ni  civil,  ni  aftronomique; 
2°.  que  cette  ancienne  chronique  ,  qui  fe  termme  à  Nectanebus  ,  nous  paroît 
affez  détaillée  pour  que  ce  foit  une  véritable  chronologie,  &  non  pas  un  calcul. 
C'eft  ce  qui  nous  a  déterminés  à  la  réduire  fuivanr  la  méthode  que  nous 
avons  propofée  ,  &  on  a  vu  qu'elle  s'accorde  très-bien  avec  les  autres  chro- 
nologies égypriennes. 

§.    XIV. 

Nous  avons  cité  les  deux  traditions  rapporrées  par  Hérodote  (c)  fur  les 
changemens  du  lever  Se  du  coucher  du  foleil,  &  fur  l'écliptique,  obfervée  jadis 


(  <2  )  Mémoires  de  l'Académie  des  Infcrip-  (l>  )  Page  j  i. 

lioHî,  Toni.  XXVII,  p.  itS.  (c)  Hérodote,  irt  Euur^c^ 


40(î  É  C  L  A  I  R  C  I  S  S  E  M  E  N  S 

perpendiculaire  à  l'équareur.  U.i  aftronôme  Je  ce  fiede  ,  le  chevalier  de  Lou- 
ville  (tj) ,  qui  tenta  le  premiei  de  prouver  que  l'obliquité  de  l'écliptique  di- 
rtiinuoit  conftamment ,  d'une  minute  environ  par  fiecle,  a  imaginé  que  les 
Égyptiens  avoient  eu  connoiirance  de  cette  diminution ,  &  de  fa  quantité 
dans  un  certain  intervalle  de  tem»!  ;  qu'ils  étoient  partis  de  cette  connoiflance 
pour  reculer  en  apparence  leur  origine  ,  en  fuppofant  avoir  vu  un  phénomène, 
qui  devoit  avoir  eu  lieu  autrefois-  En  effet ,  le  fyftème  du  chevalier  de  Lou- 
ville  une  fois  admis,  l'écllpcique  avoir  pu  être  jadis  perpendiculaire  à  l'équa- 
reur j  mais  ce  fyftèine  n'explique  point  les  changemens  du  lever  &:  du  coucher 
du  foleil.  Ces  phénomènes  du  mouvement  diurne  ne  dépendent  que  de  la 
pofition  de  l'équareur  &c  du  pôle  à  l'égard  de  l'horifon  ;  tant  qu'elle  ne  change 
point ,  les  phénomènes  demeurent  les  mêmes.  11  n'eft  pas  douteux  que  fi  le 
pôle  du  nord  que  nous  voyons  s'élevoit  lur  l'horifon  ,  &  palfoit  au  delà  du 
zénith  ,  nous  verrions  le  foleil  pafler  au  méridien  du  côté  du  nord  ,  fe  lever 
à  l'occident,  &  fe  coucher  à  l'orient,  comme  les  peuples  qui  font  à  nos  an- 
tipodes. Mais  la  variation  ds  l'inclinaifon  de  l'écliptique,  à  l'égard  de  l'équa- 
teur,  ne  peut  produire  ce  changement  fingulier.  D'ailleurs  la  diminution  de 
l'obliquité  de  l'écUptique  en  1 1 540  ans  n'eft  pas  de  1°.  Il  paroît  que  les  Egyp- 
tiens ont  réuni  deux  traditions  qui  n'avoient  entr'elles  aucune  analogie.  Nous 
trouvons  chez  les  Grecs  {è)  quelques  indices  qui  font  foupçonner  que  les 
Egyptiens  ont  eu  connoilEance  de  la  diminution  de  l'obliquité  de  l'éclip- 
tique. L'autre  tradition  reçoit  aulîi  une  explication  poflible ,  comme  on  le 
verra  tout-à-l'heure.  Ainfi  rien  n'empêche  que  ces  tradirions  n'ayent  quelque 
fondement  réel ,  quoiqu'flérodotc  lui-même  n'y  ait  pas  grande  confiance.  Le 
défaut  des  anciens  hiftoriens  n'eft  pas  de  fe  montrer  incrédules ,  mais  Hé- 
rodote n'étoit  pas  en  état  d'apprécier  ces  traditions. 

§.    X  V. 

M.GoGUET  (c)  a  remarqué  que  cette  tradition  fe  retrouvoir  chez  pîufieurs 
autres  écrivains,  toujours  à  la  vérité  d'une  manière  aflez  confufe.  "  Platon 
sj  raconte  dans  un  de  fes  dialogues  que  le  mouvement  du  firmament  avoit 
3>  changé,  de  manière  que  le  foleil  &  tous  les  aftres  avoient  commencé  à  fe 
SJ  lever  où  ils  fe  couchoient  auparavant ,  &  à  fe  coucher  où  ils  avoient  cou- 


(a)  Aliaeru(iltor;im.,  1719  JuiHet,  pag.  infra ,  Éclaire.  Liv.  VIII,  %.  x. 

81.  (  c  )  Origine  desloix  &  des  fciences,  &c, 

(i)  Supra,  I.iv.  IX  ,  J    9.  Tom.  III,  p.  «04, 


ASTRONOMIQUES.  407 

!•  tume  de  fe  lever  ;  en  un  mot,  que  la  machine  du  monde  s'étoit  mite  tout 
»  d'un  coup  dans  un  fens  contraire  à  celui  dans  lequel  elle  Tavoit  fait  juf- 
»  qu'alors.  11  accompagne  ce  récit  d'un  détail  fi  bifarre  des  effets  de  ce  bou- 
>5  ieverfement ,  Se  d'explications  phyfiques  fi  fingulieres ,  qu'il  eft  aifé  de  voir 
!>  qu'il  neparloitque  d'après  une  tradition  extrêmement  confufe  &embrouil- 
»  lée  (..■).On  peut  conclure  aulTi  d'un  palfage  de  fon  Timée,  où  il  rappelle  eu 
»  deux  mors  le  même  événement ,  que  Solon ,  qui  le  premier  en  avoir  donné 
5'  la  connoiirance  aux  Athéniens ,  l'avoit  puifée  en  Egypte ,  c'eft-à-dire ,  à  la 
»  même  fource  qu'Hérodote.  Pomponius  Mêla  parle  aufiî  de  la  même  tra- 
jj  dition  {h) ,  aiufi  que  Plutarque  (c) ,  Diogenes-Laerce ,  Achilles-Tatius  {d)  ôc 
»  p'ufieurs  aurres  écrivains  de  l'anriquité  ».  Mais  tous  ces  témoignages 
multipliés  nen  compofent  qu'un  feul  ,  celui  des  Egyptiens  :  ou  bien  ils 
parleur ,  comme  Plutarqne  &  Achilles-Tatius,  d'un  changement  de  la  route 
du  folell  y  ce  qui  évidemment  n'a  été  avancé  par  quelques  philofophes  que 
pour  expliquer  le  cercle  lumineux  ,  nommé  voie  ladée  ,  qu'ils  ont  cru  être 
les  rraces  de  cette  ancienne  route  :  ce  n'eft  donc  pas  une  autorité. 

§•     V  I. 

M.  GiBERT  que  nous  avons  déjà  cité  ,  a  tenté  d'expliquer  ce  paflTage 
obfcur  (e).  L'année  lunaire  eft  de  354'  S**  48'.  Ainfi  le  commencement 
de  l'année  lunaire  ne  fe  retrouve  d'accord  ,  avec  le  commencement  de  Pan- 
née  folaite,  qu'au  bout  de  1835  années  folaires  tropiques  ,  qui  font  précifé- 
ment  1911  années  lunaires  (/).  M.  Giberr  penfe  que  dans  le  palfage 
d'Hérodote  ,  le  mot  foleil  doit  être  pris  au  figuré.  En  effet ,  fuivant  le  té- 
moignage de  Phavorinus  [g) ,  on  difoit  H',\<cf ,  un. foleil,  pour  dire  un  jour 
ou  une  année.  Or  M.  Gibert  obferve  que  dans  1 1 3  40  ans  ,  la  période  dont 
nous  venons  de  parler  s'eft  accomplie  quatre  fois.  Les  'quatre  renouvele- 
mens  de  cette  période  donneronr  ,  pour  ainfi  dire  ,  quatre  levers  du  foleil , 


(  j)  7n  poiuico.  5:  il  on  ne  fuppofoic  la  révolurion  de  la  lune 

{^h  )  Liv.  I  ,  c.   9.  que   de    19'    11''  44'   3"  comme  elle  eft  3 

(c)  De  op.  philof.  Liv,  III ,  c.  i.  peu    près    aujourd'hui,    l'année    tropique 

(a)  C.   iA-Vrûno!ug.  p.  147.  en  icfakcroit   de  jéj'  j''  4S'  15'',  ce  qui 

(e)  Mémoires  de  Trévoux,   iy6i  ,  p.  prouveroit  évidemnn.'n:    que    la  djrée    de 

197.  l'année  n'a  pas  diminué.   Mais  on  n'cft  pas 

(/")    En  fuppofanc  11  révolution  de  la  plus  fui  de  l'exiftcncc  de  cette  période,  que 

lune   de    17'  11' 4'  7"!  co.mnie  chez   les  de  fon  exaélirude  ;  ainiî  on  n'en  peut  tiret 

Ciîaldéens  ,  on  trouve  l.i  longueur  de  l'an-  aucune  coHclufion. 

née  pat  cette  période  de  365'  j  '  49    11",  ^g  )  Piiavorinus ,  Lcsicon  au  mot  h'\io?. 


4o8  ÉCLAIRCISSE  îvi  E  N  S 

ou  quatre  levers  d'anncc;  ou  enfin  quatre  commenct'n  ans  d'année  égyp- 
tienne au  commencement  de  l'anr.ce  lunaire.  Mais  dans  ces  11340  ans, 
l'année  avo'u  commencé  deux  fois  dans  la  faijon  où  elle  firiiffoic  au  tems 
d' Hérodote ,  &  fini  deux  fois  dans  lu  faifon  où  elle  commencou.  Voilà  , 
félon  M.Giberr,  le  fens  emblématique  de  ce  pafTage.  Nous  obferverons  feu- 
lement qu'il  ne  faut  point  di:e  pour  expliquer  ce  que  l'on  rapporte  du 
foleil ,  qu'il  fe  levoit  où  il  s'étoit  couché,  que  l'année  avoit  commencé  où 
elle  finifloit  :  c'eft  ce  qui  arrive  à  toutes  les  années  quelconques.  Le  der- 
nier inftanr  de  l'année  qui  finit,  eft  le  même  que  le  premier  de  l'année  qui 
commence,  Ce  feroit  dire  que  le  commencement  de  cette  année  n'avoit 
point  varié.  Il  faut  entendre  que  les  faifons  oppofées  avoient  changé  de 
place  ;  c'eft  en  effet  ce  qui  arrive  dans  la  période  fuppofée  par  M.  Gibert. 
Dans  ces  1 1 340  ans ,  félon  Hérodote,  341  rois  avoient  régné  ,  ce  qui  feroit 
un  peu  plus  de  3  3  ans  de  règne  pour  chacun  d'eux.  Nous  avons  fait  voir  [a) 
que  ces  1 1 340  ans  ne  font  que  des  années  de  trois  mois.  Ainfi  pour  admettre 
la  conjeéture  de  M.  Gibert,  il  faut  fuppofer  que  les  Egyptiens  n'avoient  pas 
vu  s'écouler  les  quatre  périodes  entières  qui  compofent  les  11340  ans,  6c 
qu'ils  en  impofoient  pour  ajouter  1  leur  antiquité. 

§.    X  V  I  I. 

Ce  ST  aux  Egyptiens  qu'on  attribue  l'idée  de  dédier  chacun  des  Jours  de 
la  femaine  à  une  des  planètes  [b).  On  ne  peut  douter  que  la  petite  période 
de  7  jours  qu'on  appelle  femaine ,  n'ait  été  indiquée  d'abord  par  les  phafes 
de  la  lune,&  ne  fût  le  quart  de  la  révolution.  En  effet ,  plufieurs  auteurs  font 
cette  révolution  de  18  jours  (  c).  Cette  révolution  étoit  donc  celle  de  la  lune 
dans  le  zodiaque  de  11'  8'^  environ.  Les  anciens  n'ont  pu  fe  tromper  d'un 
jour  &  demi,  &  ceci  démontre  ce  que  nous  avons  établi  plus  haut  [d)  , 
qu'avant  de  faire  ufage  de  la  révolution  fynodique  de  la  lune ,  on  s'eft  fervi 
très- anciennement  de  fa  révolution  zodiacale.  Au  refte  ,  cet  ufage  de 
compter  par  les  femaines  ,  n'appartient  point  particulièrement  aux  Egyp- 
tiens ,  on  le  retrouve  chez  prefque  tous  les  peuples  Hébreux ,  AiTyriens , 
Egyptiens,  Indiens ,  Arabes  j  on  le  retrouve  encore  chez  les  anciens  habitans 
4es Gaules,  des  llles  Britanniques  ,  de  la  Germanie  ,  de  l'Amérique  (e)&c. 

{a)  Supra,  Éclaire.  Liv.  I,   §.  18.  (  <f  )  Éflaiiciflcraens ,  Liv.  I,    §.   11. 

\b)  Hérodote,  Liv.  II.  {e)  Scaliger  ,  de  cmend.  temp. 

(  c  )  Vitruve  ,  Arcliitcft.  Lib.  IX  ,  c.  4.  Mcm.  Acid.  des  IiiC.  Tom.  IV,  pag.  i$. 

jfclacrobe ,  yômn.  Sçip.  Lib.  I  ,  c.  13.  Hift.  des  Voyag.  in-ii ,  T.  LU  ,  p.  19t. 

On 


ASTRONOMIQUES.  4^9 

On  appeloit  ces  fepc  jours  en  Egypte,  les  jours  des  dieux  ,  parce  que  les  pla- 
nètes portoient  le  nom  des  dieux.  L'ordre  des  planètes  qui  y  préfidoient ,  efl: 
conftacé  par  le  bronze  {a)  que  nous  avons  déjà  cité.  On  y  voit  d'abord 
faturne,  enfuite  le  foleil ,  la  lune ,  mars  ,  mercure  ,  Jupiter  &  venus.  Dion 
Callîus  {è)  eft  encré  dans  quelques    détails  à  cet  égard.   11   dit  que  cet 
ufage   des  noms   des  planètes   donnés   aux    jours   de  la  feniaine  ,   palFa 
dss  Egyptiens  aux  Grecs ,  enfuite  aux  Romains  ;  nous  avons  vu  (  c  )  qu'il 
ctoic    beaucoup    plus    anciens    que    les    Égyptiens    mêmes.    11    rapporte 
deux  raitons  pour  expliquer  l'ordre  qu'on  a  fuivi  en  impofanc  ces  noms. 
La  première  fe  tire  de  je  ne  fais  quel  rapport  avec  la  mufique.  On  fui- 
voit  les  planètes  félon  leur  diltance  ,  faturne  ,  Jupiter  ,  mars  ,  le  foleil , 
venus  ,  mercure  ,  la  lune  ,  en  prenant  la  première ,  la  quatrième  ,  la  fep- 
tiemèj  c'ell-à-dire  ,  en  en  fupprimant  toujours  deux  dans  l'intervalle.  On 
recommençoit  en    fupprimant    les  deux  premières ,  &c   prenant   la    troi- 
iîeme,  lafix!eme,2c  enfin  la  féconde  &  la  cinquième.  C'eft  ainfi  que  le  famedi 
fut  donné  àfaturnejle  dimanche  au  foleil  ,1e  lundi  à  la  lune,  le  mardi  à  mars, 
le  mercredi  à  mercure  ,  le  jeudi  à  Jupiter  ,  le  vendredi  à  venus.  Les  Egyp- 
tiens commençoient  donc  la  femaine  par  le  famedi ,  au  contraire  des  Hé- 
breux qui  la  fimlfoient  par  ce  Jour  là.  Un  peuple  fou  delà  mufîque ,  comme 
les  Grecs ,  peut  s'imaginer  entendre  l'harmonie  des  fpheres  céleftes  j  il  vou- 
dra que  les  fept  planètes  repréfentçnt  les  fept  tons  de  la  mufique.  Dans  l'ar- 
rangement dont  il  eft  ici  queftion,  il  trouvera  l'intervalle  de  la  quarte,  compofé 
de  quatre  fons  ,  intervalle  qu'il  nommoit  diaiejj'aron  ,  &  qui  étoit  pour  lui 
le  premier  de  la  mufique.  Mais  les  Egyptiens  méprifoient  cette  fcience  : 
ils  la  regardoient  non-feulement  comme  inutile  ,  mais  comme  contraire 
aux  mœurs  ,  parceque  fon  effet  eft  d'amollir  l'ame  [d).  Cette  origine  n'eft 
4onc  pas  bien  trouvée.  Ce  n'eft  qu'une  invention  poftérieure  des  Grecs , qui, 
ayant  réfléchi  fur  ces  noms  impofés  aux  jours  de  la  femaine  ,  y  ont  vu  des 
rapports  de  mutique  qu'ils  voyoient  partout.  La  féconde  raifcn  eft  meilleure. 
Les  heures  de  la  nuit  &  du  jour  étoient  attribuées  aux  planètes  ,  on  fuivoic 
l'ordre  de  leur  dlftance  en  commençant  par  faturne,  &  recommençant  par 
lui  à  la  huitième  heure.  La  planète  qui  préfidoit  à  la  première  heure  ,  pré- 
fidoit  au  jour  entier.  Le  premier  jour  fut  donc  confacré  à  faturne.  La  14® 
étant  à  mars ,  la  première  du  jour  fuivant  appartenoit  au  foleil ,  &  ce  jour 


(a)  Suprà  ,  Éclaire.    Liv.  lY  ,§.  l^.  (c)  Hift.  Rom.  Liv.  XXXVII,  pag.  58. 

{b  )  Suprli  ,  Liv.  III ,  §.  3.  \d)  Diodoïc  ,  Tom.  I  .  Liv.  I ,  p.  174, 

F  f  f 


-4ld  É  C  L  A  î  R  C  1  S  S  E  M  E  N  S 

fut  le  jour  diifoleil,  &c.  On  demandera  pourquoi  les  heures  étoient  dé- 
diées aux  planètes  ?  C'eft  l'ouvrage  de  TArtrologie.  On  éioit  perfuadé  que  le 
monde  écoit  gouverne,  remué  par  l'influence  des  planètes.  La  naiirance  des 
hommes  y  écoit  aiïujetcie.  Pour  donner  des  règles  à  cet  art  chimérique, il 
fallut  bien  attribuer  à  chaque  planète  ,  pour  ainfi  dire  ,  fon  département  j 
on  leur  donna  à  chacune  un  jour  de  la  femaine ,  certaines  heures  de  la  jour- 
née j  afin  qu'elles  préfidaffent  à  la  naiflance  &:  à  la  delHnée  des  hommes. 

§.    XVIII. 

Les  Thebains,&fousce  nom  il  faut  fouvent  entendre  les  anciens  Egyptiens 
en  général ,  calculoient  fort  exaclemtnt,  félon  le  témoignage  de  Diodore  de 
Sicile  {a)  ,  les  éclipfes  de  lune  &  de  foleil  donc  ils  donnoient  d'avance  un 
détail  très- jufte  &  très-conforme  à  l'obfervacion  actuelle.  Il  y  a  apparence 
que  Diodore  s'en  eft  rapporté  à  ce  que  lui  en  ont  dit  les  prêtres  Egyptiens. 
Ce  terme /ort  exaclemeni,  dit  fans  doute  beaucoup  plus  qu'on  n'en  doit  en- 
tendre. 

On  croit  communément  aufll  que  les  Egyptiens  obferverent  les  éclipfes  , 
■&  voici  les  autorités  fur  lefquelles  on  fe  fonde.  Diogenes  Laerce  [b] ,  dic- 
on  ,  fait  mention  de  37?  échpfes  de  foleil  &  de  83 1  éclipfes  de  lune  ,  ob- 
fervées  en  Ec^ypte.  Diogenes  ajoute  qu'elles  avoient  été  vues  dans  l'inter- 
valle de  483^3  ans.  On  fe  rappelle  que  cet  intervalle  eft  celui  de  la  durée 
du  monde  jufqu  a  Alexandre  ,  félon  les  Egyptiens  j  intervalle  que  nous  avons 
réduit  à  <î  1 3  8  ans  (  c).  Nous  avons  eftimé  que  ces  éclipfes  avoient  pu  arriver 
dansl'efpace  de  11  à  1300  ans  ,  &  que  leur  époque  remontoir  vers  15  ou 
1^00  ans  avant  J.  C.  On  pouvoit  donc  dire  qu'en  488^5  ans ,  ou  bien  en 
6138  ans,  on  n'avoir  vu  que  ce  nombre  d'éclipfes.  C'étoient  les  feules 
qu'on  eût  obfervées  &  confervées.  Seneque  nous  apprend  encore  que  Conoft 
<}ans  fon  voyage  en  Egypte,  300  ans  avant  J.  C. ,  recueillit  &  ralTembla 
toutes  les  éclipfes  confervées  par  les  Egyptiens.  Ces  deux  témoignages  paroif- 
fent  bien  fufiifans  pour  établir  ce  fait  \  mais  ce  qui  doit  étonner  beaucoup, 
c'eft  le  filence  de  Ptolémée  fur  ces  obfervations ,  c'e.t  le  mépris  qu'il  paroît 
en  faire,  ainfi  qullypparque ,  en  ne  les  employant  pas  dans  fes  recherches. 
Si  ces  obfervations  avoient  péri ,  avant  que  ces  deux  aftronomes  parulfent,  & 


(a)Tom.  I,  Liv.  I,  p.  le?.  (c)   Supra  ^   Éclaiici*reracns ,   Liv.  I, 

(i)  Diogencs-Laerce ,  in  Koem/o.  §.  14,. 


ASTRONOMIQUES.  411 

depuis  Conon ,  ils  en  auroient  pailc  du  moins  pour  les  regretter.  Suppo- 
fera-t-on  que  dans  les  annales  on  n'avoit  marque  que  le  jour  où  ces  cclipfes 
écoient  arrivées?  Maisranciennecé  de  ces  obfervations  peu  détaillées,  les  au- 
roir  encore  rendues  utiles.  Dira-t-on  que  les  changemens  de  forme  qu'avoit 
fubis  Tannée  égyptienne  confondirent  tellement  les  dates,  que  les  aftronomes 
Grecs  établis  à  Alexandrie  j  n'oferent  fonder  aucune  détermination  fur  des 
obfervations ,  qui ,  par  cette  raifon ,  même  deviennent  incertaines  ?  Mais  ou 
revient  toujours  à  dire  pourquoi  Ptolémée  n'en  a-t-il  pas  parlé  ?  Pour  nous  , 
nous  fommes  portés  à  croire  que  les  obfervations  d'éclipfes  dont  il  eft  ici 
queftion,  avoient  été  faites  par  les  Chaldéens  ,  &  portées  &  confervées  en 
Egypte.  Car,  1°.  Hvpparque  &  Ptolémée  fe  lont  fervis  en  Egypte  des  ob- 
fervations des  Chaldéens ,  preuve  qu'elles  y  avoient  été  tranfportées.    2°.  Il 
n'eft  nullement  vraifemblable  que  les  obfervations  égyptiennes  aient  pu  être 
recueillies  par  Conon  ,  &  qu'elles  n'euflent  plus  exifté  en  E';^ypte  du  tems 
d'Hypparque  ,  c'eft- à-dire,  110  ou  150  ans  après,  j".  Le  recueil  de  Conon 
périt  donc  avec  lui  dans  la  Grèce ,  car  aucun  aftronome  n'a  fait  mention  de 
ces  obfervations  égyptiennes.  4**.  Diogenes  Laerce  ne  cire  point  les  auteurs 
de  ces  obfervations.  Il  eft  vrai  que  les  Egyptiens  font  nommés  dans  la  phrafe 
précédente  5  mais  les  deux  phrafes  ne  paroiffent  pas  néceffairement  liées. 
5°.  Senéque,  en  parlant  de  ces  obfervations  que  Conon avoit  recueillies,  dit 
confervées  ,  &  non  ^zs  faites  en  Egypte. 

§.    XIX. 

Ce  n'eft  pas  la  feule  contradidion  que  Ton  rencontre  dans  la  recherche 
des  connoilfances  qui  ont  appartenu  aux  Egyptiens.  Ariftote ,  après  avoir 
rapporté  l'obfervation  qu'il  avoir  faite  d'une  occultation  de  mars  par  la 
lune  ,  ajoute  ,  "  les  Babyloniens  &  les  Egyptiens  qui  ont  été  attentifs  aux 
«  mouvemens  céleftes  depuis  un  grand  nombre  d'années  ,  ont  vu  arriver 
5>  le  même  phénomène  à  d'autres  étoiles  ,  &  l'on  tient  d'eux  un  grand 
4>  nombre  d'obfervations  dignes  de  foi  (a  )  ».  Que  font  devenues  ces  ob- 
fervations qu'Ariftote  connoilToit ,  &  qu'Hypparque  n'a  point  connues?  On 
pourroit  foupçonner  qu'Ariftote  n'avoit  vu  de  femblables  obfervations  que 
chez  les  Chaldéens  ,  &  qu'il  ne  nomme  les  Egyptiens  qu'à  raifon  de  leur 
grande  réputation  dans  la  Grèce.  Il  fuppofoit  peut-être  que  ceux-ci  dévoient 
avoir  fait  en  aftronomie  les  mêmes  chofes  que  les  Chaldéens. 

(a)  Ariftote  ,  de  cœlo  ,  Lib.  II ,  c.  ii.  Hiftoixe  des  Mathémat.  T.  I,  p.  6;, 

Fff  ij 


5fi£  ÉCLAIRCISSEMENT 

§.    XX. 

L  E  (îlence  de  Ptolemce  fur  le  vrai  mouvement  de  vémis  Se  de  mercure  J 
n'eft  pas  moins  étonnant.  Le  fyftême  qui  fait  mouvoir  ces  planètes  autour 
du  foleil ,  appartient  aux  Egyptiens.  Tous  les  aftronomes  fe  lont  accordes  à 
lui  donner  le  nom  de  fyllême  égyptien  {a).  Il  eft  vrai  que  les  plus  anciens 
auteurs  qui  en  ont  parlé  ,  Ciceron  ,  Vitruve  &  Martianus  Capella  {l')  ,  ne 
di'^ent  rien  des  inventeurs  de  ce  fyftcme  j  mais  Macrobe  ,  dans  fon  com- 
ment lire  fur  le  fonge  de  Scipion  {c)  ,  nous  en  fournit  la  preuve  en  le 
donnant  aux  Egyptiens  ,'  Se  en  l'expliquant  d'après  eux  ,  comme  il  eft  détaillé 
dans  Ciceron  &  dans  Vitruve.  Ciceron  fait  confidérer  à  Scipion  le  fpeftacle 
du  ciel  &  des  aftres-,  fon  objet  n'étoit  point  de  déclarer  les  auteurs  de  l'ar- 
rangement qu'il  y  développe  &  qu'il  croyoit  celui  de  la  nature.    Scipion  eft 
cenfé  dire  ce  qu'il  voit ,  5c  non  comment  3c  par  qui  le  tout  a  été  découvert. 
Mais  Macrobe  ajoute  dans  fon  commentaire  ,  l'explication  qui  eût  été  dé- 
placée dans  le  texte  ,  &  l'on  ne  peut  douter  qu'il  ne  fût  fondé  ou  fur  des 
ouvrages  qui  ont  péri  ,  ou  fur  une  tradition  certaine  Se  non  conteftée. 

§.     XXL 

O  N  demandera  s'il  eft  poflible  qu'ayant  connu  le  vrai  mouvement  de 
mercure  Se  de  venus  autour  du  foleil  ,  ils  n'aient  pas  étendu  cette  règle  à 
toutes  les  autres  planètes.  On  croit  que  les  Pythagoriciens  {d),  comme  nous 
le  dirons  ailleurs ,   avoient  pris  en  Egypte  l'iciée  de  faire  mouvoir  les  pla- 
nètes &  la  terre  elle-même  autour  du  foleil.  Mais  pourquoi  ,  ce  qui  con- 
cerne venus  &  mercure  ,  ce  qui  n'eft  qu'un  cas  particulier  d'une  loi  géné- 
rale ,  s'eft-il  confervé  dans  Ciceron  ,  Vitruve  Se  Macrobe  ,  tandis  qu'ils  ne 
difent  pas  un  mot  de  cette  loi  générale  ?  Faudroit-il  penfer  que  les  Egyp- 
tiens ,  n'ayant  point  alFcz  obfervé  les  planètes  ,   connoilfoient  cette  loi  gé- 
nérale fans  l'admettre  ,  la  regardant  com.me  peu  vraifemblable,  Se  n'avoient 
adopté  que  le  mouvement  de  mercure  Se  de  venus  autour  du  foleil,  qui  leur 
étoit  rendu  plus  fenlîble  par  la  circonftance  d'accompagner  toujours   cet 
aftte?  Pythagore  &  Philolaiis,  doués  d'un  meilleur  tacl:  pour  les  idées  phi- 


Ci;)   Riccloli,    T.  I,  p.   lûi  ,    T.    II,  Martianus  CapcUa  ,    ae    nup:iis    Phil. 

p.  181  &  185.  Lib.  VIII,  p.  li,^. 

■(b)  Ciceron,  fomn.  Scip,  \^c)  Lib.  I,  c.    ip. 

Ardiitca.  Lib.  IX  ,  c.    4.  {d)  Infrk  ,  Éclaire.  Liv.  YII  ,  §.  j. 


ASTRONOMIQUES.  41 J 

lofophîqiics ,  auroient  alors  fenti  que  l'opinion  du  mouvement  de  la  terre, 
négligée  chez  les  Egyptiens  comme  une  opinion  abfurde  ,  ctoit  l'idée  du 
vrai  fyftême  du  monde. 

Une  très-grande  preuve  que  ces  opinions  croient ,  ou  dédaignées,  ou  du 
moins  enfevelies  dans  un  profond  myftere  chez  les  Egyptiens  ,  c'eft  que 
Platon  qui  y  ht  un  long  féjour  ,  ne  les  a  point  connues.  11  rapporte  l'ordre 
des  planètes,  apparemment  fuivant  le  fentiment  le  plus  commun  en  Egypte, 
ou  du  moins  fuivant  les  inftructions  qu'il  avoir  reçues. 

Tout  cela  ne  peut-il  pas  s'accorder  ,  en  difant  que  les  Egyptiens  n'ont 
point  eu  du  tout  la  connoifFance  du  mouvement  de  la  terre.  Pourquoi 
Plaron  ne  l'auroir-il  pas  rrouvée  chez  eux  comme  Pythagore  ?  Pourquoi  au- 
roienr-ils  été  plus  communicatifs  avec  le  dernier?  Pythagore  qui  a  tant 
voyagé  dans  l'Orienr ,  en  aura  rapporté  cette  connoilTance  ,  8c  voilà  pour- 
quoi Platon  &  Pythagore  différent  fur  l'ordre  des  planètes  :  l'un  parle  d'a- 
près les  Egyptiens,  l'autre  d'après  les  Orientaux  quels  qu'ils  fulfent,  Indiens, 
Perfes  ou  Chaldéens. 

Nous  ne  difconvenons  pas  que  le  filence  d'Hypparque  ^  de  Ptolemée  à 
cet  égard,  n'ait  beaucoup  de  force  contre  le  témoignage  de  Macrobe  j  mais 
ce  iilence  exclut  également  les  Chaldéens.  S'ils  avoient  fait  cette  découverte, 
les  aftronomes  Grecs  qui  avoient  puifé  chez  eux,  l'auroient  connue.  A  quel 
autre  peuple  de  la  terre  pourroit-on  attribuer  la  connoifFance  que  Macrobe 
attribue  ici  aux  Eg)ptiens  ?  Quel  peuple  cultivoit  aflez  l'Aftronomie  ,  pour 
mériter  la  gloire  d'en  être  feulement  foupçonné  ?  Si  cette  connoilTance  étoit 
due  aux  Grecs  ,  croit-on  que  dans  le  tems  de  Ciceron  Se  de  Virruve  ,  où 
les   Grecs  étoient  regardés  à  Rome  comme  les  plus  habiles  dans  les  fciences 
6c  les  arrs ,  on  leur  eûr  enlevé  ce  qui  leur  appartenoit  réellement  pour  en 
tranfporter  l'honneur  aux  Egvptiens  ?  Il  eft  donc  démontré  que  cette  décou- 
verre  finguliere  e1  l'ouvrage  del'antiquitCjiScalorsil  n'y  a  point  de  motif  pour 
la  refufer  aux  Egyptiens  à  qui  ^lacrobe  iattnbae.   Nous  dirons  nos  conjec- 
tures fur  le  fdence  de  Prolemée  ,  lorfque  nous  parlerons  de  cet  aftronome. 
M.  Freret  avance  que  les  Egyptiens  avoient  une  idée  toute  différente  que  les 
Grecs  fur  le  fyftême  du  monde.  Ils  plaçoienr  ,  dit-il ,  à  la  vériré  la  terre  au 
centre  de  l'Univers  5  mais  ils  la  faifoient  tourner  fur  fon  axe  en  14  heures , 
&   regardoient  ce   mouvement  de  rotation  comme    la    caufe  du  jour  Se 
de  la  nuit  [a).  Voilà  un  fait  dont  nous  n'avons  trouvé  nulle  trace  ailleur?. 

(u)  Mcmoiics  à<  l'Acadciiic  des  laicripiions,  Toni.  XV'l  ,  fau.  zii. 


414  ÊCLAIRCISSEMF,  NS 

Comme  M,  Fr-itet  ne  cite  poiiic  fes  autorités,  on  ne  peut  y  avoir  aucun 
égard. 

§.    XXII. 

Pour  fuivre  le  détail  des  connoiflances  aftronomiques  des  Egyptiens  , 
nous  apprenons  de  Diodore  de  Sicile  «  qu'ils  avoient  celle  du  mouvement 
j»  propre  &c  annuel  du  foleil ,  qui  fe  fait  dans  un  cercle  oblique  à  l'équateur , 
j>  8c  dans  un  fens  contraire  au  mouvement  journalier  du  premier  mo- 
»  bile  (rt)  )).  Macrobe  [b)  leur  attribue  la  divifion  du  zodiaque  de  la  même 
manière  que  Sextus  Empiricus  rapporte  qu'elle  a  été  faite  par  les  Chal- 
déens  (c).  Macrobe  [d)  dit  ailleurs  que  les  Egyptiens  fixèrent  le  commen- 
cement du  zodiaque  au  premier  degré  d'arles ,  parce  que  cette  conftellation 
occupoit  le  milieu  du  ciel  le  jour  de  la  création  du  monde.  Il  eft  certain  que 
les  anciens  Egyptiens  avoient  confervé  de  prétendues  traditions  fur  le  com- 
mencement du  monde ,  &  fur  la  deftruftion  de  toutes  chofes ,  foit  par  l'eau , 
f  oit  par  le  feu.  Origene  (  e  )  fait  mention  d'une  cérémonie  religieufe  qui  avoit 
lieu  chez  eux  à  l'équinoxe  du  printems ,  en  mémoire  de  ce  que  le  monde 
à  cette  époque  avoit  été  détruit  par  le  feu.  Dans  la  fuite  ,  pour  fe  conformer 
aux  traditions  hébraïques  rapportées  par  les  Mahomérans ,  ils  fubftituerent 
un  déluge  à  cet  incendie ,  &  ils  difoient  que  ce  déluge  (/)  étoit  arrivé  lorfque 
le  foleil  étoit  au  premier  degré  d'aries ,  Regulus  étant  dans  le  colure  des 
folftices.  C'eft  au  45^  jour  après  le  folftice  que  Petofiris  8c  Nécepfos  ,  deux 
aftronômes  égyptiens  dont  nous  aurons  occafion  de  parler  bientôt,  difoienc 
que  le  monde  s'étoit  renouvelé  en  fortant  de  fes  cendres  {g).  Toutes  ces 
traditions  font  des  fables  ,  mais  il  n'y  a  point  de  fable  qui  n'ait  fon  origine  ; 
origine  qui  feroit  curieufe  2c  fouvent  inftruétive.  Ce  feroit  un  livre  intéref- 
{\int  que  celui  où  on  donneroit  la  clef,  ou  l'explication  des  erreurs  populaires. 
On  y  retrouveroit  bien  des  faits  inconnus ,  8c  des  idées  philofophiqaes  dé- 
figurées. 

Nous  ne  parlerons  point  des  conftellations  8c  de  la  fphere  égyptiennes  , 
parce  que  nous  nous  propofons  d'en  parler  ailleurs  ,  en  réunilfant  &  en  com- 
parant enfemble  les  connoilTances  qui  nous  relient  fur  les  fpheres  des  difFé- 
rens  peuples  (A). 

(il)  Tom.  I,   Liv.  I,  pag.  209.  (/)  Murtady  ,  defcrip.  des  merveilles  dç 

(  />)  Commcn:.  fomn.  Scip.  c.  ii  ,  p.  1^6.  l'Egypte  ,  tiadud:.  de  Vaticr,  p.   35. 

((.)  Suprà  ,  Eclaire.  Liv.  IV,  §.     1.  (^  )  Jiilius  Firmiciis  ,  Lib.  III,  c.   i. 

(  if  )  Ma.ciohe ,  fomn.  Scip.  Lib.  I ,  c.  m.  Frcrec  ,  défenfc  de  la  Ciuon.  p.  391. 

(  e  )  Origene ,  contra  Cdfum  ,  Lib.  V.  {  A  )   Infra  ,  Éclaire,  Liv.  IX. 


ASTRONOMIQUES.  41^ 

§.    XXIII. 

Les  Egyptiens  connoifToient  les  planètes  -,  lorfqu'ils  vouloient  défigner  le 
nombre  5  dans  leur  langue  hiérogliphique  ,  ils  peignoient  une  étoile  ,  non 
pas  qu'ils  ne  fulTent  que  les  étoiles  font  en  très-grand  nombre  ,  mais  parce 
qu'il  n'y  en  a  que  5  qui  ayent  du  mouvement  {a).  11  paroît  qu'ils  avoient  , 
finon  approfondi ,  du  moins  obfervé  avec  quelque  foin  le  cours  des  planètes , 
car  «  ils  avoient  apperçu  leurs  mouvemens  direfts ,  ftationnaires  &  rétro- 
»  grades.  Leurs  prêtres  avoient  drefle  des  tables  aftronomiques  depuis  un 
•j  tems  immémorial  (  ^  )  ».  On  ne  peutgueres  penfer  que  les  tables  aftrono- 
miques ,  donc  il  eft  ici  queftion  ,  fulfent  femblables  aux  nôtres.  Cette  Aftro- 
nomie  perfectionnée  n'a  recommencé  que  lous  Hiparque  &  Ptolemée.  Ces 
tables  étoient  peut-être  fondées  fur  quelques  règles ,  établies  empyriquement 
d'après  les  obfervations ,  &  fans  aucun  fyftême.  Peut-être  encore  ces  règles  , 
femblables  à  celles  dont  les  Indiens  font  ufage  aujourd'hui,  étoient- elles 
également  les  reftes  d'une  Aftronomie  antérieure.  Ces  règles  ,  traduites  en 
lajigue  vulgaire  par  les  Indiens  ,  fe  font  confervées  ,  randis  que  cachées  en 
Egvpte  fous  le  voile  hiérogHphique  ,  elles  ont  péri  dans  le  fecret  des  temples. 
Ptolemée  parle  (  c  )  aufli  de  quelques  tables  aftronomiques  perpétuelles  qu'on 
tenta  de  drelfer  avant  lui ,  mais  comme  il  ne  dit  point  qu'elles  fulfent  très- 
anciennes  ,  nous  croyons  que  ce  ne  font  point  celles  que  Diodore  de  Sicile 

avoir  en  vue. 

§.     XXIV. 

O  N  pourroir  croire  fur  un  paffage  de  Diodore  de  Sicile  que  les  Egyptiens 
ont  connu  5c  même  annoncé  le  retour  des  comètes.  Mais  il  fuffit  de  le  lire 
avec  attention  pour  être  détrompé.  "  Ils  érudioient  les  influences  des  planètes 
;?  fur  les  êtres  fublunaires  ,  &  décerminoient  les  biens  de  les  maux  que  leurs 
»  difFérens  afpeârs  annonçoient  aux  hommes.  Ils  ont  fouvent  rencontré  y  «/Z^j 
:■>  dans  les  prédictions  qu'ils  ont  faites  àdiverfes  perfonnes  de  ce  qui  devoir  leur 
55  arriver ,  aufii  bien  que  des  années  d'abondance  &  de  ftérilité  ,  des  maladies 
»  qui  menaçoient  les  hommes  ou  les  animaux ,  des  tremblemens  de  rerre 
«   &  des  déluges,  ou  enfin  de  l' apparition,  des  comcccs  [d).  Ce  paiTage  prouve 


{a)  Horus  ApoUo  ,  Lib.  I,  c.  15.  Macrobe  , /Ôoth.  Scip.'Lih.  h 

(  à  )   Diodore  ,  Tome  1  ,  Liv.  I  ,  pag.  (  c  }  Almag.  Lib.  IX  ,  c,  i.' 

I7}>  (,d)  Tosa,  l,Liv.  I,  p.  !?> 


4T<r  É  C  L  A  I  R  C  I  S  S  E  M  I^  NT  S 

qu'en  Egypte,  comme  ailleurs ,  le  hafaid  fervoic  quelquefois  les  fripons  aut 
dépens  des  dupes.  Mais  il  eft  évident  que  les  com.  tes  n'y  font  regardées  que 
comme  des  météores.  Diodore  les  met  dans  la  même  clalTe  que  les  trem- 
blemens  de  terre  &  les  déluges.  En  outre  ,  il  a  dit  en  commençant  que  les 
Egyptiens  étudioient  les  influences  des  planètes  fur  les  êtres  fublunaires.  Ce 
mot  détermine  l'idée  qu'on  avoit  des  comètes  ,  &  fait  voir  qu'on  les  croyoit 
foumifcs  à  linfl.ence  des  planètes  ,  ce  qui  efl:  bien  loin  de  les  croire  elles- 
mcmes  des  planètes.  Séneque  le  philofophe  décideroit  d'ailleurs  la  queflion  ; 
il  s'explique  en  termes  clairs  [a)  >».  Eudoxe  ,  dit-il  ,  porta  le  premier  dans 
»  la  Grèce  la  connoiirance  du  mouvement  des  planètes  ;  il  n'a  point  parle 
»  des  comètes  :  d'où  il  femble  que  les  Egyptiens ,  quoique  livrés  à  l'étiide 
»  du  ciel ,  n'ont  point  cultivé  cette  partie  de  l'Aftronomie.  Depuis  ce  tems 
j^  Conon ,  obfervateur  curieux  &c  diligent,  ralTembla  les  éclipfes  du  foleil 
»  confervées  en  Egypte  :  il  ne  fait  aucune  mention  des  comètes.  Si  les  Egyp- 
i>  tiens  avoient  fait  quelques  découvertes  à  cet  égard,  il  n'auroit  pas  manqué 
»  de  les  rapporter  «.  On  voit  par  ce  paffage  que  les  Egyptiens  fe  mèloient 
de  prédire  l'avenir.  Quoique  moins  célèbres  dans  ce  genre  que  les  Chal- 
déens ,  ils  avoient  leur  aftrologie  &  leur  divination.  Ces  deux  prétendues 
fciences  étoient  même  liées  à  la  médecine.  Les  prêtres  avoient  un  livre  facré 
d'après  lequel  ils  jugeoient ,  par  l'état  du  ciel  &  par  certains  fignes  ,  quelle 
feroit  l'ilTue  d'une  maladie  {i). 

§.    X  X  V. 

PÉTOsiRis  &  Nécepfos  ,  aftronômes  égyptiens ,  font  ceux  à  qui  on  at- 
tribue l'eftimation  de  la  diftance  des  corps  céleftes  que  nous  avons  rapportée 
plus  haut  (c).  On  préfume  que  Pétofiris  étoit  un  prêtre  ,  &  Nécepfos  un 
roi  de  la  balTe  Egypte  (c/).  Ils  étoient  tous  deux  contemporains  &  très- 
verfés  dans  l'aftrologie  (e).  Pétofiris  avoit  compofé  quelques  ouvrages  qui 
font  cités  par  Vettius  Valens  (/).  Les  deux  vers  fuivans,qui  font  d'Au- 
fone  (g) ,  fixeront  le  tems  où  ces  deux  hommes  ont  vécu  ,  s'il  eft  de  la 
compétence  d'un  poëte  de  décider  un  point  de  chronologie. 

Quique  Magos  docuit  mifteria  vana  Ncccpfos  ,  , 

Et  qui  rcgnavh  fine  nomine  mox  Sefoojlris. 

(a)   Qu£jl.  nat.   Lib.  VII,  c.  13.  (e)  Pline,  Lib.  VII,   c.  49. 

(  b  )  Hoius  Apollo  ,  Liv.  I  ,  c.  3  8,  (/)  Scaliger,   Cun.  Ifag.  Lib.  III,  pag. 

{c  )  Supra,  Liv.   VI,  §.  1 3.  17 f. 

(  d  )  Julius  Firmicus  ,  \-i\>-  VIU  ,  c,  j.  Fieiet ,  défcnrç  de  la  Cluon.  p.  408. 

Vcidkr.p.  ;8.  {  S  )  ^P-  XIX. 

Si 


ASTRONOMIQUES.  417^ 

Si  Sifoftiis  régna  en  1 570  {a),  Ncceplos  aiiioit  donc  vécu  dans  le  felziema 
fiecle  avant  l'ère  chrétienne.  Cependant  Manéchon  {é)  place  Necepfcs  dans 
la  5(S^'"«dynaftie  ,  qui  précéda  celle  des  Perfes,  &  le  fait  régner  immédiare- 
ment  avant  Pfammenitique  \  ce  qui  rcpondroit  environ  au  7^""^  fiecle  avant 
J.  C.  Si  ces  mefures  ne  font  pas  plus  anciennes  ,  elles  ne  donnent  pas  une 
grande  idée  de  l'Allronomie  égyptienne.  Le  défaut  de  ces  déterminations 
n'eft  pas  feulement  de  donner  des  quantités  beaucoup  trop  petites ,  mais 
encore  des  quantités  qui  ne  font  pas  entr'elles  dans  le  rapport  convenable. 
La  diftance  de  la  lune  eft  ici  par  exemple  les  deux  tiers  de  la  diftance  du 
foleil,  tandis  qu'elle  n'en  eft  pas  la  5  60^""=  partie.  Cela  prouve  que  la  méthode 
qu'on  employa,  étoit  aufll  mauvaife  &  auflî  faufle  que  les  mefures  étoient 
groflleres. 

§.     X  X  V  L 

Nous  ajouterons  quelques  détails  fur  les  mefures  du  diamètre  du  foleil 
par  le  moyen  des  cadrans  Se  des  cleplîdres.  Au  jour  de  l'un  des  cquinoxes,  on 
marquoit  fur  un  cadran  le  lieu  de  l'ombre  du  ftyle,  au  moment  où  le  bord 
fupérieur  du  foleil  dardoit  le  premier  rayon  au  delTus  de  l'horizon.  On  ob- 
fervoit  attentivement  le  foleil  pendant  qu'il  s'élevoit ,  pour  faifir  le  moment 
où  Ton  appercevroir  fon  diamètre  entier ,  &  marquer  le  lieude  l'ombre  lorfque 
l'extrémité  de  ce  diamètre  touchoit  encore  à  l'horizon  {c).  L'intervalle  de 
ces  deux  points  d'ombre  ,  comparé  au  chemin  que  l'ombre  devoir  parcourir 
dans  une  heure  ,  donnoit  le  rapport  du  diamètre  du  foleil  au  cercle  de  fa  ré- 
volution diurne.  Pour  que  cette  méthode  foit  praticable  ,  il  faut  fuppofer  , 
ce  que  Macrobe  ,  qui  eft  fort  ignorant  en  Aftronomie  ,  n'a  point  dit ,  que 
le  cadran  étoit  équinoxial ,  c'eft-à-dire ,  que  le  plan ,  où  étoient  marquées  les 
divifions  des  heures,  étoit  dans  le  plan  de  l'équateur  célefte.  Cette  méthode 
quoiqu'elle  femble  aftronomique ,  n'eft  point  bonne  ,  parce  qu'au  moment 
où  le  foleil  fe  levé  ,  l'ombre  eft  foible  &  mal  tranchée  ,  mais  fur-  tout  parce 
que  les  réfraétions  varient  beaucoup  à  l'horizon,  &  peuvent  altérer  fcnfible- 
ment  le  diamètre  du  foleil.  Aullî  les  Egyptiens  le  trouverent-ils  par  ce  moyen 
de  la  9«me  partie  d'une  heure  ,  ou  de  1°  40',  c'eft-à-dire  ,un  peu  plus  que 
triple  du  véritable. 

§.     X  X  V  I  L 

Ils  mefurerent  encore  ce  diamètre  par  leurs  clepfidres  (d).   Ayant  com- 

(a)  Supra  ,  §.  lo.  (  c )  Macrobe  ,  Com.  fomn.  Lib.  I,  c.  lO. 

{b)  Siocelle,  pag.  75,  7^.  {d)  Cléomede ,  i^ê  Afunao  ,  Lib.  II ,  c.i, 

Ggg 


4i8  ÈCLAIRCISSEMENS 

paré  la  quantité  d'eau  qui  s'écouloit  pendant  le  tems  que  le  difque  du  foleil 
employé  à  monter  fur  l'horizon  ,  à  celle  qui  s'ccoule  pendant  une  révolution 
diurne  entière  ,  ils  trouvèrent  qu'elle  en  étoit  la  700*^™^  ou  la  7  50^'"'^  partie  ^  ce 
quiéquivantài8'48",  ou  jo'j  i".  La  première  nes'éloigne  du  véritable  diamètre 
que  de  quelques  minutes  ,  &  la  féconde  pourroit  paiferpour  exadte. La  mé- 
thode eft  cependant  mauvaife ,  mais  fans  doute  que  les  erreurs  fe  font  compen- 
fées.  Ce  moyen  de  mefurer  le  tems  par  l'écoulement  de  l'eau  eft  dcfeélueux 
à  caufe  des  vîtelfes  qui  changent  continuellement.  En  outre  les  réfrailions 
horizontales  varient  à  chaque  inftant  j  mais  le  principal  défaut  vient  de  ce  que 
le  foleil  monte  obliquement  fur  Ihorizonnleft  donc  plus  longtems  à  monter, 
&  par  cette  raifon  les  Égyptiens  auroient  dû  trouver  un  diamètre  trop  grand , 
fi  les  erreurs  ne  s'étoient  pas  compenfées.  La  méthode  ne  feroit  bonne  à  cet 
égard  que  le  Jour  de  l'équinoxe  ,  &:  pour  des  peuples  placés  fous  l'équateur, 
parce  qu'alors  le  foleil  s'élève  perpendiculairement.  On  ait  bien  qu'ils  firent 
l'obfervation  le  jour  de  l'équinoxe  [a);  mais  l'Egypte  eft  aftez  éloignée  de 
l'équateur  ,  pour  que  la  différence  y  foit  fenfible. 

§.     X  X  V  I  1  L 

Nous  avons  parlé  de  la  diredion  des  faces  des  pyramides  aux  quatre 
points  cardinaux.  Cette  direction  fuppofe  que  les  Egyptiens  favoient  tracer 
une  ligne  méridienne  ;  opération  qui  a  fes  difficultés ,  lorfque  l'on  vife  à  une 
certaine  exaditude.  Nous  verrons  (/')  que  le  célèbre  Ticho  s'étoit  trompé 
de  iS'  fur  la  pofîtion  de  la  fienne.  Il  ne  faut  pourtant  pas  imaginer  que  les 
anciens  Egyptiens  ayent  furpaffé  cette  exaditude  ;  il  ne  faut  pas  mettre  du 
merveilleux  dans  ce  récit.  Voici  ce  qu'en  dit  M.  l'Abbé  de  la  Caille ,  chargé 
par  l'académie  des  fciences  de  la  rédadion  des  manufcrits  de  M.  de  Cha- 
zelles  qui  font  dans  la  bibliothèque  de  cette  académie.  "  M.  de  Chazelles  , 
,-,  ayant  appliqué  labouiTole  graduée  ,  dont  l'aiguille  étoit  longue  de  quatre 
3>  pouces ,  fur  les  faces  de  la  pyramide  où  il  avoir  obfervé  ,  trouva  ,  ayant 
»  égard  à  la  déclinaifon  de  l'aimant,  que  ces  faces  étoient  nord  &  fud ,  eft  & 
»  oueft,  autant  qu'il  ejî  pojfibk  de  le  déterminer  avec  une  pareille  houjfoli  ;  ce 
»  qui  lui  paroît  une  belle  preuve  de  l'immobilité  de  la  ligne  méridienne  , 
»  puifque  les  pyramides ,  ayant  été  bâîies  longtems  avant  l'mvention  de  la 
3>  boulfole  ,  ne  peuvent  avoir  été  ainfi  orientées  que  par  des  obfervations 

\a)  Produs  ,  in  hypothip,  c.  3.  (  i  )  Hift.  de  lAftion.  moderne. 


ASTRONOMIQUES.  41-, 

>»  'afti'onomiquas  ,  iiuiépeiidantes  de  la  déclinaifon  de  l'aimant  (  i?).M.  Def- 
vigiioles  penfe  que  les  pyramides  ,  ainfi  dirigées  dans  le  fcns  du  méridien  , 
poiivoient  avoir  fervi  aux  Egyptiens  à  déterminer  le  tems  des  équinox;s  , 
lorfque  le  foleil  commençoit  à  éclairer  la  face  boréale  ,  ou  lorfqa'il  celfoit 
d'y  porter  fa  lumière  (  h  ).  Mais  il  eft  vifible  que  cela  ne  pouvoit  être  exadt 
que  dans  les  années  où  l'équinoxc  arrivoit  au  foleil  levant  ou  couchant.  Dans 
tout  autre  cas  l'obfervation  ctoit  alîujettie  à  l'incerticade  d'un  demi  jour. 

Homère  ,  qui  parle  de  l'Egypte  ,  de  Thebes ,  de  fes  cent  portes  ,  garde  le 
filence  fur  ces  pyramides.  M''  Goguet  (  c)  a  pente  qu'elles  n'étoient  point 
cenfcruites,  ou  du  moins  achevées  du  tems  de  ce  pocte ,  c'eft-à-dire ,  environ 
900  ans  avant  J.  C.  ;  ce  qui  s'accorde  affsz  avec  la  dernière  date  que  leur 
aliî^ne  Dso  Jore  de  Sicile  (  d).  Nous  avons  dit  que  ces  deux  date;  pouvoient 
fubfiller  enlemble  ,  en  fuppofant  que  celle  de  1000  ans  marque  l'établifle- 
ment  des  pyramides  de  Memphis  ou  du  Caire  ,  &  celle  de  5400  ans  l'an- 
cienneté des  pyramides  qui  étoient  près  de  Thebes  dans  la  haute  Egypte.  Si 
Homère  ne  s'eft  pas  avancé  jufques-H  ,  il  n'a  pu  avoir  connoilTance  des  py- 
ramides ,  puifque  dans  cette  fuppolîtion  celles  de  Memphis  n'exirtoient  pas 
de  ion  tems. 


(a)  M 'ni    Acii.  1761  ,  p.  :  60.  (  c  )  Tom.  III  ,  p.    éo. 

{b)  Mjce.iun.  HcrouT.  IV,  p.  10.  {d)  Tom.  I,    Liv.  I  ,  p.   154. 


GggiJ 


4io  É  C  L  A  I  R  C  î  s  s  E  M  E  N  s 


LIVRE      SIXIEME. 


.5^  ~vj.j^. 


De  l' Ajironomie  des  Grecs  Ù  des  Romains  ^   dans  les  tcms 
anciens  ,   Ù  dans  la  Secie  Ionienne. 

§.     Premier. 

Slia  chronologie,rhiftoire  de  la  Grèce  n'otFrent  des  dates  certaines  que  depuis 
l'établifTement  des  olympiadeSj77^  ansavant  J.  C.  Nous  pouvons  cependant 
remonter  plus  haut,  à  l'aide  de  quelques  calendriers  anciens  qui  contiennent 
des  obfervations ,  &  que  le  tems  a  refpedés.  Nous  allons  expliquer  l'nfage 
que  nous  en  pouvons  faire  ,  &  fur  quels  principes  cet  ufagc  eft  appuyé. 
Nous  ignorons  fi  les  Grecs  eurent  des  années  d'un  jour  ,  mais  ils  en  eurent 
de  trois  mois  ,  &  on  cite  les  peuples  d'Arcadie  (a).  Plutarque  [b)  dit  que 
ces  années  des  habirans  de  l'Arcadie  étoient  de  4  mois.  On  cite  auflE  les 
Acarnaniens  qui  en  avoient  de  fix  mois  (  c) ,  d'un  équinoxe  à  l'autre  ,  de- 
forte  que  les  jours  croilïoient  une  année  &  décroifloient  toute  l'année  fui- 
vante.  Quand  ils  s'aviferent  d'employer  la  révolution  du  foleil  à  la  mefure 
du  tems ,  ils  ne  connoifToient  pas  exadement  la  durée  de  cette  révolution  j 
ils  entrevovoient  feulement  qu'elle  étoit  plus  longue  que  douze  lunaifons  ; 
ils  firent  ufage  d'une  année  lunaire  ,  vague ,  qui  n'avoit  d'abord  que  douze 
lunaifons.  Comme  il  ne  fallait  pas  beaucoup  de  tems  pour  voir  combien 
cette  année  s'écartoit  du  cours  du  foleil  ,  ils  ajoutèrent  de  tems  en  tems 
un  treizième  mois  ùitercalaire.  Les  obfervations  du  lever  &  du  coucher 
des  étoiles  étoient  la  règle  des  travaux  de  la  campagne.  On  en  avoir  formé 
des  calendriers  dont  quelques  uns  nous  ont  été  confervés  prefque  entiers 
dans  les  anciens  auteurs.  On  en  retrouve  aufîl  des  fragmens  \  mais  les  uns 
&  les  autres  fe  contredilent  le  plus  fouvent  j  d'où  il  rcfulte  que  ces  frag- 
mens appartiennent  à  ditFérens  calendriers  &  à  différentes  époques, 


{a)  Cenforin,   c.    ij.  {b)  Plutarque^  /••:  Numa,  %.  16. 

Pline,  Lib.  YII ,  c.  48.  (O  Solin.  Polyhiftor.  c.  i. 


ASTRONOMIQUES.  411 

§•     II. 

En  effet ,  celui  qui  avoir  feivi  pendant  un  certain  efpace  de  tems,  à  la 
longue  ne  pouvoir  plus  fervir.  Le  mouvement  progreilîf  des  ctoilcs  en  lon- 
gitude fait  continuellement  retarder  les  levers  &  les  couchers  de  ces  étoiles. 
Suppofons  qu'une  belle  étoile  puiire  erre  apperçue  le  matin  un  peu  avant  le 
lever  du  foleil,  lorfqu'elle  eft  éloignée  de  10°  en  longitude  de  cet  aftre  ,  & 
que  dans  un  certain  rems  ce  phénomène  de  fa  première  apparition  ait  été 
apperçu  le  jour  même  de  léqûinoxe  du  printems  ,  l'étoile  étant  moins 
avancée  dans  l'écliptique  de  10°:  au  bout  de  71  ans  fon  mouvement  en 
longitude  l'aura  fait  avancer  d'un  degré;  au  bout  de  trois  fois  72  ans,  elle 
ne  fera  plus  qu'à  fept  degrés  de  l'équinoxe  ;  ce  jour  là  elle  ne  fera  oas 
vifible  le  marin ,  parce  qu'elle  fera  rrop  près  du  fobil ,  &  ce  ne  fera  que 
lorfque  cer  aftre  aura  fair  encore  trois  degrés  ,  c'eft  à-dire ,  trois  jours  de 
pliis  après  l'équinoxe  ,  qu'elle  pourra  être  apperçue.  Il  a  donc  fallu  changer 
les  calendriers  pour  que  les  pronoftics  des  changemens  de  la  température 
de  l'air  fulfenr  conformes  à  la  vériré  ,  pour  que  le  labourage  Se  les  autres 
travaux  champêtres  fe  filTent  dans  le  tems  convenable.  En  outre  les  points 
cardinaux  ,  c'efc-à-dire ,  les  points  des  équinoxes  &  des  folftices  étoient  dé-; 
fignés  par  le  lever  &  le  coucher  de  certaines  étoiles ,  comme  nous  l'avons 
déjà  obfervé.  On  difoir  firius  fe  levé  héliaquement  quatre  jours  après  le 
folftice  d'été  ;  &  c'eft  ainfi  qu'on  favoit  chaque  année  que  le  foleil  commen- 
çoir  à  redefcendre  vers  l'équateur ,  quoique  fon  mouvement  à  cet  égard 
fut  pendant  quelques  jçurs  infenfible.  Les  calendriers  ne  cadroient  donc 
plus  ,  quant  aux  équinoxes  &  aux  folftices  ,  avec  l'état  du  ciel.  Il  .fallut  les 
réformer  :  de  là  font  nés  fucceffivement  les  calendriers  qui  femblent  fe 
contredire.  Se  qui  différent  d'autant  plus,  qu'ils  ont  été  dreiîés  dans  des 
tems  plus  éloignés. 

§.     III. 

Depuis  Hypparque  qui  a  obfervé  l'équinoxe  du  printems,  dans  le  1° 
du  figne  du  bélier,  les  aftronomes  y  ont  fixé  cetéquinoxe.  Les  quatre  points 
cardinaux  ont  été  également  fixés ,  puifqu'ils  ne  peuvent  l'être  l'un  fans 
l'autre.  Les  aftronomes  ont  féparé  les  fignes  des  conftellations ,  ils  ont  lailTé 
celles-ci  s'avancer  le  loiTg  de  l'écliptique  ,  &c  ils  onr  donné  le  nom  de  la 
conftellation  à  l'efpace  de  ce  cercle  que  la  conftellation  même  occupoit  au 
iiecle  d'Hypparque.  Avant  lui  les  aftronomes  établilfoient  chacun  pour  leur 


j,ii  E  C  L  A  I  R  C  I  s  s  E  M  E  N  S 

tems  le  Ilea  Je  i'écliptiqae  ,  c'cft-à-dire ,  le  degié  de  chaque  co:ifidIation 
où  répondoienc  les  quatre  points  caidinaux  ^  Se  comme  ces  points  changent 
de  place  par  le  mouvement  des  étoiles  ,  on  trouve  plufieurs  déterminations 
l'rès-difFérentes  dans  ces  anciens  calendriers.  Les  points  cardinaux  y  font 
placés  aux  i,  i,  4,  6,  8,  lo,  11  &  15^  degrés  des  conftellations.  Ces 
diîrérentss  pofitions  indiquent  un  nombre  égal  de  calendriers  ,  reétifiés  les 
uns  après  les  autres.  Nous  chercherons  bientôt  à  ranger  ces  pofftions  fui- 
vant  les  époques  convenables.  Elles  ont  toutes  été  recueillies  par  les  com- 
pilateurs ^  foit  que  ces  écrivains  aient  attribué  les  différences  qu'on  y  re- 
marque à  des  erreurs  d'obfervation  ,  &  qu'ils  ayent  mieux  aimé  donner 
plufieurs  déterminations  que  de  faire  un  choix  incertain  ;  foit  qu'attribuant 
ces  changemens  à  quelque  caufe  inconnue  ,  ils  aient  voulu  les  conferver 
comme  des  moyens  propres  à  découvrir  la  caufe  dont  ils  font  les  effets. 

§.     I  V. 

Le  plus  ancien  de  ces  calendriers  eft  celui  qui  place  ces  points  au  15"^ 
degré  des  conftellations  (  <0  j  &  puifque  Chiron  paflTe  pour  l'inventeur  de 
rAftronomie  dans  la  Grèce  ,  &  fur-tout  des  figures  des  conftellations  ,  il 
eft  jufte  de  lui  attribuer  cette  détermination  qui  ,  comme  on  le  verra  ,  a  été 
faite  à  peu  près  de  fon  tems  (è). 

ïly  a  bien  quelque  doute  fur  ces  connoiftances  aftronomiques  attribuées 
à  Chiron.  Elles  ne  font  appuyées  que  fur  un  paffage  de  St.  Clément  d'A- 
lexandrie ,  qui  n'eft  pas  bien  clair  (c)  ;'  mais  ce  fera  Mufée ,  Ci  l'on  veut, 
i  qui  ce  calendrier  doit  être  rapporté.  La  chofe  n'eft  pas  bien  importante. 
Il  paroît  que  Mufée  (li)  plaça  la  génération  des  dieux  (e.) ,  c'eft-à-dire  ,  les 
héros  de  la  Grèce ,  fur  la  repréfentation  du  ciel ,  ainfi  il  feroit  l'auteur  du 
globe  célefte.  Quoi  qu'il  en  foit ,  les  paroles  d'Eudoxe  font  formelles  à 
l'égard  de  cette  fixation  des  équinoxes  &  des  folftices.  «  Stcunius  circulas 
i>  in  quo  convcrjlones  nfliv &  fiunt  ;  in  eo  fitum  efi  médium  cancri.  Tercius  ejl 
n  circulas  in  quo  fiant  equinoxia  ;  in  eo  poficum  efi  arieùs  &  chelarum  médium. 
w  Quarcus  in  quo  convcrfinnes  hiberne,  accidunt  ,  in  eo  capricornt  médium 
»  efi  M  (/).  Ces  trois  cercles  dont  il  eft  ici  queftion  ,  font  les  deux  tropiques 


(j  )  Acliillcs  Tatius,   ci?.  (  a")  Z-i/rJ  ,  Liv.  IX  ,  §.  48. 

Hyppar'.iue,  Comm.  furAracu":,  L.I,  c.  10.  (c)  Veidlcr  ,  p.  S. 

(b)  Ii/rà,  Éclaire.  Liv.  IX,   §.   38.  (/)  Hypparquc  ,  Comment,  fur  Aratus, 

(c )  Gogjet,  Tora.  II,  pag.  i8«.  Jn  UrunoL  tib.  II  ,  p.   n*. 


ASTRONOMIQUES.  413 

6c  l'cquateur  ^  &  fi  l'en  imaginoit  qu'Eiidoxe  entend  qu'ils  pr.iïenc  par  la 
milieu  des  figues  ,  relativement  à  leur  largeur  &  non  pas  à  leur  longueur, 
on  trouvera  d'autres  pallages  (ci)  où  en  parlant  des  colures  ,  il  dit  que  ces 
cercles  pafTent  par  le  milieu  des  quatre  fignSs  du  bélier,  de  l'ccrevilTe ,  des 
ferres  du  fcorpion  &  du  capricorne  -,  ce  qui  détruit  l'objeclrion. 

M.Freeet  [l>]  a.  remarque  que  c'efc  en  confcquence  de  cette  déter- 
mination des  points  tropiques  au  milieu  des  fignes  ,  que  l'on  a  imaginé 
une  maniera  de  les  combiner  ,  en  joignant  enfemble  ceux  dans  lefquels 
l'amplitude  ortive  du  foieil  5c  la  durée  des  jours  étoit  la  même  ,  c'eft-à-dire, 
les  fignes,  qui,  étant  également  éloignés  de  l'équateur  ,  fe  couchoient  &  fe 
levoient  aux  mêmes  points  de  l'horizon.  On  les  accouploit  ainii  : 


Lé 

Les  gémeaux. 
Le  taureau. 
Le  bélier. 
Les  poifiTons. 
Le  verfeau. 


ilfe. 
Le  lion. 
La  vierge. 
La  balance. 
Le  fcorpion. 
Le  fa^irtaire. 


Le  capricorne. 

L'écrevifTe  6c  le  capricorne  étoient  nommés  a'^lgos ,  c'eft-à-dire,  'mac- 
couplables  ;  il  faut  faire  attention  que  ,  s'ils  étoient  inaccouplabks  de  figne  à 
figne  ,  ils  ne  l'étoient  cependant  pas  en  eux-mêmes  ^  car  la  première  moitié 
s'accouploit  très-bien  avec  la  féconde  ,  puifque  le  folftice  partageoit  le  figne 
en  deux  parties  égales.  Lorfqu'on  eut  placé  &  fixé  les  colures  au  commen- 
cement des  fignes ,  il  n'y  eut  plus  de  fignes  folirairesou  azigos  j  mais  ou  les 
accoupla  différemment  &  comme  on  pourroi:  le  faire  aujourd'hui. 


Les  gémeaux. 
Le  taureau. 
Le  bélier. 
Les  poi(fons. 
Le  verfeau. 
Le  capricorne. 


L'écrevilfe. 
Le  lion. 
La  vierge. 
La  balance. 
Le  fcorpion. 
Le  fagittaire. 


(  û)  Hipparque  ,  Comment,  fur  Ararus. 
In  Uranolog.  Lib,  II ,   pag.  107 ,  xo8. 


(  b)  Défcnfe  de  la  Chron.  pag.  463. 
Petau ,  Vranol.  differr.  p.  84. 


414  E  C  L  vV  I  R  C  I  S  S  E  M  E  N  S 

Ces  différentes  combinaifons  fervoient  aux  règles  de  l'aftiologle  judi- 
ciaire. Mais  il  eft  évident  qu'on  y  retrouve  la  tradition  confervée  de  la 
fixation  des  équinoxes  &  des  folftices  au  quinzième  degré  des  fignes.  C'eft 
ainfi  que  des  préjugés  abfurdes  ont  confacré  certaines  découvertes  des  aftro- 
nômes  ,  &  les  ont  fait  refpeiber  par  le  tems. 

§.     V  I. 

L  A  fphere  que  décrit  Eudoxe  dans  les  fragmens  qui  nous  ont  été  tranf- 
mis  par  Hypparque  {a),  c'eft- à-dire  ,  la  pofition  des  confteilations  à  l'é- 
gard des  cercles  de  la  fphere  ,  eft  telle  qu'elle  devoit  être  1550  ans  avant 
J.  C.  M.  Newton  ,  qui  attribue  cette  fphere  à  Mufée  ,  contemporain  de 
Chiron  ,  remarque  qu'elle  doit  avoir  été  réglée  après  l'expédition  des  Ar- 
gonautes &  avant  la  deftrudion  de  Troye  {/') ,  puifque  les  Grecs  qui  ont 
donné  aux  confteilations  des  noms  tirés  de  leur  hiftoire  &  de  leurs  fables, 
&;  fur-tout  qui  ont  voulu  y  coufacrer  la  mémoire  de  ces  fameux  aventu- 
riers ,  connus  fous  le  nom  d'Argonautes  ,  n'auroient  pas  manqué  d'y  placer 
les  héros  qui  fe  fignalerent  devant  Ilion ,  &  de  leur  donner  d'avance  l'im- 
mortalité qu'ils  dévoient  recevoir  d'Homère, 

La  chronologie  d'Hérodote  &  de  Thucydide  place  la  prife  de  Troye  en- 
viron 1 1^4  ans  ,  (Se  le  P.  Pezron  1109  ans  (c)  avant  l'ère  chrétienne,  Ainfi 
cette  fphere  eft  du  13^  ou  14^  hecle  avant  J.  C.  Nous  verrons  qu'elle  a  du 
être  réglée  vers  l'an  1553,  &  non  en  ^^6 ,  comme  le  prétend  M.  Newton  , 
qui  diminuoit  de  4  ou  5  fiecles  la  durée  des  anciens  tems  de  la  Grèce, 
Ceci  fera  difcuté  parla  fuite  {d). 

§.     VIL 

E  N  fuppofant  que  Chiron  ou  Muféc  eulfent  contribué  à  répandre  cette 
defcription  dans  11  Grèce  ,  ni  l'un  ni  l'autre  n'en  étoient  l'auteur.  La  po- 
fition des  étoiles  dans  les  cercles  de  cette  fphere  eft  établie  avec  tant  d'exac- 
titude ,  qu'elle  ne  peut  être  l'ouvrage  d'une  Aftronomie  naiflante.  Tant  de 
luftwlfe  annonce  une  fcience  très-anciennement  cultivée  ,  fans  doute  dans 
l'Orient^  puifqu'il  eft  certain  qu'elle  n'avoit  pu  l'être  alors  dans  la  Grèce. 
La  fphere  d'Eudoxe  a  été  réglée  dans  la  Chaldce  ou  dans  la  Perfe  ,  &  cette 


(,a)  Corameiu.   fur  Aratus.  (c)  Défenfe  de  la  Chron.  pag.  71. 

(  é>  )  Cluoii.  des  anciens  royaumes  réfor-  Antiquité  rétablie, 

œée.  Paris,  171S,  pag.  87,  88.  (</)  Irifrà ,  Liv.   IX,  à-   37- 

connoilTance 


astronomiques:  415 

connoiirince  fut  le  fruit  des  premières  communications  de  la  Grèce  avec 
TAfie.  Les  Grecs  dont  le  cara(ftere  étoit  de  s'approprier  tout,  qui  av-oient 
l'arc  de  déguifer  leurs  larcins ,  par  la  teinture  nationale  qu'ils  donnoient  à 
ce  qui  ne  leur  appartenoit  pas  j  ont  feulement  changé  les  noms  des  couf- 
tellacions  de  la  fphcre  étrangère. 

§.    VII  I. 

L'H  E  R.  c  u  L  E  ,  Grec ,  naquit  900  ans  avant  Hérodote  ,  vers  l'an  1 3  S  5  (a). 
Il  étoit  à-peu-près  contemporain  de  Clairon.  Il  étoit  fils  d'Aicmene  &  fe 
nommoit  Alcée.  Comme  il  choifit  un  genre  dévie,  femblable  à  celui  de 
l'ancien  Hercule  ,  les  Grecs  l'ont  revêtu  du  nom  Se  de  la  gloire  de  ce  pre- 
mier Hercule  (  />).  En  conféquence  la  fable  rapporte  qu'Hercule,  dans  le 
douzième  &:  le  dernier  des  travaux  qu'Eurifthée  lui  avoir  impofcs  ,  paiïa  en 
Afrique  pour  y  chercher  les  pommes  d'or  du  jardin  des  Hefpérides^  il  y 
délivra  les  tilles  d'Atlas  enlevées  par  des  pirates.  Ce  prince  en  reconnoif- 
fance  de  ce  fervice  ,  lui  enfeigna  l'Aftronomie  ,  il  lui  communiqua  l'in- 
vention de  la  fphere  ;  «  &  comme  Hercule  fut  le  premier  qui  apporta  en 
s>  Grèce  l'invention  de  la  fphere ,  on  feignit  à  ce  propos  qu'Atlas  s'étoit 
»  repofé  fur  lui  du  fardeau  du  monde ,  les  hommes  racontant  d'une  manière 
»  fabuleufe  un  fait  véritablement  arrivé  (c) ,  Voflius  {d)  cite  un  fragment 
»  du  Palamede  de  Sophocle ,  où  le  poëte  loue  Hercule  d'avoir  fait  con- 
!>  noître  le  premier  les  mouvemens  des  aftres  >».  Mais  comme  cela  fe  ren- 
contre dans  les  fables ,  où  l'hiftoire  eft  défigurée  par  la  tradition  ,  les  tems 
ne  s'accordent  pas.  Atlas  eft  beaucoup  plus  ancien  (e  ) ,  &  l'on  ne  peut 
douter  qu'il  ne  foit  queftion  ici  de  l'Hercule  oriental ,  que  les  Grecs  auront 
dépouillé  pour  honorer  le  fils  d'Aicmene.  D'ailleurs  fi  Hercule  apporta  la 
fphere  dans  la  Grèce  ,  ce  ne  fut  point  en  Afrique  qu'il  fut  la  chercher  j 
elle  y  eft  venue  évidemment  del'Afie  (/).  Hercule  n'acheva  cependanr  pas  le 
voyage  dans  la  Colchide  :  il  fut  abandonné  par  les  Argonautes  dans  la 
Troade  ,  où  il  prit  &  faccagea  Troye.  Ce  fut  là  fans  doute  qu'il  connut  la 
fphere. 

§.    I  X. 

On  cite  quelques  autres  perfonnages  de  ce  tems.   Orphée  à  qui  on  at-» 


(a)  Dcf.  delà  Chron.  pag.  65.        .  (d)  De  Scien.  Mathemat.  c.  }i ,  ç,  4). 

{b  )  Diodore  ,  Liv.  1 ,  p.  49.  (  e)  Supra  ,  Éclaire.  Liv.  I ,  j.  10. 

(c)  Diodore ,  T,  II .  Liv.IY,  p.  6i.  (/)  /n/rj^Éc!airc.  L.IX  ,  S.  16,  18,  j-;, 

Hhh 


é,xë  ÊCLAIRCISSEMENS 

tribue  plufieius  ouvrages  ,  une  Aftronomie  Se  une  Théogonie  [a).  Ciceron 
prétend  que  les  vers  orphiques  ont  été  compofés  par  Cercops ,  pythago- 
ricien [h).  Ces  connoillances  n'en  feroient  pas  moins  orientales  ;  elles  au- 
loient  été  recueillies  par  Pythagore,  au  lieu  de  l'avoir  été  par  Orphée  j  mais 
nous  les  croyons  beaucoup  plus  anciennes.  Elles  étoient  la  bafe  des  connoif- 
fances  grecques.  C'eftlà  qu'Héfiode  &  Homère  avoient  puifé.  Ciceron  pou- 
voit  erre  mal  inftruit ,  &  nous  penfons  qu'elles  appartiennent  réellement  à 
Orphée  ,  ou  du  moins  à  fon  tems. 

Nous  ne  décidons  point  il  ces  connoilTances  vinrent  direétement  de 
l'Orient  dans  la  Grèce.  Une  partie  avoit  pafle  anparavant  par  l'Egypte  où 
elle  fut  recueillie  par  les  Grecs  qui  y  voyagèrent.  Diodore  de  Sicile  en 
nomme  un  grand  nombre  \  Orphée ,  Mufée ,  Melampe ,  Dédale  ,  Homère , 
Licurgue  ,  Solon ,  Platon  ,  Pythagore  ,  Eudoxe  ,  Dcmocrite.  //  nejl  aucun 
d'eux  ,  dit-il,  du  pnjfage  ou  du  fe jour  duquel  on  ne  montre  quelques  marques  , 
comme  leurs  portraits ,  ou  quelque  ouvrage  ,  ou  menu  quelque  lieu  qui  porte 
leur  nom,  Orphée  y  a  prisfes  orgies  ,fes  myjleres  j  la  fable  de  l'enfer  {c  )  ,  &c. 

5.    X. 

D  È  s  le  tems  de  la  guerre  de  Troye  ,  les  Grecs  navigeoient ,  en  obfevvant 
les  étoiles  voifines  du  pôle.  UlyfFe  s'en  fervit  pour  diriger  la  courfe  d& 
fon  vaifTeau;  &  quand  on  diroit  qu'Hgmere  a  fait  un  anachronifme  ,  en 
donnant  à  Ulyffê  un  art  qui  n'ctoit  pas  connu  de  fon  tems  ,  il  s'enfuivroic 
toujours  que  l'art  eft  antérieur  au  pocte  qui  en  parle.  Ces  étoiles  étoient 
fans  doute  celles  de  I2  grande  ourfe. 

M.  Pluche  a  penfé  que  cet  ufage  pour  la  navigation  étoit  l'origine  du 
nom  d'ourfe  donné  à  cette  conftellation  j  8c  fon  étymologie  ,  qui  peut  n'être 
pas  vraie,  eft  alfez  ingénieufe  pour  trouver  place  ici.  Il  remarque  {d)  que 
les  Phéniciens  nommoient  dans  leur  langue  cette  conftellation  qui  leur  in- 
diquoit  leur  route  ,  dohehe ,  ou  doubé ,  conftellation  parlante.  Or  ce  mot 
douhe  fignihoit  aufîî  une  ourfe  dans  la  même  langue  ,  &  les  Grecs  dans  la 
leur,  lui  en  ont  donné  le  nom.  11  eft  certain  qu'en  arabe  elle  s'appelle  encore 
dubbeh  y  l'ourfe  (e).  Elle  s'appeloit  aullî  c<j//i/?o  ,  qui  en  phénicien  fignihoit 


(a)   Veidler,pag.  8.  {d)   Spectacle  de  la  Nature,  Tom.  IV, 

(  i>  )  Ciceron ,  de  nat.  Deorum,  L.  I ,  n.  38.       part.  1  ,  entrer,  i. 

(c  )  Diodore  de  Sicile,  Lib.  I ,  Icdt.  z,  (  <••  )    Riccioli,    Almagcfle  ,    Tome  I, 


ASTRONOMIQUES.  ^t^ 

falui.  Tous  ces  noms  ,  félon  lui,  écoient  relatifs  aux  ferviëes  que  rendoieiic 
aux  gens  de  mer  ces  étoiles  boréales.  Nous  pènfons  &  nous  croyons  avoir 
prouvé  que  cetre  conftellation  a  porté  très-anciennemeutle  nom  d'ourfe  {  o). 
De  ces  deux  fignifications  confondues  ,  les  Grecs  ont  compofé  l'iiiltoire 
d'une  nymphe  aimée  de  Jupiter,  que  la  colère  de  Junon  changea  en  ourfe  , 
mais  que  l'amour  de  Jupiter  plaça  dans  le  ciel.  On  a  dit  encore  qu'elle  ne 
fe  couchoir  jamais ,  parceque  la  jaloufie  de  la  décfle  lui  avoit  ôté  le  privi- 
lège des  autres  étoiles  ,  d'aller  palfer  la  nuit  dans  l'Océan ,  &  n'avoit  pas 
voulu  qu'en  fe  plongeant  fous  l'horifon  ,  elle  fe  dérobât  à  fes  regards.  Quoi 
qu'il  en  foit  de  ces  fables,  le  pri/ilége  ou  le  malheur  qu'avoient  les  der.x 
©urfes  de  ne  fe  point  couche::  dans  la  mer  ,  a  fait  donner  leur  nom  ,  ou  celui 
d'Ardique  ,  au  cercle  qui,  ayant  le  pôle  pour  centre, touche  l'horifon^  parce 
qu'il  renferme  toutes  les  étoiles  qui  ne  fe  couchent  pas. 

Les  deux  ourfes  onr  fervi  également  dans  la  Grèce  à  navlger.  En  tout  les 
Grecs  n'avoient  pas  grand  befoin  des  étoiles,  parce  qu'ils  ne  faifoienc  que 
le  cabotage.  Us  ne  connurent  même  ,  ou  du  moins  ne  firent  ufage  de  la 
petite  ourfe  que  beaucoup  plus  tard,  &  vers  le  tems  de  Talés.  Ovide  dit  ; 

EJfe  duas  ArBos  ,  quarum  ktc  Cynofra  vocacur  , 

Sidoniis ,  hsiicen  graia  carina  notât. 
2dagna  minorque  ferd  ,  quarum  régit  altéra  graîas , 

Aîtera  fidonias ,  utraquc  ficca  -,  ruies  (5). 

Le  p.  Riccioli  (c)  penfe  que  les  Sydoniens ,  les  Phéniciens  &:  les  Car- 
thaginois fe  fervoient  de  la  petite  ourfe  ,  parceque  dans  leurs  navigations 
plus  étendues  &  plus  méridionales  que  celles  des  Grecs  ,  la  grande  ourfe 
fe  couchoit  quelquefois  ,  &  pouvoir  leur  manquer  au  befoin  ;  mais  cette 
conftellation  fuffifoit  aux  Grecs  dont  les  courfes  fe  bornoient  à  rArchipel& 
«LU  Pont  Euxin.  L'étoile  que  nous  nommons  polaire  ,  qui  en  efFer  eft  très-près 
du  pôle  aujourd'hui  ,  &  s'en  approchera  encore  davantage  dans  quelques 
fiecles  ,  en  étoit  alors  éloignée  de  plus  de  1 5°.  Vers  le  tems  de  Chiron  , 
la  véritable  étoile  polaire  étoit  l'étoile  x  du  dragon  ,  qui  n'en  étoit  diftante 
que  de  5".  M.  Freret  (c/)  veut  confirmer  ceci  par  un  paffage  d'Hygm  que 
voici.  J'^idemus  in  excremu  caudâ  draconis  fîeUum  e[fe  ,  qud  in  fe  verfatur  ,  & 
in  eodcm  l  co  conjlat.  Ce  palTage  ne  fe  trouve  point  dans  le  3'  livre  d'Hygin 


{u  )  Supra  ,  Éclaire.  Liv.  I,  4.  10.  (  c  )   Riccioli,  loco  citdto. 

(  b  )  Ovide,  f  aft.  3.  Riccioli ,  loc.  cit.  (  d  )  Déf.  de  la  Cluon.  p.  448, 

Hlihij 


4i8  ÉCLAIRCISSEMENS 

que  nous  avons  parcouru.  Hygin  dit  au  contraire  en  parlant  de  la  petite  ourfe  : 
fcd  in  prioribus  caudâ.  Jïdlïs  una  ejl  infima  ,  quét.  polus  appellacur  y  ut  Eratof- 
thenes  dieu  ,  per  qucm  locum  ipfe  mundus  exijlimatur  verfari  {a). 

§.     X  I. 

L  A  fphere  décrite  du  tems  de  Chiron  ne  parut  défeûueufe  ,  ou  dix 
moins  on  n'eut  de  nouvelles  connoiffances  à  cet  égard  que  vers  le  tems 
d'Hcfiode;  c'eft  l'époque  d'un  nouveau  calendrier.  Mais  avant  d'aflïgner  une 
date  aux  différens  calendriers  ,  aux  différentes  déterminations  des  colures  de 
des  points  cardinaux,il  eftbon  d'obferver  que  les  anciens  rapportoient  à  l'é- 
quateur  la  pofition  de  tous  les  aftres.  Il  y  a  apparence  que  cette  manie^ 
de  compter  les  longitudes  a  été  générale.  On  la  retrouve  chez  les  Chinois, 
&  les  Grecs  qui  ont  copié  les  Egyptiens  &:  les  Chaldéens ,  l'ont  fort  long- 
tems  confervée.  En  voici  quelques  preuves. 

Geminus  ,  qui  écrivoit  environ  un  fiecle  après  Hypparque  ,  dit  dans  fon 
calendrier  (  i  )  qu'Eudoxe  plaçoit  l'équinoxe  du  printeras  au  6°  du  bélier  , 
&  le  folftice  d'hiver  au  4°  du  capricorne.  Eudoxe  ni  Geminus  nignor.oient 
pas  que  la  diftance  de  ces  deux  pouits  fur  l'écliptique  eft  de  170?  j  il  ne  s'en 
trouve  cependant  que  ziîS;  c'eft  une  preuve  démonftratlve  que  ces  déter- 
minations étoient  prifes  fur  l'équateur  &  non  fur  l'écliptique.  En  effet,  félon 
M.  Fréter  (c),  604  ans  avant  J.  C.  la  première  étoile  à'aries  avoit  355° 
52'  50"  d'afcenfion  droite,  &  précédoit  par  conféquent  le  colure  équi- 
noxial  de  6^.  Cette  même  année  l'étoile  ^  du  capricorne  avoit  166°  1 8'  19" , 
&  l'étoile /5  t66°  37'  57"  d'afcenfion  droite.  Ces  deux  étoiles  étoient  par 
conféquent  au  4°  environ  avant  le  folftice  d'hiver.  Eudoxe ,  dans  cette  dé- 
termination de  l'équinoxe  du  printems  Se  du  folftice  d'hiver ,  les  rapporte 
donc  à  l'équateur. 

Ammien  Marcellin  (d)  dit  que,  félon  Archimede ,  l'équinoxe  du  tems 
de  ce  grand  géomètre  fe  faifoit  au  2°  du  bélier.  Archimede  avoit  drelfé  un 
planifphere  fur  fes  obfervations  (e);  Ptolemée  en  parle  (/).  11  mourut  l'an 
214,  âgé  de  75  ans  ^  il  étoit  donc  né  l'an  289  ,  lorfque  la  première  étoile  du 
"bélier  étoit  par  fon  afcenfion  droite  au  27°  5  2'  50"  des  poilTons  ,  c'eft-à-dire, 
environ  à  2°  du  colure  équinoxial. 

(  û  )  Poetkon  aftronomicum  ,  pag.  49  j  ,  {d)  Lib.  XXXVI. 

édit.  1741.  '  \e)    Voyei  l'Hiftoire    de    rAftronoœiç 


aeine 


(,b)  Uranolog.  pag.  67,  69.  mode 

(  '  )  Défçufe  de  la  Cluoii.  p.  465 .  (/)  Almag.  Lib.  III ,  c.  1. 


ASTRONOMIQUES.  419 

Enfin  aiitems  d'Hypparque  la  première  étoile  à'aries  fe  trouva  dans  le  co- 
lure  même  de  l'équinoxe  ,  c'eft-à-dire ,  qu'elle  eut  0°  o'  o"  d'afceufion  droite , 
enforte  que  la  conftellation  conmiençoit  avec  le  ligne. 

Columelle  (a)  nous  apprend  qu'Hypparque  mettoit  cette  étoile  au  i"d'<i- 
ries.  Or  il  eft  certain  que  cette  étoile  ne  pouvoit  être  alors  au  commencement 
des  fignes  par  fa  longitude  ,  elle  ne  pouvoit  y  erre  que  par  fon  afcenlion 
droite.  Elle  n'a  eu  0°  de  longitude  que  588  ans  avant  J.  C. ,  &  au  tems 
d'Hypparque,  150  ans  avant  l'ère  chrétienne,  elle  avoit déjà  environ  5°  zo'. 
L'ufage  étoit  donc  alors  de  rapporter  les  étoiles  à  l'équateur  ,  Se  c'efl:  ainfi 
qu'on  doit  entendre  les  expredions  d'Eudoxe  &  d'Hiparcjue.  Le  P.  Petau  en 
donne  encore  quelques  autres  preuves  {/>). 

§.    XII. 

Ce  principe  une  fois  établi,  il  fera  aifé  de  trouver  le  tems  où  l'étoile  > 
c'eft-à-dire  ,  la  première  étoile  remarquable  du  bélier  ,  précédoit  en  afcen- 
lion droite  fcquinoxe  de  15,  li,  \o  ,  S  ,  6  ,  ^  [c]  ,  1  &c  o  degrés.  Les 
longitudes  qui  y  répondent  font  i  is  16°  44',  1 1' 10°  2',  1 1^  zi°  1  j  ,  1  is 
24°  25',  1 1' 26°  4^',  o' 1°  o',  o'  î°  12'.  On  trouvera  que  5  du  bélier, 
qui  en  1750  étoit  dans  o'  29"  41' ((f),  à  raifon  du  mouvement  d'un  degié 
en  72  ans,  a  dû  avoir  ces  différentes  longitudes.  Succeflivement  1 541 , 
IIS5  ,  948  ,  789  ,  63 1  ,  515  ,  11S7  ans  avant  J.  C.  ces  différentes 
déterminations  indiquent  un  pareil  nombre  de  calendriers  qui  ont  été 
réglés ,  ou  apportés  dans  la  Grèce.  Elles  nous  fourniffent  un  fil  pouf 
nous  guider  dans  les  progrès  de  l'Aftronomie  grecque ,  &  pour  en  connoître 
quelquefois  les  auteurs  ;  car  en  fixant  la  date  de  ces  décerminarions  ,  il  eft 
naturel  de  les  attribuer  aux  aftronômes,  qui  ont  été  célèbres  dans  le  même 
tems.  La  première  eft  donc  celle  de  Chiron  ou  de  Mufée  \  la  féconde  en 
1105  eft  d'un  auteur  inconnu  ;  la  troifieme  en  948  eft  du  tems  d'Héfiode , 
quifuivant  M.  Freret  (e),  vivoit  en  ^16  ou  920  ;  la  quatrième  en  789  pré- 
cède l'époque  de  Nabonaffar  ^  la  cinquième  en  6}  i  appartient  au  hecle  de 
Thaïes  j  la  fixieme  eft  due  à  Archimede;  enfin  la  feptieme  eft  l'époque  des 
premiers  travaux  aftronomiques  d'Hypparque. 

(a)  De  rc  rufiica  ,  Lib.  IX  ,  c.  14.  ccdentc  :  on  vient  de  le  voir  tout  a  l'heure, 

Ib)  Ur^nol.  Dill'erc.  Lib.  II,  c.  z.  (a)  Fund.  Jftr.  de  M.  delà  Caille. 

(  c  )  Nous  fupprimons  cette  détermina-  (  e  )  ïrersc  ,  défenle  de  la  Chrouolo^is  j 

tien  ,  parce  qu'elle  eft  la  nisme  que  la  ^ré-  page  453. 


430  É  C  L  A  I  R  C  I  S  S  E  M  E  N  S 

§.     XIII. 

Il  paroît  que  les  anciens  s'étoientfort  exercés  aux  obfervations du  lever 
de  du  coucher  des  étoiles,  y  apportoient  beaucoup  d'attention,  &  obtenoient 
une  certaine  exadirude.  En  voici  la  preuve.  Héfiode  dans  fon  fécond  livre 
donne  les  préceptes  d'agriculture  relatifs  aux  Pléiades. 

Pleiadibus  Atlante  natis  ortentibus 

Incipe  mejfem  ;  arationtm.  verb  occidcntihus, 

Qas.  quidem  noBes  ^  &  dies  quadraginta 

Occultantur  :  rursiim  verb  ,  circumvolvente  fe  anno 

Apparent^  primum  ut  acuhur  fcrrum. 

Cette  circonftance  de  l'occultation  des  Pléiades  enveloppées,  pendant  qua- 
rante jours  &:  quarante  nuits,  dans  les  rayons  du  foleil  eft  remarquable.  Le 
p.  Petau  [a)  2.  calculé  qu'au  tems  d'Héfiode  la  première  étoile  des  Pléiades 
fe  couchoit  le  foirlorfque  le  foleil  croit  dans  o°  5 1'  du  bélier  ,  la  dernière 
lorfqu'il  étoit  dans  4°  8'.  Cette  dernière  fe  levoit  le  matin  lorfqae  le  foleil 
fe  trouvoit  dans  1 1  °  4'  du  taureau.  Quand  il  eft  queftion  de  l'apparition  ou 
de  la  difparition  des  Pléiades ,  c'eft  de  leur  amas  ^  ou  de  la  petite  conftel- 
lation  entière  que  cela  doit  s'entendre  -,  ainfi  pour  trouver  l'intervalle  entre 
l'un  &  l'autre  de  ces  phénomènes  ,  il  faut  prendre  celui  qui  a  lieu  entre  le 
moment  où  la  première  étoile  difparoilfoit ,  &  celui  où  la  conftellation  en- 
tière fe  remontroit ,  c'eft-à-dire ,  où  la  dernière  étoile  fe  levoit  héliaquement. 
Le  foleil  parcouroit  donc  40°  i  5'  pendant  cet  intervalle  qui  eft  par  confé- 
quent  de  40  jours  environ.  On  ne  peut  demander  une  plus  grande  pré- 
cifion  ,  d'autant  que  ces  étoiles  ne  font  pas  des  plus  brillantes.  Le  palTage 
d'Héfiode  eft  authentique  &  démonftrarif.  Il  prouve  que  910  ans  avant 
J.  C.  ces  levers  &:  ces  couchers  étoient  obfervés  avec  une  grande  exacbrtude. 
Il  eft  donc  démontré  que  les  jours  de  ces  obfervations  peuvent  fervir  à  dé- 
terminer les  tems  où  elles  ont  été  laites ,  &  que  les  calculs  de  ce  genre  ,  que 
nous  avons  déjà  établis  ,  ne  portent  point  à  faux. 

§.    XIV. 

Le  trolfieme  calendrier,  où  les  colures  font  fixés  au  10°  des  fignes  ,  fut 
réglé  vers  948  &  vers  le  tems  d'Héfiode.  Ce  poète  nous  indique  lui-même 
fon  âge  ,  fuivant  la  remarque  de  M.  Freret  (  é  )  ,  en  nous  apprenant  dans  fon 

{a  )  Uranolog.  dijfcrtat.  Livre  II,  page  (  l>  )  Dcfenfcde  la  Cliron.  pag.  45^. 

54.  Hefiode  ,  op.  éf   dies  ,  v.  j*4. 


ASTRONOMIQUES.  431 

poc'me  fur  les  travaux  de  la  campagne  ,  que  de  fou  tems  ardurus  fe  levoic 
60  jours  après  le  folllico  d'iiivev.  Riccioli  a  calculé  le  rems  où  ce  phéno- 
mène a  dû  arriver  {a)  ,  &  il  trouve  que  c'eft  vers  95  3  ans  avant  J.  C  Les 
obfervations  des  étoiles  ont  été  réellement  multipliées  dans  le  tems  d'Hé- 
fiode.  On  en  trouve  beaucoup  dans  les  calendriers  de  Ptolemée  &  de  Ge- 
minus  qui  fe  rapportent  à  ce  fiecle  (  A  ).  M.  Freret  regarde  Hcfiode  comme 
beaucoup  plus  inftruit  qu'Homère.  Le  premier  connoilfoit  la  ditiérence  des 
j>  climats ,  Se  remarque  que  pendant  l'hiver  le  foleil  fe  levé  plus  tard  dans 
»  la  Grèce  qu'il  ne  fait  pendant  le  même  tems  dans  le  pays  des  Noirs  Se 
»  des  Ethiopiens.  Les  divers  préceptes  d'agriculture  aftronomique  qui  faut 
»  répandus  dans  ce  poc'me  cadrent  tous  exadlement  avec  le  tems  auquel 
ij  vivûit  Hcfiode  ,  &:  on  peut  les  regarder  comme  des  lambeaux  du  caleu- 
>•  drier  publié  alors  [c]  ». 

Il  paroît  cependant  qu'Homère  connoilfoit  la  différence  de  longueur  des 
jours  fuivant  les  latitudes.  11  femble  avoir  en  vue  les  pays  où  le  foleil  ne 
fe  couche  point  lorfqu'il  fait  dire  à  Ulylfe  : 

Altiponam  Liftrigoniam ,  ubi  paftorem  paftor 

Kociit  adducens  :  ille  vero  educens  exaudit. 

Ubi  etiam    infomnis  vir  duplices   excipit  mercedes  , 

Unam  boves  pafcens ,    altérant   argenteas  oves  pafcens. 

Propl-  c'tim  &  noâis  6'  dici  funt  vit. 

It  lorfcp'il  dit  des  Cimmériens  : 

Kic  vcro  Cimmerionun  virorum  populique  urbefque 

Aère  &  nebula  teiii.  Neque  unquam  cos 

Sol  fplendens  afpicit   radiis  j 

Neque  cum  afcendit  ad  cœlum  ftcHiferum  ; 

Neque   cum  rursiis  coelitus  ad  terram  convertitur. 

Sed  nox  trifiis  extenfa  ii  fuper  miferos  komines  {d). 

Les  connoiiïances  renfermées  dans  ces  vers  d'Homère  font  confufes  Se 
mêlées  d'abfurdités.  Il  croyoit  que  les  régions  glacées  dévoient  être  toujours 
couvertes  de  nuages  ,  &  qu'on  n'y  pouvoit  jouir  des  rayons  du  foleil.  Il 
imaginoit  que  le  foleil  ne  montoit  au  ciel  étoile  que  lorfqu'il  s'élevoit  lur 
l'horizon.  On  ne  favoit  donc  point  alors  dans  la  Grèce  qu'il  y  eût  des  étoiles, 
deflous  comme  au  delTus.  Homère  femble  parler  des  éclipfes  j  on  foup- 


(  a  )   Almag.  Tom.  I ,  pag.  4e  3 . 
l  b  )  Défeafe  de  la  Chronologie,  p.  473 
«c  fuiv. 


(  t  )  Ibidem,  pag.  460. 

(a)  Homère. 

Gcminus  ,  in  Uranol.  c.  5  ,  p-  ij» 


451  É  C  L  A  I  R  C  I  S  S  E  M  E  N  5 

çonne  même  qu'il  a  défigné  les  comètes  :  mais  cette  fuppoficion  nous  paroîc 
très-gratuite.  Les  expreffions  d'Homère  ne  fignifient  peut-être  que  ces  globes 
de  feu  5  ces  météores  ignées  qui  attirent  ratctnûon  des  navigateurs  &  du 
peuple  id). 

§.    X  V. 

L  A  quatrième  détermination  des  colures  fixés  au  8°  des  fignes ,  qui  tombe 
à  l'an  789  ,  fe  trouve  dans  un  intervalle  de  tems  compris  entre  Héfiode  & 
Thaïes  ,  fur  lequel  l'hiftoire  grecque  ne  donne  aucune  lumière.  On  ne  peut 
en  aflîgner  l'auteur.  Ces  diftérentes  corredions  faites  à  la  fphere  ne  font 
point  l'ouvrage  des  Grecs.  Nous  traçons  ici  les  progrès  de  leurs  connoilfances 
&  non  de  leurs  inventions.  On  verra ,  par  ce  que  nous  allons  dire  de  l'année 
grecque  ,  que  des  peuples  qui  en  connoifToient  fi  mal  la  durée ,  ne  pouvoient 
p^s  bien  déterminer  la  pohtion  des  points  cardinaux. 

§.    XVI. 

HÉSIODE  nous  apprend  que  de  fon  "tems  la  forme  de  l'année  grecque 
étoit  de  1 1  mois  &  de  5  60  jours  (  ^  ).  Les  Grecs  qui ,  comme  la  plupart  des 
autres  peuples ,  comptèrent  d'abord  par  des  révolutions  lunaires ,  formèrent 
enfulte  une  année  de  t  i  de  ces  révolutions.  La  révolution  de  la  lune  elt  à- 
peu-près  de  19'  {  ,  ils  firent  en  confcquence  leurs  mois  de  30  jours  en 
nombres  ronds  ,  &  leur  année  de  ^60  jours.  Cette  ari/iée  civile  n'étoit  ni 
folaire  ni  lunaire.  Elle  étoit  plus  courte  de  5  jours  que  la  révolution  du 
foleil ,  &  plus  longue  de  6  que  la  durée  de  1 1  lunaifons.  Cependant  l'agri- 
culture demandoit  que  l'année  fut  réglée  fur  le  cours  du  foleil.  Les  anciennes 
annales  de  la  Grèce  difoient  que  ceLi  leur  avoir  été  prefctit  par  l'oracle  de 
Delphes  ,  qui  leurenjoignoit  dans  les  facrifices  &  dans  les  fêtes  folemnelles  , 
non-feulement  d'avoir  égard  aux  ufages  de  la  patrie,  mais  encore  d'y  obferver 
trois  chofes  (c).  Rien  n'étoit  moins  clair  que  cet  oracle  ]  il  leur  plut  d'en- 
tendre que  ces  trois  chofes  étoient  les  jours ,  les  mois  &.les  années ,  &  de 
penfer  qu'il  falloir  faire  accorder  les  années  au  cours  du  foleil ,  les  mois  Sc 
les  jours  à  celui  de  la  lune.  Nous  laiflbns  cette  fable  pour  ce  qu'elle  eft  :  nous 


(a  )  Sol  ex  cxlo  periit ,  mu.'a  autem  in-       lato  populorum.  Il  parle  fans  doute  des  raé- 
Ceffic  caliao.  téores ,  ou  des  écoiles  tombantes. 

Odyiréc  r  V.    3;Ê,  &    au   V.  7î    A  de  {b)  Héfiode  ,  in  op.  6'  dicb.   Lib.  IL 

t'IUade.  Le  Poëte  parle  de  ces  étoiles  écla-  Veidier,  p.  67. 

fiimei  :  QuA  natif  pûrce/i:um  j  v£l excrciiui  (c)  Ccminus ,  c.   6,  p.  31. 

çhçrcherioHS 


ASTRONOMIQUES.  43? 

chercherions  plus  volontiers  la  caiife  de  leurs  efforts  à  cet  égard  dans  le  pré- 
juge, qui  a  régné  parmi  les  anciens ,  que  l'intervalle,  quirameae  les  houvelles 
lunes  aux  mêmes  jours  &  aux  mêmes  heures  de  l'année  folaire  ,  ramenoit 
aullî  tous  les  aftres ,  c'cft-à-dire  ,  les'planctes  au  même  afpeét  (  j  ).  Mais,  fans 
en  chercher  d'autre  railon ,  les  tentatives  des  Grecs  pour  régler  leur  année 
fur  le  cours  du  foleil ,  font  aflez  fondées  par  les  befoins  de  l'agriculture.  En 
conféqucnce  ,  comme  ils  s'étaient  apperçus  qu'à-peu-près  de  deux  ans  en 
deux  ans  il  arrivo.it  i  la  lune  de  recommencer  i  j  fois  fon  cours  avant,  que 
le  foleil  eût  achevé  le  fien  ,  ils  s'imaginèrent  que  l'année  folaire  comprenoic 
exaftement  n  révolutions  7  de  la  lune,  ils  ajoutèrent  de  deux  en  deux  ans 
un  mois  intercalaire  de  30  jours ,  &c  cette  période  de  deux  ans  fut  leur  dis» 
tcride  {è)  -,  mais  elle  les  jeta  dans  de  très-grandes  erreurs. 

En  efFit  comme  l'année  folaire  ne  furpalTe  l'année  lunaire  que  d'environ 
1 1  jours  ,  le  mois  intercalaire  de  jo  jours  qu'ils  ajoutoient  au  bout  de  deux 
ans,  lesécartoit  de  8  jours  à  chaque  période  de  deux  années,  il  fallut  bientôt 
retrancher  les  jours  qu'on  avoir  mis  de  trop.  Cette  forme  d'.mnée  eft  Ci  ab- 
furde  ,  qu'elle  n'a  pu  naître  que  dans  des  tems  de  barbarie.  Celaefl:  cepen- 
dant attelle  par  un  pafiTage  d'Hérodote  qui  introduit  Solon  parlant  ainfi  à 
Crcfus  (t).  «'  J'apprécie  à  70  ans  la  durée  de  la  vie  humaine.  Ces  70  ans 
>j  font  2. 5  zoo  jours ,  en  omettant  les  mois  intercalaires.  Si  pour  faire  répondre 
«  les  faifons  aux  années ,  vous  ajoutez  un  mois  de  deux  en  deux  ans ,  vous 
5>  au.2z  3  5  mois  intercalaires  ,  qui  font  encore  1050  jours  5  ainfî  la  durée  de 
»  la  vie  humaine  eft  de  70  ans  ou  de  2.61 50  jours  ,  dont  il  n'y  en  a  pas  un 
j»  qui  relfemble  à  un  autre  par  les  m-èmes  événemens  «.  Nous  ne  concevons 
pas  comment  ils  entendoienr  la  chofe  ^  mais  ces  70  années  en  valoient  près 
de  7i  ,  ou  faifoient  70  ans  de  375  jours  environ. 

Solon  [d)  remédia  en  partie  à  ce  défaut ,  en  introduifant  l'ufage  des  mois 
pleins  Se  caves  ,  c'eft  à  dire  ,  des  mois  alternativement  de  25  &  de  30  jours  , 
parce  qu'effeétivement  deux  révolutions  lunaires  font  à-peu-près  59  jours. 
Alors  l'année  fut  parement  lunaire ,  mais  cette  correétion  ne  s'établit  d'abord 
qu'à  Athènes  j  l'ancienne  ferme  prévalut  plus  ou  moins  de  tems  dans  les 
différentes  villes  de  la  Grèce.  On  voit  par  les  écrits  d'Hipocrate  (e)  qu'il 
faifoit  encore  les  mois  de  30  jours. 

(  j  )  Scaligcr ,  de  Entendit,  temp.  Lib.  II,  (  c  )   Hérodote  ,  Lib.  I ,  fub.  init. 

paa;.  71.  Foye^  aallî  Geminus  ,  Lib,  II ,  c.  6, 

biodorc  ,  Liv.  XII.  (  d  )  Urunolog.  Diflert.  Lib.  IV,  p.   157, 

(  é  )  Ccnforiu.  (  e  )  Uidcm. 

lii 


^54  t  C  L  A  I  R  C  I  S  S  E  M  E  N  S 

§.    XVII. 

M.  Veidler  remarque  que  ti6  ans  avant  l'ère  chrétienne  les  Grecs 
dévoient  connoîrre  la  véritable  durée  de  l'année  folaire  ,  puifqu'Iphitus ,  roi 
d'Elide  ,  qui  établit  ou  renouvela  les  jeux  olympiques  ,  voulut  que  ces  jeus 
fuflenr  célébrés  chaque  4^™^  année  ,  au  milieu  du  premier  mois ,  &  à  la  pleine 
lune  qui  fuit  le  folftice  d'été  (c).  Cette  connoilTance  du  folftice  femble 
fuppofer  la  longueur  de  l'année.  Il  ne  faut  cependant  pas  croire  que  les  Grecs 
fulTent  alors  en  état  d'obferver  ,  ou  même  de  connoître  direftement  le  tems 
du  folftice.  Nous  imaginons  qu'il  étoit  annoncé  par  le  lever  héliaque  de 
quelqu'étoile.  La  pleine  lune,  qui  fuivoit  cette  apparition,  déterminoit  le  pre- 
mier mois  de  l'année  olympique  Scia  célébration  des  Jeux,  indiqués  à  la 
pleine  lune  du  premier  mois ,  &  toujours  après  le  folftice.  Cette  forme 
d'année  renfermoit  une  intercalation  tacite  d'un  mois ,  que  Cléoftrate  déve-r 
lopa  par  la  fuite. 

Pour  s'en  convaincre  ,  il  fuffit  d'examiner  la  forme  de  l'année  (  b  )  olym- 
pique. Elle  étoit  réglée  de  manière  que  le  premier  mois  devoir  commencer 
avec  la  néoménie,  afin  que  la  pleine  lune  tombât  le  1 5.  Quatre  ans  de  160 
jours  font  1440  jours.  48  lunaifons  complètes  font  1417'  1 1*^  14'.  On  ajou- 
toit  donc  une  49'''"'=  lunaifon  à  la  qur.trieme  année,  ce  qui  faifoit  1447  jours 
environ.  Au  bout  de  4  ans  la  nouvelle  lune ,  au  lieu  d'arriver  le  '  du  mois, 
feroit  arrivée  le  8  ;  pour  remédier  à  cet  inconvénient ,  on  ajoutoit  chaque 
année  deux  jours  à  la  fin  du  dernier  mois ,  excepté  la  quatrième  où  on  n'a- 
joutoit  qu'un  jour.  Ces  jours  n'étoient  point  cenfés  faire  partie  de  l'année, 
ils  étoient  employés  à  faire  l'éleétion  des  magiftrats  de  l'année  fuivante.  Telle 
fut  l'année  olympique  &  la  tétraétéride.  Mais  tous  les  4  ans  les  j«ux  otyra- 
piques  autoient  rétrogradé  de  14  jours,  &  au  bout  de  50  ans  ils  auroient 
été  trsnfportés  au  folftice  d'hiver,  fi  les  Grecs  n'avoient  pas  eu  quelque  figne 
célefte  qui  les  avertît  du  moment  du  folftice ,  &  qui  leur  fit,  de  tems  en  tems^ 
ajouter  tacitement  le  mois,  que  l'on  vint  après  à  ajouter  régulievemenr  par 
interc.dation.  Ce  figne  ne  pouvoir  être  que  l'apparition  d'une  étoile.  Voila, 
fuivant  nous  le  feul  moyen  d'accorder  le  témoignage  formel  d'Hérodote  > 
avec  la  période  olympique  ,  ou  la  célébration  de  ces  jeux  ,  fixés  à  la  pleine 
iune  après  le  folftice  d'été  ,  dans  le  premier  mois  de  leur  année.  Il  faut  même 

(  a  )  Pyndarc,  Ode  m.  {b)  Scaliger  ,  de  Emendat,  tcmp.  Lib.  I, 

Ycidki  ,  f .  iy,  pag.  15. 


Î.STRONÔMIQUES,  %^^ 

t«narquer  que  fi  l'année  olympique  commençoit  ainfi  un  peu  avant  le  folftice 
d'éré,  leur  année  civile  jufqu'au  tems  de  Méton  a  commencé  au  folftice 
d'hiver  (  a  ).  Ciceron  (  />)  die  ,  d'après  Héraclide  de  Pont ,  que  les  habicans 
de  l'Ule  de  Zca  ,  près  de  l'Eubée  ,  avoient  coutume  chaque  année  d'obferver 
le  lever  de  la  canicule  ,  &  d'en  tirer  des  connoiirances  fi  l'année  feroit  fa- 
lubre  ou  peftilentielle.  Ils  commençoient  donc  leur  année  au  lever  de  la 
canicule.  Ariftée  ,  fils  d'Apollon  &  de  la  nymphe  Cirene  ,  établit  un  autel 
dans  cette  ifie  ,  &  régla  qu'on  y  teroit  des  facrifices  à  firius  {c) ,  pour  que 
les  vents  étéhens  foufllalfent  pendant  les  40  jours  des  ardeurs  de  cet  aftre.  Le 
lever  de  firius  apportoit  une  efpece  de  pefte  :  Ariftée  obtint  des  dieux  que 
ces  vents  fouffleroient  pour  emporter  ce  que  l'air  avoir  de  dangereux.  Les 
habitans  de  Calabre  offroient  auffi  des  facrihces  à  Sirius  (  d).  Tous  ces  faits 
prouvent  que  les  Grecs  fe  fervoient  du  lever  héliaque  des  étoiles  pouc  régleç 
Se  réformer  leur  calendrier. 

§.    X  V  I  I  L 

Les  Romains  étoient  beaucoup  plus  avancés  pour  la  règle  du  calc'idr'er 
que  ne  l'étoient  les  Grecs  à  l'époque  où  nous  fommes.  Les  habitans  de  La- 
vinie  avoient  des  années  de  15  mois  (e),  ce  qui  fembleroit  fuppofer  une 
mtercalation.  Cependant  comme  ces  anciens  peuples  de  l'Italie  avo'.ent  des 
mois  inégaux  ,  qui  n'étoient  point  réglés  fur  la  lune  ,  ils  pouvoient  en  avoir 
plus  de  12  fans  intercalation.  En  effet ,  à  Albe  le  mois  de  Mars  avoir  }(j 
jours ,  Mai  1 1 ,  Août  1 8 ,  Septembre  1 6.  A  Tufculum  ,  Juillet  avoit  3  6  jours , 
Oclobre  31.  A  Rizza ,  ville  du  Latium  ,  Octobre  avoit  39  jours  (/  ).  Les 
Romains  eux-mêmes  avoient  des  rhois  de  zo  &  de  35  jours  &  plus  (g), 

C'eft  une  queftion  de  favoir  fi  les  Romains  ont  eu  primitivement  une 
année  de  i  o  mois ,  comme  quelques  écrivains  le  rapportent ,  ou  de  i  2  , 
comme  il  eft  plus  naturel  de  le  fuppofer.  Les  Romains  éroient  partagés  entre 
ces  deux  opinions  {h).  Scaliger,  qui  nie  que  leur  année  ait  jamais  été  de  10 
mois ,  donne  de  fon  opinion  des  preuves  qui  ne  font  pas  concluantes  (i).  Nous 
ne  fommes  pas  plus  portés  que  lui  à  le  croire.  Nous  penfons  qu'en  général 


(^)   Vide  infra  ,  %.   16,  {d)   Ibidem,  p.  j  4. 

Liv.  VII,  §.7.  le)  Solin  ,  Polyliiftor  ,  c.  i. 

(À  )  De  Divinat.  Lib.  I,  §.   jS.  (/)  Cenforin ,  de  die  natali  ,  c.  ir, 

{  c)  G^zm.  Céfar  ,  Comment,  fur  Aracus,  ( g  )  Pluiarque  ,  in  Numa. 

ffl  aquarlo,  (  ^  )  lôidem. 

^caliger.  Notes  fur  Maniiius ,  pag.  }6*,  (i)  De  Emend,  temp.  Lib.  II,  p.  16^, 


lii  i; 


4}(î  É  C  L  A  I  R  C  I  S  S  E  M  E  N  S 

toutes  les  mefures  du  tems  fe  rapportent  au  mouvement  des  aftre';  ;  no'tra 
ji'en  trouvons  point ,  ce  femble ,  qui  puiffe  produire  une  période  de  lo  mois , 
mais  cette  raifon  n'eft  pas  fuôîfante  pour  contrebalancer  le  témoignage  de 
Solin  &  de  Macrobe.  11  eft  vrai  que  Plutarque  dit  que  leur  année  étoit  de 
3<jo  jours  ,  leurs  mois  depuis  lo  jufqu'à  J  5  ,  &  plus  ,  fans  autre  règle  ,  finon 
que  les  1 2  mois  fiffent  ^60  jours. Mais  cette  année  arbitraire, qui  n'eft  réglée 
ni  fur  le  foleil ,  ni  fur  la  lune  ,  tant  pour  l'année  même  ,  que  pour  les  mois 
qui  la  divifent ,  nous  paroît  abfolument  chimérique.  Il  paroît  plus  naturel 
de  s'en  rapporter  au  témoignage  de  Macrobe  {a)  qui  dit  que  Romulus  donna 
304  jours  5  &  10  mois  à  l'année  ;  à  Solin  (  l>  )  qui  parle  de  la  chofe  avec  alTez 
de  détail.  Il  dit ,  comme  Macrobe ,  que  l'année  des  Romains  fut  d'abord  de 
304  jours  &  de  10  mois ,  commençant  à  Mars  ,  &  finilTant  à  Décembre  j  les 
6  premiers  de  3  o  jours ,  &  les  4  deniers  de  3  i .  Cet  ordre  fut  changé  ,  parce 
qu'on  réfolut  de  fe  régler  fur  la  révolution  de  la  lune  j  Se  comme  on  reconnut 
que  1 2.  lunaifons  faifoient  354  jours, on  ajouta  5 1  jours  à  l'année  ,  foit  qu'ils 
culTent  apperçu  que  l'année  lunaire  excédoit  un  peu  354  jours  ,  foit  feule- 
ment par  la  dévotion  qu'ils  avoient  au  nombre  impair.  Cette  même  dévotion 
leur  fit  retrancher  un  jour  à  chacua  des  6  premiers  mois  j  cela  fit  57  jours  , 
dont  ils  compoferent  deux  nouveauxmoisj  Janvier  de  29  ,  &  Février  de  28  , 
qui ,  parce  qu'il  étoit  le  feul  qui  fût  pair  ,  devint  un  mois  malheureux  ,  on  le 
dédia  aux  morts  j  il  fut  le  mois  des  expiations  (c). 

§.    XIX. 

Nous  ajouterons  peu  fle  chofes  à  ce  que  nous  avons  dit  de  l'année  de 
Kuma.  Nous  remarquerons  feulement  que  Macrobe  fe  trompe  ,  lorfqu'il  dit 
que  Numa  tenoit  des  Grecs  cette  forme  d'année.  Les  Grecs  n'eurent  leur  oc- 
taétéride  que  longtems  après.  Quant  à  la  connoiffance  du  vrai  fyftcme  du 
inonde,  que  l'on  attribue  à  ce  prince  ,  on  fe  fonde  fur  un  palfage  de  Plu- 
tarque. Ce  philofophe  (  d) ,  en  parlant  du  temple  rond  que  Numa  avoir  dédié 
à  la  déelTe  Vefta  ,  au  milieu  duquel  étoit  co«fervé  le  feu  facré  ,  infère  qu'il 
penfoit  que  le  feu ,  c'eft-à-dire  ,  le  foleil  étoit  au  centre  du  monde.  Mais 
Plutarquç  cite  les  Pythagoriciens ,  dont  en  effet  c'étoit  l'opinion ,  &  il  efV 
plus  que  vraifemblable  que  cette  allufion  leur  appartient.  Us  font  venus  après 


(a)  Saturnal,  Lib.  I  ,  c.  11,  13,  14.         rapporté  diiféremment  par  Ccnforin  ,  c.  10. 
(  i  )  Solin  ,  loco  citato.  {  d)  Irifrà  ,  Éclaire.  Liv.  YIH ,  §•  I  j  ou 

^  c  )  Lç  nombre  des  jours,  des  mois  eft      le  paiîage  eft  rapporté, 


ASTRONOMIQUES.  437 

Numa  ,  &  ont  donné  à  fon  édifice  des  vues  favantes  &  cachées  ,  auxquelles 
il  n'avoir  pas  fans  doute  fongé.  D'où  lui  étoient  venues  fes  connoiifaiices  fur 
le  mouvement  des  aflres?  Apparemment  de  l'Egypte.  On  ne  croira  point  que 
la  nymphe  Egérie  les  lui  ait  révélées,  ainiî  que  fes  loix.Mais  comment  eut-il 
communication  avec  l'Egypte  ?  C'eft  ce  qu'on  ne  fait  point. 

§.    XX. 

Nous  avons  dit  que  Numa  eft  plus  ancien  que  Pythagore  &  fesdifciples. 
Quelques  auteurs  ont  écrit  que  Numa  étoit  Pythagoricien  :  rien  n'eft  plus 
faux.  Pythagore  vint  en  ItaUe  à-peu-près  dans  le  tems  que  Brutus  délivra  fa 
patrie  de  la  tyrannie  de  Tarquin  (a).  Quand  on  prétendit  avoir  trouvé  le 
tombeau  de  Numa ,  &  fes  livres  qui  y  étoient  renfermés ,  on  publia  qu'ils  con- 
cernoientia  philofophie  pythagoricienne  (/■)  j  mais  fi  ce  préjugé  eut  quelque 
faveur  chez  les  Romains  ,  il  fut  fondé  fur  le  refpecl  qu'ils  avoient  pour  Py- 
thagore ,  &  comme  le  génie  de  Numa  paroiiïbit  prefque  divin ,  eu  égard  au 
fiecle  barbare  où  il  vivoit ,  ils  crurent  que  ce  prince  avoit  puifé  fa  fao-effe 
dans  les  écrits  du  philofophe  (c).  Cette  anecdote  prouve  la  modération  des 
Romains  ;  il  eft  vrai  que  leurs  prétentions  n'étoient  pas  tournées  de  ce  côté. 
Les  Grecs  n'auroient  pas  été  h  modeftes ,  Se  n'auroient  pas  attribué  à  yn 
étranger  la  gloire  qui  eût  appartenu  à  un  de  leurs  grands  hommes. 

§.    X  X  I. 

Numa  chargea  les  prêtres  du  foin  de  faire  les  intercalations  qu'il  avoit 
prefcrites  ]  il  leur  enjoignit  même  de  confulter  par  l'obfervation  lesmou- 
vemens  du  foleil  &  de  la  lune,  pour  être  sûrs  de  ne  point  s'écarter  de  leurs 
cours.  Mais  le  zèle  &:  les  tonnoilTances  s'éteignirent  avec  lui.  Les  interca- 
lations mêmes  furent  négligées,  le  calendrier  tomba  dans  la  plus  grande  con- 
fufion ,  foit  par  ignorance  Se  par  inattention  ,  foit  même  aulîî  par  la  fraude 
des  prêtres  qui  abrégeoient  l'année  ,  pour  avancer  la  magiftrature  des  fens 
qui  les  payoient,ou  pour  faire  durer  moins  celle  des  hommes  en  place  qu'ils 
n'aimoient  pas.  Ils  avoient  encore  en  vue  de  favorifer  les  marchés  des  pii- 
blicains  {d)-  Ce  défordre  fubfifta  tant  que  dura  la  république  romaine  ,  & 
jufqu' à  Jules  Céfar.  Les  Romanis  n'étoient  pas  plus  avancés  fur  la  connoif- 


(  <2  )  Ciccroa  ,  Tufcul.  Quîfi,  Lib.  lY ,  Bayle  ,  Pythagore  ,  remar.  B. 

§■  I.  (  O  Ciceron  ,  Tufcul.   Quift.  L  lYJ.  i, 

(é)  Pline,  Lib.  XIII,  c.  ij.  \d)  Ccafciin ,  c.  lo. 


4î8  ÉCLAIRCISSEMENT 

fance  des  heures  \  la  divifion  du  jour  &  de  la  nuit  en  i  x  parties  ,  fut  connurf 
chez  eux  plus  tard  que  dans  la  Grèce.  Les  loix  des  douze  tables  ne  diftinguenc 
que  deux  tems  du  jour  ,  le  lever  &c  le  coucher  du  foie  1.  Peu  de  tems  après 
on  y  ajouta  le  midi ,  l'huilfier  des  confuls  l'annonçoit ,  lorfquele  foleilparoif- 
foit  entre  la  tribune  &  le  quartier  des  Grecs.  Papirius  fit  connoître  à  Rome  le 
premier  cadran  folaire  ,  1 1  ans  avant  la  guerre  de  Pyrrhus,  environ  300  ans 
avant  l'ère  chrétienne.  Maccus  Varron  en  expofa  nn  en  public  fur  une  co- 
lonne près  de  la  tribune.  Ce  cadran  qui  avoir  été  trouvé  dans  Catane ,  ville 
de  Sicile ,  prife  par  les  Romains ,  n'étoit  point  réglé  pour  la  latitude  de 
Rome  :  il  devoit  indiquer  l'heure  afTez  mal  (  û  )  j  mais  les  Romains  n'en  fa- 
voient  pas  davantage  alors.  Ce  ne  fut  que  lorfque  Q.  M.  Philippe  fut  cen- 
feur ,  qu'il  en  fit  conftruire  un  exprès ,  &C  avec  plus  de  foin.  Malgré  tout  cela 
le  peuple  romain  ,  le  maître  du  monde  ,  ne  favoit  l'heure  que  le  jour  ,  & 
quand  il  faifoit  beau.  Ce  fut  Scipion  Nafica  qui  introduiht  l'ufage  de  divifer 
le  jour  &  la  nuit  par  la  chute  de  l'eau  ,  c'eft-à-dire  ,  par  des  clepfidres  {b), 

§.    XXII. 

Nous  avons  dit  que  Thaïes  avoit  enfeigné  aux  prêtres  égyptiens  à  me- 
furer  la  hauteiu  des  pyramides  par  la  longueur  de  l'ombre.  On  a  remarqué 
qu'il  falloir  préalablement  avoir  mefuré  un  côté  de  la  pyramide,  pour  con- 
noître la  diftance  du  centre,  où  tombe  la  perpendiculaire  abailTée  du  fommet, 
à  l'un  des  côtés  de  la  pyramide  ;  cette  diftance  s'ajoute  à  la  longueur  de 
l'ombre  mefurée  au  dehors.  Cela  eft  vrai,  mais  on  ne  peut  douter  que  cette 
opération  n'ait  été  faite  ;  elle  eft  h  fimple  ,  fi  facile ,  que  Pline  &:  Plutarque  ont 
pu  ne  la  pas  rapporter.  Ils  ont  pu  même  ignorer  qu'elle  ait  été  faite ,  fans 
qu'on  pullfe  les  taxer  de  menfonge.  Si  on  révoquoit  les  faits  en  doute  fut 
de  pareilles  raifons ,  nous  deman  Jons  ce  qu'on  croiroit  de  l'antiquité  ? 

§.    X  X  I  I  L 

T  H  A  L  È  s  étudia  le  cours  du  foleil ,  connut  le  zodiaque  &  fon  obliquité  1 
l'égard  del'équateur.  Il  connut,  dit-on,  la  longueur  de  l'année  de  3  ^5  '  (c)  •  mais 
cette  connoiftance  rcfta  fans  ufage  dans  la  Grèce,  jufqu'.i  Cléoftrate  qui  l'ap- 
pliqua au  calendrier.  Si  Thaïes  mefura  lui-même  la  longueur  de  l'année ,  ou 


(a)  Catane  eft    plus  mâidionale   que  Cenrorin ,    ç.  zj. 

B.onic  ,  de  4"|.  (  c  )   Diogcncs-Laetcs ,    in   Vud   Thot, 

(  b  )  riiuc  ,  Lib.  VII ,  pag.  60,  let, 


ASTRONOMIQUES.  439 

peut  dire  qu'il  y  parvint  par  robfervation  des  folftices ,  fans  cloute  au  moyen 
des  ombres  méridiennes;  car  Laerce  dit  de  lui  poùtivement ^ri/naj  &  folii 
curfum  à  converjlone  in  convctjîoncm  reperit. 

§.    XXI  V. 

ThalÈs  obferva  les  éclipfes  ,  ou  du  moins  en  expliqua  les  caufes  dans 
la  Grèce,  &  alla  jufqu'à  les  pn':dire.  Hérodote  (a)  rapporte  qu'il  annonça 
aux  Ioniens  l'éclipfe  de  foleil  qui  arriva  dans  le  tems  de  la  guerre  des  Lldiens 
&  des  Medes.  Il  y  a  apparence  ,  comme  le  remarque  M.  Veidler  {!>)  ,  que 
s'il  fit  cette  prédiétionjce  fut  fur  quelque  cycle  lunaire  qu'il  tenoitdes  Egyp- 
tiens ,  ou  fur  quelques  règles  qu'ils  lui  avoient  apprifes ,  car  fa  vie  entière 
n'auroit  pas  fuffi  pour  obferver  &  connoître  les  mouvemens  du  foleil  &  de 
la  lune  dans  la  précilion  nécefTaire  au  calcul  des  éclipfes. 

Eudeme  ,  dans  fon  hiftoire  de  l'Allronomie  ,{c)  difoit  pofitivement que 
Thaïes  avoit  trouvé  les  périodes  des  éclipfes  ,ce  qui  fignifie  feulement  qu'ils 
les  avoit  rapportées  d'Egypte.  Nous  ne  Savons  fi  l'on  p;ut  s'en  rapporter  au 
paiïar^e  tronqué  de  cet  hiftorien ,  dont  nous  parlerons  par  la  fuite.  Car  fi 
Thaïes  eût  eu  en  effet  les  périodes  des  éclipfes ,  il  femble  qu'il  auroit  dû 
faire  fa  prédidion  un  peu  plus  détaillée  &  plus  précife.  Au  refte  Clément 
d'Alexandrie  ,  d'après  cette  hiftoire  ,  place  l'éclipfe  de  Thaïes  dans  la  50="* 
olympiade  (  d  ).  Pline  (  ^  )  la  rapporte  à  la  quatrième  année  de  la  48^™^  olym- 
piade ,  c'eft-à-dire  ,  vers  5  %  5  ans  avant  J.  C.  On  trouve  effeétivement  dans 
cette  année  une  éclipfe  de  foleil  qui  fut  totale  vers  l'Hellefpont  &  les  pays 
voifins.La  même  éclipfe  fut  d'environ  10  doigts  à  Alexandrie  (  f).  Quelques 
auteurs  ont  reculé  cette  éclipfe  malgré  le  témoignage  de  Pline  &  de  faint 
Clément  d'Alexandrie.  M.  George  Coftard  &  M.  William  Stuckeley  [g)  prou- 
vent qu'elle  n'a  pu  être  que  celle  qui  arriva  V3.n6oi  avant  J.  C,  la  deuxième 
année  de  la  44''"^  olympiade.  L'éclipfe  fut  totale  vers  le  midi  dans  la  partie 
de  l'Afie  qui  fut  probablement  le  théâtre  de  la  guerre  entre  les  Lidiens  & 
les  Medes.  Thaïes  eft  très-fameux  par  la  prédittion  de  cette  éclipfe  ,  M.  le 
Gentil  fait  obferver  que  la  prédidlion   qu'il  hafarda    étoit  bien    éloignée 
de  toute  précifion  (/^).Voiciles  paroles  d'Hérodote."  Le  combat  étantengagé, 

(a)  Lib.  I,  p.  16.  (/)  Gléomcde,  de  Mundo ,'Lih.ll ,  c.  3. 

(é)   Paçe  71.  Riccioli ,  Tom.  I,  pag.  365. 

(c)   Ir.frà  ,  Éclaire  Llv.  Vin,§.  li,  (^  )  Tranfaftions  Philosophiques,  1753. 

(  li  )  Siioma:.  Lib.  L  (A)  Mémoires  de  l'Académie  des  Scien- 

{e)  Lib.  II,  c,  II.  ces,  17; S,  pag.  78  &  81. 


4fn  ÉCLAIRCISSE  M  F.  N  S 

o  la  nuit  prît  tout- à-coup  la  place  du  jour.  Ce  changeaient  au  joat  en  naît 
»  avoit  été  prédit  aux  Ioniens  par  Thaïes  qui  avoit  fixé  pour  terme  à  ce  phé- 
«  nomène  l'année  où  il  arriva  effefbivement  [a]  ».  On  voit  que  fi  le  récit 
d'Hérodote  eft  exaét ,  il  n'y  avoit  rien  de  merveilleux  à  annoncer  qu'une 
éclipfe  devoir  arriver  dans  l'année.  Cette  prédiétlon,  renfermée  dans  de  pa- 
reilles bornes,  ne  fuppofe  que  des  connoilTances  gvoflieres.  M. le  Gentil  re- 
marque fur  ce  palfage  que  le  mot  éclipfe  au  tems  d'Hérodote  étoit  inconn-a 
comme  le  mot  écliptique.  Nous  avons  vu  que  tous  les  anciens  rapportoient 
les  mouvemens  des  aftres  à  l'équateur.  M.  le  Gentil  cite  un  fécond  palfage 
d'Hérodote  qui  prouve  encore  que  le  mot  éclipfe  n'étoitpas  en  ufage.  "  L'armée 
1»  de  Xercès  étant  en  marche  ,  le  foleil  abandonna  la  place  qu'il  occupoit 
)>  dans  le  ciel,  &  difparut  •  &  quoiqu'il  n'y  eut  point  de  nuage  dans  l'air  , 
,5  qui  au  contraire  étoit  alors  très-ferein,  la  nuit  prit  la  place  du  jour  {b)  «. 
Ces  deux  partages  fembleroient  prouver  que  les  cclipfes  mêmes  n'éroient 
pas  mieux  connues  que  le  mot.  Il  eft  certain  que  dans  un  tems  où  les  principes 
desfci«nces  ne  pou  voient  pas  ètregénéralement  répandus ,  les  hliloriens  pou- 
voièht  en,  ignoter  même  les  termes  ;  cependant  il  eft  fingulier  que  Thaïes 
ayant  .prédit  une  éclipfe  d'une  manière  quelconque  ,  en  ayant  enfeigné  la 
caufe ,  Hérodote  1 5  o  ans  après  lui  parle  d'une  éclipfe ,  en  dlfant  que  le  foleil 
abandonna  fa  place  &  difpatut ,  quoique  le  ciel  fut  ferein.  Les  caufes  que 
TKalès  avoient  développées  étoient-elles  donc  reftées  inconnues  à  l'un  des 
plus  beaux  efprits  de  la  Grèce  ,  ou  doit-on  enlèvera  Thaïes  la  gloire  d'avoir 
connu  la  caufe  des  éclipfes ,  S.<  de  les  avoir  prédites?  M.  Defvignoles  [c]  pour 
«uftiher  Hérodote  ,  a  penfé  que  l'éclipfe  de  foleil ,  dont  patle  cet  hiftorien  , 
n'arriva  point  dans  la  nouvelle  lune ,  &  que  cette  circonftance  a  fait  qu'Hé- 
rodote crut  y  voir  un  phénomène  différent.  M.  Defvignoles  veut  l'expliquer 
par  le  paftage  d'une  comète  qui  éclipfa  le  foleil.  Mais  il  faudroit  qu'une 
comète  paftat  bieniprcs  de  la  terre  pour  c]us  fon  diamètre  égalât  celui  du 
foleil.  Juftin  {d)  nous  dit  bien  qu'à  la  naiftance  de  Mithridate  ,  il  parut 
une  comète  dont  la  grandeur  occupoit  le  quart  du  ciel ,  dont  l'éclat  fur- 
paffoit  l'éclat  du  foleil,  mais  il  n'en  faut  rien  cioire.  Au  refte  ce  n'eft 
-pas  la  feule  éclipfe  atteftée  par  les  hiftoriens  ,  qui  ne  fe  trouve  pas  poftible 
.  -parle -calcul  (  ê  ).  Le  calcul  ne  donne  point  d'éciipfe  pour  le  tems  où  l'hiftoite 

{a)  Hcrodote,  Lib.   I.  (<f)Tiiftin,  Ub.  XXXVIL 

.      {b  )  Idem,  Lib.  VII.  i  c)  Riccioli ,  AIraageftc,  Tom.  I,  p. 

^  c)  Bibl.  Germ.  Vol.  XII,art.  j,p.  ijy.       364. 


ASTRONOMIQUES.  441 

en  marque  une  peu  de  jours  avant  la  mort  d'Augufte.  M.  Freret  (a)  ,  con- 
formément à  l'idce  de  M.  Defvignoles ,  l'attribue  à  la  comète  qui  parut  la 
même  année,  fuivant  Séneque  ,  témoin  oculaire  {l>). 

§.    XXV. 

O  N  a  prétendu  que  la  petite  ourfe  avoit  reçu  le  furnom  de  phénicienne  , 
parce  que  Thaïes  ,  qui  étoit  Phénicien  ,  l'avoit  obfervée  avec  foin.  Il  eft 
vrai  qu'Achilles  Tatius  (c)  rapporte  des  vers  de  Callimaque  qui  font  croire 
que  Thaïes  avoit  en  effet  obfervé  les  étoiles  du  petit  chariot  j  mais  ce  n'efl: 
point  la  ralfon  du  nom  de  Phénicienne  que  portoit  cette  conftellation.  Il  eft 
plus  qu'incertain  que  Thaïes  fut  Phénicien.  Laerce  {d)  le  dit  d'après  Hé- 
rodote :  mais  Plutarque  (  e)  met  cette  aflertion  au  nombre  des  fautes  d'Hé- 
rodote. On  fait  d'ailleurs  que  les  Phéniciens  ont  longtems  navigé  au  moyen 
des  étoiles  circompolaires  j  il  ne  faut  pas  aller  chercher  d'autre  origine  :  il  étoic 
naturel  que  ces  étoiles  portaffent  le  nom  de  Phéniciennes.  Riccioli  (/)  fait 
honneur  à  Thaïes  d'avenir  mefuré  les  diamètres  du  foleil  Se  de  la  lune  ,   Se 
de  les  avoir  trouvés  de  la  710^""^  partie  du  cercle  que  ces  aftres  décrivent  , 
c'eft-à  dire  ,  d'un  demi  degré.  Cette  mefure  feroit  fort  exafte  pour  le  tems. 
Riccioli  ne  cite  point  fes  autorités.  Apulée  dit  à  la  vérité  [g)  que  Thaïes 
mefura  combien  de  fois  le  diamètre  du  foleil  étoit  contenu  dans  le  cercle 
qu'il  décrit ,  mais  il  n'en  dit  pas  davantage.  On  trouve  encore  dans  Diogenes 
Laerce  (  h  )  que  Thaïes  avoit  connu  le  premier  la  courfe  du  foleil ,  &  que 
la  lune ,  comparée  à  la  grandeur  de  cet  aftre  ,  n'en  eft  que  la  710-1"=  partie  : 
mais  il  y  a  grande  apparence  que  ceci  eft  une  faute  de  Laerce.  Nous  n'objec- 
terons point  que  cette  évaluation  eft  trop  petite  de  moitié  ;  mais  nous  demande- 
rons comment  il  feroit  poffiblequedanscefiecledelaGrece,  oùl'Aftronomie 
n'avoir  encore  que  des  commencemens  groiliers ,  Thaïes  eut  une  affez  jufte 
idée  des  diftances  vraies  ,  pour  démentir  le  témoignage  de  fes  yeux  qui  lui 
montroient  la  lune  auffi  grande  que  le  foleil  ?  Les  Egyptiens,  fes  maîtres  , 
n'avoient  jamais  été  fi  loin.  Il  faut  croire  que  Laerce  ,  en  auteur  peu  inftruit 
de  r  Aftronomie ,  s'eft  mépris ,  &  qu'il  a  voulu  dire  que  la  lune  étoit  la  7  z  o^'"* 


(  iî  )  Mcmoires  de  l'Académie  des  Inf-  (,  e  )  D>;  la  malignité  d'Hérodote, 

criptions  ,  Tom.  X  ,  pag.    374.  (/)  Almag.  T.  I ,  p.  xlv. 

(  />)  Qu/ijl.  nat.  L.  I,  c.  I,  L.  VII,  c.  17.  {  g  )  In  Flondis  ,  pag.  jij. 

(c)   C.   I.  Uranolog.  Vcidler  ,  pag.  71. 

{d)  Jn  VitaThulctis,  (h)  Laerce,  loc,  cit. 

Kkk 


441  ÉCLAIRCISSEMENS 

partie  dix  cercle  que  décrit  le  foleil ,  c'eft-à-dire  ,  de  l'écliptique.  Ainfl  en 
réunifTanc  le  pafTage  d'Apulée ,  &c  celui  de  Laerce ,  on  fondera  ce  qu'a  avancé 
Riccioli.  Au  refte  cette  connoilTance  feroit  encore  afTez  fmguliere  pour  le 
fiecle  deThalès ,  lî  l'on  ne  devoir  pas  penfer  que  ce  philofophe  la  renoit  des 
Egyptiens  {a). 

Diogenes  Laerce  nous  apprend  que  Tlialès  avoir  drelfé  un  calendrier  fur 
les  apparences  de  fon  tems ,  c'eft-à-dire  ,  des  levers  &  des  couchers  des  étoiles. 
On  peut  le  regarder  comme  le  quatrième  qui  fut  public  dans  la  Grèce.  La 
détermination,  que  Geminus  attribue  à  Eudoxe,  de  l'cquinoxe  duprintems 
au  6°  du  bélier  ,  &  du  folftice  d'hiver  au  4°  du  capricorne  appartient  à  l'an 
<Jo4  avant  J.  C. ,  comme  nous  l'avons  fait  voir  {!>),&:  fans  doute  à  Thaïes 
qui  vi voit  alors.  C'eft  donc  une  obfervation  qu'Eudoxe  avoit  copiée  dans  les 
faftes  de  Thaïes. 

Veidler  attribue  à  Thaïes  deux  ouvrages,  l'un  de  l'Aftronomie  des  marins, 
l'autre  fur  les  folftices  &  les  équinoxes.  Laerce  dit  formellement  que  l'Af- 
tronomie des  marins  éroit  de  Phocus  de  Samos ,  &  non  de  Thaïes.  Ce 
philofophe  mourut  à  90  ansj  de  la  fatigue  &  de  la  foif  exceflîve  qu'il  avoic 
contraélées  aux  jeux  olympiques,  où  il  refta  trop  longtems  (c). 

§.     X  X  V  L 

AnAximandre  enfeignoit  la  pluralité  des  mondes ,  mais  il  difoit  que 
ces  mondes  étoient  tous  à  une  égale  diftance  de  la  terre  {d).  Parloit-il  des 
planètes,  ou  des  étoiles  ?  G'eft  ce  que  nous  ignorons,  quoiqu'il  paroiffe  plus 
vraifemblable  que  cefoitdes  étoiles, puifqu'ilpenfoit  que  le  foleil  étoitplus 
grand  que  la  lune.  Il  paroît  égal  à  la  vue  \  il  eft  donc  plus  éloigné.  Anaxi- 
mandre  eftima  que  le  globe  du  foleil  étoit  27  fois ,  &  celui  de  la  lune  19 
fois  plus  grand  que  celui  de  la  terre  {e).  Diogenes  Laerce  dit  qu'il  regardoit 
le  foleil  feulement  comme  auflî  grand  que  la  terre.  L'invention  du  gnomon 
eft  attribuée  aulli  à  Anaximene  qui  le  fuivit  immédiatement  dans  la  fe6te 
ionienne.  Ueftvifible  que  c'eft  une  erreur  de  copifte  ,  caufée  parla  reftem- 
blance  des  noms ,  qui  a  produit  cette  incertitude.  C'eft  fans  doute  depuis  l'é- 
reâiion  de  ce  gnomon  que  les  Grecs  commencèrent  à  compter  du  folftice 
d'hiver.  Ils  préféroient  de  commencer  l'année  par  ce  folftice  ,  parce  que 


(a)Suprà,   Liv.  V  ,  §.  i7.  (  <f  )  M.  Bonami,  Mém.  Ac.  In.  T.  IX,  p.  r  i. 

(6)  Suprà  ,  §.   II.  (  t  )  Plutarque  ,  de   Flu.it,  Phil.  Lib.  II  , 

(<r)  Diogcnes-Lacrce,  c.  10,  ij  ,  i6. 


ASTRONOMIQUES.  445 

l'ombre  étant  plus  allongée,  les  petites  variations  deviennent  plus  fenfibles, 
&  l'obfervation  plus  facile  {a).  M.  Fréter  croit  qu  Anaximandre  (A)  enfeigni 
aux  Grecs  à  dilHnguer  la  longitude  de  l'afcenfion  droite  ,  &  que  c'eft  le  fens 
de  ces  patoles  de  Pline  yjîgntfen  obliquitatem  intelUxiJfe.  Mais  cette  manière 
d'interpréter  tient  de  la  divination  ,  &  nous  ne  voyons  rien  dans  le  palTage 
de  Pline  qui  puilfe  autorifer  cette  idée. 

§.    XXVII. 

Quoi  qu'il  en  foit,  Anaximandre  palTe  pour  l'inventeur  du  gnomon, 
&c  d'un  autre  inftrument ,  nommé  horofcope  j  dont  l'ufage  n'eft  point  dé- 
terminé (c). 

On  peut  mettre  ,  je  crois ,  au  nombre  des  contes  populaires,  ce  que  Pline 
raconte  (  ^  )  du  tremblement  de  terre  ,  prédit  par  Anaximandre  j  prédidion 
d'autant  plus  malheureufement  confirmée  parl'événementjqueLacédémone 
fut  renverfée  par  la  chute  d'une  partie  du  mont  Taygete.  Indépendamment  de 
ce  qu'une  pareille  prédidion  eft  difficile  , fi  elle  n'eft  pas  impolîîble,  c'eft  que 
ce  défaftre  arriva  la  4""^  année  de  la  77^"=  olympiade  ;  Anaximandre  auroic 
eu  alors  141  ans  (  e). 

Nous  avons  dit  que  les  Egyptiens  paroifToient  avoir  drelTé  des  cartes  géo- 
graphiques longtems  avant  Anaximandre.  C'eft  Apollonius  Rhodien  qui  nous 
fournit  ce  fait  dans  fon  pocme  fur  les  Argonautes  (/),  où  il  dit  que  la  di- 
reélion  des  chemins',  les  limites  de  la  terre  &  de  la  mer  avoient  été  mar- 
quées fur  des  colonnes,  dans  la  ville  d'Œa  en  Colchide  ,  par  un  conquérant 
égyptien.  Ce  conquérant  étoit  Séfoftris ,  qui  dans  fa  grande  expédition  avoir 
en  effet  foumis  la  Colchide.  Cette  date  feroic  donc  remonter  l'invention  Sc 
l'ufage  des  cartes  vers  l'an  1 570  avant  J.  C.  [g]- 

Homère  fut  le  premier  des  Grecs  qui  fe  diftingua  par  la  connoiirance  des 
peuples  de  la  terre  ,  &  des  pays  qu'ils  habitoient.  Anaximandre  drelTa  la 
première  carte  géographique  ]  mais  il  s'agit  de  favoir  fi  c'eft  réellement  une 
invention  qui  appartienne  à  Anaximandre ,  ou  s'il  eut  connoiftance  des  copies 
des  cartes  de  Séfoftris,  que  ce  monarque  avoir  fait  répandre  dans  toutes  les 
parties  du  monde  connu  alors ,  &  jufques  dans  la  Scythie  {h).  Hécatée  de 

{a)  ScSiVig^r,  de  Emendatione  lemporum^  (e)  Encyclopédie,  art.  Tûygete. 

Lib.  II ,  p.  71.  (/)  J.ib.  IV  ,  V,  17Î. 

{b)  Dcfenfc  de  la  Clironol.  p.  ^66.  Goj;uet  ,  Tom.  II ,  pag.  léo  ,  x6i. 

(c)  Pline,  Lib.  VII,  c.  jé  ,   ou   Dio-  {g)  Suprà,  Liv.  V,  §,  lo. 

gencs-Laerce.  {h)  Eullatc. 

{d)  Pline,  Lib.  II,  c.  8i.  Goguec,  Tom. II,  pag.  i^o,  i6i. 

K  k  k  ij 


444  ÉCLAIRCISSEMENS 

Milet  fut  encore  un  géographe  contemporain  crAn^ximancire.  Il  marqua 
fur  les  cartes  la  fituation  des  fleuves  &  des  montagnes.  Depuis  les  cartes  fe 
multiplièrent  j  on  fit  des  mappemondes ,  ou  du  moins  des  cartes  générales 
de  la  petite  partie  du  monde  où  les  voyageurs  avoient  pénétré.  La  repré- 
fentation  du  monde  étoit  deux  fois  plus  longue  que  large  j  on  ne  connoiiToit 
alors  que  la  zone  tempérée,  &  non  encore  dans  fon  entier.  On  peut  voit 
dans  Geminus  (  ^  )  ce  qu'il  appelle  la  terre  habitable. 

§.    X  X  V  1  I  I. 

No  u  s  avons  dit  qu'Anaximene  paroifiToit  être  le  premier  des  Grecs  qui  , 
peut-être  à  l'exemple  des  Orientaux  ,  avoir  enfeigné  la  folidité  des  cieux. 
Cette  opinion  paroît  très- ancienne ,  car  le  mot  hébreux ,  qui  dans  la  Genefe 
répond  à  firmament ,  fignifie  quelque  chofe  d'étendu  &c  de  folide.  Il  falloit 
en  effet  quelque  chofe  de  folide  poutenttainer  les  étoiles  en  confervantleur 
ordre  de  leur  diftance.  C'étoit  le  8^  ciel ,  le  ciel  des  étoiles.  Les  anciens 
croyoient  que  ce  ciel  étoit  en  mouvement ,  non-feulement  parce  qu'ils  voyoient 
ce  mouvement  de  leurs  yeux  ,  mais  parce  qu'ils  croyoient  ce  ciel  animé  ,  & 
qu'ils  regardoienc  le  mouvement  comme  l'effence  de  la  vie  [è).  Les  anciens 
jugeoient  de  la  rapidité  du  mouvement  du  8*  ciel  par  des  moyens  affez  in- 
génieux. Ils  fentoient  qu'elle  étoit  plus  grande  que  la  vîteffe  d'un  cheval  , 
d'un  oifeau  ,  d'une  flèche  ,  &  même  de  la  voix.  Cléomede  (c)  remarque 
que  lorfque  le  roi  de  Perfe  porta  la  guerre  dans  la  Grèce,  on  avoir  placé  des 
hommes  de  diftance  en  diftance  ,  qui  pouvoient  entendre  leurs  voix  ,  8c  fai- 
foient  pafler  des  nouvelles  d'Athènes  à  Suze.  Or  ces  nouvelles  étoientdeux 
jours  &  deux  nuits  à  y  parvenir.  La  voix  ne  parcouroit  donc  dans  cet  inter- 
valle de  tems  qu'une  petite  partie  de  ce  que  la  fphere  du  premier  mobile 
parcouroit  deux  fois. 

§.    X  X  I  X. 

Il  paroît  qu'Anaximene  fut  l'inventeur  du  cadran  folaire.  Cette  invention 
tenoit  à  celle  du  gnomon ,  qui  efl:  due  à  Anaximandre. 

On  a  prétendu  (  d  )  qu'Anaximene  ne  pouvoit  être  l'auteur  des  cadrans 
folaires ,  parce  que  long-tems  après  lui ,  dit-on  ,  les  Grecs  ne  connoilfoient 
■point  encore  les  heures  comme  divifions  du  jour.  Saumaife  obferve  que 


(a)  C.  13.  Uranologion.  (c)    De  Mundo ,  Lib.  II ,  c.    i. 

{,i>)  i^aciobç ,  fomn,  Scip.  Lib.  Ij  c.  1 7.  {d)  Salmafius ,  ad  Solinum  j  p,  j^a6. 


ASTRONOMIQUES.  4  h 

!es  anciens  tîrammairiens ,  les  écrivains  même  ,  poftcrieurs  à  AlexAudre, 
irânr  point  emploie  le  mot  heure ,  ou  ne  lui  ont  point  donné  la  lignitîca- 
tion  que  nous  lui  donnons  aujourd'hui.  Il  eft  vrai  que  chez  les  anciens  les 
heures  fîgnitîoient  les  faifons  de  l'année.  (  <î  )  H  n'y  en  eut  d'abord  que 
trois  ,  le  printems  ,  l'été,  l'hiver.  L'automne  ht  la  quatrième  ;  &  quand  on 
s'avifa  de  partager  le  jour  en  1 1  intervalles  égaux  ,  on  du  moins  quand  on 
en  adopta  l'ufage  ,  ces  intervalles  furent  appelés  heures,  c'eft-à-dire  ,  les 
faifons  du  jour.  Mais  Saumaife  n'a  pas  fait  attention  qu'il  y  a  des  écrivains 
antérieurs  à  Alexandre,  tels  qu'Hérodote  (1^),  Anacréon  5c  Xénophon  (c), 
qui  parlent  de  la  divifion  du  jour  en  iz  heures.  Ce  dernier  étoit  prefque 
contemporain  d'Anaximene.  Il  ne  parle  même  pas  de  cette  divifion  comme 
d'une  chofe  nouvelle ,  mais  comme  d'une  chofe  univerfellement  connue. 
Il  eft  donc  probable  qu'elle  l'étoit  au  tems  d'Anaximene.  Nous  avons  même 
foupçonné  que  Bérofe  ,  15  ou  16  fiecles  avant  J.  C. ,  porta  dans  la  Grèce 
les  cadrans  qui  y  furent  oubliés ,  &  depuis  réinventés  ou  renouvelés  par  Ana- 
ximene.  Avant  l'ufage  des  cadrans ,  les  Grecs  avoient  déjà  la  divifion  du 
jour  en  1 2  parties  par  l'ombre  du  foleil.  On  voit  par  les  palîages  de  ditïe- 
rens  auteurs,  que  l'heure  du  dîner  étoit  fixée  lorfque  l'ombre  étoit  de  10 
pieds  ,  de  li  pieds ,  &c.  Il  faut  croire  que  l'on  avoir  alors  des  tables  de  la 
longueur  de  l'ombre  ,  relatives  à  chaque  heure  dans  chaque  faifon  ,  fem- 
blibles  à  celles  que  Palladius  a  inférées  à  la  fin  de  fes  livres  de  re  rujlica  [d). 


(û)  Supra  ,  Éclaire.  Liv.  V,  §.  3.  Mémoires  de  l'Académie  des  Infcriptions, 

{h)  In  Euterpe.  Tom.  X  ,  pag.  15. 

(  c  )   Chofes  mémorables  de  Socraces  ,  {d)   Mémoires  de  l'Académie  des  Inf- 

Liy.  lY.  cripdons,  Tom.  IV,  pag.  ijé. 


44^  É  C  L  A  I  R  C  I  S  S  E  M  E  N  S 


LIVRE     SEPTIEME- 


De  l'Ajlronomie  des  Grecs  dans  la  fecle  de  Pythagorc  ,  & 
dans  la  ftcle  éUadque  y  &  des  opinions  de  quelques  autres 
Philofopkes. 

§.       P    R    E    M    I    E    R. 

^'e  s  t  du  féjour  que  Pythagore  fit  à  Samos  qu'il  reçut  le  nom  de  Satnieia 
qu'on  lui  a  toujours  donné.  On  penfe  qu'il  doit  être  rangé  à  la  tète  des  phi- 
lofophes  qui  ont  mis  le  foleil  au  centre  du  monde.  Ariftote  (  a  )  rapporte 
que  les  Pythagoriciens  plaçoient  le  feu  dans  le  milieu  du  monde  ,  ou  ,  fui- 
vant  l'explication  de  Stobée  [b)  ,  dans  le  milieu  des  quatre  élémens  étoit  le 
globe  de  feu ,  qu'ils  nommèrent  vejla  ,  unitas  ,  ce  qui  fignifie  le  feu  &  l'u- 
nité ,  peut-être  parce  que  ce  globe  étoit  le  feul  de  fon  efpece.  On  a  jugé 
encore  qu'ils  pouvoient  avoir  eu  en  vue  un  feu  central  dans  l'intérieur  de  la. 
terre.  L'expreffion  d'Ariftote  &  l'explication  de  Stobée  ne  répugnent  pointa 
cette  idée.  Diogenes-Laerce  dirpoùiivement  que  Pythagore  avoir  mis  la  terre 
au  centre  du  monde.  On  peut  cependant  concilier  tout  cela  ,  en  difant  que 
cette  dernieie  opinion  étoit  celle  qu'il  enfeignoit  publiquement  j  mais  celle 
du  mouvement  de  la  terre  &  de  l'immobilité  du  foleil ,  étoit  réfervée  pour 
fes  difciples  de  choix.  C'ell  cette  opinion  que  Philolaiis  révéla. 

M.  Veidler  (c)  penfe  que  les  Pythagoriciens  avoient  quelque  hypothefe, 
par  laquelle  ils  expliquoient  les  inégalités  des  planètes  vues  de  la  terre, 
au  moyen  des  principes  de  l'optique;  Mais  l'optique  n'eft  née  dans  la  Grèce 
qu'au  tems  de  Platon  &  d'Ariftote  ,  qui  en  jetèrent  les  fondemens.  Ces 
hypothefes  fuppofent  de  la  géométrie  ,  qui  n'étoit  pas  alors  fort  avancée. 
Dailleurs  il  faut  des  obfervations  fuivies  pour  en  démontrer  la  nécellité  j 
tout  cela  eft  l'ouvrage  du  tems ,  &  la  vie  de  Pythagore  n'eut  pas  fuffi.  II 
faudroit  donc    dire    que  Pythagore  apporta   de    l'Egypte    ces  hypothefes 


{a)   Ariftote,    de     Cuelo  ,    Libio    II  ,  (ô  )  Veidler,  pag.  87, 

p.  1 4.  {c)  Ibidem, 


ASTRONOMIQUES.  447 

toutes  faites.  Mais  nous  avons  des  raifons  de  croire  qu'elles  n'y  ont  été  con- 
nues que  depuis. 

§•     II. 

Les  Pythagoriciens  penfoient  encore  que  chacun  des  aftres  étoit  un 
monde  ,  qui  contenoit  la  terre  ,  l'eau  ,  l'air  ,  le  ciel ,  dans  un  efpace  éthcré 
&  infini.  L'auteur  de  l'hifloire  critique  de  la  Philofophie  développe  cette 
penfée.  11  rapporte  que  quelques  Pythagoriciens  alTuroient  que  chaque  étoile 
fixe  eft  le  centre  d'un  fyftème  femblable  à  celui  du  foleil ,  fyftême  compofé 
ce  planètes  pareilles  aux  nôtres ,  &  également  habitées.  Cet  auteur  cite  un 
père  de  l'églife ,  Théodorct ,  mais  comme  il  n'a  point  indiqué  l'ouvrage 
nous  n'avons  pu  vérifier  la  citation  {a).  Cette  opinion  eft  précifément  celle 
que  les  philofophes  ont  aujourd'hui  des  étoiles  j  mais  il  faut  remarquer  que , 
félon  Plutarqae  (  ^  )  ,  l'idée  de  la  pluralité  des  mondes  étoit  beaucoup  plus 
ancienne  que  les  Pythagoriciens  ,  puifqu'elle  étoit  conrenue  dans  les  vers 
orphiques  ,  ce  qui  remonte  au  moins  au  tems  de  Chiron  (  c  ). 

Ajouterons-nous  que  les  Pythagoriciens  penfoient  que  la  voie  lactée  étoit 
la  trace  d'une  étoile  enflammée ,  au  tems  de  l'incendie  de  Phaëton  ,  laquelle 
avûit  tout  brûlé  fur  fon  palTage  ;  félon  quelques-uns ,  ce  cercle  fut  autrefois 
la  route  du  foleil  :  enfin  ,  félon  d'autres,  la  voie  lactée  eft  produite  par  une 
réflexion  des  rayons  du  foleil ,  à  peu  près  pareille  à  celle  qui  produit  l'arc- 
en-ciel ,  ou  les  couleurs  des  nuées.  (  d). 

§.     111. 

Nous  avons  parlé  de  la  mufique  des  aftres  de  Pythagore.  Macrobe  penfe 
que  l'ufage  antique  de  mêler  de  la  mufique  aux  facrifices ,  &  de  chanter  les 
hymnes  confacrés  aux  dieux ,  vient  du  préjugé  de  l'harmonie  des  fpheres. 
Car  les  anciens  imaginoicnt  que  le  goût  des  hommes  pour  la  mufique,  & 
l'influence  de  l'harmonie  fur  eux,  tenoient  à  l'eflence  de  l'ame,  qui,  venue 
du  ciel ,  cherche  à  imiter  fur  la  terre  l'harmonie  divine  dont  elle  a  con- 
fervé  le  fentiment.  Macrobe  va  plus  loin;  il  ajoute  que  la  ftrophe,  l'anti- 
ftrophe  &  le  mouvement  contraire  du -chœur,  en  chantant  ces  deux  hymnes, 
exprimoient ,  la  première ,  le  mouvement  dired  &  digrne  du  ciel  étoile  ;  la 
féconde  ,  le  mouvement  des  planètes  qui  lui  eft  contraire  (  e  ).  Telle  étoit  la 

(a)   Hiftnire  de  la  Philof.  T.  II  ^  p.  90.  (c)   Vcidler,  patr.  g. 

(  h  )  Pluurque  ,  ds  Pluck.  Philof.  L.  Il,  [d)  Plutarque,  de  P  lac.  Phil.  L.  III,  c.  r. 

c-    1  5  •  (  <■  )  iNîacrobs ,  fomn.  Scip.  Lib.  II ,  c.  j . 


448  É  C  L  A  I  R  C  I  S  S  E  M  E  N  S 

manie  des  Giecs  :  il  falloir  qu'ils  donnallent,  à  leurs  ufages  les  plus  fîmples 
&  les  plus  naturels ,  une  origine  merveilleufe,  &  même  quelquefois  célefte. 
On  lit  dans  l'Encyclopcdie  (a)  que  Pythagore  établiiroit  ainfi  les  révolutions 
des  planètes  :  celle  de  faturne  30  ans  ,  de  Jupiter  20  ans  ,  de  Mars  2  ans ,  du 
foleil  un  an;  celles  de  venus,  de  mercure,  de  la  lune,  un  mois.  Mais 
comment  concevoir  que  l'on  ait  cru  la  révolution  de  Jupiter  de  20  ans  ? 
Tandis  qu'elle  n'eft  pas  de  1 2  ans  entiers.  C'eft  la  période  du  retour  des 
conjonâiions  de  faturne  &  de  Jupiter.  Il  en  eft  de  même  des  révolutions  de 
venus  Se  de  mercure.  11  eft  impolîible  qu'on  ait  jamais  ctu  qu'elles  étoient 
d'un  mois.  Les  anciens  fuppofoient  qu'elles  étoient  d'un  an  comme  celle  du 
foleil  (  i  ).  Stobée  (  c  )  croit  que  Pythagore  &  fes  difciples  ont  perfedionné 
la  fphere  j  mais  nous  ne  voyons  rien  qui  puilfe  autoiifer  cette  idée. 

§.     I  V. 

Nous  avons  parlé  de  la  grande  année  de  Philolaiis  de  5  9  .ans ,  dans  laquelle 
il  y  avoir  21  mois  intercalaires.  S'il  avoir  connu  comme  nous  la  longueur 
de  l'année  de  ^6^'  5*^  48'  43",  on  en  déduiroit  qu'il  croyoit  la  révolution 
de  la  lune  de  29'  13''  26' environ;  ou  s'il  avoir  connu  la  vérirable  révo- 
lution de  29',  12'',  44.',  3",  on  en  conclueroit  la  longueur  de  l'année  de 
3(Î4)  11''  4'.  Mais  comme  il  n'efl:  pas  naturel  qu'il  ait  connu  avec  ranr  de 
précilîon  l'une  de  ces  révolurions,  randis  qu'il  fe  feroir  rrompé  Ci  grolîicre- 
ment  fur  l'autre ,  nous  préfumons  que  Philolaiis  faifoit  la  longueur  de 
l'année  de  365'  précifément,  &  la  révolution  de  la  lune  de  29'  13''.  Nous 
jie  fa.vons  fur  quel  fondement  Cenforin  penfe  {d)  que  Philolaiis  donnoic 
29'  ^  au  mois  lunaire  &  3  6^i  j  à  l'année.  Aucun  peuple  n'a  jamais  fixé  l'année 
à  cette  longueur  bizarre.  Pythagore  de  fon  difciple  auroient  donc  oublié  ce 
qu'ils  avoient  appris  des  Egyptiens  ,  chez  qui ,  de  tems  immémorial,  l'année 
étoit  de  3(^5  jours.  11  eft  bien  plus  naturel  de  fuppofer  que  Philolaiis  favoic 
que  la  révolution  de  la  lune  excédoit  29'  12"^,  Se  étoit  prefque  de  29'  1^^. 
Scaliger  (  e  )  &  M.  Veidler  (/)  ont  adopté  l'erreur  de  Cenforin. 


(d)   Art.  Pythagorirmc.  (d)  Cenforin,  c.    19, 

Ib)  V\m3Lt<luc  y  aePlac.  Pkil.L.  Il,  c.  51.  {  e  )  De  Emend.  temp.  Lib.  II,  p.  ijj. 

(c)  Édog  phyfic].  c.  15,  pag.  49  &  fuiv.  (/)  Veidkr,   p.  53. 


astronomiques:  445, 

§.    V. 

Quant  aux  hlftoriens  qui  fcnc  honneur  à  Philolaiis  ,  d'avoir  mis  U 
terre  en  mouvement  &  d'avoir  connu  le  véritable  fyftème  du  monde,  ils 
accompagnent  leurs  récits  de  circonftances  qui  les  rendent  fufpects ,  mais 
nous  tâcherons  de  reconnoître  la  vérité  qu'ils  ont  altérée.  Selon  PIu- 
tarque  (a)  Philolaiis  penfoit  que  la  terre  fe  meut  en  rond  dans  l'îdiptique  ,ainjt 
que  U  folcil  &  la  lune.  L'opinion  ordinaire  fur  le  mouvement  de  la  terre  fixe 
le  foleil  au  centre  du  monde.  Philolaiis  penfoit-il  que  le  mouvement  ap- 
parent du  foleil  étoit  compofé  du  mouvement  réel  de  la  terre,  &  d'un  autre 
mouvement  propre  au  foleil  ?  Nous  ne  le  croyons  pas.  Il  eft  plus  naturel 
d'imaginer  que  Plutarque  s'eft  mal  exprimé ,  &  qu'il  a  voulu  dire  que  la 
terre  fe  meut  réellement  dans  l'écliptique  comme  le  foleil  paroît  le  faire. 
Ariftote  dit  exprelfément  (  b  )  que  cette  opinion  fut  propre  &  familière  à 
l'école  de  Pythagore. 

M.  V^idler  croit  que  Philolaiis  a  pu  être  conduit  à  cette  idée ,  par  la 
connoilfance  du  vrai  mouvement  de  mercure  &  de  venus ,  qui  eft  dîic  aux 
anciens  Egyptiens ,  &  qu'il  paroît  que  Pythagore  avoir  prife  chez  eux  ,  puif- 
qu'il  enfeigna  à  l'Italie  que  les  deux  étoiles  du  matin  &  du  foir  ccoient  la 
même  planète.  U  faut  cependant  faire  attention  que  c'eft  la  circonllance 
d'accompagner  toujours  le  foleil,  &  de  ne  s'en  écarter  que  très-peu  ,  qui  a 
fait  découvrir  le  vrai  mouvement  de  venus  &  de  mercure.  Cette  circonf- 
tance  n'a  pas  lieu  à  l'égard  des  autres  planètes  :  c'ell  la  difficulté  d'expliquer 
leurs  ftations  &  leurs  rétrogradations  qui  a  fixé  le  foleil  au  centre  du  monde, 
c:  cpi  a  .nis  la  terre  en  mouvement  autour  de  lui.  Mais,  comme  nous  l'a- 
vons d;jà  remarqué,  ce  fyftême  contredit  d'une  manière  fi  forte  le  témoi- 
gnage des  fens,  qu'il  faut  avoir  épuifé  les  combinaifons  &  les  fyftèmes  avant 
de  s'y  arrêter  ,  qu'il  faut  avoir  fait  beaucoup  d'obfervations  qui  en  démon- 
trent la  nécedité.  Tout  cela  fuppofe  une  aftronomie  déjà  fort  avancée  qui 
ne  fut  point  celle  de  Philolaiis ,  de  Pythagore ,  ni  même  des  anciens  Egyp- 
tiens. 

M.  Bûulllaud  (c)  a  imaginé  que  les  Pythagoriciens  avoient  été  conduits 

à  l'hypothefe  de  la  mobilité  de  la  terre ,  par  leur  principe  de  la  régularité 

•    du  mouvement  des  planètes  dans  des  orbes  circulaires.  Comme  ce  mouve- 

(  a  )  Plutarque ,  di  Pliicic.  Philof.  L.  III ,  (  û  )  Ariflote  ,  de  cœlo  ^  Lib.  II ,  c.  1 4. 

C.  ij.  (f)  Altton,  Philolaique ,  Pioleg.  p.  u» 

LU 


45*  É  C  L  A  I  R  C  I  s  s  E  M  E  K  s 

ment  vu  de  la  terre  eft  prefque  toujours  inégal ,  fouvent  ftationnaire  Si 
rétrograde,  ils  ont  penfé  que  la  terre  n'en  étoit  point  le  centre;  &  alors  ils 
ont  dû  placer  dans  ce  centre  le  foleil ,  le  feu,  on,  comme  ils  difoient,  la 
plus  digne  fubftance.  Si  ce  foupçon  de  M.  Bouillaud  étoit  fondé,  il  ferolt 
arrivé  affez  fingulierement  que  Platon,  &c  furtout  Ariftote,  par  attachement 
pour  le  principe  des  Pythagoriciens ,  auroient  rejeté  le  fyftênie  où  ce  principe 
même  avoir  conduit  les  Pythagoriciens. 

Hippocrate  de  Chio  avoir  adopté  le  fyftème  Pythagoricien.  Il  expliquoit 
la  queue  &  la  chevelure  des  comètes  ,  par  la  réflexion  des  rayons  du  foleil 
fur  la  colonne  de  vapeurs  que  les  comètes  traînent  après  elles  {a).  C'eit 
encore  une  des  deux  explications  adoptées  aujourd'hui. 

§.     V  I. 

Pline  (h)  rapporte  que  Cléoftrate  obferva  les  fignes  du  zodiaque,  Se 
furtout  les  fignes  du  bélier  &  du  fagittaire.  D'où  Milichius(c)  a  fonpçonné 
que  Cléoftrate  avoit  remarqué  que  les  conftellation<;  dri  zodiaque  n'occu- 
poient  pas  toujours  la  même  place  ,  &  qu'elles  avoient  un  mouvement  par- 
ticulier. Mais  il  n'y  avoit  point  abrs  d'obfervations  affez  précifes ,  tant  fur 
l'étendue  que  fur  le  lieu  de  ces  conftelLitlons  pour  appercevoir  ces  change»- 
mens.  Cette  remarque  eflrtrop  précoce  pour  le  rems.  Hypparque  lui-même  a 
balancé  long-tems  avant  d'admettre  un  mouvement,  qui  ferabloit  contraire 
aux  idées  reçues  fur  l'immobilité  des  étoiles. 

Cléoftrate  fut  l'inventeur  de  l'oftaétéride.  Nous  en  avons  parlé.  Cette 
période  avoit  trois  mois  intercalaires  de  30  jours.  On  intercaloit  à  la  fin  de 
la  troifieme  ,  de  la  cinquième  &  de  la  huitième  année  (a').  Quelques  auteurs 
prétendent  (e)  que  les  Grecs  référvoient  ces  trois  mois  pour  les  intercaler 
tous  trois  à  la  huitième  année,  qui  avoir  par  conféquent  444  jours.  Mais> 
quoi  qu'ils  en  difent ,  cet  arrangement  n'auroit  pas  eu  de  fens  ,  &  il  eft  peu 
croyable  qu'il  ait  jamais  eu  lieu.  On  imagine  que  cette  période  a  été  connus 
dès  le  tems'de  Cadnius'(/)  &  de  Minos,  à  caufede  certains  ufages  pieux 
qui  alors  éroient  périodiques.  Minos  ,  dit-on ,  après  huit  ans  révolus  ,  la 
neuvi-eme  année  defcendoit  à  Delphes  dans  l'antre  de  Jupiter  pour  le  con- 


(«)  Ariftote  ,  Mét<fores,  Lib.  1  ,  c.  6,  (d)  Gcminus ,  c.  6  ,  p.     j. 

Mcm.  Acad.  des  Inf.  Tom.  Xj  pag.  léo.  (c)   Polyliiftor  j    c.    i. 

(A)  Pline,  Lib.  Il,  c.  8.  Macrobe,  Sat.  Lib.  I  ,  c.  13. 

(  c  )  Commentaire  fur  le  fecoud  livre  de  Suidas, 

îliue,  ,  ,  .  (/)  Apolloi!o;e,  Lib.  III,  p.  137-,  i}<r. 


ASTRONOMIQUES.  i^p 

fuîter,  &:  rapporter  fes  rcponfes  far  la  terre  (.2).  Ces  autorités  font  bien 
vagues  pour  reculer  aind  la  connoiiraiice  de  l'oclactéride  ,  dont  on  attribue 
formellement  l'invention  à  Cléoilrate.  M.  Newton  penfe  que  les  Grecs 
s'étant  apperçus  qu'en  intercalant  un  mois  tous  les  deux  ans  ,  il  en  réfultoit 
un  mois  de  trop  au  bout  de  huit  ans  ,  ils  omenoient  le  dernier  mois  inter- 
calaire. Au  refte  il  imagine  que  cette  odactéride  a  été  introduite  par  les 
Phéniciens  lorfqu'ils  vinrent  dans  la  Grèce  avec  Cadmus  Ôc  Europe  (/■). 
Mais  elle  feroit  donc  reftée  bien  long-tems  fans  ufage  !  D'ailleurs  quoique 
nous  fâchions  que  les  Grecs  ont  tour  emprunté  d'Afie  &c  d'Egypte  ,  nous 
voyons  ici  dans  leurs  diétérides  ,  tétraétérides  &  oftaétérides,  une  fucceffion 
d'idées  qui  prouve  que  ces  changemens  leur  appartiennent ,  &  qu'ils  cnr 
été  faits  à  mefure  qu'on  recevoir  des  notions  étrangères  plus  exaéles  du 
mouvement  des  aftres.  La  règle  de  leur  calendrier  n'eft  pas  aflez  bonne  pour 
la  leur  .difputer.  Quoi  qu'il  «n  foir ,  cette  période  fuppofe  la  révolution  de  la 
lune  d.e  29'  lii*  u'  49",  plus  petire  de  22'  14",  qu'eLe  n'eft  réellement^  au 
bout  de  8  ans  l'erreur  étoit  d'environ  3(3  heures. 

Harpalus  ,  en  donnant  deux  jours  de  plus  à  l'odtaétéride  ,  fuppofoit  la 
révolution  de  la  lune  de  29'  iz**  yo'  54",  plus  grande  feulement  de  6' 
5  i",  qu'elle  n'eft  réellement.  Cette  période  s'accordoit  mieux  aux  mouve- 
mens  de  la  lune ,  mais  elle  s'éloignoit  des  mouvemens  du  foleil  de  deux 
jours  &  plus. 

$•     V  I  I. 

Le  premier  cycle  (c)de  Méron  commença  l'an  45 1  avant  J.C.  le  i  ^Juillet, 
I9  jours  après  le  folftice  d'été  ,  &  la  nouvelle  lune  qui  arriva  ce  jour  là  même 
à  7*^  45'  du  foir,  en  fut  le  commencement ,  le  premier  jour  de  la  période 
étant  compté  du  coucher  du  foleil  arrivé  la  veille.  Méton  choifit  à  delTein 
cett«  nouvelle  lune,  quoique  plus  éloignée  du  folftice  d'été  que  la  précé- 
dente ,  afin  de  n'être  pas  obligé  d'intercaler  dès  la  première  année  :  car 
nous  avons  {d)  vu  que  l'année  olympique  étoit  telle  que  la  pleine  lune  de 
fon  premier  mois  devoir  fuivre  le  folftice  d'été  ,  à  caufe  des  jeux  olympi- 
ques qui  étoient  fixés  à  cette  époque.  Meton  y  plaça  aufll  le  commencement 
(de  l'année  civile. 

Nous  penfons  que  Zvléton  n'eft  point  l'inventeur  de  ce  cycle.  Nous  avons 

(a)   Strabon,   Lib.  XVI,   pag.  7^1,  SaVigcr  ,  de  emend.  cemp.  L'ih.  \  ,^.  ^i)^ 

Ci  )  Ciironol.  réformée,  pag.  78.  Riccioli,  Almag.  T.  I ,  p.  141. 

i()  Diodore  de  Sicik,  LiV.  Xll,  Id)  Su^rk ,  Éclaire.  Liv.  VI,  §.  1  » 


^5^  ÊCLAIRCISSEMENS 

vu  qu'il  étoit  connu  très-anciennement  aux  Indes ,  à  la  Chine  &  chez  les 
peuples  nommés  Hyperboréens.  Si  l'on  ne  peut  fuppofer  que  Meton  ait 
pouffé  fes  voyages  fi  loin ,  on  peut  croire  du  moins  qu'il  a  été  à  Babylone,  où 
étoit  connue  la  période  des  éclipfes  de  i8  ans  Se  quelques  jours.  Abulpha- 
rage  nous  apprend  qu'il  avoir  été  en  Egypte.  11  peut  avoir  été  également 
dans  la  Chaldée. 

Hoctempore ,  dit  Abulpharage,  floruerunt  Meton  &  Ephtlmon  (Eudemon) 
hïni  anùjîhes  in  fdeniiis  JJlronomicis ,  qui  Jkxandria  convenientes  ad  confi- 
cienda  injimmcnta  ohfervationibus  faciendis ,  obfervaverunt  quarumcumque  libuit 
Jlellarum  curfus.  Fertur  autem  inter  illorum  Ataum  &  Ptolemeum  almagefli 
autorem  intercejjijfe  annos  quingintos  & /eptiiaginta  {a).\\  faut  penfer  qu'il  a 
mis  Alexandrie  pour  l'Egypte  ^  car  Meton  n'a  pu  aller  à  Alexandrie  qui 
n'exiftoit  pas  de  fon  tems.  Ce  témoignage  auroit  befoin  d'être  appuyé  par 
quelqu'autre  plus  ancien;  mais  enfin  Abulpharage  ne  dit  point  que  Méton 
avoit  voyagé  fans  quelque  raifon ,  &  il  le  dit  au  moins  fur  une  tradition. 
D'ailleurs  ces  voyages  étoient  familiers  aux  Philofophes  Grecs  du  tems  de 
Méton. 

Au  refte  nous  devons  dire  que  Geminus  {h),  en  parlant  de  la  période  de 
1 9  ans ,  l'attribue  à  Euftémon ,  à  Calippe  Sz  à  Philippe  Menedeme  ;  il  ne 
dit  pas  un  mot  de  Méton.  Ce  filence  eft  extraordinaire ,  nous  ne  tenterons 
point  de  l'expliquer.  Mais  cette  période  a  porté  le  nom  de  Méton  ,  elle  le 
porte  encore.  Il  y  auroit  de  l'injuftice  à  lui  en  refufer  la  gloire  ,  ou  même  à 
la  partager  ,  puifque  le  fuffrage  des  fiecles  eft  pour  lui  feul. 

§.     V  1  I  I. 

S  A  u  M  A  I  s  E  (c)  a  voulu  auflî  attribuer  l'invention  de  ce  cycle  à  Phainus ,  le 
maître  de  Méton,  en  ne  laiffant  à]  celui-ci  que  l'avantage  de  l'avoir  publié; 
mais  c'eft  une  erreur  de  Saumaife  ;  il  cite  en  vain  Théophrafte  8c  Aratus* 
Théophrafte  {d)  dit  au  contraire  que  Phainus  enfeigna  les  converfions  du 
foleil ,  &  que  Méton,  inftruit  par  lui,  compofa  fon  cycle  de  19  années.  Le 
nom  de  Phainus  ne  fe  trouve  point  dans  Aratus.  Une  chofe  qui  mérite  bien 
d'être  remarquée ,  c'eft;  que  malgré  l'admiration  que  la  Grèce  avoit  conçue 
pour  le  cycle  de  Méton ,  on  continua ,  fans  doute  dans  l'ufage  civil ,  à  faire 
l'année  de  ^60  jours.  On  en  eft  affuré  par  le  pafTage  d'Hérodote  (  e  ) ,  écri- 

(û  )  Hift.  dynaft.  V,  p.  57.  (d)   In  libella   de  fgnis  tempcfijtum  , 

(i)  C.   6.   Uranologion.  fui  init. 

^i)  riinian  ,  Excrcit.  p.  JI5.  (f  )  Supra,  Éclaire.  Liv.  VI,  §.  i6- 


I 


ASTRONOMIQUES.  453 

vain  poftcrieur  à  Mécon.  Bien  plus ,  au  tems  de  Démécrius  de  Phalere  , 
c'eft-à-dire  ,  fous  le  règne  d'Alexandre,  ils  comptoient  encore  ainfi.  Nous 
apprenons  de  Pline  [a]  que  les  Athéniens  élevèrent  à  Démctrius  }6o 
ftatues  ,  c'efl:-à-dire  ,  autant  qu'il  y  avoit  de  jours  en  l'an.  On  ne  peut  con- 
cevoir l'obftination  des  Grecs  à  garder  une  forme  d'année  il  vicieufe.  S'ils 
n'avoient  pas  eu  la  célébration  des  jeux  olympiques,  qui  étoit  fuffifam- 
ment  bien  réglée ,  leur  chronologie ,  même  dans  les  tems  les  plus  moder- 
nes, n'oifriroit  que  la  plus  grande  confufion.  Hérodote  [é) ,  en  parlant  d^s 
Egyptiens ,  avoue  que  leur  méthode  étoit  beaucoup  plus  fage  que  celle  des 
Grecs.  Nous  dirons  encore  que  tandis  que  chez  les  Orientaux  l'ufage  ds 
compter  par  des  femaines,  partagées  en  7  jours ,  étoit  de  tems  imm.érnorial; 
les  Grecs,  à  cette  époque ,  avoient  confervé  l'ufage  de  compter  par  dbcaines. 
Ils  y  trouvoient  fans  doute  l'avantage  de  divifer  leurs  mois  de  30  jours  en 
trois  intervalles  égaux.  Ces  intervalles  s'appeloient  le  mois  commençant ,  le 
mois  qui  eji  au  milieu,  le  mois finijjant.  On  difoit  le  premier  du  mois  com- 
mençant, &c.  jufqu'au  dixième,  &  on  recommençoir.  Solon  (c)  chanr^ea 
quelque  chofe  dans  la  dénomination  des  jours  ;  mais  ils  n'adoptèrent  l'ufage 
des  femaines  que  fort  [d]  tard. 

§•     I  X. 

CotUMELLE  (e),  qui  vivoit  au  commencement  de  l'ère  chrétienne, 
déclare  que  ,  quoiqu'il  fâche  qu'Hypparque  a  placé  les  points  cardinaux  au 
premier  degré  des  figues  ,  &  non  au  huitième  ,  il  fe  conformera  cependant , 
pour  fes  préceptes  d'agriculture  ,  aux  faftes  de  Méton,  d'Eudoxe  &  des  an- 
ciens aftronômes.  Il  y  avoit  donc  réellement  au  tems  de  Columelle  des 
faftes  ou  des  calendriers  qui  portoient  le  nom  de  Méton,  mais  il  y  eu 
avoit  aufîî  qui  portoient  le  nom  d'Eudoxe,  &  nous  ferons  voir  (/)  que 
les  defcriptions  de  cet  aftronôme  appartenoient  non  à  fon  tems ,  mais  à 
celui  de  Chiron.  Ainfi  le  pafTage  de  Columelle  ne  prouve  rien  de  plus 
en  faveur  de  Méton  que  d'Eudoxe.  En  outre  cette  prétendue  détermination 
dçs  colures ,  au  huitième  degré  des  fignes  ,  fur  laquelle  Newton  a  bâti  fa 
chronologie,  n'appartient  pas  à  Meton.'  Si  on  la  prend  en  afcenfion  droite  , 
comme  nous  avons  prouvé  qu'on  devoir  le  faire  [g)  elle  remonte  à  l'an 
789(^)5 à  20  ou  ^c  ans  près  ,  car  il  ne  faut  pas  donner  à  ces  calculs  plus  de 

(  a  )  Lib.  XXXIV  ,   c.   6.  {e)  De  re  rufti^a. 

(b)  Lib.  II,   Sub.   ir.itio.  (/)  Infru  ,  Liv.  IX,  ^.  37. 

(c)  Plutarque,  in  Solon.  ^.  18.  {g)  Supra,  Liv.  VI ,  §,  n. 
(û')DionCairias,K;rt.roin.L.  XXXyiI.  {k  )  Ibidem,  §.   iz. 


454  É  C  L  A  I  R  C  I  S  S  E  M  E  N  S 

précifion  qu'ils  n'en  comportent  ;  fi  on  la  prend  en  longitude,  elle  remon- 
tera beaucoup  plus  haut ,  &  jufque  vers  963.  Méton  a  donc  copié  des  ca- 
lendriers plus  anciens  que  lui ,  &c  c'eft  ce  que  n'auroit  point  fait  un  aftronôm.e 
qui  auroit  fondé  la  découverte  de  fon  cycle  fur  fes  propres  obfervationSjOU 
du  moins  fur  des  connoiirances  exades  qu'il  auroic  trouvé  établies  dans  fon 

pays. 

§.    X. 

Mais  ce  n'eft  pas  tout.  Les  levers  &  les  couchers'des  étoiles  que  Colu- 
melle  rapporte ,  d'après  lesfaftes  attribués  à  Méton,  n'appartiennent  pas  non 
plus  au  fiecle  où  vivoit  cet  aftronônie.  Nous  n'en  citerons  que  deux  exemples, 
dans  le  nombre  de  ceux  que  M.  Freret  a  recueillis  {a}. 

Columelle  nous  apprend  {i)  qu'atétuius  fe  levé  50  jours  après  firius. 
Cette  dernière  étoile  fe  levé  félon  lui  jo  jours  après  le  folftice  d'été  j  donc  le 
lever  d'arfturus  tombe  80  jours  après  le  folftice.  Au  tems  de  Colimielle  ce 
lever  arrivoit  au  î.6°  i  5'  de  la  vierge,  &c  le  t^^"'^  jour  après  le  folftice.  Donc 
il  mettoit  le  lev^r  d'aréturus  8  ou  9  jours  plutôt  qu'il  ne  fe  faifoit.  Le  calen- 
drier de  Méton  ,  qu'il  avoir  copié ,  étoit  conforme  à  ce  qui  arrivoit  du  tems 
d'Héfiode ,  car  fuivant  le  calcul  de  Kepler  (c)  ,  ardurus  fêle  voit  au  fiecle  de 
ce  pccte  ,  le  foleil  étant  au  19°  50'  de  la  vierge  ,  81  ou  Si  jours  après  le 
folftice. 

Le  lever  héliaque  de  la  dernière  des  Pléiades  au  tems  de  Méton  arrivoit 
fuivant  le  P.  Petau  (  d) ,  au  24°  5  }'  du  taureau  ,  ou  le  5  ^eme  jour  après  l'é- 
quinoxe.  Columelle  le  rapporte  au  48^"^= ,  c'eft-à-dire  ,  8  jours  plutôt  j  &  la 
preuve  qu'il  parle  de  cette  étoile ,  c'eft  qu'il  dit  formellement  vergi/U  tot£ 
apparent.  Cette  obfervation  paroît  antérieure  au  fiecle  même  d  Héfiode. 

§.    X  L 

Il  eft  donc  clair  que  le  calendrier  de  Columelle  ,  qui  porte  le  nom  de 
Méton  ,  eft  relatif  au  tems  d'Héfiode  ,  ou  peut-être  à  des  tems  plus  reculés. 
Il  eft  remarquable  que  Méton,  fous  le  nom  duquel  étoient  donnés  ces  faftes, 
n'eft  nommé  qu'une  feule  fois,  dans  le  calendrier  qui  eft  dans  l'uranologion 
du  P.  Petau  ,  à  la  faite  de  l'ouvrage  de  Gemlnus  [e  ).  On  lui  attribue  cette 


(  a  )  Déf.  de  la  Chronologie  ,  pag.  479  ,  {c)  Kepler,  Epit.  Aft.  Cop.  L.  III^p.  357, 

481.  (,d)  Vranol.  -var.  d'i£in.\.'iO,\\  ,  p.  J()^ 

i^b)Di  rc  rufiica  ,  Lib.  IX  ,  c,  i  -|.  (  e  )  Page  6j^. 


ASTRONOMIQUES.  455 

obrervation  quefirius  fe  levoi:  15  jours  après  le  folftice.  Dans  cette  obfer- 
vation  ,  Méton  s'éloignoit  de  l'état  du  ciel  qui  avoir  lieu  de  fon  tem^  :  car 
Kepler  (.:)  ayant  calculé  le  tems  du  bver  de  firius  dans  la  Grèce  ,  pour  le 
fiecle  d'Hippocrate  ,  qui  ell:  le  même  que  celui  de  Méton  ,  trouve  qu'il  a  du 
arriver  le  29^""  jour  après  le  folftice  :  Méton  le  plaçoit  donc  quatre  jours 
trop  tôt.  Il  ne  l'avoit  pas  obfervé  lui  même  ,  mais  il  rapportoit  une  obferva- 
tion  antérieure  de  trois  à  quatre  fiecles.  Calipae,  dans  le  même  (p)  calendrier, 
donne  ce  lever  au  50="'^  jour  ,  ce  qui  eft  aifez  exadt ,  parce  que  Calippj  flo- 
rilToit  environ  100  ans  après  Méton  Nous  n'avons  point  eu  delTein  d'enle/er 
à  cetaftronôme  la  gloire  donril  a  joui  depuis  1000  ans  ,  mais  feulement  de 
la  réduire  à  fes  juftes  bornes,  &c  de  dire  la  vérité.  La  conjeflure  que  nous 
avons  formée  lui  en  lailTe  encore  fuffifaniment,  &  l'application  de  !a période 
chaldéenne  au  cycle  de  19  ans  eft  aflez  heureufe  pour  rendre  Méton  jufte- 
ment  célèbre. 

§.     X  I  L 

EucTEMOM  ,  Athénien  ,  contemporain  de  Méton  ,  qui  l'aida  dans  plu- 
fieurs  obfervations  aftronomiques,  fuivant  le  témoignage  de  Ptolemée  (c),  eft 
le  pr.-mier  des  aftronômes  grecs  dont  il  nous  foit  refté  quelqu'obfervation  , 
autre  que  celles  des  leveis  Se  des  couchers  des  étoiles.  Ptolemée  (  d)  nous- 
a  confervé  celle  qu'il  a  faite  ,  conjoiruementavec  Méton  ,  du  folftice  d'été, 
le  i7  juin  de  l'an  452  avant  J.  C.  On  peut  croire  même  que  c'eftla  première 
obfervation  de  ce  genre  qui  ait  été  faite  ;  car  à  moins  de  fuppofer  qu'on  n'eût 
perdu  les  plus  anciennes  ,  Hipparque  &  Pcolem.ée  en  auroient  fait  ufao-e 
pour  déterminer  la  longueur  de  l'année.  On  ne  fait  rien  d'EuCtemon,  finon 
qu'il  obferva  non-feulement  à  Athènes  ,  mais  dans  la  Grèce  &  dans  les  Ci- 
clades  (  e  ). 

M.  Freret(/)  remarque  que  dans  le  calendrier  de  Geminus  {g)  ,  Eudlemon 
&  Calippe  oat  placé  les  quatre  point»;  cardinaux  au  jour  même  de  l'entrée 
du  foleil  dans  les  figiies  ;  ce  qui  étoit  aflez  exactement  vrai  de  l'entrée  du 
foleildins  les  confte''a!:;ons,  eu  égard  à  leur  lo.igitudj  dans  l'écliptique  au 
tems  d  Euctemon  &  dt  Ca.lippe  ;  voilà  des  obf;.rvaribns  qui  paroifTent  bonnes^ 
on  pei  t  croire  quEiurtemon  c  mnoilToic  l'frr.t  du  ciel  ;  cer^e  idaiit  àxns  le 


(  a  )  Kej.icr,  £f>ico/ju  AÙroa.  Copcraic  (  a  )  laldem, 

Lib.  III,  pag.    397.  (e)  Vjidler,  pag.  ici. 

(è)  l'acre  64.  (/)  Dcfenfe  de  la  Chronologie,  p.  4^4. 

(^c)  Almag.  Lib,  III,  ci.  (g)  Uranoi.  pag.  6^  &  fuiv,^ 


45^  É  C  L  A  ï  R  C  I  s  s  E  M  E  N  S 

mânï  calendrier  il  y  a  beaucoup  d'obfervations  qai  lui  font  attiibuces,  & 
qui  ne  lui  appartiennent  pas  plus  que  celle  qui  elT:  atcribuce  à  Métoii ,  n'ap- 
partient à  cet  aftronôme. 

§.     XIII. 

En  voici  la  preuve.  Geminus  dit ,  d'après  Euclemon  ,  que  le  coucher  des 
pléiades  arrive  le  matin  lorfque  le  foleil  eft  au  5°  de  la  balance ,  fuivant 
Eudemon ,  &  au  1 9  ,  fuivant  Eudoxe.  Le  P.  Petau  (  ^  )  a  calculé  que  les 
pléiades  fe  couchoient  le  matin  pour  le  climat  de  la  Grèce  au  rems  d'Hé- 
fiûde ,  lorfque  le  foleil  étoit  dans  le  10°  de  la  balance  ,  au  tems  de  Thaïes 
lorfqu'il  étoit  dans  le  16°;  enfin  .au  tems  de  Mcton  &  d'Eudtemon  lorfqu'il 
étoit  dans  le  19°  de  la  même  conftellation.  C'eft  donc  au  tems  d'Héfiode 
que  fe  rapporte  l'obfervation  d'Eudoxe  j  mais  celle  d'Euttemon  remonte  plus 
haut ,  &c  atteint  oupafle  peut-être  le  fiecle  de  la  guerre  de  Troye. 

Geminus  (A)  nous  apprend  encore  que  le  coucher  des  pléiades  fe  faifoitle 
foir,  félon  Eudemon  dans  le  10°  du  beUer ,  de  félon  Eudoxe  Se  Dcmocrite 
dans  le  13°.  Le  P.  Petau  (c)  trouve  par  le  calcul  que  le  premier  de  ces 
couchers  répond  au  fiecle  de  Thaïes ,  &  le  fécond  au  fiecle  de  Méton.  L'ob- 
fervation de  Démocrite  étoit  donc  exacte  ,  puifqu'étant  à-peu-près  contem- 
porain de  Mcton  ,  elle  répond  réellement  aux  apparences  du  ciel.  Il  feroità 
fouhaiter  que  l'on  calculât  tous  les  levers  &c  couchers  héliaques  des  étoiles 
qui  font  rapportés  dans  les  anciens  calendriers  ,  en  fuppofant  différentes  la- 
titudes comme  celles  de  Thebes  ou  de  Memphis  en  Egypte  ,  de  Babylone  , 
ôcc. ,  afin  de  .déterminer  dans  quel  fiecle  Se  dans  quel  pays  ces  obfervations 
ont  été  taites. 

§.    XIV. 

XENOTHANEsa  eufeigué  la  pluralité  des  mondes  (  </)  ;  opinion  qui  lui 
eft  commune  avec  Démocrite  ,  &  avec  plufieurs  autres  philofophes  grecs. 
Mais  quant  à  la  pluralité  des  foleils ,  on  ne  peut  psnfer  qu'il  regardât  les 
étoiles  comme  des  foleils,  &  il  y  a  lieu  de  croire  que  ne  pouvant  imaginer 
que  le  même  aftre  éclairât  toute  la  terre,  &  ne  croyant  pas  qu'il  pût  faire 
nuit  fur  une  partie ,  &  jour  fur  l'autre  ,  il  a  multiplié  les  foleils  pour  que 
chaque  climat  pût  être  éclairé  en  mêrae  tems.  A-peu-p'-è'  comme  Virgile 


(  a  )  Ur^nol.  var.  dijfen.  p.  p8.  (  c  )   Loco  citato. 

{b)  Gemiaus,  c.   16.  {d)  Stobce ,  pag.  jt. 

donne 


A  s  T  II  O  N  O  M  I  Q  tJ  E  s.  457 

donne  un  folell  Se  des  étoiles  aux  champs  élifces  (  a  )  ^  c'efl:  ce  qui  nous  piioîc 
clair  pai-  un  partage  de  Plurarque  (A).  «  Xenophanes  tient  qu'il  y  a  plufieurs 
>i  foleils  ,  Se  plufieurs  lunes ,  félon  la  diveiTitc  des  climats  de  la  terre  ;  &  à 
»  quelque  révolution  de  teriis  le  rond  du  foleil  vient  à  donner  en  quelqu'ap- 
5>  partementdela  terre  qui  n'eft  pas  habité  ,  Se  qu'ainfi  marchant  par  un  pays 
3>  vide  ,  il  vient  à  foufFiir  cclipfe  ».  Y  a-t-il  rien  de  h  ridicule  que  cette 
opinion  fur  les  éclipfes  ?  Mais  on  n'eft  pas  bien  sûr  fi  Tineprie  de  ce  raifon- 
nement  appartient  à  Thiftorien  ou  au  philofophe.  On  entrevoit  feulement 
que  celui  ci  créa  plufieurs  foleils ,  à  caufe  de  la  diverfité  des  climats  de  la  terre  j 
les  étoiles  n'y  font  pour  rien. 

§.     X  V. 

Parmenides  ,  quoique  difciple  de  Xenophanes,  paroît  avoir  pris  des 
leçons  d'Anaximandre.  On  lui  fait  honneur,  ainfi  qu'à  Pythagare,  d'avoir  dit 
le  premier  que  lucifer  &  hefper,  c'eft-à-dire  ,  l'étoile  du  matin  &  celle  du 
foir,  éioient  le  même  aftre  j  mais  Diogenes-Laerce  ne  dit  point  s'il  fut  que 
c'étoit  venus.  Son  maître  Anaximandre  lui  donna  fans  doute  quelque  con- 
noiiïance  de  la  géographie  Se  des  cartes  qu'il  avoir  inventées ,  car  Parmenides 
divifa  la  terra  en  zones  (  c).  On  rie  dit  point  s'il  en  avoit  établi  fix  ,  comme 
Pûfidonius  Se  Polybe  qui  partageoient  la  zone  torride  en  deux ,  ou  s'il  n'en 
fit  que  cinq  ,  comme  l'a  fait  depuis  Eratofthenes  j  Se  comme  nous  le  faifons 
aujourd'hui. 

§.    X  V  I. 

L E u  CI  p  E  eft  l'auteur  de  la  philofophie  corpufculaire ,  ou  des  atomes  ,  du 
moins  dans  la  Grèce  ,  Strabon  croit  qu'elle  venoit  de  Phénicie  ,  Se  que  Mof- 
chus  en  étVn  le  véritable  inventeur  [d]  j  on  en  p3Ut  cependant  douter.  C'eft: 
d'après  Pon  Jonius  que  Strabon  en  attribue  l'invention  à  Mofchu?.  Bayle  re- 
marque que  Strabon  rapporte  le  fenriment  de  Pofidonius,  avec  une  certaine 
défiance  qui  ne  lui  eft  pas  ordinaire  j  Se  il  préfume  que  le  philofophe  Stoïcien 
aurait  pu  être  atteint  de  la  maladie,  commune  à  tous  les  fiecles ,  de  dépouiller 
les  gensquinefonrpasdenotreparti, pour  enrichir  les  anciens  Se  les  étrangers 
à  qui  l'on  ne  porte  point  d'envie  (e).  Quoi  qu'il  en  folt ,  Leucipe  établllToir 
que  le  monde  avoit  été  formé  par  une  infinité  d'atomes  de  toutes  fortes  de 


(a)  Virgule  ,  j£  )side  ,  Lib.  VI,  v.  654.  (  a)  Strabon,  Lib.  XVI  ,  p.  757. 

(o)   Opm.  des  Philof.  Lib.  II,  c,  14.  Sex:;is  Emp:r:;us,  aàv.  Mdtkcm. 

( c  )  Achilks  Tatius  ,  c.   3 1.  (  «■  )  gayk  3  ait.  Leucipe ,  renj.  Ai 

M  ni  Ut 


5^5»  ÉCtAIRCISSÇMENS 

ligures,  qui  s'étant  rencontrés  dans  le  vide  de  l'efpace ,  &  accrocliés  en- 
iemble ,  formèrent  des  tourbillons.  Le  mouvement  des  tourbillons  agitant 
en  tout  fens ,  &  heurtant  toutes  les  parties  de  la  matière  les  un;s  contre  les 
autres  ,  en  fit  la  féparation.  Les  plus  légères  s'élevèrent  à  la  circonférence  , 
^  les  plus  pefantes  s'approchèrent  du  centre  ,  où  leur  amas  forma  des  con- 
crétions fphéiiques ,  qui  font  les  planètes.  Il  difoit  que  le  foleil  étoit  de  tous 
les  aftres  le  plus  éloigné  ,  &  la  lune  la  plus  proche  de  la  terre  ^  que  la  rapidité 
du  mouvement  du  tourbillon  avoir  enflammé  tous  les  aftres  ,  il  entendoit 
apparemment  les  étoiles  j  que  ce  feu  s'étoit  communiqué  au  foleil ,'  auquel 
la  lune  en  avoit  dérobé  une  partie.  Selon  lui  les  éclipfes  de  lune  &  de  foleil 
naifToient  de  ce  que  la  terre  penche  vers  le  midi.  On  rend  mal  l'idée  du 
philofophe,  ou  il  ne  s'entendoit  pas  lui-même.  Il  ajoutoit  que  fi  les  éclipfes 
de  lune  font  plus  fréquentes  que  celles  du  foleil ,  il  en  faut  chercher  la  caufe 
dans  la  différence  de  leurs  orbites  {a).  Tout  ceci  n'eft  pas  clair  j  mais  nous 
ne  tenterons  point  de  l'expliquer,  car  il  faut  fe  garder  d'expliquer  ce  qu'on 
n'entend  pas. 

§.     XVII. 

Dans  le  cycle  de  81  ans  deDémocritc  on  Intercaloit  iS  fois ,  d'où  Sca- 
iiger  a  conclu  qu'il  faifoit  l'année  folaire  de  5^5'  î-,  &  l'année  lunaire  de 
355'  (^  )  )  niais  le  calcul  de  Scaliger  manque  des  données  nécefiaires  :  car  on 
nous  dit  bien  que  ce  cycle  étoit  de  8i  ans ,  mais  on  ne  nous  dit  point  com- 
îiient  les  mois  de  cette  année  étoient  arrangés,  &  de  combien  de  jours  ils 
étoient  compofés.  Ainfi  on  n'en  peut  rien  conclure.  11  refte  à  expliquer  com- 
ment Démocrite  a  ofé  propofer  ce  cycle  après  le  fuccès  éclatant  du  cycle  de 
Méton  ,  ou  comment  il  a  pu  le  propofer  avant ,  étant  fon  contemporain  ,  Sc 
n'ayant  peut-être  que  24  ans  lors  de  l'établiflement  du  cycle  d'or. 

§.    XVIII. 

Dans  les  calendriers  de  Geminus  &  de  Ptolemée  ,  on  trouve  plufieurs 
bbfervations  du  lever  &  du  coucher  des  étoiles  fous  le  nom  de  Démocrite  j 
mais  il  faudroit  employer  le  calcul  pour  décider  fi  elles  appartiennent  au 
tems  de  Démocrite,  ou  fi ,  comme  tant  d'autres  ,  il  avoit  feulement  recueilli 
quelques-unes  de  celles  qui  avoient  été  faites  avant  lui.  Nous  en  avons  cité 
«ne  (c)  qui  porte  fon  nom  ,  &c  qui  eft  réellement  de  fon  tems. 

(  1  )  Laerce.  {h)  De  Emend.  tcmp.  Lib.  II,  p.  léo. 

Plutavç^ue,  Opin.  des  Philof.  L.  I  c.  4,  [c)  Suvrà  ,  Éclaire.  Lib.  VII,  §.13. 


Astronomiques.  45 


> 


LIVRE     HUITIEME. 


De  Platon  j  d'EudoxCj  ù  des  Philofophes  qui  les  ont  fulvis. 

§.     Premier. 

i.^'  ou  s  avons  die  que  Platon  avoir  changé  de  fenciment  dans  fa  vieillefre. 
Se  placé  le  foleil  au  centre  du  monde.  C'eft  d'après  le  témoignage  de  Plu- 
tarque  ,  dont  voici  le  paflage  [a)  dans  le  François  d'Amiot.  <'  L'on  tient  que 
j>  Numa  ,  qui  fit  bâtir  le  temple  rond  de  la  déelTe  Vefta,  auquel  eft  gardé  le 
»  feu  éternel ,  voulant  repréfenter,  non  la  terre  que  l'on  dit  Vefta,  mais  la 
j»  figure  du  monde  univerfel ,  au  milieu  duquel  les  Pythagoriciens  veulent 
»  que  ce  foit  le  fiége  &  le  féjour  propre  du  feu,  lequel  ils  appellent  Vefta 
»  &.'  difent  être  l'unité  -,  car  il  ne  tient  point  que  la  ivrre  foit  immobile  ,  ni 
»  fituée  au  milieu  du  monde ,  ni  que  le  ciel  tourne  à.  l'environ  ,  ams  au 
"  contraire ,  difent  qu  elle  eft  fufpendue  à  l'entour  du  feu  comme  du  centre 
)>  du  monde ,  &  fi  ne  veulent  point  que  ce  foit  l'une  des  premières  &  prin- 
>»  cipales  parties  de  l'univers.  Laquelle  opinion  l'on  dit  que  Platon  même 
:>  tint  en  fa  vieillelTe  ,  que  la  terre  étoit  en  autre  place  que  celle  du  milieu, 
«  &  que  le  centre  du  monde  ,  comme  le  plus  honorable  fiége  ,  appartenoit 
»  à  quelque  autre  plus  digne  fubftance.  » 

Un  autre  pafiage  de  Plutarque  peut  faire  croire  que  Platon  ne  regardoir 
pas  la  terre  comme  immobile. 

"  Comment  eft-ce  que  Timeus  dit  que  les  âmes  font  femées  parmi  la 
5»  terre ,  parmi  la  lune ,  &:  parmi  les  autres  injlrumens  du  tems  ?  Eft-ce  poni 
•>■>  ce  qu'il  avoit  opinion  que  la  terre  fe  remuoic  auffi  bien  comme  le  foleil 
«  &  la  lune  &  les  autres  cinq  planètes,  qu'il  appelle  inftrumens  du  tems  à 
>j  caufe  de  leurs  converfions  j  &  tenoit  qu'il  ne  falloir  pas  imaginer,  ne 
3>  fabriquîr  la  terre  comme  fi  elle  fût  ferme  &  immobile  fur  l'effieu  qui 
»  paffe  à  travers  tout  le  monde ,  ains  l'imagine  mouvante  &  tournante  à 
»  l'entour  {de  cet  ejfieu  fans  doute)  ,  comme  depuis  Ariftarque  &  Seleucus 

(  û  )  Plutarque  ,  in  Numa. 

M  m  m  il 


^fSo  ÉCLAIRCISSEMENT 

,i  l'ont  démontré  :  l'un  en  le  fiippofant  feulement ,  l'autre  en  l'affirmant  à 
î»  certes.  Outre  que  Théophrafte  écrit  que  Platon  ,  fur  C.i  vieillelîe  ,  fe 
j>  repentit  d'ayoir  donné  à  la  terre  le  milieu  du  monde ,  place  qui  ne  lui 
»•>  étoit  pas  convenable  (a).  »  i°.  Le  témoignage  de  Théophrafte  nous 
apprend  que  Platon  ne  croyoit  pas  que  la  terre  fût  au  centre  du  monde. 
1°.  Les  paroles  de  Timée  ,  ou  de  Platon  lui-même  ,  qui  range  la  terre  au 
nombre  des  inftrumens  du  tems ,  prouvent  que  Platon  croyoit  qu'elle  avoit 
un  mouvement  j  mais  ce  mouvement  étoit-il  diurne  ou  annuel  ?  C'eft  ce  que 
nous  ne  pouvons  décider. 

Timée,  en  regardant  la  terre  comme  im  inftrument  du  tems,  déclare 
qu'elle  a  au  moins  un  mouvement,  un  mouvement  autour  d'un  effieu.  C'eft 
bien  le  mouvement  diurne.  Mais  en  difant  que  la  terre  fe  remue  comme  le 
foleil ,  la  lune  &  les  cinq  planètes ,  a-t-il  voulu  dire  que  la  terre  tournoie 
comme  elles  autour  du  centre  du  monde  ?  Alors ,  comment  concevo!t-il  que 
le  foleil  qui  y  étoit  placé  ,  avoit  un  mouvement  ?  Ces  paroles  font  obfcures  j 
elles  le  paroilfoient  déjà  du  tems  de  Ciceron  {è)  j  nous  ne  hafarderons  pas  de 
rien  décider  de  plus.  Nous  nous  fommes  viermis  cette  difcuflion ,  parce  qu'il 
feroit  intéreffant  de  ^j-voir  ce  qu'un  homme  de  génie  comme  Platon,  pen- 
foit  lut  une  auffi  grande  queftion  que  celle  du  mouvement  de  la  terre^ 

■     §.     I  I. 

Nous  avons  dît  que  dans  les  mouvemens  qu'Èudoxe  âttribuoit  au  foleil, 
il  y  en  avoit  un  qui  pouvoit  faire  croire  que  cet  aftronôme  avoit  eu  con- 
noifTance  de  la  diminluion  de  l'obliquité  de  l'écliptique.  Voici  le  palTage  de 
Simplicius  fur  lequel  nous  nous  fondons.' (  ^o/)  tertio  motu  fuper  eum  {clr- 
culum)  qui per  média  animalia  adlatera  defluxus  (c). 

Quant  au  mouvement  des  nu:uds  de  la  lune,  voici  les  palTages  de  Simpli-' 
dus,  où  il  rapporte  les  opinions  &  les  hypothefes  d'Eudoxe.  Suppofuit  ter^ 
tiam  [fphiîram  )  autem  propterea  quod  nuliibi  eifdem.  punclis  "[odiaci  borealijji- 
ma  aut  auflralijjima  videtur  facla  ,  fed  tranfgreditur  talia  puncîa  animalium 
fimper  ad  pracedentia  [  d  ). 

Plus  haut  il  a  dit  que  cette  fphere  tourne  clrca  axem  ad  reclum  ad planum 
(irculi  qui   intelligitur  utique  à  centra  luntt  defcriptus  j  indinatus  ad  eum  qui 


il)  Plutarque,  Qui.fi. plat.  8.  (  c)  Simplicius,  de  ccùo ,  Comment.  ^i> 

iO  Q^I/7.  A(a4,  IV,  )y.  {d)  Ibiacrtu 


ASTRONOMIQUES.  ^6i 

per  médium  animalium  tantum  ejl ,  quantum  plurima  fccundùmlaùcudinem  lun» 
fcceffiafit. 

§.     III. 

On  pourrcit  croire  qu'Eiuloxe  ctoir  obiervatear.  Pétrone  (ij)  dit  fîgurc- 
ment  qu'il  avoit  vieilli  fur  le  fommet  d'une  nio'na^ne  élevée,  où  II  étudioit 
le  cours  des  aftres.  On  voyoit  encore  à  Cnide  du  tems  de  Strabon  {b^  l'ob- 
fervatoire  dEudoxe ,  d'où  il  obfervoit  l'étoile  canope  qui  brille  dans  la 
conftellation  du  navire  ,  ou  plutôt  la  conftellation  même  :  car  l'étoile  canope 
la  plus  auftrale  du  navire ,  ne  devoir  pas  être  ailémenr  apperçue  à  Cnide  \  elle 
ne  s'élevoit  pas  aflez  fur  l'horifon  pour  fe  dégager  des  vapeurs  (c)  •  au  lieu 
que  la  conftellation  s'y  élevoit  prefque  en  entier.  II  eft  naturel  de  croire 
que  les  Egyptiens  pouvoient  nommer  quelquefois  le  navire  par  l'étoile  qui 
s'y  faifoit  le  plus  diftinguer.  Les  Grecs,  leurs  difciples,  auront  employé 
comme  eux  cette  dénomination. 

§.     I  V. 

Cependant  malgré  les  témoignages  que  nous  venons  de  réunir,  quoi- 
qu'il y  ait  des  obfervations  d'Eudoxe  rapportées  dans  les  ditférens  calendriers 
qui  nous  reftent  de  l'antiquité ,  nous  ne  croyons  "pas  qu'Eudoxe  fut  obfer- 
vateur ,  &  nous  puifons  ce  doute  dans  les  ouvrages  même  d'Eudoxe. 

Si  Eudoxe  avoit  été  obfervateur ,  comment  ne  fe  feroit-il  pas  apperçu 
que  la  fphere  qu'il  décrit ,  n'étoit  pas  celle  qui  avoit  lieu  de  fon  tems  [d).  Les 
points  folfticiaux -qu'il  place  au  15°  des  fîgnes  (e),  étoient  alors  environ  au 
j°.  Dans  le  calendrier  de  Gemlnus  (/)  on  trouve  encore  qu'Eudoxe  pla- 
çoit  l'Equinoxe  du  printems  au  (>°  du  bélier  ,  &  le  folftice  d'hiver  au  4°  du 
capricorne.  Au  tems  d'Eudoxe,  les  conftellations  répondoienr  exactement 
aux  fignes  par  leur  longitude.  L'obfervation  dont  il  s'agit  ici  concerne  l'af- 
cenfion  droite  j  mais  elle  a  eu  lieu  (Î04  avant  J.  C.  comme  nous  l'avons 
fait  voir  (o).  Ainfi  ce  qu'Eudoxe  établilToitétoitfaux  de  fon  tems,  quant  à  la 
longitude  &  quant  à  l'afcenfion  droite.  Il  eft  donc  certain  qu'il  n'y  a  rien 
de  lui  dans  cet  ouvrage  ,  &  qu'il  n'a  fait  que  publier  la  defcription  de  la, 
fphere  qui  avoit  été  apportée  dans  la  Grèce  du  tems  de  Cliiron  ou  de  Mufée. 

(û)  laSatyrico,  p.   15.  s'clever  fur  l'horifon  que  d'environ  1'. 
(  i  )  Géog.  Lib.  II ,  p.   irp.  (  i^  )  Sufrà^ Éclaire.  Liv.  VI,  §.  4.  &  ir, 

(c)  Cnide  étoit  par  56"  zo'  de  latirude  bo-  (  f  )  Hyp.  Com.  fur  Aratus,  L.  II,  p.  iit-^ 

rtale  ;  rétoile  canope  a  environ  ji"  de  dé-  (/)  Vranolog.  pag.  67,  69. 

diaailbn  auitrale  ;  elle    ne  pouvoic  donc  (^}  i'^^rràj  Éclaire.  Liv.  YI,  §.  n.- 


46i  É  C  L  A  I  R  C  I  s  s  E  M  E  N  s 

Vers  le  rems  d'Eudoxe,  c'eft-à-dire,  vers  372  avanr  J.  C. ,  on  vir  dans 
la  Grèce ,  pendaiir  pliifieiirs  nuits  de  fuite ,  une  grande  comète  qui  étoit 
alFez  lumineufe  pour  faire  des  ombres  comme  la  lune.  Les  philofophes 
grecs,  fuivant Diodore  de  Sicile,  difoient  que  ces  phénomènes  avoientdes 
retours  réglés,  Se  que  les  aftronômes  de  Babylone  lavoient  les  prédire  {a). 
Ce  pafTage  indique  clairement  lafource  des  idées  philofphiques  des  Grecs. 
Ils  avoient  tout  puifc  à  Babylone  ,  c'eft-à-dire ,  en  Afie. 

§.    V. 

Parmi  les  ouvrages  qui  nous  reftent  d'Ariftote  ,  il  y  en  a  trois ,  les  livres 
de  Mando  ,  de  Cœlo  y  de  Meteorologicis  ,  dans  lefquels  plufieurs  chofes  appar- 
tiennent à  Tartronomie.  On  doute  que  lelivre  t/e^Wi^/2</ofoitdelui.  (/>).  Ariftote 
regarde  le  mouvement  du  ciel  comme  éternel;  le  ciel  lui-  même  eft  incorruptible 
&  immuable  (c)  ;  chaque  planète  a  une  intelligence  immortelle  qui  préfide  à 
fa  marche  [d).  II  établit  que  toutes  leurs  révolutions  font  homocentriques , 
parce  qu'il  penfoit  que  toutes  chofes  dévoient  fe  mouvoir  autour  du  cenrre 
de  l'univers.  Il  s'obftina  à  conferver  l'hypothefe  des  fpheres  concentriques  , 
quoiqu'il  eût  reconnu  que  les  planètes  n'étant  pas  toujours  de  la  même  gran- 
deur ,  on  en  devoir  inférer  qu'elles  n'étoient  pas  toujours  à  la  même  dif- 
rance  {e).  Mais  nous  ignorons  fur  quel  fondemenr  M.  Veidler  dit  qu'Ariftote 
rejeta  les  excentriques  d'Eudoxe  ,  car  nous  ne  favons  ce  que  c'eft  que  les  ex- 
centriques d'Eudoxe,  &  nous  ne  trouvons  rien  ,  dans  Ariftote  ni  dans  Sim-- 
plicius ,  qui  puifTe  y  avoir  donné  lieu.  Les  Pythagoriciens  font  les  feuls  dans 
l'antiquité  qui ,  en  étabUlfanc  le  mouvement  de  la  terre  ,  ont  pu  pafTer  pour 
admettre  le  fyftême  des  excentriques.  Simplicius  le  dit  formellement. 

Ariftote  naquit  la  première  année  de  la  59™^  olympiade,  Se  il  mourut  la 
troifieme  de  la  1 14"^^,  âgé  de  6}  ans. 

§.     V  L 

Dans  la  fede  ftoïque  ,  nous  Trouverons  d'abord  Zenon  qui  en  fut  le 
fondateur.  Il  penfoit,  comme  tous  les  anciens,  que  les  étoiles  fixes  étoient 
entraînées  par  le  mouvement  général  du  ciel   (/) ,  tandis  que  les  planètes 


(  a  )  Diodore ,  Lib.  XV  ,  §.  1 5.  (  a  )  De  Mct^phyf.  Lib.  XII ,  c.  7. 

(  b  )  Bouillaud ,  de  vero  fyftemate  mundi ,  (e)  Simplicius ,  de  exlo  ,  Lib.  II ,  Coiu- 

pag.  4.  ment.  46. 
(c)  Decxlo,  Lib.  II,  c,  6,  (/)  Laerce. 


ASTRONOMIQUES.  -j^g^ 

avoierjt  un  mouvemeiu  qui  leur  étoit  propre  [a).  Le  foleil  étoir ,  félon  lui,  un 
feu  pur  ,  d'un  diamètre  plus  grand  que  la  terre.  C'eft  pourquoi  il  rem.irque 
avec  beaucoup  de  julleire  que  l'ombre  de  la  terre  a  une  fiç^ure  conique  (h). 
Cette  remarque  fuffit,  &  il  eft  inutile  d'ajouter  qu'il  connut  la  caufe  des 
tclipfes. 

Il  paroîtrùit  que  Zenon  avoir  remarque,  ou  du  moins  connu  l'inclinaifon 
de  l'orbite  de  la  lune  à  l'égard  de  l'écliptique  :  car  il  difoit  que  fa  latitude  la 
portoit  tintôt  au  nord,  tantôt  au  fud.  Lackudinejuâ  modo  ai  aujirakm,  modo 
ad  feptentrionckm  vergit  pLigam.  Movetur  ejus  lar.ltudo  per  ea  qut  média  funt 
in  liera  &  fcorpione  &  ariete  &  tauro  (c).  Il  fembleroit  même  que  par  cette 
dernière  phrafe  il  voulût  indiquer  quelque  poluion  des  nœuds  de  la  lune  ,  ou 
bien  les  fignes  de  l'écliptique  où  fe  trouvoient  de  fon  tems  les  plus  grandes 
latitudes. 

§.     VII. 

E  p  I  Cl?  R  E  ,  ce  philofophe  fi  fameux ,  n'avoit ,  dit-on  ,  fur  les  aftres  que 
des  opinions  trcs-abfurdes ,  opinions  que  Lucrèce  a  confervées  dans  fon 
poème.  Il  a  été  vivement  cenfuré  par  Clcomede  (i).  Epicure  penfoit  encore, 
comme  les  premiers  hommes  qui  ont  vu  le  foleil  &  la  lune  ,  que  ces  aftres 
ne  font  pas  plus  grands  qu'ils  ne  nous  le  paroilTent. 

2iec  nimio  folis  major  rota ,  nec  minor  ardor 
"EJfc  pote  fi,    noftris  quam  fcr.fihus  ejfc  vldetur. 


Lunaque  five  notko  fertur  loca  lumlne  luftrans , 
'  Sive  fuam  proprio  jaSat  de  corpore  lucem , 
Quidquid  id  eft ,  nihilo  fertur  majore  figura  , 
Quam  qui  ocuiis  nofiris  ,  quam   cernimus  efie  ,  videtur  (e). 

Il  feroit  encore  plus  étonnant  que  ces  idées  fufTent  du  tems  de  Lucrèce , 
il  l'eft  déjà  beaucoup  que  Lucrèce  les  ait  adoptées.  On  ajoute  qu'Epicure 
croyoit  que  le  foleil  s'allumoit  le  matin  ,  &  s'éteignoit  le  foir  dans  les  eaux 
de  l'océan  (/).  Epicure ,  poftérieur  à  Platon  &  à  Eudoxe ,  étoit  refté  dans 
la  première  enfance  de  raftronomie.  On  fait  que  c'eft:  lui  qui  a  confervé  Se 
rendu  célèbre  le  fyftème  des  arômes  de  Leucipe  &  de  Dimocrite. 


(a)  Srobée.  (d)  De  Mundo  ,  Lib.  II,  p.  i. 

{  i  )  Laerce.  (  e  )  Lucrct.  de  rerum  nat.  Lib.  V,  V.  J  6j, 

Veidier,  p.  io6.  575. 

(  c  )  Stobée.  .  (/)  Vortius,  de  fe^is  pkil.  c.  8  ,  §.  14. 


4^4  Ë  C  L  A  I  R  C  I  S  S  E  M  EN  S 

§.    VIII. 

Philippe  Medmsus ,  ne  à  Medeme ,  ville  de  Calabre ,  fut  difciple  as 
Platon.  Il  obferva  dans  la  Locride'  &  dans  le  Peloponefe  (12).  Il  y  a  apparence 
qu'il  avoit  dreffé  un  calendiier  pour  (on  tems  j  il  eft  certain  du  moins  qu'il 
efl:  cite  par  Hipparque,  Genùnus  &  Ptolémée  [b).  On  peut  croire  nicme 
qu'il  avoit  indiqué  particulièrement  les  changemens  des  faifons ,  &  les  intem- 
péries de  l'air  qui  accompagnoient  les  levers  &  les  couchers  des  étoiles  (c). 

§.     I  X. 

Hipparque  dit  {d)  que  Philippe,  ainfi  qu'Eudoxe,  avoit  établi  que  la 
partie  du  tropique  qui  eft  au-defTus  de  l'horifon ,  eft  à  celle  qui  eft  au  deflous , 
dans  le  rapport  de  12  à  7.  Ce  rapport  fuppofe  que  la  longueur  du  plus  long 
jour  d'été  étoit  de  15'^  9',  ce  qui  ne  convient  qu'à  une  latitude  de  41",  &C 
non  à  une  latitude  de  37  ou  38°  comme  celle  de  la  Locride  &  du  Pelopo- 
nefe ,  où  le  plus  long  jour  ne  pouvoir  être  que  d'environ  14''  40'.  D'où  il 
paroîtroit  s'enfuivre  que  ces  deux  aftronômes  ont  fait  l'obfervation  fous  le 
parallèle  de  41°,  fi  l'on  pouvoir  penfer  qu'elle  a  été  faite  avec  exaétitude  , 
c'eft-à-dire ,  qu'ils  aient  eu  des  moyens  de  mefurer  d'une  manière  précife 
l'intervalle  du  lever  du  foleil  à  fon  coucher.  Mais  les  clepfidres ,  quoique 
plus  anciennes  en  Egypte  ,  n'étoient  pas  à  peine  connues  dans  la  Grèce  ;  on 
voit  que  Platon  palfoit  pour  en  être  l'inventeur.  Il  eft  difficile  de  croire  que 
l'ufage  en  fut  fort  étendu,  &:  il  eft  encore  plus  douteux  qu'elles  fuftent  affez 
exades  pour  mefurer  la  longueur  d'un  jour.  Les  cadrans  folaires  n'étoient 
pas  plus  propres  à  cette  mefure  ;  parce  qu'ils  ne  marquent  pas  bien  aux  en- 
virons du  lever  ôC  du  coucher  du  foleil.  C'eft  fans  doute  pour  n'avoir  em- 
ployé que  l'un  de  ces  moyens  ,  que  les  deux  aftronômes  fe  font  trompés 
d'une  demi-heure  fur  la  durée  du  plus  long  jour ,  5c  par  conféquenr  d.ans  la 
proportion  qu'ils  ont  allignée.  La  durée  du  jour  de  14^  40'  leur  auroit  donné 
ia  proportion  de  11  à  7 ,  &  non  pas  celle  de  1 1  à  7. 

pline  remarque  que  Philippe  a  été  d'accord  avec  un  grand  nombre  d'aftro- 
nômes,  tels  que  Dofithée,  Dcmocrite  ,  Eudoxe  ,  &c.  à  fixer  le  lever  de  la 
chèvre  au  4""-*  des  calendes  d'Ocliobre,  c'eft-à-dire,  au  18  Septembre  (c). 


{a)  Ptolémée  ,  de  afpareraiis  ,  p.  93.  (d)  Comment,  fur  Aratus ,  Lib.  I.  §.  j. 

(  i  )  V.  les  anciens  calendtiers ,  in  Unzn.  (  c  )  Pline  ,  Lib.  XYIH  ,  p.ig.  3 1 . 

( c  j  Ptolémée ,  ibidem,  pa;j.   71,   73.  VciJkr,  p.  m. 

11 


ASTRONOMIQUES.  4^5 

Il  faut  obferver  que  c'eft  par  erreur  fi  Pline  &  Veùller  ont  marqué  ce  lever 
au  matin  ,  c'eft  le  lever  achronique  ou  du  foir  dont  il  doit  erre  ici  queftion. 
Ecienne  de  Byfance  (a)  rapporte  que  Philippe  avoir  compofé  un  ouvra<Te 
fur  les  vents.  Vûflîus  {/>)  conjecShire  avec  affcz  de  vraifemblance  qu'il  y  prc- 
difoit  les  vents  par  l'ctat  du  ciel,  c'eft  à-dire,  par  les  levers  &  les  couchera 
des  étoiles. 

§.     X. 

CALiprE  ,  dont  nous  avons  parlé  à  l'occafion  de  la  période  qui  porte  fou 
nom,  obferva  aux  environs  de  rHellefpont  les  apparences,  c'eft-à-dire,  les 
levers  &  les  couchers  des  étoiles ,  comme  on  le  voit  p'ar  les  calendriers  de 
Geminus  &  de  Ptolémée  (c).  11  étoit  difciple  de  Polemarque,  &  ils  allèrent 
enfemble  conférer  avec  Ariftote  fur  les  hypothefes  &  les  fpheres  d'Eudoxe, 
auxquelles  ils  firent  quelques  correélions.  Nous  en  avons  p^rlé  plus  haut  [d). 

La  période  de  Calippe.  de  76  ans  répond  précifément  au  cycle  limaire 
combiné  avec  les  années  juliennes  :  car  y^î  de  ces  années  forment  une  pé- 
riode calippique  ,  &  l'anricipaàon  de  la  lune  eft  la  même  dans  i'un  &  dans 
l'autre  calendrier. 

§.     XI. 

AuToticus  de  Pitanée  dans  l'Eolie  ,  aujourd'hui  les  îles  de  Lipari,  fuC 
en  réputation  vers  la  1 10™*  olympiade  ,  c'eft-à-dire  l'an  336  avant  J.  C.  (c) 
Il  paroîr,  par  unpalfage  deSimplicius  (/),  qu'il  fit  quelques  fuppofuions  pour 
expliquer  les  mouvemens  des  aftres,  ou  qu'il  ajouta  quelque  chofe  aux 
théories  d'Eudoxe.  Il  nous  refte  de  lui  deux  ouvrages ,  l'un  intitulé  :  de  la. 
fphere  en  mouvement  ^  l'autre ,  du  lever  &  du  coucher  des  étoiles  fixes. 

§.     XII. 

E  u  D  E  M  E  de  Rhodes  ,  difciple  d'Ariftote  ,  paroîr  s'être  appliqué  particu- 
lièrement à  l'Aflronomie.  On  fait  qu'il  avoir  prédit  une  éclipfe  (5  )  ;  c'étoic 
alors  une  preuve  d'habileté  dans  ce  genre.  Eudeme  avoir  fait  une  hiftoire  de 
l'Aftronomle  que  nous  regrertons  ,  quoique  nous  ayons  lieu  de  croire  que 
cette  hiftoire  n'étoit  qu'un  abrégé  (A  ).  Le  paffage  que  nous  tranfcrirons  plus 


{a)  Dans  Ton  DicV.   au  mor  Mî^V»,  {f)S\m-(Y\c\MS,L.\l,decœlo:,Comm..^6, 

{b)   De  fcient.   Mathemat.  p.  5 53»  {g)  Ibidem. 

(  c  )  7/2  V ranologion.  (A  )  Simplicius ,  en  parlant  de  cet  Hifto- 

(if)  Supra  ,    Liv.  IX  ,  §.  8.  rien,  dit  plulîeurs  fois  :  Euaimus  brcviter 

le)  Diogencs-Laerce ,  Lib.  IV  ,  p-  î?.       narrayit  ,  &c,  de  cœlo  ^  L.  II ,  Comm.  46. 

N  n  n 


4^<f  ÉCLAIRCISSEMENS 

bas  n'en  donne  pas  une  grande  idée.  Il  avoic  auffi  fait  une  Iiiftoire  de  la  géo- 
inétrie  {a)  j  elle  eft  également  perdue.  On  croit  que  Proclus  en  a  confervé 
beaucoup  de  chofes  dans  fes  commenraires  fur  le  premier  livre  d'Euclide  [b). 

Voici  le  partage  de  riiiftoire  de  rAfbronomie  d'Eudeme  que  l'évtque  A  na- 
tolius  (c)  nous  a  confervé  ,  &  que  Fabricius  a  inféré  dans  fa  bibliodieque 
grecque  {d). 

j5  Qui  eft-ce  qui  a  fait  des  découvertes  dans  les  mathématiques  ?Eudeme 
>j  raconte  dans  fon  aftrologie  qu'(Snopides  trouva  le  premier  la  bande  du 
s>  zodiaque  &  la  durée  de  la  grande  année.  Thaïes  trouva  les  périodes  des 
i>  écllpfes  ,  qui  n'arrivent  pas  toujours  à  des  intervalles  égaux.  Anaximandre 
»  trouva  que  la  terre  eft  un  météore  ,  &  fe  meut  autour  du  centre  du 
»  monde  y  Anaximenes ,  que  la  lune  eft  éclairée  par  le  foleil ,  Se  qu'elle  s'é- 
)>  clipfe  quand  cette  lumière  lui  manque.  Les  autres  y  ont  aiouté  d'autres 
>j  découvertes.  Les  étoiles  fixes  fe  meuvent  à  l'entour  de  l'axe  qui  va 
)5  d'un  pôle  à  l'autre ,  les  planètes  p.utour  de  l'axe  qui  eft  perpendiculaire 
»  au  zodiaque.  Ces  deux  axes  des  étoiles  &  des  planètes  font  éloignés  en-, 
j>  tr'eux  de  la  1 5^"^'  partie  d'un  cercle  ,  ou  de  14  parties  («)  ». 

Si  l'hiftoire  d'Eudeme  étoit  de  ce  goût,  elle  étoit  fort  mal  digérée.  Il  rap- 
porte dans  quelques  lignes  les  progrès  de  l'Artronomie  grecque  depuis  Thaïes 
iufqu'à  fon  tems.  On  peut  croire  à  la  vérité  que  ce  paflage  n'eft  qu'une  réca- 
pitulation ,  un  fommaire.  Mais  les  découvertes  font- elles  bien  attribuées  à 
leurs  véritables  auteurs  ?  Quelle  apparence,  pour  ne  pas  difcuter  tout  le  refte  , 
que  celui  qui  a  connu  l^s  périodes  des  retours  des  écllpfes ,  en  ait  ignoré  la 
caufe  ?  Cette  invention  ,  ou  du  moins  cette  connoiirance  a  donc  appartenu 
primitivement  à  Thaïes ,  &  enfuite  à  Anaximenes.  Il  faut  convenir  que 
l'hiftoire  des  progrès  d'une  fcience  devoir  être  bien  difficile  à  faire  dans  un 
tems  où  les  livres  étoient  rares  ;  il  falloir  entendre  les  auteurs  mêmes  des 
découvertes ,  ou  écrire  fur  des  oui-dire.  Nous  avons  rapporté  ce  morceau  à 
caufe  de  fon  antiquité ,  Se  comme  appartenant  à  l'hiftoire  de  l'Aftronomie. 

§.     X  I  I  L 

Apollonius-Mindien  &  Epigenes  furent  des  aftronômes  furlefquels  les 


(a)    Commentarium  Eutocii    in  Arcki-  bus    hiftorit,  pkiiofopk.   Lib.  I  ,    c.    15. 

mcd.    Dimenf.  cîrcul.  Wallis  ,  Tome   III  ,  {c)  Evcque  de  Laodicce  dans  \i  V  lîecle. 

pag.  547.  {d)  Lib.   III ,  c.  11  ,  pag.  17S. 

(  ô  )  Diogenes-Lacrce ,  in  Vita  Thalctis.  (  c  )  Le  paflage  grec  orij^inal  j  fc  trouve 

foye:^  auffi  Jo.  Jonfius  ,    de   Scriptori-  aufli  dans  Ycidler,  p.  iij. 


ASTRONOMIQUES.  4(^7 

hifloricns  ne  nous  on:  lallfc  aucun  dctail.  Scneque  les  cite  avec  cloge  [a).  Il 
die  qu'ils  avoient  appris  l'AiIronomie  des  Chaldcens ,  Se  il  dit  en  particulier 
d'Apollonius  qu'il  étoic  très-habile  dans  l'art  d'obferver  les  phénomènes  de 
la  nature.  Scneque  rapporte  d'après  eu:i  les  opinions  des  Chaldéens  fur  la 
nature  -des  conietes  j  opinions  que  nous  avons  données  dans  l'Aftronomie 
des  Chaldéens  {t).  Pline  (c)  cite  Epigenes  comme  un  auteur  grave ,  en  difant 
qu'il  avoit  trouvé  à  Eabylone  une  fuite  d'obfervations  gravées  fur  des  briques 
faites  pendant  yzo  ans,  c'eft-à-dire,  pendant  yzoooo  anaécs,  fuivant  la  vé- 
ritable leçon  de  i-line.  Voilà  tout  ce  qu'on  en  fait  ;  on  ignore  en  quel  tems 
ils  ont  vécu  l'un  &c  l'autre.  Comme  Séneque  les  cite  enfemble  ,  on  les  a  cru 
du  même  fiecle  ;  ce  qui  ne  nous  paroît  pas  une  conclufion  bien  certaine. 
Flamileed  place  Epigenes  {d)  au  nombre  des  aRronômes  du  premier  fiecle 
de  l'ère  chrétienne  :  mais  les  preuves  ne  font  pas  fuffifantes.  M.  Giberc 
penfoit  qu'Epigenes  avoit  vécu  fous  Ptolemée  Philadelphe  ,  &  par  le  calcul 
que  nous  avons  rapporté  (  e  ) ,  calcul  qui  eft  très-probable ,  on  peut  croire  qu'il 
a  vécu  60  ans  environ  après  la  prife  de  Babylone  par  Alexandre ,  &  par  con- 
féquent  2.6}  ans  avant  J.  C. 

y.       XIV. 

M.  Veildcr  fait  mention  de  plufieurs  aftronômes  defquels  on  ne  connoîc 
gueres  que  les  noms.  Nous  les  placerons  comme  lui  à  cette  époque  ,  c'eft-à- 
dire  ,  vers  1  ou  3  fiecles  avant  J.  C.  Aphrodifius  qui  faifoit  l'année  folaire  de 
5*^5'  3"  (/)•  Charimander  qui  avoit  compoféun  ouvrage  fur  les  comètes,  où 
il  en  cite  une ,  qui  ayant  la  forme  d'une  longue  poutre ,  brilla  plufieurs  jours  , 
Se  fut  vue  par  Anaxagore  {g).  On  défignoit  alors  les  comètes  à  longue 
queue ,  par  la  forme  d'une  poutre.  Artémidore  qui  eft  cité  par  Séneque  {h).  Le 
philofophe  rapporte  d'après  l'aftronôme  que  les  cinq  planètes  ne  font  pas  les 
feules  étoiles  qui  ayent  du  mouvement ,  mais  les  feules  qui  ayent  été  ob- 
fervées  ;  qu'il  y  en  avoit  un  grand  nombre  qui  nous  écoient  inconnues,  ou  pat 
le  peu  d'intenfité  de  leur  lumière  ,  ou  parce  que  leur  orbite  étoit  tellement 
placée  qu'elles  ne  pouvoient  être  vifibles  que  lorqu'elles  fe  trouvoient  dans 
l'extrémité  de  cette  orbite.  D'où  il  arrive  que  des  étoiles ,  nouvelles  pour 


(  a  )  Quift.  nat.  Lib.  VII,  c.  3.  (  e  )  Supra ,  Éclair.  Llv.  IV,  §.  11. 

(i)  Sz/^rà ,  Éclair.  Liv.  IV,  §.  43.  (/)  Cciiforin,  c.jis. 

(c)Lib.  II,  c.  y6.  (^  )  Sencc.  Qu*^.  rnjr.  VII  ,  c.  j. 

(  </  )  Flamftecdj  in  proleg.  hijl.  c«l.  p.  (f.  \k)  Idem  ,  c,  15. 


Nn  n 


4(îS  ÉCLAIRCISSEMENS 

nous ,  paroiiïent  fe  mouvoir  à  travers  les  étoiles  fixes ,  &  bt iller  d'uiie  lu-* 
miere  plus  grande  que  les  étoiles  mêmes.  Ce  feroit  abfoUiment  la  même 
opinion  qu'Apollonius  -  Mindien  avoit  puifée  chez  les  Chaldéens ,  fi  l'on 
pouvoit  croire  qu'Artemidore  parloir  des  comètes  5  mais  il  paroît  par  le 
piiïage  de  Séneque  que  cet  aftronôme  ,  pour  favorifer  l'opinion  de  quelques 
anciens  qui  faifoient  naîtte  les  comètes  de  la  rencontre  de  deux  planètes  , 
fuppofoit  que  le  nombre  des  planètes  étoit  beaucoup  plus  grand  qu'on  ne 
pcnfoit,  qu'il  y  en  avoit  d'invifibles  qui  nous  fon:  cachées  dans  la  plus  longue 
partie  de  leurs  cours.  Cela  relfemble  beaucoup  aux  comètes ,  &  il  eût  cte 
beaucoup  plus  fimple  de  leur  appliquer  cette  idée ,  que  de  créer  exprès  des 
planètes  chimériques  pour  les  produire. 

L'objet  d'Artémidore  étoit  de  répondre  à  ceux  qui  difoient  que  les  co- 
mètes n'étoient  pas  produites  par  la  rencontre  des  planètes  ,  puifque  le 
nombre  de  ces  planètes  ne  fuffiroit  pas  aux  apparitions  fréquentes  des  co- 
mètes ,  puifque  d'ailleurs  toures  les  planètes  onr  été  vues  ,  &:  dans  des 
parties  du  ciel  fort  éloignées  ,  dans  le  tems  même  de  l'apparition  d'une  co- 
mète. Séneque  fe  mocque  avec  raifon  de  la  phyfique  d'Artémidore  qui  fa- 
briquoit  les  cieux  d'atomes  raflemblés  ,  &  durcis  en  forme  de  tou.  11  y 
faifoir  des  fenêtres  par  où  le  feu  extérieur  fe  répandoit  fur  la  terre. 

M.  Veidler  (a)  parle  encore  a'un  certain  Hélicon  auquel  Suidas  (/■)  attribue 
deux  ouvrages  ,  l'un  des  figues  des  changemens  de  tems  ,  &  l'autre  intitulé 

Arrêtés  Dyrrachinus ,  cité  par  Cenforin ,  ne  fut  connu  que  pour  avoir 
établi  la  grande  année  de  5551  ans  (c). 

§.    X  V, 

Nous  allons  réunir  ici  les  grandes  années  dont  les  anciens  auteurs  ont 
fait  mention,  en  omettant  celles  des  Chaldéens  &  des  Grecs  dont  nous  avons 
fufl-ifamment  p.irlé.  Cenforin  (d)  cite  la  grnnde  année  d'Ariftarque  de  2484 
ans.  Nous  croyons  avoir  deviné  l'objet  de  cette  grande  année  ,  nous  dirons 
nos  conjedures  à  cet  égard  dans  la  première  partie  de  notre  hiftoire  mo- 
derne de  l'Aftronomie.  Nous  n'avons  pu  deviner  quelles  écoient  les  révolu- 
tions contenues  dans  la  grande  année  dArretès  Dyrrachinus  de  5552  ans. 


{u)   Pag.    118.  (t)  CcuCoriii,  c.   iS. 

(  ^ )  Au  moi  Hdicon,  ^u)  liidcm. 


ASTRONOMIQUES.  ^60 

Celle  d'Heraclite  Se  de  Liiius  de  1 0800  ans  (  a  )  paroît  évidemment  un  mul- 
tiple de  la  période  orientale  de  3600  ans.  On  cire  la  grande  année  d'Orphée 
de  910  ou  de  1 10  ans  (  i)  :  cette  dernière  eft  la  période  de  l'intercalacioii 
des  Perfesjcelle  de  Dion  de  99S4  (c),  enfin  celle  de  Cafïlrndrede  ^6oco3.ns. 
Cenforin  ajoute  que  d'autres  ont  penfc  que  cette  grande  année  étoit  infinie , 
&  ne  revenoit  jamais.  Ainfi  dès-lors  on  foupçonnoit  l'incommenfurabilitc 
des  mouvcmens  céleftes. 

Plutarque  [a]  cite  une  grande  année  de  Diogenes  de  5(^5  ans, qui  eft  évi- 
demment la  même  que  celle  d'Aphrodifuis  de  5^5  ans  3  mois.Saumaifs  (e)  a. 
fûupçonné  que  la  période  de  J4.61  ans  des  Egyptiens  étoit  partagée  en  4  par- 
ties j  &  alors  la  grande  année  de  55^  ans  3  mois  éroit  une  efpece  de  pé- 
riode qui  marquoit  l'intervalle  où  une  faifon  avoir  pris  la  place  d'une  antre, 
où  le  premier  jour  de  l'année  vague  d'abord  au  commencement  de  l'été, 
avoit  palféau  commencement  du  printems  ,  &  fuccelîîvement. 

Plutarque  cite  encore  deux  autres  grandes  années,  l'une  de  77<j7  ans  donc 
l'objet  nous  eft  inconnu ,  l'autre  de  1 8000  ans  attribuée  à  Heraclite  qui  pour- 
roit  bien  être  une  période  du  mouvement  des  fixes  où  ce  mouvement  feroic 
fuppofé  d'un  degré  en  50  ans.  Riccioli  (/)  fait  mention  de  quelques  autres 
grandes  années  ,  l'une  de  3  000  ans  qui  pourroit  bien  être  luni-folaire  &  com- 
poféede  cinqpériodesde  600  ans  ;  les  deux  autres  de  1 5  oqo  {§)  Se  de  18000 
ans ,  qui  pourroient  bien  appartenir  à  la  révolution  des  fixes.  La  première 
fuppoferoit  le  mouvement  des  étoiles  d'un  degré  en  41  ans  environ  :  la  fé- 
conde également  d'un  degré  en  77  ou  78  ans.  On  en  trouve  encore  une  de 
11954  années  folftiriales  ((^) ,  dont  nous  ne  foupçonnons  point  l'origine.  M. 
de  la  Nauze  (/)  dans  les  mémoires  de  l'académ.ie  des  infcriptions  Se  belles- 
lettres  ,  rapporre  quelques  autres  grandes  années  que  nous  allons  tranfcrire 
ici.  Dion  10SS4,  Diogenes  6570000  ,  Plaron  i  loco  qui  font  évidemment 
la  révolution  des  1000  ans  que  les  Perfes  aîtribuoient  à  chaque  figne  du  zo- 
diaque; Sextus  Empiricus  ,  9977  ^  Nicetas  Choniate  ,175  5100. 


(a)  E.iccioli  die  9987-  (d)  De  placit.  philof.  Lib.  II,  c.   31. 

(â)   Il   eft  rn?ic;iié   en  chiffre    romain  (s)  Exerch.  PlL-iians..  ^.  350. 

CMXX  ,  &   dans   les    notes  grammaticales  (/}  Tora.  I,  pag.   i;o. 

cxx  Ciceron ,  de  ait.  Deorum. 

Riccioli  dit  liOGO  ans.  (  g  )   Macrobe  ,  fom,i.  Sciplon.  Lib,  II» 

(c  )  En  cbitfre   romain  xmccïixxciv,       c.   ii. 

&   dans    les    notes    on    trouve    x  1 1 1,  («J   Susià^ ,  ad  ^neid.  !il. 

DCcccLxxxiv  &  xMCDxxciv,  Excrcit.  piiniar.s. ,  ^.  190. 

Riccioli  ditj^94.  (i)  Tome  XXIII,  p.  90. 


47'3  É  C  L  A  I  R  C  I  S  S  E  M  E  N  S 

,  §.    X  V  I. 

On  trouve  dans  Achilles  Tatias  (a)  trois  grandes  périodes  relatives  à  fa- 
nirne ,  à  jupirer  &  à  mars  ,  qui  font  bien  fmgulieres.  Il  établit  à  l'égard  de  ces 
planètes  deux  efpeces  de  révolutions.  L'une  qui  ramené  la  planète  au  même 
figue  ,  l'autre  au  même  point.  La  première  eft  pour  faturne  ,  en  nombres 
ronds  ,de  30  ans  ;  pour  Jupiter,  de  1 1  ans  ;  pour  mars  ,  de  1  ans.  Mais  la 
féconde  eft  pour  faturne  ,  de  j  50(^3  5  ans;  pour  Jupiter,  de  i  -  06  lo  -^  enfin  , 
pour  mars ,  de  i  zocoo  ans.  Quand  Achilles  Tatius  nous  dit  qu'il  faut  3  o  ans 
pour  que  faturne  revienne  au  inême  figne ,  il  entend  très-certainement  fa 
révolution  à  l'égard  du  même  degré  de  l'écliptique.  Quand  il  dit  enfuite 
qu'il  lui  faut  3  5  06}  5  ans  pour  revenir  au  même  point ,  il  entend  fans  doute 
au  même  point  d'un  autre  cercle  que  l'écliptique ,  &  peut-être  eft-ce  au  même 
point  de  l'orbite  de  faturne.  Alors  les  3  5  0(^3  5  années  feroient  le  produit  de 
la  révokuion  de  faturne  par  la  révolution  de  fon  aphélie ,  &  on  en  pourroic 
déduire  que  dans  le  tems  où  cette  période  fut  établie  ,  on  croyoit  que  l'a- 
phelie  de  faturne  avoit  un  mouvement  de  3°  4'  37"  en  100  ans  (^).  On 
trouveroit  de  même  ce  mouvement  pour  Jupiter  ,  de  2°  3  2.'  7"  j  &  pour 
mars  ,  de  34'  zo"  feulement.  Mais  il  ne  nous  paroît  nullement  croyable  ques 
le  mouvement  de  l'aphélie  des  planètes  ait  été  découvert  avant  l'école  d'A-< 
lexandrie  ,  dont  les  aftronômes  mêmes  n'ont  point  connu  cette  efpece  do 
mouvement ,  fi  ce  n'eft  celui  de  l'apogée  de  la  lune.  Ce  mouvement  ne  pou-^ 
voit  être  apperçu  des  anciens  qui  n'àvoient  point  débrouillé  la  théorie  des 
planètes  ,  laquelle  a  été  fi  longtems  affeétée  des  faulfes  apparences  de  leurs 
mouvemens ,  à  moins  qu'on  ne  fuppofe  que  cette  connoiiTance  appartienne 
à  cette  Aftronomie  ancienne  dont  il  ne  nous  refte  que  des  vertiges.  Mais  ,  en 
fuppofant  qu'il  n'eft  pas  queftion  ici  du  mouvement  de  l'aphélie ,  que 
fignifieront  ces  trois  longues  révolutions ,  dont  Achilles  Tatius  fait  men- 
tion ?  C'eft  un  problême  que  nous  laifTons  à  réfoadre  aux  aftronômes  , 
dont  aucun  jufqu'ici  n'a ,  ce  femble ,  fait  attention  à  ces  fingulieres  pério- 
des. 


(a)  Voici  le  texte  :  Rursùs  prima  om-  (i)   5Jo6j5    divifés   par  19  années  ju- 

nium  faturni  ftella  ah  uno  ftgno  ad  idem  ,  lienncs  ,  &  174  jours  ,  donnent  1 1740  ans. 

ut   minus  accuraù  dicam  &    ■platice  ,    in.  pour  la  révolution  de  l'aphélie ,   qui  feroic 

annis  triginta   revertitur  :   ah    eodcm  vero  par  conféquent  de  3*4'    37"  en  cent  ans. 

puncioad  idem  punâum  ,  in  annis  jjofijj  ,  Mais  le  mouvement  de  cet  aphélie  eft  plus 

ifç,  ç.   18.  p.  157.  lent,  5c  n'eft  que  d'un  peu  plus  de  %°. 


ASTRONOMIQUES.  471 

§.     X-V  1  I. 

Nous  avons  dit  que  Pithéas ,  aftronôme  grec  ,  de  MarfelUe  ,  fat  obfer- 
rateur.  En  effet  Hipparque  le  cite  pour  l'oppofer  à  Eudoxe,  qui  avoit  dit  que 
l'on  voyoit  au  pôle  du  monde  une  étoile  immobile.  Hipparque  croyoit  que 
c'étoit  une  erreur  d'Eudoxe  ,  parce  qu'il  ighoroit  alors  que  les  étoiles  chan- 
geoient  de  place  ;  l'étoile  qui  étoit  près  du  pôle  ,  1400  ans  avant  J.  C. ,  n'y 
ttoit  plus  du  tems  de  Pitliéas ,  ni  du  rems  d'Hypparque.  Pithéas  remarque 
qu'il  n'y  en  a  point  au  pôle  même ,  mais  que  le  lieu  du  pôle  fait  un  carré  avec 
trois  étoiles  voilînes  {n), 

M.  Freret  imagine  que  ces  trois  étoiles  font  a  &  «  du  dragon  &  /S  de 
la  pente  ourfe  {i).  11  y  avoit  cependant  alors  l'éroile  placée  au  mufle  de  la 
girafte,  qui  devoir  être  fort  près  du  pôle  {c)  ;  mais  elle  n'eft:  que  de  la  cin- 
quième grandeur. 

§.    X  V  I  I  I. 

A  l'égard  de  l'obfervation  de  l'obliquité  de  l'écllptique  de  Pithéas  ,  nous 
ftvons  dit  qu'on  avoit  établi  entre  la  longueur  de  l'ombre  &  la  hauteur  du 
gnomon  la  même  proportion  à  Marfeille  qu'à  Byfance  ,  celle  de  1 20  à  41  |. 
En  conféquence  on  trouve  par  le  calcul  que  la  hauteur  du  centre  du  foleil 
étoit  donc  alors  de  70"  31',  d'où  retranchant  la  hauteur  de  l'équateur  à  Mar- 
feille 46°  41' ,  connue  par  les  obfervations  modernes  ,  reftent  25°  50'  pour 
la  diftance  du  foleil  à  l'équateur, c'eft-à-dire,  pour  l'obliquité  de  l'écliptique. 
Cette  obfervation  paroît  fort  exaéte,  mais  il  y  a  une  circonftance  qui  la  rend 
doureufe  ,  c'eft  d'avoir  dit  que  la  proportion  de  l'ombre ,  à  la  hauteur  du 
gnomon, éroit  la  même  à  Marfeille  qu'à  Byfance  j  ce  qui  eft  faux.  Il  y  a  une 
différence  fi  fenfible  ,  que  ,  fi  l'obfervation  avoit  été  faite  à  Byfance ,  on  n'en 
déduiroit  l'obliquité  de  l'écliptique  que  de  2  i°y  environ.  Cette  circonftance 
ôte  à  l'obfervation  toute  fon  authenticité  j  fur-tout  en  examinant  la  manière 
donr  Strabon  la  rapporte.  Il  dit  d'abord  que  ,  félon  Eratofthenes  (  d)  &  félon 
Hypparque  qui  a  fuivi  Pithéas  (e) ,  la  proportion  de  l'ombre  à  la  hauteur  du 


(a)  Hypparque,   Comment,    fur   Ara-  velias.  Cette  étoile  avoir  en   i<!6o  3'   14* 

tus,  Lib.  I,  p.  179.  4;'  de  longitude,   &  64°   1 2. '  de  latitude 

(i)  Freret,  détecfe  delà  Chronologie,  boréale, 

pag.  448.  (d)  Strabon,  Géogr.  Lib.  I,p.  (îj. 

(  c )  Plamfteed  ,  Tom.  III ,  Caial.  dHc-  ( e )  Idem ,  Lib.  II ',  p.  7 1 . 


47i  É  C  L  A  î  R  C  I  S  S  E  M  E  N  S 

gnomon  eft  la  même  à  Marfeille  qu'à  Byfance.  11  di:  ailleiiis  (a)  qu'au  folftîce 
d'été  cette  proportion  à  Byfance  efl:  celle  de  izo  à  41  *•  Ilfemble  réfulter  de 
là  que  l'obfervation  a  été  faite  à  Byfance,  &  par  conféquenc  très-mal ,  puif- 
qu  elle  donne  une  obliquité  de  l'écliptique  fi  éloignée  de  la  véritable.  C'eft 
pourquoi  les  partifans  de  la  diminution  de  l'obliquité  de  l'écliptique  n'en 
peuvent  pas  tirer  un  grand  avantage.  Cependant  cette  obfervation  paroît 
faite  avec  tant  de  foin  Se  de  précifion  ,  qu'il  eft  difficile  de  croire  qu'elle  foie 
fî  défeétueufe.  Car  en  fuppofant  l'obliquité  de  13°  30',  la  hauteur  de  l'é- 
quateur  à  Byfance  de  4  8°  59',  la  hauteur  du  bord  fupérieur  du  foleil,  dévoie 
être  de  72°  44' ,  &;  par  conféquent  la  proportion  de  l'ombre  à  la  hauteur  du 
gnomon  ,  celle  de  3  7  7'-  à  i  zo.  Il  eft  peu  probable  qu'un  obfervateur ,  capable 
de  fe  tromper  de  4  parties  { ,  eût  tenu  compte  du  cinquième  d'une  de  ces 
parties.  Il  eft  donc  difficile  de  croire  qu'elle  ait  été  faite  à  Byfance  j  maisaufli 
on  n'a  point  de  preuve  qu'elle  ait  été  faite  à  Marfeille ,  Se  par  Pithéas.  Nous 
fommes  portés  à  le  croire  j  cependant  des  préfomptions  ne  fuffifent  pas 
pour  une  conclufion  auffi  délicate  que  celle  de  la  diminution  de  l'obliquité  de 
l'écliptique.  Les  partifans  de  cette  diminution  ont  affez  de  preuves ,  en 
faveur  de  leur  fentiment ,  pour  fe  paffer  de  celle  qui  réfulteroit  de  l'obferva-i 
tion  de  Pithéas. 


(a)  Lib.  II,  pag.  134.  'Lo\xm\\z,  Dljfenaùo  de  mutabilitate  edip'* 

Voyc^^xn  Pidiéas.  tics,  Aciis   erud'u.  171  9. 

GalIcuJi  ,  Tom.  IV,   png,  513  &  531,           Boui;iiainvilli; ,  Mémoires  de  l'Acadéraic 

J.a  viia  Peireskii,  à~s  Inicriptiojis ,  Ton),  XIX, 


LIVRE 


ASTRONOMIQUES.  -^i^ 


ofy^juj^ 


LIVRE    NEUVIEME- 


—  -1» 

Des  conjitllations  t  du  y^odiaque  ^  ù  des  planifplieres  anciens, 
§.     Premier, 

JLii  o  u  s  nous  fommes  propofé  de  réunir  dans  ce  livre  tout  ce  qui  nous  refis 
de  connoiirance  des  divifîons  du  ciel  &C  du  zodiaque  par  les  anciens. 

La  nature  elle-même  a  enfeigné  à  clafler  les  étoiles.  Dans  le  nombre  d'é- 
toiles, donc  le  ciel  eft  parfemé  ,  il  y  a  certains  amas  qui  font  plus  rcv.ar- 
quables  ,  &  qui  ont  été  les  premières  conftellations.  De  là  il  eft  arrivé  que 
ces  conftellations  ont  été  reconnues  &  diftinguées  par  tous  les  peuples ,  igno- 
rans  &  éclaités  ,  comme  elles  le  font  encore  aujourd'hui  par  les  gens  de  la 
campagne  \  telles  font  la  grande  Se  la  petite  ourfes ,  connues  depuis  les  Egyp- 
tiens jufqu'à  nous  fous  le  nom  d'ourfes ,  de  grand  &  de  petit  chariot  ^  les 
pléiades ,  les  étoiles  de  la  tête  du  taureau ,  celles  de  la  conftellation  d'Orion  , 
les  deux  étoiles  des  gémeaux  ,  &c.  Différens  peuples  ont  donné  différens 
noms  à  ces  conftellations.  On  a  remarqué  que  les  Iroquois  {a  )  ont  nommé  les 
fept  étoiles  de  la  grande  ourfe  Okouari ,  c'eft-à-dire ,  l'ourfe ,  comme  on  avoic 
fait  anciennement  dans  le  nord  de  l'Afie.  Les  nations  qui  peuplent  les  bords 
du  fleuve  des  Amazones ,  appellent  auffi  les  hiades ,  ou  les  étoiles  de  la  tête 
du  taureau ,  M/j/ira  rayouba ,  du  nom  qui  fignihe  aujourd'hui  dans  leur  langue 
mâchoire  de  i>ceuf[l>).  Ces  faits  fembleroient  indiquer  une  ancienne  commu- 
nication avec  les  peuples  de  l'orient.  Le  P.  Laiîiceau  alTure  que  ces  noms 
font  antérieurs  à  l'arrivée  des  Européens  en  Amérique.  Certains  noms  ont 
eu  leur  fource  dans  une  relfemblance  remarquable.  Cette  longue  traînée 
blanche  ,  qui  partage  le  ciel ,  a  eu  chez  prefque  tous  les  peuples  des  noms 
analogues  aux  idées  qu'elle  a  fait  naître  j  mais  toutes  ces  idées  fe  réunifTent 
à  celle  de  chemin  j  partout  ce  grand  cercle  eft  défigné  par  cette  figure.  Les 
Grecs  l'ont  nommé  voie  ladée  (  c  )  •  les  Chinois  ,  le  fleuve  célefte  (  a*  )  •  plu- 


(a)   Mœurs   des   Sauvages,    par    k  P.  (c)  AtiHote  ,  de  Meteoro/og.  L.l,  c.  Jj.' 

Lafficeau  ,  Tome  II ,  page  1 3  tf  (d)  Soucier ,  T.  III ,  p.  5 1 ,  Manufc.  de 

{b)  M.  de  la  Condaminc  ,  Mémoires  ds  M.  de  Lifle  ,   n°.  149,  z.   10.  Ils  appelleas 

fAcadémie  des  Sciences,  174;,  p.  447.  ré.<juateur,  k  chemin  rouge,  iùid. 

O  00 


474  É  C  L  A  I  R  C  I  S  S  E  M  E  N  S 

fleurs  nations  l'ont  nommé  le  grand  chemin  (  i?  )  ^  les  faavages  de  l'Amérique 
Septentrionale  ,  le  chemin  des  âmes  {i  )  '■,  dans  la  langue  arabe  (c)  &  dans  la 
langue  [d)  copte  ou  égyptienne  ,  chemin  de  paille  ou  de  chaume  (e)  j  no$ 
payfans  l'appellent  le  chemin  de  faint  Jacques. 

§.     I  I. 

M.  GoGUET  (/)  penfe  que  les  étoiles  les  plus  voifines  du  pôle  ,  celles  qui 
ne  fe  couchent  jamais  en  Europe  &  en  Chaidée,ont  dû  être  les  premières  re- 
marquées à  caufe  de  la  perpétuité  de  leur  apparition.  Nous  en  avons  un 
exemple  à  la  Chine,  où  Yu-chi  remarqua  d'abord  l'étoile  polaire  &  les  conf- 
tellations  qui  l'environnent  [g),  On  aura  ainfi  diftingué  fucceffivement  la 
grande  ourfe  par  fes  fept  étoiles  remarquables  j  le  bouvier  ,  par  l'étoile  arc- 
turus ,  la  première  ,  qui  brille  dans  le  crépufcule  du  foir  -,  le  grand  chien ,  par 
firius  ,  l'étoile  la  plus  brillante  du  ciel  ;  Orion  ,  fi  frappant  par  fon  étendue 
&  par  le  nombre  des  belles  étoiles  qu'il  renferme  ,  les  pléiades,  aldebaran  ôC 
les  étoiles  de  la  têre  du  taureau  ,  le  fcorpion  ,  Sec.  Prefque  toutes  ces  conf- 
tellations  font  connues  des  fauvages  &  des  gens  de  la  campagne. 

§.     III. 

Les  étoiles  de  la  première  grandeur,  répandues  dans  les  différentes  parties 
du  ciel ,  attirèrent  enfuite  principalement  l'attention.  On  regarda  toutes  les 
petites  étoiles  voifines  comme  un  peuple  qui  les  environne  ,  ou  comme  un 
Troupeau  qui  leur  eft  foumis ,  &  on  les  nomma  rois  jchets  oupafteurs  (/;).  Dans 
le  livre  de  Job  il  eft  dit  :  conduire^-vous  l'étoile  polaire  avec  les  ajires  qui  font 
comme  fa  famille  (/)  ?  Les,  Chinois  appellent  encore  l'étoile  polaire  le  roi. 
Virgile  repréfente  le  pôle  fous  l'emblème  d'un  pafteur  j  polus  dùm  fidera 
pafcei  [k  ).  Un  certain  nombre  d'étoiles  plus  petites ,  réunies  à  une  ou  à  plu- 
fleurs  étoiles  de  la  première  grandeur  ,  ont  fait  ainfi  les  premières  conftella- 
tions.  On  peut  même  croire  qu'on  n'a  point  commencé  par  defllner  des 
figures  d'hommes ,  d'animaux  ou  d'autres  chofes  ,  pour  renfermer  ces  amas 


( a )  Commwit.  de  Hyde  fur  les  tables  de  {e)  Kirker,  (Sd'ip.  JEgypt  T. II,  p.  142 

Uluii-Bcg  ,  page  13.  (/)  Tom.  I,  pag.  3511. 

(  b  )  Mœurs  des  Sauvages  ,  T.  I,  p.  406.  (  g  )  Martini  ,  Tom.  I  ,  pag.  3  8, 

[c)  M.    Niebulir ,   defcription   de  l'A-  Supra,  Liv.  IV,  §.  il. 

labie  ,  page    1  00.  (  li  )  Hyde  ,  de  relig.  vet.  Pcrfarum  ,  C.  J< 

(d)  L'ancien  copte  eft  l'ancien  égyptien.       pag.  iz8. 

Les  Coptes  l'appellent  la  langue  de  Pharaon.  (  /  )  Job.  c.  XXXVIII,  v.  51. 

M.  Nkbuhr,  defcription  de  l'Arabie,  p.  7?-  (  *•■  )  iEncïd,  Lib.  I,  v.  61:. 


A  s  T  Ft  0  N  O  M  I  Q  U  E  s.  1^75 

"d'étoiles.  En  traçant  fur  le  papier  l'arrangement  des  étoiles  qui  compofoienc 
une  conftellarion  ,  on  aura  lié  ces  étoiles  par  des  lignes  tirées  de  l'une  à 
l'autre.  C'efl:  ainfi  que  les  Indiens  deflinent  leurs  conftellations  (  a  ).  Nous 
avons  vu  fur  le  manufcrit  de  M.  le  Gentil  les  figures  des  28  conftellations  in- 
diennes, tracées  de  la  main  même  du  Brame  interprète  j  les  étoiles  v  font 
jomtes  par  cits  lignes.  C'eft  encore  l'ufage  des  Chinois.  Us  ont  donné  des 
ïioms  &  des  figures  aux  conftellations  ;  mais  ces  figuresjie  font  point  tracées 
fur  leurs  planifpheres  ;  on  n'y  voit  que  des  lignes  qui  fervent  à  joindre  les 
étoiles  les  unes  aux  autres  [b  ).  M.  Goguet  penfe  même  que  l'on  aura  placé 
a  côté  des  conftellations ,  ainfi  deflînées  par  des  lignes  ,  le  nom  de  ces  conf- 
tellations écrit  en  caraéleres  hiérogliphiques  ;  il  eft  vraifemblable  qu'on  aura 
fini  par  deflîner  fur  la  conftellation  même  le  caractère  liiérogliphique,ou  la 
figure  qu'il  reptéfentoit ,  &  les  lignes  auront  été  fupprimées.  C'eft  ainfi  qu'on 
vint  à  attribuer  aux  conftellations  différens  noms  &  différentes  figures  qui 
furent  arbitraires  ,  mais  toujours  tirés  ou  des  produélions  &  des  animaux  du 
pays ,  ou  des  inftrumens  de  la  chafte  ,  du  labourage  &  de  la  vie  domeftique- 
Nous  croyons  ,  comme  nous  l'avons  dit ,  que  l'on  n'y  a  placé  des  hommes 
que  quand  l'altrologie  a  prétendu  que  leur  deftinée  étoit  écrite  dans  le  ciel. 

§•    I  V. 

Quand  on  eut  reconnu  que  la  lune  &  les  autres  planètes  ne  fortoienf 
jamais  d'une  zone  aftez  étroite,  que  les  Grecs  ont  nommée  le  zodiaque  ,  5' 
que  les  Chinois  appellent  le  chemin  jaune,  on  voulut  approfondir  ,  mefurec 
le  mouvement  des  aftres ,  &  on  fentit  qu'il  feroit  commode  de  partager  cette 
zone  en  intervalles  égaux.  Le  mouvement  rapide  de  la  lune  offrit  un  moyen 
siftez  facile  de  parvenir  à  cette  divifion.  Mais  comme  la  lune  décrit  le  zo- 
diaque en  i-î  8''  environ,  il  en  réfulta  une  difficulté  pour  ces  divifions.  Les 
uns  en  firent  18  ,  &  les  autres  felement  27.  On  donna  à,ces  divifions  le  nom 
de  maifons  ,  demeures  (c) ,  hôielkries  {i) ,  parce  qu'en  effet  la  lune  habitoit,  lo- 
geoit  dans  chacune  de  fes  divifions  pendant  un  jour,  &  que  ,  dans  le  voyage 
entier  du  zodiaque ,  ces  différentes  demeures  ou  hôtelleries  étoient  fes  habi- 
tations fucceifives.  On  les  défigna  par  les  belles  étoiles  qui  y  brilloient  j 
mais  comme  il  ne  s'y  en  rencontre  pas  toujours  ,  on  fut  obligé  d'en  aller 


(<î)M.  le  Gentil,  Méra.  Acad.  Se.  1771.  (<;)  Hyde  ,  furies  Tables  dUlug-Beg, 

(b)  Goguet,  Tom.  II,  pag.  40.  pag.  j  &:  30. 

BiaQchiui,  la5:or:<iun/vfr.  p.  4i3,fig.  30,  (a)  Gcguec,  Tom.  II ,  p.  407. 

G  0  o  ij 


jjyè  ÊCLAIRCISSEMENS 

chercher  hors  du  zodiaque,  &  de  choifir  les  pkis  voifines  pour  nommer  les 
divifions  qui  y  répondoient  j  on  fu:  même  quelquefois  cliercher  ces  étoiles 
aiïcz  loin  ,  carlafeizieme  conftellation  des  Indiens ,  qu'ils  appellent  wV/jaci? , 
eft  défignée  par  la  couronne  boréale  qui  a  plus  de  40°  de  Ltitude  (j)  ;  mais 
il  faut  obferver  que  la  clarté  de  la  lune  fait  difparoître  un  grand  nombre  d  e- 
toiles  j  &  fur-tout  celles  qui  font  dans  le  voifinage  de  Técliptique. 

§.    V. 

Cette  divifîon  du  zodiaque  a  été  très-  généralement  répandue  ,  S:  fut 
commune  à  prefque  tous  les  peuples  anciens.  Les  Chinois  ont  iS  conftella- 
tions  {l>)  'y  mais  le  mot  Chinois  ,fou  ,  ue  préfente  point  l'idée  d'un  groupe 
d'étoiles ,  nous  le  traduifons  par  le  mot  conftellation  j  il  ne  fignifij  réellement 
que  demeure  ,  hôcelxrie  (t).  Dans  la  langue  copte  ,  ou  dans  l'ancien  égyptien 
altéré,  le  mot  par  lequel  on  défigne  les  conRellarions  a  la  même  fignilîcation. 
Les  coptes  comptent  également  28  de  ces  conftellations  [d]:  on  retrouve  la 
même  divifion  chez  les  Arabes  (  e) ,  les  Perfes  (/)  ,  les  Chinois  {g)  Se  les 
Indiens  {h).  Il  ne  paroît  pas  qu'elle  ait  été  en  ufage  chez  les  Chaldéens  qui 
partageoient  le  zodi.iqne  en  1 1  fignes,&  qui  avoient d'ailleurs  douze conftel- 
lations  auftrales  &  amant  de  boréales  ,  à  l'égard  du  zodiique  (  i  )  ;  mais  aux 
Chaldéens  près ,  la  divifion  du  zodin.que  en  27  ou  28  parties  femble  avoif 
été  connue  de  tous  les  peuples  de  la  haute  antiquité.. 

§■    V  I. 

'  Les  Siamois  &  les  Indiens  n'en  comptent  que  27  (^).  Cependant  qitel- 
ques-uns  ont  fait  mention  d'une  28^™^  nommée  aUgitten  [/)  ,ce  mot  leu? 
fert  à  exprimer  la  lune  intercalaire  j  mais  on  pourroitxroire  auffi  qu'il  dé- 
/Igne  une  28*^'"^  conftellation  ,  parce  que  ces  27  conftellations  font  divifées 
en  quatre  parties ,  qui  ont  chacune  des  noms  difFérens  ,  &  que  cette  abioicten 
eft  également  divifée  en  quatre  parties.  De  plus,  ils  fe  fervent  des  conftel- 
lations pour  connoîcre  l'heure  la  nuit,  par  leur  place  dans  le  ciel,  vers  le  mé- 
ridien ou  l'horifon  (/;/) ,  &  leur  méthode  fuppofe  qu'ils  ont  2S  conft;ellations. 

{a)   Souciet ,  Tom.  I,  p   144.  (/)    Ztnd  Avcfta  ,  Tom.  II,  pag.   549. 

(  i  )  Ibidem,  p.  14?  {g  )  M(fmoitcs  de  l'Académie  des  Scicn» 

Mémoires   d:   l'Académie  des  Sciences,  ces  ,  Tora.  VI.'I ,  pag.  j  5  5. 

Tom    VIII  ,  ;  a;,   f  f  5 ,  (^  )  M.  le  Gentil ,  Mém.  Acad.  Se.  lyyt; 

(  c  )  Gogiiec,  loco  citato.  (  /  )  Supra  ,  Eclair.  Liv.  IV,  ^.  l  5  &  14» 

(  Il  )  Kirkcr ,  (Ea'ip.  JEgyp.  T.  II,  p.  141,  (  k  )  M''  Caffini  &  k  Gentil ,  loc,  cil, 

{  «)  Hyde,  fur  ks  Tabks  d'Ulug-Beg  ,  (  /  )  Souciet ,  Tom.  I ,  p.  145;. 

fage;,  \,m)  lindm. 


ASTRONOMIQUE!  4-7 

ils  (^Ivifentle  joureiKÎo  gurrhces  ou  heures  j  la  gurrhcs,  en  (?o  pulls  j  le  pull, 
en  60  mimick  ou  clins-d'œil  (  *  J.  Chaque  conftellation  parTe',,  dit-on  (c.-) ,  au 
méridien  en  1 1  gurhées  7  pulls  &  demi  :  or  27  fois  ce  nombre  ne  font  que  57 
gurrhces  2 1  pul'.s  &  demi  ^  il  faut  donc  une  conRellarion  de  plus ,  qui  n'achevé 
inênie  pas  entièrement  le  jour  :  il  s'en  faut  encore  de  30  pulls.  Cette  raifon 
nous  paroît  dccifi  ve ,  quoique  nous  ne  fâchions  à  quoi  attribuer  cette  ditFcrence 
<1e  30  pul's,  ou  de  12  de  nos  minutes,  entre  la  révolution  du  zodiaque  6cla 
durée  du  jour. 

§.    VII. 

D  E  toutes  les  conflellations ,  les  plus  anciennement  obfervées ,  font  celles 
des  pléiades  Se  du  taureau.  Les  pléiades  fur-tout  furent  d'un  grand  ufage  dans 
l'antiquité.  On  remarqu.-  qu'au  tems  d'Hcfiode  elles  divifoienr  l'année  rurale 
en  deux  parties.  Leur  coucher  le  matin  marquoit  le  commencement  de 
l'hiver ,  Se  leur  lever  le  marin  marquoit  le  commencement  de  l'été  (b).  On 
trouve  dans  les  calendriers  quele  feprieme  jour  après  l'équinoxe  de  l'automne 
les  pléiades  fe  montroient  !e  matin  &  le  foir  (  c].  Le  P.  Petau  a  calculé  que  ce 
phénomène  a  dû  arriver  vers  l'an  2200  avant  J.C.  {J).  Selon  Pline  (e)  il  y  avoir 
une  ancienne  Aftronomie  publiée  fous  le  nom  d  Héfiode  ,  dans  laquelle  le 
coucher  vifible  des  pléiades ,  au  lever  du  foleil ,  étoit  marqué  le  jour  même 
de  réquinox5  d'automne.  Le  P.  Petau  montre  que  cela  n'a  eu  lieu  que  l'an 
2278  (/).  La  claire  des  pléiades  étoit  alors  dans  o"  32'  du  bélier,  Ptolemée 
dans  fon  calendrier  latin  [g]  marque  le  lever  des  pléiades  le  foir,  fept  jours 
avant  l'éqainoxe  d'automne  j  il  falloir  que  cette  conflellation  précédât  l'équi- 
noxe  du  printems  d'environ  10°,  Se  répondît  par  conféquent  au  lo*  des 
poilTon";.  La  claire  des  pléiades  avoir  en  1750  (h)  5  ^°  5  5'  de  longitude  j  pour 
qu'elle  ait  avancé  de  65°  55',  il  faut  qu'il  fe  foit  écoulé  474^  ans ,  &  par 
conféquent  que  cette  obfervation  altéré  faite  2997  ans  avant  J.  C.  Il  eft  donc 
évident  que  dans  ces  tcius  Ci  reculés  les  pléiades  étoient  une  conftellation 


(  *  )   Événemcns  hiftoriquc;  relatifs  au  (a)  Souciet,  Tom.  I,  pae.  14  j. 

■Bengale,    ou   traduftion  du  Shaftah  ,  par  (i  )  Dcfenfc  de  la  Chronologie  ,  p,  4S1. 

Holvïel ,  1768,  page  ijy.  Les  noms  que  Gerni.  Céfar.  Commune  fur  Aratus. 

donnent    les   Miffionnaires  Jétaites  ,    font  (c)  Ptoléméc,  de  apfarendis  in  UranoL 
différens  ;  mais  cela  vient  fans  doute  des       page  100 

difRrens  id  ômes  des  peuples  qui    portent  (d)  Uranol.  var.  dijfert.  Lib.  Il ,  p   |{», 

tous  le  nom  d'Indiens.   La  diviûon  eft  la  (  f  )  Lib.   XVIII,  c.  ij. 

nséme.  Vcye[  encore  Souciet.  (/)  Uranol.  var.  aijfen.  Lib.  II,  p.  /z. 

M.  le  Gentil  ,   Mémoiies  de  l'Académie  ig)  Ptolémce  ,  de  appanntiis ,  p.  jj. 

^s  Scieccss,  1771,  (  A  )  La  Caille ,  fundam.  Afiranortu 


■47S  ÉCLAIRCISSEMENT 

bien  connue ,  Se  aux  levers  Se  aux  couchers  de  laquelle  on  faifoic  granùa 

attention. 

Nous  avons  dans  les  anciens  plufieurs  témoignages  qui  prouvent  que  le 
lever  des  pléiad-^s  le  matin  ,  avant  le  lever  du  foieil ,  annonçoit  le  retour  du 
printems.  D'abord  leur  nom  Imtî  vergiiia  ,qui  certainement  fait  allufion  au 
printems  (^).  D'ailleurs  Cenforin  {h)  nous  apprend  qu'il  y  avoir  des  peuples 
qui  commençoient  leur  année  au  lever  des  pléiades  ,  comme  les  Egyptiens 
au  lever  de  la  canicule: on  cite  les  Béotiens.  Les  Egyptiens  avoient  une  raifon 
particulière ,  qui  étoit  le  débordement  du  Nil ,  dont  cette  étoile  étoit  l'indi- 
.cation  :  mais  quelle  raifon  avoient  ces  autres  peuples  de  commencer  leuç 
année  au  lever  des  pléiades ,  fi  ce  n'eft  qut  ces  étoiles  commençoient  auflt 
le  zodiaque ,  ou  du  moins  indiquoient  que  le  foieil  étoit  dans  l'cquinoxe. 

§.     VIII. 

O  N  retrouve  cette  tradition  dans  le  livre  de  Job.  M.  Goguet  (  c  )  prouva 
d'après  les  meilleurs  inrerpièces  ,  que  dans  ce  livre  le  mot  kimah  fignifiej 
les  pléiades ,  ou  aldébaran  &  les  hindes  qui  n'en  font  pas  fort  éloignés  {d).  Ers 
effet  Dieu  dit  à  Job  (  e  )  :  pourre^-vous  lier  les  délices  ou  les  voluptés  de  kimah  , 
&  ouvrir  les  liens  de  kejil  ?  Etes -vous  capable  de  faire  paraître  les  ma\aroth 
chacun  dans  leur  tems  t  kefil  eft  le  fcorpion  (/).  Kiinah  &  kefil  fonr  par  coiw 
féquent  deux  conftellarions  qui  produifent  des  effets  oppofés.  Kimah  an-i 
jioncoit  le  renouvelement  de  la  nature  ,  &  kefil  foii  engourdilfement.  L:; 
lacine  du  mot  mazaroth  ûgmÛQ  ceindre  ,  environner.  Aucune  dénomination  , 
dit  M.  Goguet ,  ne  convient  mieux  aux  lignes  du  zodiaque  qui  forment 
comme  une  ceinture  dont  la  terre  paroît  environnée.  C'efc  même  le  non» 
par  lequel  on  a  défigné  originairement  ce  cercle  de  la  fphere.  Ce  paffaga» 
prouve  donc  que  les  pléiades  &  les  fignes  du  zodiaque  étoient  connus  du 
.tems  de  Job.  Mais  lorfque  Dieu  dit  :  pouvi-ez  -  vous  lier  les  délices  ou  les 
voluptés  de  kimah  ?  Cela  veut  dire  ,  fuivant  l'explication  de  M.  Goguet  , 
pourrez  -  vous ,  lorfque  kimah  paroît ,  lier ,  arrêter  la  fécondité  de  la  terre  , 
empêcher  qu'elle  ne  produife  alors  des  fleurs  Se  des  fruits  ?  Du  tems  de  Job,, 


(a)  Riccioli,  Almag.  T.  I ,  pag.  399.  la  langue   Arabe.- Kyde  j  Tables   d'Ulug- 

Setvius,  Comment.  Virg.  Beg.  M.  Niebulir  ,  Defciiption  de  l'Arabie, 

(è)   De  die  nacali  ,  c.  XXI.  P^S^  ï°'' 

(c)  D;Jm..III,Tora.  I,   pag,  39e.  (c)  C.  XXXVIII.  v.  31,  31. 

(  <f)  Elles  s'appellent  encore  Kimodans  la  (/")  Aben-Ezra  ,   Comment,    fur    Job  ^* 

gangue  des  Pcifes,  $c  Kimech  ou  Kiraa dans  c.  38  ,  v.  31 ,  3t. 


ASTRONOMIQUES.  47^ 

kimah  ou  les  pléiades  annonçoient  donc  le  retour  duprintems,  il  falloir  par 
confcciuent  qu'elles  précédairent  l'cquinoxe  de  quelques  degrés. 

Le  rems  de  Job  n'eft  pas  détermhic.  On  fait  feulement  que  le  livre  qu'il 
a  écrit  efl  trcs-ancien.  M.  Goguet,  appuyé  fur  quelques  conjedures  ,  le  fixe 
à  l'an  1730  avant  J.  C.  j  mais  alors  la  claire  des  pléiades  étoit  dans  7"  55', 
Se  aldebaran  dans  1  ;°  58'  du  bélier.  Les  anciens  avoient  à  choifir  dans  le 
nombre  des  étoiles  dont  le  lever  devoit  annoncer  certains  phénomènes  ;  il 
n'eft  nullement  probable  qu'ils  ayent  été  choifir  des -étoiles  qui  fuivoient  l'é- 
quinoxe  &  le  printems.  Se  qui  ne  l'auroient  annoncé  que  quand  il  auroit  été 
commencé.  Les  Egyptiens  indiquoient  le  débordement  du  Nil  parfyrius  qui 
fe  levoit  avant  ce  débordement,  &  comme  nous  avons  une  obfervation  qui 
nous  apprend  que  le  coucher  des  pléiades ,  vifible  le  matin ,  fe  faiioic  7  jours 
avant  l'équinoxe  d'automne  j  il  faut  fuppofer  au  moins  que  quand  fon  lever 
du  matin  annonçoit  le  printems  ,  c'étoitauflî  7  Jours  avant  cette  équinoxe  , 
lorfqu'elle  étoit  au  20°  des  poifl'ons ,  c'cft-à  dire  ,  3000  ans  avant  J.  C.  : 
c'eft ,  fuivant  nous ,  l'âge  de  Job. 

Si  l'on  nous  permet  encore  une  conjecture  ,  nous  dirons  que  dans  l'an- 
cienne langue  des  Perfes  les  pléiades  étoient  appcllées/5£rv/-  (a  )  qui  hgnifie 
poiflbn.  La  forme  longue  de  cette  conftellation  peut  avoir  en  effet  quelque 
reffemblance  avec  la  figure  d'un  poiffon.  Or  les  Indiens  dan:  leur  zodiaque 
très  -  ancien  n'ont  qu'un  poilfon,  au  lieu  des  deux  que  nous  y  pl.-içons;  ne 
pourroit-on  pas  croire  que  les  pléiades  répondoient  à  ce  figne  lorfqu'il  reçut 
{on  nom. 

§.    I  X. 

Nous  avons  fait  voir  que  la  première  divlfion  du  zodiaque  doit  avoir 
placé  l'équinoxe  au  commencement  d'une  conftellation ,  &  en  fuppofant  que 
ce  commencement  fût  celui  du  taureau,  le  zodiaque  ne  peut  pas  être  plus 
moderne  que  l'an  2^00  .  mais  ,'1  paroît^  par  le  livre  de  Job,  que  les  fignes 
du  zodiaque  éroient  connus ,  &  par  conféqaent  établis  dans  le  tems  où  les 
pléiades  annonçoient  le  retour  du  printems  ,  ce  qui  donne  aux  fignes  du 
zodiaque  une  antiquité  de  3000  ans  avant  J.  C.  j  &  fi  par  le  mot  kimah 
on  entendoit  aldebaran  au  lieu  des  pléiades ,  on  reculeroit  cett^  époque  de 
700  ans  environ.  Nous  avons  donc  été  oien  fondés  à  avancer  que  la  divifion 
du  zodiaque  établie  primitivement  à  l'cquinoxe  &  au  commencement  d'une 

^1)  Herbelot ,  Bibliothèque  oricnrale,  pages  ^^7,  5^8. 


J^,io  ÉCtAîRCiSSEMENS 

conftellation  ,  eft  antérieure  au  'ems  oii  cet  cquinoxe  concouroît  avec  le  i* 
di\  nureau,  &  a  dû  répondre  ,  lors  de  cette  première  divifion  ,  au  i°  de  la 
conftellation  des  gémeaux,  ou  au  dernier  degré  du  taureau,      , 

§.     X. 

L'antiquité  que  la  divifion  du  zodiaque  p.iroît  avoir  chez  les  Perfesi 
contribuera  peut  être  à  rendre  tout  à  fait  vraifeniblable  celle  que  nous  ve- 
nons de  foupçonner.  M.  Anquetil,  dans  fa  tradudiun  du  Zend-Avefta, 
nous  donne  quelques  détails  fur  les  idées  des  anciens  Perfes  à  l'égard  des 
étoiles  {û).  Us  les  regardent  comme  une  multitude  de  foldats  ;  expreffion  qui 
répond  à  celle  de  l'arrnée  célefte ,  dont  il  eft  Ci  fouvent  mention  dans  l'é- 
criture. Us  difent  (  fans  doute  pour  donner  l'idée  du  grand  nombre  des  petites 
étoiles  )  qu'il  yen  a  48  (Tooo.  Quatre  gi-andes  étoiles  font ,  félon  eux,  les  furveil- 
lantes  des  autres  ;  ces  étoiles  font  tafckter,  qui  garde  l'eft  ;  fatevis ,  l'oueft, 
venandje  midi ,  hûfiorang  jle  nord.  Nous  penfons  que  par  ces  étoiles  les  Perfes 
ont  voulu  partager  le  ciel ,  &  qu'ils  les  ont  défignées  comme  répondant  aux 
quatre  points  cardinaux.  Or  la  dtviiion  des  quatre  points  cardinaux  naît  de 
celle  du  zodiaque  pat  les  points  équinoxiaux  ôc  foifticiaux,  8c  par  conféquent 
les  étoiles  qui  défignent  l'efl;  i  l'oueft ,  le  nord  &  le  midi  déiignoient  alors 
les  équinoxes  Se  les  folftices.  Cela  nous  paroît  évident.  En  conféquence  , 
nous  remarquons  que  vers  l'an  3000  avant  J.  C. ,  les  étoiles  étant  moins 
avancées  de  66^  ,  aldebar:>n  étoit  précifément  dans  l'équinoxe  du  printems. 
Cette  belle  étoile  a  donc  pu  être  regardée  comme  la  gardienne  de  l'équinox» 
ou  de  l'eft.  Antarès  ,  ou  le  cœur  du  feorpion  ,  fe  trouvoit  auiîî  précifémenc 
dans  l'équinoxe  d'automne  :  voilà  le  gardien  de  l'oueft.  Regulus  n'étoit  qu'a 
10"  du  folftice  d'été  &  phomalhaut  à  6"  du  folftice  d'hiver.  Ces  quatre 
étoiles  de  la  première  grandeur,  toutes  très -brillantes  Se  très-remarqua- 
bles ,  forment  une  divifion  du  ciel  en  qunrre  parties  prefque  égales  ,  qui  a 
trop  de  rapport  avec  celle  des  Perfes  pour  n'y  pas  reconnoître  une  identité 
parfaite  ,  Se  pour  ne  pas  déterminer  à  5000  ans  avant  J.  C.  la  date  de  cette 
divifion  du  zodiaque  au  moins  en  quatre  parties.  En  outre,  comme  il  efl; 
queftion  dans  le  même  ouvrage  delà  divifion  du  zodiaque  en  iz  &  en  z8 
parties,  il  y  a  tout  lieu  de  croire  qu'elles  font  de  la  même  antiquité.  Remar- 
quons que  les  Chinois  ont  aufti  quatre  anges  ou  efprits  qui  préfidenr  aux 
quatre  quarts  de  l'année  ,   c'eft- à-dire  fans  doute  ,   aux  quatre  quarts  du 

j[  a  )  Tonic  II ,  page  34^, 

zodiaque 


I 


A  .<5  T  R  0  N  0  M  I  Q  U  E  s.  ^Sr 

zodi-.qae  (<?).  Tafcluer  eft  Ci  bien  l'écoile  aldebaran  ,  qu'il  efl:  chez  les  Perfes 
le  gciiie  qui  prclîde  à  la  pluie  (/').  On  fait  que  chez  les  Grecs  aldebaran  ou 
les  hiades  croient  des  aftres  pluvieux  ,  c'eft  de  là  même  qu'eft  venu  le  noni 
d'hiades.  Les  Perfes  (c)  le  repréfentent  avec  un  corps  de  taureau  &  des 
cornes  d'or,  comme  a  fait  Virgile.  Remarquons  qu'un  ou  deux  fiecles  de 
différence  ne  changent  rien  à  ces  apparences.  Quand  aldebaran  auroit  été  à 
3"  de  l'cquinoxe  ,  ils  n'auroientpas  été  moins  fondés  à  l'appeler  le  ^ardien  de 
l'efl:  ;  6c  fi  l'on  fe  rappelle  (d)  que  la  période  de  l'incercalation  des  Perfes  , 
l'anticipyion  du  commencement  de  leur  année  ,  leur  chronologie  donnent 
la  même  époque  de  jooo  ou  de  jioo  ans,  tout  ce  que  nous  avons  dit  juf- 
^u'ici  deviendra  plus  que  probable. 

§.    X  I. 

Il  naît  de  tout  ceci,  c'eft-à-dire  de  cette  antiquité  une  fois  admife,  une 
explication  très-n.atureUe  de  plufieurs  chofes ,  que  M.  le  Gentil  nous  a  .ap- 
prifes  du  zodiaque  des  Indiens.  Ces  conjectures  appuyées  l'une  par  l'autre 
fe  prêtent  mutuellement  de  la  vraifemblance  ,  5z  toutes  enfemble  font  fuivre 
la  trace  des  inventions' ,  qui  concernent  le  zodiaque  ,  depuis  les  tems  avant 
le  déluge  jufqu'à  nous. 

Nous  avons  dit  {c)  que  l'époque  kaliyougan  des  Brames,  qui  paroît  une 
époque  véritable  o;  chronologique,remonte  à  l'an  5  loi.  Ils  admettent  comme 
nous  deux  zodiaques  ;  l'un  mobile  qui  commence  à  la  première  étoile  du 
bélier  ,  l'autre  qui  a  fon  origine  à  un  point  fixe  du  zodiaque.   Ces  deux 
zodiaques  ont  commencé  enfemble  l'an  20400  avant  l'époque  kaliyougan  j 
mais  comme  la  révolution  des  étoiles  eft,  félon  les  Indiens ,  de  24000  ans, 
les  deux  zodiaques  ont  du  fe  retrouver  enfemble  l'an  3^00  de  cette  époque 
qui  répond  à%an  499  de  notre  ère.  A  raifon  de  54"  par  an,  il  y  avoir  en 
17^2,  fuivanr  le  calcul  des  brames,  18"  57'  9"  de  différence  entre  les 
■deux  zodi.aques  ;  mais  en  1761,  >  du  bélier  étoit  par  fa  longitude  dans 
29"  5 1'  56"  du  bélier  •,  donc  le  commencement  du  zodiaque  fixe  répond  au 
10°  54'  27"  du  bélier.  Mais  pourquoi  n'ont-ils  pas  établi ,  comme  nous ,  l'ori- 
gine de  leur  zodiaque  fixe  à  l'équinoxe  du  printems,  &  l'ont-ils  placé  à  un 


(  a  )  Hyde  ,  de  religior.e  vetcrum  Per/w  (  c)  Ibidem ,  Tom.  I ,  part.  1  ,  p.  415, 

rum ,  plan;he        pag.  117.  (,d)  Supra,  Éclair.  Liv*.  IV,  §.  2. 

(  ô  )  Zciid-Avefta ,  Tonj.  II ,  p.  ro ,  note.  (  e  )  Supra  ,  Liv.  IV,  §.  1 3 . 

PPP 


48z  É  C  L  A  I  R  C  I  S  S  E  M  E  N  S 

point  qui  n'eft  d'aucune  remarque  dans  le  ciel  ?  Pourquoi  d'ailleurs  ont-ils 
établi  que  la  révolution  des  lîxes  feconimenceroit  l'an  499  de  notre  ère? 
Voici  ce  que  nous  imaginons.  Les  brames  auront  commencé  la  divifion  du 
zodiaque  par  l'équinoxe  du  printems  ,  comme  il  eft  aiTez  naturel  de  le  faire, 
fc  comme  prefc]ue  toutes  les  nations  l'ont  fait.  L'an  310Z  aldebaran  étoit 
«ians  le  29°  des  poilTons  ,  il  ne  s'en  falloitoue  d'-jn  degré  qu'il  fût  dans  l'é- 
quinoxe j  ils  auront  établi  à  cette  étoile  le  con:'Viencement  de  leur  zodiaque. 
Alors  les  pléiades  qui  étoient  dans  le   18°  |  des  poifTons  annonroient,  par 
leur  lever  héliaque ,  le  retour  du  printems.  Les  étoiles  s'érant  avanc4es  peu  a 
peu  le  long  de  l'écliptique ,  ils  fe  font  apperçus  ,  vers  l'an  2150,  que  le  lever 
des  pléiades  ne  précédoit  plus  l'équinoxe ,  &  qu' aldebaran  ,  d'où  ils  com- 
iTîençoient  leur  zodiaque,   étoit  éloigné   de  cet  équinoxe  d'environ  11°. 
Ils  auront  donc  conclu  que  les  points  des  équinoxes  &*des  folftices  ne  ré- 
pondoient  pas  toujours  aux  mêmes  conftellations,  &  que  ces  conftellations 
avoient,  à  l'égard  de  ces  points  ,  une  révolution  de  14000  ans  j  ils  auront 
commencé  à  diftinguer  deux  zodiaques  ,  l'un  fixe  ,  dont  ils  auront  lailTé  le 
commencement  au  11°  du  bélier,  l'autre  mobile,  &  qui  s'éloignoit  di* 
premier  de   54"  par  an.  Mais  ils  ont  établi  pour  la  première  de  leurs  17 
conftellations ,  celle  où  fe  trouve  l'étoile  >,  ou  la  première  étoile  du  bélier. 
Pourquoi  ce  choix?  De  plus,  ils  ont  établi  que  la  révolution  des  étoiles 
recommenceroit  l'an  3  (îoo  de  l'âge  kaliyougan  ,  ou  l'an  499  de  notre  ère.^ 
H  nous  paroît  clair  qu'ils  ont  imaginé  qu'à  cette  époque  le  commencemenc 
de  leur  première  conftellation  répondroit  au  commencement  de  leur  zodia- 
que fixe,  c'eft-à-dire  au  11°  du  bélier.  Il  n'eft  pas  néceffaire  de  beaucoup 
forcer  les  circonftances  pour  qu'elles  fe  prêtent  à  cette  fuppofition  •,  car  l'an 
1250  avant  J.  C.  j  du  bélier  étoit  éloigné  de  l'équinoxe  du  printems  de 
25''  53'^  elle  répondoit  par  conféquent  au  4°  7'  des  poifloiis  :  elle  étoit 
éloignée  du  11°  du  bélier  ,  ou  du  commencement  de  leur  z^aque  fixe  de 
3(5"  53'j  ils  auront  trouvé  cette  diftance  de  41°  14',  foit  parce  que  leurs 
conftellations  étant  toutes  égales,  &  de  13°  20',  elles  ne  commencent  pas 
précifément   aux  étoiles  qui  les  défignent ,  foit  parce  qu'ils  n'auront  pas 
mefuré  bien  exactement  cette  diftance ,  Se  ils  auront  conclu  qu'à  raifon  de 
54"  par  an,  -,  du  bélier,  cfù  le  com.mencement  delà  première  conftellation 
devoir  répendre  au  premier  point  de  leur  zodiaque  fixe  vers  l'an  499  de 
notre  ère.  Mais  pourquoi  ont-ils  choifî  cette  conftellation  pour  la  première? 
11  eft  évident'  que  c'eft  une  affaire  de  préjugé  &  de  fupetftition  ;  le  choix 
,      du  premier  point  dans  un  cercle  eft  arbitraire.  Ils  auront  été  décidés  pal 


ASTRONOMIQUES.  4S5 

i^uelque  ancienne  tradicion  ,  telle  par  exemple  que  celle  que  Murtadi  (•?)  rap- 
port2  d'après  Albumaiiar  &c  deux  anciens  livres  égypciens  ,  où  on  lifoic 
que  le  monde  avoir  été  renouvelé  aprè»  le  déluj^e  lorfqae  le  foleil  écoit  au 
1°  du  bélier ,  régulas  étant  dans  le  cclure  des  folftices.  D'Herbelot  ne  parle 
point  de  régulas  ;  mais  il  dit  (/')  que  félon  Albumaflar  les  fept  planètes 
étoient  en  conjonélion  au  premier  point  du  bélier  lors  de  la  création  du 
monde.  Cette  tradition  ,  fans  doute  fabuleufe ,  qui  venoit  des  mêmes  pré- 
jugés que  celle  de  Bérofe  (c) ,  étoit  afiatique.  Elle  a  pu  fufEre ,  ou  telle  autre 
du  même  genre^  pour  fonder  la  préférence  que  les  brames, ou  les  anciens 
en  général, ont  donnée  à  la  conftellation  du  bélier,  en l'établifiTant  la  pre-; 
miere  de  leur  rodiaque.  Ils  ont  cru  que  ce  point  du  zodiaque  étoit  une 
fource  de  renouvç!em:nt,  &  ils  ont  dit  que  le  zodiaque  &c  Tannée  fe  re-: 
nouveloient  au  même  point  où  le  monde  s'étoit  régénéré.  Car  nous  avons 
dit  (d)  que,  fuivant  les  anciennes  idée?  philofophiques ,  le  monde  périf- 
foit  &  renailîoit  tcur  à  tour,  &  que  la  création  n'avoir  été  qu'un  renouvelé- 
xiient  de  toutes  chofes, 

§.    X  I  L 

QuAKT  à  la  circonilance  de  rcgulus  qui  s'efl:  trouvé  dans  le  colure  des 
folftices  au  teras  du  déluge,,  perfonne  ne  demandera  il  elle  appartient  réel-, 
lement  à  cecte  époque.  On  n'eut  point  alors  le  rems  de  fonger  aux  obferva- 
tions  aftronomiques ,  ni  de  remarquer  la  pofition  de  rcgulus  dans  le  ciel- 
Mais  nous  dirons  que  les  Asiatiques  qui  fe  font  toujours  exprimés  métapho- 
riquement, ont  pu  défigner  fous  l'emblème  de  la  deftruétion  Se  du  renou- 
vêlement  du  monde ,  la  fondation  de  quelque  grand  empire  ou  l'époque 
de  quelque  événeiV.ent  mémorable.  C'eft  peut  être  la  fondation  de  l'empire 
desPerfes ,  ou  celle  de  l'empire  de  Eabylone  que  la  tradition  regarde.  Le  récic 
d'Alburaaiïarpeut  recevoir  deux  interprétations.  Ou  il  a  connu  la  date  de  la 
tradition  qu'il  rapporte ,  ôc  au  moyen  du  catalogue  des  étoiles  de  Ptolémée, 
£c  de  la  connoilfance  du  mouvement  des  fixes  d'un  degré  en  100  ans  ,  il  a 
pu  remonter  à  ce  tems ,  <?;  il  a  cru  pouvoir  dire  que  regulus  étoit  dans  le 
colure  des  folftices  5  ou  bien  la  tradition  même  portoit  cette  circonftance. 
Dans  le  ptemier  cas ,  h  l'on  prend  la  pofition  de  regulus  dans  l'.almageftc  , 


(12)  Murtadi,  Defcription  liss  merveil-  (  6  )  Biblo:h.  orie:;-.  p.  i?  &i  18. 

les   de  l'Égypce  ,    traduction    de   Vatier,  (c)  Su-r'^,  Liv.  V ,  ?    7. 

P'^S^   JJ-  (  û  )  6'Kf/-.i  j  Éclair.  Liv.  V,$.  îi. 


P  p  p  i j 


'4«4  ÉCLAIRCISSEMENS 

on  la  trouvera  éloignée  du  coliire  de  31"  30',  ce  qui  répond  à  un  inter- 
valle de  3150  ans  j  &  comme  les  obfervations  de  Ptolemée  font  de  l'.in  '59, 
cela  indique  une  date  de  3 1 1 1  ans  avant  notre  èie,  &:  fort  fingulierenient 
prefque  la  même  que  celle  de  lage  kaliyougan,  ou  de  l'époque  aftronomi- 
que  des  Indiens  ,  date  qui  n'eft  éloignée  aufli  que  d'un  fiecle  de  l'établifle- 
jnent  du  Neuruz  chez  les  Perfes  [a).  Dans  le  fécond  cas  où  régulas  fe  feroic 
réellement  trouvé  dans  le  colure  des  folftices  ,  on  verra  ,  par  le  vrai  mouve- 
Tnent  des  fixes  d'un  degré  en  ji  ans,  que  cela  a  du  arriver  vers  1300  ans 
avant  J.  C.  Ces  deux  dates  font  remarquables  dans  l'Afie.  La  première  eft 
celle  de  la  fondation  de  Perfepolis  &  de  Babylone  (A) ,  de  l'établiirementdu 
Neuruz ,  de  l'âge  kaliyougan  chez  les  Indiens.  A  l'égard  de  la  féconde , 
nous  avons  vu  qu'il  y  avoir  apparence  que  les  brames  dans  ce  tems  avoient 
changé  le  commencement  de  leur  zodiaque,  avoient  connu  le  mouvement 
<les  fixes,  5c  établi  la  diftindion  des  deux  zodiaques.  C'ell:  auffi  vers  ce  tems 
c[ue  les  premières  obfervations  chaldéennes  ont  commencé  ,  Se  qu'Yao ,  à 
la  Chine  ,  établit ,  ou  du  moins  renouvela  l'Aftronoraie. 

Nous  nous  faifons  un  principe  de  rapprocher  les  traditions ,  pour  peu 
qu'elles  paroiflent  avoir  d'analogie,  parce  qu'un  jour  viendra  où  ,  connoif- 
l'ant  mieux  l'hilloire  orientale ,  on  en  pourra  tirer  quelque  lumière. 

§.    X  II  I. 

Nous  allons  rendre  compte  maintenant  de  la  première  méthode  que  lesf 
anciens  ont  fuivie  dans  la  divifion  du  zodiaque  [c).  Sextus  Empiricus  l'ac- 
tribue  aux  Chaldéens ,  &  Macrobe  {ti)  aux  Egyptiens ,  d'où  l'on  peut  con- 
clure qu'elle  appartient  à  un  peuple  antérieur  ,  de  qui  ces  peuples  la  tenoienr 
également. 

11  eft  indubitable  que  les  plus  fréquentes  obfervations  ont  été  celles  du 
lever  Se  du  coucher  des  étoiles  (e).  On  y  fit  d'autant  plus  d'attention  que 
dans  la  fuite  ces  obfervations  fondèrent  l'Aftrologie.  Il  y  avoir  à  Babylone 
au  haut  de  l'obfervatoire  ,  un  aftronôme  en  faction  ,  qui  obfervoit  à'chaque 
inftant  le  lever  Se  le  coucher  de  tous  les  aftres  (/).  Ce  qui  s'eft  palfc  à  Ea- 


(û)  Suftà,   Liv.  V  ,  §1..  mens,    Liv.  IV,  §.    4J.    Liv.   Vî ,    j.    1. 
{  b  )  Ibidem  ,  Éclair.  Liv.  IV.  §.  j,  (/)  Il  n'eft  pas  ici  qDcftion  du  lever  & 

(c  )  Adverf.  Math.  Lib.  V,  p.  1 1 }.  du  coucher  licliaciucs ,  mais  du  lever  «Se  du 

<  i^  )  Comni.  in  fomnium  Scipion.c ,  11.  coucher  Ordinaires  qui   arrivent  tous    la 

^ç)  Supra,   Liv.  II,  §,8,  Édairciirs-  jours, 


A  5  T  R  O  N  O  M  I  Q  U  E  S.  48^ 

bylone  doit  être  une  imitation  d'un  ulage  plus  ancien.  Ceux  qui  veiUoient 
amfi  fur  le  lever  des  étoiles,  imaginèrent  de  mefurer,  à  l'aide  de  l'eau  qui 
s  ccouloit  d'un  vafe ,  l'intervalle  de  deux  levers  confécutifs  de  la  même 
ctoile  ,  pour  connoître  le  tems  de  la  révolution  du  ciel.  La  divillon  du 
cercle  en  douze  parties  devint  par-là  très- facile  en  apparence.  Remarquons 
qu'il  ne  s'agilToic  que  de  diviier  l'ijucrvalle  des  folllices  &  des  éqainoxes , 
chacun  en  trois  parties  (j).  On  crut  qu'il  fuffifoit  de  partager  en  i  2  portions 
égales  l'eau  qui  s'écouloit  pendant  une  révolution  du  ciel,  &  ou  fe  crut 
alFarc  que  la  partie  du  cercle ,  qui  fe  levoit  pendant  qu'une  de  ces  portions 
s'ccouloit,  étoit  la  douzième  partie  du  zodiaque.  On  a  fait  à  cette  méthode 
plufieurs  objeétions.  La  vîtelfe  de  l'eau  eft  d'autant  plus  grande  quej'eau 
ceftend  de  plus  haut  j  ainll  le  mouvement  continuellement  retardé  ne  pou- 
voir donner  des  mefures  égales.  Il  y  a  fans  doute  des  moyens  pour  fe  pro- 
curer ces  mefures  égales  j  mais  on  ne  peut  fuppofer  aux  anciens  affez  de 
connoilTances  en  ce  genre  pour  croire  qu'ils  y  étoient  parvenus. 

On  objecle  encore  que  par  cette  méthode  c'eft  l'équateur ,  &  non  le  zo- 
diaque ,  que  Ton  divife  en  12  parties  égales.  La  révolution  diurne  fe  fait 
autour  des  pôles  de  l'équateur  ,  &c  en  tems  égaux  il  s'élève  fur  l'horifon  des 
portions  égales  de  ce  cercle  j  mais  le  zodiaque ,  qui  eft  incliné  à  l'équateur, 
ne  participe  point  à  cette  égalité.  Voilà  ce  qu'on  a  répété  dans  rous  les  ou- 
vrages, où  il  a  été  queflion  de  cette  divifion  du  zodiaque  par  les  anciens  j  mais 
on  n'a  pas  fait  attention  qu'ils  ont  tous  commencé  par  rapporter  lei  mouve- 
ment des  aftres  à  l'équateur,  &non  pas  à  l'écliptique  (i).  Ainfi  i!  y  a  lieu  de 
croire  que  quand  ils  ont  divifé  le  zodiaque ,  c'eft  relativement  à  l'équateur ,  Se 
qu'ils  ne  fe  font  pas  embarraiTés  que  le  s  divifions  du  zodiaque  fuffent  inégales , 
pourvu  qu'elles  répondifTent  à  des  parties  égales  de  l'équateur.  C'eft  fans 
doute  une  des  raifons  pourquoi  l'étendue  des  conftellations  eft  fi  inégale  fut 
l'écliptique  (c).  A  l'égard  des  erreurs  qui  nailTent  de  la  chute  de  l'eau,  elles 
font  fi  monftrueufes ,  qu'elles  ont  Jù  frapper  les  obfervateurs  les  plus  groftîers. 
M.  Goguer ,  qui  doute  que  le  partage  des  conftellations  ait  été  fait  ainfi ,  dit 
lui  même  {^)  que  la  première  divifion  auroir  été  de  15°  30',  tandis  que  la 
dernière  auroit  excédé  103°  ^9'.  Ceux  qui  étoient  capables  d'imaginer  cette 
jnéthode  ,  n'auroienr  pu  méconnoître  ces  erreurs. 


(  il)  Supra,  Liv.  II,  §.  itf.  (t  ).Riccioli-,  Almag.  Tom.  l ,  p,  4Q2rj 

(  h  )  Supra,  Éîlair,  Liv.  YI ,  $.  1 1.  C  ''■)  Tora.  I,  p.  zj  5. 


4iS  H  C  L  A  I  R  C  I  S  S  E  M  E  N  * 

§.    XIV. 

I L  y  a  des  moyens  de  remédier  à  cette  inégalité  qui  n'ont  peut  -  ctre  pas 
éceinconnusaux anciens. On  voit  par  lesclepfidres  que  décrit  Vicruve  {a)  que 
ces  machines  étoient  très-perfedionnées  criez  les  Romains.  On  fe  convaincra 
par  le  dérail  que  nous  en  donnerons ,  dans  la  première  partie  de  l'Artronomie 
moderne  ,  qu'au  tems  de  ce  célèbre  architeéle  l'art  des  clepûdre:  n'étoit  pas 
nouveau.  Ainfi  rien  ne  prouve  que  les  Romains  n'avoit  pas  pris  en  Egypte, 
ou  dans  l'Orient ,  les  principes  &  la  perfedbion  de  ces  machines.  Mais  comme 
nous  donnons  une  très-grande  antiquité  au  zodiaque  ,  S:  conféqaemment  à 
la  méthode  par  laquelle  il  a  été  divifé  ,  voici  un  mcren  bien  fimple  dont  les 
hommes  les  plus  grolîlers  ont  pu  Se  ont  dû  aifément  i'avifer  •,  c'eft  de  re-*! 
verfer  l'eau  dans  le  vafe  aufli  -  tôt  cju'eile  en  écoir  fortie.  Dès  qu'on  avoit 
tiiefuré  la  première  douzième  parrie,  dès  que  la  féconde  commençoit  à  s'é- 
couler, on  reverick  la  première  ,  &rûa  étoit  sûr  d'avoir  des  intervalles  à- 
peu  -  près  égaux  ;  car  les  anciens  n'ont  pu  fe  piquer  d'une  grande  précifion. 
Quand  l'opération  a  été  finie  ,  on  aura  trouvé  14  divifions  au  lieu  de  iz  ,  &: 
ils  les  auront  réunies  deux  à  deux  pour  en  compofer  les  1 2  divifions  qu'on 
vouloir  établir.  Ce  que  nous  fuppofcns  ici  ell  fi  naturel  Se  G.  vraifemblabte  , 
que  l'on  trouve  des  traces  de.cette  divifion  en  £4  pardes.Les  mois  de  i  5  jours 
des  Indiens  ,  cités  par  Quinte  -  Curfe  ,  &  confirmés  par  les  voyageurs  mo^ 
flernes  qui  témoignent  que  réellement  les  Indiens  partagent  le  mois  en  deux: 
parties  (^)  ,  nous  paroiiTent  avoir  beaucoup  d'analogie  avec  cette  première 
divifion  du  zodiaque.  Chardin  nous  apprend  également  que  chez  les  anciens 
Perfes  l'année  folaire  étoit  parragée  en  Z4  mois  {c).  Mais  ce  qui  eft  plus 
fort  &  plus  décifif ,  c'eft  que  les  Chinois  ont  confervé  cette  divifion  même. 
Chez  eux ,  chaque  figue  eft  partagé  en  2  parties  qu'ils  appellent  Tfieki ,  &  donc 
le  zodiaque  entier  en  conrient  24  (  d).  Il  ne  faut  donc  point  dire,  comme  M. 
Goguet ,  que  cette  divifion  eft  bizarre  ,  ni  croire  qu'elle  n'a  pas  été  exécutée. 
S'il  ny  a  parmi  les  anciens  auteurs  que  Sextus  Empiricus ,  Macrobe  de  Hyp- 
f  arque  [e]  qui  en  ayent  pirlé,  c'eft  bien  afiez ,  ce  femble ,  de  ces  trois  auteurs 
peur  conftater  qu'une  chofe  pofllole  a  pu  être  exécutée.  Les  reftes  de  l'an- 


(a)  Vitruvc  ,  Lib.  IX  ,  c.  9.  (  c  )  M.  Goguet,  loco  citato. 

(b)  5aprà  ,  Hclaiic.  Liv.  III,  §.  17.  Je  n'ai  pu  trouver  le  lieu  où  Hyppar» 
ic)  Chardin,  '1  om.  V,  p.  115.  que  en  parle  cl.ins  fon  Commentaire  fuc 
(<^)  Soucict,  Obferv.T.  III,p.  li&Sj.  Aratus. 


ASTRONOMIQUES.  4S7 

tkiiiicc  font  rares  Se  prccieiix  ,  il  ne  faut  pas  qu'un  fcepticifme  déplacé  les 
relègue  au  rang  des  fables  j  il  tau:  bien  plutôt  regarder  les  fables  comme 
des  traditions  hiftoiiques  &  dchgurées  par  le  tems ,  d'où  Ton  peut ,  avec  un 
peu  d'art,  faire  fortir  la  vérité. 

§.     X  V. 

O  M  trouve  dans  une  lettre  de  M.  John  Call  à  M.  Maskeline  ,  célèbre  af- 
tronôme  d'Angleterre ,  inférée  dans  les  tranfaifclons  philofophiques  (  c) ,  une- 
figure  gravée  du  zodiaque  des  Indiens.  Les  1 1  lignes  font  prefque  femblables 
aux  nôtres.  Nous  ferons  cependant  les  remarques  fuivantes  ,  autant  que  la  p.'anche  I.Fie.I, 
periteire  des  figures  nous  a  permis  de  diftinguer  les  objets.  Au  lieu  des  cre- 
nicaux  ,  ce  zodi.îoue  ne  préfente  qu'une  feule  figure  ,  un  homme  debout  ; 
nous  croyons  lui  voir  un  bouclier  à  chaque  bras.  Il  y  a  dans  la  fphere  indienne 
de  Scaliger(^')  un  homme  qui  tientun  bouclier.  La  vierge  dans  ce  zodiaque  eft 
lUie  jeune  nile  nue ,  affife  les  jambes  croifées ,  elle  porte  la  main  à  fa  tête  :  on 
ne  fait  h  on  n'y  voit  pas  une  efpece  d'aiguille.  Il  y  a  dans  la  fphere  de  Scalicrer 
une  fille  ,  mais  elle  eft  vêtue  j  elle  a  dans  la  main  une  verge  (  veclis  )  (c).  La 
balance  eft  fembkble  à  la  nôtre  j  mais  on  avemt  que  dans  quelques  autres  de 
C5S  peintures  on  voit  une  femme  tenant  une  balance.  Scaliger  dans  la  fphere 
indienne  indique  un  homme  qui  tient  une  romaine  {d).  Al.  le  Gentil  dit  que 
le  motqal  déngne  !a  balance ,  fignifie  plutôt  une  romaine  qu'une  balance  (e  ).  La 
figure  ,  qui  tient  ici  la  place  du  fcorpicn  ,  ne_reiremble  guère  à  cet  animal. 
ÎVlais  nous  l'avons  fait  exadement  copier.  Au  lieu  du  fagittaire  ,  on  ne  voit 
qu'un  arc  &:  une  flèche.  Dans  la  fphere  indienne  de  Scr.!iger  il  n'y  a  point  de 
fcorpion  ,  &  la  figure  dufagittaireyeftabfolumentfemblableàlanôtre(/).  A 
la  place  du  capricorne  on  trouve  dans  ce  zodiaque  un  bélier  &  un  poilTon , 
dont  on  n'a  fiiit  qu'un  animal  ,   pour  compofer  notre  capricorne.  Au  lieu  du 
verfeau  ,  c'eft  une  cruche  ;  au  lieu  de  deux  poiflons ,  il  n'v  en  a  au'un.  Dans  la 
Iphere  indienne  il  y  a  un  pécheur  (ç)  qui  peut  avoir  quelqu'analogie  .avec  notre 
verfeau  ,  ou  du  moins  avec  le  fleuve  qui  fort  de  fon  urne.  Les  fio-nes  &c  les 
noms  des  fignes  du  zodiaque  font-à-peu-près  femblables  chez  les  Perfes  ,  les 
Arabes ,  les  Syriens ,  les  Hébreux,  &c.  Chez  tous  ces  peuples,  le  capricorne 


(a)  Tom.  LXil,  année  1771,  p.  3^-  C'^)  laem  ,  p.  341. 

(  b)  S.aiiger,  Notes  fur  Manilius,   p.  [e)  Misa.  Acad.  Scien.  1772 

?'9-  (/)Scaiiger,p.  344. 

(<:)  Icem,^.  341.  (,^)Idemj^.  34;. 


^^"  É  C  L  A  !  R  C  I  5;  s  E  M  E  M  s 

cfc  vJ'cs  la  iorme  a'iin  bélier-poiffon  ;  le  fagictaire  eft  feulement  un  arc  ;  le 
verfeau  ,  un  feau  ou  une  urne  j  au  lieu  de  deux  poilTons ,  il  n'y  en  a  (a)  qu'un. 
Aînû  toutes  ces  dénominations -font  analogues  au  zodiaque  indien. 

Il  faut  bien  obferver  cy.ie  quelque  reflemblance  qu'il  y  ait  entre  ce  zo- 
diaque &  celui  des  Grecs  d'Alexandrie  ,  c'eft-à-dire  ,  celui  dont  nous  nous 
fervons  aujourd'hui ,  on  n'en  peut  pas  conclure  que  le  zodiaque  des  Grecs 
ait  été  porté  dans  Tlnde;  celui  que  nous  venons  de  décrire  n'en  eft  point  une 
copie  altérée.  Les  Brames  ,  comme  nous  l'avons  remarqué  d'après  M.  le 
Gentil  {i>)  ,  ont  trop  d'orgueil  pour  adopter  rien  de  ce  qui  eft  étranger; 
d'ailleurs  leur  caradere  n'eft  point  de  rien  changer  ;  ils  l'auroient  adopté  tout 
entier ,  &  puifqu'il  y  a  des  différences  très-fenfibles ,  telles  que  celles  que 
l'on  remarque  dans  les  gémeaux  ,  le  fcorpion  ,  le  fagittaire  ,  le  capricorne  , 
il  faut  le  regarder  comme  original.  Il  eft  bien  plus  probable  que  ce  zodiaque 
eft,  comme  nous  l'avons  dit,  le  modèle  d-;  celid  des  Egyptiens. 

§.    XVI. 

ScALiGER  dans  fes  notes  fur  Manilius  nous  a  confervé  trois  fpheres  , 
tirées  d'un  manufcrit  d'Aben-ezra  qu'il  avoir  entre  les  mains  (  c  ).  Il  nomme 
la  première ,  fphere  perfienne  j  la  féconde  ,  fphere  indienne  ;  c'eft  celle  donc 
nous  venons  de  parler  5  la  dernière  ,  fphere  barbarlque.  Cette  dernière  eft 
abfùlument  la  même  que  celle  des  aftrojiômes  d'Alexandrie ,  c'eft-à-dire, 
d'Hypparque  Se  de  Ptolemée. 

En  examinant  ces  trois  fpheres  ,  on  trouve  que  la  fphere  indienne  n'a  aucun 
rapport  avec  les  deux  autres  ;  mais  ces  deux  -  ci  ont  entr 'elles  des  reflem- 
blances  qui  ne  permettent  point  de  douter  que  l'une  n'ait  été  conftruite  d'a- 
près l'autre ,  avec  les  changemens  qui  réfultent  néceffairement de  la  différence 
des  ufages  &  ries  idées  des  peuples.  On  voit  dans  la  fphere  perfienne  une 
femme,  qui  eft  Cafilopée  ou  Andromède  j  le  triangle  j  les  poiil'ons  j  un  homme 
aflls  fur  un  trône  ,  qui  peut  être  Cephée  j  l'hidre  j  la  tête  du  diable ,  dont  on 
a  fait  fans  doute. la  tête  de  Médufe  j  la  petite  &  la  grande  ourfe  ^  la  coupe  ; 
le  cheval  j  le  cofbeau  j  le  navire  j  la  vierge  j  le  lion  j  le  dragon  j  le  lîeuve  j  le 
taureau  j  le  lièvre  j  le  cigne  j  Hercule .  ou  l'homme  à  genoux  j  la  moitié  d'un 
cheval  ailé,  c'eft-à-dire  ,  pegafe. 


(  a  )  Hyde,  Tables  d'Ulug-Beg  ,  f  4»  (^)  ^"f^  '  L*-  IV,  $.  19. 

fc  fuivantes.  (c)  Scaliger  ,  p.  33J  &  fuiv. 


§.    XVIÎ, 


ASTRONOMIQUES.  '      4S5. 

§.    XVII. 

Nous  croyons  que  de  ces  trois  fpheres  la  plus  ancienne  doit  être  la  fphere 
indienne  ,  parce  que  ce  peuple  n'a  jamais  rien  pris  des  autres  peuples,  qu'il 
eft  lui-même  très-ancien  ,  Se  que  par  confcquent  fes  connoifTances  doivent 
avoir  été  priles  à  la  fource  première.  Ainh  nous  croirions  volontiers  que  cette 
fphere  eft  la  fphere  primitive, qui  a  la  même  date  à-peu-près  que  les  conftel- 
lations  du  zodiaque.   Nous  ne  diffimulerons  cependant  pas  que  les  mifllon- 
naires  nous  ont  rapporté  quelques  noms  des  conftellations  indiennes  qui  ne 
reflemblent  point  à  cette  fphere.  On  voit  dans  le  ciel,  difent-ils  (  <z)  ,  la  tête 
d'un  élcph.int ,  fa  trompe,  un  harpon,  un  cor  de  chalfejUn  jougde  palanquin, 
un  parafol ,  un  palmier  fauvage  ,  des  rets  à  prendre  du  poilfon  ,  un  cadre  de 
lit,  une  trompette  ,  des  rubis ,  des  triangles  ;  en  un  mot  ,  les  producfbions  , 
les  inventions  du  pays ,  des  figures  fimples  &  dénuées  de  toute  fiétion.  Il  eft 
poflible  que  dans  le  grand  nombre  de  peuples  ,  renfermés  fous  le  nom  d'In- 
diens ,  il  y  en  ait  qui  ne  fortent  pas  de  la  même  origine  ,  &  qui  ayent  un  pla- 
nifphere  différent.    D'ailleurs  ces  noms  font  peut  -  être  les  anciens  noms  des 
27  conftellations  du  zodiaque  dont  M.  le  Gentil  n'a  pu  avoir  l'explication  {è). 
Ils  font  aflez  fimples  povr  être  très-anciens ,  &  ils  font  peut-être  encorejan- 
tcrieurs  à  la  fphere  de  Scaliger. 

Nous  pouvons  remarquer  des  variations  dans  les  repréfentations  du  zo- 
oiaque  qui  ont  été  trouvées  dans  l'Inde  5  celle  du  zodiaque  des  Indiens  de 
hl.  John  Call  en  offre  quelques  -  unes  dans  les  lignes  de  la  balance  Sz  du 
verfeau  {c).  Au  lieu  des  deux  usures  des  gémeaux ,  on  n'y  voit  qu'une  feule 
figure:  mais  un  millionnaire  nous  dit  que  le  figne  des  gémeaux  eftrepréfenté 
chez  eux  par  deux  femmes ,  l'une  defquelles  tient  un  bâton  dans  fa  main. 
Se  l'autre  une  efpece  de  harpe  {d), 

§.     XVIII. 

Quant  à  la  fphere  perfienne ,  nous  croyons  qu'elle  fut  réglée  ou  adoptée 
par  les  Perfes  du  rems  de  Diemschid  ,  du  tems  oii  les  quatre  étoiles  Alde- 
baran  ,  Antarès ,  Regulus  &  Phomalhaut ,  inarquoient  les  quatre  points  car- 
dinaux 5C30  ou  5100  ans  avant  J.  C.  Elle  pafta  de  la  Perfe  chez  les  Chal- 


(a)  Soucier ,  Obfervations  faites  aux  In-  (c)  Suprci ,  §.  ly. 

des  &  à  la  Chine.  Tom.  I ,  p.  147.  (  d  )  Grammaire  du  P.  Confiance  Befchi , 

{b)  Mém,  Acaj. des  Stiea.  1771.       .       p.  ifié. 


^90  É  C  L  A  I  R  C  I-  S  S  E  M  E  N  S 

dcens.  Diodore  de  Sicile  nous  dic(^)  que  leur  zodiaque  étoit  diviré  en 
1  i  fignes  ,  &  qu'outre  cela  ils  avoient  1 1  conftellations  au  noid  ,  &"  autant 
au  midi  ;  &  s'il  nous  eft  permis  de  conjecturer,  nous  dirons  que  cette  fphere 
peut  avoir  été  portée  à  Babylone  avant  le  règne  de  Bélus ,  &  avant  les  pre- 
mières obfervations  chaldéennes  (  è  )  par  le  premier  Zoroaftre ,  vers  1430  ans 
avant  J.  C.jlorfquel'équinoxe  répondoit  au  i"  du  rameau.  Il  y  a  même  cela 
de  fingulier  que  la  fphere  que  décrit  Eudoxe  répondoit  par  fes  apparences 
à-peu- près  à  l'an  1 3  53(c),&fi  l'on  ajoute  1080  ans  que  les  étoiles  ontdûen> 
ployer  à  rétrograder  de  1 5  °  ,  on  remontera  à  l'an  14}  j  ,  tandis  qu'un  autre 
calcul  nous  a  donné  l'an  2449  pour  l'âge  de  Zoroaftre  (c/).Delà  cette  fphere 
a  été  apportée  dans  la  Grèce  lorfque  cet  equinoxe  avoir  rétrogradé  au  1 5^"*^ 
degré  du  bélier.  Suivant  le  témoignage  de  Cofmas  Indico-Pleuftes ,  elle  fuc 
é<»alement  portée  en  Egypte.  11  dit  formellement  que  les  Egyptiens  reçurenc 
la  fphere  des  peuples  de  Babylone  (  e  ).  Il  eft  remarquable  que  dans  cette  fphere 
chaldéenne  ou  perfienne,  toutes  les  figures  d'hommes  Se  de  femmes  y  fonc 
fans  nom.  Si  elle  avoir  pafle  d'Alexandrie  dans  la  Perfe  ,  les  noms,impofés 
par  les  Grecs ,  fe  feroient  confetvés*.  On  les  eût  peut-être  défigurés  dans  une 
langue  différente  ,  mais  ils  exifteroient  ;  au  heu  que  les  Grecs  qui  fe  font 
emparés  de  ces  conftellations  formées  par  les  Ghaldéens ,  ayant  trouvé  dans 
le  ciel  des  figures  d'hommes  8c  de  femmes  fans  nom ,  leur  ont  donné  les  noms 
des  héros  de  leurs  fables  &  de  leur  hiftoire.  Voilà  tout  ce  qui  leur  appartient 
dans  cette  difpcficion  du  ciel.C'eft  ainfi  que  l'agenouillé  eft  devenu  Hercule; 
l'homme  qui  porte  la  tête  du  diable,  Perfée  ;  celui  qui  eft  aftîs  fur  un  trône  , 
Cephée ,  &c.  Cette  fphere  perfienne  fe  retrouve  décrite  en  partie  dans  ce' 
que  le  P.  Kirker  a  extrait  d'Avcnar  dans  fon  (Edipe  égyptien  (/). 

§.    X  I  X. 

A  l'égard  de  la  fphere  barbarique ,  comme  elle  eft  évidemment  la  plus 
mod:rne  ,  nous  en  parlerons  la  dernière.  Nous  allons  décrire  auparavant  le 
zodiaque  des  Arabes ,  des  Perfes ,  des  Siamois ,  des  Chinois  &  des  Egyptiens. 


(a)  5uf  rà.  Éclair.  Liv.  IV,  §.  13&14.  pag.  ij^.   Nous  ne  citerions  point   le  té- 

(à)   Belus  fut  en  15  47-  Les  piemiet^s  mojgnage   de  Cofmas,  auteur    peu   digne 

obfecvacions  chaldéennes  en  1134.  de  foi ,  s'il   n'étoit  d'accord  avec  des  con- 

(  c  )  Supra  ,  Éclaire.  Liv.  VI ,  §.  i,  jeftuves  bien  fondées.  H  n'cft  pas  iinpoUîble 

Infr'a  ,  ^.  37,  que  dans  fes  voyages,   il  ait  recueilli  quel- 

{  d  )  Supra,  Éclair.  Liv.  IV  ,  §.  7.  que  tradition  vraie  &  autlieiitique. 
(«)  Nuva  coUccUq  Patrum.   Tom.  II,  (/)  Toai.  II,pau,  4,  p.  lox. 


ASTRONOMIQUES.  491 

Les  Arabes  ont  très -anciennement  la  divifion  du  zodiaque  en  18  par- 
ties (cj  ).  Us  donnent  à  chacune  de  ces  divifions  des  noms  relatifs  aux  noms 
des  lignes  du  zodiaque ,  de  manière  que  le  premier  s'appelle  les  cornes ,  le 
fécond  ,  le  ventre  du  bdicr ^  Sec.  Nous  ne  croyons  pas  qu'on  puiiïe  en  conclure 
qu'ils  ayent  reçu  ces  noms  du  bélier ,  du  taureau  ,  &c. ,  des  Grecs  d'Alexan- 
drie, parce  que  tous  les  témoignages  réunis  ici ,  dépofent  que  ces  noms  font 
originaires  d  Ahe ,  &  y  ont  été  connus  de  la  plus  haute  antiquité  :  ainlî  il  n'y 
a  point  de  témérité  à  croire  que  les  Arabes  les  auront  pris  à  la  fource  com- 
mune.  Pourquoi  auroient -ils  adopté  les  noms  du  zodiaque  d'Alexandrie, 
&  n'auroient-ils  pas  pris  également  ceux  des  autres  conftellations  ?  Or  ils 
nomment  l'étoile  qui  eft  à  l'extrémité  de  la  queue  de  la  petite  ourfe  ,  l'étoile 
polaire  d'aujourd'hui,  le  chevreau  ;  les  deux  plus  belles  étoiles  de  la  grande 
ourfe ,  les  veaux  ;  les  pléiades ,  nagman  ;  ce  qui ,  félon  M.  de  Montucla  {/>) ,  a 
rapporta  la  fércnité  qu'elles  annoncent  quand  on  commence  à  les  appcrcevoir. 
Canope  ,  l'étalon  ou  le  chameau  mâle  ;  l'œil  du  taureau  ,  ferJc  ou  L'  chameau. 
Une  dénomination  finguliere  eft  celle  de  la  grande  Se  de  la  petite  ourfe  qu'ils 
n'appellent  point,  commelesE:;yptiens,le  chariot,  mai?  le  grand  &  le  petit  cer- 
cueils ,  reptéfentés  par  quatre  étoiles  j  les  trois  autres  étoiles  font  les  pleureufes 
quifuiventle  convoi.  Les  Arabes  chrétiens  en  ont  fait  le  cercueil  du  Lazare,  & 
les  trois  pleureufes  font  Marie ,  Marthe  fes  deux  fœurs  &  leurfervante  (c).  C'eft 
ainfi  qu'en  Italie  ces  trois  étoiles  étoient  nommées  les  trois  cavaliers.  On  les 
a  nommées  auffi  les  gardes  de  l'ourfe.  Les  Iroquois  avec  raifon  fe  moquoienc 
de  la  figure  de  cette  conftellation ,  où  nous  donnons  une  queue  à  un  animal 
qui  n'en  a  prefque  point  {d).  Les  Arabes  donnent  aufll  le  nom  de  dubbech  oa 
d'ourfe  à  cette  conftellation  ,  &  il  eft  vifible  que  fon  autre  nom  eft  ancien. 
Cela  eft  d'autant  plus  certain  que  l'on  retrouve  cette  même  dénomination 
dans  le  livre  de  Job  (  e).  Ils  ont  donc  mêlé  les  connoiiTances  de  rx\iie  Sc 
celles  de  l'Egypte  \  il  feroit  difficile  de  les  féparer  :  mats  auffi  on  ne  peut  rien 
conclure  pour  ou  contre  l'antiquité  des  noms  aétuels  des  figues  du  zodiaque  , 
ni  rien  décider  fur  leur  origine  chez  les  Arabes. 


(d)  Alfergau  ,  c.  lo.  Hiftoire  des  Mathématiques,  Tome  I, 

{b)  Hyde,  Tables  d'Ulug-Beg ,  p.  il,  p.  J}?- 

Hift.  des  Machéraat.  Tom.  I ,  p.  339.  (  i)  Le  P.  LafEteau  ,  Mceurs  des  Sau- 

(c)  Riccioli,  Tom.  I  ,  p.  403.  vages  ,  Tom.  II ,  p.  15  S. 

Kirker,   (Edsp.  Mgyp:  (e  )  Hift.  des  Math.  Tam.  I,  p.  340, 

Qqq'J 


>^9a  ÉCLAIRCISSEMENS 

§.    XX. 

Les  anciens  Perfes  avoientauiTi  divifé  le  zodiaque  en  18  condellations  j 
nous  ignorons  ce  que  fignifient  les  nonw  de  ces  conftellations  :  mais  on  re- 
marque que  la  féconde  ,  appelée  perv'i\  ,  font  les  pléiades  ,  chez  les  Indiens 
&  chez  les  Arabes  elle  eft  la  troifieme  (a).  Les  Perfes  ont  aufll  la  divifion  en 
1 1  figues ,  dont  le  figne  de  l'agneau  ou  du  bélier  eft  le  premier  5  ils  les  nommenc 
l'agneau,  le  taureau,  les  gémeaux,  le  lion  ,  l'épi ,  la  balance,  le  fcorpidn, 
l'arc ,  le  capricorne  ,  le  feau  &  les  poifTons  (  b  ).  Ces  déterminations  font  con- 
fignées  dans  les  ouvrages  de  Zoroaftre ,  &  ne  peuvent  être  par  conféquent 
moins  anciennes  que  lui.  Nous  avons  déjà  du  qu'elles  paroiiroient  devok 
remonter  ai/fiecle  de  Diemschid  (t). 

Les  Siamois  ont  également  deux  divifions  du  zodiaque  ,  l'une  en  i  i  fignes, 
l'autre  en  tj  conftellations  [d).  Ils  ont  même  cela  de  particulier,  comme  les 
Indiens ,  cp'il  femble  que  leur  zodiaque  ne  commence  pas  au  point  équi- 
noxial.  M.  CalUni  foupçonne  que  le  point  d'où  ils  partent,  pour  coinpter  les 
fignes  &  les  degrés ,  eft  vers  1 7  ou  1 8°  du  bélier  (  e  ).  Ce 'qui  doit  étonner, 
c'eft  qu'il  n'y  a  point  d'étoiles  remarquables  dans  ce  lieu  du  zodiaque  j  on  n'y 
trouve  que  quelques  étoiles ,  petites  &  obfcures ,  de  la  conftellation  des  poilTons. 
Cela  paroît  (ingulier,  parce  cifu'enfin  on  ne  peur  prendre  pour  l'origine  du  zo- 
diaque que  l'équinoxe  ou  quelquétoile  remarquabi  e. M. Cailini  n'a  point  deviné 
cette  énigme  ,  nous  allons  propofer  une  conje£bure  ,  ou  plutôt  la  foumettre 
au  jugement  des  leifteurs.  Nous  fuppofonrqueles  Siamois  ont  voulu  fixer  le 
commencement  de  leur  année  au  printems,  c'eft-à-dlre  ,  à  l'équinoxe.  Or 
nous  remarquons  qu'au  tems  de  leur  époque  aftronomique,  vers  l'an  «53  8  de 
notre  ère  (_/  ) ,  l'épi  de  la  vierge ,  qui  eft  une  étoile  de  la  première  grandeur , 
fe  couchoit  le  matin  pour  la  latitude  de  Siam ,  au  moment  du  lever  du  foleil, 
le  jour  de  léquinoxe  du  printems  ,  ou  tour  au  plus  un  ou  deux  jours  après»' 
Cette  étoile  avoir  tous  les  carafteres  qu'ils  pouvoient  demander  ;  elle  eft  belle 
&  remarquable  j  elle  eft  d'ailleurs  très-peu  éloignée  de  l'écliptique  ,  n'ayant 
qu'un  peu  plus  d'un  degré  de  latitude  méridionale  j  elle  eft  par  conféquent 
très-propre  à  commencer  la  divifion  du  zodiaque.  Ils  auront  donc  réglé  que 
l'année  commenceroit  au  coucher  du  matin  de  cette  étoile.  C'eft-'de  cette  ob- 

ia)  Hydc  ,  Tables  d*UIug-Bcg,  f .  ;.  (  ^)  M.  Cafllui  ,  Mém.  Acad,  dss  Scisn, 

Souciet,  Tom.  I,  p.  144.  Torn.  Vlii  ,  p.  3C0. 

(è)  2cnd-Avc(la  ,   Tom.  ÏJ,p.  345.  («)   Idtm  ,  p.  197. 

{(  )  Supra  t  5,  10.  {flJdcm:,  p.  z'ii. 


ï 


ASTRONOMIQUES.  495 

fervation  qu'ils  auront  déduit  la  durée  de  leur  année  qui  eft  fidérale.  Enfuite 
pour  faire  commencer  le  zodiaque  par  le  figne ,  où  le  fol&ilfe  trouve  lors  del'é- 
quinoxe  du  printems  ,  ils  auront  réglé  que  cette  étoile  commenceroit  le  fep- 
tieme.  Le  commencement  du  zodiaque  &  de  chaque  divifion  chemine  donc 
dans  le  ciel  ;  ils  font  aujourd'hui  au  10'™*  degré  des  lignes,  &  ces  Indiens 
font  ufage  ,  fans  le  favoir  ,  d'un  zodiaque  mobile.  Nous  ne  favons  tien  de 
plus  fur  leurs  confte Hâtions ,  ni  fur  leur  zodiaque. 

§.    X  X  I. 

Les  Chinois  ont  auffi  la  divifion  en    12  figues;   mais  l'autre  divilîon 
eft  en  18  conftellations  Se  non  pas  en  27.    La  première  de  ces  conftella- 
tions  qu'ils  nomment  kio,  commence  aujourd'hui  au  29^^  degré  de  la  ba- 
lance &  à  l'épi  de  la  vierge.  Cette  conformité  des  Siamois  avec  les  Chinois 
eft  une  efpece  de  preuve  de  la  poflibilicé ,  &  peut-être  de  la  réalité  de  la 
conjedure  que  nous  avons  formée.  Il  ne  faut  pas  oublier  d'obferver  qu'où-  ' 
tre  le  nom  qui  diftingue  chaque  conftellation ,  ils  y  ajoutent  le  caradrere 
d'une  des  planètes  ,  en  commençant  par  Jupiter  Se  recommençant  par  lui 
lorfque  le  nombre  des  fept  planètes  eft  épuifé  {a).  Nous  ignorons  ce  que 
fignifîent  les  vingt-huit  noms  de  ces  conftellations.  On  croira  que  les  douze 
figues  du  zodiaque  portent  les  mêmes  noms  que  les  nôtres  ,  fi  l'on  s'en  rap- 
porte à  M.  Hyde  {-')  j  cependant  la  chofe  n'eft  pas  claire  :  car  le  P.  Martini  (c) 
dit  expreffément  qu'ils  ont  des  noms  difFérens.  Il  eft  d'autant  plus  probable 
que  ces  noms  font  ou  ont  été  difFérens ,  qu'il  eft  aflez  naturel  de  croire 
que  les  fignes  du  zodiaque  ont  eu  autrefois  les  mêmes  noms  que  ceux 
des  années  de  la  période  de  1 1  ans  ,  qui  a  été  en  ufage  dans  toute  l'Afie. 
Nous  en  donnerons  une   preuve  plus  bas ,  en  décrivant  l'ancien  zodia- 
que trouvé  à  Rome.  Cela  eft  confirmé  d'ailleurs  par   l'ufage  des  Japo- 
nois  ,  fi  voifins  de  la  Chine  ,  qui  donnent  aux  1 1  fignes  les  noms  fuivans  , 
ia  fouris ,  le  taureau ,  le  tigre  ,  le  lièvre  ,  le  dragon  ,  le  ferpent ,  le  cheval ,  le 
mouton ,  le  finge ,  le  coq ,  le  chieji  &  le  cochon  (i).  Ces  noms  (ont  ceux 
qu3  les  années  de  la  période  de  1 2  ans  ont  portés  dans  toute  l'Alîe.  On 
verra  ailleurs  (c)  que  les  Japonnois ,  dont  l'antiquité  ne  remonte  qu'à  l'an 
660  avant  J.  C.  ,   ont  emprunté  de  la  Chine  tout  ce  qu'ds  favent  d'AC* 
tronc  mie. 

(u)  Martini,  7um.  I  ,  p.  54.  (c  )  iviarci"i,  HiU.  d^  iaChii;c    i.i.p.jj. 

Mcin   Acad  Scitn.  T.  Vlll ,  p.  n3,  î  J-f-  {ii)  HilK  des  Voy./--i2..  T.  XL,  p.  ij|. 

{l)  Hydc ,  de rel. vet.  Perj.  p.  1 2.4,  c,  i X.  {e)  Voyc^ Hift,  de  i'Allton.  moderne. 


454  ÉCLAIRCISSEAIENS 

Les  Chinois  ont  eu  des  catalogues  d'étoiles  aiïez  nombreux.  Le  plus  ancien 

paioît  remonter  vers  l'an  looo  avant  J.  C. ,  fous  la  dynaftie  des  Hia.  Il  y 

en  a  un  autre  attribué  à  Vou-hiene  vers  l'an  1530  avant  J.  C.  Ces  cartes  ne 

fubfiflent  plus.  Les  plus  anciennes  font  celles  qui  ont  été  drelTées  à  la  fin  du 

C^  fiecle  de  notre  ère.   M.  Freret  {a)  avoir  une  copie  figurée  de  ces  cartes  dans 

Icfquelles,  quoique  grojjî ères  ,  la  fituaùon  des  étoiles  ejl  en  général  ajfe\  facile  à 

reconnaître.  Elles  en  conticnnmt  plus  de  14(^0.  Le  père  Gaubil  avoir  promis 

des  détails  fur  cqs  catalogues  chinois  \  nous  ne  favons  poinr  qu'il  ait  tenu 

parole.  Ainfi  nous  fommes  difpenfés  d'entrer  dans  plus  de  détail.  Voici  ce 

qu'on  lit  dans  l'hiftoire  des  mathématiques  {b).  "  Les  Chinois,  comme  tous 

»   les  autres  peuples ,  ont  divifé  le  ciel  en  conftellations ,  &  ils  leur  ont  donné 

»  des  noms  à-peu-près  comme  nous  avons  fait.  On  voit  dans  leur  fphere 

,j   quelques  hommes  célèbres  parmi  eux  ,  des  animaux  ,  des  inftrumens  & 

,>  des  uftenfiles  d'agriculture  ou  de  ménage ,  &c.  Ils  ont  fur-tout  tranfporté 

]>  en  quelque  forte  toute  la  Chine  dans  le  ciel ,  en  plaçant  du  côté  du  nord 

J»  ce  qui  a  plus  de  rapporta  la  cour  &  à  la  perfonne  de  l'empereur  ■  on  y  voit 

»   l'impératrice ,  l'héritier  prcfomptif  de  la  couronne  ,  les  miniftres  de  l'em- 

j>   pereur  ,  fes  gardes  ,  &c.  En  général  ces  noms  paroiflent  plutôt  donnés  à 

»  des  étoiles  feules  qu'à  des  grouppes  confidérables ,  comme  ceux  qui  forment 

51  nos  conftellations.  M.  Freret  ajoute  que  '<  les  noms  des  conftellations 

»   chinoifes  font  en  général  relatifs  aux  dignités ,  aux  emplois  &  aux  magif- 

»  tratures  de  l'empire.  Quelques-unes  portent  les  noms  des  provinces  ,  des 

3>  montagnes ,  des  rivières  &  des  villes  de  la  Chine  j  d'autres ,  mais  en  petit 

j>  nombre, portent  celui  de  divers  meubles  ou  inftrumens  des  arts.  Il  y  en  a 

5>  fort  peu  qui  ayent  rapport  aux  fables  des  Tao  -  fle  &:  des  mythologues  , 

jj  parce  que  la  fefte  dominante  a  toujours  regardé  avec  mépris  ces  fortes  de 

»  fables ,  &:  qu'elle  auroit  cru  profaner  les  fciences ,  fi  elle  les  avoir  mêlées 

j>  avec  les  conuoiflances  férieules  &  folides  (c)  ». 

§.    X  X  I  I. 

Nous  palfons  aux  Egyptiens.  On  nous  a  tranfmis  plufieurs  zodiaques  qui 
paroiflent  leur  appartenir ,  mais  dont  l'authenticité  peut  être  fujette  à  quelques 
difficultés.  Une  des  premières  chofes  que  nous  avons  à  faire  ,  c'eft  de  réfuter 
une  erreur  où  font  tombés  la  plupart  de  ceux  qui  ont  écrit  fur  cette  matière. 

{a)  Mémoires  d^' l'Académie  des  Inùiip-  (i)  Hift.  des  Math.   Tom.  I,  p.  393. 

dons,  Tom,  XYllI,  p.  Z7I.  (  c  )  Màu.  Acad.  luf.  T.  XVIII,  p.  171. 


ASTRONOMIQUES.  495 

On  repère  parcour  que  le  zodiaque  des  Egyptiens  étoic  le  même  que  celui  des 
Grecs ,  parce  que  Lucien  l'a  dit  (j)  j  parce  qu'il  dit  qu'on  y  voyoit  le  bélier 
le  taureau  ,  &c.  Lucien  a  fleuri  longtems  après  Hypparque  j  il  ne  devoit  pas 
connoîcre  d'autre  zodiaque  que  celui  des  aftronômes  d'Alexandrie.  C'eft 
à-peu-près  comme  fi  on  difoit  que  le  zodiaque  des  Grecs  d'Alexandrie,  étoic 
le  mcme  que  celui  des  Grecs  d'Europe  &  d'Afie.  Le  témoignage  de  Lucien 
ne  prouve  que  cela  5  mais  avant  Hypparque  ,  Ariftille  &  Timocharis ,  avant 
ce  zodiaque ,  n'y  en  avoit-il  pas  un  plus  ancien  ?  C'cft  ce  qu'il  faut  examiner , 
&  ce  que  Lucien  ne  contredit  point. 

§.     X  X  I  I  L 

Le  P.  Montfaucon  (A)  nous  a  confervé  une  efpece  de  zodiaque  qui  femble 
vraiment  égyptien.  Il  ne  refTemble  en  rien  à  celui  des  Grecs.  Nous  ne  pouvons  "'"'^■'^^  ^^' 
rien  dire  de  fon  antiquité  j  nous  le  croyons  feulement  très-ancien,  1°.  parce 
les  figures  font  très-fimples ,  comme  on  peut  le  voir  par  la  planche  aue  nous 
en  avons  fait  graver ,  &  que  d'ailleurs  la  mémoire  de  ce  qu'elles  repréfentenc 
eft  abfolument  perdue  j  2°.  parce  que  nous  avons  d'autres  zodiaques  qui  ont 
des  reflemblances  avec  celui  des  Grecs ,  &  qui  par  conféquent  doivent  être 
plus  modernes.  Nous  ne  devons  pas  dillîmuler  qu'onn'eft  point  certain  que  la 
figure ,  dont  le  P.  Montfaucon  donne  l'explication  ,  foit  réellement  un  zo- 
diaque. Mais  cette  figure  eft  partagée  en  i  x  colonnes  chargées  de  caraderes 
hiérogliphiques.  Au  haut  de  chacune  de  ces  colonnes  font  repréfentées  les 
figures  que  nous  avons  réunies  dans  une  feule  planche  \  il  eft  naturel  de  fun- 
pofer  que  ces  colonnes  ,  remplies  d'hiérogliphes  ,  contiennent  des  chofes  re- 
latives aux  douze  mois  de  l'année ,  &  que  les  figures  qui  les  accompa^nenc 
font  celles  des  fignes  du  zodiaque  qui  répondoient  à  ces  mois.  Il  faudroit, 
pour  en  être  afluré ,  pouvoir  déchifter  les  caraderes  contenus  dans  cette 
table. 

§.    XXIV. 

On  rapporte  communément  l'origine  des  12  fignes  du  zodiaque  aux  li 
grands  dieux  de  l'Egypte.  C'eft  le  fentiment  de  M.  Freret  (c) ,  &  plus  ré- 
cemment de  M.  Schmidt  [d).  Cette  idée  eft  confirmée  par  le  zodiaque  dont 


{a)  De  Afirologia.      ^  {  d)    Dans   une    dllfcrcation    adrelTée    à 

(  b  )  Anci^uité  expliquée,  Suplém.  T.  II,  la  fo;iété  d;s  Antiquaires  de  Londres,  in- 

P   ^^^-  féree  dans  le  tome  deuxième  d'un  Journal 

{c)  Dcfenfe  de  la  Chronologie ,  p.  ;cp.  imprimé  à  Berne  en  1760  ,  pai^e  70. 


4-T  ÉCLAîRCISSEMENS 

le  P.  Kiikar  nous  donne  la  figure  de  l'explication.  Ce  pera  l'a  conftrult  d'après 
les  fragmens  hiérogliphiques ,  copiés  en  Egypte  fur  les  anciens monumeus 
par  un  Copte  ,  avec  lequel  il  avoir  eu  des  relations  à  Rome  ,  &  qui  s'étoic 
chargé  de  cette  commiffion  {a).. 

M.  Freret  ajoute  que  fous  chacune  de  ces  1 2.  divinités ,  les  Egyptiens  en 
plaçoient  trois  autres  qui  préhdoient  à  lo  degrés,  &  qu'ils  nommoient  inf- 
pedeurs.  Ce  font  les  decuni  des  aftrologues  antérieurs  à  Ptolemée.  On  trouve 
dans  la  table  ifiaque  5  6  figures  (  b  )  qui  répondent  aux  douze  mois  de  l'année, 
8c  qui  étoient  fans  doute  les  hiérogliphes  ou  les  emblèmes  de  ces  divinités. 
Les  Egyptiens  attribuoient  à  Hermès  ou  Mercure  la  divifion  du  ciel  en  i ,  4, 
I  z  &  36  parties  j  cette  divifion  en  ^6  decani  feroit  donc  très  ancienne.  Il  eft 
fin"ulier  que  Ptolemée  n'en  fafle  point  mention. 

Sous  chaque  decani  il  y  avoit  trois  aflelTeurs  ou  miniftres  ;  ce  qui  faifoit  en 
tout  1 5  (î  divinités ,  &  108  conftellations.  On  a  dans  les  anciens  les  noms  de 
ces  36  decani  (c)  j  &  comme  on  trouve  ces  rhêmes  noms  fur  plufieurs  pierres 
gravées,  avec  des  figures  égyptiennes,  il  eft:  fort  probable  que  ces  figures  font 
celles  fous  lefquelles  les  Egyptiens  les  repréfentoient.  Chacune  de  ces  conf- 
tellations avoit  une  étendue  de  j°  zo'.  En  en  réuniffant  quatre  enfemble, 
on  avoit  donc  un  efpace  de  i  3°  20' ,  qui  eft  précifément  la  lycme  p^rtig  (^^ 
zodiaque,  &  l'étendue  d'une  des  17  conftellations  lunaires  ,  ou  manfions  de 
la  lune ,  d'où  on  peut  conclure  que  par  ces  fubdivifions  ils  avoient  voulu 
établir  un  certain  rapport  entre  les  deux  divifions  relatives  au  foleil  &  à  la 
lune.  Remarquons  une  analogie  finguliere  entre  le  zodiaque  indien  &  le 
zodiaque  égyptien.  Les  Indiens  fubdivifent  leurs  z8  conftellations  en  quatre 
parties ,  &  les  Egyptiens  partagent  leurs  decani  en  trois  ;  de  forte  qu'il  y  a 
en  tout  108  fubdivifions  dans  l'im  &  dans  l'autre  zodiaque.  11  eft  impoftîble 
de  ne  pas  croire  que  l'un  a  été  copié  fur  l'autre  ,  ou  que  tous  les  deux  ont  U 
même  fource,  - 

§.    XXV. 

Le  p.  Kirker  commence  le  détail  qu'il  nous  donne  du  zodiaque  égyptien 
par  le  capricorne  (c/).  Ce  figne  ,  félon  lui ,  étoit  dédié  à  Anubis ,  confervateur 
de  la  chaleur  &  de  l'humidité  ,  dont  le  fymbole  étoic  un  animal ,  belier- 


(a)  0:<iz>../Egyff.  T.  II,  parc,  i,p.  104.  (  <;  )  Scaliger,  Notes  fur  Manilius,  page 

(  b  )  Ibidem ,  Tom.  III.  44^  ^  fuivantes. 

f  ignorius  ,  Menfa  ijiaca.  (  'i  )  (Eaip.  Mgyp.T.ll ,  part,  i,  p.  i; ) . 

poiiron. 


ASTRONOMIQUES.  ■^c.y 

poîlTon.  Nous  avons  vu  qiic  ce  figne  fe  retrouve  exaftement  dans  îe  zodiaque 
indien  (  a).  Le  fécond  croit  confacrc  à  Canope  ,  à  la  divinité  qui  mettoit  en 
action  l'humidirc  foucerraine,  pour  difpofer  la  terre  à  la  fécondité.  Comme 
les  Egyptiens  repréfentoient  Canope  fous  la  forme  d'une  cruche ,  les  Grec» 
ont  mis  une  urne  dans  les  mains  du  verfeau  ;  cette  cruche  fe  trouve  auflî 
dans  le  zodiaque  indien.  Le  troifieme  appartenoir  à  Ichton  ,  idée  ou  modèle 
de  toutes  les  chofes  qui  doivent  être  produites  dans  le  monde.  Le  nombre 
infini  de  toutes  ces  chofes  eft  défigné  par  l'emblème  des  poilTons ,  dont  la 
fécondité  eft  immenfe.  On  donnoit  le  quatrième  à  Ammon,  reprefenté  pac 
un  homme  dont  la  tète  porroit  des  cornes  de  bélier.  Le  cinquième  étoit  dédié 
à  Apis  ,  fous  le  fymbole  d'un  bœuf.  Le  fixieme  à  Hercule  &  à  Apollon  ,  ou 
félon  Plutarque  (  ^)  ,  à  Harpocrate  &  à  Hclitoménion ,  enfans  jumeaux  d'ifis 
^  d'Ofiris.  Le  feptieme  à  Hermanubis  ,  c'eft-  à-dire  ,  à  Mercure  qu'ils  dé- 
peignoient  fous  la  forme  d'un  Ibis.  Ce  fymbole  a  été  changé  dans  celui  de 
récrevilfe  ,  à  caufe  du  mouvement  rétrograde ,  par  lequel  le  foleil ,  lorfqu'il 
eft  parvenu  à  ce  (îgne ,  commence  à  fe  rapprocher  de  l'équateur.  Le  huitième 
étoit  confacré  à  Momphra ,  génie  qui  piéfldoit  à  l'accroiirement  du  Nil  ;  ou 
le  peignoir  fous  diverfes  formes  ,  d'un  homme  ou  d.'un  lion  couché.  Le 
neuvième  étoit  dédié  à  Ifis  que  l'on  reprcfentoit  par  un  fphinx  ,  ou  par  une 
femme  qui  tient  des  épis.  Le  débordement  du  Nil,  qui  commençoit  dans  le 
figne  précédent ,  finifToit  dans  celui-ci  :  aufll  tous  les  hiérogliphes ,  qui  onc 
trait  à  ce  débordement ,  font  accompagnés  d'un  lion  ou  d'un  fphinx.  On  dit 
même  que  les  Egyptiens  repréfentoient  le  débordement  du  Nil  par  un  fphinx, 
xnonftre  compofé  d'une  femme  &  d'un  lion ,  parce  que  ce  débordement 
<3uroit  pendant  tout  le  tems  que  le  foleil  employoit  à  parcourir  les  fignes  du 
lion  &:  de  la  vierge  (c).  Le  dixième  étoit  donné  à  Omphta,  qui  étoit  cenfé 
le  jufte  diftributeur  de  la  fécondité  apportée  par  le  Nil.  On  le  peignoir  fous 
la  forme  d'un  homme  qui  tient  à  la  main  une  règle  ou  bâton  divifé  ,  &  qui 
porte  fur  la  têre  un  boiffeau.  Dans  le  zodiaque  indien  il  y  a  une  femme  qui 
p3rre  une  balance.  L'onzième  éroit  dédié  à  Typhon ,  l'ennemi  de  la  nature  ," 
qui  venoit  arrêter  les  productions  de  la  terre  ,  en  détraire  ,  ou  du  moins  en 
fufpendre  la  fécondité;  ce  qui  étoit  dcfigné  par  l'emblcme  d'un  taureau  dont 
un  fcorpion  mord  les  tefticules.  Le  douzième  étoit  confacré  à  Nephtis ,  génie 
<jui  prélidoit  à  la  chaleur  fouterr.iine  ;  il  avoir ,  dit  -  on,  le  dépôt  des  armes 


(  a  )  Supra,  §.15.  {  c)  Hyde  ,  fur  ks  Tables  d'Ulug-Bcj^ 

(  y  )  De  Ifidi  ^  OJiriiîi,  P^gc  J  i . 

Rrc 


^^8  Ê  C  L  A  I  R  C  I  S  S  E  M  E  N  S 

d'Ofirls  ou  du  foleihc'efl:  pourquoi  il  eft  repréfenté  par  nn  homme  qui  lance 
une  flèche.  On  voit  fur  les  fra^raens  d'un  ancien  ôbélifque  égyptien  ,  le  fa- 
glttaire  &  les  poiflons  tels  qu'ils  fonr  repréfentés  dans  notre  zo.liaque  (<').  On 
trouve  dans  lnjlo'ia  univirfale  de  Blanchini  les  figures  des  1 1  figues  du  zo- 
diaque ;  mais  elles  four  tirées  des  médailles  des  empereurs  Commode  Sc 
Trajan  (/') ,  3c  par  conféquenr  ne  fout  pas  alfez  anciennes  pour  fervir  d'aucune 
preuve  ici. 

§.    X  X  V  I. 

Selon  M.  Schmidt  le  capricorne  ctoit  dédié  à  Pan  ou  à  Mendès.  La  cruche 
idu  verfeau  faifoit  allufion  à  une  fête  anniverfaire  de  la  mort  d'Ofiris.  Les 
poiflfons  étoienrconfacrés  à  Nephtis  j  le  bélier,  à  Jupiter  Ammon;  le  taureau, 
au  dieu  Apis  ;  les  gémeaux  ,  à  Horus  &  à  Harpocrate  ;  l"écreviire  ,  à  Anubis  ; 
le  lion  ,  à  Ofiris  j  la  vierge  ,  à  Ifis  •,  le  fcorpion  ,  qui  comprenoit  alors  deux 
iignes ,  à  Typhon  j  enfin ,  le  fagitraire ,  à  Hercule. 

§.    X  X  V  I  L 

Nous  avouonsque  nous  avons  peine  à  imaginer  que  les  premiers  inventeurs 
du  zodiaque  fefoient  fait  le  fyftème  de  faire  aiufi  préfiderune  divinité  à  chacun 
des  figues  du  zodiaque.  Nous  penfons  que  l'on  n'y  a  placé  des  dieux  ou  des 
hommes  que  lorfque  les  erreurs  de  l'aftrologie  ont  corrompu  les  principes  de 
l'Aflronomie.  Nous  penfons  que  dans  ces  premiers  commencemensles  idées 
étoient  plus  fimples  ,  &  nous  fommes  afiez  de  l'avis  de  M.  Pluche  qui  rap- 
porte l'origine  des  fignes  du  zodiaque  à  la  vie  paftorale  des  premiers  hommes. 
Il  s'eft  fondé  d'ailleurs  fur  un  palfage  de  Macrobe  ,  dont  nous  devons  faire 
mention  ici  (c).  Macrobe,  cherchant  la  raifon  de  la  dénomination  impofée 
aux  fignes  de  l'écrevifle  &  du  capricorne,  prétend  qu'on  a  défigné  le  figne  du 
ïblftice  d'été,  par  l'écrevifle  qui  marche  à  reculons,  parce  que  dans  ce  figne 
le  foleil  rétrograde  &  revient  fur  fes  pas  pour  defcendre  vers  l'équateur  \  que 
le  figne  du  folftice  d'hiver  fut  nommé  le  capricorne  ,  parce  que  ,  femblable 
à  la  chèvre  qui  iv.onte  toujours  en  broutant,  le  foleil  parvenu  à  ce  figne  re- 
commence à  s'élever.  Sur  ce  plan  d'analogie  M.  Pluche ,  aureur  de  l'hiftoire 
du  ciel  (./) ,  imagine  à  fon  tour  les  dénominations  des  autres  fignes.  Il  prétend 


(  c)Pocokc,  defcript.  Cf  thecaft.  T.  II,  (  c  )   Saturrj.    Lib.  I,c.  17. 

yart.  i,  pag    xoy.  {a)  Hiftoice  du  Ciel,  Tome  prcmiei^ 

(A)  rag.'é7  ,  196,  5o<,  FS^  '7- 


ASTRONOMIQUES.  49^ 

que  les  iiiftîtuteurs  du  zodiaque  ont  réellement  voulu  marquer  la  faifon  des 
agneaux  par  le  bélier  à  l'équinoxe  du  printems  ;  l'égalité  des  jours  &c  des  nuits 
par  la  balance  à  l'équinoxe  d'automne  j  le  tems  de  la  moiffon  par  la  vierge 
tenant  des  épis  j  le  tems  des  pluies  d'hiver  par  le  verfeau,  &c.  Or  ,  comme 
il  n'y  a  point  de  pluie  en  Egypte  ,que  la  moifTon  ne  s'y  fait  pas  dans  le  mois 
où  le  foleil  entre  au  figne  de  la  vierge,  Se  qu'en  un  mot  l'ordre  que  les  fignes 
expriment  n'efl:  pas  celui  du  climat  égyptien  ,  il  infère  que  le  zodiaque  n'a 
point  pris  naiflance  en  Egypte ,  qu'il  y  a  été  porté  d'ailleurs  ,  que  ce  font  les 
premiers  habitans  de  la  Chaldée  ,  qui  avant  leur  dilperfion  ont  donné  aux 
m^.lfons  du  foleil  le  nom  qu'elles  portent ,  &  que  les  fignes  du  printems  furent 
dès -lors ,  comme  ils  l'ont  été  depuis  le  bélier ,  le  taureau  Se  les  gémeaux ,  la 
balance ,  le  figne  de  l'automne  ,  &c. 

§.    XXVIII. 

Nous  fommes  bien  de  l'avis  de  M.  Pluclie  ,  quant  au  pays  où  il  place  î» 
première  divifion  du  zodiaque  ,  c'eft  en  Afie  fans  doute  qu'elle  dût  être  pri- 
mitivement exécutée.  Les  noms  des  animaux  qu'on  y  a  placés  font  dûs  à  la 
vie  paltor^le  des  premiers  hommes  j  ils  y  ont  mis  des  agneaux  j  un  taureau  , 
des  chevreaux ,  parce  que  ces  beftiaux  ,  qui  faifoient  toutes  leurs  richeflTes  ^ 
étoient  fort  intéreffans  pour  eux.  Mais  il  n'y  a  nulle  apparence  qu'on  ait  donné 
le  nom  du  bélier  au  figne,  ou  le  foleil  fe  trouve  lorfque  les  brebis  mettent 
bas.  Le  mouvement  des  étoiles  en  longitude  détruit  tout  ce  beau  fyftcmà. 
Les  étoiles  du  bélier  écoient  dans  les  fignes  d'hiver  à  l'époque  dont  parle  M. 
Pluche ,  &  la  balance  précédoit  l'équinoxe  peut-!;tre  de  deux  fignes  entiers.  Au 
refte  il  ne  faut pointobjeéteràM.Pluche d'avoir faitentrer dans fon zodiaque 
lahalancej  qui  ne  fe  trouve  point  dans  celui  des  Grecs  d'j\lexandrie.  Ou 
fait  que  le  fcorpionoccupoit  deux  fignes,  &  que  les  ferres  de  cet  animal  te- 
noient  la  place  de  la  balance  j  mais  une  partie  de  ce  figne  pouvoit  être 
nommée  la  balance  ,  &  il  feroit  difficile  de  prouver  qu'elle  a  été  inconnue  a 
Pfolemée  même.  Il  eft  certain  du  moins  que  Vitruve  (  a  ) ,  Geminus  (  3  ) , 
Ciceron  (c) ,  écrivains  antérieurs  à  Ptolemée ,  en  ont  fait  mention.  D'ailleurs 
il  eft  évident  qu'elle  exiftoit  dans  le  zodiaque  des  Indiens ,  comme  le  prouve 


(a)  Vitruve  ,  Lib.  IX ,  c.  6  &  7.  Se  qui  iîgnlfie  un  pefon  ,  une  balance  à  la 

(  i  )  Geminus,  c.  i.  romaine,  femblabk  à  celle  que  les  Indiens 

(c  )   Ciceron  fe  fcrt  du  mot  jugum.  Ce-       ont  dans  leur  zodiaque  ,  félon  M.  le  Geil- 
jfiinus  du  r.iot  Zvjcî  qui  y  répond  eu  grec,      til.  Supra ,  §.  i/. 

R  r  r  ij 


500  E  C  L  A  I  R  C  I  S  S  E  M  E  II  S 

Ia  ligure  qne  nous  en  avons  fait  graver.  L'explication  de  Macrobe  ne  peut 
fubfifter ,  1°.  parce  que  les  étoiles  de  l'écreviffe  étoienc  fort  éloignées  du 
folftice  ,  lorfque  le  zodiaque  a  été  réglé  :  i°.  parce  que  le  capricorne  n'eft 
point  une  chèvre  ,  mais  une  chèvre  de  un  poiflon  réunis  (12)  j  à  moins  qu'on 
ne  fuppofe  que  le  folftice  d'hiver  ,  ayant  été  primitivement  dans  le  figne  des 
poifTons ,  lorfqu'on  voulut  le  déligner  par  une  chèvre, on  y  joignit  un  poifont 
pour  conferver  la  mémoire  du  lieu  où  il  avoir  été  jadis.  Le  fphinx  pourroic 
bien  être  un  exemple  du  même  genre  ;  on  auroit  joint  une  femme  de  un  lien , 
pour  marquer  que  le  folftice  d'été  s'étoit  trouvé  fuccelîivement  dans  ces  deux 
figues. 

§.    X  X  I  X. 

Il  faut  donc  s'en  tenir  à  l'explication  de  M.  Freret ,  de  M.  Schmidt,  Se  du 
P.  Kirker  qui  ne  différent  pas  eflentiellement.  Ce  n'eft  pas  que  noxis  ima- 
ginions que  fi  le  zodiaque  a  été  réellement  inventé  en  Egypte,  les  premiers 
auteurs  y  ayent  entendu  tant  de  finefle.Ces  noms  auront  été  d'abord  tout  fim- 
plemenr  des  noms  d'animaux  ;  les  prêtres  dans  la  fuite  des  tems  ,  pour  con'- 
iacrer  davantage  les  objets  du  culte,  auront  cherché  à  retrouver  dans  les  fignes 
dn  zodiaque  les  dieux  que  l'Egypte  honoroit  :  on  aura  prétendu  que  ces  animaux 
en  ctoientles  emblèmes  ;&  peut-être,  comme  l'aconjeâruré  M.Pluche,eftce 
là  l'origine  du  culte  iingulier  que  l'Egvpte  rendoit  aux  animaux.  Le  livre  de 
Jvl-  Pluche  eft  rempli  d'idées  ingénieufes  j  fon  défaut  eft  de  croire  coût  en- 
tendre ,  &  de  vouloir  tout  expliquer. 

XXX. 

A  l'égard  du  P.  Kirker ,  nous  n'ignorons  pas  que  fon  zodiaque  &  fon  pla- 
îiifphere  égyptien , dont  nous  parlerons  bientôt,  font  fort  fufpeéls  aux  favans  5 
nous  ne  prétendons  point  non  plus  les  garantir.  Cependant  nous  avons  déji 
«lit  qu'il  ne  faut  par  rejeter  les  monumens  de  l'anticjuité  fans  de  fortes  raifons  , 
&  nous  ne  trouvons  point  les  obje6tions  que  l'on  fait  à  ce  père  fuffifamment 
fondées  (/>).  On  voir  ,  dit- on  ,  dans  fon  planifphere  des  conftellations  que 
l'on  fait  n'avoir  pas  été  comprifes  dans  le  planifphere  égyptien ,  telles  que 
ïes  deux  ourfes ,  le  dragon  ,  la  balance  Se  les  gémeaux.  Achilles  Tatius  té- 
jnoigne  (  c)  que  les  deux  ourfes ,  céphée ,  ni  le  dragon  ne  s'y  trouvoienr  pas  j 


(a)  Suprh. ,  §.   I y  &  1  y.  Aft-ron.  àz  M.  de  la  Lanck  ,  T.  I ,  p.  14*. 

(  b  )  Goguet ,  Tom.  li  ,  pag,  41  S,  C^)  Achilles  Taciiif,c.  35,/;;  Uran.  f .  16^. 


ASTRONOMIQUES.  501 

mais  il  ne  dit  point  comment  il  l'enrendoit.  Hérodore  dit  auffi  (a)  <|iie  les 
Egyptiens  ne  connoiiroient  point  les  diofcures  ,  ou  les  jumeaux,  Caftof  & 
PoUiix  :  mais  H  :rodote  ne  parle  que  des  frères  d'Hélène ,  &  non  pas  de  la  conf- 
tellation  à  laquelle  les  Grecs  ont  donné  ces  noms.  Nous  voyons  que  les  orien- 
taux plaçoient  dans  le  zodiaque  deux  veaux ,  deux  agneaux  ou  deux  che- 
vreaux, enfin  deux  jumeaux  (/')  :  cette  défignation  n'étoitdonc  pas  inconnue 
à  l'antiquité.  On  en  peut  dire  autant  de  Céphée.  Quant  à  la  balance  ,  il  eC: 
incertain  Ci  elle  n'a  pas  été  connue  en  Egypte.  Il  eft  sûr  quî  dans  la  fphere 
d'Alexandrie  le  fcorpion  occupoit  ce  figue  par  fes  ferres ,  mais  le  figne  de  la 
balance  étoit  connu  alors  ,  &  bien  longtems  auparavant  dans  l'Afie  (c).  A 
l'égard  des  deux  ourfes  il  femble  que  le  P.  Kirker  a  dû  avoir  des  autorités 
particulières  pour  les  y  placer.  Le  paiïage  d'Achilles  Tatius  ne  lui  étoit  p?.s 
inconnu  puifqu'il  le  cite  {d).  Il  reconnoît  ailleurs  {e)  que  les  étoiles  de  l'ourfe 
étoient  appelées  par  les  Egyptiens,  le  chariot.  Selon  toutes  les  apparences 
Achilles  Tatius  s'eft  trompé  dans  ce  qu'il  a  avancé; car  Plutarque  (/)  a  parlé 
de  l'ourfe  comme  d'une  conftellation  éç^yptienne.  Il  eft  vrai  que  Plutarque 
eft  poftcrieur  à  Hypparquejmais  un  témoignage  plus  ancien  &  plus  décifif, 
c'eft  l'infcriptionque  nous  avons  rapportée  dans  le  livre  I  {g)  ,  où  la  conftel- 
l:.tion  de  l'ourfe  eft  nommée.  Cette  infcription  ,  drefTée  du  tems  dOliris ,  a, 
plus  de  3000  ans  d'antiquité  avant  J.  C. 

§.     X  X  X  ï. 

D'AîLLîuas  nous  avons  déjà  dit ,  en  faveur  du  zodiaque  du  P.  Kirker, 
qu'indépendamment  de  ce  qu'il  paroît  appuyé  fur  des  monumens  égyptiens , 
certaine  rclTemblance ,  que  l'on  peut  aifément  remarquer  entre  ce  zodiaque 
&  celui  des  Indiens,  dépofe  pour  fon  authenticité.  Le  P,  Kirker  n'a  point 
connu  le  zodiaque  qui  eft  gravé  récemment  dans  les  tranfadiions  philofo- 
phiques  ;  &  il  eft  évident  que  le  figne  indien  ,  où  l'on  voit  un  bélier  &  un 
poiflon ,  eft  l'origine  du  monftre  moitié  bélier  &  moitié  poifton  ,  qui  fait  au- 
jourd'hui le  capricorne.  En  outre  le  figne  du  verfeau  eft  reprefenté  dans  l'un 
&  l'autre  zodiaque  par  une  cruche. 


(a)  In  Euterpe.  (d)    (Edip.^  J£gyP-   Tom.  II ,   part,  a  ,' 

(A)  Hydc  ,  de  relig.  vet,  Perf.  c.   51,  p.  xoj. 
pag-  3  97-  (  «  )  Ii>:d:7n  ,  p.  îio. 

Zend-Avefta,  T.    II ,  p.  ;49.  (f)  De  IfiJe  &  Ojlnde. 

(c  )  6'«/'rii,$.  15  SiÉclaix.LiV.  r/',  5.  44.  (^)  5/ifr,î  ,  Éclaire.  Liv.  I,  §.  îo. 


501  É  CL  A  I  R  C  I  S  S  E  M  E  N  S ^ 

Reaiarqtions  que  ce  zodiaque,  comme  celui  uçs Indiens, n'a  qu'uiipoiltoit 
au  lieu  de  deux.  Le  nom  égyptien  de  ce  fîgne  eft  un  fingulier  qui  figniiîe  le 
poilTon  d'Horus  {a). 

Ces  conformités  femblenr  établir  qu'il  y  a  eu  très-anciennement  quelque 
communication  entre  les  Egyptiens  &  les  Indiens.  Le  pa.Tage  étoit  plus  facile, 
&  le  détour  moins  long  ,  lorfque  le  détroit  de  Babel-Mandel  étoit  fermé  , 
comme  nous  apprenons  de  Strabon  {h)  qu'il  l'étoit  jadis.  Le  golfe  perfique 
l'étoit  peut-être  également  (*).  Tout  nous  porte  à  croire  qu'Ofiris  regnoit 
plus  de  3000  ans  avant  l'ère  chrétienne  (c).  Il  a  pouffe  fes  voyages  &  fes 
conquêtes  fort  loin  dans  l'Afie.  On  ne  doute  point  qu'il  ne  foit  le  même  que 
Bacchus  qui  fut  le  légiflateur  de  l'Inde.  Il  a  donc  pii  porter  le  zodiaque  d'E« 
gypte  ou  d'Ethiopie  dans  l'Inde ,  ou  bien  rapporter  le  zodiaque  indien  eii 
Egypte.  Un  indice  affez  fort,  que  nous  avons  déjà  remarqué  ,  peut  même 
décider  la  chofe  en  faveur  des  Indiens  :  c'eft  celui  que  nous  tirons  du  capri- 
corne ,  repréfenté  chez  les  Indiens  par  un  bélier  Se  un  poilfon  féparés ,  &  chez 
les  Egyptiens  par  un  monftre  formé  de  ces  deux  animaux.  Nous 'avons  die 
que  le  peuple,  q^ui  a  confondu  ces  deux  animaux  en  un  feul,  fut  le  peuple 
imitateur. 

§.    XXXII. 

Nous  ne  devons  pas  oublier  de  parler  d'un  zodiaque  que  Scallgec 
nous  a  confervé  ,  &  qu'il  dit  avoir  tiré  des  antiquités  de  l'Egypte  (  d).  Il 
ef:  d'abord  divifé  par  fignes ,  &  enfuite  de  dix  en  dix  degrés ,  c'eft-  à-, 
dire,  en  decani  fuivantla  méthode  des  aftrologues.  Chacun  de  ces  dccani, 
oUtre  le  nom  qui  lui  eft  attribué,  eft  encore  diftingué  par  le  caradtere 
d'une  des  planètes,  comme  les  conftellations  des  Chinois  {e).  Nous  ob^ 
ferverons  que  chez  les  Chinois,  ces  noms  des  planètes  font  impofés  , 
fans  doute  comme  noms  des  jours  de  la  femaine  :  l'ordre  qu'ils  fuivenc 
eft  celui-ci,  fùrurne,  îe  foleil,  la  lune,  mars,  mercure,  Jupiter,  venus. 


(^)  «Il  n'cft  pas  douteux  qu'il  y  a  eu  "  avant  que  Zoroaftre  &  Pythagore  liaf» 

51  autrefois   une    communication    entre  la  33  f.nc  commerce  avec  eux  ". 

»  Pcrfe  ,  l'Egypte  &   l'Indofban.  La  pre-  Trad.  duSliafta'î ,  par  M.  Holwel,  p.  i>^f 

•5  miîre  confine  avec  celui-ci ,  &  quoique  (a)  Riccioli,  Almag.  T.  I,  p.  401. 

>=  l'Egypte  en  foit  plus  éloign<;e,  cela  n'em-  Ktrker,  Tom.  II,  part.   z.  p.  itfy. 

V  pschoit  pas  qu'on  ne  pût  aifémcnt  aller  (i  )  Sciabon  ,  cité  dans  le  livre  intitulé  : 

'3  ])ar  mer  de   la  mer  ro'jge  dans  l'Inde.  de  la  Population  de  l'Amérique ,  pag.  451* 

»5  J'ofe  donc  avancer,   faas  crainte  de  me  (  c  )  Supra  ,  Éclaire.  Liv.  I,  §.  10. 

«  ttompér,  que  les  Mages  de  ces  deux  na-  {à)  Notes  fur  Maniiius,  page  441. 

»r  tions  ont  connu  les  Bramiucs  long-tems  \i)  Supra  ,  §.  ii. 


A  s  T  R  O  K  O  M  1  Q  U  E  S.  je. 

Nous  ignorons  pourquoi  leur  pLeitiiere  conitelhcion  commence  par  Ju- 
piter. Il  eft-viUble  qu'ici  on  a  eu  égard  à  la  ruppofition  que  chacune 
de  ces  conftellarions  e(V  décrite  par  la  lune  dans  un  jour  ;  on  leur  a  donné  le 
nom  des  Jours  de  la  feraiine,  &  les  femaines  défignent  alors  les  quatre 
quartiers  de  la  luno.  Chez  les  Egyptiens,  ou  du  moins  dans  le  zodiaque 
dont  il  eft  ici  quellion ,  on  fuit  les  planètes  félon  l'ordre  de  la  diftance 
en  plaçant  venus  &c  tiiercure  entre  le  foleil  &c  la  lune.  Le  premier  decani 
du  b:lier  porte  le  cara£lere  de  mars;  nous  en  ignorons  la  raifon,  puif- 
qu'on  fuit  l'ordre  des  planètes ,  on  devoir  commencer  par  la  plus  proche  , 
ou  p.ir  la  plus  éloignée  j  cela  paroît  évident.  Le  caractère  de  faturne  ne 
fe  trouve  qu'iu  troi(i;me  decani  du  taureau.  Seroit-ce  que  l'équinoxe  étoic 
placé  entre  le  zo  &  le  jo"  de  cette  conftellation ,  lorfqae  ce  zodiaque  a 
été  réglé,  &c  qi'on  en  a  feulement  changé  le  commencement,  lorfqn'au 
tems  des  Aftronômes  d'Alexandrie  l'équinoxe  avoir  rétrogradé  &  fe  rrou- 
voit  dans  'e  premier  decani  du  bélier.  Cette  feco^jjde  conjeélure  fortihe  celle 
que  nous  avons  propofée  plus  haut  (  '^  ) ,  par  laquelle  nous  avons  fait  voie 
que  l'équinoxe  avoir  du  répondre  à  la  fin  delaconftellp.ciond  i  taureau;  &  l'une 

6  l'autre  tranfporte  également  l'origine  du  zoJtaqae  au- delà  du  déluge. 

§.     X  X  X  I  1  L 

Ce  qui  eft  très-remarquable  dans  ce  zodiaque ,  c'eft  que  chaque  degré 

7  eft  délîgné  par  une  figure  particulière  d'animaux  ,  de  différentes  chofes , 
mais  furtout  d'hommes  &  de  femmes  ,  dont  le  nombre  eft  plus  des  deux 
tiers  da  nombre  des  djgrés.  Ce  zodiaque  nous  paroît  l'ouvrage  de  l'af- 
trologie  ;  ces  figures  attachées  à  chaque  degré  particularifent  bien  d'a- 
v.antage  les  prédiélions ,  qui  font  trop  générales ,  &  appartiennent  à  trop 
d'individus ,  quand  le  zodiaque  n'eft  partagé  qu'en  1 1  conftellations.  Cette 
circonftance  du  grand  nombre  d'hommes  &  de  femmes  qui  y  font  placés  eft 
une  preuve  ce  ce  que  nous  avançons  ;  c'eft  précifément ,  parce  que  ces  degrés 
de  l'écliprique  influoient  fur  îa  deftinée  des  homme;  qu'on  y  a  placé  ces 
figures ,  qui ,  par  les  marques  qui  !cs  diilinguenr ,  &  par  les  cliofes  dont 
elles  paroiffent  occupées,  étoient  p:us  propres  que  d'aurres  fignes  à  dé- 
{îgner  les  inchnations  faaires  des  irtdividus  naiffans.  Ceci  eft  même  un 
jnd  -e  que   l'afage  A\  -.tro-l'.i'.re  d;s    fi^'i  es   'T.mi'.n?s    dais    le  ci?'    p:ut 

{a)  oui^ra  i-aV.  III,  5.  ly,  ÉcUirc.  Lr. .  II,  5.  lli 


504  ÊCLAIRCISSEMENS 

devoir  Toil  origine  à  l'afti-ologie  :  cela  eft  d'auranc  plus  probable  qile  les 
prédirions  font  écrites  à  coté  des  figures  ,  Se  qu'il  eft  vifible  que  les  figures 
ont  été  imaginées  relativement  aux  prédirions  ,  &  pour  exprimer  l'in- 
fluence qu'on  attribuoit  à  chaque  degré  de  l'écliptique. 

Scaliger  donne  ce  zodiaque  aux  Egyptiens  :  nous  croirions  plus  volon- 
tiers qu'il  a  été  inventé  dans  l'AfTyrie ,  parce  qu'on  y  voit  en  plufieurs  en- 
droits des  vierges,  &  des  femmes  qui  s'offrent  à  l'homme,  ou  qui  l'atten- 
dent (^z).  On  fait  que  dans  l'Aflyrie  il  y  avoitdes  temples  de  Vénus  oii 
les  femmes  alloient  fe  proftituer  par  dévotion  [è).  On  ne  dit  point  qu'il 
fe  foit  jamais  rien  pafle  de  pareil  en  Egypte.  11  femble  que  plufieurs  degré* 
de  ce  zodiaque,  cités  à  la  marge,  fartent  allufion  à  cet  ufage. 

D'ailleurs  dans  les  caractères  qui  défignent  les  decani.  Se  où  on  fuit 
l'ordre  des  planètes  ,  cet  ordre  indique  que  les  peuples  qui  ont  réglé  ce 
zodiaque  rangeoient  venus  Se  mercure  au  delTous  du  foleil.  On  fait  que 
les  Chaldéens  feuls  &  Pythagore  plaçoient  ainfi  ces  petites  planètes  (  c).  Les 
Egyptiens  les  plaçoient  au  delTus  {d)y  du  moins  c'eft  l'ordre  que  fuivoit' 
Platon,  qui,  fans  doute  le  tenoit  des  Egyptiens  (ej. 

§.    X  X  X  I  V. 

Un  planifphere  très-curieux,  mais  que  malheureufement  le  tems  ne 
nous  a  confervé  qu'altéré ,  eft  celui  qui  fut  trouvé  à  Rome  fur  un  fragment 
Planche  ÎIL  de  marbre  Se  qui  eft  gravé  dans  les  mémoires  de  l'académie  des  fciences 
pour  1708.  M.  de  Fontenelle  dit  que  ce  planifphere  eft  égyptien  &  grec; 
pour  nous,  nous  le  croyons  purement  égyptien,  &  nous  y  reconnoîtrons 
des  traces  de  fon  origine  indienne.  Au  centre  eft  un  ferpent  ,  emblème  du 
tems ,  dans  fes  replis  font  renfermés  deux  animaux  qui  paroiffent  être  les 
deux  ourfes  j  ainfi  ce  font  les  trois  conftellation s  du  pôle  boréal.  On  trouvé 
enfuite  trois  ^ones  circulaires  où  l'on  voit  i  i  figures ,  qui  font  évidemment 
les  1 1  fignes  du  zodiaque.  Les  deux  extérieures  de  ces  trois  zones  renferment 


(a)  Au  quatrième  degré  de  l'ccreviire.  (.b)  Valere  Maxime,  Lib.  II,  c.  6. 

yjypQ  flans  otiofa  virum  expeclando.  Hcrodote,  Lio.  !  , 

Au  cinauienie:  Mu/iir  flans  vif-um .ex-    ^      Srrabon  ,  Lib.  XVI,  pag.  745. 

vcBando.  '  Hiftoire  Univcrfclte ,  Tome  III,    page 

Au  onzième  degré  du  lion  :  Malier  flans       %;;. 

rcnf.'.m  denucans.  (  c  )  Suprj  ,  Liv.  VIII  ,  §.  4. 

<■  Au  premier  degré  de  la  vierge:  Mulicr  R-iccioii  ,  Almag.  Toni.  I ,  pag.  loi. 

hene  ornata,  cxpeiians  fpeitacuiumviri,  {d)  Ibidem,  pag.  493. 

;Sç.i)iger, /oci>mato.,  (^c)  Supra,  Uy.  l'S,  ,%.   i. 


A  <;  T  R  O  N  O  M  I  Q  U  E  s.  '505 

en  e(Tct  nos  figues  tels  que  nous  les  connoiflons.  On  y  voit  entiers  ,  ou 
à  peu  près  entiers  ,  le  bélier  ,  le  taureau  ,  les  gémeaux  ,  TccrevilTe  ,  la 
balance ,  le  fcorplon  &  le  fagittaire.  La  balance  eft  portée  par  un  homme 
comme  elle  l'ell  par  une  femme  dans  le  zodiaque  indic-u.  Mais  ce  qui 
eft  plus  remarquable  ,  ce  font  les  gémeaux  reprcfentcs  par  un  honime  Se 
une  femme.  L'Iiomme  tient  une  malfue  ou  un  bâton ,  &  la  femme  une 
efpece  de  lyre,  précifément  comme  dans  la  defcription  de  ce  figne  que 
nous  a  donnée  le  P.  Eefclii  (a)  :  ce  qui  démontre  que  ce  planifphere  eft 
d'ongine  indienne.  Dans  la  zone  intérieure  font  repréfentés  des  animaux 
au  nombre  de  1 1 ,  il  n'y  en  a  que  5  qui  foient  confervés.  On  y  diftingue  un 
cochon,  un  ferpent,  une  écreviire,&  deux  animaux  qu'on  peut  prendre 
pour  un  lièvre  &  une  brebis.  On  voit  la  tcte  d'un  6'  animal  qui  pourroit 
être  celle  d'un  coq.  Ces  animaux  doivent  être  ceux  qu'on  a  placés  primiti- 
vement dans  !e  zodiaque  ,  ceux  qui  délignent  encore  la  pciiodè  de  1 2  ans. 
Il  eft  clair  qu'on  a  voulu  placer  les  anciennes  figures  à  côté  des  nouvelles.  Au 
delà  de  la  troifieme  zone  extérieure  ,  ou  en  trouve  une  quatrième  qui  montre 
trois  figures  égyptiennes  pour  chaque  figue: ce  font  celles  quidéfignoientles 
dtcani.  Cela  eft  d'autant  plus  évident  qu'an  deftîas  de  chacune  de  ces  figures 
il  y  en  a  une  autre  qui  repréfente  une  planète  ,  &  précilément  celle  qui 
prcfide  à  chaque  decani ,  dans  la  fphere  de  Scaliger  dont  nous  avons  parlé. 
Au  delFus  des  trois  decani  du  bélier ,  on  voit  ici  mars ,  le  foleil ,  venus. 
Au  delfus  des  dccanï  du  taureau,  font  mercure,  la  lune  &  faturne.  Ce 
font  prccifément  &  dans  le  mcme  ordre  ceux  qui  préfident  aux  decani  de 
ces  deux  figues  dans  la  fphere  de  Scaliger  {b).  Il  y  a  donc  la  plus  grande 
analogie  entre  ce  planifphere  de  marbre  &  la  fphere  dont  Scaliger  nous 
a  donné  la  defcription. 

R.  Pocoke  a  trouvé  en  Egypte ,  dans  la  ville  d'Acmin ,  qui  eft  l'an- 
cienne Panopolis ,  une  efpece  de  zodiaque  fculpté  fur  une  pierre  ;  voici 
la  defcription  qu'il  en  donne.  11  y  a  quatre  cercles.  Dans  le  cercle  in- 
térieur eft  une  figure,  qui,  félon  lui  ,  repréfente  le  foLnl.  Les  efpaces 
entre  les  cercles  font  divifcs  en  douze  parties.  Dans  le  premier  efpace 
font  douze  oifeaux,  dans  le  fécond,  douze  figures  effacées  que  R.  Pocoke 
conjedure  avoir  repréfente  les  figues  du  zodiaque;  dans  le  troifieme  il 
y  a  le  même  nombre  de  figures  d'homm.es.  Au  dehors  de  ces  cerclis. 


i^a)  Surra  ,  V  17.  (5)  Notes furManilius,  p.  441  &  fuiv. 

Sff 


5o<î  Ê  C  L  A  I  R  CI  S  S  E  M  E  K  S 

dans  les  angles  de  la  pierre  ,  il  y  a  quatre  figures  qui  peuvent  être  les: 
faifons  (  a  ).  Ce  planifphere  n'a  rien  de  commun  avec  celui  qui  a  été 
trouvé  à  Rome  ,  &  que  nous  venons  de  décrire.  Nous  préfumons  que 
ces  12  figures  d'hommes  repréfenroient  les  difFérens  âges  du  foleil ,  qui 
comme  nous  l'avons  die  {i)  ,  changeoit  de  vifage  A  chaque  figne  du 
zodiaque. 

§.    XXXV. 

Voila  tout  ce  que  nous  avons  pu  recueillir  de  connoiiTIinces  fur 
les  zodiaques  des  anciens.  Nous  en  avons  encore  moins  fur  leurs  pla- 
nifpheres.  Nous  favons  feulement  que  les  Chaldéens  avoient  14  conf- 
tellations,  i  2  au  nord  de  l'écliptique  ,  &  autant  au  midi.  A  l'égard  des 
Egyptiens  nous  avons  le  planifphere  que  le  P.  Kircker  a  donné  dans  fon 
œdipe  égyptien.  On  penfe  cpe  l'aftronôme  Pétofiris  étoit  l'auteur  de 
cette  fphere  (  c).  On  y  retrouve  le  triangle,  le  dragon,  l'autel  &  quel- 
ques autres  qui  peuvent  avoir  fervi  à  former  les  conftellations  grecques. 
Nous  devons  regarder  ces  dernières  comme  un  mélange  de  celles  qui 
fe  trouvoient  dans  les  planifpheres  chaldéen  Se  égyptien.  On  voit  dans 
celui-ci,  au  defTus  des  pléiades,  une  poule  dont  cet  amas  d'étoiles  repré- 
fente  la  couvée.  Nos  payfans  conduits  par  le  même  efprit  d'analogie  , 
ou  par  quelque  rradition,  le  nomment  la  poujjînieie.  L'orus  eft  devenu 
le  bootes  ou  le  bouvier  des  Grecs  j  la  principale  étoile  étoit  nommée 
arclouros  ,    ou    i'crus    voifcn  de   l'ourfc  ,    pour  le  diftinguer  de  la  conf'  J 

tellation  méridionale  d'Orion  (  d).  Les  anciens  Grecs  nommoient  la  conf-  M 

tcllation  de  la  petite  ourfe  kunos-oura  ;  on  traduit  ce  mot  par  la  queue 
du  chien  [e).  Mais  félon  M.  Freret  (/),  il  efl:  clair  que  ce  nom  fignifie 
le  chien  d'Orus.  On  trouve  dans  Firmicus  plufieurs  conftellations  qui  ne 
font  pas  marquées  dans  Ptolemée,  &  qui  appartiennent  fans  doure  à  la 
fphere  égyptienne.  Il  place  le  renard  au  nord  du  fcorpion  avec  Ophiu- 
cus,&  le  cynocéphale  au  midi  avec  l'autel.  Aquarius  fe  levé,  félon  lui  , 
avec  une  autre  conftellation  qu'il  nomme  aquarius  minor ,  avec  la  faux, 
le  loup,  le  lièvre  &  l'autel.  Au  nord  des  poiflons ,  il  place  le  cerf  &  une 


(  12  )  R.  Pocoke,  Voyage   de    l'Orient,  (i)  S-iumaife ,  de  ann.  cumaB.  p.  59   . 

Tom.l,  pa^.  77.  {e)    Germ.  Céfar.  Commen:.  ad  Aratt 

(  A  )  Sufrà,  Liv.  IV,  §.  4.  in  min.  arci. 

(  c  )   Juliu'<;  Firmicus.  (/")  Déf.  de  la  Chron.  pag.  joi, 

ïrecc:,  Déf.  dç  la  Chron.  pag.  jci.  {,£)  J^lius  rirmicu». 


ASTRONOMIQUES.  507 

autre  conftellacloii  du  lièvre.  Ces  différentes  conftelbtlons  ne  fe  trouvent 
point  toutes  dans  le  planifphere  du  P.  Kirker,  mais  fi  l'on  conferve  quel- 
que doute  fur  fon  authenticité ,  ces  différences  ne  doivent  pas  faire  con- 
clure qu'il  foit  taux.  Il  n'y  a  point  de  nation  chez  qui  les  figures  de  la 
fphere  n'ayant fubi  quelque  variation  ,  jufqu'à  ce  que  l'Aftronomie  perfec- 
tionnée les  ait  fixées. Nous  en  avons  vu  an  exemple  chez  les  Indiens  {a).  Ric- 
cius  (h)  témoigne  qu'il  y  avoit  beaucoup  de  différence  entre  les  confr 
tellations  fuivant  les  Indiens ,  les  Egyptiens  Se  les  Grecs ,  &  qu'elles 
ont  fubi  les  plus  grands  changemens,  tant  dans  leur  nombre  que  dans 
leur  forme.  Ajoutons  que  chez  les  Egyptiens  il  paroît  que  ces  conftella- 
tions  étoient  au  nombre  de  48  ;  fur  chacune  des  quatre  faces  de  l'obé- 
lifque  barberin  à  Rome  :  obélifque  qui  fut  conftruit  en  Egypte  par  Ra- 
menés, fuivant  Pline  au  tems  de  la  guerre  de  Troye  :  on  voit  douze  étoiles 
qui  repréfentent  les  condellations  :  les  Egyptiens  en   avoient  donc  alors 

48(0. 

§.    X  X  X  V  I. 

La  troifieme  fphere  ,  que  Seal iger  nomme  d'après  Aben-ezra,  fphere 
barbarique ,  eft  la  même  que  la  fphere  d'Eudoxe ,  d'Hypparque  &c  de  Pto- 
lemée.  Lorfque  dans  les  anciens  auteurs  Nigidius  (*)  &  Firmicus,  ellç 
eft  appelée  barbarique  ,  ils  n'entendoient  pas  que  les  conftellations  en 
fuffent  différentes  de  celles  qui  compofoient  la  fphere  grecque  \  mais  dans 
les  ouvrages  où  ils  traitoient  de  l'ordre,  fuivant  lequel  fe  levoient  & 
fe  couchoient  les  conftellations ,  ce  qu'on  appelle  l'état  de  la  fphere  pour 
un  climat  déterminé,  les  Grecs  d'Eurjpe  appeloient fphere  grecque,  celle 
qui  décrivoit  les  levers  &c  les  couchers  des  étoiles  pour  la  Grèce  ,  celle  qui 
■étoit  accommodée  à  leur  climat^  &  fphere  barbarique  ,  celle  qui  étoit  re- 
lative au  climat,  ou  à  l'horizon  d'Alexandrie  {d). 

L'époque  de  cette  fphere  eft  très-facile  à  déterminer  par  les  figures 
des  conftellations  qui  la  décorent.  Suivant  la  remarque  de  Newton  ,  on 
ne  peut  la   placer  qu'entre  l'expédition  des  Argonautes  &  la  guerre  de 


(  *  )  Firmicus  cite  Navigius  ,  &  non  pas  (  a  )  Supra  ,  §.   17. 

Nigidius  (  Firmicus  pr&f.   fecund.  libri.  )  {  b)  De  motu   oàav.  fpheri  ,   page  41 

Mais    M.  Vcidlcr   penfe  avec   raifon  qu'il  &  43. 

f?-\t  lire  Nigidius.  C'cfl:  une  erreur  de  Co-  (  c  )   Kirker  ,   (Ed'ip.  JEsypc.  Tora.  III , 

pifte  :  on  ne  voit  ciic  nulle  part  d'Aftro-  pag.  174  &  jco. 

nome  ,  ni  d'Aftrologue  ,  nommé  Navigius,  {à)   Scaliger  ,    Notes    fur    Manilius  , 

VciJlet,  Hift.  Aftron,  pag.  ij^.  pag.   355. 


Sff 


5o8  Ê  C  L  A  I  R  C  I  S  S  E  Kî  E  N  S 

Troye.  On  s'sn  convaincra  aifcment  en  fuivant  ce  j^rancl  homme  {a)  danî 
Je  coup  d'œil  qu'il  jerte  fur  ces  coiiftellatioii5.  On  voyou,  dit-il,  "  fur 
j>  la  fpliere  de  Mufée  le  lelier  d'or  qui  écoit  le  pavillon  du  navire  dans 
»j  lequel  Phryxus  fe  fauva  dans  la  Colchide.  Le  tiiureau  aux  pieds  d'airain 
j>  dompté  par  Jafon.  Les  geimaux  Caftor  &  Pollux ,  tous  deux  Argo- 
>j  nautes,  auprès  du  ao'/îe  de  Leda  leur  mère.  Là  étoient  reprélenrcs  le 
>y  navhe  argo  &  l'hidre,  ce  dragon  fi  vigilant.  Enfuite  la  coi'fe  de  Me- 
»  dée  &  un  corbeau  attaché  à  des  cadavres  ,  qui  eft  le  fymbole  de  la  mort. 
5>  D'un  autre  côté  on  remarquoit  Chiron ,  le  maître  de  Jafon ,  avec  fon 
»  autel  &c  fon  facrifice.  Hercule  l'argonaute  avec  fa  fiJche ,  &  avec  le  vau- 
»  tour  tombant  j  le  dragon  ,  le  cancer  &  le  /hn  qu'il  tua  ;  la  lyre  d'Or- 
»  phée  l'argonaute.  C'eft  aux  Argonautes  que  toutes  ces  chofes  ont  rap- 
»  port.  On  y  avoir  encore  repréfenté  Orion,  fils  dj  Neptune  ,  ou  félon 
»  d'autres  ,  petit  fils  de  Minos ,  avec  ùs  chiens  ,  fon  îuvre ,  fa  ùviere  &c 
»j  fon  fcorpion.  L'hiftoire  de  Perfée  eft  défignée  par  les  conftellations  de 
w  Perj:e  ^  ^è^  Andromède  ,  de  Céphce  ,  àe  Cojfiopee  &  de  la  baleine.  QqWq 
zi  de  Calliftho  &  de  fon  fils  Arcas  par  la  grande  ourfe  &:  par  le  gardien 
3i  de  l'ourfe.  Celle  d'Icare  &  de  fa  fille  Erigone  eft  marquée  par  le  bou- 
j>  vier ,  le  ckarint  &  la  vierge.  La  petite  ourfe  fait  allufion  à  une  des  nour- 
5>  rices  de  Jupiter;  le  ckartier,  à  Erichtonius  ;  le  ferpentaire ,  à  Phorbos  ; 
j>  le  Jagitaire  ,  à  Crolus  ,  fils  de  la  nourrice  des  Mufes  ;  le  capricorne,  à 
jj  Pan;  le  verfeau,  à  Ganimede.  On  y  voyoit  la  couronne  d'Ariane,  le 
n  cheval  allé  de  Bellérophon  ;  le  dauphin  de  Neptune  ,  Paigle  de  GanL- 
jj  mede  ;  la  chtvre  de  Jupiter ,  &  fes  chivreaux.  Les  ânons  de  Bacchus , 
»  les  poijf^ns  de  Vénus  &;  de  Cupidon ,  &  le  p'  ijjon  aujlral  leur  parent. 
j>  Ces  conftellations  &  le  fiangk  font  les  anciennes  dont  parle  Aratus,  &font 
,)  toutes  allufion  aux  Argonautes,  à  leurs  contemporains,  &  à  des  Grecs 
5j  plus  anciens  d'une  ou  de  deux  gént'rations.  De  tout  ce  qui  étoit  originai- 
3}  rement  marqué  fur  cette  fphere  ,  il  n'y  avoir  rien  de  plus  moderne 
,5  que  cette  expédition  ( /•  )  ».  Les  Grecs  n'auroient  pas  manqué  d'y  faire 
mention  du.  fiége  de  Troye,  &c  des  combats  fameux  qui  y  ont  été  li- 
vrés ,  fi  cette  d'.fcription  de  la  fphere  n'eût  pas  été  entièrement  faite  lors 


{a)  Clircn.  Réf.  p.  87.  confulter  Hygin,  Ajironcmicon  Poctlcam. 

(0)    Si   Ton   vei:c    plus   de    détails   fur  Riccloli  ,  Lib.  VI,  c.   3. 

les    fables    grecques    qui    ont    éié    appli-  M.  de  la  Lande  ,  Ailronomie  ,  Tora.  I , 


ijuées  aux  conftellations  cékftes ,  ou  feue      pag.  iji  &  fuiv. 


ASTRONOMIQUES.  509 

«Je  ce  ficge  mémorable  dans  la  Grèce.  Rien  n'eft  plus  évldenr  ni  mieux 
démontre  que  cette  alTcrtion.  Mais  en  étant  d'accord  avec  Newton  pour 
placer  la  fphere  des  Grecs  entre  l'expédition  des  Argonautes ,  &  la  def- 
truition  de  Troye  ,  nous  ne  pouvons  être  de  fon  avis  fur  le  fiecle  qu'il 
allign^  à  ces  deux  faits  hiftoriques.  Nous  ne  dlfcuterons  point  ici  les  preuves 
différentes  que  Nev/ton  emploie  pour  établir  fon  fyftème;  elles  ont  été 
combattues  Se  détruites  par  le  P.  Soucier  (a) ,  &  par  M.  Freret  (^).  Nous 
parlerons  feulement  de  la  preuve  aftronomique  que  M.  Haliey  (c)  appe- 
loit  ihe  mojl  quejiionablç  part  of  thc  rrhoU  fyjlème. 

§.     XXXVII. 

L'idée  de  régler  la  chronologie  par  la  détermination  ancienne  des 
points  équinoxiaux  &  folftitiaux  étoit  belle,  grande  ,  &  digne  d'un  homme 
de  génie  \  mais  M.  Nev/ton  s'eft  trompé  dans  l'application  qu'il  en  a 
faite,  &:  le  fyftème  qui  en  réfulte  eft  tombé,  parce  qu'il  eft  contraire 
aux  faits.  M.  Newton  [d)  veut  que  cette  fphere  ait  été  réglée,  lorfque 
les  colures  coupoient  l'écliprique  au  6°  20'  du  taureau,  du  lion,  du 
fcorpion  &  du  verfeau,  à  56°  19'  du  lieu  que  ces  colures  occupoient  en 
ï(>8i).  Cette  différence  56°  29'  répond  à  un  intervalle  de  21S25  ^"^5  ^'^ 
par  conféquent  fixeroit  l'époque  de  Chiron  à  l'an  036  avant  J.  C.  Il 
veut  (t)  que  toutes  les  déterminations  des  points  équinoxiaux,  au  1 5=™^, 
aux  12-™=,  10™^,  8^"^,  i^''  degré  des  fiiines  rentrent  les  unes  dans  les 
autres  &  ne  différent  que  par  une  différente  manière  de  compter.  Ainfi 
le  8«'^"=  &  le  15^™=  font  les  mêmes,  parce  que  le  15='"^  degré  du  fi'-Tie 
croit  alors  ,  félon  lui ,  le  même  que  le  8^""^  degré  de  la  conftelîation ,  puifque 
la  conftelîation  commençoit  au  7-'"=  degré  du  figne.  Voilà  la  différence 
du  fyftême  de  Newton,  aux  autres  inrerprérations  des  portions  délî- 
gnées  par  les  anciens  aftronomes.  M.  Newton  entend  par  les  degrés  ceux 
des  conftellations.  Quand  Eudoxe  dit  formellement  (_/  )  que  les  colures 
paffoient  par  le  milieu  du  bélier ,  de  l'écreviffe  ,  de  la  balance  &  du 
capricorne ,  M.  Newton  entend  le  milieu  des  conftellations ,  &  non  le 
milieu    des  fi^nes.  Mais,   comme  le  remarque    M.    Whifton   [g]  ,    les 


(  <j)  Differt.  contre  la  Chron.de  Nevrton.  (e)  Uidem  ,  pa^.   85  &  fuiv. 

(i)Dcten<"c  de  la  Cliron.  (f)    Comment,  ad  Arat.   in   Uranolog, 

-^  c  )  TranT.  philcf.  n°.  597  ,  pag.  zoj.  pag.  2.07,  zoS.iij. 
(  <i  }  Chion.  icf.  pag.  ji.  (  ^^  Déf.  de  laChtoo.  p.  41J. 


j,,  È  C  L  A  I  R  C  I  s  s  E  M  E  N  s 

points  où  les  cplures  coupent  l'écliptique,  doivent  être  éloignés  de  90*. 
iSo°,  &c.  c'efl:  ce  qui  n'arrive  point  dans  le  fyftême  de  M.  Newton. 
Pour  la  première  année  de  l'ère  chrétienne ,  par  exemple ,  félon  Ric- 
cioli,  la  première  étoile  èîar'us  étoit  dans  5°  23'  du  bélier  ^a)\  l'éten- 
due de  cette  conll:ellation  eft  de  zo°  13'j  fon  milieu  étoit  donc  dans 
15°  19'.  La  première  étoile  de  la  balance  étoit  dans  le  \G°  28'  de  la 
balance;  l'étendue  de  cette  conftellation  eft  de  iS°  37' j  fon  milieu  étoit 
donc  dans  25°  46',  &  ne  répondoit  pas  par  conféquent  au  milieu  de 
la  conftellation  d'rfriej  ,  dont  il  auroit  été  éloigné  de  191°  17'.  H  eft  re- 
marquable que  le  colure ,  établi  au  15°  29'  de  la  balance,  n'auroit  pas 
mcme  paflé  par  cette  conftellation.  Outre  beaucoup  de  difficultés  qu'il 
feroit  trop  long  de  détailler  ici ,  c'eft  que  les  anciens  ont  donné  routes 
ces  déterminations  des  points- équinoxiaux  comme  différentes.  Par  la 
fnppofition  de  Newton  rien  ne  devient  plus  obfcur  que  les  paftages  où  il  eft 
queftion  de  ces  points.  Il  eft  évident  qu'Eudoxe  par  la  délignation  générale 
du  milieu  du  bélier  ,  de  l'écrevilfe  ,  de  la  balance  &  du  capricorne  ,  a  voulu, 
marquer  précifément  le  1 5^™=  degré  des  fignes,  ou  dodécatéraorics.  De  là  il 
fuit  que  les  points  équinoxiaux,  au  lieu  d'avoir  rétrogradé  de  ^6°  29', 
comme  le  prétend  M.  Newron  ,  en  ont  réellement  parcouru  42°  15',  comme 
la  démontré  M.  Whifton  :  41°  15',  à  raifon  d'un  degré  en  72  ans  font 
3042  ans,  écoulés  depuis  FétabliiTement  de  ces  points  aux  ijemes  degrés 
des  fignes,  jufqu'en  1(^89.  Cette  fphere  avoir  donc  été  réglée  vers  l'an 
1353  avant  J.  C.  C'eft  auffi  l'époque  de  Çliiron.  M.  Freret  ajoute  en- 
core avec  raifon  {b)  qu'Hypp^rque  en  plaçant  la  première  étoile  du  bélier 
dans  le  colure  de  l'équinoxe  du  printems ,  conformément  aux  obfer- 
vations  de  l'an  i<î2  avant  J.  C.  éloignoit  ce  même  colure,  ainfi  que  celui 
des  folftiçes  de  plus  de  is°  des  étoiles,  par  lefquelles  la  fphere  d'Eu- 
doxe  marquoit  leur  paffagej  que  ce  même  Hypparqu?  donnant  le  lieu 
de  beaucoup  d'autres  étoiles ,  en  afcenfion  droite  daiis  fa  propre  fohere  , 
5c  le  comparant  avec  celui  de  la  fjîhere  d'Eudoxe,  marque  conftammenE 
une  différence  de  i  j  à  1 6°.  L'intervalle  de  1191  ans  entre  l'an  1353  &  l'an 
i6'2  ,  époque  des  obfervations  d'Hypparque  ,  demande  une  diftérence  de 
\G°  \-^  mais  les  obfervations  de  ce  tems  n'étoient  pas  alfez  précifes  pour 
qu'il  ne  fe  commît  pas  des  erreurs  de  cette  efpece.  Le  fyftême  ingénieux 


(  a  )  Tome  I  ,  page  402.  (  b  )  Dcfcr.fe  d;  13  Chron.  p.  4+4  £c  fuiv. 


ASTRONOMIQUES.  pi 

de  M.    Ne^vton  manque  donc  par   les  fondemens ,  £c  le  grand  homme 
s'eft  mépris  une  fois. 

§.    XXXVIII. 

La  fphere  a  donc  été  réglée  dans  des  tems  antérieurs  à  l'an  935  avant 
J.  C. ,  Se  autant  que  les  erreurs  inévitables  dans  la  détermination  ancienne 
des  colures  permettent  de  hxer  ces  tems  antérieurs ,  on  peut  dire  que  leur 
époque  remonte  à  l'an  1355.  Les  anciens  chronologues  fixoient  cette  année 
1553  poiur  l'époque  de  l'expédition  des  Argonautes  (;z);  le  tems  de  la 
prife  de  Troye  eft  félon  la  chronologie  d'Hérodote  &  de  Thucydide  vers 
l'an  1185  (f).  En  fuppofant  que  Chiron  le  précepteur  d'Achille ,  foi: 
l'auteur  de  cette  fphere  ,  il  doit  être  antérieur  au  fiége  de  Troye  au  moins 
de  70  ans,  &  cette  confidération  donne  encore  1545  ^"^*  Ce  n'eft  pas 
tout.  Hypparque  (c)  cite  un  pafTage  de  la  fphere  d'Eudoxe;  ejl  virbficHcL 
quzdam  ,  in  eodem  conjîjlens  loco  ,  qud.  quidem  polus  ejl  mundi.  Il  eft  donc  cer- 
tain ,  que  du  tems  où  a  été  réglée  la  fphere  décrite  par  Eudoxe  ,  il  y  avoic 
une  étoi'e  placée  au  pôle  même,  ou  du  moins  trcs-près  du  pôle.  On  n'a 
jamais  pu  défigner  le  pôle  par  les  petites  étoiles  de  la  fixieme  grandeur. 
Or,  celles-là  exceptées  &  l'étoile  de  l'extrémiré  de  la  queue  de  la  petite 
ourfe ,  l'étoile  polaire  d'aujourd'hui  qui  en  étoit  alors  très-loin ,  on  ne 
trouve  que  l'étoile  x  du  dragon  qui  ait  pu  être  regardée  comme  polaire.  Cette 
étoile  en  1689  ctoit  par  fa  longitude  dans  11°  51'  40"  du  lion  [d).\\ 
s'eft  donc  écoulé  5014  ans  depuis  que  cette  étoile  a  quitté  le  colure  des 
folftices,  &  elle  étoit  dans  ce  cercle  l'an  i^iC  avant  J.  C. ,  elle  a  6\^ 
45'  de  latitude  feptentrionale;  elle  étoit  donc  à  plus  de  4°  du  pôle  • 
mais  dans  ces  premiers  tems  cette  différence  n'empêchoit  pas  qu'on  ne 
la  regardât  comme  immobile.  Cette  époque  de  la  defcription  de  la  fphere 
vers  l'an  1516  ,  ou  1355  ,  eft  d'accord  avec  Seneque ,  qui  difoit  vers  le 
milieu  du  premier  fiecle  de  l'ère  chrétienne,  nondum.  funt  anni  mille  quin- 
gir-.ti ,  ex  quo  Grœcia  Jlellis  numéros  &  nomina  fecit  (g).  U  n'y  a  pas  encore 
quinze  cens  ans  que  la  Grèce  a  connu  le  nombre  des  étoiles  Se  leur  3  im- 
pofé  des  noms.  80  ou  90  ans  de  différence,  ne  doivent  faire  aucune  peine 
ici  ;  il  eft  évident  que  Seneque  n'a  pu ,  ni  voulir  donner  qu'un  à  peu-près. 


(fl  )  DéFrnfedela  Chron.  pag.  65.  {d)   Catalogue  BritaDiquc,    To;n.  III , 

(6  )  Ibidem ,  pag.  63  &  71.  pag.  47. 

(c)  Commen:.  !urAracus,Lib.  I,p.  17^.  {e)  Quîfi.  nef.  Lib.  YH ,  c.  15. 


511  ÉCLAIRCISSEMENS 

§.     X  X  X  I  X.  ** 

Il  eft  donc  évident  que  la  fphere  grecque  a  été  établie  dans  le  milieu 
ou  vers  la  fin  du  quatorzième  liecle  avant  l'ère  chrétienne.  Newton  donne 
Chiron  pour  l'inventeur  de  cette  fphere  {a).  M.  Freret  n'eft  pas  tout- 
à-fait  de  cet  avis  (A).  Il  remarque  qu'Aratus  ,  qui  emploie  quinze  vers  (c)  à 
parler  de  celui  qui  a  diftiibué  les  étoiles  en  différentes  conftellations,  ne 
fait  aucune  mention  de  Clairon,  &  qu'il  fuppofe  même  que  ces  conflella- 
tions  avoient  été  imaginées  fuccefllvement.  Se  par  divers  aftronômes  dont 
le  plus  ancien  n'étoit  pas  connu.  M.  Newton  ne  cite  qu'un  vers  d'un 
ancien  pocte  grec,  qui  dit  que  Chiron  a  deffiné  les  conftellations  &  qu'il 
a  partagé  les  étoiles  en  divers  afterifmes  (<f).  L'invention  de  la  fphere 
eft  attribuée  auffi  à  Mufée  (e  ). 

§.     X  L. 

Pour  conferver ,  &c  en  même  tems  concilier  ces  ditférentes  traditions, 
nous  oenfons  que  la  fphere  perfienne  ,  ou  plutôt  la  Iphere  chaldéenna 
fut  apportée  dans  la  Grèce,  Se  que  Chiron  la  démontra  le  premier,  c'eft- 
à-dire,  en  fit  connoître  aux  Grecs  les  conllellations.  Nous  penfons  que 
ces  conftellations  repréfenroient  des  figures  d'hommes  fans  nom  ,  àes 
animaux ,  Sec.  que  les  Grecs  y  firent  quelques  changemens  pour  fe  les 
rendre  propres ,  &  que  Mufée  imagina  de  donner  aux  figures  d'hommes 
^  de  femmes  qui  y  éroient  placés ,  des  noms  tirés  de  l'hiftoire  vraie, ou  fa- 
buleufe  de  la  Grèce.  Remarquons  que  cette  idée  d'apothéofe  n'a  pu  venir  à 
ceux  qui  ont  les  premiers  partagé  &  défigné  les  conftellations.  Elles  ne  l'ont 
été  que  fucceflivement ,  Se  cette  apothéofe  n'a  pu  être  faire  que  tout  à  la  fois. 
On  fent  qu'elle  a  dû  être  exécutée  d'un  feul  jet.  La  magnificence  du  projet 
eft  dans  fon  étendue  ;  c'eft  fou  enfemble  qui  frappe  &  qui  fcduit.  Le  génie 
du  pocte  aftronôme  ,  fans  cet  enfemble  Se  cette  étendue  ,  n'eut  point  em- 
braiTé  cette  idée ,  ou  du  moins  elle  eût  mal  pris  chez  des  contemporains 
jaloux.  Celui  qui  auroit  défigné  une  confteHacion  par  le  nom  d'un  homme 
célèbre  auroit  éveillé  l'envie.  Vn  peuple  libre  eût  fouftert  difiicilement 


(fl)Chron.   reformée,  pag.  87.  (d)  Clément  d'Alexandrie,  Strom.  I. 

(é)  Défenfe  de  la  Chronologie,  page  Yeidler  ,  pag.   ;. 

41*.  (f  )  Suidas. 

(  c  )   Aracus  ,  de  phenomenis,  VeiJlcr ,  png.  8. 


^■etî^ 


ASTRONOMIQUES.  515 

cetre  efpece  de  fortune  d'un  particulier.  Nous  venons  que  la  flatterie, 
rcuiru  mal  en  confaccant  la  chevelure  de  Bérénice  &  la  mémoire  d'An- 
tinous. Mais  en  fuppofant  que  ces  honneurs  fullent  accordes  par  la  juf- 
tice  &  non  par  la  flatterie,  on  fait  comment  les  Athéniens  traitoient  fur 
la  terre  les  grands  hommes  qui  les  avoient  le  mieux  fervis  ,  &:  l'on. peut 
juger  s'ils  auroient  fouffert  qu'on  les  plaçât  dans  le  ciel  les  uns  après  les 
autres  ;  l'Oftracifme  les  en  eût  bientôt  bannis.  Mais  quand  il  s'agit  de 
les  y  placer  tous  enfemble ,  quand  il  s'agit  d'hommes  célèbres ,  morts  de- 
puis longrems,  qui  ont  celle  de  payer  leur  tribut  à  l'envie,  ce  n'eft  plus 
la  gloire  d'un  homme ,  c'eft  la  gloire  8c  l'intérêt  de  la  nation.  Le  peuple 
applaudit  à  l'idée  du  poète.  Eib  élevé  tous  les  efprits ,  elle  s'y  grave ,  & 
la  mémoire  s'en  conferve  jufqu'aux  lîecles  à  venir.  Coni.laons  que  cette 
aporhéûfe  n'a  pu  être  imaginée,  exécutée  que  fur  une  fphere  toute  faite, 
qui  n'attendoit  que  les  noms  &  les  événemens  qu'on  y  vouloit  conferver  ; 
fphere  apportée  de  l'AGe  vers  le  14=  fiecle  avant  l'ère  chrétienne.  Il  n'a 
pas  été  difficile  d'y  trouver  toutes  les  reflemblances  qu'on  a  voulu  avec 
l'hiftoire  grecque.  On  a  vu  fur  cette  fphere  un  navire  ,  ce  ne  pouvoir  être 
que  le  navire  Argo  y  le  cigne  étoit  Jupiter  transformé  pour  jouir  de  Leda  ; 
la  lyre  étoit  celle  d'Orphée  ,  l'aigle  étoit  celui  qui  enleva  Ganimede  j 
lourfe  ,  la  nymphe  Calliftho ,  &c. 

Il  y  a  apparence  que  les  Grecs  ,  appelés  à  Alexandrie  par  les  Ptolemée ,  y 
apportèrent  leur  fphere ,  &  que  ce  fut  cette  fphere  dont  Ariftille ,  Timo- 
charis  ,  Hypparque  &  Ptolemée  l'aftronôme  ,  perfedionnerent  la  connoif- 
fance.  Ils  en  détaillèrent  les  différentes  parties  ;  ils  firent  le  premier  dénom- 
brement des  étoiles.  C'eft  cette  fphere  que  Ptolemée  nous  a  tranfmife  ,  8C 
à  laquelle  nous  ajouterons  fucccOivement  les  différentes  conftellations  ima- 
ginées par  les  modernes. 


Te 


<i4  É  C  L  A  I  R  C  I  S  S  E  M  E  N  S 


SUPPLEMENT 

AU    LIVRE    NEUVIEME. 

Des  caractères  par   lefquels    ont  été   déjîgnés   les  fignes    du 
■^odiaque  &   les  planètes. 

§.     X  L  I. 
■5- 

•*-'ES  carn£teres  par  lefqiiels  nous  défignons  aujourd'hui  les  fignes  du  zo- 
diaque ,  doivent  leur  origine  aux  caradteres  hiérogliphiques,  que  l'on  a  réduits 
&:  abrégés ,  autant  qu'il  a  été  poflîble  pour  la  facilité  de  l'ufage  [a).y ,  vient 
des  cornes  du  bélier.  V  ,  eft  une  tète  de  taureau  avec  les  cornes.  H  ,  font  les 
deux  gemeauxunis  &  accouplés.  Quant  au  caractère  de  récreviife  ,  Ç5  ,  nous 
Plancte  I,  Jig.  1.  avons  (/■)  dit  que  ce  figue  étoit  dédié  à  Hermanubis  .  repréfenté  par  un  ibis. 
On  y  a  fubftitué  depuis  une  écrevilTe  ,  &  pour  conferver  la  tradition  de  ces 
deux  formes  ,  on  a  pris  la  tête  &  le  bec  de  l'ibis ,  avec  la  queue  de  récrevilfe. 
Cette  origine  eft  ingénieufe.  Q^  ,  eft  la  queue  du  lion,  np ,  peut  venir  de  trois 
épis  aifemblés  par  un  lien  (  c  ).  Saumaife  croit  que  cette  marque  a  fon  origine 
dans  la  corne  d'abondance,  qu'on  avoir  placée  dans  la  main  de  la  vierge ,  qui 
en  Egypte  étoit  Ifis ,  &  Cérès  en  Grèce.  On  a  peint  feulement  la  corne  d'a- 
bondance pour  repréfenter  le  figne  ,  comme  on  deiîine  un  arc  ,  ou  même  feu- 
lement une  flèche  pour  le  fagittaire  [d).  Il  eft  vrai  qu'il  y  a  loin  de  la  figure 
d'une  corne  d'abondance ,  au  caraélere  qui  défigne  aujourd'hui  la  vierge  , 
mais  cela  n'embarralfe  point  les  étimologiftes.  :Gr  ,  eft  le  fléau  de  la  balance. 
HT,  ,  font  les  pattes  &:  la  queue  du  fcorpion.  -H,  la  flèche  du  fagittaire.  ';fc> ,  les 
replis  de  la  queue  du  capricorne.  ïsï  ,  les  ondes  de  l'eau  du  verfeau.  Eniùj 
X  j  font  deux  poilTons  accouplés. 

§.    X  L  I  î. 

Lts  anciens  aftronômes  ont  nommé  tète  &  queue  du  dragon  les  deuz 
points  d'interfefHon  de  l'écliptique  &  de  l'orbite  de  la  lune  ,  ce  que  nous  ap- 
pelons auj  3urd'hui  les  nœuds.  Ils  nommoient  ventre  du  dragon  les  points  de 

(  a  )  Klrkcr,  (i£aip.  JF.gypt.  T.  II,  pan.  1,  {c)   (Edlp.  JE^ypt.  Tom.  II  ,   part.  1 , 

pag.  Kîj.  -  pag    i(5y. 

\b)  Supra t  §.  15.  •    \à)  PîinianA  exenit.  pag.  871, 


ASTRONOMIQUES.  515 

fo';  cercles  où  fe  trouve  la  plus  grande  latitude.  M.  Goguet  (a)  trouve  avec 
beaucoup  de  vraifemblance  l'origine  de  ces  noms  dans  les  hiérogliphes.  Les 
Egyptiens  dcllgnoient  le  tems  ,  le  liecle  ^&  fans  doute  toute  efpece  de  révo- 
lution ,  par  l'emblème  d'un  ferpent ,  qui  en  fe  mordant  la  queue ,  formoit  un 
cercle  {i>).  De  même  pour  reprcfenter  le  monde  ,  les  Egyptiens  peignoient 
un  ferpent,  couvert  d'écaillés  de  différentes  couleurs,  roulé  fur  lui-même. 
Nous  favons ,  par  l'interprétation  qu'Horus  Apollo  donne  des  hiérogliphes 
égyptiens  ,  que  dans  ce  ftyle  les  écailles  du  ferpent  défignoient  les  étoiles  du 
ciel  (c). On  apprend  encore,  par  Clément  Alexandrin,  que  ces  peuples  repré- 
fentoientla  marche  oblique  des  aftres  par  les  replis  tortueux  d'un  ferpent  (i). 
Les  Egyptiens,  les  Perfes  peignoient  un  homme  nud,  entortillé  d'un  ferpent; 
fur  les  contours  du  ferpent  étoient  dellincs  les  figues  du  zodiaque.  C'eft  ce 
qu'on  voit  fur  différens  monumens  antiques, &  en  particulier  fur  une  repré- 
fenration  de  Mithras  ,  expliquée  par  l'abbé  Bannier  (s),  &  fur  un  tronçon  de 
ftatue  trouvé  à  Arles  en  1 698  (/).  Il  n'eft  pas  douteux  qu'on  a  voulu  repré- 
fenter  par  cet  emblème  la  route  du  foleil  dans  les  1 1  fignes  ,  &  fon  double 
mouvement  annuel  &z  diurne  qui,  en  fe  combinant ,  font  qu'il  femble  s'a- 
vancer d'un  tropique  à  l'autre  par  des  lignes  fpirales.  On  retrouve  cet  hié- 
rogliphe  jufque  chez  les  Mexicains.  Ils  ont  leur  cycle  de  51  ans  repréfenté 
par  une  roue.  Cette  roue  eft  environnée  d'un  ferpenr  qui  fe  mord  la  queue  , 
&  par  fes  nœuds  marque  les-  quatre  divi"fions  du  cycle  (^).T*fous  fommes  en- 
tièrement de  l'avis  de  AI.  Goguet.  Il  eft  évident  que  les  figures  des  conftel- 
lacions ,  les  caractères  qui  défignent  les  fignes  du  zodiaque,  &  tour  ce  qu'on 
peut  appeler  la  notation  aftronomique  ,  font  les  reftes  des  anciens  hiéro- 
gliphes. Il  eft  remarquable  que  les  Chinois  appellent  les  nœuds  de  la  lune, 
la  tète  &c  la  queue  du  ciel ,  comme  les  Arabes  difent  la  tête  &  la  queue  du 
dragon.  Le  dragon  eft  chez  les  Chinois  un  animal  célefte  5  ils  ont  apparem- 
ment confondu  ces  deux  idées  Le  P.  Lafiteau  [h)  demande  fi  ce  font  ces  noms 
qui  ont  fondé  la  croyance  des  Indiens ,  des  Chinois  &  des  Mexicains ,  que 
les  éclipfes  font  caufées  par  un  dragon,  qui  veut  dévorer  la  lune.  Il  eft  bien 
plus  vraifemblable  que  cette  ridicule  fuperftidon  a  donné  le  nom  aux  nœuds 
de  la  lune ,  pr.rce  que  c'cft-à-peu-près  dans  ces  points  qu'elle  eft  menacée  de 


(  a  )  Çoguec.Tom.  Il,  Diffère,  i,  p.  410.  (e)  Explication  des  Fables,  T.  I ,  p.  6}i. 

(i)  Hqrjs  ApoUo,  Lib,  I ,  ci.  (/)  1'.  Monfaucon  ,  Antiquité  expliquée. 

(  c  )  Ibiàem.  (g)  Hift.  des  Voy  ag.  T.  XLVIII  ,ç.i6. 

(  a)  Stromac,   Lib.  V ,  p.  S57.  ( /i  )  Mœurs  des  Sauvages ,  T.  I,  p.  14S. 

Ttr  ij 


^is  FCLAIRCÎSS  E.M  E  N  S 

cet  accident.  L'Edda  donne  également  au  foleil  &  à  la  lune  un  loup  pouf 
les  dfvorer.  Le  foleil  &  la  lune  fuient  les  deux  loups ,  Se  voilà  pourquoi  ces 
deux  afties  courent  fi  vite.  Il  y  eft  encore  fait  mention  d'un  grand  ferpent  qui 
environne  la  terre  {a).  Tout  cela  a  quelqu'analogie  avec  le  ferpent  qui  par 
tout  repréfente  le  tems ,  &:  avec  le  dragon  dont  la  tète  Se  la  queue  marquent 
les  nœuds  de  l'orbite  de  la  lune ,  tandis  que  ce  dragon  caufe  les  éclipfes.  Mais 
cette  fuperftition ,  ce  préjugé  univerfei  qui  fe  retrouve  en  Amérique  comme 
en  Afie ,  n'indique-t-il  pas  une  fource  commune  ,  &  ne  place- t-il  pas  même 
plus  naturellement  cette  fource  au  nord,  où  peut  exifter  la  feule  communi- 
cation poflible  entre  l'Afie  &  l'Amérique  ,  &  d'oiz  les  hommes  ont  pu  def- 
cendre  facilement  de  toutes  parts  vers  le  midi ,  pour  habiter  l'Amérique,  1« 
Chine  ,  les  Indes ,  &c.  ? 

§.     X  L  I  I  I. 

Nous  parlerons  ici  tout  de  fuite  de  l'origine  des  noms  des  planètes.  Les 
noms  qu'elles  portent  aujourd'hui  ne  font  pas  de  la  première  antiquité.  Us  ne 
remontent  qu'au  tems,  où  les  peuples ,  fiifint  Tapothévjfe  de  leurs  héros ,  ima- 
ginèrent de  les  placer  dans  le  ciel,  en  leur  donnant  le  gouvernement  des  pla- 
nètes. On  ne  peut  gueres  fuppofer  qu'on  fût  refté  jufqu'à  ce  moment  fans 
donner  des  noms  aux  planètes.  Ils  ont  été  changés  alors ,  &  tout  nous  porte 
àcroire  que  les  premiers  obfervateurs  défignerent  les  planètes  par  des  noms^ 
qui  avoient  quelque  rapport  avec  les  qualités  les  plus  fenfibles  de  ces  aftres  (/'), 
Il  eft;  aifé  de  s'en  convaincre  par  les  noms  que  quelques  peuples  leur  onc 
donnés. 

Les  noms  égyptiens  des  planètes  furent  Nemefis  pour  faturne  ,  Odris  pour 
Jupiter ,  Hercule  pour  mars ,  Horus  ou  Apollon  pour  mercure  (c).  Jablonski 
penfe  avec  alTez  de  vraif-iiiblance  que  venus  ,  dont  le  nom  égyptien  n'eft 
point  rapporté  ici  par  Achilles  Tatius ,  étoit  dédiée  à  Mendès  ou  à  Pan ,  & 
nommée  de  fon  nom  :  parce  que  cette  planète  étoit  regardée  comme  fé- 
conde [d) ,  &  que  Pan  étoit  le  dieu  ou  l'emblème  de  la  fécondité  ;  mais  fur- 
tout  parce  que  cette  marque  Ç  a  été  reconnue  pour  être  le  phallum  confacré 
à  Pan,  &  que  cette  marque  eft  depuis  longtems  ,  Se  eft  encore  aujourd'hui 
le  caradere  par  lequel  nous  défignons  la  planète  de  venus  (f).  Outre  ces  noms 


(a)    M.    Mallet,  introduftion  à  l'Hif-  (  f  )  Achilles  TacJus,  c.  17. 

ïoite   de    Dannemarck.  Edda  ,    pages    zj  {d)  llins,  Lib.  II,  c.  S. 

Se  91.  (  i)  JMofiski,  Pai:rh.eoii  Mgyptîorum  ,■ 

(  b  )  Goguec ,  Tom.  II ,  pag.  417.  Lib.  II ,  c.  7  »  §.  6 ,  &  Lib,  III ,  c.  6  ,  §.  i^. 


ASTRONOMIQUES.  517 

tirés  des  Jleux  qui  prclîdoient  aux  planètes  ,  elles  en  avoient  de  deux  autres 
efpeces  ;  favoir  ceux  qui  ctoient  dérivés  de  leurs  vertus  ,  &  ceux  qui  éroient 
tirés  de  leur  couleur.  Selon  VettiusValens,  mars  qui  avoit  une  vertu  nuifible 
Se  mortelle  ,  étoit  appelé  arcen  (<j).  C'elt  le  feul  des  noms  de  cette  efpece  qui 
nous  foit  parvenu.  Les  Orientaux  le  nommoient  a^er  (/>) ,  Se  les  Grecs  ares. 
Ces  noms  font  viliblement  les  mêmes.  Les  plus  anciennement  impofés  fans 
doute  font  ceux  qui  font  dérivés  de  LH  couleur  &  des  apparences  des  planètes. 
-^  £nfuite  vinrent  ceux  des  dieux  qui  leur  furent  attribués.  Enfin  les  derniers 
font  ceux  qui  font  relatifs  aux  vertus  des  planètes.  Ils  ne  font  nés  qu'avec 
l'allrologie.  C'eft  pourquoi  les  plus  anciens  de  ces  noms  font  peut-être  ceux 
qu'on  trouve  dans  l'écriture  Se  dans  les  langues  orientales. 

Le  foleil  eft  nommé  fckémèr ,  qui  fignifie  briller ,  ou  bien»  /i  e(i  le  feu  ,  la 
chaleur,  lu  lumicre.  La  lune  eft  nommée  Uhanah  à  caufe  de  fa  blancheut.  Les 
Alfyriens  &  les  Babyloniens  nommèrent  le  foleil  adai,  c'eilà-dire ,  V  unique  ^ 
les  Phrygiens  l'adoroient  fous  le  même  nom.  Les  Phéniciens  appelèrent  dans 
les  commencemens  X^ioX^Abeel  famen ,\q  feigneur  du  ciel,  &  la  \anzaftarté, 
la  reine  des  cieux.  Les  Egyptiens  avoient  donné  à  venus  un  nom  que  les 
Grecs  ont  rendu  dans  leur  langue  par  celui  de  callijli  très-belle ,  ou ,  pouE 
mieux  dire  la  plus  belle.  Us  donnoient  à  Mars  un  nom  qui  fignifie  embrafé ^ 
à  caufe  de  la  couleur  rouge  de  cette  planète.  Ils  appeloient  mercure  Xéiin- 
Cilant ,  &  Jupiter  Xéclatant  (c).  Le  nom  qu'ils  donnoient  à  faturne  eft  plus 
Singulier ,  &  ne  découvre  pas  aufll  facilement  fon  origine  \  ils  l'appeloient 
V apparent ,  ce  que  les  Grecs  ont  rendu  par  le  mot pkainon ,  celui  qui  fe  montre^ 
Gril  eft  certain  que  faturne  eft  la  moins  brillante  des  planètes,  &  celle  qui 
frappe  le  moins  les  yeux.  Mais  Riccioli  [d]  conjecture  avec  alTez  de  vraifem-- 
blance  que  les  Egyptiens  lui  ont  donné  ce  nom  ,  parce  que  fon  mouvement' 
étant  très-lent,  le  foleil  s'éloigne  promptement  de  cet  aftre ,  qui  dans  le  tems 
des  conjoncT:ions  fe  trouve  plutôt  dégagé  des  rayons  du  foleil  :  bien  différent 
en  cela  de  mars  qui  le  fuit  alFez  longtems.  Les  Grecs ,  pour  déligner  le  foleil 
empruntèrent  de  la  langue  phénicienne  le  mot  helojo  ,  qui  fignifie  haut,  dont" 
ils  firent  helios.  Ils  appelèrent  la  lune  felené  d'un  mot  phénicien  qui  fignifie' 
pajjer  la  nuit.   Les  fauvages  de  l'Amérique  feptenrrionale  ont  imaginé  des- 
dénominations à-peu-près  femblables.  Ils  appellent  le  foleil  ouerttekka  ,  il 
porte  le  jour  ;  la  lur.e  afontckha  ,  elle  porte  la  nuit  ;  venus  teouenter.haovithj ,  el!e 

{  a)  ]ih\on%k'\,  ibidem,  t.  \\l,  c.  6.  §.4.  {c)  Goguer,  Tom.  II  ,  pag.  417. 

{i  )Hydc, derel.vct.  Perf.  c,  i, p.  6i,,  (  tf  )  Almag.  Tom.  I,  p.ig-  +80, 


5i8  èCLAlRCISSEMENj; 

cnr.onci  le  jour  (ci).  Ce  nom  caractérife  paifaitement  l'apparition  de  cet  aftr.tf 

le  matin  ,  qui,  comme  on  voit ,  n'a  pas  échappé  à  l'attention  de  ces  peuples 

fauva^es.   Les  Chinois  comptent  5  élémens  ,  &  donnent  leurs  noms  aux 

5  planètes  ,  le  foleil  &  la  lune  exceptés  [b\  11  y  a  apparence  que  ce  ne  font 

pas  les  noms  primitifs  des  planètes  chez  les  Chinois.  On  voit  que  lorfque  ces 

noms  ont  été  impofés,  il  y  avoit  déjà  un  fyftcme  de  connoiflances.  On  avoic 

bien  ou  mal  fait  le  dénombrement  des' élémens  ,  ce  qui  fuppofe  un  peuple 

déjà  avancé  dans  les  fciences.  On  avoit  fait  la  remarque  que  les  élémens  &: 

les  petites  planètes  étoient  en  nombre  égal.  Comme  il  eft  alfez  naturel  de 

nommer  les  objets  à  mefure  qu'on  enacquiert  la  connollfance ,  on  peut  croire 

que  les  planètes  ont  eu  d'autres  noms ,  auxquels  on  a  fubftitué  ceux-ci ,  lorf- 

qu'on  a  voulu  y  mettre  une  forte  de  méthode.  En  effet  on  voit  que  fans  doute 

dans  des  tems  antérieurs  ,   ils  avoient  nommé  venus  taipé  qui  veut  dire 

blanche  (c), 

§.     X  L  I  V. 

Quant  aux  caraéleres  par  lefquels  nous  défignons  aujourd'hui  les  planètes, 
ils  font, dit-on,  fort  anciens.  Sciliger  [i)  affiire  qu'on  les  trouve  fur  de  très- 
anciennes  pierres  gravées.  Quoi  qu'il  en  foit,  on  prétend  que  "b  eft  !?.  faux 
du  tems  ou  de  faturne  ;  Tp  ,  la  foudre  de  Jupiter ,  ou  la  première  lettre  de  fora 
nom  en  grec,  c/" ,  la  lance  de  mars  avec  fon  bouclier.  0,  le  difque  du  foleil. 
^  le  croilfant  de  la  lune.  %  ,  le  miroir  de  venus.  "^ ,  le  caducée  de  mercure.  Il 
eft  évident ,  fi  cette  origine  eft  bien  fondée,  que  ces  caraderes  viennent  des 
Grecs  ,  puifqu'ils  naiflent  de  leurs  fables ,  &  qu'ils  font  dérivés  des  attributs 
de  leurs  dieux.  Remarquons  que  les  Chinois  ,  de  toute  antiquité  ,  ont  dé- 
■ficîné  le  foleil  {^)  par  un  petit  cercle  avec  un  point  dans  le  milieu.  Ce  ca- 
raftere  hiérogliphique  eft  exactement  le  même  que  celui  dont  les  anciens 
Grecs  fe  font  fervis  ,  &  dont  nous  faifons  ufage  aujourd'hui.  M.  Goguet  {J  ) 
eft  d'avis  que  nous  tenons  des  Arabes  la  forme  de  ces  carafteres ,  parce  qu'ils 
font  les  mêmes  que  ceux  de  la  chimie  qui  eft  certainement  née  chez  ces 
p;uplesj  mais  les  Arabes  peuvent  les  avoir  fait  palfer  aux  Grecs  d'Alexandrie. 


(  a )  LafRteau ,  T  I ,  p.  i  ;  5 ,  T.  II.  p.  1  ;  5 .  (  c  )  HyJe ,  de  lelig.  vettrum  Perfarum , 

(  ff)Marcini,  HilLdeiaChine,T.  I,p.  15.  c.  18,  p.  119. 

La  terre Sarurae.  (d  )  Scaliger,  Notes  fur  Manilius,  pag. 

Le  bois.    .......  Jupiter.  460. 

Le  fcu Mars.  (e)   M.ivtini  ,  Hiftoire  de    la    Chine, 

Lcô  -Tii-îaux Vénus  Tom.  I,  pag.  îo. 

L'eau Mercure.  (/)  Tome  il ,  pag,  437. 


ASTRONOMIQUES.  519 

Snumaife  (a)  psnfe  ,  ce  femble  ,  avec  alfez  de  vraifemblance  ,  que  les  ca- 
ractères du  foleil  &i  de  la  lune  onc  été  tirés  de  leurs  apparences  ,  mais  que 
quand  un  a  voulu  défigner  les  autres  planètes  qui  font  toutes  femblables  entre 
elles ,  6c  qui  à  la  vue  ne  différent  pas  fenfiblement  des  étoiles ,  on  les  a  défi- 
gnces  par  la  première  lettre  de  leur  nom.  11  montre  alfez  bien  comment  ces 
marques ,  en  fubilTant  quelques  changemens,  ont  pu  devenir  telles  qu'elles 
font  aujourd'hui. 

(u  )  Pliniana  txerçit.  pag.  S74, 

F  I  H, 


-..         ■■! ....        i    'I  ^^vi.î=y^.mxt .,.,,  ...^ 

ADDITIONS. 

Addition  a  la  Note  _,  /^^i^  -Z-f  • 

C^ETTE  opinion  de  la  terre  plate,  &  femblable  à  une  table ,  eft  certainement 
fort  ancienne ,  &  a  été  fouvent  rappelée  dans  dès  tems  d'ignorance.  Cofmas 
Indico-Pleuftes,  inoine  du  6^  fiecle  ,  l'a  renouvelée  dans  fa  topographie  chré- 
tienne ,  &C  s'eft  efforcé  de  prouver  que  la  terre  li'étoit  pas  ronde.  Ses  paroles 
font  remarquables.  "  Les  Chaldéens  ,  dit -il,  voyant  alternativement  les 
,5  étoiles  s'élever  &  defcendre  vers  l'horizon  ,  s'imaginèrent  qu'elles  étoient 
»  emportées  par  le  mouvement  du  ciel ,  &  jugèrent  qu'il  étoit  fphériqua. 
,j  Car  ils  ne  connolifoient  pas  la  figure  de  la  terre ,  &  ils  ne  favoient  pas  que 
»  les  étoiles  font  conduites  par  les  anges.  (  CoUeclio  nova  Patrum,  Tom.  1 1. 
»  page  \6i). 

Son  opinion  ,  &  celle  des  anciens  ,  étoit  que  la  terre  eft  plate ,  environnée 
de  toutes  parts  de  murs  fort  élevés  ,  qui  fe  terminent  en  voûte.  Au  delfus  de 
cette  voûte  fe  meuvent  le  foleil ,  la  lune  &  les  antres  aftres.  Au  milieu  da 
la  terre  s'élève  une  très-haute  montagne  qui  dérobe  la  vue  du  foleil  dans  une 
partie  de  fa  révolution.  C'eft  fon  opacité  qui  forme  la  nuit.  Cette  montagne 
eft  de  figure  conique  ,  &  félon  que  le  loleil  eft  plus  ou  moins  élevé  ,  il  en 
eft  caché  plus  ou  moins  longtems  ,  ce  qui  produit  la  différence  de  la  durée 
des  nuits.  C'èft  ce  que  l'onpeutvoirdans  l'ouvrage  cité,  à  la  page  1 88  ,  &  dans 
la  planche  qui  y  eft  jointe.  Il  ajoute  que  la  terre  où  nous  fommes  eft  envi- 
ronnée de  l'océan,  mais  qu'au  delà  de  cet  océan  eft  un  autre  terre  qui  touche 
aux  murs  du  ciel  \  c'eft  dans  cette  terre  où  l'homme  a  été  créé  ,  où  fut  le  pa- 
radis terreftre.  Au  tems  du  déluge ,  Noë  fut  porté  par  l'arche  dans  la  terre 
que  fa  poftérité  habite  maintenant.  Cette  terre  au  delà  de  l'océan  reiïemble 
affez  à  r  Adantique  des  anciens.  Cette  philofophie  étoit  celle  de  tous  les  peuples 
de  l'Orient.  Selon  les  Indiens  la  montagne  de  Someirah  eft  au  milieu  de  la 
terre  ,  &  le  foleil ,  lorfqu'il  paroît  fe  coucher  ,  fe  cache  derrière  cçtte  mon- 
tagne. (  Herbelot.  Bibl.  Or.  p.  Szy  ).  Les  Mahométans  &  les  Orientaux  j  en 
général ,  difent  que  la  terre  eft  environnée  d'une  haute  montagne  ,  (  ce  font 
les  murs  de  Cofmas  )  derrière  laquelle  les  aftres  vont  fe  cacher.  (  Herbelot , 
pag.  150  ).  Ils  ajoutent  qu'au  delà  de  cette  montagne  eft  un  autre  continent, 
yoilà  encore, comme  le  remarque  Herbelot,  la  tradition  denjle  Atlantique. 

Paijs. 


ASTRONOMIQUES.  yi,' 

U.ins  ces  idées  abfiirdes  &  trcs-aiicieniies,on  retrouve  avec  plaifir  la  première 
philofophie  des  hommes ,  &  les  erreurs  par  lefqiielles  ils  ontpafTc  pour  arriver 
à  la  vérité. 

Note  qui  répond  a  la  page  6 j  ,   &  au  ^.  /  du  Livre  III. 

Les  Japonois  ont  le  cycle  de  19  ans  avec  7  lunes  intercalaires.  Hifl.  gin, 
des  Foy.  T.  XL ,  pag.  117. 

Note  qui  répond  a  la  page  p^  f  ^  &  au  %.  1 1  du  Livre  III. 

Le  figne  du  verfeau  s'appelle  dans  la  langue  chmoiCs  refurreclion  du prin-^ 
cems.  Comme  l'équinoxe  n'a  jamais  pu  être  placé  dans  ce  fîgne ,  &  qu'au 
contraire  il  y  a  lieu  de  croire  que  le  follTiice  y  étoit  dans  les  anciens  tems  de 
la  Chine  ,  on  peut  conclure  qu'ils  entendoient  par  la  réfurreclion  ,  ou  le  com-, 
mencement  du  printems ,  l'inftant  où  le  foleil ,  ceiXant  de  defcendre  ,  com- 
mence à  fe  rapprocher  de  leur  climat ,  S;  à  leurrendre  la  chaleur  j  en  un  mot, 
le  follHce. 

Les  Japonois  ont  confervé  cet  ancien  ufage  de  commencer  l'année  par  le 
1 5  °  du  verfeau  ;  voici  ce  qu'on  lit  dans  l'hiftoire  des  voyages  ,in  i  2  ,  T.  XL , 
pag.  iï6.  Le  commencement  de  leur  tinnée  tombe  entre  le  Jolfilce  d'hiver  &  /'e- 
quinoxe  du  printems  ,  vers  le  5  Février,  Le  foleil  eft  alors  précifément  dans  le 
i6°  du  verfeau.  On  voit  ici  une  conformité  des  Japonois  avec  les  Chinois 
qui  commencent  toujours  leur  année  au  folftice  d'hiver,  placé  jadis  au  1 5° 
du  verfeau.  (  Éclaircljf.  Liv.  III ,  §.  28.)  La  chronologie  certaine  des  Japo- 
nois ne  remonte  qu'à  l'an  66a  avant  J.  C  (  Hijl.  ginér.  des  Voy,  Tom.  XL  , 
pag.  54.  )  Mais  comme  le  folftice  n'a  pu  être  dans  le  1 5°  du  verfeau  que  vers 
l'an  3513  avant  J.  C.  ,  il  s'enfuit  que  les  Japonois  ont  confervé  la  tradition 
d'un  tems  beaucoup  plus  ancien  que  l'époque  certaine  de  leur  chronologie. 

Note  qui  répond  a  la  page  8  ^  ,  &  au  ^.  i /  du  Livre  III. 

Les  habitans  des  Philippines  ont  la  tradition  d'une  ancienne  querelle  da 
la  lune  avec  le  foleil.  La  lune,  frappée  dans  le  combat,  accoucha  de  la  terre 
qui  fe  brifa  en  morceaux  en  tombant.  Les  habitans  de  l'Indoftan  en  ont  una 
autre  qui  porte  que  les  montagnes  fe  révoltèrent  autrefois  contre  les  dieux  j 
alors  elles  volèrent  en  l'air ,  cachèrent  le  foleil ,  écraferent  les  villes  j  un  dieu 
accourut  pour  leur  faire  la  guerre  ^  il  parvint  à  leur  couper  les  aîles  :  elles 
turent  précipitées  de  coutesparts,  &  la  cerre  ébranlée  en  fut  couverte.  Ou 

■V  uu 


jit  É  C  L  A  I  R  C  I  s  s  E  M  E  N  s 

trouve  dans  ces  tradicions  les  idées  &  les  fables  de  la  guerre  des  géans  ,  qui, 
félon  les  Grecs  ,  lancèrent  des  moncagnes  contre  le  ciel.  (  Lettres  curkufes  & 
édif.  T.  XIII.)  L'hiftoire  de  l'ile  anciennement  abîmée  dans  la  mer  chez  les 
Chinois ,  &  celle  de  l'ifle  Atlantique  engloutie  fous  les  eaux  chez  les  Grecs  j, 
l'hiftoire  de  Peyrun  (  Kempfer,  hifl.  du  Japon.  L.  111 ,  c.  3  )  aimé  des  dieux, 
fauve  de  l'inondation  dans  une  barque  ,  celle  du  Belgemer  des  peuples  du 
nord  ,  également  fauve  dans  une  barque  avec  fa  femme,  &  celle  du  Xifuthtus 
des  Chaldéens ,  échappé  au  déluge  avec  route  fa  famille  \  toutes  ces  copies 
altérées  de  l'hiftoire  de  Noé  font  voir  que  ce  font  les  traditions  d'un  feul 
&:  même  peuple  ,  confervées  également  chez  ces  nations  fi  différentes  &  11 
Soignées. 

Note  qui  répond  aux  p.  p  ^  &  p^  ^  ù  au  %.  ^  du  Liv.  11'^. 
Les  Japonois  ont  dans  leur  ancienne  mythologie  12.  dieux  comme  les 
Egyptiens  j  mais  ce  qui  eft  très-remarquable  c'eft  que  ces  1  2  dieux  font  par- 
tagés en  deux  claffes  ,  l'une  de  7  qui  font  les  premiers  &  les  plus  anciens  , 
l'autre  de  5  qui  ont  été  ajoutés  depuis.  (  Hïii.  des  Voy.  T.  XL  ,  p.  41  ,  41  SC 
130.)  Le  nombre  de  ces  dieux,  égal  à  celui  des  dieux  égyptiens  ,  eft  déjà 
une  conformité  finguliere.  Mais  fi  l'on  confidere  que  chez  les  Egyptiens, 
même  il  y  en  avoir  7  plus  anciens  que  les  autres ,  cette  conformité  deviendra, 
encore  plus  grande  :  &  du  partage  de  ces  dieux ,  chez  les  Japonois ,  nous  nous 
croyons  en  droit  de  conclure  que  les  7  premiers  font  nés  du  culte  des  7  pla- 
nètes ,  &  que  les  5  autres  font  ceux  qui  ont  été  ajoutés  pour  la  nature  prife  en 
général ,  &  pour  les  équinoxes  &;  les  folftices.  11  en  rcfulte  une  nouvelle  con- 
firmation du  peuple  antérieur  ,  dont  nous  retrouvons  la  tradition  chez  les 
Japonois  \  tradition  abfolument  conforme  à  celle  qui  a  été  confervée  chez  les 
Egyptiens  d'une  manière  plus  claire  &  plus  détaillée. 

Note  qui  répond  a  la  page  p  j  ,  ù  au  §.  /  du  Livre  IT'^. 
Les  Indiens  vont  en  pèlerinage  fur  le  Pyr-Pan-Jal ,  la  plus  haute  des  vnon^ 
tagnes  du  Caucafe.  Aux  fources  du  fleuve  Songari  eft  la  plus  haute  montagne- 
de  toute  ta  Tartarie  orientale  que  l'on  nomme  Chang-Pe-Chan:les  Chinois 
&  les  Tartnres  ont  pour  elle  la  plus  grande  vénération.  Us  débitent  une  infi- 
nité de  fables  à  fon  fujet ,  &  fe  vantent  d'en  tirer  leur  origine. 

Note  qui  répond  a  la  page  i ^^  ^  ù  au  %.  12  du  Livre  V^. 
L  E  cardinal  de  Cufa  dit  que  les  Chaldéens  ont  eu  des  années  de  3  mois» 


ASTRONOMIQUES.  51J 

Note  qui  répond  a  la  page  ip'S  _,  &  au§.  i  p  du  Liv.  VI. 

Ricii.  PocoKE ,  qui  a  vificé  l'Egypte  ,  décrit  le  tombeau  du  roi  Ofimandué 
qui  exifte  encore.  IL  a  retrouvé  plufieurs  des  cliofes  dont  Diodore  de  Sicile 
a  donné  la  defcription ,  ce  qui  prouve  qu'elle  eft  exade.  Defcripùon  of  the 
eajl.  T.  1.  p.  107. 

Note  qui  répond  a  la  page  2./^. 

Les  vapeurs  qui  s'élèvent  de  la  terre  peuvent  annoncer  les  variations  du 
tems ,  la  pluie  ,  la  fécherefle  ,  les  orages  •,  on  a  conclu  que  ceux  qui  avoienc 
plus  d'occafions  de  faire  des  obfervations  de  ce  genre  ,  qui  habitoient  des 
lieux  plus  abondans  en  exhalaifons ,  dévoient  avoir  connoifTance  de  l'avenir. 
La  plupart  des  oracles  célèbres  de  l'antiquité  fe  trouvent  placés  dans  des  lieux 
remarquables  par  quelques  phénomènes  naturels.Unbergerjqui  faifoit  paître 
fes  chèvres  dans  le  voifinage  du  Mont  Parnafie  ,  découvre  une  grotte  dont, 
les  vapeurs étourdilTent  ces  animaux,  il  en  profite  pour  prédire  l'avenir. Tout 
le  monde  accourt  pour  l'entendre.  Voilà  ,  félon  Diodore,  {Lih.'XMl,  §.  11.) 
l'origine  du  plus  fameux  des  oracles  de  la  Grèce.  Efchyle  a  dit  que  la  terre  fut 
la  première  qui  rendit  des  oracles  à  Delphes ,  enfuite  ce  fut  Apollon.  La 
terre  ,  ce  font  les  vapeurs  \  Apollon  ,  c'eft  le  foleil.  Toutes  ces  traditions 
porrent  à  croire  que  l'aftrologie  naturelle  eft  la  fource  vraie  &  unique  de  l'af- 
irologie  judiciaire ,  &  de  tous  les  genres  de  divination. 


V  u  u  Ij 


5^4 

Jl  -i-ÎL         li         JU        H/ 

DES  DIVISIONS  PRINCIPALES 

DE  CETTE  HISTOIRE- 

HISTOIRE. 

X-*^  ISCOU  RS  préliminaire. 

Livre  I.  Des  Inventeurs  de  l' Ajlronomie  j  &  de  fon  antiquité. 

page        I, 

Livre  II.  Du  Développement  des  premières  Découvertes  aflro- 
no  mi  que  s.  23^ 

Livre  III.  De  l' Ajlronomie  antédiluvienne.  6  i- 

Livre  IV.  Des  premiers  tems  après  le  Déluge  ^  &  de  l' Ajlro- 
nomie des  Indiens  &  des  Chinois.  8  9^ 

Livre  V.  De  l' Ajlronomie  des  anciens  Perjes  ù  des  Chaldéens^ 

129. 

Livre  VI.  De  l' Ajlronomie  des  Egyptiens.  ^  M- 

Livre  VII.  De  l' Ajlronomie  des  Grecs  ,  ù  des  Philofophes  de 
la  Secle  Ionienne.  183^ 

Livre  VIII-  De  l' AjtronowJe  des  Grecs  dans  la  Secle  de  Py- 
thagore  y  dans  la  Secle  Eléatique  ,.  ù  des  opinions  de  quelques 
autres  Philofophes.  xo-j.. 

Livre  IX.  De  Platon ^  d'Eudoxe^  &  des  Philofophes  qui  les  ont 
fulvis.  133.. 

Discours  fur  l'origine  de  V Ajlrologie,  a  6  i  - 


TABLE.  îi5 


ÉCLAIRCISSEMENS, 

DÉTAILS  HISTORIQUES  ET  ASTRONOMIQUES. 
^A^VERTISSEMEÎ^T.  page   2  8  I  . 

Livre  I.  EdairciJJemens  fur  le  Livre  I  de  l'Hifloire.  283. 

Livre  II.  Ed.  fur  le  Livre  III  de  l'HiJioire.  307. 

Livre  III   E cl.  fur  le  Livre  If^ de  l'HiJioire.  ^"^  j- 

LivKE  IV.  Ed.  fur  le  Livre  V  de  l'HiJioire.  3  53- 

Livre  V.  Ed.  fur  le  VI de  l'HiJioire.  3  9  5- 

Livre  VI.  Ed.  fur  le  Livre  VII  de  l'Hifloire.  410. 

Livre  VIL  Ed.  fur  le  Livre  VIII  de  l'HiJioire.  44  6. 

Li  V  R  E  \'II I.  Ed.  fr  le  Livre  IX  de  l'HiJioire.  459. 
Livre  IX.  Des  Conjlellations ydu  Zodiaque ,&  des  Planifpheres 

des  anciens.  47  3- 
Supplément  au  Livre  IX fur  les  noms  des  Planètes  &  des  Signes 

du  Zodiaque.  5  i  4. 

Additions.  510 


Extrait  DES  Registres  de  l'Académie  Royale  des  Sciences  , 
du  7  Avril  I //  j. 


M. 


-EssiEURs  Cassini  DE  Thury  ,  LE  RoY  &  LE  Gentil  ,  qiù  avoient  été 
nommés  pour  examiner  un  Ouvrage  de  M.  B  a  i  l  l  y  ,  intitulé  :  Hijtoire 
de  V Aftronomit  andenne  ,  c'eft-à  dire  ,  l'Hiftoire  de  cette  Science  ,  depuis  fon 
Origine  jufqu'à  la  Fondation  de  l'Ecole  d'Alexandrie  ,  en  ayant  fait  leur 
Rapport,  l'Académie  a  jugé  cet  Ouvrage  digne  de  l'impreflion  :  En  foi  de 
quoi  j'ai  ligné  le  préfenc  Certitîcat.  A  Paris,  le  12  Octobre  1775. 

GRANDJEAN  DE  FOUCHY, 

Secret,  perpét.  de  l'Acad.  R.  des  Sciences. 

Le  Privilège  cjt  aux  Mémoires  de  l'Acaîimie  Royale  des  Sciences. 


y.6 

FAUTES  A  CORRIGER. 
HISTOIRE. 

-L'iscouRs  préliminaire  ,  page  xix,  ligne  3  ,  enfeignoit,  life^  ^  enfeignoit. 
Page      7  ,  ligne  25  ,  don:  la  chronologie  ,  life-[  ,  dans  la  chronologie. 

— •       8  ,  21 ,  riiïu  de  faufleté  ,  lifei ,  faulfecés. 

■ —  II,  1 7  ,  de  Nil ,  /{/êç  j  du  Nil. 

—  18,  I ,  d'un  contre  commun  ,  lîfe^  ,  centre. 

—  il,  2 1  ,  qui  veut  s'y  plonger  ,  Ilfe^  ,  qui  vont  s'y  plonger. 

85,  15,  inéfable ,  life^ ,  inéfaçable. 

—  120,  1 8  ,  de  du  a  dragon ,  lifei ,  de  «  du  dragon. 

i6%  y  25  ,  rétrogadoient ,  /ife:^  ,  rétrogradoient. 

—  184,  3  ,  nom  d'Hercule  ,  /ifei ,  le  nom  d'Hercule. 

214,  15,  pour  la  fouroe ,  nfe:^  ,  fource. 

274,  4  ,  hecc£  decacleride ,  lifez ,  hecct  decaetcrlde, 

■■ —  2i4  >  1  o  ,  il  en  réfulta ,  life-[  j  il  en  réfultoit. 

—  24(j  ,  14,  ces  corps, ///êç  ,  les  corps. 

—  i.61  ,  19  ,  fa  lumière ,  Hfc-:^^ ,  la  lumière. 

ÉCLAIRCISSEMENS, 

Pagf  3 04, ligne  10,  2832  ,  life\,  3832. 

—  3  2-  5  >  7  j  fur  l'horizon  ,  Hfe:^  ,  fous  l'horizon. 

3^5.  ij,  3"^  I7°,&c.///e^,3'  I70,&c. 

408,  25  ,  2ii  8'',/i/e:{  ,  271  8''. 

—  4^3  .  7  ,  FREEET ,  nfei ,  FRERET. 


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